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Full text of "Les sciences occultes, divination, calcul des probabilités, oracles et sorts, songes, graphologie, chiromancie, phrénologie, physiognomonie, cryptographie, magie, kabbale, alchimie, astrologie, etc."

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BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE CONTEMPORAINE 


LES 


Sciences 


Occultes 













LBS 

Sciences Occultes 


DIVINATION, CALCUL DES PROBABILITES 
ORACLES ET SORTS, SONGES, GRAPHOLOGIE, CHIROMANCIE 
PHRÉNOLOGIE, PHYSIOGNOMONIE, CRYPTOGRAPHIE 
MAGIE, KABBALE, ALCHIMIE, ASTROLOGIE, ETC. 


G. PLYTOFF 


Avec figures intercalées dans le texte 


7 0 6 8'9 



TARIS 


LIBRAIRIE J .-B 

RUE HAUTEFEU1LLE, I9, 


BAILLIÈRE ET FILS 

s DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN 



Tous droits 









PREFACE 


I 

4 


Si ce livre est un livre de bonne fqy, ce n’est pas un 
livre de/o/. Ce ne sont pas mes croyances que je déve- | 
loppe, je crois devoir les garder pour moi. ^ 

Si je me suis fait volontairement le propagateur des | 
sciences occultes, c’est que j’estime qu’elles doivent être % 
étudiées, qu’elles en valent la peine, et si je ne conclus 
pas, si je ne donne pas le résultat de tout ce que j’ai lu, 
fait ou vu, c’est que je veux laisser à chacun le soin, de 
s’instruire soi seul, suivant les préceptes de la doctrine J 
occultiste. 

J’en ai assez dit pour que ceux qui voudront travailler 
à devenir occultistes y parviennent. Des autres, je n’en I 
prends souci. . 

Que si l’on me reprochait l’inanité apparente de ce que 'Û 
j’ai mis en lumière, je répondrais par la métaphore de % 
Rabelais : « C’est pourquoi fault ouvrir le livre et soi- 
gneusement peser ce qui y est déduit. Lors connaîtrez '5 
que la drogue dedans contenue est bien d’autre valeur j 

que ne le promettait la boîte, c’est-à-dire que les matiè- ! 


■ 4 




res ici traitées ne sont tant folâtres, comme le titre au- 
dessus prétendait. » 

De plus, je me permettrais humblement d’inviter les 
détracteurs à lire attentivement ce que j’ai écrit, ils y 
trouveraient peut-être la clé de bien des mystères qui 
restent inexpliqués, de problèmes encore indéterminés. 

Pour écarter de ce livre le soupçon des honnêtes gens, 
je commence par établir en principe que les données de 
la science ne permettent pas de croire à des choses 
surnaturelles. 

Le merveilleux se rencontre parfois, dans la nature, 
l’inexpliqué souvent; mais le surnaturel, en tant que 
phénomènes extérieurs, n’existe pas. 

Qu’on n’aille pas croire que nous préconisons l’idée 
de ceux qui veulent étayer sur des sciences matérielles 
les dogmes injustifiés de l’existence problématique 
d’êtres invisibles. 

Pour nous, il n’y a rien, dans tous les faits que nous 
pouvons constater, autre chose que des lois naturelles. 

Dans la façon de comprendre U naturel, il peut y avoir 
des divergences de conclusion ; il n’y aura jamais 
d’’erreur. 

Ce livre est scindé en quatre parties bien distinctes, 
correspondant à une division imposée par la nature 
même du sujet : 

La première partie est l’exposé des sciences de la 
divination ou connaissance de l'avenir. 

La deuxième partie est réservée aux sciences occultes 
matérielles ou occultisme matérialiste. 

La troisième partie est consacrée à la théorie des 
sciences occultes philosophiques ou occultisme philoso¬ 
phique. 




PRÉFACE 7 

Ces trois divisions correspondent aux bases fonda¬ 
mentales du ternaire : 

Les Faits. 

Les Lois. 

Les Principes. 

La conclusion est renfermée dans une quatrième 
partie (quaternaire) qui est la résultante des trois pré¬ 
cédentes on philosophie occulte. 

Les déductifs et les matérialistes pourront lire ce livre 
tel qu’il a été écrit. 

Les initiés, les intuitifs et les spiritualistes feront bien 
s’ils veulent en tirer autre chose que des indications 
pratiques, de le lire à l’envers, j’entends : de commencer 
par la troisième partie, d’étudier ensuite la seconde et 
de conclure par la première. 

Ces indications étaient nécessaires pourbien fixer le but 
que nous nous sommes proposé d’atteindre et faire saisir 
à ceux qui voudront bien nous lire que ce volume ren¬ 
ferme autre chose qu’un passe-temps agréable et qu’il a 
l’ambition de propager quelques doctrines utiles à l’éta¬ 
blissement de la VÉRITÉ. 

G. PLYTOFF. 


Paris, 15 janvier 1891 





i 




LES 


SCIENCES OCCULTES 


Première Partie 

CONNAISSANCE DE L’AVENIR 


CHAPITRE PREMIER 
LA DIVINATION 

LES CAUSES 

On ne peut envisager les événements qui se déroulent 
sous nos yeux qu'aux trois points de vue suivants : 

1° En les attribuant à la Providence, qui produit, con¬ 
serve tout ; 

2° En les attribuant à un enchaînement de causes 
nécessaires, c’est-à-dire à \2faialité; 

3° En les attribuant au caprice de la fortune, c’est- 
à-dire au hasard. 

Si l’on veut bien réfléchir un instant, on trouvera 
que ces trois sortes d’explications des faits (Loi du ter¬ 
naire des Initiés), dérivent de trois ordres d’idées hiérar¬ 
chiquement disposées de la façon suivante ; 

La Providence correspond, dans quelque religion que 
ce soit, à la divinité; qu’elle soit un des attributs de 
Dieu ou Dieu lui-même, peu importe, son résultat est 
toujours divin ; 





10 


DIVINATION 


La fatalité correspond aux lois de la nature, qui sont, 
en effet, fatales, aveugles et irréfragables ; 

Le hasard correspond aux faits brutaux dont nous ne 
pouvons percevoir les lois, pour quelque motif que ce 
soit ; en effet, si nous ne pouvons remonter aux causes, 
les effets nous paraîtront le fait d’un hasard capricieux. 

Ceci posé, voyons celle de ces trois hypothèses qu’il 
y a lieu de choisir dans l’interprétation des événements. 

LA PROVIDENCE 

Phérécyde et Anaxagore enseignaient qü’un Dieu tout- 
puissant gouverne le monde avec une sagesse infinie et 
que nos âmes sont immortelles. 

Platon * alla jusqu’à soutenir que Dieu est le créateur 
du ciel, de la terre et de l’âme ; cependant ce n’est que 
chez les stoïciens que l’on trouve la première fois men¬ 
tionné le nom de Providence. 

Cette école, dite du Portique, parce que Zenon de 
Cettium, son fondateur, faisait ses leçons dans le fameux 
portique (arox) du Pœcile à Athènes, soutenait la doc¬ 
trine de la fatalité, même dans ses principes fondamen¬ 
taux. Au dire des savants modernes cette inconséquence 
n’était qu’apparente. 

Les disciples de ce philosophe, qui avaient poussé 
l’art du raisonnement jusqu’à la subtilité la plus affinée, 
soumettaient toutes leurs actions au sentiment du devoir, 
ils enseignèrent les premiers que chacun de nous, étant 
une partie du vaste Tout, doit être attaché au bien 
général plus qu’au bien particulier et se sacrifier au salut 
de tous (théorie de l’altruisme). 

Leur précepte suprême, Kivre conformément à la na¬ 
ture, indique bien qu’ils tiraient l’origine de leur philo¬ 
sophie des lois indiennes : car, par là, ils entendaient que 

i Platon, Dialogue de Timée. 




LA PROVIDE NCE 


râme, principe actif de l’homme, doit gouverner abso¬ 
lument le corps comme Dieu gouverne la matière de 
l’univers. 

Epictète, après les stoïciens, nous donne le plus bel 
exemple de résignation à la Providence qu’on puisse 
imaginer. Esclave, pauvre, boiteux et toujours content 
il disait : Je suis dans la place où la Providence a voulu 
que je fusse ; m’en plaindre, ce serait l’offenser. 

Tertullien bse rallie aussi à l’hypothèse de la Pro¬ 
vidence. 

Bossuet, dont l’opinion ne pouvait être douteuse, après 
avoir étudié la succession des événements historiques, 
en fait ressortir les raisons déterminantes. Il en trouve 
la source dans les desseins de Dieu et conclut que 
«le long enchaînement des causes particulières, qui font 
et défont les empires dépend des ordres de la Provi¬ 
dence ^ ». 

Avec sa vaste intelligence, il comprend la Providence 
avec les conséquences qu’elle entraîne, mais sans anéantir 
la liberté humaine, le libre arbitre: c’est ainsi qu’il se 
met à l’abri du fatalisme ou delà prédestination. 

Les exemples sont nombreux, qu’on pourrait donner 
de l’existence d’une Providence, mais, comme laplupart 
du temps ils reposent sur la définition même de la Pro¬ 
vidence ou de Dieu, il serait inutile de s’attarder à les 
détailler. 

Ce n’est pas dans l’histoire, du reste, qu’il faut cher¬ 
cher des preuves, car c’est là, plus qu’ailleurs que les 
petites causes ont les plus grands effets. 

Les tyrans récompensés, les bons rois punis abon¬ 
dent dans l’histoire et les cruautés, les vengeances des 
princes ne peuvent passer pour la réalisation des volontés 
de la Providence. 

‘ Tertullien, ApoUgHique. 

2 Bossuet, Discours sur l’histoire miverselle. 




12 LA DIVINATION 

Remarquons pourtant que, presque toujours, les mo¬ 
narques criminels ont été punis de leur vivant et que, i 
dans l’empire Romain seulement, cinquante-six empe- ' 
reurs sur quatre-vingt-dix (c’est-à-dire plus de la moitié) | 
ont payé leur tribut à l’assassinat, tandis qu’en général j 
la moyenne des assassinés est d’un pour trois cent 
mille. 

Cependant, lorsqu’on voit le bien et le mal s’attaquer 
à tous indistinctement, on est tenté de s’écrier avec le 
Prophète : «j’étais scandalisé et je sentais presque ma 
foi s’ébranler lorsque je contemplais la tranquillité des i 
méchants. J’entendais dire autour de moi ; Dieu les ^ 
voit-il ? Et moi je disais : C’est donc en vain que j’ai ; 
suivi le sentier de l’innocence? Je m’efforçais de pénétrer 
ce mystère qui fatiguait mon intelligence... » ; 

Quand on constate que, dans les épidémies meur¬ 
trières, dans les grandes catastrophes, dans les cata¬ 
clysmes, la destinée des bons et des méchants est la : 

même, que sur le champ de bataille le brave et le lâche ,■ 

sont également frappés, que le règne de Néron est long, 
que celui de Titus est court, que Sylla meurt tranquille¬ 
ment, d’une mort douce, lorsque Cicéron a la tête tran- ; 
chée par le licteur d’Antoine, que Tamerlan verse des 
torrents de sang et cependant est heureux dans toutes 
ses entreprises, alors que Henri IV, le Père du peuple, 

meurt après quelques années de règne sous le fer d’un 

assassin. Que penser de cettejustice divine qu’on nomme 
Providence ? 

Quoi qu’il en soit, il est des événements où, suivant le 
langage de Bossuet « la main de la Providence paraît 
toute seule par des coups extraordinaires », seulement, : 
le plus souvent, nous ne les voyons pas. Et comment 
pourrions-nous les voir? Nous n’apercevons du pro¬ 
blème qu’une face, le résultat, et nous devons remon- ‘ 
ter aux causes. Les microbes cachés dans l’organisme 






LA PROVIDENCE I 3 

humain se rendent-ils compte de la circulation et des 
diverses fonctions de l’homme et peuvent-ils avoir la 
moindre notion de ses actes? Le mieux est de s’en tenir 
à cette doctrine consolante de la Providence. 

« Il suffit d’avoir des yeux et de les ouvrir pour recon¬ 
naître qu’une grande justice s’exerce dès ici-bas; seule¬ 
ment, on voit que certaines causes sont appointées à une 
autre session. Celui-là est encore bien faible qui s’étonne 
ou s’inquiète de ce délai L » 

Les origines et l’avenir de l’humanité sont enveloppés 
de sombres nuages et quand nous reconnaissons comme 
mauvais ce que nous avions cru bon et comme mal ce qui 
nous avait semblé bien, c’est que le temps de comprendre 
est venu pour nous. « Dieu, dit Tertullien, a renvoyé le 
jugement éternel après la fin du monde et ne précipite 
pas, avant le terme, la séparation, qui sera la suite du 
jugement. » 

Et souvent ceux-là sont les grands justiciers de la Pro¬ 
vidence, qui, nés dans un siècle de dépravation, où le vice 
est impuni et la vertu tournée en dérision, déclarent 
aveugle et fatale l’ordonnance du monde et s’insurgent 
contre les philosophies malsaines. 

« Lorsque, dans le silence de l’abjection, on n’entend 
plus retentir que la chaîne de l’esclavage ou la voix du 
délateur, lorsque tout tremble devant le tyran et qu’il 
est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter 
sa disgrâce, l’historien paraît chargé de la vengeance des 
peuples. C’est en vain que Néron prospère. Tacite est 
déjà né dans l’empire; il croît inconnu auprès des cen¬ 
dres de Germanicus, et déjà l’austère Providence a livré 
à un enfant obscur la gloire du maître du monde » 

1 Lamennais, Mélanges. 

2 Chateaubriand, Mercure de 1807. 




'4 




LE DESTIN 

Le Destin peut se définir; « l’enchaînement naturel et ; 
éternel des causes. » Cependant cette définition semble ^ 
s’appliquer seulement aux faits de l’ordre physique; 'S 
quant aux faits de l’ordre moral, la liberté de l’homme | 
est-une cause. La raison s’arrêtera devant les impossi- ' 
bilités absolues, mais on hésitera à conclure avec Hobbes 
que tout arrive par nécessité. Cependant, il faut consi¬ 
dérer, comme nous l’avons dit en commençant ce cha¬ 
pitre, que le destin correspond aux lois de la nature et 
doitrégirtout cequi dépend de certaines lois immuables. 

Or, il n’y a pas que le monde matériel qui obéisse à t 
des lois, le monde spirituel y est également soumis, 
L’évolution constatée dans les races animales n’a-t-elle | 
pas été remarquée dans l’ordre métaphysique? | 

Cette étude est la base d’une science nouvelle qui | 
demande de très nombreuses observations, mais qui 
projettera sur le monde de la psychologie une lumière ; 
égale à celle que l’évolution a répandue sur l’histoire 
naturelle. 

On peut signaler, dans de multiples événements, une 
chaîne de fatalités terribles. ! 

Dans la mythologie antique. Fatum était le plus ancien : 
des dieux et tous étaient soumis à ses lois. Me quoque j 
fata regunt. « Moi aussi, les destinées me conduisent », 
dit Jupiter dans Ovide. | 

Sénèque définit le destin : « Une nécessité de toutes j 
choses et des actions qu’aucune force ne peut rompre ». î 
Quam ntilla vis nmpit. 

Nous avons vu que le principe de la fatalité était sou¬ 
tenu par les stoïciens, de concert avec l’idée de la Provi¬ 
dence. Heraclite, Empédocle, Démocrite, Zénon, Posi- 
donius étaient partisans de la nécessité absolue, c’étaient 
des fatalistes. Chrysippe et quelques autres stoïciens, au 




LE DESTIN 


contraire, entendaient par le destin, l’enchaînement éter¬ 
nel des causes, la raison primitive du monde l’intelli¬ 
gence de Dieu appliquée à la matière. 

Au point de vue de la philosophie des sciences occultes, 
cette théorie est la véritable. 

Il n’y a pas d’effets sans causes ; or, rien n’arrive que 
par des causes antécédentes et, conséquemment, par la 
force du destin, c’est donc le destin qui produit tout. 

Chrysippe soutenait qu’il ne peut pas y avoir d’avenir 
vrai s’il n’existe des causes de cet avenir. Le vrai ne peut 
donc arriver que par la force de la destinée ; tout évé¬ 
nement suppose une série de causes ayant sa source dans 
l’éternité. Le passé est immuable et nécessaire; comment 
l’avenir, étant vrai, ne serait-il pas immuable et néces¬ 
saire comme le passé ? 

Si vous ajoutez à cette théorie la notion du libre ar¬ 
bitre vous aurez l’opinion de Chrysippe, de Carnéade et 
de Sénèque. 

Cette théorie conduisant d’une part au matérialisme, 
et, d’autre part, semblant attaquer la morale, en ce sens 
qu’elle ne laisse subsister dans les actions des hommes 
ni mérite ni démérite, est très critiquable au point de vue 
moderne. 

Elle paraît peu compatible avec la doctrine de la créa¬ 
tion qui nous, montre un Dieu tout-puissant, créateur du 
ciel, de la terre et des hommes, mettant ces derniers sur 
une planète quelconque pour l’adorer et jouir de son 
œuvre. Mais avec la doctrine qui nous apprend que nous 
sommes une partie intime du grand Tout (yo nàv), que 
par conséquent nous vivons pour un seul, et qu’un seul 
vit pour tous, que chacun doit être plus attaché au bien 
général qu’au bien particulier, l’hypothèse de Chrysippe 
s’éclaire et le principe dé la fatalité reprend son véritable, 
sens. 

L’avenir existe virtuellement dans le passé, c’est à 





l6 LA DIVINATION 

nous de savoir l’y découvrir. C’est ce que nous faisons 
journellement par déduction. Nos connaissances, nos 
découvertes, nos sciences sont les ombres du passé et 
rayonnent vers l’avenir. J 

Le libre arbitre nous permet de nous guider et si ; 

l’événement est fatal, s’il doit arriver, c’est par la volonté ' 

que nous sommes armé contre lui, d’après la formule 
occulte: Savoir, oser, vouloir; se taire. ; 

La volonté ou la prière : la force ou l’amour. ; 

Fatavolmtem ducunt, nolentemquetrahnnt, ditSénèque. 

Les destins conduisent celui qui veut, ils traînent celui 
qui ne sait pas vouloir. Et cela est si vrai que, par la 
réflexion, nous pouvons changer notre destin. Sauf des 
exceptions rares nous sommes libres de choisir notre 
voie, de faire notre avenir. 

Une faiblesse, aux yeux des savants modernes, dont 
ils font un crime aux plus grands hommes, c’est la 1 
superstition, ou du moins ce qu’ils appellent ainsi. 

Cependant, par son étymologie même le mot super¬ 
stition devrait imposer le respect ; il vient de super stare, 
se tenir au-dessus, se mettre au-dessus du vulgaire ; 
en suite tout est superstition sur la terre : qui dit 
croyance religieuse dit superstition : le hoc signo vinces 
n’est-il pas analogue au petit Apollon de Delphes que 
Sylla ne manquait jamais de baisera la vue de ses soldats? 
Attila, Roland, Scanderberg n’ont-ils pas eu aussi leurs 
superstitions ? 

Les bois sacrés, les forêts de Dodone, les eaux du 
Styx, les pierres druidiques, la fontaine de Merlin, les 
eaux de Lourdes ont, de tout temps, été renommés pour 
leurs qualités occultes et fatidiques. 

La doctrine des jours heureux et malheureux a été 
soutenue par HésiodeC Plutarque n’a pas craint decon- 

1 Hésiode, les Travaux cl les jours. 





LE DESTIN 17 

sacrer un traité à cette question. Du reste, la. superstition 
des dates était générale parmi les anciens. 

Les exemples abondent de l’influence de certaines 
dates, de certaines époques fatales, à des peuples, à des 
races, à des individus. 

Napoléon rappelait à Sainte-Hélène qu’il entra un 
vendredi à l’école de Brienne et que, en voyant son père 
s’éloigner, il versa un torrent de larmes. «Hé! disait-il, 
avec de fortes propensions à être superstitieux, je n’en¬ 
trepris Jamais rien qu’avec crainte un vendredi; d’ail¬ 
leurs, je ne sais si c’est un pur hasard, ou une suite 
nécessaire de la mauvaise disposition d’esprit où le 
vendredi me mettait, mais j’ai toujours mal réussi dans 
mes entreprises, ce jour-là. Ainsi, entre autrés choses, 
je me souviens que la nuit où je partis de Saint-Cloud, 
pour la campagne de Russie, était un vendredi.» 

Une remarque curieuse, si elle ne tient pas à la fatalité, 
est celle qu’on a faite au sujet de quatre hommes éga¬ 
lement célèbres qui, dans le cours du xvi® siècle, figu¬ 
raient parmi les étudiants du Collège de France ; c’étaient: 

A. Vésale, qui mourut de faim sur les rochers de l’île 
deZante où la tempête l’avait jeté. 

Torquato Tasso, qui mourut de misère et de chagrin, 
fou peut-être, dans un cloître. 

Ramus, qui fut égorgé dans le collège de Presles, où 
il professait la philosophie et l’éloquence. 

Enfin Michel Servet, que l’implacable Calvin condamna 
à être brûlé vif. 

La légende veut que ces savants aient été liés d’une 
étroite amitié, basée sur la sympathie. 

L’homme ne saurait faire un pas dans la vie sans se 
heurter à des obstacles insurmontables, il se meut dans 
un 'cercle de nécessité invincible, il est l’esclave dé la 
nature. 

Il obéit à une force aveugle, obscure, irrésistible.’ 





[NATION 


iS LA DIVI 

Lorsqu’un homme naît, il ne l’a pas demandé, il n’y a 
pas consenti, c’est malgré lui : sa vie sera une existence 
désespérée. En vain, il maudira le jour de sa naissance, il 
gémira sur ce que la mort ne l’a pas pris à sa première 
heure alors qu’il était encore inconscient. 

Il a beau crier, se plaindre, il faut qu’il accepte la vie, 
qu’il soit souffrant, infirme, méprisé, bafoué, méconnu 
et qu’il traîne sa misère jusqu’à la tombe, qui n’est même 
pas un refuge pour lui, car il y descend avec crainte, en 
tremblant sur le sort qui lui est réservé. 

Est-ce la résurection et la récompense? 

Est-ce le malheur continué? 

Est-ce l’oubli et l’anéantissement? Qui sait ! 

Ainsi, la vie a été imposée à l’homme, le fatum l'a 
fait naître ici plutôt que là, d’où ses joies ou ses misères; 
il a une patrie qu’il n’a pu choisir, qui sera le pôle ou 
l’équateur, la France ou le Dahomey ! 

Et vous ne voulez pas, moralistes, que je rie en con¬ 
sidérant cet animal bizarre à sa naissance, incapable de 
se défendre contre son père, sa mère, sa famille, ses 
défauts, ses vices, sa patrie. Et vous parlez de libre 
arbitre, de consentement? 

Quel est l’hérétique qui ne s’est laissé baptiser, à sa 
naissance ! 

Farceurs sinistres, que pouvons-nous, liés à la terre 
comme le polype à son pied, nous végétons (charnel¬ 
lement) là où nous sommes et nous y mourons. Heu¬ 
reux, si la destinée nous a fait voir le jour sous un ciel 
clément, dans un pays civilisé, loin cies brigands comme 
Tamerlan qui semait devant lui l’infamie et la mort, loin 
des Sylla, des Pizarre, des Borgia, des d’Albe qui se 
repaissaient de larmes et de sang ! 

Et vous prétendez que les hommes sont égaux : vous 
inoculez ce mensonge dans les veines des nouvelles 
couches sociales. Vous mentez ! 



DESTIN 


>9 


Les hommes sont ce qu’ils se font ! 

Donc, suivant qu’ils sont plus ou moins aptes, ils se 
font plus ou moins bons, plus ou moins forts, ce n’est 
que de notre volonté que nous relevons au point de vue 
moral. 

Dès l’abord la nécessité crée une distinction, une pre¬ 
mière et radicale inégalité : le sexe. 

Grands niveleurs de peuples, faites donc disparaître 
l’infériorité dans laquelle vous maintenez, pour votre 
plus grand avantage, une partie de l’humanité plus inté¬ 
ressante que vous-mêmes. 

Eh quoi, c’est parce que la femme est faible que vous 
l’opprimez, parce qu’elle ne peut se défendre que vous 
l’accablez! Vos lois ne la défendent pas, vos mœurs la 
souillent, votre éducation'la perd. 

Laïcisàteurs forcenés, égalitaires, ajoutez à ma taille 
cinq pouces de plus, ôtez à mon nez une trop grande 
quantité de chair et donnez à votre esprit plus de lucidité, 
si vous voulez légitimer vos théories. 

C’est seulement devant les épreuves de la vie, que 
l’égalité reprend ses droits, et encore, la fatalité est diffé¬ 
remment supportée par les individus : les nobles âmes, 
les fortes intelligences restent dignes dans la lutte, les 
esprits faibles se laissent conduire. 

Et l’hérédité qu’en faites-vous ? pourquoi un fils, sup¬ 
portera-t-il jusqu’à la troisième ou quatrième génération 
la faute des débordements de son père, pourquoi conti¬ 
nuera-t-il à souffrir des mêmes maux, pourquoi la cécité 
congénitale, la surdi-mutité, l’idiotisme et tous les maux 
qui apparaissent dés le berceau? 

La raison seule nous les fait accepter, quand la raison 
elle-même n’est pas liée et garottée dans des chaînes 
qu’il nous est trop souvent impossible de rompre. 


20 LA DIVINATION 


LE HASARD 

Après avoir étudié ce que nous savons de la Providence 
et du destin, il nous reste à voir ce qu’il y a lieu de 
penser du hasard. 

Chez les anciens, aucune divinité n’eut autant de 
temples, ni autant de fidèles que la fortune — et aujour¬ 
d’hui? 

Théophraste, disciple d’Aristote, enseigne ^ que tous 
les événements qui se rapportent à l’homme dépendent 
de la Fortune et que la Providence n’y a aucune part. 

Callisthène, un autre disciple d’Aristote, soutenait éga¬ 
lement que ce n’était ni le mérite, ni la sagesse qui 
gouvernait la vie, mais bien la Fortune. Que de gens en 
sont là ! 

Les historiens ne manquent pas de faire remarquer 
que, sans elle, les grands hommes n’accomplissent rien 
d’extraordinaire. 

« 11 faut avouer que, si Alexandre dut beaucoup à sa 
vertu, il dut encore davantage à sa fortune, que, seul 
entre tous les mortels, il tint en son pouvoir. Combien 
de fois l’arracha-t-elle à la mort! Combien de fois, 
engagé témairement au milieu des périls, le couvrit-elle 
de ce bonheur qui ne l’abandonna jamais! Elle donna à 
sa vie le même terme qu’à sa gloire. Et les destins atten¬ 
dirent que, ayant achevé la conquête de l’Orient et atteint 
l’Océan, il eût accompli tout ce qui était possible à 
l’humanité *. » 

Le grave Tacite hésite entre, le destin et le hasard, il se 
décide cependant en faveur de celui-ci. « Pour moi, plus 
je réfléchis à un grand nombre de ûiits, soit modernes, 

1 Théophraste, Traité de Vaffliction. 

2 auinte-Curce, liv. X. 



wm. 


LE HASARD 21 

soit anciens, et plus je reconnais les effets du hasard dans 
toutes les choses de ce monde 

Pascal, dans quelques réflexions sur la Condition des 
grands, attribue au hasard la possession des richesses : 
« Non seulement, vous vous trouverez fils d’un duc, 
mais vous ne vous trouverez au monde que par une 
infinité de hasards. Votre naissance dépend d’un mariage 
ou plutôt, de tous les mariages de ceux dont vous des¬ 
cendez. Mais, d’où dépendaient ces mariages? D’une 
visite par rencontre, d’un discours en l’air, de mille 
occasions imprévues. Vous tenez, dites-vous, vos riches¬ 
ses de vos ancêtres; mais, n’est-ce pas par mille hasards 
que vos ancêtres les ont acquises et qu’ils les ont con¬ 
servées? Mille autres, aussi habiles qu’eux, ou n’ont pu 
en acquérir ou les ont perdues après les avoir acquises^ » 

Ne quittons pas Pascal sans avoir cité ses idées sur la 
légitimité des richessses qu’il considère comme reposant 
sur la fantaisie des tois et non sur un droit naturel. 11 
considère, de plus, comme pures illusions les dignités et 
la noblesse, tandis que les grandeurs naturelles, science, 
esprit, vertus, santé, force, sont indépendantes de la 
volonté des hommes et constituent la véritable grandeur. 

« Le peuple, dit-il, ignore l’égalité naturelle qui existe 
entre tous les hommes, car il considère les grands 
comme étant d’une autre nature que le reste des hom¬ 
mes. » 

« Votre âme et votre corps, s’écrie-t-il, sont d’eux- 
mêmes indifférents à l’état de batelier ou à celui de 
duc. » 

Nombre de découvertes sont dues au hasard, dans les 
sciences, dans les arts : toutefois, il n’appartient qu’aux 
hommes de génie ou à des esprits pratiques de savoir 

1 Tacite, Annales, liv. III. 





22 la divination 

profiter des chances favorables, les preuves en abondent. 
C’est ainsique les qualités des plantes, les vertus des re¬ 
mèdes, le café, le quinquina, la vaccine, l’éther, le chlo¬ 
roforme, l’oxygène, le télescope, la découverte de l’Amé¬ 
rique et tant d’autres sont dues à un hasard heureux. 

Cicéron regimbe devant le hasard, aussi s’écrie-t-il ; 
« Ce n’est pas seulement la fortune qui aide les hommes 
forts, mais c’est surtout la raison qui imprime par ses 
préceptes, une force nouvelle aux gens courageux. » 

Quelques exemples curieux compléteront cette étude ; 

Après le meurtre de Caligula, le Sénat avait voulu réta¬ 
blir la République; un Épirote découvre l’ignoble et 
imbécile Claude, caché dans les latrines, et propose à ses 
compagnons de le proclamer empereur. On reconnut 
alors, d’une manière bien évidente, que les efforts des 
mortels sont impuissants, lorsque la fortune ne les 
seconde pas‘ » 

Le sort des batailles, comme nos déterminations poli¬ 
tiques, ne laisse aucun doute sur la part du destin. 

Napoléon, très enclin à la croyance du hasard, rapporte 
nn fait bien curieux : « Serrurier et d’Hédouville cadet 
marchaient de compagnie pour émigrer en Espagne ; une 
patrouille les rencontre ; d’Hédouville, plus jeune, plus 
leste, franchit la frontière, se croit très heureux, et va 
végéter misérablement en Espagne. Serrurier, obligé de 
rebrousser chemin dans l’intérieur et s’en désolant, de¬ 
vint maréchal de France. Voilà pourtant ce qu’il en est 
des hommes, de leurs calculs et de leur sagesse ^ » 

Les faits des plus humbles ont parfois les conséquen¬ 
ces les plus graves : par suite de quelle bizarrerie du sort 
Eschyle fut-il écrasé par une tortue qu’un aigle laissa 
tomber sur sa tête... ? 

‘ Sextus Aurelius Victor, De Cæsaribus. 

^ Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène. 







THÉORIES OCCULTISTES 2) 

A la bataille de Leipzig, Viennet reçut une balle en 
pleine poitrine et fut préservé, grâce au manuscrit de sa 
tragédie de Clovis. 

Le général Lassalle fut également garanti par une lon¬ 
gue cravate ; dans un duel, Rochefort dut la vie à une 
médaille sainte qu'il portait sur lui, etc. 

Mais en voilà assez sur ce sujet, le hasard n’est pas 
une cause ni un agent, il ne peut ni ne doit rien pro¬ 
duire. Au point de vue abstrait, ce terme exprinie tantôt 
un enchaînement de causes qui amènent un événement 
imprévu, tantôt une coïncidence, une relation quelcon¬ 
que entre deux causes qui ne semblent avoir entre elles 
aucune liaison ou bien un événement fortuit, qui aurait 
pu être évité ou conjuré si l’on en,avait eu la prévision. 

En somme, nous voyons que tous les événements 
historiques, toutes les entreprises individuelles, toutes 
les actions humaines, doivent être ramenées à l’action de 
Providence, à la nécessité ou au hasard. 

Ce sont ces lois qui mènent l’humanité. 

Dans quelle proportion les biens et les maux sont-ils 
répartis par la Fortune ou le Destin? Existe-t-il des privi¬ 
légiés ? Si nous ne sommes pas maîtres des événements, 
pouvons-nous les utiliser pour notre usage personnel? 
Dans quelle limite et par quels moyens, par quels dons 
l’industrie et la prévoyance humaine, parviennent-elles à 
prévenir les coups du destin ou de la fortune ? 

C’est ce que nous allons étudier tout à l’heure. 


THÉORIES OCCULTISTES 

Mais avant, qu’il nous soit permis d’indiquer, au sujet 
de l’étude des événements futurs, la théorie de Fabre 
d’Olivet, basée sur les données des sciences occultes. 

Qu’on ne la discute pas encore, et qu’on passe outre 
si les résultats auxquels elle conduit, paraissent un peu 





24 LA DIVINATION 

singuliers. On en comprendra toute la portée lorsqu’on 
aura étudié la partie initiatique de ce volume. En effet, 
que penseriez-vous d’un auteur qui, consultant un livre 
chinois, dirait hautement qu’il ne contient que des sot¬ 
tises et qui, prié de le traduire, avouerait ne pas savoir 
un mot de cette langue? 


Dans cette théorie de Fabre d’OIivet, nous voyons trois 
forces en action : la Providence, la Volonté, le Destin, on en 
concevra la marche dans le tableau suivant : 


Providence ( 
agit sur le présent. I 


Volonté humaine 1 
agit sur l’avenir | 


Destin. \ 
agit sur le passé ^ 


Caractère inattendu. ) 
Caractère surnaturel. ( 
Caractère démocratique, j 
Le roi au lieu de la royauté' 
Changements fréquents. ) 
La royauté reste, \ 
les rois passent ( 
La Chine, la Routine. 1 
Éternité des formes. / 


Ex. Jeanne d’Arc. 

Ex. République par¬ 
lementaire. 


Ex. Les rois de droit 


Comme application de ce tableau, nous allons, d’après 
d’OIivet, en appliquer les termes à un exemple : 

La maison doit fatalement brûler (Destin). 

La Providence ne peut pas empêcher la maison de 
brûler, car il n’y a pas de Dieu tout-puissant qui fasse 
du surnaturel. 

La Providence ne peut faire qu’une chose, nous en¬ 
voyer un rêve prophétique qui nous avertit. 

Tout-puissant, comme Dieu, vous pouvez : soit sortir 
de la maison, soit y rester et brûler avec. 

Dans le premier cas, vous obéissez à la Providence, 
dans le second, vous obéissez au Destin. 

Le libre arbitre est aussi sauf que possible, il s’agit 
pour vous de savoir recueillir les avertissements de la 
Providence ou de vous en rendre digne. 

La théorie de mon ami A.-F. Papus^ est plus simple 


Voyez Papus, Traité méthodique de 







théories occultistes 25 

encore et nous replace sur un terrain plus philosophique. 


11 comprend (fig- i) ■- 



Un inconscient supérieur, représenté pour nous par 
des manifestations surnaturelles : Jeanne d’Arc, les som¬ 
nambules extra-lucides, etc. 

Un conscient, le Moi, manifestatation delà personna¬ 
lité humaine. . 

Un inconscient inférieur, manifeste par un pressenti¬ 
ment inconscient. t • c 

La figure permet de se rendre compte de certaines 
prédictions faites à l’état d’extase. ^ 

Dans cet état, l’être humain se trouve concentre dans 
l’inconscient supérieur ; le passé, le présent et 1 avenir 
sont aperçus du même coup d’œil et au réveil il ne peut 
ignorer ce qu’il a dit en extase. ,. , ■ 

L’homme éveillé, conscient ne peut en effet déduire 
l’avenir que des probabilités scientifiques alliées à quel¬ 
ques données intuitives. 11 ne doit tenir aucun compte 
des impulsions mystiques de l’extase, sous peine de 
quitter le monde du bon sens, de la conscience. 

Plus on s’élève vers le haut du triangle, plus les fai s 
du passé, du présent et de l’avenir, se confondent dans 
un même point. De là la théorie de la divination a 1 état 
d’extase. 









26 LA DIVINATION 

C’est également cette théorie du Moi de l’homme, 
placé entre deux inconscients, que mon ami Donald 
Mac Nab a prise aux Indous et a développée avec un ' 
grand mérite. 

Bornons-là, pour le moment, nos incursions dans le 
domaine des sciences occultes et revenons à la divination. 

LA DIVINATION 

La divination a été, de tout temps, très estimée; 
l’homme, dès sa naissance, a cherché l’au delà et, se 
trouvant entouré d'obstacles, a toujours voulu, d’un 
effort de son intelligence, dépasser le moment présent. 

La lutte de l’intelligence avec le temps engendre le mou¬ 
vement que nous appelons progrès. 

La croyance à la divination existait chez toutes les 
nations de l’antiquité. Les voyageurs signalent des 
croyances aussi enracinées parmi les peuples les plus 
divers. 

« Il est, dit Cicéron, une antique croyance, qui 
remonte aux temps héroïques et qui se trouve confirmée 
par le consentement du peuple romain et de toutes les 
nations : les Grecs l’appellent [j.x'jzur,, ce qui signifie le 
pressentiment, la science des choses futures. » 

A Rome, la divination était devenue l’un des ressorts 
de l’État. 

Chrysippe définissait la divination « une faculté j 
connaissant, voyant, expliquant des signes qui sont 3 
offerts aux hommes par les dieux; l’utilité de cette 
science est de pressentir dans quelles dispositions les 
dieux sont à l’égard des hommes, ce qu’ils veulent faire 
entendre, enfin par quels moyens on peut obtenir ces 
signes et satisfaire aux ordres des dieux ». 

D’après la définition de Cicéron, l’homme dans la 
divination serait un être purement passif, par l’intermé- 




LA DIVINATION EST-ELLE POSSIBLE? 27 

diaire duquel les dieux révèlent l’avenir, tandis que 
d’après celle de Chrysippe, l’homme peut amver a 
découvrir l’avenir au moyen d’un art, d une science ou 
de l’expérience, sans avoir recours à l’inspiration divine. 

La première de ces divinations est dite naturelle, 
l’autre, artificielle. 'Ces deux sortes de divination repon¬ 
dent donc aux deux divisions que nous avons indiquées : 
la Providence, le Destin. 

On devient devin, on naît prophète. 

Si comme cela se produit en mainte occasion, on 
nous condamne avant de nous avoir entendus, nous 
nous retrancherons derrière les plus grands genies de 
■ l’antiquité. 11 est peu croyable que tous aient ete des 
fripons ou des imbéciles, et le plus sage, dans ce cas, 
est d’attendre la fin de ce chapitre pour se prononcer en 
toute connaissance de cause. . , . + i + 

Le nombre des écrivains qui ont consacre leur talent 
à l’étude de la question est considérable et vaut bien la 
peine qu’on en tienne un peu compte. „ . , , 

Du reste, nous serons en bonne compagnie : Hérodote, 
Pythagore, Pausanias, Virgile, Tacite, Pline le Jeune, 
les Pères de l’Église ont écrit longuement sur ce sujet. 

11 nous reste à voir si les devins et la divination ne 
sont pas des tromperies indignes et le degré de foi que 
l’on peut leur donner. 

La divination est-elle possible et les hommes ou quel¬ 
ques-uns d’entre eux jouissent-ils de la faculté de 
connaître l’avenir? 

Ou bien, comme l’a dit Voltaire, « 1 inventeur de la 
divination fut-il le premier fripon qui rencontra un 
imbécile » ? 

la DIVINATION EST-ELLE POSSIBLE? 

La divination naturelle est-elle justifiée par des exem- ^ 
pies sûrs? 



Les hommes ont-ils la faculté de prédire l’avenir? 
Ainsi que nous l’avons vu, dans cette divination, 
1 homme est passif, il ne sait pas l’avenir, il ne fait 
que l’exprimer, il ne participe pas à la divination, 
il n’en est que l’instrument. 

« Et cependant l’avenir n’est pas'encore, qui le nie? 
Et pourtant, son attente est déjà dans notre esprit. 
Le passé n’existe plus; qui en doute? et cependant son 
souvenir est encore dans notre esprit ^ .» 

La divination est la mémoire de l’avenir. 

Nous sommes, dans ce cas, obligés de sortir des 
bornes de la science moderne qui n’admet pas que 
l’homme puisse acquérir des connaissances par d’autres 
voies que celles des sens extérieurs. 

Mais, nous ne nous arrêterons pas à ce faible obstacle, 
en considérant que lois des sciences modernes ne con¬ 
stituent pas un ensemble tellement satisfaisant que nous 
devions nous y tenir et les considérer comme parfaites. 

La suite de ce livre permettra de voir que, bien au 
contraire, il existe une Science toute différente et bien 
plus élevée que nos sciences. 

La faculté de deviner, dans le cas qui nous occupe, est 
appelée instinct, inspiration : c’est une sorte d’intuition 
qui semble pénétrer en nous par d’autres voies que celles 
des sensations et qui, au contraire, en produit une sur 
nos sens. 

On peut donc dire, avec M. Rouxel, que « les sens 
sont la voie par laquelle un certain nombre d’idées sont 
réveillées en nous, les sensations sont l’occasion et non 
le principe de nos pensées ^ .» 

Nous devons donc accepter, ce qui peut se démontrer 
facilement, que la connaissance des objets, même cor¬ 
porels, peut nous arriver par une autre voie que celle 

1 Saint Augustin, Confessions, liv. IX. 






LA DIVINATION est-elle POSSIBLE? 29 

des sens, l’état somnambulique, naturel ou provoqué, 
en est une preuve b 

Plutarque dit ; « Les âmes incarnées ont, en cette vie, 
la faculté de prédi/e l’avenir, mais elle est plus ou moins 
latente, car ces âmes sont obscurcies par le corps, comme 
le soleil par le brouillard. » 

Comme nous. Bacon, le père de la philosophie expé¬ 
rimentale et notre guide à tous, divise la divination en 
deux parties ; l’artificielle et la naturelle; il rejette la pre¬ 
mière, celle qui tire ses présages de la situation des 
astres, du vol des oiseaux, pour ne considérer que la se¬ 
conde. Pour lui elle est de deux espèces : l’une native 
et l’autre produite par une sorte d’influence. La pre¬ 
mière s'appuie sur la supposition que l’âme recueillie et 
concentrée en elle-même a, en vertu de son essence, 
quelque prénotion de l’avenir ; on en voit des exemples 
dans les songes, les extases, aux approches de là mort. 
Or cet état de l’âme, on peut le produire ou du moins le 
faciliter par les abstinences et par tous les moyens dont 
l’effet est de dégager l’âme du corps et qui la mettent en 
état de Jouir de sa propre nature. Dans la seconde. Ba¬ 
con compare l’âme à un miroir susceptible de recevoir 
une certaine illumination secondaire de la préscience de 
Dieu et des esprits. C’est cette dernière surtout qu’on 
peut appeler avec raison inspiration surnaturelle, esprit 
prophétique. 

Tous les hommes vraisemblablement détiennent en 
eux la faculté de prédire l’avenir, mais ils la possèdent 
virtuellement et chacun en est plus ou moins doué. 

Ceux qui semblent le plus aptes à ces sortes de com¬ 
munications sont les gens simples, doux et bons, les gens 
du peuple, les paysans, les rêveurs, les poètes, les ber-, 
gers, les femmes, les enfants, etc. 


1 Voyez Beaunis, Le Somnambulisme provoqué, 2 » édition, Paris, 1888. 



30 


LA DIVINATIOl 


Landur, cité par Rouxel^ s’exprime ainsi sur ce sujet : 
« Les femmes tiennent peu aux démonstrations. La 
forme intuitive prédomine dans leur savoir. Ce qu’elles 
demandent tout d’abord à un philosophe, ce sont ses 
conclusions...; l’homme de génie a une manière depro¬ 
céder qui se rapproche de la leur. » 

Les hommes les moins portés à la divination sont les 
riches qui, d’après Virey^ « usant plus de leur principe 
vital par les sens, sont moins susceptibles de cette direc¬ 
tion de l’âme», et les savants. « Plus l’esprit est occupé 
de science, moins il est ému par les impressions inté¬ 
rieures; aussi, l’ignorance laissant l’âme dans son allure 
naturelle est plus propre aux notions instinctives que la 
marche logique et compassée du raisonnement ». 

LA DIVINATION NATURELLE 

Du moment que cette faculté existe, il est certain 
qu’elle se rencontre à un degré plus ou moins élevé chez 
certains individus et qu’elle peut être développée par des 
exercices appropriés ou annihilée par le défaut d’habitude 
ou par des exercices contraires. 

On conçoit que la vie brûlante et agitée de nos villes 
permette peu de concevoir la divination. «Noussommes 
tous inspirés, dit Fénelon, mais nous étouffons sans cesse 
cette inspiration. » 

C’est dans le calme et le silence, en s’isolant du monde 
extérieur, que l’on se place dans les meilleures conditions 
pour développer la divination. 

Dans cette communication avec la divinité, le sujet doit 
être passif, il doit donc s’abstraire absolument, se con¬ 
centrer en soi et n’avoir pour ainsi dire aucune idée 
propre. 

1 Rouxel, Initiation As 1S89.— La Divination. ÇLandur, Principe du savoir 
et de Vaction). 

2 Virey, L’Art de perfectionner l’homme (Rouxel, loc. cit.). 




LA DIVINATION NATURELLE 

11 faut, d’après l’observation de tous les temps, se 
placer dans un état analogue au sommeil ou dans le 
sommeil même pour favoriser la divination. 

C’est dans cet état intermédiaire entre la veille et le 
sommeil, dans la profonde méditation, que les poètes, les 
législateurs, les savants mêmes ont reçu leurs grandes 
•inspirations. Ils sont tellement abstraits d eux-memes, 
leurs sens sont tellement inactifs, qu ils en oublient de 
boire et de manger; leur sécurité personnelle même 
n’entre plus en ligne de compte. 

C’est donc dans cet état, qui par bien des côtés 
ressemble à l’hypnotisme, qu’il faut se plonger pour 
réussir dans la divination. 

Mais cette sorte de divination est plus spécialement 
personnelle, chacun peut, en s’isolant ainsi, en se ma¬ 
gnétisant, se mettre dans un état tel qu’il puisse prédire, 
ce qui a rapport aux événements futurs. 

En tout cas, cette recherche de l’avenir réussit rare 
ment en ce qui touche les intérêts matériels, tandis que 
la révélation se remarque souvent dans les événements 
qui n’intéressent que le cœur. 

C’est juste et rationnel. 

Plutarque regarde même comme une des principales 
causes de la cessation de la croyance aux oracles les 
mauvaises et sacrilèges demandes sur les trésors cachés, 
les heureuses entreprises d’argent, etc. 

L’expérience prouve qu'il y a des personnes qui font 
à d’autres des prédictions justes. Néanmoins, le plus 

souvent, comme l'inspiration est personnelle, elle est plus 

sûre lorsqu’elle se rapporte à soi. 

Du reste, on ne doit jamais forcer l’inspiration, elle 
doit venir d’elle-même, naturellement. 

On peut s’y rendre plus apte, comme nous avons dit, 
par l’entraînement de la méditation et par les moyens 
suivants, déduits de l’expérience : 




32 


LA DIVIN. 


Renoncement à tous honneurs, à toutes richesses, à 
l’égoïsme naturel; amour du prochain jusqu’au sacri¬ 
fice; 

Sobriété ; vie régulière, nourriture fraîche, légumes et 
fruits, abstinence complète de viande et de vin; 

Continence dans les plaisirs permis; 

Douceur, égalité d’âme, calme des passions; 

Et enfin, calme de l’esprit, repos et méditation dans 
la solitude. En un mot: abstraction complète des sens, de 
façon à ce que le sujet puisse être en contact plus intime 
avec la source de l’inspiration. Tels sont les préceptes. 

A vous de les essayer. On ne peut répondre du succès, 
mais, lors même que vous ne réussiriez pas dans votre 
entreprise, vous auriez eu l’avantage de vous améliorer. 


LA DIVINATION ARTIFICIELLE 

Nous venons d’étudier la divination naturelle, celle 
qui dépend de Dieu ; nous allons voir la divination arti¬ 
ficielle, qui dépend du Destin. 

Par la définition même du destin, cette divination est 
une opération de l'esprit par laquelle il parvient à déduire 
l’avenir du passé : ce qui sera de ce qui a été. 

C’est ici que nous rentrons dans le véritable domaine 
des sciences occultes. 

Eléphas Lévi, un des plus doctes en science occulte,' 
a pris la défense de la divination et s’est exprimé ainsi à 
ce propos : « La divination, dit-il, n’est que la connais¬ 
sance des effets contenus dans les causes et la science 
appliquée aux faits du dogme universel de l’analogie. » 

11 revient encore sur la question et fixe l’esprit sur le 
sujet : « La divination, dit-il, est une intuition et la clef 
de cette intuition est le dogme universel et magique de 
l’analogie. » . - 

Cette sorte de divination n’est contestée par personne 






LA DIVINATION ARTIFICIELLE 3? 

et les adversaires des sciences occultes, les savants olfi- 
ciels, vont même jusqu’à dire que toute divination dérive 
de celle-là. 

Les anciens avaient, du reste, recueilli et comparé les 
prédictions et n’avaient pas tardé à reconnaître que, gé¬ 
néralement, elles ne se réalisaient que pour les faits 
soumis à la nécessité, au fatum. 

Carnéade fait observer, en outre, que les oracles d’Apol¬ 
lon, qui étaient les plus révérés, ne portaient que sur des 
choses dépendant de la fatalité. 

Comme dans toutes les sciences que nous allons étu¬ 
dier, qui ne sont pas comprises dans la partie initiatique, 
l’adage astrologique : Astra inclinant, non nécessitant, 
reprend tous ses droits. 

Les indications que nous donnent les sciences occultes 
nous inspirent, nous conseillent, nous exhortent, mais 
ne nous obligent pas. 

La divination artificielle se présente donc à nous 
comme une chose naturelle, discutable et dont les prin¬ 
cipes fondamentaux sont solidement assis. 

Elle prend sa base sur l’observation des retours pé¬ 
riodiques des lois cycliques, par comparaison dans des 
relations de faits et enfin par des règles spéciales. 

Comme toutes les opérations de l’esprit, elle dérive de 
deux procédés distincts à l’aide desquels elle se justifie : 

Par induction, c’est-à-dire par intuitions parpressenti- 
ment; — par déduction, c’est-à-dire par raisonnement. 

Cette étude fera l’objet des chapitres suivants, où 
nous allons voir ce qu’il y a lieu de penser de la divina¬ 
tion basée sur des pressentiments et sur le calcul des 
probabilités. 

1 Ici nous voulons parler d'une intuition naturelle, celle qui permet à 
l'esprit de devancer la conclusion : comme on voit certaines gens qui, dès les 
premiers mots d'une explication, saisissent les conclusions par intususception. 


coites. 




34 LES pressentiments 


1 


CHAPITRE 11 
LES PRESSENTIMENTS 
CIU’EST-CE aUE LE pressentiment? j 

On rencontre chez la plupart des grands hommes ; 

et chez ceux qui se sont illustrés dans quelque branche \ 

des sciences ou des arts, que ce soit un caractère plus i 

ou moins noble, une nature plus ou moins fine, unis à j 

une faculté spéciale : l’inspiration. i 

C’est, en effet, l’ilispiration qui a fait de Socrate le .] 

plus sage des hommes, de Platon le plus grand des phi- ] 

losophes, de Marc-Aurèle le plus auguste des empereurs. 

C’est encore l’inspiration qui a fait de Jeanne d’Arc, | 
l’humble bergère, le sauveur du pays. C’est encore elle J 
qui mena la destinée de Godefroy de Bouillon, de Ber- | 
nard de Palissy, de Christophe Colomb, de Michel-Ange, 
de Wallenstein, de Richelieu, de Newton, de Pierre le 1 
Grand, de Napoléon, de James Watt, etc. •; 

Les uns se croient prédestinés, les autres entendent i 
des voix. Certains obéissent à un génie, d'autres ont une 
mission à accomplir, d’autres encore ont foi en leur étoile. , 

C’est ainsi que nous connaissons l’esprit familier de 
Platon et celui de Socrate L 

Galien dut sa vocation à un songe dans lequel Apol- - 
Ion lui apparut à deux reprises pour lui ordonner d’ap¬ 
prendre la médecine. 

Cardan et Paracelse, ces deux penseurs, parfois su¬ 
blimes, se vantaient de composer des ouvrages sous 
l'inspiration de leurs rêves. 

Descartes, le profond philosophe, nous a décrit l’in- 


i Voyez Lelutj îe Déinon de Socrate, Paris, 1856. 





q.u’est-ce clue le pressentiment? 35 ,i 

spiration qui accompagna sa découverte du calcul infini¬ 
tésimal ; Voltaire refait avec bonheur, en songe, le ; 
premier chant de la Henriade; Condorcet termine de ' ^ 
pénibles calculs dans ses rêves. 

Franklin trouve jJans son sommeil des combinaisons 
politiques; enfin, dans un autre ordre d’idées, Tartini, 
dans un songe, pensa entendre Satan exécuter une sonate 
sur le violon et le défier d’en jouer une semblable. A son ■ *; 
réveil il fit sa sonate du Violon du Diable. 

Le D'' Macnish rapporte que Coleridge composa, dans 
un rêve, un splendide fragment de son poème de Kubla- 
Kan. ' j 

On pourrait citer de ce fait des milliers d’exemples; 
ils sont inutiles à notre thèse, car on ne lait aucune diffi- 
culté d’admettre l’influence de l’esprit sur les phéno¬ 
mènes à venir. 

Aussi bien, avant de pénétrer au cœur de cette étude 
qu’il nous soit permis de citer une charmante page de 1 
Rabelais sur le sujet qui nous occupe. ; 

11 veut parler du pressentiment dans les rêves : : 

« Notre âme, lorsque le corps dort, s’esbat et revoit 
sa patrie, qui est le ciel. 

« De là reçoit participation insigne de sa pieuse et 
divine origine et, en contemplation de cette infinie 
sphère à laquelle rien n’advient, rien ne passe, rien ne 
déchoit, tous temps sont tous présents, note, non seu¬ 
lement les choses passées en mouvement intérieur, 
mais aussi des futures, et, les rapportant à son corps et 
par les sens et organes d’iceluy, les exposant aux amis; : 
est dicte vaticinatrice et prophète. 

« Vray est qu’elle ne les rapporte pas en telle sincérité 
comme les avoir vues, obstant l’imperfection et fragilité 
des sens corporels, comme la lune recevant du soleil sa , 
lumière ne nous la communique telle tant lucide, tant 
pure, tant vive, tant ardente comme l’avait reçue. » 



36 LES PRESSENTIMENTS 

Cette sorte de pressentiment, ou pour mieux dire, 
cette sorte d’avertissement, qui tient du pressentiment 
est celle que l’on remarque à l’état de sommeil. Elle se 
raproche bien plus du songe que du pressentiment. 

C’est donc lorsque nous étudierons, la traduction des 
songes que nous aurons à en parler. 

Mais, pendant la veille, comme pendant le sommeil, 
nous pouvons avoir le sentiment d’un événement encore 
éloigné. 

On peut définir le pressentiment : une émotion^ in¬ 
térieure spontanée et involontaire, qui nous permet de 
découvrir à l’avance certains faits, certaines affections de 
notre organisme ou de celui des personnes que nous con¬ 
naissons et auxquelles nous portons intérêt; car la sym¬ 
pathie est surtout la grande source des pressentiments. 

De même que nous voyons, dans l’espace, des étoiles 
doubles, sympathies gigantesques de mondes dont nous 
n’apercevons que les lueurs, de même il existe certaines 
âmes inséparablement unies et ayant une destinée com¬ 
mune. 

Que trouve-t-on d’étonnant, dans ces conditions, que 
l’un des termes de cette' égalité physique puisse, sous 
l’empire d’une excitation cérébrale, présager, pressentir 
le malheur qui doit frapper l'autre, le bonheur qui le 
doit réjouir? 

L’instinct diffère peu du pressentiment : l’un et l’autre 
sont spontanés, aveugles, irrésistibles, en un mot: 
oeuvres de la nature prévoyante et non de l’industrie 
humaine. Ce sont les animaux qui nous ont appris 
l’usage d’une foule de plantes médicinales. Les chèvres 
sauvages de Crète nous montrèrent les vertus des vul¬ 
néraires; les serpents, celles du fenouil. 

Mille autres présages nous sont apportés par les ani¬ 
maux, ce sont tantôt les animaux de mer annonçant 
l’orage, tantôt l’agitation des grenouilles ou les bour- 





wmmm 




la prékotion et le pressentiment y] 

donnements de plusieurs insectes présageant la pluie ou 

Ce^sont ces faits d’ordres divers que nous nommerons 
pressentiments physiques, car ils proviennent d une 
influence extérieure sur le physique de 1 homme ou des 
animaux ; il en va de même des pronostics que 1 on 
porte sur les variations atmosphériques. 

Mais c’est justement à l’encontre de ces pressenti¬ 
ments physiques que l’on remarque le pressentiment 
moral. Notre intelligence, s’appliquant d ordinaire a un 
grand nombre de réflexions sur les objets exteneurs, fait 
peu d’attention aux impulsions spontanées qui peuvent 

naître au plus profond de nous-même. 

C’est parce que nous les étouffons que ne nous les 
voyons pas apparaître: aussi, les remarque-t-on le plus 
souvent chez les paysans, naïfs et peu instruits, chez les 
femmes, dont le tempérament et les occupations s ac¬ 
cordent assez bien avec la production du phénomène, 
chez les contemplatifs et les poètes, en un mot chez 
tous ceux pour lesquels la lutte extérieure ne fait pas 
bon marché des détails du dedans. 


LA PRÉNOTION ET LE PRESSENTIMENT 

11 y a lieu d’énoncer, dès maintenant, ce qu’on entend 
par prénotion et par pressentiment. La prénotion est 
matérielle et peut être laissée dans notre esprit par des 
phénomènes antérieurs, ou (pour certains chercheuis), 
après nous avoir été transmise par les esprits ou par la 
lumière astrale. Le pressentiment est immatériel et pro¬ 
cède spontanément, sans action réflexe. L’une, la pré¬ 
notion provient de la raison ; l’autre, le pressentiment 
provient du cœur. 

I Voyez Dallet, La Prévision du temps et les prédiclions météorologiques, Pans, 

87. 




PRESSENTIMENTS 


38 

Ceci accepté, on ne fera pas difficulté pour admettre 
qu’il existe une inexplicable sympathie des âmes qui nous 
fait pressentir des événements dans le monde qui nous 
touche ou nous avoisine. 

Qui pressent, dans une famille quelconque, les mala¬ 
dies, les morts, les périls et tous les autres accidents de 
la vie, si ce n’est la mère ou l’épouse? Dans leur tendresse 
'immense, dans leur sollicitude de chaque instant, leur 
âme, toujours craintive, toujours attentive rapporte 
tout à l’objet chéri et, devançant en quelque sorte les 
coups du sort, tend à en détourner les cruels effets. 

Du reste, quoi qu’on puisse dire, notre âme est avide 
de pénétrer dans l’avenir. Le passé, pour elle est l’irré¬ 
médiable, il n’existe plus et ne lui suscite plus ni crainte, 
ni espérance ; le présent est impuissant à la satisfaire, car 
il est insaisissable. Le moment où j’écris n’est plus le 
présent et l’instant où je constate que je suis dans le 
présent est déjà loin dans le passé. Une seule chose peut 
intéresser : le bien ou le mal que l’avenir tient en 
réserve. 

Cette tendance vers la prénotion de l’avenir a telle¬ 
ment de force qu’il y a des époques où un peuple tout 
entier se porte, par un pressentiment général, vers un 
même but, une même pensée ; les esprits sont alors 
dans une anxiété générale et se communiquent les uns 
aux autres leurs terreurs ou leurs colères. 

Dans une soudaine illumination, Caton prédit si jus¬ 
tement à Pompée tout ce qui devait lui arriver avec 
César, que l’on fut très surpris, lorsque l’événement se 
fut accompli, de l’exactitude de la prédiction. 

Pourquoi ce même César croyait-11 en son étoile? 
Pourquoi l’heureux Sylla ne fut-il jamais plus heureux 
que lorsqu’il obéit à ses pressentiments? 

Les mauvaises impressions, la tristesse, la crainte, la 
défiance sont de funestes présages, de sinistres auspices 



LA PRÉNOTION ET LE PRESSENTIMENT 39 

pour entreprendre une oeuvre ; une joie secrète, une 
chaleur inaccoutumée sont au contraire du rneilleur 
augure. Ce dernier caractère se trouve très bien dépeint 
par Descartes dans une lettre à la princesse Palatine, 

Elisabeth : , ■ 

« j’ai souvent éprouvé, dit-il, que les choses quej ai 
faites avec un cœur gai et sans aucune répugnance inte- 
rieure ont coutume de me succéder heureusement. Ce 
qu’on nomme communément le génie de Socrate n’a sans 
doute été autre chose, sinon qu’il avait accoutumé de 
suivre ses inclinations intérieures et pensait que l’eve- 
nement de ce qu’il entreprenait serait heureux lorsqu’il 
avait quelque secret sentiment de gaîté, et au contraire, 
qu’il serait malheureux, s’il était triste. Touchant les 
actions importantes de la vie, lorsqu’elles se rencontrent 
si douteuses que la prudence ne peut enseigner ce qu’on 
doit faire, il me semble qu’on a grandement raison de 
suivre le conseil de son génie. » 

La fortune délaisse souvent celui qui ne s’abandonne 
pas entièrement à elle. Audentes fortuna juvat. 

La témérité parvient presque toujours k vaincre les 
difficultés, là où la prudence aguerrie aurait mille fois 
échoué. La foi a soulevé des montagnes et beaucoup 
d’hommes n’ont dû leur fortune qu’à la persuasion 
intime qu’ils devaient y parvenir. Cette confiance, cette 
assurance les faisaient redoubler d’audace (ou d’efforts) 
pour atteindre le but tant désiré. 

L’histoire fourmille de faits semblables ; le plus curieux 
exemple est le hoc signo vinces^ {par ce signe tu vaincras) 
qui donnait aux cohortes une unité d’impulsion, une 
confiance telle, que rien ne pouvait leur résister et qu en 
effet, elles vainquaient par ce signe.^ Possunt quia posse 
videntur (ils peuvent parce qu’ils croient pouvoir). 

1 La croix, qui rendit les armes de Constantin invincibles. 



\ -' ' 

40 LES PRESSENTIMENTS 

Bacon assure, avec juste raison, que notre âme 
recueillie et ramassée sur elle-même possède une pré¬ 
notion ou sorte de connaissance de l’avenir. 

Ce qu’il y a de certain c’est que, pour nous rendre à 
notre individualité, il n’est rien de tel que l’isolement et 
encore mieux le sommeil. C’est alors que surgit en nous 
ce murmure secret de nos joies et de nos douleurs 
intimes. Toutes nos forces intellectuelles se concentrent 
dans cette solitude profonde et il se fait une revue 
spontanée des sensations et des idées qui nous préoc¬ 
cupent habituellement. Nos facultés acquièrent plus de 
clairvoyance. L’activité intérieure s'accroît de tout ce 
qui lui manque du côté du monde extérieur. 

C’est cette concentration en soi qui fait les prophètes 
et les devins. C est à elle que, dans certains cas, les 
agonisants doivent un sens prophétique. 

Sans que ces derniers faits se rattachent absolument 
à notre sujet, rappelons en passant que, si la prévoyance 
des mourants n est 'pas absolue, les sensations exté¬ 
rieures n ayant plus d’action sur beaucoup d’entre eux, 
elle est parfois bien aiguë. 

C’est ainsi que les frères Carvajal, injustement con¬ 
damnés à mort, ajournèrent Ferdinand VI, roi de Cas¬ 
tille, à mourir dans trente jours, ce qui eut lieu à l'époque 
fixée. 

C est encore ainsi que Jacques Molay, grand maître des 
Templiers, brûlé en place de Grève avec quelques autres 
frères de son ordre, bien qu’il ne fût coupable d’aucun 
forfait, au moment où les flammes entouraient le bûcher 
sur lequel ils agonisaient, cita Philippe-le-Bel et le pape 
Clément V à comparaître devant Dieu ; leur mort 
arriva dans l’année même. 

. Combien d autres faits aussi probants nous pourrions 
encore invoquer. 



le pressentiment a l’état, de veille 


Avant de citer quelques exemples de pressentiments 
perçus à Vétat de veille, ce qui, avons-nous dit, est 
absolument différent du songe et caractérise le pressen¬ 
timent proprement dit, qu’il nous soit permis d’exposer 
sous quel jour nous pensons que doit être envisagé le 
pressentiment aussi bien que le songe b 

Ce sont des appels faits à notre esprit, appels sur 
lesquels s’exerce notre jugement et qui sont de nature 
à nous permettre de prévoir l’avenir. 

On conçoit, dans ces conditions, l’importance que 
nous attachons au pressentiment et on nous excusera de 
nous être étendus sur ce sujet qui nous semble capital. 

En effet, si le jugement ci-dessus, basé sur notre 
observation, est bien l’expression delà vérité; si nous 
pouvons avoir des guides dans la voie de la recherche de 
la connaissance de l’avenir: la divination n’est plus 
qu’une science basée, comme toutes les autres sciences 
rnodernes, sur la déduction : elle rentre dans l’étude 
générale. 

Donnons quelques exemples. Le seul avantage qu’ils 
présentent c’est d’être puisés à des sources authentiques. 

Dans l’un des premiers entretiens que Jeanne d’Arc 
eut avec Charles Vil, elle lui annonça qu’elle serait bles¬ 
sée, sans être hors d’état d’agir, en délivrant Orléans. Ce 
fait est établi par la lettre de l’ambassadeur flamand, 
écrite le 1 2 avril 1420 et conservée avec ün soin précieux, 
car elle contient, non seulement la prédiction, mais encore 
la manière dont elle doit s’accomplir. Jeanne fut en effet 
blessée le 7 mai. Elle eut également le pressentiment de 
sa dure captivité. 

I Nous voulons parler du songe réel et non du rêve, voir dr 
pitre spécial. 


le cha- 



42 


LES PRESSENTIMENTS 

Les funestes pressentiments de Paul I" sont des faits 
acquis à l’histoire. Prince royal, empereur, il en fut 
poursuivi toute sa vie. « 11 rêvait constamment conspi¬ 
rations et assassinats », dit Napoléon. Or il mourut ; 
étranglé. ‘ 

Le 13 juin 1800, la veille de Marengo, Desaix, obsédé d 
par de tristes pressentiments disait à ses aides de camp : 

« 11 y a longtemps que je ne me bats plus en Europe, ' 
les boulets ne nous connaissent pas; il arrivera quelque ■ 
malheur. » 

Lasalle, écrivait à Napoléon, du bivouac du champ de ' 
bataille de ’Wagram, au milieu de la nuit, pour lui 
demander de signer le décret de transmission de ses 
titres parce qu’il sentait sa mort dans la bataille du len¬ 
demain. Ce qui fut. 

Cervoni disait encore à Napoléon, au moment où, sur ,■ 
le terrain d’Eckmühl, il se trouvait au feu pour la pre- j 
mière fois avec l’empereur depuis l’Italie. « Sire, vous j 
m’avez forcé de quitter Marseille, que j’aimais, en m’écri¬ 
vant que, pour des militaires les grades de la Légion 
d’honneur ne s’acquéraient que devant l’ennemi. Mé 
voilà, c’est mon dernier jour. » Un quart d’heure après 
un boulet lui enlevait la tête. 

Napoléon, qui était superstitieux, bien qu’il s’en 
défendît, présenta de nombreux pressentiments, dont la 
réalisation se produisit sans retard; c’est surtout dans la 
période des mauvais jours que, chez lui, les pressen¬ 
timents devinrent le plus fréquents et le plus mani¬ 
festes. 

Si nous citons un grand nombre d’exemples, c’est que 
nous croyons cela nécessaire pour bien confirmer dans 
l’esprit du lecteur ce que nous avons dit plus haut. 

Voyons un autre ordre de faits ; 

Commines rapporte comment Angelo Cattho annonça 
à Louis XI la mort du duc de Bourgogne, le jour même 







le pressentim 


l’état de veille 


où l’on se battait à Nancy, le 5 janvier 1477 : «A 1 in¬ 
stant que le dict fut tué, dit Commines, le roi Louys 
oyait la messe en l’église Saint-Martin, à Tours, distant 
de Nancy de dix grandes journées pour le moins, et a la 
dicte messe lui servait d’aumônier l’archeveque de 
Vienne, lequel en baillant la paix audict seigneur, luy 
dvct ces paroles: «Sire, Dieu vous donne la paix et le 
repos- vous les avez si vous voulez, quia consummatum 
est; vostre ennemi, le duc de Bourgogne, est mort; il 
vient d'estre tué, et son armée desconfitte. Laquelle 
heure cottée fut trouvée estre celle en laquelle vérita¬ 
blement avait été tué le dict duc. » 

Pourrait-on ne pas reconnaîtredes pressentiments dans 
les exemples suivants : ^ 

Le Fèvre d’Étaples, précepteur du troisième fils de 
François P’, dînant le jour de sa mort, chez la reine 
Marguerite, devint triste tout à coup et versa meme des 
larmes. La reine, qui l’aimait beaucoup, lui ayant de¬ 
mandé la raison de sa tristesse : «Je suis âgé de cerit-un 
ans, répondit le savant ecclésiastique ; j’ai vécu d une 
manière très chaste; à l’égard des autres passions qui 
précipitent les hommes dans le désordre, j ai ma con¬ 
science en repos; mais je compte comme un très grand 
crime qu’ayant connu la vérité et l’ayant enseignee a plu¬ 
sieurs personnes qui l’ont scellée de leur sang, j’ai eu la 
faiblesse de me tenir dans un asile paisible, loin des 
lieux où se gagnaient les couronnes des martyrs. » La 
reine chercha inutilement à le rassurer, il fit son testa¬ 
ment de vive voix, se mit au lit et rendit le deinier 
soupir, quelques heures après. , , , 

Sully ^ mentionne que Henri IV, assiège des plus tris¬ 
tes pressentiments, s’entretenant avec Bassompierre et 
Sully, qui tâchaient de dissiper sa tristesse en faisant 1 enu- 


1 Sully, Mémoires. 





m 

44 LES PRESSENTIMENTS 

mération de tous ses sujets de bonheur, « Mes amis, j 
leur dit-il, il faudra bientôt quitter tout cela. Linquenda 
domus et uxor. » Après avoir passé la matinée de ce jour ; 
dans un sombre accablement, il se rendait vers les 'ji 
quatre heures, pour s’en distraire, chez son ministre à • 
l’Arsenal, quand il fut assassiné, rue de la Ferronnerie. 

Priolo, noble Vénitien attaché au duc de Longueville, j 
et dont Saint-Simon lui-même atteste l’exactitude et la ' 
probité, rapporte ‘ que, le i} mai 1643, Louis Xlll à la 
veille de mourir, apercevant le prince de Condé, lui an- }, 
nonça que le duc d’Enghien, son fils, venait de remporter. i 
une grande victoire (Rocroy). Or la bataille de Rocroy , 
ne fut livrée que le 19 mai, c’est-à-dire, six jours après ; 
l’acte de prévision du roi mourant 

Samuel Foot, célèbre comédien anglais, s’apprêtait - 
à passer en France ; une heure avant celle fixée pour son 
départ, il considéra avec une vive émotion le portrait du 
fameux auteur Weston, son ami, qu’il avait dans son 
cabinet, et s’écria, les larmes aux yeux : « Pauvre ^ 
Weston » ; puis il ajouta avec tristesse : « Dans peu de 
de temps, on dira aussi : « Pauvre Foot ! » Une heure ) 
après, il était frappé d’une attaque d’apoplexie fou- •' 
- droyante. i 

Le grand-père du célèbre Shéridan se trouvait le ’ 
10 septembre 1738 chez un de ses anciens élèves. D’un ^ 
caractère très gai, il fut ce jour-là, plus jovial que de cou- j 
tume. Dans la soirée, à la suite de quelques observations j 
sur la durée du vent d’est, il fit cette singulière réponse : 
«Qu’il souffle de l’est, de l’ouest, du nord ou du midi, 
l’âme prendra son vol vers le poirit qui lui est fixé. » La 
bizarrerie de cette réflexion ne fit d’abord aucune 
impression sur les assistants, qui, voyant le docteur pen- 

1 Priolo, Histoire de la minorité de Louis XIH (en latin). 

2 Voy. Saint-Simon, Mémoires t. I ; Mme de Motteville, Mémoires. 




LE pressentiment a l’état de veille 45 ' 

ché sur son fauteuil, et en apparence assoupi, allèrent 
dans le jardin. Au retour de la promenade, on reconnut 
qu’il était mort. . 

Moreau de Saint-Méry vit un jour arriver chez lui un 
homme auquel il était lié par une ancienne et tendre 
affection ; «Je viens mourir auprès de vous. — Etes-vous 
malade? —Je sens en moi que je ne puis tarder de mou¬ 
rir. » On lui prodigua les soins et les consolations 
d’une hospitalière amitié; une heure après, il était frappé 
d’une apoplexie foudroyante. ^ - 

J’emprunte encore un exemple à l’histoire de Mira¬ 
beau. Son pressentiment fut-il trompeur quand il dit ; 

« J’emporte avec moi le deuil de la monarchie; ses débris 
seront la proie des factions. » Un coup de canon, ayant 
retenti dans le lointain, lui fit dresser la tête : « Sont-ce 
déjà les funérailles d’Achille, s’écria-t-il? » Enfin dans 
la matinée du 2 avril 1791, il dit à Cabanis ; « Mon ami 
je mourrai aujourd’hui ; quand on en est là, il ne reste plus 
qu’une chose à faire, c’est de se parfumer, de se couron¬ 
ner de fleurs, de s’enivrer de musique, afin d’entrer 
agréablement dans le sommeil dont on ne se réveille 
plus. » Bientôt la parole lui manquant, il fit signe, qu’il 
voulait écrire, et il traça en grosses lettres ce dernier 
mot ; « Dormir ». Il dormait pour l’éternité. 

Le Powatan, parti du Havre le Cmars 1854 avec 
deux cent cinquante émigrants, fut assailli, le 16 avril, 
par une furieuse tempête sur la côte de New-Jersey. A 
5 heures du soir, une vague monstrueuse balaya le pont : 
une centaine de personnes furent emportées, brisées 
par les rochers, jetées sur la plage sans vie et défigurées. 

La nuit venue, un grand bruit se fit entendre, domi¬ 
nant le bruit même de la tempête ; une vague haute 
d’une centaine de pieds venait de mettre le navire en 
i pièces et la mer engloutissait embarcation et passagers. 

[ Les habitants de la côte furent témoins de>ce désastre. 



mmmm 


46 LES PRESSENTIMENTS ^ 

sans pouvoir organiser aucun moyen de sauvetage. On 
sut plus tard que le capitaine, M. Meyers, possesseur j 
d’une fortune d’environ 1.500.000 francs, ne voulant J 
plus naviguer, avait cherché à vendre le Powatan au 
Havre, mais que, n’ayant pas trouvé d’acquéreur à son 
gré, il s’était déterminé, avec répugnance, à conserver le ^ 
commandement du navire pour ce dernier voyage, qui ■ 
lui fut si fataH. Le capitaine Meyers pouvait échapper à 
ce péril, s’il eût écouté ses pressentiments. 

Le naufrage du Central America, qui a été un grand 
désastre maritime, a encore bien plus éveillé l’attention ' 
grâce à une circonstance merveilleuse qui procède du j 
pressentiment. Pour bien saisir le sens de cette histoire, t 
il faut se rappeler combien les marins de la côte Scan¬ 
dinave sont encore sous l’empire des mythologies du 
Nord et des traditions slaves, c’est dire qu’ils sont , 
bien plus superstitieux encore que nos paysans bre¬ 
tons. 

Le 18 septembre, la barque norvégienne fZ/ew arrivait 
à Norfolk avec quarante-neuf naufragés recueillis par un 
brave marin du nom de Johnson, voici dans quelles j 
circonstances vraiment merveilleuses : / 

« Un peu avant six heures, dans la soirée du 12 sep- 1 
tembre, dit le brave Johnson dans son rapport, j’étais 
sur la dunette avec l’homme à la roue du gouvernail ; 
deux autres matelots se trouvaient sur le pont, lorsque 
tout à coup un oiseau vint frôler mon épaule droite. 

« Après avoir volé tout autour du navire il revint \ 
tourner autour de ma tête et s’approcha si près de ma ’ 
figure, que Je pus m’en emparer. Jamais je n’avais vu 
un pareil oiseau et je ne pourrais même pas lui donner 
un nom. Ses plumes étaient d’un gris de fer foncé, son 
corps avait environ un pied et demi de longueur et son 

1 Foissac, La Chance et la destinée, Paris, 1876. 






le domaine des probabilités 47 

envergure pouvait être de trois pieds et demi; son bec 
long de huit pouces était garni de petites dents sem¬ 
blables à celles d’une scie à main. Au moment où je le 
pris il me donna un bon coup de bec sur le pouce droit 
et il’frappa aussi deux matelots qui m’aidaient à lui lier 
les pattes. Comme il paraissait disposé à blesser tout 
ceux qui l’approchaient, je lui fis couper la tête et son 

corps fut jeté à la mer. 

« Au moment de la rencontre de cet oisèau inconnu, 
la barque courait un peu au nord-nord-est. je ne pus 
m’empêcher de voir, dans cette apparition une espèce de 

présage et une indication de changer ma direction. 

« Je mis, en conséquence, le cap droit à 1 est et si 
je n'avais pas vu cet oiseau, je n’eusse certainement pas 
changé ma route ni recueilli sur les flots tant de passagers 
du Central America. » 


CHAPITRE 111 


LE CALCUL DES PROBABILITÉS 


LE DOMAINE DES PROBABILITES 

Après avoir étudié la part que les pressentiments peu¬ 
vent avoir dans la divination, il convient de voir celle 
qui peut revenir aux recherches basées sur les proba- 

Car la divination, ainsi que nous l’avons dit plus haut, 
peut pénétrer dansT’esprit sous deux formes : 1 intuition 
qui se rapproche de la divination naturelle ou revelee et 







48 LE CALCUL DES PROBABILITÉS 

la déduction, qui constitue dans beaucoup de cas les ,= 
bases de la divinition artificielle. ^ 

Or, la théorie mathématique, qui, plus que toute ij 
autre, est étayée sur le principe de la déduction, se plie à ' | 
l’étude des événements de toute nature, aussi bien pas- J 
sés que futurs. 1 

« Tous les événements, dit Laplace *, ceux mêmes 1 
qui, par leur petitesse, semblent ne pas tenir aux gran- .1 
des lois de la nature, en sont une suite aussi nécessaire "f 
que les révolutions du soleil. Dans l’ignorance des liens 
qui les unissent au système entier de l’univers on les a ^ 

■ fait dépendre des causes finales ou du hasard, suivant ^ 
qu’ils arrivaient ou se succédaient avec régularité ou sans 
ordre apparent ; mais ces causes imaginaires ont été suc- ■ 
cessivement reculées avec les bornes de nos connaissances ^ 
et disparaissent entièrement devant la saine philosophie, 
qui ne voit en elle que l’expression de l’ignorance où ; 
nous sommes de leurs véritables causes. » 

Cette sublime doctrine est également celle de tous les 
savants dignes de ce nom : elle a rallié à elle des mathé- ’ 
maticiens tels que Condorcet, Poisson, Herschell, Arago 
et tant d’autres. _'i 

D’après des conclusions de cette école, sans assimiler 
les événements moraux aux révolutions des astres, on J 
peut cependant les soumettre à l’analyse et au calcul, j 
comme de simples phénomènes astronomiques. 

Dans certains cas, la connaissance du passé forme les ’l 
règles de l’avenir. Quoi d’étonnant que quelques pro- -■ 
fonds philosophes y découvrent les bases d’une divina¬ 
tion, qui, pour étonner le vulgaire, n’en est pas moins 
dénuée de surnaturel. 

C’est ainsi que Quételet, l’ancien directeur de l’Obser¬ 
vatoire météorologique de Bruxelles, a su plier l’analyse 



I Laplace, Essai philosophique sur les prohabilités. 








àletude des phénomènes moraux que nous aurons occa¬ 
sion d’étudier plus loin. _ . - 

Ce qui fait pousser des cris de rage aux ignorants, c est 
que l’École mathématique, dans ses spéculations, n a pas 
Craint de soumettre au calcul de la probabilité les de¬ 
cisions de la justice, la véracité des faits historiques, la 
limite des sciences et en général tous les faits qui deii- 
vent de près ou de loin de l’esprit humain. 

La théorie des probabilités a eu cependant une bien 
humble origine. Voici son histoire ; 

Elle est l’œuvre de Pascal et de son ami Fermât, que 
Pascal appelait, ajuste titre, le premier homme du monde 
et qu’il estimait au point de le placer au-dessus de 

^En 1654, un joueur acharné, le chevalier de Mere, 
ami de Pascal, le pria de déterminer les probabilités de 
gain dans une partie de cartes et la réglé des paitts, 
?est-à-dire le partage des enjeux entre deux joueurs 
qui, ayant dés avantages inégaux, veulent interrompre 
la partie. En un mot, le problème était celui-ci : Deux 
partners jouent ensemble trois parties liees, un en a 
gagné deux, l’autre une; voulant cesser le jeu et partager 
les mises, quelle doit être la part de chacun. 

Les mises doivent être partagées propoitionnellement 
.’j et à _L et reviennent respectivement au premier, 

4 4 

Partant'de la solution de ce problème, Pascal posa 
les bases immuables du calcul des probabilités, dont il est 
le premier et indiscutable inventeur; quatre années 
plus tard, il donnait la théorie de la roulette. 

-Huyghens‘ reproduisit le premier, en ib,57, les 
découvertes des savants français: il y donna la solution 






5P LE CALCUL DES PROBABILITÉS 

des cinq problèmes, dont Bernouilli développa l’analyse, 
avec une réelle supériorité. 

Leibnitz inaugura sa carrière scientifique par sa thèse 
sur les Combinaisons L 

Plus tard, Nicolas Bernouilli publia, en 1713, le traité .1 
de Jacques Bernouilli, son oncle et osa même choisir ’^ 
pour objet de sa thèse de docteur en droit un sujet i 
nouveau et plein d’attrait 

Ajoutons à ces noms célèbres ceux, non moins res¬ 
pectés, de Montmort, de Moivre, de Lacroix, etc. . : 

THÉORIE DU calcul DES PROBABILITÉS 

Après ce court résumé de l’étude analytique des pro- i 
habilités, voyons en quoi consiste la théorie de ce calcul. ] 
Elle a pour but de déterminer mathématiquement le ■ 
nombre de chances ou la probabilité d’un événement ! 
qui paraît être le fait du hasard. 

La possibilité d’un événement, entre plusieurs autres, î 
que le hasard semble amener est ce qu’on appelle chance 
ou hypothèse. ' 

Et d abord, établissons que probabilité s’oppose à 
certitude. Cette dernière, réprésentée dans le calcul par 
1 unité, est absolue, elle est ou elle n’est pas, elle ne • 
peut être relative. Il n’en va pas de même de la proba-,^ 
bilité qui, elle, est susceptible de degrés de zéro à l’in¬ 
fini, puisqu’elle peut toujours se rapprocher de plus en ' 
plus de la certitude que notre jugement se fonde sur ' 
des connaissances plus ou moins réelles. 

Dans la théorie des probabilités, on entend par chance, 
ainsi que nous le disions plus haut, sous une autre 
forme, toute combinaison ou hypothèse qui peut se 

• Leibnitz, Disputatio arithmetica de complexiambue. 

2 Jacques Bernouilli, An conjectandi. 

3 Nicolas Bernouilli, De «su artis coitjedandi in jure. 




. 

THÉORIE DU CALCUL DES PROBABILITÉS 5 ! 

réaliser, lorsqu’on n’a aucune raison dominante de sup¬ 
poser que l’une se produira plutôt que l’autre. 

Prenons le premier exemple classique et supposons 
qu’on jette en l’air un dé à jouer, à six faces (non pipé), 
il tombera nécessairement sur l’une quelconque de ses 
six faces, mais comme nous ne concevons aucune raison 
pour que ce dé tombe sur la face marquée d’un point 
plus tôt que sur celle marquée de deux, ou de trois 
points, on peut dire qu’il y a des chances égales pour 
que le dé tombe indifféremment sur l’une ou l’autre 
de ses faces. 

Supposons un autre cas; Nous avons un dé dont 
quatre faces sont noires et deux blanches. Il y aura 
quatre chances que le dé présente une face noire sur deux 
qu’il présente une face blanche. En conséquence, nous 
pouvons dire que les chances que ce dé présentera une 
face noire sont aux chances qu’il présentera une face 
blanche dans le rapport de 4 à 2. 

Étudions maintenant un exemple, qui nous amènera 
à définir le mot probabilité mathématique. Étant données 
5 boules, placées dans une urne, dont 3 sont blanches 
et 2 noires ; on veut les tirer au hasard. Q.u’arrive-t-il? 

Nous allons calculer la probabilité qu’il y a de tirer 
une boule blanche plutôt qu’une boule noire. 

Dans le cas proposé, il y a 5 chances en tout, 3 en 
faveur d'une boule blanche, 2 en faveur d’une boule 
noire. La probabilité d’amener une boule déterminée, 
dès le premier tirage, est évidemment représentée par 
la fraction Dans ces conditions, la chance de tirer 
une boule blanche sera représentée par la fraction-|-et la 
chance de tirer une boule noire par seulement. 

Un instant de réflexion fait voir que le nombre absolu 
des boules ne change rien aux chances de tirage, du 








52 LE CALCUL DES PROBABILITES ' -j 

moment que le rapport entre les couleurs est conservé, j 
En effet, nous avons évalué à —et ^respectivement i 

la chance de tirer, sur 5 boules données, une boule | 
blanche ou noire. | 

Si nous avons 50 boules, dont 30 sont blanches et | 
20 noires, les chances resteront toujours dans le rapport 
de 3 à 2 en faveur des blanches contre les noires; il en i 
sera de même, si on prend 500 boules, dont 300 blanches ' 
et 200 noires, etc. 

Donc, voici un premier point acquis. Quel que soit 
le nombre des boules dans Turne, la probabilité dame- , 
ner une boule d’une couleur donnée restera constante ■ 
aussi longtemps que la proportion du nombre de boules ; 
■de cette couleur au nombre total de boules que contient ■ 
l’urne restera la même. 

La probabilité mathématique est donc représentée par ; ■ 
une fraction dont le numérateur exprime le nombre de : 
chances favorables à l’événement et le dénominateur, ; 
le nombre total des chances possibles, c’est-à-dire tant j 
favorables que contraires à ce même événement. 

On peut encore le définir plus simplement : le rapport ; 
des chances favorables d’un événement au nombre total 
des chances favorables ou contraires. 

Notons, en passant, que toutes les chances doivent . 
être considérées comme égales, c’est-à-dire, en reprenant 
l’exemple ci-dessus, qu’en tirant une boule de l’urne 
une boule quelconque a autant de chance d’être amenée ! 
au jour que toute autre. J 

Un événement donne lieu fatalement à deux proba¬ 
bilités égales et de signe contraire : l’une, que l’événe- . 
ment se produira, l’autre, qu’il ne'se produira pas; 
la somme de ces deux probabilités est toujours égale 
à l’unité ou à la certitude. 

Ainsi, nous avons vu, dans l’exemple ci-dessus, que 



application aux cas simples 53 

la probabilité d’amener une boule blanche était de -j-, 
la probabilité d’en amener une noire de-ÿ-. Or-^ +-y 


_ 5 _ , 

Remarquons que, au lieu de dire : la probabilité 
d’amener une noire, nous aurions pu dire : la probabilité 
de ne pas amener de boule blanche. Cette manière de 
s’exprimer a l’avantage de rendre les idées plus compa¬ 
rables entre elles puisqu’elles se rapportent seulement a 
un seul ordre de phénomènes semblables. 

Pour généraliser, soit m, le nombre de chances favo¬ 
rables à un événement, n, le nombre de chances défa¬ 
vorables, le nombre total des chances sera m -+■ n. En 
conséquence, la probabilité que l’événement arrivera est 
représentée par la formule etla probabilité qujl 

n’arrivera pas, parla formule 


Déplus,+-5^^= >. ou la certitude. 

En outre, on conçoit que, si nous représentons par 
la probabilité qu’un événement arrivera, la probabilité 
qu’il n’arrivera pas sera.i—/). 


APPLICATION AUX CAS SIMPLES 

Afin de mettre cet auxiliaire puissant de l’étude ma¬ 
thématique des probabilités à la portée de tous, exami¬ 
nons le cas de l’occurrence simultanée de plusieurs 
événements indépendants les uns des autres. 

Soit demandé, par exemple, de déterrniner la proba¬ 
bilité d’amener avec des dés, deux fois 1 as. 

Afin de les distinguer, appelons les dés A et B. Etant 
donnée sa forme cubique, la probabilité que A présente 






54 LE CALCUL DES PROBABILITES ■•’ 

sa faccÆi sera représentée par-|-, c’est-à-dire que, si j 

l’on suppose deux joueurs, Pierre et Paul, et si Pierre ^ 
doit recevoir une somme de 36 francs, dans le cas où le 1 
de A amènera as, la mise qu’il doit fournir en échange ^ 
doit être de 6 francs. : 

Mais si les conditions sont autres et si Pierre ne doit ; 
recevoir 36 francs qu’à la conditon que les deux dés 
A et B marqueront chacun l’as, sa chance de gagner est 
bien moindre, partant sa mise devra être plus faible. ^ 
En effet, la probabilité que B présentera aussi sa face 
as est pour lui seul-|-. Par suite, la probabilité que ’ 
Pierre touche ses 36 francs n’est plus que de ~de~, ] 

1 c’est-à-dire en conséquence, sa mise doit être réduite ■ 
à I franc. 

Comme cette règle est générale, on peut en formuler, ' 
des maintenant, la définition en ces termes : la proba- ■ 
bilité de l’occurrence simultanée de plusieurs événe- ■ 
ments se détermine par la multiplication des probabi- ' 
lités séparées. 

Ainsi, soient quatre événements. A, B, G, D, et leurs i 
probabilités des fractions représentées respectivement ' 
parp, r, s, la probabilité que ces quatre événements - 
se produiront simultanément est représentée par le pro- ' 
duit P qr s. 

C est encore la rnême règle qu’on emploie pour dé- ' 
terminer la probabilité du retour successif du même ’ 
événement ou d’événements différents ; supposons que 
nous cherchions la probabilité d’amener deux as avec un 
seul dé A. 

La probabilité d’amener as avec un dé est représentée, 
avons nous dit, par-^; 



application aux cas simples 55 

La probabilité de l'amener de nouveau est encore 
de 

La probabilité de l’amener deux fois de suite sera 

donc dedesoit de 

Réciproquement, la probabilité qu’on n’amènera pas 
as deux fois de suite est i — 

Si nous avions opéré sur la chance contraire, nous 
aurions vu se développer la série suivante des probabi- 
litités : 

La probabilité que I’æs ne viendra pas au premier coup 
est de -|- ; 

La probabilité qu’il ne viendra pas au second coup est 
encore de-|-; 

D’où ; la probabilité qu’il ne viendra ni à 1 un ni à 
l’antre coup est de-|- + -|-=-^- 

Or, on remarquera que ajouté à ^(probabilité que 
l’a5 viendra deux fois de suite) donne et non pas ~ 
ou l’unité, la certitude. 

D’où provient cette différence, la loi serait-elle en 
défaut? Non, c’est que nous avons incomplètement 
étudié la question et qu’il peut se présenter encore deux 
cas spéciaux. 

1° On amène as au premier coup , pas au second; 

2° On amène as au second coup, pas au premier. 

Exprimons ces deux hypothèses en fractions : 

La probabilité que Vas viendra au premier coup es) 
de et celle qu’il ne viendra pas au second de 

d’où:-f = ' 




3 LE CALCUL DES PROBABILITES 'j 

De même.^la probabilité que IW viendra au second ] 
coup est de-^, et celle qu’il ne viendra pas au premier, j 


de^,d’où:^x4-;=-^ 


Si nous ajoutons la somme de ces deux fractions 


36 ■ 


à la somme précédente de nous retrouvons nos il 
.. . - ;> ^6 


OU l’unité. 

Pour bien fixer ces quatre hypothèses successives dans 
la mémoire et donner la représentation de leurs proba¬ 
bilités par les fractions, nous aurons : ^ 


1“ As aux deux coups, probabilité = -L 
36 

2“ As à aucun coup, probabilité = Ü i 

36 1 

3° As au second coup, non au premier, probabilités -L i 
36 

4“ As au premier coup, non au second, probabilité = -L ’ 

36 ■ 

La somme de ces fractions ëst Ü = i 

36 ’ 

Pour bien mettre ce résultat en évidence, supposons ' 

que m représente le nombre de boules blanches et « le : 
nombre de boules noires contenues dans une urne et : 
que, a chaque tirage de boule, on remette celle qui est i 
soitie dans 1 urne de façon à ce que le nombre total des 
boules de l’urne soit constamment égal à m -fw pour ' 
chaque épreuve. 

Soit encore p, la probabilité d’amener une boule - 
blanche a un tirage quelconque, et q, la probabilité i 
d amener une boule noire dans les mêmes conditions. ? 

D apres ce que nous avons dit plus haut, il viendra : 





APPLICATION AUX CAS COMPLIQ.UÉS ET ANOMALIES 57 

Comme nous avons eu deux tirages, nous aurons, 
par suite, les cas suivants : 

1“ Premier coup, blanche; second coup, blanche; dont la proba¬ 
bilité est représentée pzx p-^p=p^. _ 

20 Premier coup, blanche; second coup, noire; dont la probabi¬ 
lité est représentée par= 

JO Premier coup, x\o\xe\ second coup, blanche; dont la probabilité 
est représentée par qy<_p = pq. . _ 

40 Premier coup, noire; second coup, noire; dont la probabilité 
est représentée par g'XÇ = î^- 

En additionnant ces diverses probabilités, nous trou¬ 
vons ce résultat curieux •. + 2 pq-¥ — (P + q) • 

Si, au lieu de deux tirages, on nous en eût proposé 
trois, nous aurions pu écrire, dès l’abord, la somme 
totale ■. p^+ 3 P" q-^ 3Pr+ f = ^'"si 

de suite en développant pour un nombre de tirages 
quelconque (p gj" d’après la loi du développement du 
binôme de Newton. 


.APPLICATION AUX CAS COMPLiaUÉS ET ANOMALIES 

Les exemples que nous venons d’étudier ne s’appli¬ 
quent qu’aux cas où l’on connaît, comme dans les dés ou 
les boules, le nombre total de chances. Mais sion 1 ignore, 
on peut en déterminer les probabilités par des formules 
un peu compliquées, si le rapport des chances favora¬ 
bles aux chances contraires peut seulement se présumer 
en considérant les valeurs représentatives antérieures 
de cet événement. 

Les pages qui précèdent ont permis au lecteur de 
saisir le principe du calcul des probabilités dans les cas 
les plus simples; les occurrences compliquées deman¬ 
dent des calculs longs et méticuleux. 

Cette théorie des probabilités a été utilisée dans un 




58 LE CALCUL DES PROBABILITES ' 

grand nombre de circonstances, mais l’application n’en • 
est pas toujours très aisée. 

De petites anomalies viennent parfois troubler la ri- 
gueur des calculs : dans les dés par exemple, le centre 
de gravité n’est pas exactement au centre géométrique ' 
du cube par suite de l’inégale quantité de matière enle- ■ 
vée aux différentes faces ; les cartes à jouer ne glissent 
pas toutes également, car elles ne sont pas également 
chargées de couleur et Vas glissera plus facilement que ■ 
le dix, parce qu’il présente une plus grande surface j 
polie. 

Néanmoins, l’application que l’on fait de ce calcul ne 
nécessitant pas une exactitude parfaite, nous pouvons 
considérer l’approximation obtenue comme très suffi- ] 
santé. j 

APPLICATION AUX FAITS D’oRDRE MORAL 

Vers la fin du siècle dernier, Condorcet, marchant sur 
les traces de Laplace, essaya de soumettre au calcul des 
probabilités les votes, les témoignages, les jugements. 

11 n’y réussit pas plus que son prédécesseur, parce que 
l’un et l’autre avaient envisagé le problème à un point ; 
de vue qui le rend insoluble. 

On ne peut pas en effet prononcer que tel accusé 
coupable sera acquitté ou que tel autre innocent sera i 
reconnu coupable. On ne doit pas rechercher la proba- ' 
bilité de la culpabilité, il faut rechercher la chance que 
tel accusé court d’être condamné ou acquitté à juste 
titre, suivant les charges qui pèsent sur lui avec un jury ! 
moyeri, c’est-à-dire n’augmentant et ne diminuant en 
aucun cas sa sévérité. | 

Èt encore un tel calcul ne donnerait-il rien de certain 
s’il s’agissait d’un seul jugement : il n’en est plus de 
même si l’on considère un grand nombre d’accusés. 





application aux faits d’ordre moral 59 

Poisson^ a fait voir comment, en considérant des 
nombres suffisamment grands, les effets des causes 
morales peuvent être soumis au calcul. 

Il a fait ressortir, d’une longue série d’observations, 
cette grande- loi de l’action des causes régulières et 
constantes qui l’emporte à la longue sur les causes 
irrégulières et variables. 

Prenant pour base l’expérience, on a pu, grâce a 
cette même théorie, déterminer le retour d’un certain 
nombre de phénomènes par les phénomènes déjà obser¬ 
vés. Dans cette nouvelle application, 1 élément du 
calcul est fourni par la statistique. Des observations 
souvent renouvelées et répétées d’une façon régulière, 
depuis un grand nombre d’années, peuvent conduire à 
la certitude absolue et mathématique. Un epmple 
suffira à le démontrer : depuis des milliers d’années, on 
a pu, chaque jour, observer, à l’est, le lever du soleil, 
il y a cent mille milliards à parier contre un, que le 
soleil se lèvera encore demain à l’est. 

Dans cet ordre défaits, la certitude peut être absolue; 
qui songe à mettre en doute les principales lois de la 
physique? et, cependant, sur quelles bases reposent- 
elles la plupart du temps, sinon sur des observations 
quotidiennes. 

La statistique ne donne plus des résultats aussi com¬ 
plets lorsqu’on l’emploie à calculer la mortalité aux diffé¬ 
rents âges, la proportion des sexes, les rapports de 
mariage à la population, le nombre des enfants par 

mariage. Il suffit, en effet, d’une épidémie, d’une 

guerre pour entraver pendant un temps, parfois très 
long, le développement de tout un peuple et la statis¬ 
tique est alors à recommencer. 

1 Poisson, Recherches sur les probabilités des jugements. 



































































































62 


LE CALCUL DES PROBABILITES 


application aux sciences morales et POLiriauEs 

AppHquons aux sciences morales et politiques cette 
méthode, basee sur l'observation et le calcul. 

Les modifications auxquelles l’homme se trouve 
assujetti, depuis sa naissance jusqu’à son déclin, dé¬ 
pendent d une infinité de causes mais la plus influente 
2 sûr l’âge qui a une si grande action sur 

les differentes phases de la vie: ainsi, pour ne parler que 
du physique de 1 homme, n’est-il pas aussi utile d’étudier 
ce que deviennent l’homme et la femme aux différents 
âges de la vie, que d’étudier les mesures à prendre pour 
améliorer les races de bœufs, de chevaux ou d’autres 
animaux domestiques ? 

L’intérêt pécuniaire n’est peut-être pas aussi direct, 
mm O ""'^ble tout aussi importante et 

tout aussi difficile, surtout si l’on veut tenir compte des 
diffei entes causes qur exercent leur influence sur notre 
constitution. On peut en juger par les sciences médicales 
qui sont encore loin de résoudre toutes les difficultés 
qui se présentent. 

On pourrait, à la rigueur, établir des lois régulières 
. pour des types généraux, mais l’application de ces lois à 
es ypes particuliers serait presque nécessairement 
ausse, la théorie meme des probabilités le démontre. 
On pourrait cependant l’appliquer, comme on l’a fait 

mTsmanf^“^h^ ‘'•“''sciences politiques, en 

mesuiant chez 1 homme tout ce qui est appréciable par 
des mesures ou par des nombres, en tenant compte des 
causes qui peuvent faire varier les résultats 

Pour connaître la probabilité qu’une petite fille de 
6 ans a de vivre jusqu’à 48 ans, il faut imaginer (fig. 2) 

f rencontre d’une 

horizontale qui serait tirée un peu au-dessous de celle 



APPLICATION AUX SCIENCES MORALES ET POLITiaUES 6j 

qui passe par le nombre 50. La rencontre ayant lieu 
entre les lignes inclinées qui portent les chiffres 0,6 
ou 0,7 et au dixième environ de l’intervalle qui les 
sépare, il est clair que la probabilité sera de 0,64. 
Pour faciliter l’intelligence de cet exemple, nous avons 
indiqué par des traits légers les lignes idéales que l’œil 
doit suivre avant d’arriver au résultat. 

Parmi les lignes inclinées, celle du milieu portant le 
chiffre 0,5 est plus forte et plus apparente que les 
autres. G’est celle qui correspond à la vie probable. 
Comme la verticale 5 et l'horizontale 60 se rencontrent 
sensiblement sur cette ligne, on en conclut qu’une fille 
de 5 ans a autant de chance pour vivre que pour ne pas 
vivre jusqu’à 60 ans. 

Tant qu’il s’agit du physique, les moyens ne manquent 
pas ni les méthodes non plus : quoi de plus simple que 
de mesurer la taille d’un homme, son poids, d’évaluer 
sa force par des dynamomètres? 

Mais comment apprécier le moral ou l’intelligence 
d’un sujet et réduire pour ainsi dire à une expression 
numérique la loi de son développement? C’est un pro¬ 
blème dont on n’avait point tenté la solution et qui se 
présente, au premier abord, sous' une forme si insolite, 
qu’on est tenté d’en regarder l’idée seule comme témé¬ 
raire et impraticable. Nous n’entreprendrons pas ici l'exa¬ 
men de cette question du libre arbitre individuel ; nous 
ne considérerons que les masses. . , . 

Or l’observation prouve que pour elles les effets du libre 
arbitre s’éteignent, les individus s’effacent et on aperçoit 
les résultats de ce que la nature, les institutions, les habi¬ 
tudes héréditaires, les climats, les relations sociales pro¬ 
duisent sur l’ensemble des hommes. 

En veut-on un exemple? Chacun se sert de la poste, 
chacun écrit quand et comme il veut et on sait pour¬ 
tant qu’à Paris, par exemple, le nombre des lettres 






• E CALCUL DES PRI 


64 

mises à la poste annuellement est à peu près exactement 
le même, que tel mois en produit régulièrement plus 
que tel autre. 11 y a même plus, le nombre de lettres : 
jetées au rebut pour adresses illisibles est sensiblement 
le même chaque année. Que conclure de tout cela ? 

Un autre exemple. Il résulte des opérations des con¬ 
seils de révision qu’un même nombre de Jeunes gens 
sont réformés pour telle ou telle maladie, que le nombre 
des jeunes gens qui se sont mutilés pour échapper au 
service est à peu près le même chaque année. Voici un 
tableau à l’appui : ; 



^ -1— Vieillie, 

a constate que le nombre des naissances légitimes 



































application aux sciences morales et POLITiaUES 65 


et illégitimes, était à peu près le même pour l’un comme 


Les documents delajustice criminelle, en France etdans 
les autres pays, ont donné chaque année des moyennes 
fort voisines. Voici l’un de ces relevés pour la France ; 



Voici un autre tableau donnant le rapport de crimina- 




















































66 LES ARTS DIVINATOIRES INFÉRIEURS 

En présence de pareils documents n’est-on pas en 1 
droit de conclure que, si nous avions des données suffi- '1 
santés, nous pourrions déterminer également, pour | 
l’homme, l’âge où il est le plus disposé à des actes de | 
bienfaisance, comme nous l’avons fait pour les actes cri- | 
minels; l’âge où il peut manifester le plus de courage, | 
de dévouement ? :| 

On conçoit dès lors la possibilité d’analyser les diffé- ; 
rentes facultés de l’homme, aussi bien intellectuelles - 
que morales et la possibilité d’arriver à changer les 
unes ou de modifier les autres. On voit ainsi que ces 
lois de nécessité, qui peuvent tant effrayer au premier 
abord, deviendront consolantes au contraire, ét il est fa- ’ 
cile de prévoir que l’on y trouvera plus tard le seul gage 
possible d’amélioration sociale. ' 


CHAPITRE IV 

LES ARTS DIVINATOIRES INFÉRIEURS 


LES SIGNES SACRÉS 

Les anciens avaient coutume de consulter les dieux, 
en d’autres termes, de recourir à la divination dans 
toutes les circonstances de leur existence, aussi bien 
dans les affaires privées que dans les affaires publlques. 

Aussi le monde ancien comptait-il nombre de devins, 
que déjà à cette époque les classes supérieures avaient 
su apprécier à leur juste mérite. 

A côté des voyants etdesprophétesses, dont nous étu¬ 
dierons plus loin les pratiques, on rencontrait des devins 
inférieurs, qui faisaient un véritable métier d’interpréter 





.ES ARUSPICES 


67 

toutes sortes de signes auxquels le peuple attachait une 
grande importance ; ils avaient une foule de pratiques 
plus ou moins curieuses, dont un grand nombre ont 
traversé les siècles pour venir jusqu a nous. 

En dehors des sorts et des oracles, les anciens obser¬ 
vaient les signes envoyés par les dieux, surtout pendant 
les sacrifices que les croyants leur offraient. 

Dans ces sortes d’arts divinatoires, l’inspiration divine 
n’avait aucune part, il suffisait de suivre les rites accou¬ 
tumés. Bien qu’on choisît généralement pour interprètes 
des hommes versés dans la divination, chacun avait le 
droit de tirer des conclusions de ce qu’il avait remar¬ 
qué. 


LES ARUSPICES 

Parmi les signes, auxquels on attachait une grande 
attention, figuraient en première ligne, les phénomènes 
observés pendant les .sacrifices. 

L’interprétation de ces signes, 1 art des Aruspices, 
remonte, au dire d’Eschyle, à Prométhée lui-même. Cet 
art pénétra à Rome, après avoir été fort en honneur 
chez les Étrusques. 

Mille indices fournissaient matière à interprétation; 

Lorsque les signes étaient heureux, le consultant 
pouvait compter sur le succès de son entreprise; dans le 
cas contraire, il devait tout craindre du sort. 

Dans les sacrifices, on observait aussi bien la manière 
dont la victime s’approchait de l’autel que la forme ou 
l’état de ses entrailles. 

On ne manquait pas de tirer des présages de la 
flamme et de la fumée du bûcher. Ce genre de divination 
s’appelait Pyromancie et Capnomancie. 

Si le feu ne s’allumait qu’avec peine, si la flamme ne 
montait pas perpendiculairement vers le ciel et se divisait 





68 LES ARTS DIVINATOIRES INFERIEURS 

en plusieurs branches, si l’on entendait un pétillement 
violent, si la pluie, le vent, ou toute autre circonstance 
venait interrompre le sacrifice, c'étaient de funestes 
présages. 

. Il en était tout autrement si les flammes semblaient 
s’attacher à la victime, si la flamme montait droite et 
pure, sans fumée, en un mot, si le sacrifice semblait 
accepté par la divinité. 

La densité, la couleur, l’épaisseur, la direction de la 
fumée fournissaient aussi des indices précieux. 

La Lébanomancie avait pour objet l’étude des présages 
tirés des fumées de l’encens. 

Dans la Crithomancie ou VAleuromancie, on observait 
les figures plus ou moins bizarres que formait sur la tête 
des victimes la fleur de farine qu’on y répandait. 

LES AUGURES 

Les augures, à Rome, étaient chargés d’interpréter 
le vol, le chant et l’appétit des oiseaux sacrés qui consti¬ 
tuaient les signes de la deuxième classe, dits oionistiqim, 
chez les Grecs, et auspices, chez les Latins. 

On sait que, chez les Athéniens, l’apparition subite 
d’une chouette, oiseau consacré à Minerve sous l’égide 
de qui était la ville, était un des signes les plus heureux; 
de là est venu le proverbe : « La chouette vole », c’est- 
à-dire, nous sommes protégés. 

Dans l’antiquité romaine, les augures étaient des 
prêtres qui prédisaient l’avenir par l’observation du vol 
des oiseaux. Cicéron, augure lui-même, parle de la 
dignité d’augure comme de l’une des charges les plus 
Importantes de l’État. 

Leurs principales fonctions consistaient à observer et 
à interpréter les signes surnaturels, à assister les magis¬ 
trats et les généraux, lorsqu’ils devaient prendre les 
auspices, à conserver les traditions, etc. 











les signes heureux et malheureux 


69 


Non seulement ils pouvaient empecher les comices 
de voter, mais il leur était encore possible d annuler une 
résolution déjà adoptée, si les auspices n avaient pas ete 
régulièrement pris. Ils avaient un droit de 
et de ces deux mots ; Alio die (à un autre jour), ils pou¬ 
vaient interrompre toute délibération. 

On conçoit la puissance qu une semblab e charge 
pouvaitconféreraux augures; car, d’après Cicéron leur 
modération seule limitait un pouvoir aussi immense. 

Leur art dérivait de trois sources distinctes. les 
formules et les traditions auxquelles ils étaient inities, 
les livres augurauxetles commentaires des augures. 


AUSPICES HEUREUX ET MALHEURE 


Puisque nous sommes amenés à parler d’auspices, 
disons ce que les Latins désignaient sous ce nom. 

Primitivement, ce terme signifiait un signe fourni 
par les oiseaux sacrés, mais bientôt ce mot fut etendu 
à tous les signes surnaturels. 

On distinguait les présages tirés du chant des oiseaux 
et ceux qui étaient fournis par leur vol ou leurs mouve¬ 
ments. Toutes ces circonstances variaient suivant épo¬ 
que et la manière dont elles se présentaient. 

Comme pour les présages des Aruspices, il existait 
certains signes que tout le monde pouvait interpréter . 
par exemple, la seule apparition d’un oiseau ^onstitu 
un présage dont tout citoyen avait la faculté de tirer 
lui-même toutes les conclusions, toutes les interpréta¬ 
tions auxquelles pouvaient donner lieu les circonstances 
particulières dans lesquelles il avait ete aperçu. 

Certains signes étaient regardés comme tel e^ent 
évidents que chacun était libre d’en faire la traduction . 
dans d’autres cas, au contraire, il fallait l’art des au¬ 
gures pour en fixer le sens. 



70 


LES ARTS DIVINATOIRES INFERIFltus 


le t-earT“^? "'"‘ru-''’" généralement ' 

le geai, le hibou, 1 hirondelle, tandis que l’aio-le le ' 
héron et la corneille étaient des messagers de bonheur. 

_ Un prenait les augures de plusieurs façons différentes' 

L augure sortait généralement avant le lever du jour et 
s arrêtait, la tête voilée, dans un lieu découvert La 
apres avoir prononcé des paroles sacrées, il marquait dé 

fnnrrnf avoir 

dnrTl ^ évêques), les divisions' 

nu ciel II déterminait ensuite certaines limites terrestres 
dans lesquelles devaient se produire les augures. Ce 
temple augurai était divisé suivant les points cardinaux. 

^He moindre vent venait troubler l’atmosphère, les 
auspices ne pouvaient être pris ; c’est pour cela que, selon 
nutarque, les augures portaient une lanterne ouverte à 
tous les vents, afin que le souffle le plus faible vînt les 
averfir, en éteignant leur lampe, de ne pas continuer 
une besogne inutile. 

Dans les expéditions militaires, où l’on ne pouvait 
suivre des pratiques aussi strictes, on avait recours à 
une autre sorte d’auspices : on observait la manière 
dont mangeaient les oiseaux, des poulets le plus sou¬ 
vent, qu on tenait enfermés dans une cage. 

Au moment propice, on ouvrait la cage et on jetait 
aux poulets sacrés du grain ou une sorte de pâtée. 

tilles animaux refusaient la nourriture ou ne voulaient 
pas sortir de leur cage, c’était un funeste présage ; il en 
était de meme s’ils s’enfuyaient, s’ils battaient des ailes, 

1 s criaient Mais s’ils se précipitaient sur leur nourri- 
tu e avec avidité (fig. 3), de façon à en laisser tomber de 
leur bec, les auspices étaient favorables. 

Certains oiseaux, lorsqu’ils apparaissaient sur la route 

vant significations, sui¬ 

vant qu Ils se montraient à droite ou à gauche 
Les oiseaux étaient dextrœ (à droite) ou sinistrœ 



. ' ' . . ' 

les SIGNES HEUREUX ET MALHEUREUX 

l’autre cas. 





Quelques exceptions furent faites en faveur de certairis 
oiseux ; par exemple, le geai, observe a gauche et la 
corneille à droite, fournissaient des présagés absolus. 

Acôté deces auspices,les indications tirees Js phéno¬ 
mènes naturels tenaient une large place . ainsi, le ton 
nerm "es éclairs, les éclipses, les pluies de sang, les 
tremblements de terre étaient naturellement des signes 
malheureux. Un de ces phénomènes se produisant pen- 
ITIZ le peuple était assemblé faisait renvoyer la 

%“nsL”l“p;îvéfrn’ïe signes encore renrar- 

qués ; l’éternuement, le clignotement des paupières, 









72 LES ARTS DIVINATOIRES INFÉRIEURS 1 

tintements d’oreilles, etc., étaient interprétés par chacun 
suivant ses idées personnelles. 

Nous allons mentionner maintenant quelques-unes ^ 
des pratiques employées par les devins : elles étaient telle¬ 
ment nombreuses, que nous ne citerons que les plus 
curieuses, rangées sensiblement dans l’ordre suivant- 
Présages tirés du feu, de la terre, de l’eau, de l’air, des 
animaux, des plantes, des minéraux, etc. 


LES SIGNES TIRÉS DU FEU, DE LA TERRE, 

DE l’eau ET DE l’aiR 

Les signes tirés des flammes d’une lampe ou d’un 
flambeau (Lampadomancie,Lyclmomancie) étaient néfastes ' 
si la flamme se partageait en deux branches ; favorables 
au contraire,_si elle ne formait qu’une seule pointe ; très 
favorables, si elle en présentait trois. 

- fissures, ses crevasses, ses aspérités, 

permettait de tirer des présages de la ressemblance de 
leur confoimation avec des dessins, faits d’avance oui 
avaient une signification déterminée. ’ 

L’eau, provenant de la pluie ou d’une fontaine, pou¬ 
vait servir a donner des signes de plusieurs manières. 

Dans certains cas, on mettait dans un vase plein d’eau 
un anneau suspendu à un fil, attaché au doigt du con¬ 
sultant. Si 1 anneau restait immobile, l’affaire était man- 
quee. Smon, 1 anneau allait frapper plus ou moins fort, 
a plusieurs reprises, les parois du vase 
^ L^ Gastromancie se pratiquait ainsi : On enfermait de 
1 eau pure dans des vases ronds entourés de torches. On 
invoquait le dieu et la réponse se manifestait, seulement 

t enceinte, 

parles effets que la lumière produisait sur l’eau (système 
employé plus tard par Cagliostro). ^ ^ 

Sous le nom à’Aéromancie, on distinguait les signes 




SIGNES TIRÉS DES ANIMAUX, DES PLANTES, ETC. 73 

tirés de l’action du vent sur l’eau. Le devinsse ren- ^ 

dait sur une hauteur ou en plaine; puis, la tête cou- | 

verte, adressait une invocation aux divinités de l’air, il 
s’approchait alors d’un bassin de cuivre rempli d’eau et 
lui transmettait la demande du consultant. Les rides qui i 

se produisaient à la surface de l’eau étaient des présages. ? 

Si l’eau restait unie, la chose ne devait pas se produire, ^ 

si l’eau frémissait sous la brise, c’était un heureux signe, j 

surtout pour les marins. 

LES SIGNES TIRÉS DES ANIMAUX, DES PLANTES ; 

ET DES MINÉRAUX 

Nous avons vu déjà divers procédés de divination 
appliqués aux oiseaux ; il en est d’autres, que nous allons 
passer en revue. , 

VAlectryomancie ou divination à l’aide du coq, se pra- ■ 
tiquait de la façon suivante : on traçait sur un cercle ou 
sur un carré les lettres de l’alphabet. Sur chacune d elles 
on posait un grain de blé, puis on mettait un coq au 
centre de la figure en observant de quelle façon il man¬ 
geait les grains. On notait les lettres correspondant aux 
cases où le coq avait successivement pris les grains, on 
en faisait un mot d’où l’on tirait un pronostic. 

La Céphaîomancie reposait sur les signes^ fournis par 
une tête d’âne. Quand on voulait connaître l’auteur d’un 
crime, on faisait griller une tête d’âne sur les charbons, 
puis, après certaines prières, on prononçait tout haut le 
nom de la personne soupçonnée, ou si l’on n’en soup¬ 
çonnait aucune, le nom du crime. Si à ce nom, les 
mâchoires remuaient, ou si même encore les dents cla¬ 
quaient, c’était un signe certain de la culpabilité de la 
personne visée. . , . 

A Rome, les rats et les souris (Myomancie) étaient 
enfermés dans des cages et on tirait des présages de leurs 
cris, de leurs mouvements, etc. 




74 LES ARTS DIVINATOIRES INFERIEURS 

Les belettes étaient de si funeste augure qu’il suffisait B 
qu’on en vît une, à Athènes, pour faire dissoudre l’as- fl 
semblée publique. S 

VOpbiomancie ou divination par les serpents fut fort 9 
en honneur en Égypte et dans l’Orient. Les présages ^ 
qu’on tirait de ces animaux étaient tellement vénérés^ 
qu’on en nourrissait pour cet usage. Certains peuples, 
fort croyants, et fort habiles à dompter et à charmer des 
serpents exposaient leur nouveau-né en présence de ces ’ 
ophidiens, pour s’assurer de sa légimité. L’innocence de ' 
la femme était suffisamment démontrée, lorsque les ; 
serpents ne touchaient pas à l’enfant. i 

Le règne végétal n’était pas moins utilisé dans ladivi- •' 
nation. 

Dans la Botanomancie, le consultant écrivait son nom, - 
èt ses questions sur des feuilles et les exposait à l’action, 
du vent: on réunissait alors, au bout d’un certain temps,- 
celles que le vent n’avait pas dispersées et par l’assem-^ 
blage des mots ou des lettres on formait des phrases, , 
dont le sens indiquait la réponse demandée. 

Les feuilles de verveine, de figuier, de tamarin, de : 
bruyère étaient recherchées spécialement dans la hotano-%\ 
mande. ' \ 

Une sorte de divination, qui est restée un jeu chez nos . 
enfants, fournissait aussi des présages. Dans la Phylloi'o- ‘ 
mande, on se frappait vivement le front avec une feuille : 
de rose plissée et on tirait des conclusions du bruit qu’elle î 
rendait. 

La Sycomande consistait à interpréter le frémissement 
que faisaient les feuilles de figuier agitées par le vent, ou 
bien, dans certains cas, on écrivait sur des feuilles de 
figuier, son nom et ses questions : le présage était heu- i 
reux et la réussite certaine, lorsque les feuilles se fanaient 1 
lentement. 1 

Lorsqu’une branche de laurier (Daplmomande) jetée ' | 




SIGNES TIRÉS DE DIVERSES AUTRES PRATiaUES 7? 

au feu y brûlait en pétillant, c’était un heureux présage ; 
funeste, dans le cas contraire. 

Parfois on consultait des substances minérales. . 

On versait du plomb fondu (Molyhdomancie) sur une 
table unie et mouillée. En revenant à l’état solide, le métal 
formait une infinité de petits signes, qu’on interprétait 
comme des présages. Cette coutume s’est perpetuee de 
nos jours dans la Suisse allemande. 

les signes tirés de diverses autres PRATiaUES 

Nombre d’autres présages étaient fournis par les 
objets les plus divers : armes, ustensiles, instruments. 

La Bélomancie ou divination par les flèches était sur¬ 
tout en usage chez les Arabes, les Orientaux et les 
nations slaves et germaniques. On la pratiquait de 
différentes façons. 

Ainsi, par exemple, lorsqu’on projetait une expédi¬ 
tion, on prenait un certain nombre de flèches, on écn- 
vait sur chacune le nom d’une ville, puis on les remettait, 
sans ordre, dans un carquois. Un enfant les tirait au 
hasard et l’ordre dans lequel elles sortaient indiquait 
celui que l’on devait suivre dans l’attaque des places 
dont les noms étaient inscrits. 

D’autres fois, on prenait trois flèches. Sur la première on 
écrivait ; Dieu l’ordonne, sur la seconde ; Dieu le défend : 
la troisième ne recevait aucune inscription. Après les 
avoir mises toutes les trois dans un carquois, on en tirait 
une ; si c'était la première, l’ordre était tout tracé ; si 
c’était la seconde, on renonçait à son projet; si c’était la 
troisième, on remettait à une occasion plus propice 
l’entreprise qui faisait le but de ce tirage au sort . 

La divination par la hache (Axinomancie) était sur¬ 
tout employée lorsqu’on voulait découvrir une chose 
cachée, un trésor ou l’auteur d’un vol. Dans ce cas, on 





76 LES ARTS DIVINATOIRES INFERIEURS 

mettait une hache en équilibre, le manche en l’air, suruii 
pieu rond ; on récitait certaines formules, puis on tour-’ 
nait autour du pieu, en répétant les noms de ceux qu’on' 
soupçonnait ; si, à un nom prononcé, la hache tombait,,; 
c’était un présage certain du crime présumé. ’i 

Cette coutume se perpétua jusqu’au moyen âge où elle' 
se pratiquait avec une clé. Lorsqu’on soupçonnait quel-' 
qu’un d’un crime, on écrivait son nom sur un morceau| 
de papier qu’on roulait autour d’une clé, puis on atta¬ 
chait cette clé par une ficelle à une Bible qu’on faisait j 
tenir par une jeune vierge. Lorsque le nom de la per-’ 
sonne était prononcé, si la clé tournait, c’était un signe ] 
de culpabilité. i 

Ce genre de divination a été longtemps encore usité,, 
en Russie, pour découvrir les trésors. ■ 

r)ans\a. Dactyliomancie, on tenait un anneau, préala-; 
blement consacré, suspendu par un fil au-dessus d’une 
table ronde sur le bord de laquelle étaient disposées les 
vingt-quatre lettres de l’alphabet. On faisait sauter l’an¬ 
neau et, en réunissant les lettres sur lesquelles il tombait, 
on obtenait la réponse. 

La Cosctnomancie était surtout renommée chez les ; 

- Grecs pour découvrir les voleurs ou les assassins. On la 
pratiquait de la façon suivante : on prenait un crible, on 
1 élevait au-dessus de la personne qui venait consulter et 
on le soutenait légèrement avec deux doigts de manière j 
que le moindre mouvement de l’air suffît pour l’agiter.' • 
On prononçait ensuite le nom de toutes les personnes 
susceptibles d’avoir commis le méfait, et celui qui était : 
prononcé au moment où le crible se mettait en mouve¬ 
ment était celui de la personne cherchée. 

On suspendait encore le crible par un fil ou on le sou- j , 
tenait sur une pointe. On retrouve cette coutume en 
Bretagne, où elle est connue sous le nom de faire tour-t' 
nerlesas. 





SIGNES TIRÉS DES DIVERSES AUTRES PRATiaUES 77 

V Alpbiiomancie consistait à faire manger, à un homme 
soupçonné de crime, un gâteau fait avec de la farine 
d’orge. S'il l’avalait facilement, il était reconnu innocent, 
sinon, il était déclaré coupable. 

Les divinations par le sel ont été connues de tous temps. 
Chez les Romains, si l’on avait oublié de^mettre les sa¬ 
lières, c’était un présage funeste pour l’hôte et ses con¬ 
vives. De nos jours encore, renverser une saliere pleine 
de sel est un signe fâcheux pour certains, si l’on n’en jette 
immédiatement une pincée derrière son épaule gauche. 

D’autres genres de divinations inférieures sont moins 
anciens. ^ ., 

Le marc de café a de fervents sectateurs. On vide 
dans une assiette du marc de café, délayé dans de l’eau ; 
on décante et le résultat se tire des figures que présente 
le résidu solide. 

La Céromancie se pratiquait comme le Molybdomancie, 
sauf qu’on employait de la cire au lieu de plomb. 

Dans la Téphromancie, on écrivait avec des cendres 
sur un objet quelconque, puis on exposait cet objet a 
l’air, on tirait présage des lettres que le vent n avait pas 
effacées. . 

La Gyromancie était plus simple encore. On traçait 
sur le sol un cercle d’un mètre et demi environ de dia¬ 
mètre et on traçait au hasard les lettres de l’alphabet 
sur la circonférence. Cela fait, on se plaçait au centie 
du cercle, puis on tournait sur soi-même jusqu’à ce qu on 
tombât de fatigue. Le devin examinait alors les lettres 
couvertes par le corps, après la chute, et en tirait le pré¬ 
sagé cherché. , . 

La Cubomancie et Y Astragalomancie étaient des sortes 
de divinations semblables ; on prenait des dés ou des os¬ 
selets sur lesquels étaient inscrites les lettres de 1 al¬ 
phabet, on les jetait au hasard et avec les lettres ainsi 
tirées on formait la réponse demandée. 






78 LES ARTS DIVINATOIRES INFERIEURS " 

On tirait présage d’un grand nombre d’autres faits 
mais nous devons nous borner, étant donné la quantité 
de questions intéressantes, qui nous restent à étudier. 

LES SIGNES TIRES DES NOMS PROPRES 

L Onomamancie, c’est-à-dire la divination par les noms 
propres, était fort en honneur chez les anciens. 

Un nombre pair de voyelles dans un nom impliquait 
une imperfection du côté gauche, et un nombre impair 
une imperfection du côté droit. 

Dans VOnomamancie numérique ou Arithmomancie, on 
assigne une valeur numérique aux caractères alphabé- / 
tiques et on combine de différentes façons les chiffres ■ 
représentés par les lettres du nom. 

La signification des noms pouvait aussi être interpré-| 
tee : Hippolyte veut dire broyé par le cheval ; c’est ainsi ’ 
que mourut Hippolyte ; c’est aussi à cause de cela que 
saint Hippolyte fut tiré à quatre chevaux. 

Chez les modernes, Y Onomamancie est plus compli¬ 
quée, elle consiste, le plus souvent, à décomposer le nom . 
donné, de manière à former avec les lettres qui le com- 
. posent des noms ou des mots dont la signification four¬ 
nit certains présages, elle prend alors le qualificatif 
d Anagrammatique. 

^ Au point de vue pratique, un mot peut donner lieu 
a autant d’anagrammes qu’on forme d’expressions 
differentes par les permutations diverses qu’on peut 
faire avec les lettres qui forment ce mot. 

_ Les anagrammes qui s’obtiennent par l’inscription 
inverse des lettres sont assez rares. On cite l’exemple 
de Roma dont l’anagramme était Amor, l’un des noms 
mystérieux de Rome. 

On voit que cette habitude des anagrammes est déjà 
fort ancienne, puisqu’on en retrouve des traces chez les 
Latins et chez les Grecs. 





LA BAGUETTE OPÉRATOIRE 79 

Citons encore l’anagramme du roi Ptolémée Phila- 
delphe. En changeant les lettres de place : Ptolemaios 
se transforme en apo mélitos, qui vient du miel, et celui 
de la reine Arsinoè en ion èras, violette de Junon. 

Au moyen âge, l’anagramme fut cultivée avec grand 
soin et les tireurs d’horoscopes en découvrirent des plus 
curieux. . . 

Un nommé André Pujom, dont 1 anagramme donnait 
ces mots mystérieux, pendu à Riom, ayant commis un 
meurtre, fut effectivement pendu à Riom. 

Dans le nom du frère Jacques Clément, l’assassin de 
Henri III, on trouva ; Cest l’enfer qui m’a créé. 

Bornons-nous là et résistons au plaisir de donner 
tant d’autres exemples que nous ne pouvons citer. 

De deux personnes, la plus heureuse était celle dont 
les lettres considérées comme valeurs, ajoutées ensem¬ 
ble, formait le total le plus élevé. C’est pour cela qu’Hec- 
tor devait être vaincu par Achille. 


la baguette divinatoire 

La Rhabdomancie est la divination par les baguettes 
magiques : son origine remonte à la plus haute antiquité. 

Minerve et Mercure avaient leurs baguettes ; Apollon 
avait sa flèche d’or, qui dissipait la peste et les orages ; 
Moïse sauva son peuple, mourant de soif, en faisant 
jaillir une source d’un rocher qu’il frappa de sa baguette. 

Les Scythes se servaient de la baguette de saule ; les 
Germains préféraient celle de coudrier et les mages 
celle de myrte ou de laurier. 

La baguette servait surtout à tracer les signes cabalis¬ 
tiques, connus des seuls sorciers ; mais les exemples de 
baguette divinatoire sont assez nombreux : 

Vers la fin du xviP siècle, un paysan de Saint-Véran, 
Jacques Aymar, découvrit à l’aide de la baguette de cou- 



8o LES ARTS DIVINATOIRES INFERIEURS 

drier, des métaux, des sources et jusqu’à des voleurs et 
des meurtriers. Appelé à Lyon, en 1692 , pour recher- ■ 
cher des assassins qui s’étaient dérobés à toutes les inves- ^ 
tigations de la police, il fut conduit au bord du Rhône ■ 
sur le lieu du crime et aussitôt, il trouva la piste des cou- - 
pables; il ta suivit jusqu’à Beaucaire et découvrit un des “i 
assassins, qui avoua son crime et fut exécuté. 

^ Cent ans plus tard, les mêmes prodiges se renouve¬ 
lèrent à Paris, en Allemagne et en Italie par la baguette, ; 
divinatoire d'un nommé Bletton qui, comme Aymar, : 
était un homme simple et peu lettré. ’ '■ 

LA NÉCROMANCIE j 

Aces pratiques innocentes et inoffensives s’en joi- L 
gnaient de plus terribles telles que celles des nécroman- ! 
ciensL Cette pratique trouva d’autant plus de croyants i 
qu’elle s’appuyait sur l’autorité des livres saints, où on i 
lisait la légende de la pythonisse d’Endor, à qui le roi ; 
Saül avait demandé d’évoquer l’âme du grand prêtre' 
Samuel. ; 

Cet art, qui n’était basé que sur des applications du 4 
spiriteme de nos jours, s’abâtardit dans la pratique, car 
bientôt il suffit de prononcer des paroles sacramentelles ! 
dans des lieux spéciaux (cimetière, cave, etc.) où l’esprit ’ 
du consultant étant frappé d’avance. ’ 

Dans d’autres cas, l’évocation s’entourait des plus j 
horribles mystères et le nécromant, après avoir tué un î 
enfant, plaçait sa tête sur un plat et cette tête au moment 
détermine, devait ouvrir la bouche et faire connaître son 
arrêt. 

Parfois le nécromancien faisait apparaître un fantôme : ■ 

tel est le cas de Grotus, qui évoqua devant Frédéric 4 

* Nexpôç, mort, et (jictVTEia, divination. ' 







LES DEVINS OI 

Barberousse, l’ombre de sa femme revêtue de ses orne¬ 
ments impériaux. 


CHAPITRE V 
LES ORACLES ET LES SORTS 

LES DEVINS 

Le devin ou ixhrtg, qui, sous l’inspiration des dieux 
et.surtout d’Apollon, prédisait l’avenir, semble avoir été, 
dans le principe, un prêtre voué au culte de ces divinités 
et attaché au lieu où se rendaient les oracles. C’est ainsi 
que nous est représenté Chalcas, le plus grand devin de 
la Grèce. 

Apollon était réputé pour le dieu de la prophétie ; 
c’est à lui que les voyants de l’antiquité gréco-romaine 
et tous ceux, en général, qui se sont occupés de divina¬ 
tion augurale ont rapporté l’origine de leur science. 

Certaines familles conservaient comme droit hérédi¬ 
taire le don ou l’art des divinations. C’est ainsi que les 
Jamides, qui se répandirent dans une grande partie de la 
Grèce, les Branchides, près de Milet, les Eumolpides, à 
Eleusis et à Athènes, etc., exercèrent de père en fils, 
pendant plusieurs générations, les fonctions de devins. 

La croyance universelle aux oracles'n’a rien qui puisse 
surprendre. En effet, curieux de connaître l’avenir, les 
premiers hommes, comme nos contemporains, furent 
amenés à rechercher les moyens d’arriver à la science 
des choses futures. 





82 LES ORACLES ET LES SORTS 

Ôn doit l’avouer, si parfois quelques oracles furent 
rendus par de véritables devins, l’art ou la science divi- 
natoire ne tarda pas à tomber en désuétude et les plus 
honteux abus furent faits de la crédulité publique. 

En outre, les peuples de l'antiquité Ignoraient d’une : 
façon absolue les lois de la nature; déplus, leurs religions . 
leur présentaient les dieux comme des êtres supérieurs 
à l’homme, mais ayant comme lui des passions et des v 
vices et pouvant avoir avec la race humaine des com¬ 
munications intimes. 

11 n’est donc pas étonnant qu’ils acceptassent non seu¬ 
lement les oracles, c’est-à-dire la transmission orale, faite 
par le prêtre, des volontés de leurs dieux, mais encore 
toute espèce de divinations, les moins sûres et les moins 
raisonnables. 

Nous avons établi que deux sortes de divinations se 
présentaient à notre étude. C’est dans la première, la di- 
vination naturelle, que les prêtres antiques prétendaient 
puiser leurs communications avec la divinité, tandis 
qu’abusant de la naïveté des consultants ils les leur¬ 
raient de vaines promesses, dont l’ambiguïté favorisait la 
croyance. 

Les oracles par des sorts n’avaient rien de plus mer¬ 
veilleux que le jeu dit de piU ou face, qui tranche dans 
quelques cas 1 indécision où nous nous trouvons. C’est 
un excellent moyen de fixer la volonté, lorsque de deux 
choses différentes également désirées, ou redoutées, on 
veut savoir laquelle choisir, si, toutefois on n’a aucune 
raison déterminante de préférer l’une à l’autre. 

Car il ne faut pas que cette facilité de décision, qui re¬ 
pose tout entière sur le sort, devienne un obstacle à notre 
libre arbitre, à la disposition de notre esprit vers la ré¬ 
flexion et annihile chez nous l’énergie et la volonté qui 
sont, avec 1 intelligence, les plus beaux attributs de la 
nature humaine. 




LES ORACLES DES PYTHIES 83 

C’est cependant à la suppression de ces facultés que 
tendaient les prédictions erronées de ces faux devins, 
qui, oublieux des sages traditions des premiers âges, ne 
songeaient qu’à tirer avantage de la trop grande confiance 
qui leur était accordée. 

Le désir du consultant une fois connu, ils répondaient 
au hasard, sans simuler même une recherche dans les 
traces de science que les collèges avaient conservées. 
Leurs prédictions étaient justes une fois sur deux; or, 
comme en moyenne il suffit que la prédiction se réalise 
une fois sur lo pour soutenir la croyance, on conçoit 
l’entraînement des Grecs et des Latins vers les oracles : 
les actes les plus communs de la vie privée étaient 
subordonnées aux réponses de l’oracle, de même que 
les guerres et les destinées du pays dépendaient de la 
même divination. 

Aujourd’hui, les oracles n’auraient plus grand crédit 
et les oracles verbaux n’en ont plus aucun, quand ils ne 
reposent pas sur une science dont nous pouvons con¬ 
trôler les résultats. 

LES ORACLES DES PYTHIES 

Prenons pour exemple, les oracles les plus redoutés, 
de l’antiquité, ceux de la Pythie. Nous voyons que les 
jours où elle prophétisait, on la jetait, soit au moyen 
de vapeurs narcotiques, soit au moyen de breuvages 
appropriés, dans un état particulier, qui nous semble 
avoir dû être analogue à des attaques d’hystérie. 

Le sujet, ainsi préparé, émettait dans son attaque 
des sons inarticulés, que les prêtres, toujours présents, 
traduisaient aux simples mortels. 

On peut donc croire, dans ce cas, que les prêtres 
étaient les véritables dieux, et que les oracles qu’ils 
rendaient étaient leur œuvre propre. 



LES ORACLES ET LES SORTS 


84 

Les simples lois de probabilité ou les déductions des 
faits présents auraient suffi, dans bien des circonstances, - 
pour prédire les événements, mais les oracles de la ; 
Pythie étaient entourés encore de précautions préalables, ; 
car ils étaient rendus dans un sens ambigu et en termes i 
susceptibles de traductions diverses. 1 

On conçoit, dans ces conditions, le crédit que pou- 
valent acquérir de semblables prédictions. 

Quelques exemples vont appuyer ces faits : 

Lorsque Crésus, roi de Lydie, consulta la Pythie pour ; 
savoir quel serait le succès de l’entreprise qu’il méditait t 
contre les Mèdes, la réponse de l’oracle fut : « Crésus, 1 
en franchissant l’Halys, renversera un grand empire » ; -J 
ce grand empire pouvait aussi bien être celui des Mèdes ' "i 
que celui de Crésus. Or, ce fut ce dernier qui périt et la < 
prédiction se trouva réalisée quand même. .| 

Pyrrhus, roi d’Épire, se préparant à attaquer le peuple | 
romain, reçut de Delphes la réponse suivante aussi I 
amphibologique que la précédente : « Aio te, Æcida, 
Romanos vmcere passe. » •] 

La Pythie était, comme tous les humains, accessible | 
à la corruption, à l’esprit de parti et ses décrets prove- j 
naient souvent de sources bien éloignées des dieux. ; 

Hippias étant tyran d’Athènes, quelques citoyens i 
qu’il avait bannis obtinrent des prêtres, à prix d’argent, i 
que, lorsque des Lacédémoniens viendraient pour con- 
sulter la Pythie, elle répondit toujours qu’ils devaient ’ 
délivrer Athènes de la tyrannie. Comme cela devait arri- ) 
ver, les Lacédémoniens, pour se gagner les faveurs ■ 
d’Apollon, déclarèrent la guerre à Hippias, bien qu’il ■ 

fût leur allié. . ; 

Une autre anecdote piquante que nous empruntons ^ 
à Fontenelle. Dans certains cas, les femmes devaient 
passer seules la nuit dans le temple, afin de commun!- ^ 
quer avec le dieu pendant leur sommeil. 



les oracles des pythies 85 

Cette coutume était courante chez les païens et ne 
soulevait pas la moindre incrédulité. . . j 

Hérodote assure que, au huitième et dernier etage de 
la tour de Bélus à Babylone, était un lit magnifique ou 
venait se reposer toutes les nuits une femme choisie par 

le dieu. , r • 

11 en était de même à Thèbes, en Egypte, en Lycie, etc. 
Le Saturne d’Alexandrie n’agissait pas autrement et 
faisait venir dans son temple telle femme qu’il nommait 

par l’intermédiaire de son prêtre, Tyrannus. , 

Beaucoup de femmes avaient religieusement accompli 
ce pèlerinage, lorsqu’une d’elles, s’étant rendu dans le 
temple, remarqua qu’il ne s’était rien passé que de très 
naturel et que le dieu, moins que Tyrannus, devait y 
avoir pris part. Elle en avisa son mari, qui fit faire le 
procès à Tyrannus. Le prêtre avoua tout. , . , 

Ceci se passe de commentaires, malgré la généralité 
du fait durant toute l’antiquité païenne. 

Terminons par cette'aventure connue, qui arriva a 
Alexandre. 11 s’était rendu à Delphes, un jour néfaste ou 
la prêtresse, prétendant qu’il n’était pas permis de 
consulter le dieu, refusait d’entrer -dans le temple 
Alexandre, qui était peu patient, la saisit violemment 
par le bras pour l’y mener de force, elle s ecria . 
« Ah, mon fils, on ne peut te résister. » —Je n’en veux 
pas davantage, répartit Alexandre, cet oracle me suffit. » 
Ne pourrait-on pas rapprocher ce fait de celui qui se 
passa à Naples avec le général Championne! et le sang 
de Saint-Janvier? et conclure que, plus ça change..... 

11 est donc hors de doute que ces oracles étaient de 
pures plaisanteries, de même que les mystères qui se 
passaient dans les cavernes de Béotie, les temples de 
Dodone et de Sérapis. , 

Les oracles, en général, n’étant pas inspires par la 
divinité et ne provenant que du prêtre, ne reposaient. 







les oracles et les sorts 
dans la plupart des cas, sur aucune observation natu¬ 
relle,' physique ou physiologique, sur aucune méthode 
logique. 

L’art tout entier consistait à faire des réponses à 
double sens et la Pythie ne prédisait ni ne prophétisait 
nen. On ne peut donc rien arguer des jongleries des 
pretres païens contre les sciences divinatoires que nous 
étudierons plus loin. 


COMMENT SE RENDAIENT LES ORACLES 

Sans^ nous attarder à combattre les oracles, nous 
allons étudier les plus connus. 

Les Grecs appelaient uavxsb. et les Romains oracula, 
d ou nous avons tiré notre mot oracle, les révélations 
faites à l’homme par ses divinités. 

La foi aux oracles était, comme nous l’avons dit, 
universellement répandue ; c’est ce qui explique le grand 
nombie de temples et d’oracles qu’on cite en Grèce et 
chez les Romains. 

Le plus célèbre de tous fut, sans contredit, celui de 
Delphes, en Phocide. Apollon lui-même en avait, disait- 
on, jeté les fondements et y faisait connaître aux mor¬ 
tels, au nom de son père Jupiter, les décrets du destin. 
Cependant, les versions et les légendes étaient variables 
a ce sujet ; 1 une des plus répandues enseignait que, pri¬ 
mitivement, cet oracle aurait appartenu à la Terre ou à 
Themis, et ne serait devenu celui d’Apollon qu’après 
que ce dieu en aurait tué le gardien, le serpent Python. 

Le mode de manifestation propre à l’oracle de Delphes 
se produisait sous la forme suivante': 

^Le dieu faisait connaître sa volonté par une émanation 
spéciale ou vapeur prophétique, qui s’exhalait d’une 
iJssure de rochers. 



ment se rendaient les oracles 


87 


D’après Diodore, on avait remarqué, dans l’antiquite, 
aue sur le Parnasse existait une brèche, d’où sortait une 
émanation qui faisait danser les chèvres. Quelques 
bergers, ayant voulu se rendre compte de ce phenomene, 
furent eux-mêmes saisis de mouvements convulsifs, 
l’un d’eux, dans ce délire prophétique, se mit meme 
à prédire l’avenir. . . 

On n’hésita pas à conclure qu il y avait dans cette 
aventure, quelque chose de mystérieux, et on construisit 
un temple sur le lieu même où le fait s’etait produit. 

Ce temple devint de plus en plus vénéré et ne tarda 
pas à être le plus riche de la Grèce. , , „ 

On érigea dans le sanctuaire une statue a Apollon, en 
or pur, devant laquelle se trouvait l’autel où on entre¬ 
tenait un feu perpétuel, à l’aide d’un bois resmeux 

^"^Le'pourtour et le plafond étaient ornés de guirlandes 
de laurier et au centre même se voyait la fissure par 
laquelle se répandaient les émanations sacrées. Sur cette 
ouverture, était placé un trépied élevé (corsina chez 
les Latins) sur lequel s’asseyait la Pythie ou Pythomsse 
prêtresse chargée de rendre les oracles au nom d A- 

^°Les réponses de la Pythie étaient traduites au vulgaire 
par des prêtres, connut sous le nom de Prophètes. ^ 

La Pythie était dans l’origine une jeune vierge, nee a 
Delphes, mais après le viol d’une de ces prophétesses par 
Echécrates, on ne confia plus ces fonctions qu’à des fem¬ 
mes fort âgées. _ . 

Il n’y eut d’abord qu’une Pythie, mais quand le 
nombre des consultants se fut augmenté dans de fortes 
proportions, on en désigna trois : deux montaient alter¬ 
nativement sur le trépied sacré, tandis que la troisième 
se trouvait là pour les remplacer, en cas de mort ou de 
maladie. 


88 LES ORACLES ET LES SORTS 

La Pythie ne pouvait prophétiser qu’après avoir été • 
soumise à l’influence de la vapeur qui sortait du sanc- ' 
tuaire. Avant de monter sur le trépied, elle s’y prépa- / 
rait, pendant trois jours, par des purifications, des jeûnes 
et des cérémonies particulières. j 

Quant aux consultants, ils étaient admis, dans les pre- é 
miers temps, seulement une fois chaque année, le 7 du < 
mois de Bysius, jour qu’on supposait être l’anniversaire '■ 
delà naissance d’Apollon. Plus tard, on désigna plusieurs ^ 
jours dans chaque mois. '■> 

Ceux qui venaient consulter l’oracle, en outre de i 
l’offrande en sacrifice, d’un bœuf, d’une chèvre ou d’un ' 
mouton, étaient tenus de payer une certaine sommé, j 
Sous l’influence des émanations de la crevasse sur la- : 
quelle était placé le trépied sacré, la Pythie était prise de ; 
-vertige, son regard devenait fixe et farouche, sa bouche • ; 
écumante, un tremblement violent agitait tous ses mem- I 
bres, elle se trouvait alors dans l’état de fureur prophé- ' 
tique. ' t 

Elle proférait alors des paroles mal articulées et sans ; ; 
suite que les prophètes recueillaient avec joie. Quand ; 
elle avait été un certain temps sur son trépied on la é 
ramenait dans sa cellule où elle restait plusieurs jours i 
dans un état de prostration complet, avant de se remet- ' 
tre de ses fatigues ; souvent même la mort terminait 
cette attaque. 

La Pythie rendit d’abord ses oracles en vers hexamè- J 
très, dans le dialecte ionien ou dorien. Mais comme par¬ 
fois la mesure de ces vers était mal observée, on fit déjà la ^ 
remarque qu il était étonnant qu’Apollon, le dieu des 
vers, inspirât si mal sa prêtresse. * 

Mais ce beau temps ne dura guère; bientôt les oracles 
furent rendus en prose et dans le dialecte qui se parlait 
à Delphes. 

Certaines familles possédaient l’administration de j 




P 


Pif ..!f 


COMMENT SE RENDAIENT LES,ORACLES 89 

l’oracle et du temple de Delphes ; on en connaissait cinq 
nui prétendaient descendre deDeucalion. Chacune de ces 
familles avait le privilège de fournir un des prophètes du 
temple, ce qui leur constituait une influence considé¬ 
rable, car c’était elles qui, en réalité, faisaient les oracles 
d’Apollon en inspirant la Pythie et en traduisant ses 

Durant plusieurs siècles, l’oracle de Delphes jouit d une 
autorité absolue et fut, en même temps, le centre reli¬ 
gieux et politique des races helléniques. 

De tous côtés, les consultants affluaient et la Pythie 
tranchait toutes les questions de paix ou de guerre, 
d’établissements de colonies, d’intérêt général en un 
mot. On conçoit, de ce fait, l’importance que pouvaient 
posséder les familles qui, au nom du dieu, devenaient 
les arbitres des querelles, des dissensions politiques ou 


civiles. • 4. J 1 

Lors de la lutte d’Athènes et de Sparte, au sujet de a 
suprématie que chacune pensait avoir sur la Grèce, la 
Pythie se montra tellement partiale que déjà son cré¬ 
dit s’en trouva ébranlé. 

Mais ce fut bien autre chose, lorsqu’elle favorisa 1 ambi¬ 
tion de Philippe de Macédoine et que Démosthènes, aux 
applaudissements de ses concitoyens, put l’accuser de 
Philippiser, lorsqu’elle rendait un arrêt. 

Depuis ce temps, l’oracle et le temple ne firent que 
décliner jusqu’au jour où ils disparurent complètement, 
l’an 400 environ après Jésus-Christ. 

Les autres oracles d’Apollon, moins importants que 
celui de Delphes, eurent aussi leurs fidèles. Les modes 
de relation du dieu et du consultant variaient un peu 
selon les endroits; ils peuvent cependant toujours se 
rapporter au même principe. 

11 n’en était pas de même des temples de Jupiter, pu 
les oracles ne se transmettaient pas au consultant sous la 



9° les oracles et les sorts 'm 

forme inspirée, mais bien plus simplement par des signes';! 
que les hommes devaient interpréter. i 

Les oracles étaient tirés de bien des façons. | 

A Olympie, les victimes immolées sur l’autel du dieu 1 
fournLssaient des présages. 

A Dodone, on jugeait de la réponse du dieu au moyen 3 
du son produit par le vent. Le temple de Jupiter était » 
placé sur une hauteur au milieu d’une’ forêt de chênes 
et l’avenir se tirait du bruissement des feuilles. ; 

L’oracle le plus fréquenté et le plus sincère était certai- ‘ 
nement celui de Dodone, qui, de tout temps,fut inacces¬ 
sible à la corruption. 

Parmi les oracles des demi-dieux, le plus renommé - ■ 
fut celui de Trophonius, en Béotie. ■; 

Après de nombreuses purifications, celui qui voulait 
le consulter, si les signes tirés des entrailles des victi- 
mes, interprétés par un prêtre le permettaient, était con¬ 
duit par deux enfants, à la rivière Hercipia ; il y était ; 
baigné, puis oint d’huiles sacrées, les prêtres lui faisaient 
boire de l’eau de la fontaine de VOuhli (Léthé), afin qu’il : 
ne conservât aucune de ses pensées antérieures, et de la 
fontaine du Souvenir (Mnémosyne), afin qu’il se rappelât 
les détails de sa consultation. | 

Le consultant apercevait une image mystérieuse de 
Trophonius, puis il était introduit dans le sanctuaire, qui I 
était construit au-dessus de l’orifice d’une caverne, où j 
l’on descendait par une échelle. j 

Arrivé au fond de la caverne, il trouvait une ouverture ï 
dans laquelle il passait les pieds et aussitôt une puis¬ 
sance invisible entraînait le reste du corps. Ce qui se 
passait ensuite dépendait du consultant. 

Après l’oracle rendu, celui-ci revenait par le même 
chemin qu’il avait suivi pour descendre. 

Aussitôt les prêtres le plaçaient sur le trône de Mnémo¬ 
syne et lui demandaient ce qu’il avait vu : ils inscrivaient 




les sorts 9^ 

alors sur des tablettes, que l’on suspendait dans l’inté¬ 
rieur du temple, tous les détails de la vision qu’il avait 

^Tês oracles d’Esculape furent aussi célèbres dans l’an¬ 
tiquité ; le plus connu fut celui d’Epidaure. 

Hercule, Amphiaraüs, Amphilochus avaient aussi des 
temples, dans lesquels la volonté divine était manifestée 

dans un songe. , , t- . ^ a 

Les oracles latins des Faunes, de la Fortune et de 
Mars furent aussi très souvent consultés. 

LES SORTS 

Les Sorts étaient fort employés par les Anciens. 

Dans leurs entreprises, les Assyriens consultaient 
tantôt les devins, tantôt le sort. Lorsque Nabuchodo- 
nosor marcha contre Sédécias avec une puissante armee, 
il arriva à un point du chemin où la route se partageait 
en deux, l’un, conduisant à Rabath, l’autre, àjérusalem. 
Incertain sur la direction qu’il devait prendre, ce prince 
résolut de décider par le sort des flèches : on écrivit sur 
l’une, Rabath, et sur l’autre,/mwa/m. Dieu qui faisait 
concourir toutes choses à son dessein, dit l’historien, fit 
sortir du carquois celle qui portait Jérusalem. La con¬ 
séquence fut que Nabuchodonosor pénétra en Judée, 
où il mit tout à feu et à sang, prit d assaut la ville de 
Jérusalem, fit massacrer les deux fils de Sédécias et 
crever les yeux à ce roi, qui fut conduit en captivité et 
qui y mourut. 

Chez les Hébreux, il ' était permis de consulter les 
Sorts. On lit dans les Proverbes ; « Le Sort apaise les 
différends et règle les partages entre les puissants. » 
Aaron tirait au sort le bouc qu’on offrait au Seigneur. 

Dans les Nombres, nous voyons que la Terre promise 
fut partagée au sort et que chaque tribu fut ainsi réglée. 





m 


m 


g2 LES ORACLES ET LES SORTS. -.I 

Nous lisons encore dans le livre des Proverbes : « Les 
billets du sort se jettent dans un pan de la robe, mais '¥ 
c’est le Seigneur qui règle tout ce qu’on décide par cette 
voie. » ^ 

Les plus renommés furent les Sorts de Prœneste,- | 
Pour les connaître, on mêlait des lettres et des signes . | 
dans une urne qu’un prêtre renversait, l’ordre dans 
lequel le hasard présentait les caractères servait à celui- iï 
ci à donner l’explication de l’oracle. 

Il convient encore de citer les Sorts virgiliens, les Sorts 
des Saints. 

Pour le Sort des Saints, il suffit d’ouvrir au hasard : 
un livre sacré, dont on interprète ensuite le sens. 

Voici une intéressante application àu Sort des Saints^ : 

Bernard, un des principaux citoyens d’Assise, ayant 
résolu de quitter le monde, demanda conseil à saint 
François pour exécuter son projet : « C’est à Dieu, dit 
celui-ci, qu’il faut te demander. » Puis ils entrèrent à 
l’église Saint-Nicolas et, après avoir prié, François ouvrit 
.trois fois le livre de l’Évangile. 

L’un des plus curieux exemples que je connaisse est 
le suivant : 

En 1794, le célèbre littérateur Laharpe était détenu 
comme suspect dans les prisons du Luxembourg et se 
regardait comme à la veille de porter sa tête sur l’écha¬ 
faud. Ses idées philosophiques en avaient reçu atteinte 
et il chercha dans la lecture de VImitation de Jésus-Christ 
quelques consolations à son triste sort. 11 rapporte , 
qu’ayant ouvert, au hasard, ce livre admirable, il tomba I 
sur ce passage ; « Me voici, mon fils, je viens à vous '■ 
parce que vous m'ave^ appelé. » Dès ce moment, Laharpe 
fut un chrétien convaincu, il traduisit même le Psautier 
en tête duquel il Inséra un bon discours sur l’Esprit des 
Livres saints. 

1 Abrégé de l'Histoire ecclésiastique. 







Les Sibylles remontent à une haute anüquite. 

Les procédés qu’elles employaient différaient un peu 
des précédents. Elles disaient tirer leur connaissance 
de l’avenir de certains livres sacrés qu elles seules con¬ 
sultaient et qui étaient conservés au secret des sanc¬ 
tuaires à Athènes et à Rome. ^ ^ 

Les Sibylles, prophétesses venerees, probablement 
d’origine asiatique, allaient de ville en ville portant avec 
elles leurs livres sacrés. a . - 

Suivant Varron, c’est la Sibylle d’Erythree qui avait 
vendu à Tarquin le Superbe les fameux livres prophé¬ 
tiques appelés les Livres Sibyllins. D apres la legende, 
cette sorcière vint offrira Tarquin neuf volumes de vers 
prophétiques et lui en demanda un prix exorbitant. 
Tarquin, devant ces exigences, refusa. La sorciere alors 
en brûla trois et demanda le même prix des six restants. 
Tarquin refusa encore et la sorcière brûla de nouveau 
trois volumes en redemandant même prix des trois der¬ 
niers livres. Le roi, frappé delà conduite de cette Sibylle, 
lui donna le prix exigé, puis fit placer les livres dans un 
cotfre de pierre qui fut déposé dans le temple de Jupiter- 
Capitolin. Il en confia en outre la garde à deux officiers,_ 
qui furent appelés duumvirs des Livres sacrés [duumviri 
Sacrorum), plus tard, ils devinrent les décemvirs. 

Les livres sacrés, que les auteurs latins appelIent/Æ& 
Sibyllina ou libri fatales, étaient rédigés en grec et 
écrits sur des feuilles de palmier probablement. 

Ils ne pouvaient être consultés que sur 1 ordre du 
Sénat, dans les cas urgents, par les officiers spéciaux. 

Ces vers sibyllins ayant été dévores par les flarnmes 
dans l’incendie de Jérusalem, en 82 (av. J.-C.), on 
tenta à plusieurs reprises de reconstituer les vers sacres, 





LES 


94 


ORACLES ET LES SORTS 


mais on n’y arriva jamais et ceux que nous possédons 
sont véritablement des vers apocryphes. 

On sait l’importance que les Sibylles avaient acquise 
Rappelons la prophétie si connue de la Sibylle de Tibur’ 
annonçant à Auguste la venue du Christ. 'Cette prédic¬ 
tion se trouve mentionnée par Paul Orose^ 


LES AUTRES MOYENS DE DIVINATION 

A côté des Sibylles, se trouvent les Bacides. Suivant 
Pausanias, on donnait le nom de Bacis à tout homme 
qui était inspiré par les nymphes..., mais cette sorte 
de devin ne semble pas avoir duré bien longtemps. 

Il y a une foule d’autres moyens et d’instruments arti¬ 
ficiels de divination : sort des dés, des Évangiles, des 
lettres, sorts virgiliens ou homériques, et même d’autres 
livres. Cependant, if y a lieu de remarquer que tous les 
livres n y sont pas également convenables. 

Les Orientaux interrogent aussi leur Coran d’une 
façon spéciale : ils mêlent les feuilles et les tirent au 
hasard. 

^ Tous ces procédés divinatoires satisfont bien peu notre 
désir de connaître l’avenir, lis semblent tous basés sur 
le hasard, sauf dans les premiers temps où les devins 
véritables rendirent vraisemblablement des oracles vrais 
en raison de leurs dispositions particulières ; par la 
suite, les prêtres, abusant de la crédulité publique, ne 
rendirent plus que des arrêts illusoires, puisqu’ils étaient 
leur œuvre ; il en est de même des sorts dont les 
résultats sont absolument aléatoires. 

Voyons ce qu il y a lieu de penser des autres arts divi¬ 
natoires. 






LA 


iation par les songes 


95^ 


CHAPITRE VI 


LES SONGES 


la divination par les songes ou oneiromancie 

La divination par les songes^ (oneiromancie^) paraît 
avoir existé de toute antiquité, chez tous les peuples 
sans exception. 

« Pour moi, je n'ai besoin, k cet égard, que de ma propre 
expérience et j’ai éprouvé, plus d’une fois, que les son¬ 
ges semblent être des avertissements que nous donne 
quelque intelligence qui s’intéresse à nous : que si I on 
veut combattre ou défendre avec des raisonnements des 
choses qui surpassent les raisons humaines, c est ce qui 
niest pas possible ^ ». ^ * 

On sait combien l’oneiromancie fut en faveur en Orient 
et l’histoire de Joseph est présente à toutes les mémoires. 

L’opinion que la vérité se présente quelquefois à nous 
pendant le sommeil est répandue dans 1 ancien et le 
nouveau Testament, qui nous fournissent quantité 
d’exemples de songes qui se sont réalisés. 

Les Égyptiens, les Hébreux et les Grecs, avaient en 
quelque sorte réduit en corps de doctrine l’art d’inter- 




faire dès le commen 
confondre rêve avec 
prétation possible ; 1 
2 Oneiromancie vif 


nation; on l'appelle 



icement de cette étude. A 
songe le premier est mécasic 
e second seul a quelque titi 

encore parfois oneirocritie or 
ipoç et rtpioiç jugement. 
aint-Pierre, Paul et Virginie. 


croyons de notre devoir de 
que et matériel, sans inter- 

■tpoç songe et p,ïvveta divi- 
U explication des songes de 


96 LES SONGES 

prêter les songes. Ces traditions furent suivies d’autant 
plus facilement que les Écritures offraient de nombreux 
exemples de songes prophétiques expliqués et réalisés. Un 
évêque, Syriésius, composa même un Traité des Songes. 

Les Grecs classaient les songes en trois catégories dis¬ 
tinctes : 

La première comprenait les songes qui avaient lieu 
lorsque les dieux ou les esprits daignaient se manifester 
aux hommes pendant leur sommeil, dans quelque forme 
que ce soit. On cite de cette classe le songe où un Dieu, 
sous la figure de Nestor, suggère à Agamemnon l’idée 
d’attaquer les Troyens et excite son courage en lui faisant 
espérer la victoire L 

Les songes de la deuxième catégorie étaient caractéri¬ 
sés par les manifestations exactes des événements futurs 
et sous leur propre forme : un exemple frappant est 
tiré du songe qu’Alexandre le Grand eut une nuit, que 
Cassandre devait l’assassiner. 

Les songes de la troisième classe étaient les songes 
proprement dits, où l’avenir apparaissait sous une forme 
allégorique. 

C’est un de ces songes que reçut Hécube lorsqu’elle 
crut avoir conçu un tison enflammé. Les Grecs se prépa¬ 
raient à recevoir les songes par des jeûnes et des veilles; 
ils supposaient que les plus dignes de foi étaient ceux 
qui se présentaient aux heures les plus voisines du jour, 
car ils se rendaient compte que souvent les autres étaient 
dus aussi bien aux suites de leurs repas qu’à l’approche 
de la divinité. 

Dans les songes obscurs, ils avaient recours à des in¬ 
terprètes ■ et lorsque ceux-ci ne pouvaient 

donner d’explication raisonnable d’un songe, ils n’hési¬ 
taient pas à la demander aux dieux eux-mêmes. 





LA DIVINATION PAR LES SONGES 97 

Outre les distinctions que nous venons de faire dans la 
forme même des songes, les anciens les divisaient encore 
en deux classes plus importantes. 

Homère dit que le temple du Somnfieil est placé dans 
une cité où il y a deux portes : l’une de corne, par où 
viennent les songes véritables et l’autre d’ivoire, par la¬ 
quelle passent les songes vains et illusoires.^ 

Nous sommes en droit de concevoir, d’après cette 
distinction, deux sortes de songes: les uns, qui provien¬ 
nent d’en haut, de la divinité ; les autres, qui sont pro¬ 
voqués par d’autres causes. 

Cette division des songes en divins et naturels est 
commune à tous les anciens et à Hippocrate 

Avant de pousser plus loin cette étude, voyons quel¬ 
les sont les idées des savants actuels sur les songes. 

Les physiologistes prouvent que les rêves dépendent 
des dispositions physiques et morales dans lesquelles 
nous nous trouvons : 

Les métaphysiciens y voient au contraire le résultat 
de communications entre le créateur et le créé. 

Ces distinctions correspondent donc à celles adoptées 
par les anciens. 

Nous avons vu, lorsque nous nous sommes occupes de 
la divination, que les meilleures dispositions pour se ren¬ 
dre capable de prévoir l’avenir étaient une vie sage et 
réglée, un corps et une âme épurés. Cette observation 
prend une importance capitale dans le sujet qui nous 
occupe. On conçoit qu’un homme supérieur, dans un 
parfait équilibre physique et moral, aura des songes 
agréables, tandis qu’un esprit inquiet, troublé, méchant, 
aura des rêves pénibles. 

En effet, des êtres matériels, qui ne vivent que dans 
la matière, ne peuvent avoir que des songes grossiers. 


* Hippocrate, Œuvres^ trad. Littré, 


LES 


IGES 


tandis que les gens qui mènent une vie réglée et sobre î 
ont un sommeil et des rêves bien différents. 

Un songe... me devrais-je inquiéter d-’un songe ? 

dit Athalie ^ Sans doute pour bien des gens, un songe 
est ch(5^e frivole, qui ne doit laisser aucune trace dans 
notre souvenir. 

Les anciens en pensaient autrement et les personnages 
les plus éminents leur ont attribué une grande impor¬ 
tance. 

L’antique renommée de sagesse des Egyptiens, des 
Chaldéens et des Perses, ne les a pas empêchés de cul¬ 
tiver la science de l’oneiromancie. 

Les livres saints ne permettent pas de révoquer en 
doute le don de prophétie et les exemples qu’ils en don¬ 
nent doivent, d’après l’esprit chrétien, faire admettre que 
l’homme le possède pour son plus grand bien, afin dese- 
perfectionner etde faire pénétrer la vérité jusqu’àson âme. 

« Dieu se sert des songes pour avertir l’homme », dit 
Job, et Salomon ajoute : « Dieu visite les cœurs pendant 
la nuit. » 

Les prophètes étaient mûs par l’esprit divin qui leur 
apparaissait dans les songes. « S’il s’élève parmi vous un 
prophète, je lui apparaîtrai et je lui parlerai dans les 
songes L » 

Joseph et après lui Daniel connurent l’art d’interpréter 
les songes ét le pratiquèrent avec succès. 

Les plus grands hommes de l’antiquité y ont ajouté 
foi, entre autres: Alexandre, lesScipion, les deux Caton 
et César, qui n’étaient pas des esprits faibles. 

Brutus, aux champs de Philippe, crut voir son génie 
lui prédisant sa défaite. 

Saint Grégoire, évêque de Nysse, voyait dans les songes 

1 Racine, Athalie. 

2 Nombres, xii. 6. 


LA DIVINATION PAR LES SONGES 99 

un ébranlement passager de l’âme, provenant du souve¬ 
nir des émotions récentes qu’elle avait ressenties. Ilcom^ 
pare le cerveau humain à la corde d’une harpe qui vibre 
encore, alors même que le son a cessé de se faire entendre. 

Cette croyance aux songes n’a, du reste, rien qui cho¬ 
que la raison. Si l’on veut bien réfléchir un peu, on en 
trouvera de suite les motifs. 

L’illustre Bacon assurait que notre âme, recueillie et 
ramassée sur elle-même pendant le sommeil, possède 
une prénotion ou sorte de connaissance de l’avenir 
comme dans l’état d’extase des prophètes et des autres 
devins (Divinatio nativa opiime cernütir in somniis, exta- 
sibus et confiniismortis). 

Pour calmer les hésitations des sceptiques, nous 
croyons devoir ajouter l’opinion du prince des incrédules, 
de Bayle : « Les songes, dit-il, contiennent infiniment 
moins de mystères que le peuple ne le croit et un peu 
plus que ne le pensent les esprits forts. Les histoires de 
tous les temps et de tous les lieux rapportent, à l’égard 
des songes, tant défaits surprenants que ceux qui s’ob¬ 
stinent à tout nier se rendent suspects ou de peu de sin¬ 
cérité ou d’un défaut de lumière, qui ne leur permet pas 
de discerner la force des preuves. » 

Quel rapprochement pouvons-nous faire de ces songes 
envoyés par Dieu avec les pratiques de divination qui 
s’accomplissaient chez les Grecs et les Romains, dans 
les temples ou les cavernes ? 

« Ceux qui se sont mêlés de prédir l’avenir, dit 
Pausanias, étaient les interprètes des songes. » 

Amphiaraüs excellait dans l’interprétation des songes ; 
ceux qui venaient le consulter, après s’être purifiés, 
s’endormaient sur une peau de bélier, dans l’espérance 
d’avoir des songes qui fussent suivis d’une interprétation 
favorable L 


100 les songes î 

« Sur le chemin d’Œtyle à Thalama, dit le même ■: 
auteur, on voyait un temple d’isis, célèbre par les ora- j 
des qui s’y rendaient. Ceux qui s’endormaient dans ce | 
temple recevaient des lumières sur ce qui devait leur | 
arriver, et la déesse, par le moyen des songes, leur 
apprenait ce qu’ils avaient envie de savoir. » 

11 y avait également à Amphicée un souterrain consacré. 
àBacchus; les habitants disaient que ce dieu était leur - 
oracle et leur médecin, qu’il les instruisait en songe des : 
remèdes qui leur étaient nécessaires et que le prêtre, 
rempli d’un esprit prophétique, leur révélait l’avenir. 

; Après l’oracle de Delphes, le plus en crédit était celui 

de Trophonius, en Béotie, où tous les oracles se ren¬ 
daient par les songes; ils étaient précédés de cérémonies : 
effrayantes qui jetaient la terreur dans l’âme des initiés. 

On avait également coutume de faire dormir les ma- j 
lades dans le temple d’Esculape, afin que, pendant leur ; 
'/.y - sommeil, le dieu leur révélât le remède propre à les 
guérir. Il y avait des malades qui fréquentaient journel- 

- lement les temples : tel fut l’orateur grec Ælius Aristide, 
ui, par son éloquence, déterminaMarc-Aurèle à rebâtir 
myrne détruite par un tremblement de terre. On trouve 

- dans ses discours le long récit de ses maladies et des 
^ 'secours qu’il avait cherchés dans les temples, où l’on 

s’endormait pour recevoir en songe les communications 
divines. 

Un des exemples classiques de cette révélation divine 
se trouve rapportée par Hermès-Toth b 

11 se représente lui-même supportant les angoisses des 
troubles que la nuit solitaire produit sur l’âme et peu à 
peu, son horizon s’éclaire, une figure de plus en plus lu¬ 
mineuse se détache des voiles sombres qui l’environnent. 
Cette figure s’anime insensiblement et prend les pro- ' 



Pimander. 



101 


LA DIVINATION PAR LES SONGES 

nortions d’un homme colossal et sublime de magnifi- 
œnceetde beauté. «Tu souffres, lui dit-il, et je viens 
te secourir, car tuaimes la justice et tu cherches la vente. 
je puis demander la pensée du Tout-Puissant, forme un 
vœu et il sera exaucé. » 



« — Seigneur, répond Hermès, donnez-moi un rayon 
de votre divine science. » 

« — Tu as bien choisi, que ton vœu soit exauce. » 
Alors, dans un songe extatique, Hermès-Toth enh'e- 
voit toutes les créatures plus délicieuses que puisse 




102 


rêverrimagination la plus ardente, se mouvant dans une 
sphere lumineuse (fig. 4), tandis que l’harmonie d’une 
de^'so'l!'êtJr"^ tressaillir les fibres les plus intimes 

Puis a ces tableaux enchanteurs succède par dégrada¬ 
tions successives une ombre fantastique de plus en plus 
effroyable, de plus en plus pénétrante et au milieu d’une 
S révélation de sa doc- 

: C’est-à-dire un Dieu unique, invisible, ineffable et 
Tout-Puissant, infini et, au-dessous de cette majestueuse 
divinité sept Esprits, messagers fidèles de ses décrets 

agents de ses volontés. 

, Tous les rois et les empereurs de l’antiquité avaient 
eurs devins chargés de leur expliquer les songes qu’ils 
recevaient. 

Qui ne se rappelle le rêve de Pharaon ? L’interprétation 
qu en donne Joseph est simple et logique, c’est plutôt 
un traducteur intelligent qu’un véritable devin. 

.n a l'o" voulait recher¬ 

cher dans 1 histoire la trace de tous ces songes bizarres : 
a ons en premier heu la vision terrible qui hanta Chil- 
deiic i . La première nuit de ses noces, il eut devant ses 
yeux, sous les emblèmes de divers animaux féroces, tout 
songe est si naïvement retracé 
dans la figure 5, que nous n’avons pu résister au plaisir 
d en donner une reproduction 

Nous trouvons dans le même manuscrit une autre 
scene non moins curieuse, représentant une vision que 
Charlemagne aurait eu en songe (fig. 6). 

“ter dans le même genre des 
exemples plus recents : Mademoiselle de Fontanges rêva 

d-onvéf “'^0 plaine aride elle s’était 

trouvée en bas d une montagne escarpée. Elle entreprit 
de gravir cette montagne et, parvenue au sommet, elle 


























*04 LES SONGES 

se trouva soudain enveloppée d’une atmosphère lumi- 
neuse ; elle s’arrêta délassée et charmée de l’éclat qui l’en- i 
touiait et de la douce chaleur qui peu à peu la pénétrait. ■ 
Mais bientôt un nuage noir envahit l’atmosphère et la 
remplit d’une odeur nauséabonde. Cette vision la préoc¬ 
cupa tellement qu’elle la raconta à un père franciscain 
directeur de sa conscience. Ce moine lui dit : « Cette 
montagne que vous êtes parvenue à gravir, c’est la 
cour où vous serez environnée d’un éclat trompeur et 
ephemere. Mais votre triomphe sera de courte durée et 
vous tomberez dans une profonde obscurité. » 
Mademoiselle de Fontanges devint en effet la favorite 
de Louis XIV, mais elle ne tarda pas à tomber en défa¬ 
veur et bientôt même elle fut complètement oubliée et 
délaissée. 



Les rêves que nous devons le plus considérer sont ceux 
qui nous laissent une sorte de pressentiment. Et pour¬ 
quoi ne serions-nous pas affecté par ce phénomène 
aussi bien pendant le sommeil que pendant la veille? 
des milliers d’exemples sont là du reste pour appuyer 
cette théorie : e j 

Calpurnia, femme de Jules César, rêva que l'on assas¬ 
sinait son epoux. Comme celui-ci se disposait à se rendre 
au Sénat, elle lui raconta son rêve et le supplia de ne 
pas sortii. César croyait aux songes, mais plaisanté sur 
sa faiblesse par Brutus, qui l’accompagnait, il sortit et 
tomba sous le poignard des assassins. 

Restif de la Bretonne raconte que, dans la nuit du 6 au 
7 mars 1773, il vit en songe son père mourant. Le len¬ 
demain soir, un de ses frères vint lui confirmer la vérité 
de son affreuse vision. Dans la même nuit, un autre de 
ses freres avait ete pris d’un frisson d’épouvante et s’était 
jete hois du ht en s’écriant involontairement : « Hélas 
mon pere est mort ! » ’ 

Nous pourrions citer une foule de cas semblables. 



INTERPRÉTATION DES SONGES IO5 

mais il est temps de passer à l’étude de l’interprétation 
des songes. 


INTERPRÉTATION DES SONGES 

Nous voici arrivé- à un point des plus délicats. Nous 
en demandons pardon à nos lecteurs, mais ils ne trou¬ 
veront pas ici ce qu’ils cherchent. 

La raison en est simple ; 

Quelles que soient les explications que I on veuille 
donner des songes, soit que l’on admette qu’ils puissent 
avoir une interprétation logique, ou qu’on les suppose le 
fait d’une inspiration réelle, ils ne sont pas moins vrais 
que les phénomènes les plus simples et les mieux connus. 

On est obligé de reconnaître leur importance en ac¬ 
ceptant leur réalité. Cela suffit et chacun, suivant ses 
croyances, son système philosophique, peut en ratta¬ 
cher l’origine soit à une intervention supérieure soit a 
toute autre cause. 

Le fait acquis par des milliers d’exemples, qu attestent 
les hommes du plus grand sens et de la plus entière 
bonne foi, c’est que nous pouvons voir et sentir d’avance, 
à l’état de veille, ou pendant le sommeil, les événements 
que l’avenir nous réserve. 

Lors donc que l’impression produite sur vous par un 
songe aura très vivement pénétré dans votre esprit, 
lorsque vous pourrez croire que ces songes ne sont pas 
des rêves, c’est-à-dire des ressouvenirs latents, qui, 
pendant le sommeil, repassent sous l’action de réflexes 
devant votre esprit, tâchez d’en découvrir le sens. 

« La faculté d’interpréter les songes et les ^ autres 
genres de divination, l’art de distinguer les inspirations 
divines des naturelles et de résoudre l’obscurité qui peut 
environner même les inspirations divines tient à la fois 
de la nature et de l’art. 



<< Tout le monde n’est pas également apte à l’inter- ' 
pretation. Tel individu, qui a de grandes dispositions 
pour recevoir des inspirations, n’a pas celles qui sont 
necessaires pour les interpréter et réciproquement. Et la 
faculté de les interpréter, comme celle de les recevoir, 
est susceptible de perfectionnement par le moyen d’exer¬ 
cices appropriésE » 

En présence de ces affirmations, on comprendra que 
nous reculions devant les explications généralement 
fourmes par les clefs des songes. En effet, comment 
savoir dans quelles conditions un songe a été reçu, 
comment en traduire l’impression par une explication’ 
qui est toujours la même, 

A quelque catégorie qu’il appartienne, quelle que soit 
son origine, on devra toujours lui donner la même 
acception. 

Qiie, jusqu’à un certain point, ce soit une divination v 
tiree du rêve, basée sur les pressentiments, nous l’ac- ' 
cordons, mais nous nions qu’elle soit du domaine du 
songe, 

11 peut se produire des presciences, des prénotions 
pendant le sommeil, temps ou l’esprit plus recueilli et 
plus calme peut apercevoir bien des choses que les 
mille distractions de la vie ne permettent pas de perce¬ 
voir pendant la veille. 

_ Les songes peuvent être de diverses natures : ils 
s appliquent à la personne, ou à autrui, ou aux affaires 
publiques. Les plus clairs et les mieux interprétés se¬ 
ront les premiers, car la personne est plus intime avec ' 

elle-meme et pressent mieux ce qui doit lui arriver. • 

Parmi les songes, il en est qui sont clairs, c’est-à-dire 
qu Ils annoncent précisément la chose songée et qui, 
consequemment, n’ont pas besoin d’interprétation i 


107 


interprétation des songes 

Combien de fois n’est-il pas arrivé qu’on ait rêvé la 
mort d'une personne chérie, à l’heure même où elle avait 
lieu, à des distances considérables. 

D’autres songes sont plus complexes. Parfois vous 
avez bien eu en songe la perception de la personne aimée, 
sans songer précisément à sa mort, ou même vous l’avez 
vue dans.telles circonstances toutes différentes. 

De ce fait que l’on peut se tromper dans l’interpréta¬ 
tion des songes, on n’en est pas à nier la divination. De 
ce qu’on vend du vin falsifié, il ne s’en suit pas qu’il n’y 
ait plus de vin ; de ce qu’on peut faire des erreurs d’ad¬ 
dition, il n’en résulte pas que les hases des lois mathé¬ 
matiques ne soient parfaitement certaines. 

Si beaucoup de songes ont reçu une interprétation 
fausse et même contradictoire, lorsqu’on les a proposés à 
divers interprètes, on n’en doit pas conclure que c est 
un pur hasard quand on rencontre juste, dans la solution 
des problèmes de ce genre. 

Mais ce n’est pas la véritable signification qu’on doit 
leur attribuer. On doit plutôt accepter, avec les observa¬ 
teurs impartiaux qui se sont occupés de la question, 
que celui qui ajustement interprété le songe est mieux 
doué par la nature, qu’il se trouvait dans de meilleures 
dispositions que celui qui s’est trompé ou qu’il a plus 
développé, par une étude progressive, ses facultés 
divinatoires. 

On conçoit, en effet, les erreurs que peut comporter 
un travail aussi délicat que celui d’une interprétation, au 
moindre dérangement dans l’équilibre physique et sur¬ 
tout moral de l’interprète. 

« Quoique beaucoup de circonstances, dit Cicéron, in¬ 
fluencent ceux qui prédisent au moyen de l’art des con¬ 
jectures, la divination n’en existe pas moins. Les 
hommes sont susceptibles d’errer dans cette science 
comme dans les autres. 11 peut arriver que 1 on prenne 







108 LES SONGES ^ 

pour certain un signe douteux. Une partie du présage a 1 
pu rester cachée, on n’a pu ne pas apercevoir ce qui en i 
détruisait l’effet. » 1 

Les moyens de développer et d’entretenir les facultés 1 
requises d’un bon interprète sont sensiblement les i 
mêmes que celles que nous avons signalées comme f 
nécessaires à la divination naturelle. ? 

Les mêmes règles doivent être adoptées par ceux qui 
désirent obtenir des songes véritables et agréables. 

D’abord suivre dans ses repas et dans sa vie un ê 
régime sobre et frugal, modérer ses passions, conser-'i-l 
ver 1 esprit joyeux et sain, en un mot, vivre vertueuse- | 
ment. " 

La récompense ne tardera pas à venir : « Celui qui se j 
livre au repos avec un esprit bien disposé par de sages. ^ 
méditations et par un régime convenable à la tranquillité r 
voit dans ses songes des présages vrais et d’un effet ’j 

certain.» i 


LES RÊVES - 

Dans l’explication que l’on donne généralement des■ 
rêves, c’est-à-dire des impressions que fait le monde 
extérieur sur notre esprit, à l’état de sommeil, et qui dé¬ 
rivent de notre alimentation, de nos sensations, de nos 
actions, on est sujet à se tromper, encore plus souvent 
que dans l’interprétation des songes. ' 

11 suffit de consulter un seul de ces grimoires qui / 
ont nom /a Clef des Songes, pour en apprécier le mé- 
rite. Ces fameuses clefs répondent à une femme comme ;; 
à un homme, à une fille comme à une femme; et tra- ; 
duisent toujours par le même signe un rêve quelconque. ] 
C est ce qui prouve combien ce procédé est illusoire. 

Un exemple pris au hasard nous le fera juger bientôt 
à sa juste valeur : 







Nous transcrivons les interprétations suivantes : 


Abandonner. - Son état, perte par mauvaise foi. - Sa maison, 
gain, profit. — Sa femme, allégresse (c est peu aimable). 
Abbaye. — Peine, affliction 

_ Cruauté, infamie, déshonneur. 

iLÏ: - G^n^rpr'ofit - Sur le'sol, tourment. - En être 
piqué, perte notoire. — Les prendre, réussite. 


Et ainsi des autres... Arrêtons-nous là, n’est-ce pas? 
car il n’y a même pas une seule interprétation drôle. _ 

Nous donnerons, néanmoins — mais d’une rnaniere 
succinte et seulement pour que notre travail soit aussi 
complet que possible - diverses interprétations puisees 
dans des clefs des songes plus ou moins authentiques . 

Généralement, les interprétations de la clef des songes 

sont contraires aux rêves, j’entends que, si vous revez 
héritage, ce sera une perte d’argent pour vous ; si vous 
rêvez de bonheur, c’est un pronostic de malheur. 

Si vous rêvez que vous trouvez de l’argent, cela signi¬ 
fie que vous êtes dans la gêne ou que vous ferez une 
perte. L’interprétation de ce songe est aisee a saisir; 
Pourquoi les riches rêveraient-ils qu’ils trouvent de 
l’argent? 

Voir une femme en rêve est de mauvais présagé, a 
moins qu’elle n’ait la peau très blanche ou qu elle ne 
soit vêtue de blanc. La vision d’un homme vêtu de blanc 
est d’heureux présage surtout s’il est assassine. Le 
blanc est toujours signe de bonheur. Le noir, au con¬ 
traire, est signe de deuil et d’adversité. 

Rêver de pommes de terres est signe de malheur (?). 

Rêver d’enterrement est signe de mariage. Pourquoi . 
Est-ce parce que par le mariage, comme par la mort 
nous entrons dans une vie nouvelle qui peut etre 
paradis ou l’enfer? . 

Méfiez-vous de ce qui brille, séduit, promet. Mefiez- 




vous des reves de bonheur. Il est néfaste de compter de 
1 argent en reve, bien qu’il soit blanc. Au contrée si 
vous voyez en songe un cavalier blanc, c’est un mes 
sager de bonheur. 

De beaux jeunes gens annoncent à une femme une 
maternité prochaine ! 

Méfiez-vous de tout ce qui rampe et se traîne lente¬ 
ment comme le serpent, ces allures indiquent la per- 
tortue^ le hibou, le rat, l’araignée, le crabe, la 

tortue, le scarabée sont de mauvais augure 
Si vous voyez en songe un cochon, attendez-vous à un 
lïlT'I' r humiliation. Selon la couleur de l’ani¬ 
mal, 1 affront sera plus ou moins grand. 

Voir un limaçon, des oies vivantes annoncent des 

honneurs et du succès; mais attendez-vous à une cruelle 

déception SI vous rêvez qu’on vient de vous décorer 

Sf H'u " accordez aucune confiance aux - 

reves d honneurs et de dignités 

Désirez-vous des nouvelles ?'le plus heureux songe 
au ^lop^ puissiez faire est de voir un cheval blanc, lancé 

oifi importants sont le poisson 

qui nage et frétillé dans une eau limpide, le nuage 
blanc qui traverse rapidement un beau ciel, une mer 
tranquille semée de voiles blanches, une locomotive 
qui passe en déroulant sa fumée dans un rayon de soléll! 
le serviette de maroquin sous 

ce " de grilles de couvent, d’église : 

e sont des signes d emprisonnement. 

11 est un reve assez désagréable et si dégoûtant que 
i’objet.. mais qui est le pro¬ 
nostic d un héritage ou d’un bénéfice inespéré. 


CONCLUSION 


I I I 

Voir un incendie dont les flammes sont hautes et 
claires, voir son sang répandu lorsqu’il est d’un beau 
rouge, promettent une grande fortune, soit par succes¬ 
sion, soit par un coup de la destinée. 

Nous arrêterons là cette nomenclature déjà trop lon¬ 
gue et nous renverrons les lecteurs, désireux d’en con¬ 
naître plus long, aux livres plus ou moins bizarres 
qui ont été écrits sur ce sujet. 

CONCLUSION 

Si vous acceptez le songe autrement que comme un 
avertissement, au sujet duquel vous êtes libre de prendre 
telle détermination que vous voudrez ; 

Si vous ne le considérez pas comme une prescience de 
l’avenir qui vous permet, dans un état spécial d'isolement, 
de prévoir les événements futurs ; 

Si vous ne faites pas du pressentiment la clé de toute 
votre divination : 

Vous ne ferez qu’errer dans cette recherche et vos 
efforts resteront stériles. 

On n’a du reste pas fait d’expériences assez nombreu¬ 
ses et assez suivies pour pouvoir formuler un jugement 
sain sur les interprétations modernes des songes. 

Les Chaldéens, les Étrusques, les Egyptiens avaient 
de longues séries d’observations, aussi étaient-ils arrivés 
à un tel degré de savoir, que les jeunes Romains leur 
empruntaient leurs connaissances. 

Nous savons que Xénophon nota tous les songes 
qu’il eut pendant son expédition avec le jeune Cyius et 
que les événements les ont toujours justifiés. 

11 s’ensuit de ce fait et de mille autres semblables que 
l’on peut arriver à avoir des songes vrais, que 1 on par¬ 
vient à distinguer les vrais des faux et à les interpréter. 

Pourquoi d’autres n’arriveraient-ils pas au même 





I 12 LES SONGES 

résultat? Parce qu’il n’essaient point ou n’en veulent pas 
savoir les moyens. 

Et pour qu’on ne nous traite pas d’extravagants ou, 
si l’on veut, pour que nous soyons en bonne compa¬ 
gnie, rapportons l’opinion de Bernardin de Saint-Pierre 
sur ce sujet : « Les communications de l’âme avec un 
ordre de choses invisibles sont rejetées par nos savants 
modernes parce qu’elles ne sont pas du ressort de leurs 
systèmes et de leurs almanachs. Mais que de choses 
existent qui ne sont pas dans les convenances de votre 
raison et qui n’en ont pas même été aperçues. » 





Deuxième Partie 

OCCULTISME MATÉRIALISTE 


CHAPITRE PREMIER 
LA GRAPHOLOGIE 

HISTOIRE DE LA GRAPHOLOGIE 

On a coutume de répéter que l’inventeur de la Gra¬ 
phologie est l’abbé Jean-Hippolyte Michon. C’est là une 
erreur contre laquelle, malgré toute notre affection poul¬ 
ie maître, nous devons protester. 

Bien avant lui, on s’était préoccupé desavoir, si, dans 
les signes tracés par notre main, notre ame ne se 
dévoilait pas ; si les hommes ne se trahissaient pas, malgré 
le masque de l’hypocrisie qui recouvre la plupart des 
choses qu’ils écrivent et si l’on ne pourrait pas arrivei 
à lire, entre les lignes, la pensée de l’écrivain. De là est 
né l’art dont nous allons développer les mystères. 

Le premier nom que l’on rencontre dans 1 histoire de 
la science graphologique est celui de Suétone ; le grand 
historien avait analysé l’écriture d’Auguste et y avait 
mentionné les courbes comme une marque de son 
caractère clément. 







114 LA GRAPHOLOGIE 

Pendant toute la période du moyen âge, les livres des 
moines sont pleins d’observations de cette nature ; il en 
est de même dans les ouvrages de sorcellerie ; mais alors 
avec une acception spéciale dont nous nous occuperons 
à propos d’une graphochiromancienne de notre temps. 

Shakespeare prétendait aussi reconnaître le caractère 
des femmes à leur écriture ; il ne s’était pas sans doute 
exercé sur celle des hommes, car bien que l’écriture 
n’ait, en thèse générale, pas de sexe, l’écriture féminine 
est moins transparente et plus dissimulée que celle des 
hommes. 

Le roi Louis XIV, lui, eut son écriture analysée par 
un amateur dont on né retrouve pas le nom dans les 
mémoires du temps. Ceux-ci ne rapportèrent que le fait, 
probablement pour éviter la Bastille au critique hardi qui, 
ne connaissant pas l’écriture du roi Soleil, ne lui avait, 
paraît-il, pas ménagé de dures vérités ; il est vrai que le 
roi était absent. 

Plus près de nous, Gœthe et Lavater ont essayé de 
faire sortir la graphologie des langes de l’empirisme; 
malgré le génie de l’un et le talent de l’autre, ils n’y 
arrivèrent pas ou plutôt y parvinrent mal. Lavater a fait 
quelques observations justes, mais a tenté de rapprocher 
lagraphologie de la physiognomonie, ce en quoi il a eu 
tort, les deux sciences n’ayant que des rapports problé¬ 
matiques. 

Desbarolles, lui, presque de nos jours, avait tenté la 
même chose, mais, imbu des doctrines lavatériennes, il 
était tombé dans la même faute. 

En même temps, un Allemand de Leipzig, Adolf Henge, 
moyennant un florin, se livrait à la divination par les écri¬ 
tures. Qu’y avait-il de bon dans sa méthode? Si dans son 
ouvrage sur ce qu’il appelle la Chirogrammatomancie il 
s’était donné la peine de dire les bases sur lesquelles 
il étayait son système, on pourrait peut-être répondre; 





histoire de la graphologie 115 

mais ce n’est qu’un indigeste fatras de mots barroques 
que l’auteur n’a pas toujours compris lui-même et on 
ne trouve même pas au milieu de cela l’ombre d’une 
observation. 

On en découvre davantage chez l’abbé Flandrin, 
mais ce dernier était gêné par un mysticisme chrétien, 
inhérent à son caractère de prêtre. 

Nous arrivons enfin à celui qui fut, ainsi que nous 
venons de le voir, non pas le créateur mais l’initiateur 
et le vulgarisateur de la science nouvelle, qui lui doit du 
reste, déclarons-le, le plus grand nombre de ses décou¬ 
vertes. En effet, avec un collaborateur qui le vola, il fit 
paraître, en 1870, les Mystères de l'écriture signés Jean 
Hippolyte. En 1878, il publia la première édition du 
Système de graphologie, puis la Méthode graphologique, 
aidé puissamment par Emilie de Vars, sa fidèle amie jus¬ 
qu’à la mort, à qui la graphologie doit aussi beaucoup.- 

11 multiplia les observations et eut la consolation, en 
mourant, de voir la science qu’il avait vulgarisée con¬ 
tinuée par des gens de la plus grande valeur, tels que: 
George Sand, M. Alexandre Dumas fils, M. Barbier de 
Montaut, etc. 

Maintenant l’œuvre est entre les mains de ceux qui 
observent : chacun de nous peut apporter une pierre à 
l’édifice. 

C’est ainsi qu’il y a quatre ans un homme qui se 
faisaifappeler de Saint-Ange et dont on ignore le nom, 
graphologue de profession, puisqu’il vivait et vit peut- 
être encore à l’aide des séances de graphologie qu’il 
donnait dans les cafés, prétendit avoir trouvé les signes 
caractéristiques nouveaux de l’homme casanier, mais du 
casanier n’aimant son at home qu’à la condition de n y 
avoir aucun ennui. De même, en considérant de nom¬ 
breuses écritures de diplomates, on découvrait la carac¬ 
téristique de la diplomatie. 



Enfin, tout récemment, d’autres graphologues arri- • ? 
valent, à la suite d’observations répétées sur les autogra¬ 
phes des victimes du jeu, à pouvoir découvrir l’écriture 
d’un joueur. 

Ceci dit, nous allons exposer la théorie des caractères 
graphologiques les plus remarquables. 

THÉORIE 6ES CARACTÈRES G R A P H O L O G I Q.UE S j 

Auparavant, qu'il me soit permis de remercier publi- ’ 
quement un graphologue distingué, M. S. du Vigneau, i 
qui a bien voulu me prêter le secours de son expérience J 
et de ses observations. J 

Il est généralement admis par les philosophes et les 
physiologistes, qu’à un mouvement de l’âme corres¬ 
pond un mouvement du corps, qui en est la résultante, 
or, le caractère étant l’ensemble des mouvements, que, 
grâce à nos aptitudes ou à nos habitudes, notre âme 
accomplit le plus fréquemment, il doit fatalement s’en ; 
suivre qu’à cette série de mouvements psychiques qui 
composent le caractère, correspondent des mouvements 
physiologico-mécaniques, résultante des premiers. 

C’est sur cette doctrine, acceptée sans conteste, qu’est 
basée la graphologie. 

On doit du reste ajouter que sa seule prétention est 
d’être le miroir de l’écrivain, au moment où il écrit, et 
cela est si vrai, qu’un homme généralement calme, 
écrivant sous l’empire d’une violente colère aura l’écri¬ 
ture d’un homme emporté, et que la difficulté pour l’ana¬ 
lyste sera de dégager l’habitude de calme, de l’en¬ 
semble des autres traits venant contredire le signe de 
colère. 

ANATOMIE GRAPHiaUE 

Lavater prétendait que l’écriture avait une importance ; 
égale à la physionomie et il avait raison. Aussi, allons- 







ATOMIE GRAPHiaUE *'7 

nous porter le scalpel dans le corps même de l’écriture 


et voir ce que l’on doit observer. 

Avant d’aller plus loin, nous devons fournir une soite 
de glossaire des mots qui reviendmnt le plus souvent 
sous notre plume, car la graphologie, comme toutes les 
autres sciences, a une langue à elle dont la connaissairce 
est indispensable pour ce qui va suivre; du reste les 
mots sont peu nombreux et appartiennent presque tous 
àla langue usuelle. , * j- 

1. Écriture type. - C’est celle qui présenté dune 
façon indiscutable un signe caractéristique ; 1 ecrituie de 
Barbey d’Aurévilly, est le type de l’orgueil excentiique. 

2. Écriture sinueuse. - C’est celle où les lignes, au 
lieu d’être droites et rigides, dessinent une serie de 
courbes; nous en verrons, plus loin, des specimenscu- 

Écriture rigide. — Cest celle où les lignes sont 







droites et parfaitement Parallèles : le duc de Rich^e 
lieu, ministre de Louis XVlll (fig- 7 ). Mazzini (fig. 8), 

mobile. - Écriture à lettres inégales 
1 Écriture enchevêtrée. - Où les hampes des lettres 
viennent se mêler aux lignes inférieures ou supérieures. 


graphologie. 





Fig. 8 . — Mazzini. 

7 ; £cn/«r^ renflée. — Ecriture arrondie et pâteuse au 
milieu des jambages : le général Dumouriez (fig. 9). 

Jny ihifnneu'init Vous iûukaîJtcf un éen. 
^Dxja^e (AJC vuiiifclicUt dcdloTitjléhiif- 
vpffllfiaHit i^iii a. hciDLh. de honnti (^ètî ^ 
/iem pùui lutAl'Vf à. fx tyioicKie^ dun 
’fhûni^cûliùitéi kualLL^ 


Lorsqu’on étudie un autographe on dnit 
sidérer : ^ 


anatomie GRAPHiaUE 

Les lignés. — Leur direction ascendante, descendante 

'''^Ll 7 mres. '-- Leur position, leur forme, leur finale, 
leur corps, leur largeur, leur hauteur. 

point. — Sa forme, son plus ou moins d empate- 

'^Tessig 7 s de ponctuation. — Ce que nous disons du 
point supplique à tous les signes de ponctuation. Nous 
reviendrons sur ce sujet (p. i 47 )- . oio-np'? 

Les paraphes. — Les paraphes contiennent signe® 
de la plus haute importance, en graphologie , effet, 
l’homme qui s’est contenu dans le courant de sa lett , 
en masqué son caractère, dévoile, son paraphe ou 
mieux dans cet ensemble de traits qu il affectionne, sa 

- Le type du "“J- 

néide est celui qu’on rencontre dans les actes des a 
ciens procureurs, il est formé de traits multiples et 
enchevêtrés, qui peuvent, avec un peu de bonne volonté, 
figurer la toile de 1 araignée. , • • 

^Paraphe fulgurant. — Paraphe en ligne brisee, f g - 
rant tant bien que mal les traits de la foudre. _ 

Paraphe en coup de sabre. -Mouvement vif de la 
plume ascendant : surtout dans le P majuscule 

Traü de procureur. - Petit trait, mis a la fin de la 

ligne pour remplir les blancs. • * „ 

Croc ou harpon. - Finales se terminant en forme 
d’hameçon : ne pas confondre avec le croc en retour. 
Mouvement de /plume se repliant somme pour sa.s.r 

“”sne paraphe manque nous avons ’-f 
grandeur de caractère; pour lessunples mortels cest 
un signe de franchise : Voitaire, Frédéric il, Louis XIV, 

‘■“up^rlp^h/potté nous donne la déterminante des 


LA GRAPHOLOGIE 

esprits craintifs et prudents. Ceux d’entre les hommes 
pour qui la défiance est mère de la sûreté, surtout si 
cette disposition est poussée à l’extrême, nous présentent 
le point suivi ou remplacé par le trait du procureur. 

Le paraphe arachnéide nous donne ; ou le commer¬ 
çant habile, ou la personne cherchant à tendre des rêts. 









• a-z<. (nej7 t.és:i> 


lo. — Louis XV. 



habileté unie souvent à peu de franchise : Eugène de 
Beauharnais (fig. 11). 

Le paraphe en coup de sabre ou fulgurant donne le 
lutteur énergique. 

Les maîtres d’armes ou les gens d’épée ont un para¬ 
phe parfois bizarre, une simple ligne brusque, figurant la 
lame de 1 epee avec deux points formant la garde. 

L abbe Michon auquel nous empruntons la plupart de 






ces définitions, en fait figurer un plus grand nombre S 
qui n'ont besoin pour être comprises, d aucune explica-- 

On sait que pour faire une analyse complète de 1 âme 
humaine, même au point de vue purement psycholo¬ 
gique, il y a quatre groupes importants a établir ; 

I . Les facultés ; 

II. Les instincts; 

III . L’esprit, les aptitudes, les goûts; 

\M. Les passions. 


En suivant cet ordre, nous allons indiquer, pourchaque 
groupe, le signe graphologique qu’il comporte. 


Intuitivité pure. —11 est impossible de se tromper sur 
ce signe : les lettres, dans l’écriture d’un intuitif, sont 
toujours juxtaposées sans aucune liaison entie elles ou 

avec peu de liaison : Chateaubriand (fig. 12), Vacquerie. 

Déductivitè. — Puisque les intuitifs ne lient pas leurs 
lettres, il est rationnel de penser que les déductifs les 
lieront; c’est ce qui se produit en effet. 

Un des plus beaux types d’écriture déductive (et ri¬ 
gide) est celle de Voltaire (fig. 13). 

Une autre écriture caractéristique, dans un genre dé¬ 
ductif différent, est celle de Proudhon (fig.. 14); P>‘ou- 

1 Disons, d’après lui, qu'on peut distinguer les lignes ou barres suivant la 
forme qu'elles affectent en : 

Epaisse, c’est-à-dire égale et grosse dans toute la longueur ; 

MassJe, en forme de massue, en pointe d’abord et finissant épaisse et 

Renflée, ayant son centre épais et les extrémités très «"«l 

Gladiolce, en forme de glaive, épaisse d’abord et linis.sant en poim . 








é2^~î^--4Sâ?H^ 














LES FACULTES 


123 


dhon est toujours de bonne foi et n’en est pas moins 
le type du sophiste, parce que son esprit logicien a trop 
de facilité pour en enchaîner la trame ; joignez a cela 
que c’est un passionné et vous aurez l’explication de ce 
phénomène graphique, sur lequel nous aurons du reste 

l'occasion de revenir. „ u 

11 est facile de conclure de là que, des 1 abord, nous 
pouvons, à l’inspection d’une écriture quelconque dis¬ 
cerner le caractère dominant. Le sujet sera plus intuitif 
ou déductif, suivant que les lettres de son écriture se¬ 
ront plus ou moins liées. 

Ajoutons que, le plus souvent l’ecnture mtuitwe est 
celle d’un spiritualiste, alors que les caractères deductits 
révèlent un matérialiste. _ _ > j 

Ceci est une simple observation, qui n a pas torce de 

loi. 

Équilibre. — Il arrive parfois que les lettres sont mi- 
partie juxtaposées et mi-partie liées, nous avons alors 
atïaire aux esprits équilibrés: Laffitte (fig. I5)> Thiers. 



Nous trouvons ce caractère dans l'écriture et dans le 



:'- *^4 LA GRAPHOLOGIE 

:; paraphe d’Edmond About (fig. ,6), avec une pointe'- 

: d orgueil. ^ 

— /- 






Sensibilité. — Le signe est très facile à constater; les 
traits des lignes s’inclinent et s’écartent de la verticale : 
Casimir Delavigne (fig. 17); 











Lorsque vous étudiez un autographe, si vous trouvez 
un t à^a barre molle, indécise, vous etes certain d y 

Touver la caractéristique dunenature^ 

i„capable « ta di “ Ws în mïssue, 

rsïur”«nTr;:r,‘': ,.ou.s, 

contre dans une écriture tracée en lignes rigides. 






126 


LA GRAPHOLOGIE 




L obstination a une déterminante très facile à décou¬ 
vrir : les / minuscules sont barrés en retour, et si à 
cela vient se joindre le signe des finales en harpon 
c est une preuve à peu près certaine de ténacité. ’ 
Les gens indécis ont généralement une écriture 
exempte d angles dans le bas des lettres, c’est-à-dire 
arrondie et souvent fort irrégulière. 

Il arrive parfois que, dans des écritures présentant ce 
'Signe, on trouve, en même temps, le harpon de la 
ténacité, 1/barre en retour de l’obstination et jusqu’au t 
barie très haut du despotisme. Ce sont les signes 
certains d un caractère indécis, hésitant, mais qui 
demeure inébranlable une fois la décision prise. 


LES INSTINCTS 


Le second groupe est de beaucoup le plus important : 
Je caractère proprement dit dépend, en effet, des ins- 
tincts. 

L abbé Michon distingue les instincts, la nature et le 
cara^ere; il sernble difficile de justifier cette division; 
a différence qu’il fait entre la nature, les instincts et le 
caractère est tellement connexe à celui-ci, qu’il paraît 
mutile de surcharger la mémoire d’une classe de plus. 

Maigre tout, on doit reconnaître que les instincts qui 
forment le fond du caractère sont permanents, tandis 
que le dehors, ce que.tout le monde appelle le caractère 
pri^rement dit, change suivant les circonstances. 

Quand nous sommes malheureux, notre écriture 
prend souvent une attitude revêche, elle se redresse 
comme si elle voulait regarder la fatalité en face elle 
devient pointue, comme nous devenons nous-mêmes 
haineux contre le genre humain qui n’en peut mais. 

découragement, les lignes sont 
descendantes et se courbent vers la partie inférieure de 




ISTINCTS 


la page, comme nous courbons nous-mêmes le front 
vers la terre. Malgré ces indécisions et au milieu de ces 
signes divers, vous trouverez assez de points fixes pour 

reconnaître l’instinct natif. 

Instinct de la conservation, de la reproduction. — Les 
signes de ce que l’on nomme instinct de la conservation, 
Sla reproduction, etc., sont tellement inhérents anotre 
nature que ceux d’entre nous qui ne les possèdent pas 
sont des malades, relevant de Charcot ou du docteur 
Bail et non pas du graphologue. 

Bonté, bienveillance. — Le signe graphique de la 
douceur et, par suite de la bonté, consiste dans l ab¬ 
sence d’angles : les personnes douces arrondissent leui 
écriture comme elles émoussent les côtés pointus de 
leur nature. Les bienveillants joignent à cela le sens 
affectif; ils auront, en conséquence, l’ecnture mclinee 
et sans angles. Une des plus belles écritures de ce type 
est celle de François Coppée (fig. 19). le poete a la porte 

C- /lyyu., . 

duquel les jeunes n’ont jamais frappé en vain; cette 

écriture peut même, vu l’absence de croc e ren ran , 


<28 la graphologie 

servir de type à l’écriture des âmes généreuses et clé¬ 
mentes, et même à celles des reconnaissants. 

Amour. — L’amour, dit l’abbé Michon, est la faculté 
d’aimer passée à l’état d’instinct. Humanité, amour et 
chante sont représentés par le même signe, ces senti¬ 
ments se confondant, pour ainsi dire, en un seul 
Le plus beau type se trouve dans l’écriture de saint 
Vincent de Paul. Il n’est pas question ici, bien entendu 
■ de ce que le vulgaire appelle l’amour et qui n’est que . 
l’ensemble d’appétits plus ou moins grossiers, mais du 
sens affectueux et aimant sans pensée de possession. 

^ Malveillance. ^— Du moment que les bienveillants ont 
l’écriture inclinée et pleine de courbes, les malveillants 
auront naturellement l’écriture redressée et anguleuse. ^ 
Les moqueurs, les brouillons, ainsi que les tracassiers,. ■ 
participeront de ce genre à des degrés plus ou moins 
marqués, suivant qu’ils sont plus ou moins malveillants, 

A ces signes se joignent parfois une singulière façon de 
barrer les t (un trait brusque ascendant coupant le t 
dans sa partie inférieure à angle aigu). 

Pour les dédaigneux, il suffit d'ajouter au signe pré¬ 
cité les formes bizarres des lettres, et pour les acariâtres 
celles dés lettres vraiment folles, inclinées tantôt d'un 
côté, tantôt d’un autre : Charles VIII (voy. fig. 40). 

Epargne. — Les économes arrêtent brusquement 
les finales des mots, entassent les lettres, comme pour 
employer moins de papier. A cela se joint souvent une 
sorte de crochet rentrant, que nous retrouverons plus 

loin. Dans ce genre, auquel appartiennent l’avarice et 

la parcimonie, faciles à distinguer avec un peu d’habi¬ 
tude, suivant l’intensité du signe, nous trouvons 
P. Feval (fig. 20). 

Prodigalité. — D’après ce que nous avons dit, l’écri¬ 
ture qui ne présentera aucun des signes ci-dessus sera 
celle d un prodigue. 




les INStlKCTS 129 

Les gens aimant le luxe affectionnent les grandes 
lettres, les M majuscules en escalier, et ont de plus les 
signes graphiques de la dissipation et ce qui lui équi¬ 
vaut, de la prodigalité. 



Défiance. — Les défiants ont peur de tout. Ils ont un 
signe graphique bien déterminé et simple à reconnaître, 
c’est le trait de procureur, c’est-à-dire le mince tiret 
que certaines gens mettent à la fin et meme parfois au 
commencement des lignes pour empêcher qu’on ne 
remplisse les blancs : Alexandre Dumas fils a ce trait- 
là. Les défiants ont encore un caractère particulier, 
c’est de commencer les mots très gros et de les finir 
très fins, c’est-dire en descendant de la première à la der¬ 
nière lettre. 

Timidité. — Signe bien facile à reconnaîtré ; écriture 
tremblottante des impressionnables et hésitation à tracer 
les courbes; les gens hardis auront, par conséquent, le 
signe négatif, c'est-à-dire contraire. 

Plytoff, Les Sciences occultes. ^ 




130 LA GRAPHOLOGIE 

, Crainte. ^ Nous verrons que le courage a pour signe 
graphique les finales largement tracées souvent en 
coup de sabre, l’écriture ascendante, les / barrés en 
retour, les t barrés en massue; toutes les fois que l’on 
ne rencontrera pas ces signes, on pourra affirmer que 
l’autographe provient d’un être craintif. 

Apathie. — 11 y a plusieurs nuances dans l’indolence ' 
qu’il importe de saisir, non point que les signes diffèrent 
beaucoup de nature, mais d’intensité. 

L’indolent, proprement dit, forme à'peine ses lettres 
et fuit les angles ; le paresseux, lui, accentue encore le 
caractère-et trace à peine ses mots. 

Personnalité. La caractéristique de la personnalité 
et par conséquent de l’égoïsme est tellement marquée 
qu’il est impossible de s’y tromper : c’est le crochet 
final qui se remarque surtout dans l’M majuscule ; tandis 
que ceux qui s’oublient pour les autres lient longuement' 
cette lettre au reste du mot et n’ont pas de crochet. 





. Elévation. — Les gens à caractère élevé affectionnent 
les lettres à grande envolée; chez eux, les mots sont 



largement espacés, les points sur les i sont négligés; 
les détails, laissés de côté: Marie de Médicis (fig. 21), 
ce que ne fera jamais un esprit vétilleux. 11 faut,^ néan¬ 
moins, que ces signes soient corroborés par d autres 
caractères, car ils appartiennent aussi k la légèreté et 
à la paresse. 

Orgueil. — Les orgueilleux ont un signe graphique 
facile à constater : c’est l’M majuscule qui va encore 
nous le fournir, il est en escalier ; toutes les lettres sont 
trop hautes, trop larges, on sent le besoin d étonner : 
Th. Gautier (fig. 22). 






Fig. 22. — Théophile Gautier. 


Arsène Houssaye et Barbey d’Aurevilly offrent le ca¬ 
ractère d’orgueil, avec cette nuance qu il est chez eux 
doublé d’excentricité. 

Les humbles, nécessairement, présentent les signes 
négatifs ou contraires. 

Imaginaiion. — Nous empruntons presque textuelle¬ 
ment à l’abbé Michon la définition de ce caractère : Tout 
mouvement de la plume en dehors de la mar.ifestation 


GRAPHOLOGIE 


132 

de la pensée par la lettre ordinaire dit exaltation de 
l ame : Alfred de Vigny (fig. 23). D’où il s’ensuit que 
l’écriture mouvementée, les points d’exclamation à 
forme bizarre, le mouvement anormal des hampes en 

~ ^ 0, lyîfUae^ 

dmuicc 


Fig. 23. - Alfred de Vigny, 


longueur ou en hauteur expriment l’exaltation ; mouve¬ 
ment imaginatif très développé, tendance à la folie ou 
à l’hystérie : Sarah Bernardt (fig. 24). 



Les gens modérés, au contraire, ont les hampes bien 
calculées et une sorte d’écriture uniforme ou officielle. 

Activité. — Les gens actifs ont comme caractéristique 
une écriture abandonnée, généralement à traits brusques. 






siste dans l’égalité des lettres ou dans leur grossisse¬ 


ment : Arago(fig. 25). , J- . 

Les fourbes auront, au contraire, les finales gladiolees. 
De même que les gens ayant une très grande ouver- 


1 Une partie 
signature d’Ara 
rendre compte 


le paraphe qui accompagne la 
1, mais renversée. On peut s’en 






‘34 LA GRAPHOLOGIE 

turc de cœur présenteront les c bouclés, lésa, e et o à 
peine fermés; les impénétrables, auront, au contraire 
toutes les lettres fortement bouclées. ’ 

Honnêteté, Fourberie. — Les gens honnêtes ont tou¬ 
jours les 0 et les a non bouclés, souvent l’écriture gros¬ 
sissante, presque jamais de paraphe en lasso. 

Les trompeurs, au contraire, ont toujours leur signa¬ 
ture en lasso, parfois triple. 

Ce signe est souvent doublé de celui des lettres for¬ 
tement bouclées et d’une écriture gladiolée. 

Sensualité. — Les pudiques ayant une écriture pour 
ainsi dire aérienne, sans renflement pâteux, il s’ensuit 
que les sensuels auront une écriture présentant les 
caractères contraires (lettres renflées et fortement 
appuyées), mais il y a plusieurs sortes des sensualités : 

La sensualité amoureuse affectionne, en outre de 
l’écriture pâteuse, l’inclinaison des lettres : Eugène Sue 
(fig. 26) ; 



La sensualité gourmande présente surtout les lettres 
renflees à la base : Léo Lespès. Les tempérants offrent 
le signe contraire. 



• Constance. — Les constants et les persévérants ont des 
limes qui ont la rigidité de l’acier (Voltaire), de meme 
que les inflexibles, ces derniers y joignent le coup de 
massue des énergiques. Les esprits légers et versatiles 
manquent de ce signe et n’ont jamais non plus le harpon 
et les lettres barrées en retour. Les personnes constantes 
et patientes offrent presque toujours le t barré d une 
ligne fine et longue qui correspond bien à leur penchant. 

'Noblesse. — Les hommes qui s’estiment ont, cornme 
signe graphique, tous les caractères de l’honnêteté et 
manquent de ceux de la finesse, tandis que les dégrades 
ont tous les signes de la malhonnêteté et de la ruse. 
L’écriture calme des premiers, nette et élégante, diffère 
absolument des lettres heurtées et mal dirigées des 

seconds. , • i 

Prudence. — Signe graphique ;-les pomp sur les i, le 
soin que l’on prend de ne pas faire enchevêtrer les lignes 
entre elles, parfois le point du procureur. 

Les imprudents offrent les signes contraires. 

Vanité. — A la recherche et à l’amour de la fioriture 
dans l’esprit, correspond logiquement l’amour de la 
fioriture dans l’écriture : Vacquerie. 

Les simples ont, au contraire, des lettres sobres sans 
bizarrerie et sans désir d’attirer 1 attention. 

Distinction.—Les gens vulgaires ont des mouvements 
de plume à tort et à travers et se moquent de l’harmonie 
nécessaire à l’écriture, tandis que les distingués ont, 
comme signe graphique, l’harmonie de l’écriture ; de 
Montalembert (fig. 27). L’écriture de saint François de 
Sales est un type de douceur (fig. 31), on peut aussi 
la signaler comme type de distinction; maigre le peu 
de régularité de son écriture, on y retrouve uneelegance 
qui le signale à l’attention. 

Hardiesse. — Les hardis, les braves, les courageux 
ont une grande affection pour le trait massué, les lettres 


136 la graphologie 

barrées en retour, la signature en coup de sabre ou ful-"^ 
gurante. Les gens qui se contentent d’être fermes pré-' 


, ’tp)' 



sentent des angles à la base des lettres : Anatole de la 
Forge (fig. 28). 

^ ^*w1V<^vO <?<V 


9u.^e 


ï:r. 


. üi/j — 

U tf*V 6^*^ *—» 


ésiit. A> /êu 


l^'i-olence. — Si à cela vous joignez l’écriture penchée 
des passionnés, les traits vifs des emportés, vous avez 








l’esprit,-LES APTITUDES, LES GOUTS 


137 


le signe de la violence joint, dans ce cas, aux instincts 
les plus bas, caractérisés par la mauvaise facture des 

lettres : Marat (fig. 29). 



Domination. - L’écriture d’Anne d’Autnche suffit 
pour faire comprendre le signe de la despotivite . les f 

""s?vo^s\'vTz des ^ dont les barres sont tirées si brus¬ 
quement qu’elles ne touchent pas les lettres, vous avez 
affaire à un despote inexorable. 

Attractivité. - C’est un signe complexe, dont nous 
donnerons la clef en parlant des 

Irascibiiité. - Les gens coleres ont des finales et des 

s'sSS'. - A cela si vous joignez 
tiques de l’impressionabilité et de la personnalité, vous 
pourrez découvrir les traces de la susceptibilité. 


l’esprit, les aptitudes. 


^-^irea dit qu’un homme avec de l’esprit pouvait 
n sot%t il avait raison; l’esprit est en dehors de 




la graphologie’ 

toutes nos qualités. Tel individu peut être une belle 
matière pleine d’intelligence, sans pour cela le montrer 
1 el autre peut avoir un esprit très prompt, très délié, 
sans que pour cela l’un et l’autre passe pour avoir ce 
qu on est convenu d’appeler de l’esprit. 

L’esprit est donc quelque chose d’absolument spé¬ 
cial et la pphologie eut été un leurre si elle n’avait pu 
en saisir les différentes manifestations ainsi qu’elle l’a 
f^t pour les qualités. Cependant, cette classe est moins 
mportante que celle qui précède et il ne faudra pas que 
le lecteur s étonné de voir reparaître les signes dont il 
connaît déjà une résultante. 

— Les gens clairvoyants et sagaces sont ' 
ordinaire des logiciens, ils auront donc l’écriture liée 



f T «‘loptent une écriture remarqua- 

ble parla forme harmonique et artistique des lettres: 
andis que les gens a, 1 âme vulgaire offriront le signe 








l’esprit, les aptitudes, les GOUTS 139 
contraire, c’est-à-dire des traits bizares et des lettres à 

forme anormale. , 

Prétention. — H est très facile de reconnaître un pré¬ 
tentieux à la forme fioriturée de ses lettres, aux volutes 
qui terminent certaines lettres, à tout ce superflu qui 
étonne ou cherche à étonner celui qui regarde un auto¬ 
graphe. 11 est curieux de remarquer les écritures ita- 
hennes à ce point de vue. C’est surtout dans le d mi¬ 
nuscule et dans le J que le prétentieux s en donne a 

cœur-joie. , , • 1 

Simplicité. — D’après les règles posées, les simptes 
s’abstiendront de tout ce superflu et auront au contraire 
une écriture sobre et ferme. Un beau type nousest fourni 
par l’autographe de saint François de Sales (fig- 31)- 






Aptitudes. — Nous allons maintenant nous occuper 
des aptitudes spéciales que nous apportons en naissan 
et qui viennent s’ajouter aux qualités ou aux defauts que 
nous acquerrons par la suite. 

Nous regrettons de n’avoir pu nous procurer un au¬ 
tographe de Reboul, qui offre un bel exemple de cet 
heureux assemblage. Chez lui, du reste, rien n est con¬ 
tradictoire. C’est un bon commerçant, P^ut-etre ur^ 
grand artiste. Rubens était diplomate et peintre, Mistral 

est meunier et poète, etc. 

Littérateurs. — Les gens dont les goûts artistiques 
et littéraires sont fort développes, ont un penchant 
employer la majuscule typographique ; la encore nous 




•40 LA GRAPHOLOGIE 

citerons l’écriture de Voltaire (fig. 13) et celle de 
Th. Gautier (fig. 23). 

Peintres. — Les peintres et les sculpteurs, eux aussi, 
ont souvent cette caractéristique, bien qu’elle soit sur¬ 
tout celle des poètes ; mais ils ont, même en écrivant, le 
culte de la forme, que les philosophes et les théologiens 
méprisent généralement. 

Voyons par exemple la lettre suivante de Deveria- 



Fig. 32. — Deveria. 


(fig. 32) ; si elle laisse à désirer, au point de vue calligra¬ 
phique, elle donne une impression agréable. Il en est 
de même de l’écriture de M. Bonnat (fig. 33) qui bien 
que microscopique, flatte l’œil. Il est bon de remarquer 
a nettete avec laquelle les lignes sont tracées, ainsi que 
leur parfaite horizontalité. 

Savants. Nous donnons un spécimen de l’écriture 
d Adrien de Jussieu (fig. 34), et d’Et. Geoffroy-Saint- 
Hilaire (fig. 35). A première vue, on est frappé par le 
caractère intuitif de ces écritures, c’est qujen elfet la na¬ 
ture est une lyre admirable, que les grands naturalistes 
ont aime a faire vibrer. 




l’esprit, les aptitudes, les GOUTS 141 





A pour ^>1 ^ i^tM /f nt- 

/ Ci''^M\7 |i«» /. fttff fchitTii^^ùn y^t '«'u/ 



^ s J' 

<' vV X> 

-<v. 




la graphologie 

36), ont des lettres ' 

ourteset se distinguent par l’emploi des lettres chiffres 
sl^nifi^" déplaise a Madame Louis Mond, n’ont jamais 
nombre "««a étions soumis à l’influence de tel ou tel 



Commerçants et industriels. ~ Les commerçants et ' 
les industriels ont comme signe commun le paraphe 



entoile d’araignée ou en lasso 
(%• 37) ; Silbermann (flg. 38), 


concentrique : 


Crapelet 



Jeunes filles. — Chose bizarre, le lasso simple et pres¬ 
que toujours celui qu’adoptent les jeunes filles, comme 
si elles voulaient jeter le filet sur le cœur des hommes. 

Diplomates. — Les diplomates ont une écriture à 
forme anguineuse, de reptile, tantôt formée de lignes 
brisées, tantôt de séries de courbes. 

, 

fi ■ 



Goûts. — Nos goûts sont corrélatifs à notre esprit et - 
à nos aptitudes. 

Les personnes chez lesquelles nous avons déjà signalé la 
simplicité auront des goûts simples ; les affectés présen¬ 
teront les caractères de la prétention, etc. 

Nous avons déjà donné les moyens de reconnaître ces 
différentes variétés des manifestations graphiques des 
instincts et du caractère. 

Avec un peu de pratique, l’observateur y ai rivera de 
lui-même. 

LES PASSIONS 

Quest-ce que les passions ? Des manifestations en 




exces des forces de l’âme, qui ont presque toujours pour 
cause un cas pathologique. 

Toutes les facultés que nous avons en bien ou en mal 
prennent un caractère d’intensité excessive quand l’ins¬ 
tinct fait place à la passion. Pour s’en convaincre, on n’a 
qu’à examiner l’autographe de Marat (fig. 29). Comme 
tous les passionnés, il a l’écriture fortement inclinée et 
avec cela massive, ce qui nous donne le signe probant 
d’un homme en colère permanente contre la société, mal¬ 
gré des qualités natives. On se rappelle en effet que 
Marat devint haineux, à la suite de la publication de plu¬ 
sieurs mémoires scientifiques, qui n’obtinrent pas le 
succès qu’il en attendait. 

L’orgueil, d’un mécontent, fait parfois un criminel. 
Nous donnons ci-dessous un autographe d’un assassin 
connu, de Papavoine (fig. 39). Chezce misérable, comme 





chez tant d’autres, on remarquera que la passion domi¬ 
nante est 1 égoïsme. Cette observation a déjà été faite 
pourTroppmann et plus récemment a été signalée dans 



SYNTHÈSE GRAPHOLOGIQUE 145 

l’écriture de Barré et dans celle de Pranzini. A ces carac¬ 
tères se joignent ceux d’une vanité insupportable. 

Les sentiments complexes sont toujours représentes 
par des signes complexes; d’un autre côté il arrive.sou¬ 
vent que, dans la même écriture, on se trouve en pré¬ 
sence de signes semblant sé détruire et formant ce 
qu’on appelle le graphisme discordant. 

SYNTHÈSE GRAPHOLOGIQUE 

Nous allons indiquer quelques résultats, qui facilite¬ 
ront les recherches de l’observateur, et lui permettront 
de déduire les autres en lui donnant le moyen pratique 
de les trouver. 

Ecriture renflée: sensualité. 

Écriture inçliûée ; sens affectif. 

Croc rentrant) égoïsme. 

Résultantes : Jalousie amou¬ 
reuse, d’après A. de Vars. 

Courbes: douceur. 

Écriture grossissante : franchise. 

Écriture inclinée : affectivité.^ 

Barres molles : pas de volonté. 

Pas de crochets: oubli de soi- 
même. 

Résultantes : Attractivité : puis¬ 
sance de se faire aimer, d’après 
Michon. 

Ecriture empâtée et fortementpen- 
cbée : passion. 

Généralement croc : égoïsme. 

Écriture large, parfois sans 
marge: prodigalité. 

Harpons, t barrés très haut, f en 
retoîif : entêtement. 
résultantes: Amour du jeu, 3.- 
■ près S. du Vigneaud. 

Peytoff, Les Sciences occultes. 


Paraphe en 

droit largement ouvert : amour 
du chez soi. - 

Résultantes : Caractère casa-^ 
nier : c’est-à-dire l’homme qui 
restera volontiers chez lui à 
condition qu’on ne l’ennuie 
pas, d'après Saint-Ange. 

Écriture menue avec crochets ren¬ 
trants : ladrerie. 

Quelques mots largement' espa¬ 
cés: prodigalité. 

Grandes majuscules M en eoca- 
lier : amour du faste, orgueil. 

Résultantes : Avarice dans les 
choses ordinaires de la vie, 
mais jetant l’argent par les 
fenêtres dès que son orgueil est 
en jeu. _ 

fl et 0 minuscules ouverts : fran¬ 
chise, ouverture de cœur. 

Finales gladiolées : finesse, dissi¬ 
mulation. 







r 


la graphologie 


RhSULTANTES : Esprit nativement 
franc, mais que les nécessités 
de la vie obligent à dissimuler. 

Affection pour la courte, peu 
d'angles: douceur, bonté. 

Finales brusques, t barrés en mas- 

Résultaktes : Homme bon, mais 
chez lequel le système nerveux 
très surrexité occasionne des 
colères terribles. 


I Écriture gladiolée ; iombsme. î 

Ligne serpentine: diplomatie. 
t barrés très fortement : entête- 
ment. .'1 

f barrés en retour: obstination. 7 

Finales en harpon: ténacité. ' 

Présence du coup de sabre dans 
le paraphe ou ailleurs : éner- ' 
gie. 

Résultantes : Nature armée pour 
la lutte et qui veut arriver/lo- 
fas et nef as. 


Les huit exemples que nous venons de donner suffi¬ 
sent largement pour montrer au lecteur la loi des résul¬ 
tantes ; à lui maintenant de chercher. 11 trouvera certai¬ 
nement avec un peu d’habitude les corrélations qui 
existent entre les divers signes graphiques que nous 
avons déjà étudiés. 


LA GRANDE DOMINANTE 


Lorsqu’on examine une écriture on doit tout d’abord 
chercher la grande dominante. 

Dans l’autographe de Charles VIII par exemple (fig. 40) 



•et même dans celui de Sarah Bernardt (fig. 24), la domi¬ 
nante par excellence c’est l’exaltation imaginative; pen- 




LES SIGNES DE PONCTUATION I47 

dant toute leur vie, le roi et l’artiste ont été sous l’in¬ 
fluence de leur imagination et de leurs nerfs. 

Mais parfois on est embarrassé par la présence de 
dominantes multiples. Dans l’écriture de saint François 
de Sales (fig. 31), nous avons deux dominantes : la dis¬ 
tinction et la douceur. 

LES SIGNES DE PONCTUATION 

Nous avons laissé à dessein dans l’ombre, en les, 
réservant pour la fin, parce qu’ils sont les moins impor¬ 
tants, les signes graphiques de la ponctuation, les 
points, les virgules, etc. 

Point. — Si le point est à peine visible, nous avons 
une volonté faible. 

Si le point est pâteux, fortement appuyé : énergie. 

Si le point manque sur les i : manque d’ordre. 

S’il manque à la fin des mots : imprudence. 

S’il est allongé et prend une forme bizarre : originalité. 

Si enfin l’écriture présente souvent les points suspen¬ 
sifs ; esprit romanesque ou tout au moins imaginatif, 
suivant l’intensité et la fréquence de ce signe. 

Point d’exclamation. — S’il est très haut : enthou¬ 
siasme, joint à de la noblesse ; s’il est Incliné ; passion ; 
s’il est en massue : énergie. 

Point d’interrogation. — II faut étudier avec soin, 
lorsqu’on le rencontre, le point d’interrogation qui donne 
de singuliers aperçus sur la nature de l’écrivain. 

Aux natures bizarres, les points d’interrogation à forme 
invraisemblable; aux natures calmes, au contraire, le 
point d’interrogation sobre et franc. 

Virgule. — Ce que nous avons dit pour le point 
simple et pour le point d’exclamation s’applique égale¬ 
ment à la virgule. 

Si la virgule est simple : simplicité; si elle est au con- 



LA GRAPHOLOGII 


148 

traire de forme bizarre : orgueil, bizarrerie. Dans ce 
genre, nous avons connu quelqu’un qui faisait ses vir¬ 
gules au rebours : c’était un original dans le mauvais 
sens du mot, vantard, orgueilleux et même méchant. 

CONSEILS GRAPHOLO'GiaUES 

Ainsi que nous le disions au début, l’écriture qu’on 
a sous les yeux réfléchit l’état de l’âme de l’écrivain au 
moment même où il écrit. Voilà pourquoi on ne doit 
jamais affirmer les signes probants d’un caractère sans 
ajouter « si l’écriture que j’ai sous les yeux est sincère 
et a été écrite normalement » ; voilà pourquoi aussi, 
pour un portrait sérieux, on doit demander au moins 
trois pages, écrites dans des moments différents. 

On analyse séparément chaque page, en essayant d’ou¬ 
blier qu’elles sont de la même main et on représente -, 
chaque caractère par un chiffre donnant le degré d’in- ; 
tensité du signe. 

Prenons, par exemple, trois pages d’un individu quel¬ 
conque, dont deux écrites dans un moment de colère. 

Ces dernières présenteront les signes graphiques de cet 
état, tandis que la première page ne les renfermera pas. 
Elles auront, toutes trois, les courbes de la bonté, bien 
que ce signe soit atténué dans les deux premières pages 
si nous donnons comme valeur maximum du signe le 
chiffre 5 et si nous représentons les pages par A, B, Ç, 
nous aurons: colère, A= 5; 8 = 4; C = o. Colère = 

9. Douceur, A= 2; 6 = 3; C= 5. Douceur = 10. 
C’est donc la douceur qui domine. 

Le mieux, lorsqu’on a pris l’habitude de ce procédé, 
est de ne pas se fixer de chiffre maximum d'avance et 
de donner à chaque signe caractéristique le coefficient ^ 
que l’on croit devoir employer. î 

11 ne faut pas s’imaginer qu’il soit nécessaire de con- 



graphologie et chiromancie 149 

naître une langue pour en analyser l’écriture ; comme le 
graphologue doit arriver à faire son travail sans lire, u 
n’a pas à se préoccuper si c’est en français ou en turc 
que l’autographe est écrit, et j’emploie le mot turc à des¬ 
sein ; en effet, comme les règles que nous venons de 
poser sont fixes, elles s’appliquent à toutes les langues et 
on a pu analyser l’écriture d’un Pharaon quelconque, 
mort depuis trois mille ans et dont on a trouvé le papy¬ 
rus dans une nécropole égyptienne. _ _ 

Nous devons pourtant faire une réserve pour les écri¬ 
tures sémitiques comme l’arabe ou l’hébreu, car elles 
sont tracées de droite à gauche. On doit tenir compte 
de cette particularité, car on penche généralement dans 
le sens où va la main, par conséquent le signe de la sen¬ 
sibilité se trouvera dans l’inclinaison, c est-à-dire à 
gauche, contrairement à celle des langues latines. 

GRAPHOLOGIE ET CHIROMANCIE 

Une école graphologique veut faire de la graphologie 
un complément de la chiromancie. 

Avec un peu d’habitude, on peut arriver par l’étude 
de la graphologie à dire à peu près la forme de la main 
de l’écrivain. Ainsi, généralement, les écritures longues 
appartiennent à des personnes aux mains grandes sè¬ 
ches ; les écritures rondes, aux mains courtes et grasses, 
mais là semblents’arrêter les relations des deux sciences. 

C’est la même école qui enseigne que l’écriture est 
soumise aux influences astrales. 

11 est certain que toutes les sciences occultes dérivent 
des mêmes lois et qu’elles ont entre elles des points 
communs qui doivent être consultés si l’on veut se faire 
une idée exacte du sujet. 11 est indéniable que si, aux 
déterminations delà graphologie, vous pouvez joindre 
des signes identiques tirés de la physiognomonie, de la 








chiromancie et de la phrénologie vous arriverez à une 
conclusion tellement proche de la vérité que, dans la 
plupart des cas, votre jugement sera pour vous-même 
un sujet d etonnement. 

Voici le résumé de la doctrine graphologique, mais 
toutes les découvertes ne sont pas faites : c’est à vous 
lecteur, si la chose vous intéresse, de travailler à décou¬ 
vrir de nouvelles résultantes; il suffit pour cela d’un 
peu de patience et d’étude. Cherchez et vous trouverez 


CHAPITRE 11 


LA CHIROMANCIE 


BASES DE LA CHIROMANCIE 

Comme pour toutes les autres sciences divinatoires, 
nous retrouvons, dans l’histoire de la chiromancie, des 
-charlatans ou des ignorants qui en avaient altéré les prin¬ 
cipes. Lavater la considérait même avec mépris. 

^ Cependant, ainsi que nous le verrons, cette science 
s accorde parfaitement avec la phrénologie et avec la 
physiognomonie. Nous pouvons même dire que l’on 
peut tirer des inductions à peu près certaines de cette 
étude, surtout lorsqu’elle corrobore ses découvertes par 
1 étude de la physiognomonie, de la phrénologie et de la 
graphologie. En effet, l’aspect de la main diffère autant 
- suivant les individus que la forme et l’apparence du 
visage. 

Tout dans la main, à son état naturel en dehors des 
deformations accidentelles ou des mutilations, doit être 




BASES 


LA CHIROMANCIE 


•51 

étudié. Son volume, sa conformation, ses os, ses muscles, 
son sang et sa peau fournissent leur apport dans les 
déductions définitives. 

Il y a, cela est évident, quelqué chose de caractéris¬ 
tique dans chacun de nous r sans quoi, moulés tous dans 
le même modèle, nous ne serions en rien différents de 
notre voisin. Ces différences apparentes tiennent à notre 
tempérament, à notre existence, aux mille divergences 
de nos occupations et permettent de déterminer à quel 
genre d’individu nous avons affaire. 

Les traits du visage peuvent se composer. Un fourbe, 
un sot peuvent vous dissimuler leurs défauts ou leurs 
vices. Mais rien ne peut changer les muscles de la main, 
ni sa forme, ni ses contours, ni ses proportions. La 
main a dans chaque mouvement une expression propre 
qui accorde ou refuse ; elle suit, en un mot, l’impulsion 
que lui donne le reste du corps. 

Qu’y a-t-il d’étonnant, dès lors, à ce qu’un homme 
habile et expérimenté puisse de ce tableau vivant où 
chacune de nos passions a son trait propre, tirer des 
déductions précises qui lui permettent d’apprécier à sa 
juste valeur la personne qui lui présente la main et 
d’arriver à savoir, par un simple raisonnement, ce qu elle 
a le plus de chances de devenir ? 

De même que les Orientaux avaient cru voir dans les 
sutures du crâne, les traits d’une écriture mystérieuse, 
de même, les rêveurs du moyen âge furent amenés à 
trouver dans les lignes de la main une écriture semblable. 

C’était un point de départ erroné et ce sont les 
Bohémiens, venus du fond de l’Asie, qui, au xv” siècle, 
apportèrent les véritables données de la chiroipancie. 

Dès l’abord, des esprits sérieux s’y adonnèrent et les 
traités ne tardèrent pas à abonder sur la matière. 


152 


LA CHIROMANCIE 


TOPOGRAPHIE DE LA MAIN 

Etudions d’abord la conformation delà main; Qu’y 
voyons-nous de suite? deux parties principales, une 
partie ferme et massive, la paume, une partie divisée et 
mobile, les doigts. Ceux-ci sont au nombre de cinq ; 

Le pouce, en latin pollex, qui signifié puissant; de là 
le mot poltron, c’est-à-dire pouce coupé, pollice irunco: 

L’index qui indique et par extension qui permet, qui 
ordonne. 

Le médius ou doigt du milieu. 

L’annulaire, qui porte l’anneau. 

L’auriculaire, qui servait dans l’antiquité à curer 
VoreiWe (auricula). 

Nous croyons devoir signaler ici, pour satisfaire la 
curiosité, les noms latins donnés aux différentes parties 
de la main (fig. 41) et les interprétations astrologiques 
généralement adoptées (fig. 42) : 

Les chiromanciens ont conservé à chaque doigt les 
dénominations planétaires de l’astronomie antique, en 
adoptant la signification des influences que représentent 
les noms de ces planètes. 

Nous ne leur accordons d’ailleurs pas une importance 
qu’elles n’ont pas. On peut voir, que parfois il y a con¬ 
tradiction évidente entre les diverses influences. 

L’indicateur ou index, le doigt du commandement, est 
dominé par Jupiter (en alchimie cuivre), qui préside au 
printemps : honneur, richesse, caractère agréable, pai¬ 
sible'et tempéré, dont la ligne traverse la main. 

Le médius est dominé par Saturne (plomb), qui pré¬ 
side à l’hiver : sagesse, prudence ou froideur, morosité, 
infortune. 

L’annulaire est dominé parle soleil, ou Apollon (or). 



TOPaGRAPHIE DE'LA MAIN . 153 

qui préside à Tété ; gloire, espérance, gain, héritage 
ou honte, misère, etc. 

L’auriculaire est dominé par Mercure (vif argent), 
science, industrie, adresse, agilité ou mobilité, incon¬ 
stance, ruse, dettes. 

De gauche k droite, la protubérance qui est la ra¬ 



cine du pouce, le tUnar, devint le mont de Vénus 
(étain) ^bienveillance, beauté, grâce, amitié ou les con- 
traires. ,, , , 

La partie charnue de la main appelée hypotbenar, 
qui sert à la percussion prit le nom de (fer) courage, 
dévouement, impétuosité, mariages ou cruauté, vio¬ 
lence. 



'54 


LA CHU 


A droite, les anciens reconnurent la Lune (argent), 
esprit, imagination, songes heureux, larmes, mélan¬ 
colie, caprices. 

11 existe quelques protubérances à la racine des doigts; 
elles ont pris le nom de monts et portent les mêmes 
désignations que ces derniers auxquels ils correspon¬ 
dent: mont de Jupiter, mont de Saturne, mont d’Apol¬ 
lon, mont de Mercure. 

Telle est la topographie de la main, nous devons ajou¬ 
ter qu un certain nombre de chiromanciens regardent 
le pouce comme le doigt de Mars : la force physique et 
la lutte. 


LES LIGNES DE LA MAIN 

Les anciens chiromanciens distinguaient plusieurs 
lignes principales (fig. 43 et 44). 

La ligne de cœur, ligne oblique qui va du mont de 
Mercure à celui de Jupiter. 

La ligne de tête, qui va du mont de Mars au bas du 
mont de Jupiter. 

La ligne de vie qui contourne le mont de Vénus. 

La ligne du foie ou de la santé qui, du mont de Mer¬ 
cure, descend entre la ligne de vie et le mont de la Lune. 

La ligne de fatalité, qui descend de Saturne en traver¬ 
sant toute la paume de la main. 

Le bracelet comprend les lignes qui se trouvent à la 
naissance du poignet, ces lignes portent aussi le nom 
de rascette ou restreinte. 

L anneau de Vénus, qui s’étend en demi-cercle au- 
dessous de Saturne et d’Apollon. 

Nous allons donner, toujours d’après les anciens chi¬ 
romanciens, 1 explication des lignes marquées sur les 
figuies 41 à 44 qu’il est bon de connaître; cependant, 
on pourra se rendre compte, par la suite de cette étude. 


LES LIGNES DE 


'55 


du peu de confiance qü’on doit leur accorder : il nous a 
paru nécessaire de la signaler, afin que notre étude fût 
aussi complète que possible. 

B et C, deux lignes céphaliques correspondant au 
cerveau de l’homme et au monde intellectuel. 

A et G, les deux lignes cardiaques, D, la ligne hépa¬ 



tique, correspondant au cœur, au foie et au monde 
céleste. 

F et N, les lignes de la restreinte et de la percussion 
correspondant aux éléments matériels et au monde 
élémentaire. 

A. Première ligne de vie ou du cœur, dite cardiaque; 
elle enclôt le stéthos et le sépare de la plaine de Mars : 
c’est la ligne de la fortune, combinée avec la restreinte 





(F) et la percussion (N), elle indiquait la durée de 
l’existence. 

B. Ligne céphalique ou de la tête, dite moyenne na¬ 
turelle, qui commence sous la Fossette de l’indicateur, 
immédiatement au-dessus de la cardiaque (A), et finit 
à l’hypothénar; elle signifiait bon sens, jugement, élo¬ 
quence, franchise, libéralité. 

C. Autre ligne céphalique ou de tête, dite mensale; 
elle signifiait imagination, esprit mémoire. 

Ces trois premières lignes forment ce que l’on appelle, 
en langagé vulgaire, l’M ; mais cette dénomination n’é¬ 
tait pas consacrée par la chiromancie. 

D. Ligne du foie ou de l’estomac, dite hépatique, 
qui s’élève de la restreinte (F) et se dirige le long 
de l’hypothénar vers le mont mercurial; elle signi¬ 
fiait résignation, douceur, mélancolie, maladies chro¬ 
niques. 

E. Ligne de la bonne et mauvaise fortune, dite satur¬ 
nienne. 

F. Lignes de la restreinte, du carpe ou de la rascette, 
qui indiquaient avec la cardiaque (A) et la percussion (N) ■ 
la durée de la vie, l’année de la mort. 

G. Sœur de la ligne de vie, dite martienne ; courage, 
persévérance, confiance, droiture. 

H. Ligne du luxe en bonheur ou en malheur, dite 
voie lactée. Elle serpente sur le mont de la Lune. 

I. Ligne de la richesse ou de la pauvreté, dite sco¬ 
laire. 

K. Stéthos, montagne du pouce : entraînement, plai¬ 
sirs du bal, délire, enthousiasme, amis fidèles. 

M. Thénar, espace entre le pouce et l’index : dangers 
du feu, douleurs et blessures de tête. 

N. La percussion de la main et l’hypothénar : nau¬ 
frages, suffocations, bizarreries, contradictions, poésie 
élégiaque. 



les signes 


157 

O. Lignes de trente, de vingt ou de dix années : 
différence de destinée aux différents âges. ^ 

P. Le triangle dans la plaine de Mars : régularité ou 
irrégularités de la pensée, exploits, duels, assassinats, 
vols. 

CL Le quadrangle, entre la saturnienne et la ligne so¬ 
laire, fermeté, magnanimité, mathématiques, égoïsme. 

R. Montagnette ou tubercule de Mercure ; érudition, 
idées générales, esprit actif, ingénieux, etc. 

S. Colline du soleil ; gloire, opulence, travaux indus¬ 
triels, gain, héritages. 

T. Mont de Saturne : liberté ou esclavage, santé forte, 
ou débile, méditations, deuil, grandes joies, grandes 
tristesses L 

V. Mont de Jupiter, bonheur domestique, honneurs, 
dignités. 

LES SIGNES 

Avant de passer à l’étude particulière de chacune des 
lignes de la main, il est nécessaire de faire quelques re¬ 
marques générales. 

Nous poserons d’abord, comme premier principe, 
qu’une ligne nette et bien coloree est heureuse, tandis 
qu’une ligne pâle et large indique le defaut opposé à la 
qualité représentée par la ligne. 

Les signes particuliers qui viennent modifier une 
ligne dans son caractère propre sont les suivantes ; 

Les rameaux (fig. 45) qui vont en montant à l’extré¬ 
mité d’une ligne ont un sens favorable, ils viennent 
ajouter aux bonnes qualités qu’elle indique. 

1 Ces contradictions s'expliquent en tenant compte que la fatalité, le des¬ 
tin indiqué par Saturne, se trouve modifiée ou en bien ou en mal par l’en¬ 
semble des autres lignés. 




CHIROMANCIl 


158 

Les points blancs ont une interprétation plus favorable 
que les points rouges. 

Les ronds (fig. 46) placés sur un mont sont d’un 
heureux présage, ils sont mauvais au contraire, lorsqu’ils 
se trouvent dans une ligne. 

La chaîne (fig. 47) est signe d’obstacles, de combats. 

L’île (fig. 48) est toujours défavorable. Dans la ligne 
de tête, elle indique même meurtre, assassinat; dans 
la ligne de foie, maladie, vol, banqueroute. 

■ La croix (fig. 49) a des significations différentes sui¬ 
vant ses positions : 



Fig. 45- Fig. 4S. Fig. 47. 


+ ™ □ 

Fio. 49. Fig. 50. Fig. 5 



Sur le mont de Mercure : inclination au vol. 

Sur le mont d'Apollon : obstacle aux succès dans les 
arts. 

Sur le mont de Saturne : mysticisme, dévotion exa¬ 
gérée. 

Sur le mont de Jupiter : mariage d’amour, union heu¬ 
reuse. 

Dans la plaine de Mars : danger causé par querelles. 

Entre Vénus et la Lune : événement inopiné et imy- 
portant. 

Sur le mont de la Lune, disposition au mensonge. 

Sur le mont de Vénus : amour unique et heureux, 
surtout si la croix est répétée sur le mont de Jupiter. 















ligke du cœur 


159 


La grille (fig. 50) est un obstacle ; placée sur les monts 
de Jupiter, de Saturne, d’Apollon, de Mercure, elle indi¬ 
que tour à tour misère, vanité, malheur, impuissance, 
fourberie ; sur celui de Mars, mort violente ; sur celui 
de .Vénus, amours obscènes ; sur celui de la Lune, hy¬ 
pocondrie, tristesses, terreurs paniques. 

Le carré (fig. 51) dans la paume indique justesse de 
l’esprit ; près de Mars, sangfroid ; près du mont de Vénus, 
prison ou couvent. 

L’étoile (fig. 52) sur le mont de Jupiter indique bon¬ 
heur; sur celui de Saturne, au contraire, fatalité mal¬ 
heureuse ; sur Saturne même, assassinat ou mort vio¬ 
lente par assassinat. 

Sur le mont d’Apollon, succès dans les arts, mais 
succès plutôt dus au hasard qu’au mérite, avec d’autres 
lignes, richesse ; sur le mont de Mercure, ce signe est 
défavorable; sur le mont de Mars, mort violente; sur 
celui de Vénus, infortune causée par l’amour ; sur celui 
de la Lune, dissimulation perfide. 

Les barres, placées sur les lignes enlèvent toute cer¬ 
titude, pour les résultats qu’elles peuvent donner; elles 
sont en général défavorables, elles peuvent, néanmoins, 
annuler une ligne malheureuse sur les monts ; elles si¬ 
gnifient obstacle, et augmentent les défauts. 

Le croissant sur la Lune signifie influence funeste exer¬ 
cée par les femmes. 


LIGNE DU CŒUR 

Cette ligne (fig. 53) part de Jupiter, pour aller au mont 
de Mercure et se termine généralement par des rameaux 
à ses deux extrémités. Pour être favorable, elle ne devra 
pas trop se rapprocher de la ligne de tête et il lui faudra 
atteindre une longueur normale. 


m 


lipiiRilll 

160 LA chiromancie 

Lorsqu’elle enlace d’une sorte d’épi la base de Jupiter, 
elle indique aptitude aux sciences occultes ; on donne à 
cette particularité le nom « d’anneau de Salomon ». 

Des points rouges dans cette ligne indiquent des 
blessures. Des points blancs et des petites lignes qui la 
traversent, signifient bonnes fortunes, amourettes L 



- Lorsqu’elle commence sous Saturne, sans le moindre 
rameau, brusquement, elle indique vie courte, danger 
de mort violente ; les rameaux à l’extrémité, dirigés vers 
Saturne, tempèrent un peu ce triste pronostic, mais ne 
lui en laissent pas mois son caractère néfaste. 

1 On conçoit combien il est difficile de donner, pour une science ou l’in¬ 
tuition et l'interprétation personnelle jouent le plus grand rôle, des règles 
fixes et absolues. Aussi, ne pouvons-nous indiquer les significations ci-après 
que comme des généralités. 



la ligne de tête i6i 

11 y a encore signe de mort violente, lorsque la ligne 
du coeur rejoint la ligne de tête entre le pouce et Jupiter, 
ou sous Saturne même ; on peut avoir une presque cer¬ 
titude de cet événement, lorsque ces signes sont répétés 
dans les deux mains. Le danger est cependant écarté, s’il 
n’existe pas d’étoiles sur Saturne et sur le mont de Mars 
et s’il n’y a pas de croix dans la plaine de Mars. 

Les lignes de moindre importance qui viennent couper 
la ligne de cœur indiquent des affections brisées, de 
cruelles déceptions. . 

La ligne de cœur sans rameau, c’est secheresse du 
cœur ; l’absence de ligne, manque de cœur. Si la ligne 
est brisée; elle indique inconstance dans les affections; 
si la coupure est sous S^aturne, la cause de l’inconstance 
est fatale ; entre Saturne et Apollon, la cause est la sot¬ 
tise; entre Apollon et Mercure, sottise et avarice. 


la ligne de tête 


Elle traverse toute la plaine de Mars et finit au mont 
du même nom (fig. 54). 

Si elle est forte et bien prononcée, elle indique energie 
et santé mentale ; les monts vers lesquels elle tend lui 
donnent ses propriétés principales et quand dés rameaux 
la terminent, on ne peut rien demander de mieux. 

Si elle est large et incolore, elle indique faiblesse et 
manque de circonspection, indécision; si elle est courte, 
étroitesse dans les conceptions. 

La ligne de tête brisée sous le mont de Saturne, in¬ 
dique : échafaud, pour les mains signaléés par d’autres 
indices comme criminelles, et blessure à la tete, dans es 
mains honnêtes. Les points rouges qui y sont places, 
sont autant de blessures ; les ronds, autant de meurtres. 

11 est mauvais qu’elle se rapproche de la ligne de cœur. 



car la tête subit alors l’influence du cœur et contrariela 
liberté. 

Si elle est commune à Saturne et finit sous le mont 
de Mars, c’est jugement sujet à l’erreur, infortunes et 
luttes. 



II est de mauvais présage qu’elle se termine à Saturne, 
si elle vient finir entre Saturne et Apollon, c’est apo¬ 
plexie. Elle indique une personne sujette à l’erreur et 
aux illusions et même capable de mentir lorsqu’elle se 
bifurque à la fin et qu'une des deux lignes descend 
vers le mont de la Lune. Si elle ne rejoint pas, à son 
extrémité, la ligne de vie, elle annonce un esprit léger, 
fantasque, coléreux. 

Une double ligne de tête est un heureux présage, elle 
est le plus souvent signe d'héritage. Les points blancs 



LA LIGNE DE VIE 163 

qui y sont semés annoncent des découvertes scienti¬ 
fiques. 

LA LIGNE DE VIE 

La ligne de vie contourne le pouce (fig. 55). 
Lorsqu’elle l’entoure entièrement, qu’elle est longue 
et colorée, elle dénote une vie longue et sans maladies 



graves, et indique un bon tempérament, en meme temps 
qu’un bon caractère ; pâle et large, elle indique : mau¬ 
vaise santé, humeur chagrine ; courte : brièveté de la 
vie ; large et rouge caractère violent, brutal ; livide, elle 
annonce un fou furieux. 

Lorsqu’elle descend du mont de Jupiter, au lieu de 
prendre naissance entre celui-ci et le mont de Vénus, 



P 


164 LACHIROMANCIE 

elle indique un caractère ambitieux, que les succès favo¬ 
riseront. 

Si elle se réunit à la ligne de tête et à la ligne de cœur, 
c’est infortune et mort violente. 

Si elle se termine en se joignant à la ligne de tête, elle 
indique une vie éclairée par l’intelligence; séparée, c’est 
un signe de sottise ou de manque de franchise. Quand 
l’espace qui sépare ces deux lignes est ridé, c’est signe 
d’opiniâtreté ; si les lignes sont d’un rouge foncé, 
cruauté, cupidité; si l’on y rencontre de petites lignes^ 
c’est signe de sottiseet d’envie. 

Si la ligne est faible dans une main et rompue dans 
l’autre, maladie grave passée. 

Si la partie inférieure de la ligne se recourbe vers le 
mont de Vénus, c’est mort prochaine et inévitable; si 
elle se recourbe vers le centre de la main, chance de salut. 

La ligne de vie rompue dans les deux mains : présage 
de mort; un creux au milieu, suivi de plusieurs points, 
présage de mort subite. 

11 existe dans certaines mains une ligne qui descend 
du mont de Mars et qui vient doubler la ligne de la vie, 
cette ligne est un soutien et par suite est très favorable. 


LA LIGNE DE LA FATALITÉ, DU DESTIN OU DE SATURNE 

Lorsqu'elle part du bracelet, qu’elle traverse sans rup¬ 
ture toute la paume de la main pour se terminer à la nais¬ 
sance de Saturne, c est heureuse destinée. Lorsque cette 
ligne part de la Lune, s’arrête à la ligne de cœur, qui 
monte elle-même jusqu’à Jupiter, c’est le présage d’une 
faveur, d’un héritage ou d’un mariage' riche, dû à l’in¬ 
clination. Le présage est analogue, lorsqu’elle va direc¬ 
tement de la Lune à Saturne, ce peut être une fortune 
due à la faveur. Si la saturnienne droite et pure en haut 



LA LIGNE DE LA FATALITÉ 165 

se termine par une vis en bas, c’est signe d’un grand 
malheur, suivi de fortune. 

La ligne est de mauvais présage, lorsqu’elle descend 
plus bas que la rascette, ou lorsqu’elle dépasse le mont. 



dans ce cas, si elle vient à y rencontrer une étoile, c’est 
signe de mort violente, meurtre, échafaud. Montantjus- 
qu’à la ligne de cœur et s’arrêtant brusquement, elle 
annonce un bonheur brisé par une affection. La satur¬ 
nienne brisée annonce une existence aventureuse et 
semée d’obstacles. 

Une ligne double est de mauvais présage. 

Si la ligne manque, c’est le signe d’une vie végétative 
et d’une existence insignifiante. 




i66 


CHIROMANCIE 


LA LIGNE DE FOIE OU DE SANTÉ 

Elle part du bas du mont de Vénus et se dirige 
vers Mercure ( fig. 57). 

Droite, longue, bien colorée, elle est l’indice d’un 
esprit sain dans un corps bien constitué, elle annonce la 



probité et la réussite. Tortueuse, mal dessinée, c’est une 'i 
mauvaise santé et une probité douteuse. | 

Si elle est épaisse et brisée, c’est une maladie dans 
la vieillesse. Lorsqu elle est coupée en croix par une autre 
ligne, il y a présage de maladie prochaine ; fréquem¬ 
ment brisée, elle indique maladies d’estomac; brisée et 
rouge, maladies bilieuses. 




PPP^4l!iPJ.yiPPJiPi:JW 

le bracelet, rascette ou restreinte 167 
Une ligne de santé double est toujours un indice de 
passions vives et de bonheur. 


l’anneau devenus 

Cet anneau entoure Saturne et Apollon d’un demi- 
cercle. Il indique l’amour effréné. 

Si l’anneau est brisé en plusieurs tronçons ; amours 
dépravées ; mais il perd ses funestes tendances, s’il 
s’ouvre jusqu’au mont de Mercure; s’il y est fermé, il 
indique un esprit fermé à l’activité intellectuelle, au 
travail, à la science, l’âme sera domptée par une passion 
funeste, qui, pour être assouvie, ne reculerait pas devant 
le crime. Dans une main bien douce, l’anneau de Vénus 
n’ajoute à des inclinations et à des aptitudes heureuses, 
qu’une énergie de plus, celle de la passion. 


LE BRACELET, RASCETTE OU RESTREINTE 

On appelle ainsi les lignes qui entourent le poignet 
(fig. 58) à l’intérieur de la main. 

Chaque ligne indique environ trente années d exis¬ 
tence, mais il faut pour cela qu’elles soient bien mar¬ 
quées ; si elles sont au contraire formées de chaînes, 
c’est une longue carrière semée d’obstacles. 

■ Une Croix ou une étoile dans la rascette présage 
une vie laborieuse, heureusement adoucie vers la fin par 
un héritage, une faveur inattendue. 

Une ligne partant du bracelet et gagnant le mont 
d’Apollon à travers la plaine de Mars annonce honneurs 
et richesses. 

Lorsque les lignes de la rascette vont finir sur le mont 
de la Lune, elles sont le présage de voyages nornbreux; 
une ligne se dirigeant vers Jupiter fournit la meme ex¬ 
plication. 




'mm 


LA CHIROMANCIE 




Trois belles lignes composent ce que l’on appelle en 
chiromancie : le triple bracelet magique ou bracelet royal, 
c’est un signe des plus heureux. 





LES AUTRES LIGNES 


^ Les lignes tracées sur le mont de Mercure dans la 
direction du doigt indiquent, chez les femmes, le nom¬ 
bre des garçons, si elles sont longues, droites et bien 
marquées; le nombre des filles, si elles sont tortueuses; 
SI elles sont minces et courtes, les enfants doivent mou¬ 
rir en bas âge. 

Dans le même espace, mais dans un sens horizontal, 
la ligne ou les lignes qui s’y trouvent annoncent le 
nombre d’unions légitimes ou de liaisons sérieuses et 
ceci chez les deux sexes. 




LA main 169 

Les lignes qui sont tracées horizontalement sur le 
mont de la Lune annoncent les voyages par eau. 

Une ligne bien tracée allant de la ligne de tête à Mer¬ 
cure est la marque d’un succès dans les sciences ou d’un 
gain dans le commerce. 


LA MAIN 

On distingue dans les mains quatre genres: la main 
molle, la main dure, \a.main mixte et la main élémentaire. 

De deux mains de même forme, de même volume, 
de même épaisseur, l’une peut être molle, l’autre dure. 
La première indiquera une grande tendance à la paresse, 
la seconde, une aptitude au travail. 

Celui qui, avec des doigts pointus, a la main molle 
aimera la rêverie, le merveilleux; avec des doigts carrés, 
il sera paresseux d’esprit, lent d’intelligence ; avec des 
doigts spatules, il recherchera les plaisirs qui coûtent 
peu de fatigue. 

Un homme àja main dure carrée aime le sport, les 
exercices violents. 

Si les doigts sont lisses et la main paresseuse, nous 
aurons affaire à un critique railleur ; si les doigts sont 
carrés et le mont de Mars très prononcé, nous aurons la 
marque d’un caractère de détermination et d’énergie. 

La main mixte est une main dont les lignes indécises 
semblent appartenir à deux types différents (d Arpen- 
tigny). Elle n’a que des significations relatives et d un 
d’un sens modéré. 

D’Arpentigny définit ainsi la main élémentaire : 

« Doigts gros et dénués de souplesse. Pouce tronqué 
et souvent retroussé, paume d’une ampleur, d’une 
épaisseur et d’une dureté excessives. » Cette main offre les 
signes d’un manque absolu de culture intellectuelle ; la 
forme des doigts peut néanmoins indiquer les facultés 



f 170 LA CHIROMANCIE ^ 

endormies et pour ainsi dire latentes, qu’un travail con- 'I 
tinu pourrait développer. Cette main est celle de la plu- 
;■ part des paysans, des gens auxquels l’instinct pourrait 
presque suffire et qui se livrent à des travaux grossiers. 


LES DOIGTS 

On peut classer les doigts en deux genres : les doigts 
lisses et les doigts noueux ; ces deux genres se subdivi¬ 
sent en doigts longs, courts, pointus, 'carrés, spatules, 
élémentaires. 

Les doigts présentent deux sortes de nœuds : le nœud 
qui se trouve entre la phalange onglée et la suivante est 
le nœud de l’ordre dans les idées ou nœud philosophi¬ 
que ; celui qui est placé entre la phalange du milieu et 
la troisième indique l’ordre matériel. 

La signification des nœuds diffère suivant leur posi¬ 
tion, suivant que la phalange onglée est longue, pointue, 
courte, carrée, spatulée ou arrondie. 

Les phalanges elles-mêmes, en dehors des nœuds, ont 
leur signification particulière. 

La phalange onglée représente': l’idéalisme, l’inspi¬ 
ration, le monde intellectuel. 

La phalange médiane représente : la raison, le monde 
moral. 

La phalange qui touche à la main et qui est la plus 
épaisse, représente la matière. 

Nous voyons conséquemment que le nœud d’ordre 
matériel est entre le monde moral et le matériel, tandis 
que le nœud philosophique est entre le monde moral et 
le monde intellectuel. 

Le premier nœud est l’ordre dans les calculs, les 
affaires, en un mot, dans tout ce qui contribue à la for¬ 
tune et aux jouissances. 



LES DOIGTS 


I7> 

Le second, au contraire, est signe de doute, d’indé¬ 
pendance morale, de libre examen. 

« Vous éprouverez, dit d’Arpentigny, le besoin de 
vous rendre compte de vos sensations. Le secret de 
votre être vous occupe ainsi que celui de l’origine des 
choses. Vos croyances, vos idées, vos opinions, vous 
ne les avez pas adoptées sur la foi d’autrui, mais seule¬ 
ment après les avoir examinées à fond et sous toutes 
leurs faces. La raison vous semble un guide plus sûr que 
l’instinct, que la foi, même que l’amour, » et plus loin : 


Fie. 59. Fig. 60. 

Doigt pointu. Doigt carré. Doigt spatulé. 

« Les doigts sans nœuds portent en eux le germe des 
arts; si positif que soit le but vers lequel leur intérêt les 
pousse, ils procéderont toujours par l’inspiration plutôt 
que par le raisonnement, par la fantaisie et le sentiment, 
plutôt que par la connaissance. » 

Les doigts pointus ont la signification de la phalange 
onglée : invention, poésie, religion (fig. 59). 

Les doigts carrés ont celle de la phalange médiane : 
raison, ordre, régularité, convenance (fig. 60). 

Les doigts spatulés ou évasés signifient : activité, 
résolution, positivisme, intérêts matériels, amour du 
confort, activité violente (fig. 61). 

Les doigts mixtes ont une signification toute indiquée 
par leur dénomination même. 

Les doigts élémentaires ou obtus n’ont pas de signi¬ 
fication métaphysique. 







LA CHIROMANCIE ' 

11 sera facile désormais de trouver l’explication des 
nœuds, lorsqu’on les rencontrera sur tels ou tels doigts. 

Le nœud philosophique avec le doigt pointu signi¬ 
fiera : inspiration contenue par la réflexion, spontanéité 
amoindrie; l’idéalisme ne sera pas porté jusqu’au mysti¬ 
cisme, la piété ne sera pas du fanatisme ni l’inspiration 
de l’exaltation dangereuse. 

Dans le doigt carré, la présence du nœud philoso¬ 
phique sera, au contraire, une aggravation, une force 
de plus ; par lui, la raison sera froide, intransigeante. 

Dans le doigt spatulé, il fera d’un penseur un puri¬ 
tain et d’un homme actif un audacieux. 

Le nœud d’ordre matériel, s’ajoutant au premier, 
compromet l’équilibre de la matière. Avec le premier, 
nous pouvons avoir des artistes; avec le second, nous 
n’aurons que des artisans. 

Le doigt carré, qui, avec le nœud philosophique, 
aurait pu être celui d’un inventeur, ne sera plus que 
celui d’un homme capable de réaliser les conceptions 
d’autrui. 

LE POUCE 

Le pouce est de tous les doigts celui qui caractérise le 
mieux un homme. 

Aussi voyons-nous le nouveau-né garder le pouce 
sous les autres doigts, tant que la volonté ne s’est pas 
éveillée chez lui avec l’intelligence. Le mourant rentre 
son pouce sous les doigts. L’idiot naît parfois sans pouces. 

Dans le pouce, la phalange onglée représente la vo¬ 
lonté ; la seconde, la logique ; la base, la sensualité. 

Plus la première phalange sera forte, plus l’homme 
qui possédera un tel doigt aura de puissance, de volonté, 
de confiance en lui et d'énergique persévérance. 

Trop longue, elle devient l’exagération de la volonté, 
c’est le despotisme, l’esprit de domination. 




LES ONGLES 


‘73 


Trop courte, elle signifie : insouciance, faiblesse mo- 



le, aubciicc uciicigic. 

La seconde phalange longue et forte, c’est la raison 


puissante; courte, c’est le raisonnement facile à l’erreur 
et à l’illusion. 

La base du pouce est le siège des appétits sensuels ; 
si les deux premières phalanges sont petites, l’homme 
cède à tous les instincts matériels. 



Danton, Galilée, Descartes, Newton, Leibnitz..., 
avaient de très grands pouces ; Voltaire avait des pouces ■ 
énormes ; Louis XVI avait la première phalange petite. 

Le pouce en bille (fig. 62) annonce upe volonté^ 
aveugle, une opiniâtreté violente, une humeur sauvage 
et sujette à la colère ; si, en outre, la base est forte, 
l’homme qui possède un tel pouce est capable de devenir 
un meurtrier. 


LES ONGLES 


Ils pourraient être considérés comme les yeux de la 
main. 

Grands, solides et colorés, ils annoncent un tempé¬ 
rament riche, la force, la santé et promettent une longue 
existence. 





LA CHIROMANCI 


>74 

Les propriétés contraires ont l’indice de la faiblesse 
physique et d’une santé altérée. 

Courts et couverts de chair, ils indiquent un tempé¬ 
rament batailleur, un esprit moqueur et contradictoire. 


l’échelle CHIROMANTiaUE 

Lorsqu’on fait une prédiction ou mieux, lorsqu’on a 
lu un événement quelconque dans la main d’un sujet, il 
peut être intéressant, pour compléter son œuvre, de déter¬ 
miner approximativement la date de cet événement. 



Ceci ne peut se faire qu’à l’aide d’une échelle vitale 
(fig. 63). 

Voici les procédés employés : 

Les cabalistes partageaient la ligne de vie en dix 
degrés de chacun dix années. Le premier degré, pour 
eux, partait de Jupiter ; il se trouvait occuper un assez 
grand espace, limité par une ligne tirée de Saturne à la 
ligne de vie. Jusqu’à soixante ans, les autres degrés 
sont de même valeur, mais ensuite, ils se rétrécissent 
de plus en plus. 



Q.UELQ.UES TYPES C H I RO M AN TI aU E S I75 

Certains chiromanciens ont partagé cette ligne en sept 
degrés seulement. 

D’autres préconisent la méthode suivante : On évalue, 
sur la ligne de vie et sur la rascette, l’âge approximatif 
où le consultant doit cesser de vivre et on partage cette 
ligne en parties sensiblement proportionnelles en faisant 
les distances de moins en moins larges à mesure qu’on 
marche vers un âge plus avancé. La pratique fournira, à 
ce sujet, des données suffisantes. 

aUELaUES TYPES CHIROMANTIQ.UES 

L’ambition noble sera caractérisée par une main ni 
trop molle, ni trop dure et de grandeur moyenne. La 
phalange onglée du pouce sera longue. L’index aura le 
nœud philosophique. 

Le mont de Jupiter sera dominant sans excès. 

La ligne de tête sera longue, pure, colorée avec des 
rameaux. Elle ne devra pas rejoindre la ligne de cœur. 

L’avarice : main dure, doigts carrés ou pointus, 
mais longs, noueux et inclinés vers le pouce. 

Le mont de Mercure sera fort ; ceux de Vénus et de 
la Lune seront faibles. 

La ligne de cœur sera courte et sans rameaux. La ligne 
de tête formera un angle en rejoignant celle du cœur. 

La luxure : Main courte et molle, pouce court, doigts 
pointus et lisses. 

Le mont de Vénus sera très développé et couvert de 
grilles. Le mont de la Lune également. Une croix sur la 
troisième phalange de Jupiter, une étoile sur la phalange 
onglée du pouce. 

La ligne de cœur, pâle et large, la ligne de vie, d’un 
rouge foncé. 

L’amour: main ferme, doigts lisses. 

Ligne de cœur belle avec des rameaux. 



176 LA CHIROMANCIE 

Le mont de Vénus développé et rayé, pas d’anneau 
de Vénus, une croix sur le mont de Jupiter. 

La paresse: main molle, étroite et grasse, doigts 
pointus et lisses. La première phalange du pouce est 
courte. 

La ligne de tête est faible et courte ; la ligne de vie, 
pâle et faible. 

Presque pas de monts. 

L’envie: main large et sèche, avec des ongles courts; 
la phalange onglée du pouce est longue. 

La ligne de cœur est pâle et courte. 

Les monts de Jupiter, d’Apollon, de la Lune sont forts 
et barrés. 

La colère: main dure et courte, doigts spatulés et 
lisses, pouce en bille. 

Le mont de Mars est plat et rayé. La plaine de Mars 
est rayée avec une croix. 

La ligne de vie est profonde et d’un rouge foncé*. 

PROCÉDÉ DE DIVINATION C H IR O M AN TiaUE 

Mon ami Papus ® a découvert un procédé de divination 
chiromantique, basé sur les préceptes de la science 
occulte. 

11 considère d’abord que, de chaque côté du médius, 
se trouvent deux doigts plus petits, puis deux autres 
plus petits encore. Procédant par analogie, il compare ce 
médius au support d’une balance dont les doigts seraient 

* Papus, Traité méthodique de science occulte, Paris, 1891. 

2 Toutes les indications qui précèdent ne doivent être prises que comme 
des données générales, qui se modifient à l'infini suivant les sujets ; la pra¬ 
tique seule, basée sur la déduction, donnera des résultats appréciables. L'in¬ 
tuition est aussi un guide auquel on doit s’abandonner. Disons enfin que la 
chiromancie ne doit pas être consultée à un point de vue absolu, mais peut 
seulement fournir des indices curieux, des éléments généraux sur un individu 
considéré. 






aUELaUES TYPES CHIROMANTiaUES 177 

les plateaux et il raisonne ainsi : Au milieu, ce qui 
domine tout, c’est le destin inéluctable, la Fatalité, 
Saturne. A droite de la fatalité, le rêve, l’idéal, la théorie 
représentés par deux doigts : Apollon ou l’art. Mercure 
ou la science. A gauche de la fatalité, la raison, le positif, 
la pratique, représentés par deux doigts : Jupiter ou les 
honneurs, Vénus (le pouce) ou la volonté, l’Homme ou 
l’amour. - 

D’après ce qui précède, la ligne de Mercure sera celle 
des intuitifs, des médiums, des personnes^ nerveuses, 
sujettes aux rêves prophétiques. La ligne à’Apollon^ est 
celle des artistes et des inventeurs, des riches honnêtes. 
La ligne de Jupiter est la ligne de cœur, eUe indique la 
passion, la colère, le dévouement, et \'ambition. Le pouce 
est entouré de la ligne de vie physique, c’est Jà que se 
voient les maladies matérielles. La ligne de tête ou de 
Mars est la ligne à!action. On compte donc ; 

Trois lignes verticales : 

La saturnienne (fatalité) partant du médius : au milieu. 

L’apollonienne (idéal) partant de l’annulaire : à droite. 

La mercurienne (intuition) partant du petit doigt : à l’extreme 


Trois lignes horizontales ; 


La ligne de cœur (générosité) partant de l’index : à gauche (hori¬ 
zontalement). . . 

La ligne de tête (volonté, activité); au milieu de la main (hori¬ 
zontalement). 

La ligne de vie (vie matérielle): partant du pouce et 1 entourant. 

Pour la lecture des signes, suivons toujours la mé¬ 
thode occulte; nous aurons deux principes opposes. 

La Fatalité et la Volonté, la ligne de Saturne est en 
opposition avec celle de Mars. Aussi forment-elles dans 
la main une croix. A droite de cette croix, c est le cote 




[IROM ANCIE 


178 

idéal théorique, tandis qu’à gauche domine le côté pra¬ 
tique. La partie de la main qui s’étend au-dessus de la 
ligne de Mars est l’intellectuel, tandis que le bas repré¬ 
sente le matériel. 

Papus donne ensuite la règle suivante pour la lecture 
des âges. La saturnienne est coupée par trois lignes. La 
ligne de tête, dont l’intersection avec elle indique vingt 
ans juste, la ligne de cœur, dont l’intersection indique 
quarante ans juste, la ligne de Mercure ou d’Apollon 
dont l’intersection indique dix à douze ans. En divisant 
ces espaces par moitié, on a les âges intermédiaires. 
Papus m’a garanti l’exactitude de cette échelle pour une 
réussite de quatre-vingt-dix cas sur cent. 

La recherche de l’âge dans les autres lignes se fait de 
la même façon : la ligne de tête est coupée de gauche 
à droite par la saturnienne, l’apollonienne et la mercu- 
rienne. Leur point d’intersection indique respectivement 
vingt, trente ou quarante ans, les années avant vingt 
ans se comptent à partir du mont de Jupiter. La ligne 
de cœur est également coupée par les mêmes lignes, 
leur intersection avec cette ligne indique quarante ans 
pour la saturnienne, vingt ans pour l’apollonienne et 
dix ans pour la mercurienne. 

Cette recherche des âges est, de toutes celles que j’ai 
vues la plus ingénieuse et elle mérite par sa seule origi¬ 
nalité de fixer l’attention des chercheurs. 

Une dernière remarque bien curieuse : pour voir la 
caractéristique d’un individu, c’est-à-dire son idéal : 
la gloire ou l’argent. On regarde celui des doigts, index 
ou annulaire, qui dépasse l’autre. Si c’est l’annulaire qui 
dépasse l’index, l’amour de la gloire l’emporte sur 
l’amour de l’argent : c’est rare. 







ÉTUDE DES RACES 



'79 


CHAPITRE III 


LA PHRÉNOLOGIE 


ÉTUDE DES RACES 


Lorsqu’on étudie les nombreux habitants qui peu¬ 
plent la terre, on est amené à remarquer certaines diffé¬ 
rences caractéristiques, qui peuvent porter principale¬ 
ment sur la forme du crâne, les traits du visage, les 
proportions du corps, le teint et les cheveux'. 

Parmi ces caractères, ceux qui servent à distinguer la 
forme de la tête osseuse frappent tout d’abord. Les 
dissemblancesqu’on observe tiennent au développement 
relatif de la face et du crâne. 

La face, au lieu de demeurer dans la direction plus ou 
moins verticale de la ligne qui descend du front, se pro¬ 
jette obliquement en avant chez certains individus. 
Cette disposition spéciale a reçu des savants le nom de 
prognathisme. 

Chez d’autres individus, les os de cette région pren¬ 
nent un développement considérable dans le sens de la 
largeur. 

Ces deux premières distinctions, perpétuées par les 
générations successives, constituent un certain nombre 
de races, marquées chacune d’un type particulier. 

En ce qui concerne le crâne, il est plus ou moins 
allongé, étroit ou élevé, comprimé, en forme d’œuf ou 
de globe. 

Bien avant que Gall eût publié le résultat de ses tra- 

* Voyez Brehm, Les Merveilles de la nature ; les Races humainesj par R. Ver- 
neau, avec une introduction, par A. de Quatrefages, Paris, 1891. 




vaux sur la phrénologie, l’illustre Camper avait déjà 
conçu l’idée que l’intelligence des hommes doit être en 
rapport direct avec le développement du cerveau. 



A l’appui de sa théorie, il avait imaginé d’évaluer com¬ 
parativement le volume de cet organe, chez les diffé¬ 


rentes races et chez un certain nombre d’animaux. 
Dans ce but, il mesurait Y angle facial, c’est-à-dire l’angle 
que forme la ligne du front avec une autre ligne passant 







ÉTUDE DES RACES loi 

par la base du cerveau. Suivant que l’ouverture de 
l’angle formé par l’intersection de ces deux lignes (fig. 64 
et 65) était plus ou moins grande, il en concluait que le 
sujet avait un plus ou moins grand développement 
cérébral. 

Comme il peut être intéressant de déterminer cet 
élément, voici comment on peut y parvenir. On mène 
une horizontale B C, qui passe par le trou auriculaire et 


Fig. 6 S. — Apollon du Belvédère. 

par la base des narines ou mieux par le sommet des 
incisives supérieures; on tire ensuite la ligne faciale , 
tangente, en haut, à la racine du front et, en bas, à 
l’extrémité des dents de la mâchoire supérieure. 

Ces deux lignes secoupant au point B, l’angle A B Cest 
Vangle facial. Cet angle est rarement droit ou égal à 
90 degrés. 

Cependant, dans la race blanche, certains types s en 
rapprochent beaucoup. Dans les statues grecques, celle 





^82 la phrénologie 

de \’Apollon du Belvédère par exemple (fig. 66), cet angle 
dépasse même 90 degrés. Néanmoins, il atteint géné¬ 
ralement 80 degrés chez les Européens, 70 degrés seu¬ 
lement chez les nègres et à peine 65330 degrés chez les 
singes. 

Bien que cette première évaluation du développement 
de l’encéphale soit très contestée et d’une valeur discu¬ 
table, malgré le mérite de Camper, nous avons cru 
devoir le signaler en passant. Néanmoins elle peut tou¬ 
jours donner une indication intéressante sur la mesure 
du prognathisme et, sous ce rapport, elle n’est pas sans 
utilité comme caractéristique générale des recherches qui 
vont suivre, quoique n’étant pas, à proprement parler, 
du ressort de la phrénologie. 

PRINCIPES DE LA PHRENOLOGIE 

Cette science s occupe surtout des rapports existant 
entre les fonctions dont le cerveau est l’organe et la 
conformation spéciale de la tête osseuse. 



Fig. 67. — Division des facultés en trois classes. 

Faisons connaître, en quelques mots, les principes 
généraux de la science qui nous occupe. 

Les phrénologistes divisentnos facultés en troisclasses : 




LE SYSTÈME PH RÉN O L OG IClU E DE GALE I 83 

P' les facultés intellectuelles, les facultés morales ou affedi- 

ves, et les facultés animales ou instinctives. Les premières 
K se trouvent situées à la partie antérieure de la tête ; les 

[ secondes se remarquent dans la portion supérieure, et les 

F' troisièmes dans la partie postérieure et dans le cervelet. 

D’après la figure 67, il est facile de se rendre compte 
de cette division : la ligne AA sépare le siège des facultés 
intellectuelles des deux autres, qui sont respectivement 
situées au-dessus et au-dessous de la ligne B. 


le SYSTÈME PHRÉNOLOGiaUE DE GALL 

Camper, Sœmmering, Blümenbach avaient bien cher¬ 
ché à déterminer, sur les collections de crânes qu’ils 
avaient classifiés, le volume et la configuration relatifs 
de ces boîtes osseuses avec l’angle facial, mais aucun 
n’avait songé à cantonner dans une certaine région du 
crâne une faculté intellectuelle déterminée. 

Le premier ouvrage que Gall ait publié sur son 
système est postérieur à ces travaux L 

Les noms phrénologie, de cranioscopie ou craniologie 
donnés à la science nouvelle ne lui conviennent pas et 
Gall lui-même se considérait comme philosophe ou 
physiologiste ; tout son système reposait, à ses yeux, 
sur la physiologie du cerveau. 11 se proposait de « déter¬ 
miner les fonctions du cerveau en général et celles de 
ses divers compartiments en particulier », il voulait prou¬ 
ver que l’on peut reconnaître certaines dispositions, 
certaines inclinations au moyen de l’étude des proémi- 


Gall, Exposition de la doctrine physiognomique ou nouvelle théorie du cerveau, 

__ VII :_.g_ _ Sur les fonctions du cerveau et sur chacune de ses 

- ■ t Spurzheim, Anatomie et physiologie 
■au en particulier, Paris, 1810-1819, 

:c atlas de 100 pl. 


' parties, Paris, 1825, 6 vol. in-8. — G 



184 LA PHRÉNOLOGIE S 

nences, des lasses ou des creux que l’on remarque sur 
la tête ou sur le crâne. 

Gall avait, dès longtemps, réuni un grand nombre de 
portraits, de bustes, de médailles; il avait, de plus, 
recueilli une volumineuse collection de crânes de toutes 
provenances, principalement de ceux qu’il savait avoir 
appartenu à des hommes doués de facultés spéciales, de 
vertus ou de vices particuliers. Il augmentait enfin ses 
travaux par l’étude des instincts et des crânes des 
animaux. 

Ses théories ayant paru dangereuses au gouvernement 
et à quelques craintifs conseillers, il fut contraint de 
quitter Vienne ; il vint à Paris, en 1807, où il trouva ■ 
une popularité considérable, des admirateurs fervents et 
des critiques impitoyables. 

On raconte, pour caractériser la crainte folié; l’éloi- - 
gnement et la répugnance qu’avaient fait naître dans 
certains esprits le système dont nous allons nous oc- i 
cuper, l’anecdote suivante que nous n’avons pu véri¬ 
fier. 

Un savant estimé, déjà âgé, Denys, bibliothécaire de 
l’empereur d’Autriche, fit, dit-on, insérer dans son tes¬ 
tament la clause expresse que son crâne ne figurerait 
pas, après sa mort, dans les collections du D’ Gall. 
Croyait-il à la vérité de la nouvelle théorie ou la crai¬ 
gnait-il ? . 

Sans nous attarder à discuter la question, nous allons 
donner la théorie du savant philosophe. 

Suivant lui, toutes les facultés sont innées, tous les * j 
penchants naturels, chez l’homme et chez les animaux ; 
ces facultés et ces penchants ont leur siège dans le cer- ’ 

veau et la preuve en serait que ces facultés sont pro- • 

portionnées au volume du cerveau et que les moindres i 
altérations de ce dernier produisent dans l’intelligence ‘ j 
des troubles indiscutables. j 





le système PHRÉNOLOGIQ.UE DE GALL 


185 


II n’hésitait pas à tirer ses conclusions des maladies, 
des âges et principalement de l’étude comparative du 
système nerveux et du cerveau de divers animaux. Leur 
complexité et leur supériorité lui paraissaient d’autant 
mieux marquées, proportionnellement aux facultés, que 
ses études le partaient des animaux inférieurs jusqu a 

l'homme. t 

11 enseignait que le développement de certains 
organes spéciaux imprimé au cerveau, puis au crâne, 
une configuration particulière à laquelle on ne peut se 
tromper: c’est ainsi que le crâne d’un carnivore pré¬ 
sentera, à première vue, pour le naturaliste une ditte- 
rence absolue avec celui d’un herbivore. 

Enfin, il prouvait que les facultés intellectuelles et les 
diverses aptitudes qu’on remarque chez certains sujets, 
sont proportionnées au volume et à l’activité des organes 
qui les représentent, en passant en revue le régné animal 
tout entier depuis ses plus simples manifestations. 

C’est de la constatation de certaines proéminences du 
crâne coïncidant avec diverses facultés spéciales que 
Gall a tiré son système. Or, cette proéminence provient 
elle-même d’une saillie du cerveau sur laquelle le crâne 
s’est moulé. , , 

Gall eut le malheur d’attribuer à ces proéminences des 
noms qui, à l’époque où il vivait, effarouchèrent les pré¬ 
jugés de quelques esprits timorés. Dans sa confiance, il 
dénommait : organe du meurtre, de la bonté, du vol, etc., 
les organes correspondant à ces vices ou à ces vertus, 
bien qu’il ne crût pas que la trace apparente de ces or¬ 
ganes fut une nécessité de ces vertus ou de ces vices. 

En astrologie on dit : astra inclinant, non nécessitant, 
ce que l’on peut traduire par « les astres présagent, ils 
ne forcent pas » ; de même en phrénologie, les bosses 
sont dés indices et non des causes. 

Du reste, on peut affirmer, et personne ne le contes- 






i86 


LA PHRÉNOLOGIE 


tera que les organes du cerveau ne déterminent point 
les facultés et les penchants, mais les manifestent seule¬ 
ment. 

Nous croyons devoir faire connaître, tout d’abord 
les vingt-sept proéminences du crâne, qui indiquent’ 
d apres Gall, le siege de diverses facultés des penchants 
particuliers propres à l’espèce humaine. 



Gall d’après ses études, n’admettait que des aptitudes 
intellectuelles ou morales. 11 ne pouvait, dans son 
expose général, accepter les subdivisions que fit plus 
tard admettre Spurzheim au sujet des organes spé¬ 
ciaux a 1 habitativité, la pesanteur, l’étendue, l’ordre, 

1 éventualité, la merveillosité, l’espérance, la conscien- 
ciosivite. 

Ceci adrnis, voici le tableau phrénologique de Gall 
(fig. 68 et 69). ^ 




LE SYSTÈME PHRÉNOLOGIaUE DE SPURZHEIM 187 
Siège OU organe de l’amour physique ; sens de la génération. 

2. Amour des parents pour leur progéniture. 

5. Organe de l’attachement et de l’amitié ; sens de la sociabilité. 

4. Organe du courage ; penchant aux rixes, querelles, combats; 

défense de soi-même. _ 

5. Sens du meurtre et de la cruauté ; organe de Tinstinct sangui- 

6. SenTdTlafinesse, de la ruse; organe de l’astuce et du savoir- 

7. Siège de l’instinct de la propriété ; penchant à la convoitise, au 

larcin ; sens de l’avarice. 

8. Organe de la fierté, de la hauteur, de l’orgueil ; siege de 1 amour 

de l’autorité, penchant à l’élévation physique ou morale. 

Q. Sens delà vanité, de l’ambition; amour delà gloire. 

O. Circonspection, prévoyance. 

1. Mémoire des choses et des faits, : 
perfectibilité. 

12. Sens des localités ; sens des rapports de l’espace. 

13. Mémoire ou sens des personnes. . 

14. Sens et mémoire des mots et des noms propres ; mémoire ver¬ 

bale. 

15. Sens du langage parlé; talent de la philologie. 

16. Sens des rapports des couleurs; talent de la peinture. 

17. Sens des rapports des tons ; talent de, la musique. ^ 

18. Sens des rapports des nombres; aptitude mathématique 

19. Sens de mécanique et de construction ; talent de 1 architecture. 

20. Sagacité comparative. 

21. Esprit métaphysique; profondeur d’esprit. 

22. Esprit de causticité et de saillie. 


s des choses ; éducabilité ; 


moral et de conscience. 

25. Faculté d'imiter ; sens de la musique. 

26. Dieu et la religion. 

27. Fermeté, constance, persévérance; opiniâtreté. 


le système PHRÉNOLOGiaUE DE SPURZHEIM 

Le D'- Spurzheim, disciple et collaborateur de Gall, ne 
suivit son cours que pendant deux années, en 1800. 
Fort jeune encore, il n’avait que vingt-deux ans, il 







modifia quelque peu et simplifia la découverte de Gall 
mais le droit de priorité n’en revient pas moins sans 
conteste tout entier à ce dernier. 

Spurzheim se montra plus subtil que Gall dans les 
dénominations qu’il choisit et évita de heurter de front les 
préjugés. Chez lui, Y organe du vol de Gall devient une 
détérioration de l’organe de la propriété. L’organe de la 
rixe et de la destruction, mauvais en principe, renferme 
à ses yeux les éléments du courage civique et miUtaire et 
de 1 indépendance, etc. 

Du reste, plus audacieux que son maître et moins 
hésitant dans les cas difficiles, changea tout depuis le 
nom des facultés jusqu’à leur place. 

Gall n’admettait d’abord que vingt-six facultés primi¬ 
tives, caractérisées par autant de reliefs distincts à la 
surface du crâne, et le porta ensuite à vingt-sept. 

Spurzheim, après avoir transformé ou répudié’un cer¬ 
tain nombre de ces facultés, en décrivit cependant trente- 
cinq. 

Aujourd’hui, on en a ajouté encore quelques-unes et 
on en compte, suivant quelques phrénologistes, trente- 
huit ou trente-neuf. 

Les trente-cinq organes admis par Spurzheim et son 
ecole sont divisés en trois catégories distinctes. 

Les neuf premières facultés correspondent à des pen¬ 
chants ou à des instincts (partie inférieure à la ligne B 
fig. 67). 

Les douze suivantes à des sentiments (partie supé¬ 
rieure à la ligne B, fig. 67); ces vingt et une facultés 
sont dites affectives. 

Les quatorze autres facultés, dites intellectuelles (por¬ 
tion antérieure à A, fig. 67), sont elles-mêmes divisées 
en deux catégories : les douze premYeresperceptives, les 
deux dernières réflectives. 

Voici d’ailleurs, d’après Spurzheim, la classification de 




r 


LE SYSTÈME PHRENOLOGIaUE DE SPURZHEIM 189 

ces facultés et les noms qu’il leui a donne. Les chiffies 
des figures 70 à 72, correspondent aux numéros d ordre 




de l’énumération des facultés et indiquent le siège de 
chaque organe à la surface du ci âne. 





I. Amativité ou amour physique. — L’amativité, ou penchant 
prononcé à l’amour sexuel, est centralisée dans le cervelet et est re¬ 
présentée à la surface du crâne par deux saillies arrondies l’une à 
droite, l’autre à gauche de la ligne médiane. On l’évalue proportion¬ 
nellement à l’évasement de la nuque d’une oreille à l’autre. On cite 
de cet exemple des gens réputés pour leurs penchants matériels: 
François fer, Mirabeau, Danton. 

2. on attachement pour les enfants. — La philo- 

géniture n’est autre chose que l’amour paternel et maternel, l’aflfec- 
tion et la protection des faibles. Cet organe instinctif trouve à peine 
quelques exceptions. On le retrouve chez le nègre comme chez le 
blanc et plus développé chez les femelles que chez les mâles. 11 est 
situé au dessus du précédent derrière la tête. C’est à sa prédomi¬ 
nance qu’on attribue la forme allongée de la tête de la femme en 
arrière, tandis que le crâne de l’homme est coupé plus brusque¬ 
ment à l’occipital. 

_ 3. CONCENTRATIVITÉ, hatitativUé. — Séparées par plusieurs phré- 
nologistes, comme nous le verrons plus loin, ces deux facultés 




















5 SYSTÈME PHRÉNOLOGiaUE DE SPURZHEIM 


I9I 


sont réunies par Spurzheim. C’est le penchant naturel aux animaux 
choisir les lieux qui leur conviennent et aux hommes d aimer leur 
patrie, leur demeure, leur manière de vivre. On trouverait aussi cet 
organe très développé chez les écrivains et les orateurs, qui concen¬ 
trent en eux leurs émotions et leurs idées de manière à n’en point 
être distraits: jls forment la catégorie de littérateurs dont le style 
est nerveux et concis. 

C’est à cet organe que les oiseaux devraient leurs instincts mer¬ 
veilleux et les hommes leur fougue et leur énergie. On le rencontre 
au dessus du précédent au point correspondant à l’os occipital. 

4. Affectionnivité ou adhésivUé. — L'affectionnivité porte les 

hommes et les animaux à s’attacher aux êtres animés ou inanimés;' 
elle engendre la sociabilité et les relations amicales. Son organe est 
placé vers le milieu du bord postérieur du pariétal. On le remarque 
surtout chez les femmes. _ „ . 

5. Combativité. - Lorsqu’elle est trop developpee, elle indique 
des dispositions à la dispute, aux rixes sanglantes, à la provocation 
et à l’attaque violente. Plus effacée, elle' indique le courage dans le 
danger, l’instinct de la résistance aux attaques de toutes natures, 
aussi bien morales que physiques. Elle a son siège au-dessous de 
l’oreille et plus en arrière. On la retrouve fortement marquée dans le 
crâne de Murat et de quelques autres militaires. 

6. Destructivité. — L’organe de la destructivité, généralement 
très prononcé chez les carnassiers les plus féroces et chez les meur¬ 
triers avec préméditation, se trouve-au-dessus de l'oreille. On 
le remarque de préférence chez les assassins, ruais on le voit 
aussi chez les chasseurs passionnés, les grands capitaines, les duel- 


7. Secrétivité ou ruse. — La secrétivité a son organe spécial 

au-dessus de l’oreille et un peu au-devant de la destructivité. Cette 
faculté est de la finesse, du savoir-faire, de la dissimulation, .une 
sorte de penchant à se cacher et à maîtriser ses émotions. Unie aux 
sentiments moraux, cette faculté constitue la prudence, la discrétion, 
mais elle peut aussi dégénérer en duplicité, fourberie, hypocrisie. 
On la rencontre chez les diplomates et chez les fripons. Chez les in¬ 
dividus gais, elle indique de l’ironie. Talleyrand en fournissait un 
très bel exemple. , - ■ * 

8. AccaiisiviTÉ ou convoitise. — C’est la tendance a acquérir et 
à posséder. Elle conduit au besoin de collectionner aussi bien qu a 
l’avarice et à l’égoïsme. Elle peut devenir l’origine du désir de voler. 
Cette faculté est fréquente chez les voleurs, les avares et les usuriers. 

9. CONSTRUCTIVITÉ OU 5.«s de la mécanique. - La constructivite 
dont le siège est situé vers la base du front, au-dessus de la tempe, 




192 LA PHRÉNOLOGIE 

indique non seulement le penchant qui porte à bâtir, mais encore 
les dispositions naturelles aux arts mécaniques. On la rencontre à un 
égal degré chez les ingénieurs. Elle est aussi le sens de l’arrange¬ 
ment et, à ce titre, se trouve très développée chez les modistes 
les sculpteurs, etc. Elle est encore très grande chez les oiseaux con¬ 
structeurs de nids, chez le castor et le mulot. 

11 . Facultés affectives. 

10. Estime de soi-même pu orgueil. — Cette faculté a son organe 
en arrière du sinciput et plus bas. Développée modérément, elle 
conduit à la confiance en ses propres forces, au sentiment de la 
dignité personnelle, l’amour de l’indépendance. Si au contraire, elle 
est exagérée, elle donne la présomption, l’orgueil, l’arrogance. Uni 
à l’acquisition, ce penchant conduit à l’égoïsme. 

11 . Approbativité ou amour de l’approbaiion. — L’approbati¬ 
vité est le principe de l’émulation, delà vanité, de l’ambition jointe 
aux sentiments moraux, elle produit le désir de plaire, le besoin 
d’acquérir l’estime, d’accaparer la renommée ou la gloire. Excessive, 
elle devient vanité, soif de louange. Elle se trouve aux deux côtés du 
précédent et descend un peu plus bas. Les phrénologistes en citent 
comme type : Cuvier, Casimir Périer, Victor Hugo,Thiers et Arago. 

13. Circonspection ou prudence. — L’organe de la circonspec¬ 
tion, placé vers le milieu de, la partie latérale du crâne, fait tom¬ 
ber la tête latéralement. Si elle rend prudent et fait éviter le danger, 
elle peut devenir paresse et neutralité, doute, irrésolution ou poltron¬ 
nerie. C’est parfois le résultat du doute de soi-même ou la suite 
d’une grande sagacité, qui permet d’apprécier les avantages ou les 
inconvénients d’unesituation.On cite comme exemple: J.-j. Rous¬ 
seau, Bernadette, etc. 

13. Bienveillance ou bonté. —■ On en place l’organe sur le devant 
de la tête, presque à l’extrémité de la suture frontale. Le désir de voir 
les autres heureux, la charité universelle, la douceur, la sympathie 

•pour les faibles en sont les caractères, comme preuve, voyez saint 
Vincent de Paul, Henri IV, Lacépède. 

14. VÉNÉRATION ou respect. — La vénération est caractérisé 
par une proéminence qui se trouve sur le sommet de la tête: elle 
produit le sentiment religieux, la piété filiale, le respect et la sou¬ 
mission aux vieillards ou aux supériorités reconnues. Walter Scott, 
Lamennais, Lamartine en sont des exemples. Cependant, poussée 
à l’extrême, cette faculté devient de la servilité. 

15. Fermeté ou caractère. — Cet organe est situé sur le som¬ 
met de la tête vers le milieu du crâne. Excessive, c’est de l’entête- 




LE SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUE DE SPURZHEIM I93 
ment, de l’obstination, de la dureté, de l’infatuation. Richelieu, 
rhailes XII, Beinadotte, Napoléon en sont des preuves. 

CoNSC.s.c.os.v.Té’ OU jusHu. - Répond aux sent.ments 
nobles de la justice, du respect des droits. C est la coiiscience du 
devoir, Pamour de la vérité, la sincérité dans les convictions. On 
oeut citer Sully, Lamartine, etc., comme types particuliers. 

f,. Séra/cb ou iüusion. - L’espérance produit une tendance 
à compter sur l’avenir, elle donne la propension a la foi, à la pa- 
tience^sans décourgement. Trop prononcée cependant, elle peut 
devenir crédulité, amour des spéculations folles >nconsiderees 

,8 . Merveillositb ou goût du surnaturel - La merveillosite 
caractérise le désir continuel de nouveauté, l’admiration poui ce qui 
^peu commun, grand, inattendu. Elle porte aux croyances pieuses, 
à l’Lour du merveilleux et de l’occulte. On cite entre autres . So¬ 
crate, Platon, Le Tasse, Young, Lamennais, Keratry comme types 
de cette faculté. Elle se trouve placée sur le haut du 

19. loÉAUTÉ ou sens poétique. - Propension a tout e^Wli , à 
marcher vers la perfection idéale, donne le sens poétique de 1 artiste 
de l’orateur, de l’écrivain. Elle peut conduire a 1 extravagance et 
entraîne à préférer la forme au fond. Exemple : Raphaël, Shakespeare, 
Racine, Goethe, Byron, Schiller, Lamartine, etc. 

20. Gaîté ou esprit de saillie, de causttaie. — Les phreno " 
giques entendent par là l’esprit ou le bel esprit, c est-a- '’e es 
fipostes brillantes, le goût pour la plaisanterie, la causticité, apti¬ 
tude à saisir les ridicules. L’humour anglais en serait une variété. 
Henri IV, Voltaire, Piron, Sterne en sont cites comme des types. 

-i Imitation. - Cette faculté donne le pouvoir de 1 im'tatmn 
en général, elle imprime à la physionomie une grande mobilité e 
amène à joindre les gestes à la parole. Très développée chez les grands 
acteurs, on la rencontre chez quelques peintres. 

111. Facultés intellectuelles. 

22. Individualité ou sens des faits. - L’organe de cette faculté 

placé juste au-dessus du nez, à la racine duquel elle Plus oü 

Lins de largeur, donne l’aptitude à étudier 

vidus. Elle porte à l’étude des sciences d’observation de d^tml e e 
caractérise une prédilection pour l’histoire naturelle ^ 
des faits et des choses (types : Linné, Cuvier de Humbo dt) 

23. CONEIGURATION OU firme. 

yeux indique le degré de cette faculté. Elle revele ""f J^Rude " f 
convenir des formes et principalement des figures ei a saisir ucs ics 
semblances. Plusieurs phrénologues proposent de substituer à. confi- 






194 


la PHRENOLOGIE 


guration le nom de mémoire des personnes. A ce titre, Georiïes III 
peut etre cite, car il se rappelait la figure de tous ceux, et ils étaient 
nombreux, qu .1 avait vus. Cuvier, Gérard et Van Dyck présentaien 
SI cette particularité. 

4. Étendue ou sentiment de la perspective. — Son organe est 
._e vers l’angle interne de l’orbite ; elle indique la facilité de me¬ 
surer d’un coup d’œil les distances, d’évaluer une étendue quelcon¬ 
que, de juger une perspective. 

25. Pesanteur ou résistance. — Cette faculté désigne, l’aptitude 
à apprécier exactement le poids des corps et à les équilibrer en con 
séquence, à Juger de la résistance et de la puissance en mécanique 
On la remarque particulièrement chez les danseurs, les marins et les 
mécaniciens. 

26. Coloris ou sens de la peinture. — Cet organe est relatif à 
la perception des couleurs et surtout à leur harmonie, il occupe la 
partie moyenne du sourcil. On le remarque surtout chez les peintres-. 
Le Titien, Gérard, Rubens et chez les femmes. 

27. Localité ou espace. — Faculté qui nous porte à beaucoup' 
voir et a beaucoup voyager aussi bien qu’à nous rappeler les lieux que 
nous avons vus. Cet organe est particulièrement développé chez les 
grands voyageurs: Cook, Colomb, de Humboldt, d’Urville et Ross 
chez les peintres de paysage et chez les animaux migrateurs, l’hi¬ 
rondelle entre autres. 

■ 28. Calcul ou nombre. — L’organe des nombres, situé à l’angle 
exteriie de l’orbite exprime l’aptitude pour le calcul et les sciences 
mathématiques. Elle se remarque chez Newton, Euler, Cauchy, etc. 

'29. Ordre ou arrangement. — Cette faculté est la propension à 
mettre chaque chose à sa place et à se souvenir du lieu qu’elles occu¬ 
pent. C’est une disposition essentiellement féminine qui se retrouve 
encore chez les collectionneurs et les érudits. 

30. Eventualité ou don des conjectures. — Rend particulièrement 
apte à saisir les faits et les événements ; c’est la caractéristique par 
excellence des médecins, des physiologistes, des politiques, des histo¬ 
riens. C’est l’art de supputer les circonstances. C’est encore le talent 
d’analyse et de prévision, qui tient compte de toutes les conjectures. 

31. Temps ou duree. — C’est de l’organe du temps que dépen¬ 
dent les notions relatives au temps et à la durée, la mémoire des 
dates, le sentiment de la mesure et du rythme musical. Cette faculté 
permet d’évaluer les intervalles du temps par la comparaison à des 
circonstances ou des actes pendant lesquels.il s’est écoulé. 

32. Tons ou mélodie. — Cette faculté est à la musique ce que le 
colons est à la peinture. Elle donne le sens de la mélodie et de l’har¬ 
monie. 11 est essentiel que ces deux facultés temps et tons soient réu- 



le système PHRÉNOLOGiaUE DE SPURZHEIM I95 
nies chez un musicien. On les retrouve du'reste chez Haydn et: 

53 Langage ou mémoire des mots. — Cette faculté semble bien 
complexe, c’est à la fois la facilité d’apprendre les langues,_ comme 
aussi de retrouver dans sa mémoire le mot propre destine a rendre 
exactement les moindres nuances de la pensée. Le signe de cette 
aptitude est la proéminence des yeux. Les philologues, les bota¬ 
nistes et les classificateurs auraient, suivant les phrenologistes, les 
veux saillants. 

54. Comparaison ou similitude. - L’organe de la comparaison ou 
de la sagacité de rapprochement ou de l’esprit d'analogie est situe a 
la partie moyenne et antérieure du frontal. Cette faculté qui se ren¬ 
contre chez les orateurs, les écrivains et les naturalistes, était possé¬ 
dée au plus haut degré par Pitt, Goethe, Lamennais, Lamartine, etc. 

55. Causalité ou esprit philosophique. — C’est cette faculté pré¬ 
cieuse qui nous fait saisir les rapports des effets et des causes. Elle 
offre l'aptitude à étudier les questions de métaphysique et à em¬ 
ployer la méthode inductive. L’organe de ce sens philosophique est 
situé à la partie latérale du front. 

Deux facultés nouvelles désignées par A. AV ne présentent aucun 
intérêt et semblent devoir être rejetées. C’est l’alimentativite ou 
gourmandise et la biophilie ou amour de l’existence. 


Nous avons dit que plusieurs phrenologistes portaient 
de trente-huit à trente-neuf le nombre des facultés. 

Si l’on accepte les divisions générales que nous avons 
Indiquées, on pourra, se reporter des numéros de l’un 
à ceux de l’autre, en remarquant que le numéro 3 de 
Spurzheim est divisé en numéro 3 : Concentrativite et 
numéro 4 ; Habitativité, ce qui recule d’un numéro la 
correspondance entre les deux.séries de nombres ; c est- 
à-dire, que le 4 de Spurzheim devient le 5 des autres 
phrénologistes. 

Le numéro 8 du second système présenté correspond 
à A, mais il s’en suit que, à partir du numéro 9, les nu¬ 
méros diffèrent de deux unités. 

Le numéro 9 de Spurzheim devient le 11 des autres 
le 10 de Spurzheim devient le 12 et ainsi de suite. 

Cette distance reste constante jusqu’au numéro 16 de 






196 LA PHYSIOGNOMONIE 

Spurzheim : Conscienciosivité, qui devient le numéro 19, 
tiindis que le 17 de Spurzheim devient le 18 des autres! 

A part cette petite divergence, les numéros sont tou¬ 
jours à deux unités de distance, jusqu’au numéro 19 
de Spurzheim: Idéalité, qui devient 21 des autres phré- 
nologistes. 

Le numéro 22 des phrénologues : Sublimité, manque 
chez Spurzheim, et la plupart des savants le repoussent, 
mais nous avons cru devoir le signaler. 

11 y a donc, à partir du numéro 20 de Spurzheim, trois 
numéros de différence avec les autres phrénologistes, 
différence qui subsiste jusqu’à la fin. 

Du reste, l’étude du tableau graphique de Spurzheim ■ 

^ permettra de se rendre un compte très exact des concep- 

tions dues à l’esprit des phrénologistes. 

$ — _ 


CHAPITRE IV 
LA PHYSIOGNOMONIE 

ïT ORIGINES DE LA PHYSIOGNOMONIE 

v La physiognomonie est l’art de connaître les hommes 

t d’après leur physionomie, c’est-à-dire par l’étude des 
t traits du visage. 

"f, 9^ physiognomonie a existé, du 

j moins en germe, depuis le jour où il y a eu deux hommes 

; rassemblés : en effet, ils se sont observés, ont eu besoin 

j de se connaître, et ont tenté de se deviner l’un l’autre. 

f. Aristote semble avoir été le premier qui ait fait quel- 

ques recherches dans ce sens : il supposait que certains 
: hommes, dont les traits offrent des rapports avec ceux 

f des animaux, doivent avoir des inclinations identiques. 





l’interprétation de la physionomie 197 
Après lui, Cardan, Michel Lescot, Porta, Lachambre 
développèrent ces principes, et apportèrent leur contin¬ 
gent de recherches ; mais c’est à Lavater, qu’on doit les 
plus grands progrès et les bases sérieuses de la science 
nouvelle. . , ■ 

D’après lui, la physiognomonie est la science qui 
apprend à connaître l’intérieur de l’homme par l’exté¬ 
rieur. En conséquence, les recherches physiognomo^ 
niques peuvent porter sur six points différents : l’expres¬ 
sion de la figure, les attitudes et les mouvements du 
corps, le son de la voix, la texture de la fibre, la colora¬ 
tion et les cheveux ou poils. 

Lavater, enseigne qu’on doit aussi tenir compte, dans 
cette étude, des tempéraments, de la stature, de 1 écri¬ 
ture et enfin des objets extérieurs dont l’homme a cou¬ 
tume de s’entourer, le vêtement, les meubles, etc. 


l’interprétation de la physionomie 

Quant à nous, nous sommes bien obligés de juger 
d'un homme par la seule partie qu’il nous montre, sa 
figure, la seule, qui, à quelques exceptions près, reçoive 
le choc des passions et en garde le reflet. 

S’il existe des peuples chez lesquels la face reste voilee, 
cela vient de ce qu’ils ont intérêt à ne rien laisser voii 
de leurs passions. . . , 

Augurez toujours mal d’un individu qui dissimule 
ses traits ou abrite ses yeux derrière des verres de couleur. 

On a beau avoir de l’empire sur soi-même et ren¬ 
dre ses traits immobiles, la physionomie exprime tou¬ 
jours une partie des pensées, mais dans cette lutte con¬ 
tinuelle chacun oppose toutes ses forces. A mesure que 
l’un rend sa physionomie muette, 1 autre met en œuvre 
toute sa perspicacité pour percer ce masque. 




< Les gens toujours voilés, les solitaires, les aveugles, 
semblent ne pas avoir de physionomie spéciale, tandis 
que les gens passionnés, les hommes d’esprit ont pres¬ 
que tous les traits d’une grande mobihté. 11 n’y a guère 
que les extrêmes : les esclaves et les ambitieux, qui répri¬ 
ment l’élan de l’expression des passions. 

On peut remarquer dans la physionomie deux parties 
distinctes, dont chacune mérite d’être étudiée avec soin. 

C est d’abord le dessous, c’est-à-dire le squelette 
même de la physionomie, la charpente osseuse de la tête, 
qui sert à faire augurer de l’étendue de l’intelligence par 
le rapport qui lie le crâne à la face et parce que le 
cerveau lui est presque toujours exactement propor¬ 
tionné. 

Quant à la partie mobile de la face, celle qui est appa¬ 
rente, molle et ridée ou lisse et tendue, elle donne, à 
1 œil exercé, la mesure et la nature exacte des passions, 
des troubles qui les ont fait naître, des propensions de 
l’esprit, des tendances naturelles du caractère. 

Ainsi que nous l’avons dit à propos de l’onéiroman- 
cie, nous ne sommes pas tous aussi bien doués les 
uns que les autres pour l’interprétation. Nous mettons 
hors de doute cependant que les natures les moins 
promptes à s’impressionner, les moins observatrices, 
les plus rebelles, ne tarderont pas à déchiffrer bien 
des énigmes curieuses, en portant leurs recherches sur 
ce point. 

11^ est certain que les femmes nous sont de beaucoup 
supérieures dans cet art de l’interprétation des physio¬ 
nomies. 

Causez pendant un quart d’heure avec une femme : 
au bout de ce temps, elle vous connaîtra parfaitement et 
vous aura percé à jour : vous pourrez la fréquenter pen¬ 
dant quinze ans, vous la connaîtrez toujours imparfai¬ 
tement. 


PHYSIONOMIE 199 


l’interprétation de la 

Habituée à feindre, elle distingue mieux que nous la 
feinte de la sincérité, elle discerne avec une subtilité 
incroyable les passions et les sentiments vrais sous 
quelque voile qu’ils soient dissimulés. 

Ce fait se comprend sans beaucoup de difficulté. La 
femme, par nature, a une existence plus renfermée, plus 
réfléchie que la nôtre; en outre, son esprit, plus dégagé 
de la matière que le nôtre, lui permet une souplesse 
plus grande, un ressort plus considérable. 

Voyant moins, mais mieux, elle va toujours droit au 
but tandis que nous le dépassons souvent. « L’archer qui 
dépasse le but faulte comme celui qui ne l’atteint pas », 
dit Montaigne, et, bien souvent nous sommes moins 
maîtres que la femme de nos passions (surtout les char¬ 
nelles), apercevant moins nettement les faits sous leur 
véritable Jour, cherchant souvent des complications qui 
n’existent pas ; elle est déjà passée maître dans cet art, 
alors que nous sommes encore apprentis. 

Elle a tant de loisir de se composer elle-même, que ce 
jeu lui est familier et qu’elle perce sans difficulté de 
moindres comédiens. Elle sait si bien rendre sa physio¬ 
nomie mobile,à sa volonté et non à ses sentiments qu il 
est dans la logique des choses que nous restions au- 
dessous d’elle sous ce rapport. 

Cependant, il ne faut pas nous calomnier; lorsque 
nous sommes exempts de passions (surtout les char¬ 
nelles) ou que nous les avons domptées, nous pouvons, 
avec de l’étude et de la perspicacité, rivaliser avec la 
femme dans l’interprétation de sa physionomie et même 
la convaincre d’impuissance, mais à la condition expresse 
de nous être au préalable affranchis de toute passion. 

Mais où nous serons toujours inférieurs, c’est dans la 
comédie des sentiments où un seul des regards de la 
femme vaudra toujours plus et mieux que le plus long 
de nos discours. 


200 


PHYSIOGNOMONIE 


Aussi, dans l’état général où nous vivons, presque 
toujours sous l’empire d’un sentiment ou d’une passion 
quelconque, sauront-elles apprécier le manque d’accord 
où sont parfois nos traits et nos discours. 

Ajoutons incidemment, que le système ganglionnaire 
étant prédominant chez la femme, elle est plus instinctive 
que nous et plus près de nature. Aussi bien, dans cer¬ 
tains cas, est-elle prévenue par son instinct, avant que 
son jugement ait pu la mettre en garde. 

Ceci dit, abordons l’étude, des grandes lignes de la 
physiognomonie. 


LES RACES 

On sait, la différence proportionnelle qui existe entre 
la face et le crâne chez l’homme et ces mêmes éléments 
chez le singe. Cette différence s’accentue à mesure que 
l’on descend l’échelle animale. 

Une disproportion semblable existe entre les races 
humaines. Ces différences de physionomies marquées, si 
distinctement entre les races Wanche, jaune et noire, 
peuvent encore différencier les nations entreelles. Ainsi, 
à quelques exceptions près, on connaît la physionomie 
particulière à chaque peuple : la vivacité du Français, le 
egflme de l’Anglais, la lourdeur de l’Allemand, la fierté 
de l’Espagnol, etc.C 

A première vue, un visage épais, des yeux bleus et 
insouciants, des cheveux blonds vous signaleront un 
homme du Nord, plutôt un Hollandais, tandis qu’un œil 
noir et vif, un teint basané, des traits hardis et des 
cheveux noirs vous présenteront les caractères d’un 
homme du Midi, plutôt d’un Italien. 

‘ Voyez Verneau, les Races humâmes, introduction par A. de Quatrefaees, 
Paris, 1S91. ^ '^8 1 






Les peuples qui vivent isolés parmi d’autres nations, 
sans former d’alliances avec les étrangers, conservent 
intact le type de la race : c’est ainsi que les juifs se 
‘reconnaissent au premier abord. 11 en fut de meme 
longtemps des Suisses et des Ecossais. 

Dans chaque nation même, les habitants des diverses 
provinces ont leur physionomie propre. On ne con¬ 
fondra jamais un Breton avec un Marseillais, un Proven 
çal avec un Normand, un Picard avec un Gascon. 


Le visage d’un habitant des campagnes est encore 
différent de celui d’un citadin. Le pretnier a les traits 
durs, le teint coloré, l’expression peu mobile et mal defi¬ 
nie. Chez le second, au contraire, les traits sont mobiles, 
la peau fine, la face rougle ou pâlie sous 1 influence des 

passions. . • 

On pourrait dire, en généralisant plus que de raison, 
que tous les campagnards se ressemblent, tandis que 
chaque citadin a une physionomie particulière. 

Le calme que savent imposer à leurs muscles diffe¬ 
rents hommes se trouve par le plus grand hasard a 
deux extrémités de ce que nous nommons civilisation. 
Les diplomates et les Peaux Rouges ne laissent aper¬ 
cevoir sur leur visage aucune trace de leurs émotions. 


Si parfois quelques femmes présentent un visag 
hardi, des traits masculins, elles ont generalement des 

goûts et un caractère viril. j 

^ Quelques hommes offrent, d autre part, ‘les ffats 
effïninés, un teint pâle et doucement rose une physio- 
nLie timide peu ou point de barbe blonde, un regard 


la physiognomonie 

doux et caressant, une voix mal assurée. Ce sont pres¬ 
que toujours des femmes manquées. 

Comme signe manifeste de la différence physio^no- 
momque entre l'homme et la femme, nous savons que 
a tete delà femme est moins volumineuse que celle de 
1 homme, que le diamètre transversal est moins grand 
que le front a moins de largeur et d’élévation. En 
outre, il est en général plus uniforme, moins inégal que 
le notre. , ® ^ 

Lorsqu’on a déjà éliminé un certain nombre d’in¬ 
connues, qu’on a pu déterminer la variété de la race, 
la nation, le groupe de la nation, le milieu, le sexe 
auxquels appartient un sujet étudié, on distingue alors 
deux hommes l’un de l’autre aux traits du visage et on 
parvient, avec l’étude, à la seule inspection de la face, à 
déterminer l’âge, le tempérament, le caractère et les 
facultés de cet individu. 


Passons maintenant à l’étude détaillée du visage 
Nous ne pouvons donner ici que des indications géné¬ 
rales au sujet de l’interprétation d’une physionomie. 
C est d après l’ensemble des traits et, par une étude 
approfondie et détaillée de chacun que l’on peut arriver 
a porter un jugement précis. 


LES SIGNES TIRÉS DU FRONT 

Les signes tirés du front ne sont en quelque sorte 
que l’introduction du livre tout entier de la face, c’est 
le vestibule de ce monument. On peut chercher sur le 
front la nature et la puissance des facultés de l’esprit, 
mais le caractère et les passions y laissent peu de 
traces. 

Les animaux sont dépourvus de front, il faut venir 
jusqu’aux singes pour leur voir cet attribut ; il se dessine 
chez le nègre, et s’accentue chez les races blanches. 



visage (J-J. Granville). 







LA PHYSIOGNOMONIE 

On s’est amusé à dessiner les diverses transformations 
d’AoSon “ grenouille, pour devenir tête 

sivemint ’ , ® que ces têtes passent succes'- 

sivement par la tete d oiseau, la tête de chien, la tête 
de^singe avant d’arriver à la première tête humaine 




PlG. 74 . 
ouis XIV. 


Sans aller si loin, et sans choquer en quoique ce 
soit des opinions politiques, nous signalerons un fait 
analogue qui resuite de la comparaison des profils 
et 76)'^^^ ^ 7 ^’ 75 ’ 



l’indL H î r,r sera donc 

"^tefiigence, d’un jugement sûr, d’une grande 
puissance d attention ou d’une imagination fertile 



LES SIGNES TIRÉS DU FRONT 


205 


(fi2. 77).. surtout s’il-est droit, c’est-à-dire presque per¬ 
pendiculaire au plan de la tête (fig. 78 et 79). 

Au contraire, un front étroit et bas (fig. 80) rappro¬ 
che le sujet des races inférieures, laisse présager un 
homme de peu d’imagination, aux instincts plus ani¬ 
maux qu’humains, sans jugement, surtout si le front 
est fuyant. 


F,O. 79. - Un penseur. 



Mais ces deux catégories sont les termes extrêmes 
des caractères fournis par les fronts humains et, entre 
ces deux formes générales, s’insèrent une infinité de 
variétés moyennes. . . , 

Si le front va en s’élargissant, c’est-à-dire s’il est large et 
bombé vers les deux angles qui, de chaque côté, se per¬ 
dent sous les cheveux, c’est un signe d’imagination, c est 
un front qui convient aux grands peintres, aux grands 
littérateurs, c’est l’insigne du génie. 

Les hommes, dont les facultés les portent vivement 
aux études sérieuses, dont le jugement est sam et dont 
l’esprit synthétique cherche l’essence des choses, c est- 
à-dire s’élève du particulier au général, ceux-là ont un 
front élevé, bombé par le milieu. ^ 

Si, au contraire, le front prend la forme d une pyra¬ 
mide renversée, c’est-à-dire s’il est étroit au-dessus des 
sourcils et s’il va en s’élargissant sur les tempes, c est un 
signe de ruse, de finesse et même de fourberie. 

Les satiriques, les frondeurs sont caractérisés par deux 
bosses plus ou moins saillantes, placées au-dessus des 


2o6 


PHYSIOGNOMONIE 


sourcils : les hommes francs, fermés et même de noble 
caractère, mais sans imagination et sans finesse, se font 
remarquer par un front élevé, presque droit, mais peu 
large. 

Les astronomes, les tacticiens et en général les savants 
qui sont portés vers l’étude des mathématiques Se distin¬ 
guent par la saillie du sourcil en dehors des tempes et 
par le développement parfois anormal de leur front 
(voy. fig. 111 et 112). ■ 

Au contraire, les gens à front étroit et bas sont tou¬ 
jours des hommes ordinaires, ils peuvent posséder des 
qualités morales très nombreuses, être bons et braves, 
généreux même, mais ils sont mal doués au point de 
vue des facultés intellectuelles. Ces gens, peu entraînés 
par la magie de l’imagination, ennemie de la réalisation, 
réussissent généralement dans la vie pratique à acquérir 
une position enviable. 

Mais les hommes vils et bas, les criminels ont pres¬ 
que toujours un front bas, étroit et fuyant en arrière; ce 
qui les rapproche des animaux, dont ils ont les instincts 
brutaux. 

Lesaristocratesdu crime sont cependant des gens dont 
le front dénote une intelligence plus qu’ordinaire, mais 
s’ils sont intelligents il y a tel autre indice de leurignomi- 
nie, qui peut les signaler à l’oeil vigilant de l’observateur. 

L’inspection de la peau qui 'couvre le front peut en¬ 
core nous donner quelques indices. 

Si elle est lisse et tendue sur un front plat, c’est 
sûrement la tête d’un homme léger et superficiel, d’un 
caractère peu profond et sans souci. 

Les rides horizontales et parallèles, rapprochées des 
sourcils, indiquent un homme d’une grande puissance 
d’attention et de réflexion ; si, au contraire, elles sont plus 
proches des cheveux que des sourcils, c’est l’indice d’un 
caractère fier et dédaigneux. Des rides profondes sillon- 



LES SIGNES TIRÉS DES SOURCILS 20 '] 

nant le front sur lequel la peau forme des plis épais pré- , ' 
sagent un esprit faible ou paresseux. 

Si les rides, au lieu d’être parallèles, se croisent en 
tous sens, ce ne peut être que sur le front d’un fou ou 
tout au moins d’un original. 

Un homme sérieux et réfléchi, un penseur profond 
peut présenter sur le front des rides perpendiculaires à 
la racine du nez (voy. fig. 112). Parfois, cependant, 
lorsque d’autres signes mauvais se joignent à celui-là, 
c’est parfois l’indice d’un caractère vindicatif et haineux. 


LES SIGNES TIRÉS DES SOURCILS 

Les sourcils étant parfois peignés, lissés, on ne peut 
en tirer que quelques présages de peu de valeur ; de 
plus, ils fournissent peu de signes concernant les facultés 
de l’esprit. 



cil forme une saillie très accentuée au-dessus de l’œil. 
C’est aussi, lorsque d’autres signes viennent corroborer 



PHYSIOGNOMONIE 


zp8 

cette interprétation, l’indice d’un entêtement raisonné et 
tenace (fig. 82). 

D’une façon générale, les sourcils épais sont un signe 
de force (fig. 81) ou même d’entêtement (fig. 82) ; à 
peine marqués ou dégarnis, de pusillanimité ou de 
faiblesse. 

Les sourcils plats, écartés, sont un indice de peu d’in¬ 
telligence, tandis qu’un esprit puissant les présentera, 
au contraire, rapprochés et saillants. 

La disposition habituelle des sourcils peut encore 
guider ; lorsqu’ils sont abaissés, c’est sous l’influence de 
mauvaises passions (fig. 81); s’ils s’élèvent au contraire, 
c’est pour la bienveillance et la joie (fig. 85 et 86). 

les signes tirés des yeux 

Un des signes les plus caractéristiques de la physio¬ 
nomie se rencontre dans les yeux. Ce sont eux qui, dans 
la plupart des cas, guideront notre interprétation. 

Tout d’abord, nous avons à considérer deux classes 
d’individus : ceux qui montrent leurs yeux et ceux qui 
les cachent. 

Dans le premier cas, s’il n’y a pas effronterie, c’est 
une bonne et franche nature (fig. 87) ou tout au rrioins 
un esprit énergique qui anime ces gens-là. 

Dans le second cas, si la personne a les yeux petits et 
perçants, elle est dissimulée et portée à feindre. Si elle 
fuit le regard, sa conscience n’est pas tranquille, elle 
craint qu’on ne devine ses secrets. On a remarqué que 
les gens qui avaient passé un certain temps en prison 
conservaient toute leur vie, de leur incarcération, l’habi¬ 
tude de ioüiouxs faucher de la vue, c’est-à-dire d’observer 
à la dérobée et de ne jamais oser regarder en face. 
D’une façon générale, on doit toujours se méfier d’un 
homme qui ne peut supporter votre regard, du mo- 





ment qu’il n’est ni sévère ni inquisiteur, car il y a des 
timides qui vous regarderont en face tant que votre 
regard sera doux, mais que la crainte oblige à détourner 
les yeux ; avant de porter un jugement, il convient 
donc de savoir à quoi s’en tenir sur la nature du sujet 
que l’on soumet à l’examen, ce qui peut se faire par 
mille moyens. 

La forme de l’œil importe peu, cependant, il y a quel- 
i)ues remarques intéressantes à consigner sur ce sujet 
(fig. Syàqq). 


Les paupières épaisses et à demi fermées dénotent un 
esprit lent ou dissimulé (fig. 92) ; au contraire, des yeux 
trop ouverts, qui laissent apercevoir le blanc autour de 


la prunelle indiquent un homme bizarre pouvant aller 
jusqu’à la folie. 11 y a place, entre ces deux extrêmes, 
pour un grand nombre de variétés. 

D’une façon générale, les petits yeux tout ronds 
(fig. 93) sont caractéristiquesde la finesse et de la viva¬ 
cité d’esprit, tandis que les yeux fendus sont l’indice de 
la douceur et de la sensibilité. 

Nous avons vu^ que les yeux à fleur de tête, c’est- 
, à-dire dont le globe est plus ou moins saillant, provien¬ 
nent du développement plus ou moins grand de la 
'portion du3:erveau qui est,placée derrière lui. Ils senties 
incÜGes'd’une grande aptitude à l’étude des langues. 

Généralement aux yeux bruns appartiennent les qua¬ 
lités fortes, le génie, tandis que les yeux de couleur 
claire présentent des personnes douces, timides, peu 
réfléchies, mais spirituelles. 

Jusqu’à présent, nous n’avons vu que les remarques 
de détail, le vrai signe physionomique est dans l’expres¬ 
sion des yeux. 

Les yeux sont, de toute la face, les signes les plus varia¬ 
bles dans un temps très court : une émotion et ils ont 
changé, mais, malgré cette apparente variation, ils con¬ 
servent un caractère propre à chaque individu. 

Un œil qui change à toute minute d’expression est 
celui d’une personne susceptible ou très imaginative 
(fig- 93)1 tandis que le regard terne et sans expression 
est celui d’un idiot. Ce sont les extrêmes. 

Si une excessive mobilité indique une tête dérangée 
ou malade, un œil peu mobile annonce un esprit lourd 
et brutal. 

Les yeux d’un homme d’esprit prennent à tout mo¬ 
ment l’expression convenable et un observateur habile 
peut lire d’avance le trait qui va saillir, la riposte qui va 

1 Chapitre iii, Phrénologie, page 190. 



LES SIGNES TIRÉS DU NEZ 211 

jaillir de ses lèvres, tout est clairement dépeint dans ses 
yeux, l’image de sa pensée. 

Les paupières à demi fermées sur des yeux langou¬ 
reux, brillants et humides, ne laissent aucun doute sur 
l’indice d’un tempérament voluptueux et d’un désir 
inassouvi. 

Toutle monde est à même de juger un regard hardi ou 
soumis, effronté ou modeste, impétueux, menaçant ou 
rapace (fig 90, 91 et 94), haineux, bienveillant, etc., 
et ce présage est l’indice le plus sûr du caractère général. 

Ce qui donne aux aveugles cette indécision de mou¬ 
vement et de caractère, c’est l’absence de lumière, elle 
influe sur leur caractère et leur donne souvent une figure 
disgracieuse.. 

Si l’on peut lire dans les yeux les détails du caractère 
d’un individu, à plus forte raison y verra-t-on les senti¬ 
ments et les passions. Tous les cours de dessin ensei¬ 
gnent les diverses marques de physionomie à tirer du 
courage, du désir, de la colère, qui les animent, de la 
tristesse qui les noie, de la frayeur qui les tient ouverts 
et sans expression. 

Les mêmes yeux, observés pendant longtemps, laissent 
apercevoir les mille sensations de l’être, qui se sont 
reflétées dans ce miroir de l’âme. 


LES SIGNES TIRÉS DU NEZ 

Au premier abord, on pourrait croire que le nez est 
un élément négligeable. Point du tout. Pour deux rai¬ 
sons, d’abord parce qu’un être dissimulé ne pensera 
pas à déguiser son nez, ensuite parce que le nez sans 
participer, en quelque sorte, à la vie du visage fournit 
des renseignements plus sûrs au sujet de 1 inclinaison 
de l’esprit, de l’énergie et du tempérament. En un mot. 


il est l’indice des penchants naturels, avant que les mo¬ 
difications de l’éducation l’aient falsifié. 

Le nez grec a été accepté par tous les statuaires de 
l’antiquité comme le type du nez des dieux et des héros. 
J Généralement, un grand nez est un indice de goûts 
/ élevés, ambitieux; mais il n’est bon, grand ou spirituel, 
\ que s’il présente des courbures douces, sans brusques 
ressauts, des ondulations légères ou des entaillés plus ou 
N moins marquées. 

j Si le nez n’est pas précédé d’un espèce d’enfoncement, 
/ a moins qu’il ne soit fortement recourbé, il est le présage 
d’un caractère bas et de peu de noblesse. 





Surmonté d’un front proéminent, un grand nez, pré¬ 
cédé d’une échancrure, est un signe de ferme volonté de 
soumettre tous les obstacles, d’énergie et de persévérance 
mais non de prudence (fig. 98). 

Si le nez se trouve, presque de niveau avec les yeux, il 
n’y a pas à hésiter, le sujet est d’esprit faible, de peu de 
sens et de peu d’énergie. 

. Le nez aquilin est le signe de l’ambition ; il est gé¬ 
néralement accompagné d’une barbe noire épaisse et 
d’yeux bruns. 




LES SIGNES TIRES 1 


Un grand nombre d’ambitieux, de politiques, de 
littérateurs, de poètes, se sont fait remarquer par leur nez 
aux grandes dimensions: Cyrus, Constantin, Machiavel, 
Cyrano de Bergerac, dont le nez fut légendaire. Louis XI, 
Schiller, Cuvier et presque tous les écrivains huxTii** siècle 
étalent bien doués sous ce rapport. ■ 

Si le nez se trouve directement continu avec le front, 
c'est indice de sentiments bas et de grande vanité, avec' 
toutes les conséquences que les deux vices alliés peuvent 
produire (fig. 96). ’ • 

Une vive sensibilité, l’imagination, l’enthousiasme et 
parfois la finesse, l’habileté et même la ruse se rencon¬ 
trent chez les gens à nez moyens et effilés. , 

Un nez épais, court, ramassé, pâle, boursouflé, allié! 
a des yeux bleus, à de grosses lèvres, à des cheveux 
blonds et à une barbe rare, est l’indice de peu d’énergie,-’, 
de peu de constance, de peu de jugement. 

Si le nez penche vers la bouche, on en conclut la sen¬ 
sualité, et si la cloison mitoyenne les dépasse sensible¬ 
ment, c’est signe d’égoïsme (fig. 95). 

Les nez colères sont courts, subitement arrondis, par¬ 
fois un peu retroussés avec des sourcils épais et en dé¬ 
sordre. 

Les nez jaloux, opiniâtres, quoique peu sagaces, ont 
la racine enfoncée et le bout gros et retroussé (fig. 97)- 
Ce caractère de retroussé est également, lorsqu’il s’ac¬ 
corde avec les autres signes, la caractéristique d’un 
caractère sensuel (fig. 97). Si au contraire il est allié à de 
petits yeux et des sourcils saillants, c’est un homme 
hostile, gratuitement méchant, aimant les procès, les 
railleries sanglantes. 


214 LA PHYSIOGNOMONIE 

LES SIGNES TIRÉS DE LA BOUCHE, DES LEVRES 
DU MENTON ET DES JOUES. 

La bouche à elle seule exprime, par son plissement 
caractéristique, le bonheur dans le sourire, le malheur 
dans les larmes (fig. 99 et 110). 

Une bouche de belle apparence, régulière, peut se ren¬ 
contrer chez des types absolument différents, mais elle 
qualifiera ces types dans le sens de la bonté (fig. 107), 
de la noblesse, de la grandeur, de l’absence des passions 
ou d’une volonté suffisante pour les dompter. 

Un signe de méchanceté (fig. 106) et de bassesse est 
indiqué par une bouche irrégulière. 

Un homme aux passions violentes et désordonnées 
(fig. 102) a généralement une bouche en harmonie avec 
ces sentiments. 

Le courage et l’énergie se retrouvent dans la proémi¬ 
nence de la lèvre supérieure (fig. 100) ; on les découvre 
encore dans ces bouches pincées et plissées des gens 
ambitieux (fig. 105). La première est noble et désinté¬ 
ressée ; la seconde, plus tenace et plus personnelle. 
L’indécision (fig. 104} se lit par contre sur une bouche 
aux formes indécises et molles. 

Les lèvres minces, étroites et pincées peuvent appar¬ 
tenir à un homme de grand esprit, mais il sera rare¬ 
ment bon (fig. 106): c’est quelquefois signe d’égoïsme 
lorsque la bouche est comme rentrée sur elle-même 
(fig. roi), d’astuce ou tout au moins de finesse. 

La lèvre supérieure relevée indique le dédain et l’or¬ 
gueil (fig. 103), tandis que le relèvement de la lèvre 
inférieure est un indice d’irritabilité (fig. 110). 

Les lèvres pleines et rouges, au. contraire, sont re¬ 
gardées comme un signe de propension aux plaisirs 
charnels. 

Les gens faibles, indécis et timides ont la lèvre supé- 




2i6 la physiognomonie 

rieure comme tuméfiée (fig. 104), les audacieux, dans 
le mauvais sens du mot les orgueilleux, les dédaigneux, 
les convaincus de leur force ont au contraire la lèvre 
inférieure proéminente (fig. 105 et 110); si elle devient 
pendante, c’est faiblesse ou insouciance. 

La bouche béante aux lèvres grosses et toujours écar¬ 
tées est l’indice de lourdeur d’esprit, grossièreté de 
mœurs (fig. 99). 

Du rire bruyant (fig. 109) au sourire à peine esquissé 
il y a place pour une infinité de manifestations joyeuses. 
On peut juger par la façon de rire d’un individu de ses 
qualités intimes. S’il rit fort, c’est la manifestation du 
contentement des organes, de la joie matérielle. S’il 
sourit, c’est alors la satisfaction d’un plaisir intellectuel, 
d’une joie de l’esprit. 

Le menton est en quelque sorte la suite de la bouche : 

Lorsqu’il est plus avancé, c’est un signe de force et 
d’énergie. Les figures 111 et 112; que nous avons déjà 
étudiées à divers points de vue physiognomoniques, sont 
tellement caractérisées par le front et surtout par le men¬ 
ton que nous n’hésitons pas à les placer ici. 

Le menton dit galoche est l’indice d’un penchant à la 
malice chez un esprit fin et délié. Si au contraire il est 
comme retiré en arrière, c’est un signe de douceur et 
d’amour de la tranquillité. 

Si le menton, même avançant, est charnu et dispro¬ 
portionné, il est le signe d’une intelligence épaisse et 
lourde ou d’instincts charnels. 

Remarquons, en passant, que ce sont les joues qui 
donnent généralement une forme plus ou moins régu¬ 
lière au visage. Aussi bien peut-on constater facilement 
une caractéristique intéressante à ce sujet. Les races 
supérieures (fig. 113) ont les joues plus ou moins pleines, 
mais rondes, les pommettes peu saillantes et les con¬ 
tours réguliers, tandis que les races inférieures (fig. 114) 







2*0 LA PHYSIOGNOMONIE 

ont au contiairedes lignes tourmentées, les pommettes 
saillantes, les tempes, les joues, le menton proérninents. 


SIGNES TIRÉS DE L’ENSEMBLE DES TRAITS 


Maintenant que nous avons vu en détail les caractères 
propres à chaque trait du visage, il nous reste à étudier 
les signes tirés de l’ensemble des traits. 

Du reste, nous ne pouvons qu’indiquer les principes 
de cette science; à chacun appartiendra de faire des 
observations, des remarques et de déduire de ses travaux 
des conclusions pratiques. 

Un vaste crâne donne à la figure petite un aspect spi¬ 
rituel. G est généralement l’apanage des artistes, des 
savants. 

Au contraire, un petit crâne et une large face donnent 
à la physionomie un aspect déséquilibré : c’est signe 
d’instincts grossiers 

Des caractères généraux doivent encore servir à por¬ 
ter un pronostic sur un sujet ; ils sont indiqués avec 
la plus grande simplicité dans les figures 115 à 124. 

Le visage plein, d’un ovale régulier, frais et coloré 
appai tient à un homme ami du plaisir, peu passionné, 
capable de bonnes actions, mais bien mal armé pour 
entreprendre de grandes choses. Cependant ces carac¬ 
tères peuvent êtres modifiés par d’autres signes qui 
complètent ou combattent le résultat de l’examen du 
visage. 


Les hommes spirituels et fins, aux passions énergiques 
et qui préfèrent les plaisirs de l’esprit aux plaisirs des 
sens sont généralement de visage allongé et ovale, aux 
joues creuses, au teint pâle et brun (fig. 111). 

Les traits délicats et peu prononcés donnent la fai¬ 
blesse et la douceur tandis que les traits mâles indiquent 
un caractère, sinon supérieur, tout au moins intéressant. 




SIGNES TIRÉS DE l’eNSEMBLE DES TRAITS 219 

On doit tenir compte de la mobilité des traits. Un 
visage impassible appartient à un idiot ou à un diplo¬ 
mate. A moins que, absorbé dans une contemplation, le 
sujet ne s’abstraie de ce qui l’entoure. Les hommes su¬ 
perficiels, au contraire, ont une grande mobilité de 
traits. 



Cette mobilité a été très bien représentée par notre 
grand artiste Granville, dans les figures 125 à 134, qui 
commencent comme un petit drame, et qui finissent 
comme une comédie, par un éclat de rire. 








SIGNES TIRÉS- DE LA DÉMARCHE 221 

. En général, les hommes sages parlent peu, tandis que 
les hommes d'un caractère léger, babillent sans cesse. 

Si, par des indices quelconques, vous vous apercevez 
qu’un individu dont la physionomie est impassible, 
compose son visage, s’en méfier et l’attribuer, à moins 
que ce ne soit le résultat d’une infirmité, à la feinte et à 
la dissimulation. 

Les difformités du corps humain, on le conçoit, peu¬ 
vent avoir une grande influence sur l’esprit des indivi¬ 
dus. 


LES SIGNES TIRÉS DE LA DÉMARCHE 

Nous devons compléter ce trop court aperçu par l’étude 
de la démarche qui, dans le genre de recherches que 
nous poursuivons, a bien son importance. 

D’une façon générale, une démarche résolue (fig. 135), 
sans affectation, dénote un hommejeune et énergique. 
S’il frappe des talons en marchant, c’est signe d’amour 
de la domination. Si, au contraire, il glisse le pied, c’est 
une preuve de dissimulation. 11 y a des hommes qui 
rampent en marchant, tandis que d’autres semblent 
vouloir écraser le sol. 

La démarche irrésolue que nous avons figuré sous le 
numéro 136 est celle du bon employé des contributions, 
esprit étroit et craintif, pusillanime par raison. On peut 
en rapprocher le type de la figure 137, pédagogue et 
pédant, toujours guindé dans sa petite cervelle comme 
dans sa petite redingote. La démarche de la figure 138 
indique assez un malade dont les jambes sont peu sures 
ou, en tout cas, un individu qui a peur de tout. 

Les deux dernières figiires (139 et 140) sont carac¬ 
téristiques. L’une dénote bien le parvenu, 1 enrichi, le 
gros marchand bête, qui considère les humbles comme 
des malhonnêtes. Quant au jeune débauché que repré- 


222 


LA PHYSIOGNOMONLE 

sente la figure 140, nous avons choisi un type un peu 
perdu — celui du prodigue. Il date de 1830 celui-là, 



c’est un lion et non un gommeux parce que celui-ci, plus 
ou moins boursicotier, provenant de race douteuse, le 
cerveau creux et les muscles atrophiées ne peut plus être 




CRYPTOGRAPHIE 


223 

prodigue : il lui faudrait des nerfs et du sang qu’il n’a pas. 
Cet anthropomorphe est anglomane et par conséquent 
bête, il se dilate aux refrains de Paulus, mais, en revan¬ 
che il joue aux courses et au poker. 11 ne vaut pas la 
peine d’être étudié. 


CHAPITRE V 
LA CRYPTOGRAPHIE 


La cryptographie ne semble pas, à première vue, de¬ 
voir rentrer dans le cadre des sciences occultes. Si l’on 
veut cependant réfléchir à la signification de ce mot, on 
se rendra compte aisément de l’analogie qui existe entre 
cette étude et celles que nous avons faites jusqu’à ce 
moment. 

« La parole a été donnée à l’homme pour déguiser 
sa pensée, » il a donc été de tout temps de la plus 
grande nécessité pour lui de recouvrir les communica¬ 
tions, qu’il pouvait avoir à faire à un correspondant, 
d’un mystère profond, afin que ses avis fussent tenus 
secrets et ses desseins impénétrables. 

Dans une étude telle que celle que nous nous propo¬ 
sons de faire, on comprend que nous ne puissions entrer 
dans les détails d’un certain nombre de procédés. Aussi 
bien, quelques-uns d’entre eux sont tellement fantai¬ 
sistes qu'il vaut mieux n’en rien dire, bien que ce soit 
dans cette catégorie que l’on doivé classer ces systèmes 
dont la plupart des inventeurs sont malheureusement si 
prodigues. 



224 


LA CRYPTOGRAPHIE 


Il existe un grand nombre d’excellentes méthodes 
cryptographiques, cel a est vrai, mais on n’a pas encore 
trouvé de système simple et rapide, n’employant qu’un 
nombre restreint de chiffres, offrant un secret absolu 
ou ne reposant pas sur des appareils dont quelques 
indiscrets peuvent s’emparer. C’est cependant là le 
desideratum de tout système cryptographique. 

La cryptographie secret, yp&^fsiv, écrire) est la 

science, des écritures secrètes, c’est donc bien une science 
occulte qui nécessite entre chaque correspondant une 
initiation préalable*. 


UTILITÉ DES ÉCRITURES SECRÈTES 

Un attrait puissant a toujours porté l’esprit des hom¬ 
mes vers les choses cachées. Les religions, à toutes les 
époques, se sont entourées de mystère ; les oracles et les 

I On a appelé aussi cette science stéganographie ou polygraphie, mots dont 
l’étymologie est facile à trouver. 

Nous croyons utile de faire connaître les termes spéciaux employés en 
cryptographie : 

■Texte clair, mots en clair, langage clair sont les parties de la correspon¬ 
dance qui conservent leur signification. 

Le langage secret comprend le langage convenu, qui n’est qu’une modifica¬ 
tion convenue dans le sens des mots et le langage chiffré dans lequel on em¬ 
ploie des signes conventionnels, lettres, chiffres, pour représenter les signes 
du texte clair. 

La clef est la base convenue du système. Les systèmes comportent des 
clefs simples ou multiples. 

Chaque signe cryptographique ' est appelé chiffre. Chiffrer une dépêche, 
c’est transformer le langage clair en langage secret. 

Le cryptogramme est l’écrit secret, le cryptographe, celui qui écrit ou dé¬ 
chiffre une dépêche. 

La transmission par le télégraphe des dépêches chiffrées a modifié les sys¬ 
tèmes connus ; il est difficile, dans les communications de ce genre, d’em¬ 
ployer concurremment les lettres et'les chiffres, d’où l’usage des dictionnaires 
chiffrés dont nous parlerons plus loin. Une convention internationale a fixé, 
à la date du 14 janvier 1872, les règles des échanges de dépêches chiffrées 
(Voir JossE, La Cryptographie et ses applications à l'art militaire, Baudoin). 


HISTORIQ.UE DE LA CRYPTOGRAPHIE 225 

prophètes ont toujours parlé d’une façon énigmatique, 
ce qui nous permet de dire que les principes de la crypto¬ 
graphie ont précédé l’écriture proprement dite. En tout 
cas, il est permis d'affirmer que, créée à l’origine du 
sociétés, elle s’est développée avec elles. 

La cryptographie religieuse est née la première du 
besoin que les castes dirigeantes avaient de cacher cer¬ 
tains souvenirs ou certaines connaissances, pour les ex¬ 
ploiter au bénéfice de leur influence. 

La guerre ne tarda pas à nécessiter des communica¬ 
tions secrètes entre les généraux et leurs lieutenants. 

La politique, à toutes les époques, réclama des sys¬ 
tèmes cryptographiques multiples, qu’elle employa pour 
assurer le secret de ses combinaisons. 

Les conspirateurs de tous genres durent aussi^ s’en 
servir : le langage des fleurs, en Orient, le jeu de l’éven¬ 
tail, en Espagne, sont de véritables signes cryptogra¬ 
phiques. 

Enfin, dans les nations civilisées, le commerce et la 
banque eurent besoin de signes particuliers pour faciliter 
les opérations de leurs échanges. 

Vigenère, un des fondateurs de la cryptographie mo¬ 
derne, s’exprime ainsi, au sujet de son art : « Les hom¬ 
mes de tout temps ont esfé curieux de se tracer, chacun 
pour soy, quelques notes secrètes pour se recéler de la 
cognoiffance des autres, comme les marchands en leurs 
marques et papiers de compte ; les médecins en leurs 
pieds de mouches ; les jurisconsultes en leurs paragra¬ 
phes. » 


HISTORiaUE DE LA CRYPTOGRAPHIE 

Avant de passer à l'étude des procédés de la crypto¬ 
graphie, nous croyons intéressant de donner un histori¬ 
que rapide de cette science, jusqu’ici peu connue. 


226 


CRYPTOGRAPHIE 


Nous devons commencer par rappeler les signes dont 
l’antiquité fit usage pour énoncer des préceptes ou des 
leçons. 

Les hiéroglyphes tiennent le premier rang parmi ces 
symboles : l’écriture égyptienne présentait trois formes 
différentes : l’écriture populaire ou démotique; l’écriture 
sacerdotale ou hiératique, et enfin la troisième, composée 
de signes, pour la plupart idéographiques, et connue 
sous le nom de hiéroglyphique. Cette dernière était, 
d’après les faibles connaissances que nous pouvons avoir 
acquises, un système cryptographique, dont le sens 
échappait au vulgaire et dont les linguistes modernes 
s’efforcent de rechercher la clef. 

Les-moyens cryptographiques qui ontété employés pâl¬ 
ies peuples primitifs forment un ensemble d’idées ingé¬ 
nieuses, mais inapplicables à notre époque. 

Hérodote nous a conservé quelques-uns des procé- , 
dés employés par certains personnages de l’antiquité 
pour dérober aux autres le secret de leur correspon¬ 
dance. 

Le premier et le plus ancien consistait à raser la tête 
d’un esclave et à marquer sur la peau nue de son crâne 
quelques mots significatifs, on laissait aux cheveux le 
temps de repousser et on envoyait cette missive vivante 
à son correspondant. 

On connaît la ruse d’Harpage qui, voulant faire passer 
un avis important à Cyrus, imagina d’ouvrir un lièvre, 
de renfermer une lettre dans les intestins de l’animal et 
d envoyer ce présent à Cyrus, en lui recommandant de 
l’ouvrir sans témoins. 

Ce sont parfois des missives placées dans les semelles 
du messager, des cordes nouées de diverses façons, des 
boutons dans les trous desquels on a fait passer un fil 
suivant des conventions déterminées à l’avance. 

Les Grecs employaient la scytale, pour correspondre 


histoire de la cryptographie 227 

secrètement. C’était un bâton rond, sur lequel on en¬ 
roulait en hélice une bande de parchemin, on écrivait 
la dépêche à transmettre dans le sens de la longueur, et on 
déroulait le parchemin qu’on envoyait au correspondant; 
celui-ci, muni d’un bâton de semblable diamètre, en¬ 
roulait le parchemin sans laisser d’espace et lisait la 
communication sans difficulté. Le déchiffrement de 
lascytale, est-il besoin de le dire, ne présentait que peu 
d’obstacle au curieux. 

On a proposé un procédé analogue, dans lequel un ni 
remplaçait le parchemin, mais ce système est rien 
moins que pratique. 

Une idée ingénieuse, qui nous est rapportée par 
Hérodote, trouve sa place ici ; Un Grec, du nom de 
Démocrate, voulant faire tenir à ses compatriotes un 
avis du plus haut intérêt, trouva le moyen suivant : il 
enleva la cire de ses tablettes, écrivit sur le bois 1 avis 
qu’il voulait transmettre, puis remit de la cire par dessus 
les lettres. L’esclave de Démocrate, porteur de ce singulier 
message, l’ayant remis aux Lacédémoniens, ceux-ci ne 
surent que conjecturer d’un pareil envoi, mais Gorgo, 
femme de Léonidas, imagina de faire fondre la cire et fit 
ainsi connaître la dépêche, qui fut immédiatement en¬ 
voyée au reste des Grecs. . 

Au moyen âge, les savants furent souvent obliges de 
cacher sous un langage mystérieux les découvertes dont 
ils avaient doté la science; les astrologues et jes alchi¬ 
mistes, les uns par prudence, pour éviter le bûcher des 
sorciers, les autres pour augmenter leur influence sur 
leurs contemporains, avaient recours à une écriture indé¬ 
chiffrable. . , 

A l’époque de la Renaissance, les intrigues diploma¬ 
tiques nécessitèrent des procédés nouveaux. 

Déjà, vers le ix= siècle, l’archevêque de Mayence, Raban 
Maur, avait fait connaître la clef d’un système employé 


228 


LA CRYPTOGRAPHI 


par les bénédictins. Ces essais, qui nous semblent pué¬ 
rils, étaient cependant un premier pas fait dans la voie du 
progrès, c’est à ce titre que nous les indiquons. 

On remplaçait les voyelles par des points, de la façon 
suivante : i point désigne f ; 2, a; 3, e, 4, o; 5, «• de 
sorte que pour écrire, comme il V'mâiqm (Incipit versus 
Bonifacii archi), on devait mettre .nc.p.tv. rs:.-. s 
B : : n. f ; c. .: rch., etc. Ce procédé ne saurait tromper 
que les gens grossiers et illettrés. 

Un second système, indiqué par le même personnage, 
consiste à substituer à chaque voyelle la lettre suivante. 
Toutefois les consonnes bfhpx, qui, dans ce système 
tiennent lieu de voyelles, conservent leur valeur en tant 
que consonnes. Cette méthode de substitution est très 
ancienne, Jules César l’employa et lui donna son nom, 
bien qu’elle fût déjà connue avant qu’il ne s’en servît. 
Elle consiste à intervertir l’ordre des lettres de l’alphabet 
d’une façon convenue, en le faisant commencer par la 2', 
la 3% etc., à volonté. Si on veut communiquer ; ‘Partes;^ 
sans retard, avec la convention de remplacer chacune des 
lettres de la phrase par la lettre suivante de l’alphabet 
normal, on écrira : qbsufa tbot sfubse, cryptogramme 
dont on peut séparer les lettres en groupe de façon à 
dérouter les investigations des curieux : qbs-ufa-tbo-tsf- 
ubs-e. 

Un peu d’habitude fait apercevoir le peu de sécurité 
qu’offre un pareil cryptogramme. 

Certains auteurs attribuent à Trithème l’honneur 
d’avoir écrit le premier traité sur la cryptographie. On 
connaît, en effet, de cet auteur, deux ouvrages : le pre¬ 
mier est sa Polygraphie, traduite et publiée par Gabriel de 
Collange; le deuxième sa Stéganographie. Dans le pre¬ 
mier traité, il cherche seulement à écrire un même 
mot de différentes façons ; dans le deuxième, il Indique 
trois cent soixante-seize alphabets comprenant vingt- 


HISTOR1Q.UE DE LA CRYPTOGRAPHIE 229 

quatre lettres; en face de chacune est un mot qui ser¬ 
vira à la représenter de la façon suivante ; 
a. Jésus. . . • L’amour. . . Fragiles. . . Europe. 

b Dieu. ... La dilection. . Misérables. . Candie. 

c. Le Sauveur. . La charifé. . Ingrats . . Hongrie. 

d. Le Modérateur. La révérence. Ignorants. . . Pannonie. ; 

e. Le Pasteur. . L’obéissance.. Iniques. . . Pologne. 

Soit à écrire le mot abbé, on prendra la première let¬ 
tre dans le premier alphabet, la deuxième dans le se¬ 
cond, etc... On trouvera ainsi : Jésus, la dilection, misé¬ 
rables, Pologne. On conçoit combience système était peu 
pratique, mais on reste étonné en songeant au temps 
qu’il a fallu à Trithème pour composer ses nombreux 
alphabets. Un Ave Maria de cet auteur, malheureuse¬ 
ment trop long à transcrire, est basé sur le même prin¬ 
cipe et donne comme traduction du mot Pater, par 

exemple : « sublime-Marie-éclatante-de-justice-lapaix-de 

joie. » Ce procédé serait certainement sûr, étant donné 
que les deux correspondants seuls auraient des alpha¬ 
bets semblables. Malheureusement, il faut plusieurs 
pages pour communiquer quelques mots seulement. 

Pour la méthode de déchiffrement, elle est simple. Si 
chacun des correspondants a un alphabet semblable, 
celui qui reçoit une dépêche cherche à quel mot de la 
dépêche correspondent les lettres de l’alphabet. 

Entre autres systèmes, Trithème indique celui dans 
lequel les lettres sont placées dans un ordre confus. 



a b c d e f g h i k l m n O P q r s t U V xy X 

opqristbi^exrcu b ydgeknmlf 

La lettre placée dans la deuxième ligne doit être sub¬ 
stituée à la première qui entre dans 1 avis à chiffrer. 
Ainsi : Prends garde devient hdicrgtodri. 




LA CRYPTOGRAPHIE 


230 

Nous aurons occasion d’étudier particulièrement les 
systèmes de Porta et de Biaise de Vigenère qui, au 
XVI' siècle, indiquèrent les véritables principes de la 
cryptographie. 

C’est à cette époque que les Espagnols, voulant cor¬ 
respondre dans toutes les régions de leurs immenses 
possessions, éprouvèrent le besoin de composer un 
chiffre qui variait de temps en temps pour en assurer la 
sécurité. Quelques-unes de leurs dépêches ayant été in¬ 
terceptées, Henri IV s’en remit à l’illustre géomètre 
Viête, du soin d’en découvrir la clef. Celui-ci y réussit 
et prouva que le chiffre était composé de cinquante 
signes dont il indiqua les variations. Cette découverte 
déconcerta tellement les Espagnols qu’ils citèrent Viète 
devant le tribunal de Rome en l’accusant de sorcellerie. 
Heureusement pour lui qu’un monarque puissant le 
soutenait et que l’accusation tomba d’elle-même. 

Au temps de Richelieu, les intrigues politiques don¬ 
nèrent un nouvel élan à la cryptographie, qui devint une 
science d’Etat et dont les procèdes raffinés se sont per¬ 
pétués jusqu’à nos jours. 

Ce serait une erreur de croire que les systèmes, en 
usage aujourd’hui, sont absolument indéchiffrables ; 
cependant, si l’on veut lire cette étude jusqu’à la conclu¬ 
sion, on pourra voir combien l’esprit humain a trouve 
de détours dans sa subtilité pour dérober les secrets de la 
politique ou des affaires. 

SYSTÈMES PAR SUBSTITUTION SIMPLE 

Nous repoussons les méthodes dans lesquelles on est 
obligé d’ajouter un grand nombre de lettres nulles, inu¬ 
tiles, par conséquent, ou d’employer des mots entiers 
pour représenter une lettre du texte clair. 

C’est dans cejte classe que doit être rangé le système 


SYSTÈMES PAR substitution SIMPLE 231 . 

qui consiste à ajouter à chaque syllabe une ou deux 
lettres nulles et qui donne pour le mot lettre, par 
exemple : 


hx, Ijj bd,r_e,cs 

i, X, l, e, i,f, i, t, b, d, r, e, c, s 


Bien que des cryptogrammes, basés sur ces méthodes, 
offrent une forme singulière, ils ne présentent qu une 
bien faible sécurité et résistent mal aux investigations 
d’un déchiffreur un peu exercé. ^ 

Nous avons indiqué le procédé employé par Jules 
César pour sa correspondance secrète ; c’est à ce sys¬ 
tème que se rapportent toutes les méthodes qui sont 
basées sur de simples modifications dans le rang ou la 
forme des lettres. Elles présentent peu de difficultés, 
pour un chercheur habile, car ces systèmes sont bases 
sur une modification dans la lettre et la meme lettre 
de l’alphabet normal sera toujours représentée par le 
même signe. ., . • 

Les alphabets semblables peuvent etre varies a 1 infini, 
cependant ils sont peu utiles. Nous allons en signaler 
quelques-uns qui présentent une forme assez ori^nale 
Un alphabet usité souvent par les francs-maçons est 
•le suivant (fig. 14O •- ü a été composé à l'aide des deux 
figures ci-dessous, ainsi que le fait très judicieusement 
remarquer M. Josse. 



Si l’on veut écrire l^enei on emploiera les signes 
suivants ; dont la traduction est bien simple. 







I.A CRYPTOGRAPHIE 


232 

<■ L •> 

al Oder g h 

J-1IULJLL.IIZI 

i j k 1 m n O P 

□ □cEiinn 

qr si uv x.yz 

rrv.v<<^>> 

Fig. 141 . — Alphabet maçonnique. 

Lord Bacon a fait connaître un procédé, dont il était 
l'inventeur, et qui consistait à remplacer les lettres de 
1 alphabet normal par les permutations des deux lettres 
a et b, de la façon suivante ; 



Pour cryptographier le mot hache on devrait écrire : 

aahhh. aaaaa. aaaba. aabbb. aabaa 

Bien que cette méthode n’offre aucune sécurité, elle 
est très longue à mettre en usage. 

Je crois intéressant de signaler un alphabet curieux, 
dû à 1 imagination de Mirabeau, qui est du reste com¬ 
plètement inapplicable. 

On divise l’alphabet, pris d’une manière arbitraire, de 
la façon suivante: 


SYSTÈMES PAR substitution SIMPLE 233 

; . ■ 2 3 4 . 5 

c fe U Z X a m O k s e b b q d l y q w n i r tv 

,2345 12 3 4 5 >2 3 4 5 >2 3 4 5 '23 4 5 , 
les chiffres 6, 7, 8, 9 et o étant nuis on range sur deux 
lignes les signes de la dépêche, ainsi g deviendia 3 j 
etc., en intercalant des nulles, on cryptogra- 
phiera Vene^ à l’aide des signes suivants : 

56 3859 36 17 
58 26 10 20 59 

Ce système existait déjà, d’une façon moins compli¬ 
quée : voici comment on procédait ; 

ab c d Cf.g h i hlm n ot q r si u -o x y i 

1 2 3 4 5 6 

on remplaçait les lettres de la dépêche par le chiffre de 
la série auquel on ajoütait le numéro du rang occupé 
par la lettre. Ainsi, Partei devenait : 

4,3- — 5 .' - 5>3 -2,1 -6,4 

On a proposé depuis bien longtemps une, méthode de 
transposition qui est fort simple, bien qu’au premier 
abord elle semble très compliquée; elle consiste à chif¬ 
frer la dépêche à l’envers, de droite à gauche en ren¬ 
versant les lettres de l’avis à transmettre, soit à chiffrer: 
]e. vous attends. 

On écrira ; 


Ce procédé deviendra plus difficile à déchiffrer lorsqu’on 
aura fait subir, indépendamment de la transposition, 
à la dépêche, une transformation analogue à celle que 
nous avons indiquée.sous le nom de Jules César. 

En basant la convention sur la transposition de la 
lettre du clair par la lettre suivante , il vient : 

t e o'f U U b i V P w f k 


LA CRYPTOGRAPHIE 


Cette méthode n’offre aucune sécurité car les mêmes' 
lettres du clair sont reproduites constamment par les 
chiffres semblables. Ainsi, dans le système ci-dessus s, 
est toujours représenté par t; t par u, etc. 


système dit des parallèles 


Le système dit des parallèles est déjà plus ingénieux: 
si l’on veut chiffrer par exemple : Je vous attends, on 
compte le nombre de lettres, qui est de 13, dans le cas 
présent, on le divise par 3, 4 ou 5, suivant la combi¬ 
naison adoptée. Soit 5 le nombre de colonnes convenu 
entre les correspondants : on dispose ses parallèles de la 
façon suivante, en remarquant que 13 lettres = 3 lettres 
X 5, — 2, on devra donc ajouter deux nulles. On a 
donc 5 lettres horizontales disposées sur 3 lignes verti¬ 
cales. 




En mettant les 
lettres du texte 


On écrit alors les lettres cqntenues dans chaque co¬ 
lonne oblique : 


otd uts ek l 


que l’on peut écrire : 


Pour déchiffrer ce cryptogramme, le correspondant 
sait qu’il est convenu que l’on écrira sur 5 rangées, il 
sait donc qu’il doit placer ses lettres de la façon sui¬ 
vante : 



SYSTÈMES DI 


CLEF 


235 



La lecture du cryptogramme est facile; mais la mé¬ 
thode n’est pas bien sûre, car, se basant sur le nombre 
de lettres, on arrive assez facilement, par tâtonnements, 
à découvrir le sens de la dépêche. 

Nous sommes obligé de passer rapidement sur quel¬ 
ques méthodes moins spéciales et nous devons renvoyer 
au travail si intéressant de M. le capitaine Josse. 

SYSTÈMES DITS A CLEF 

Une méthode dé transposition bien curieuse est la 
suivante : On transcrit d’abord la dépêche sur un nom¬ 
bre de lignes horizontales convenu ; puis on les recopie 
dans un ordre qui constitue la clef du système : un 
exemple fera mieux comprendre le maniement de ce 
système. Supposons que l’on soit convenu d inscrire les 
chiffres i, 2, 3, 4, 3, etc..., dans l’ordre suivant, 4, 2, 
5,1.3. 7. 6, 9, 8, et que l’on ait à cryptographier : Il 
s’est trouvé dans tous les temps des hommes qui ont su com¬ 
mander aux autres. On écrit : 



ehisttordvauesnotessuletrpmsdbsemoemiqosittmismoacmdnreauuxrtse 


Ce système, quand on s’est exercé 4 le déchiffrer, ne 



236 la Cryptographie 

présente plus qu’une difficulté relative. 11 existe des 

méthodes à transposition double qui sont supérieures et 

qui cependant ne peuvent résister aux investigations des 

chercheurs. 

M. Kerckhoffs^ rapporte qu’à l’occasion des procès in¬ 
tentés aux nihilistes russes on a publié un chiffre secret 
qu’ils employaient ; je lui emprunte la citation suivante : 

« Le même mot sert de clef pour les deux transposi¬ 
tions ; à cet effet, on le transforme en formule numéri¬ 
que, en mettant à la place de chaque lettre un chiffre 
arabe et en s’y prenant de telle façon, que la valeur des 
chiffres corresponde au rang des lettres dans le classe¬ 
ment alphabétique. 'Voici le procédé appliqué au mot 
schuvalo^v. 

a c h l O s U y w __ s c h'u v a I o w 
123456789 “'623781459 

« Soit à cryptographier : l^ou's êtes invité à vous trouver 
au lieu de nos réunions, avec la double clef de Schuvalow 
dans les deux sens. 

123456789 


puisque 



je transposerai mes colonnes horizontales, i, 2,3, etc., en 
6, 2, 3, 7, 8 etc. — Quant aux colonnes verticales, je 
n’en ai que 5, je passerai donc les nombres supérieurs à 
5 et je les rangerai dans le même ordre avec la même 
clef ; aussi, la première ligne sera 2, la troisième, 3, la 
quatrième i, etc. — en passant les chiffres 6, 7, 8, etc. 


Kerckhoffs, Cryptographie militaire. 






PROCÉDÉ CRYPTOGRAPHiaUE DE PORTA 237 


6 2 .3 -7 8 1-4 5 9 



on aura : 

Avivonteuvtrersouatouesvseidlienueuoireonsuns; 

que l’on peut réunir en groupes ou écrire sans sépara¬ 
tion : 

Avivon-teuvti'-ersoua, etc. 

M. Kerckhoffs, qui, avec.M. le capitaine Josse, doit 
toujours être consulté en matière de cryptographie, fait 
remarquer que l’inventeur russe du système ci-dessus 
a commis une grande faute en choisissant la même clef 
pour la transposition horizontale et verticale*. 

PROCÉDÉ CRYPTOGRAPHIQ.UE DE PORTA 

Nous avons vu que, dans tous les cas précédents, on 
n’emploie qu’un seul alphabet conventionnel et qu’on 
ne peut le changer à volonté : il résulte de là un indice- 
précieux pour le déchiffreur, car les mêmes signes re¬ 
présentent toujours des lettres semblables. 

On a donc cherché à représenter la même lettre par 
des signes différents, c’est là l’avantage de la découverte 
que le physicien Porta fit connaître vers le xvP siècle. 

Dans les tableaux de Porta, les alphabets sont disposés 
de la façon suivante : 


la clefLtIemot j 




fr. 20 deviendra 



238 


lYPTOGRAPHIE 


A B 

ab c d efg b i l'm 
nopqrstvxyi 

CD 

a b c d e f g b i l m 

1 110 P qr s t V xy 

E F 

ab c d efg h i l m 
y ^ 11 0 pqr s i V X 

GH 

a b c d e f g b i l m 
xy^nopqrstv 


La première colonne se continue par les lettres 1 L, 
MN, OP, QR, etc., et l’on doit avoir soin de construire 
les alphabets de manière que la deuxième ligne avance 
toujours d’un rang sur la précédente ; ainsi, les lettres 
de la deuxième ligne de l’alphabet IL seraient "v, x,y, 
n, O, p, q, r, s, t, etc. 

On se sert de ce tableau d’une façon très simple : soit, 
avec l’alphabet A, à représenter c, on aurait sur la ligne 
inférieure le signe qui y correspond..., etc., Userait 
indiqué par q, etc.; mais pour mieux cacher la clef qu’il 
a choisie. Porta recommande au cryptographe de ne pas 
employer les alphabets à la suite, mais, d’écrire chaque 
lettre avec un alphabet‘différent et, pour mieux s’en sou¬ 
venir, il propose de choisir comme clef un mot dont les 
lettres indiqueront les alphabets dont on devra se 
servir. 

On procéderait de la façon suivante si l’on avait à 
cryptographier la phrase : j’attends vos ordres, avec la 
clef CAF. On commence par écrire la clef au-dessous 
des lettres du texte clair autant de fois que l’on peut, 
puis on cherche dans les alphabets des clefs les lettres 
correspondantes à celles du clair 








PROCÉDÉ CRYPTOGRAPHiaUE DE VIGENERE 2 )^ 
j a t t e n d s v- o s o r d r es 

CAF CAF CAF CAF CAF CA 

V n i h r c p f I c f d f q g q f 

et l’on a un cryptogramme que l’on peut écrire ; 

■vnih rcpf Ufd fqgqf 


PROCÉDÉ CRYPTOGRAPHiaUE DE VIGENERE 

Un peu après Porta, Biaise de Vigenère fit connaître 
son chiffre carré ou chiffre par excellence; ce n’est q'une 

abcdekguij rlmnopqrstuvxyz: 

A a. /r c .f- c / Ç fl i- J f I m n o p 1/ r .r / u ir oc ÿ 

B i-i cl c f/f I J f.i 'h-H' J r s t te a, 

Ç; O- d c fÿ li- IJ f l ni^ /c> o p f r s i u, ir pÿ cH. a- & 

D d c. ;/V h Ij k I mn. O P ç r ce l,u. ir x 1/ ci ^ ir c 

E c Ay / klmrçcpcjrs l n. v x y /a. a. & c d 
F fj A 1“J A L m n, O P cj r s l u,irx7/«,<iclrc de 
G t/ A l /. A l ne n. o'P tj r s i w 1 / x y /a. A c d- e 

H Al l 'J A / ne /e o p ,j r s t ce ir x y /:i. ce A c d c J 'y 

I i J A l ne re û p cj r .f t .te v x y .ee ce A c d c ,/y A 

AJ A L m n'a p r p’J ,ie V x y A a- A c d c J"y A e 


YcA.I 


L ? , 


Tp^ n <3 p ^ c 


■c X y . 


e A c de 


'A 


lece O p CJ r s C ce cr x y'^-. ^ - -- - , , „ 

m m- 71 O p g r' s' 6 le ir x-1/ ». a. A c d c / y le e j k e 
a. O p'^^r s l ce v x ' J . d . /. .■ , / 

G ep^rsluirxy 
Vpcjrsôievxyci. 

G Cf r k t le cr X y . X ce. A c d 

” ■ ^ ■. 1/ A. X A e d e-^ i ej A l mie O p Cf 

'exAede/^ I j A I m, le c p cf 

J Aine ce cp c, - 

n X y p ce A c d <e / y le e j A ù ne re o p cf r 

y ir x'y A a A c de fy A é j A l ne re o p cf 

K X y A. a A c d e J^ y A é J A- l ne n o p cf 

\ yd X- A e d e J y de AJ A l ne n c p cj 

Z ce xA c d c J 'y A A J A l ne re e p cf r 



"S 6 U 




heureuse ' modification du système précédent. Cette 
méthode a joui, jusqu’en 1870, d’une grande faveur, ce 





CRYPTOGRAPHIE 


qui laisse supposer que l’on n’avait pas pu, à cette 
époque, la remplacer par une plus avantageuse. 

Aujourd’hui, on est arrivé à perfectionner les pro¬ 
cédés mécaniques de cryptographie. 

L'inspection du tableau, qui précède, permettra de 
saisir le procédé employé: 

On opère comme dans le cas précédent; soit, par 
exemple, à cryptographier ; Venei demain soir. Avec les 
trois alphabets ACB, on opérerait de la manière sui¬ 
vante : 

ACB ACB ACB ACB ACE 
Il g O eb e il O b ipi oh s 


Qui devient : 


ygoebeeobiplohs 


La forme bizarre de ce cryptogramme ne présente pas 
cependant, comme on pourrait le croire, un secret 
absolu. 

Lorsqu’on connaît la clef, on fait l’opération inverse 
et on lit le texte clair sur la dernière ligne. 

Soit le cryptogramme : 

(Jouer dsgmogseq, construit avec la clef BAC 

Disposez-le de la sorte : 

IJos rer dsg mvg scq ' 


Ecrivez la clef en dessous : 

BAC BAC BAC BAC BAC 
Vous trouverez dans le tableau ci-dessus : 

you sel esi nvi tes 


PROCÉDÉS CRYPTOGRAPHiaUES DIVERS 

Un grand nombre de modifications ingénieuses ont 
été proposées par différents cryptographes, entre autres 



déchiffrement des cryptogrammes 241 

celles qui ont formé les méthodes de Gronsfeld, de Beau- 

%'ans ie système dit à clef variable, 1. clef ne revient 
pas périodiquement. Avec la clef s«T.»<r par exemple, 
pour crytographier ; Les intentions de ceshommes, on aura. 

sou VSOUVENSOS OU VE N I R S OU 
déchiffrement des cryptogrammes 

Nous nous sommes occupés spécialement, des divers 
moyens qui ont été proposés pour cacher aux autres 
les communications secrètes que l’on veut faire a son 
correspondant. Il est intéressant, apres avoir vu les pro¬ 
cédés employés par les chercheurs de systèmes crypto¬ 
graphiques, d’étudier la méthode suivie par ceux qui 
tentent de les déchiffrer. 

En théorie, on peut établir que tous les System , 
basés sur des clefs mathématiques, sont déchiffrables 
En pratique, c’est bien différent, auelques hommes d un 
rare mérite ont établi les principes generaux du dechi 
frement, nous allons en donner un rapide aperçu. 

Lorsque le système de Vigenère fut répandu dans 
public, Dlandolqui le présentait s exprimait ainsi. 

« Ce chiffre a été nommé le chiffre par excellence, 
parce qu’il réunit le plus grand nombre d’avantages que 
l’on puisse désirer pour une correspondance secmte 1 
les réunirait tous sans aucune exception, s'' n otait p 
, d’une exécution un peu lente; mais i rac e 
inconvénient par la sûreté incroyable don ^ 

Cette sûreté est telle que 1 univers entiei ^ 
naîtrait pas, si l’on ne savait pas, a 1 avance, le mot de h 
clef convenu entre les correspondants , on pourrait 
monSrsa l"t,r= à tout le monde, sans que peraonue 
pût la lire. » 


242 LA CRYPTOGRAPHIE 

Nous verrons, plus loin, que ce système indéchiffrable 
n’offre pas un secret aussi absolu que semblait le croire 
Dlandol, et que des méthodes assez simples qui per¬ 
mettent de percer les mystères d’une correspondance 
faite avec cette clef ont été données par des hommes de 
talent. 

11 semble, du reste, que tous les Inventeurs de 
chiffres croient avoir découvert des procédés absolument 
indéchiffrables. 

En 1752, un Allemand du nom de Hermann se vanta 
d’avoir découvert le chiffre par excellence et mit tous les 
mathématiciens d’Europe au défi d’en trouver la clef. 
Un Français, Begelin, fut assez heureux pour la retrou¬ 
ver en huit jours et pour en publier les résultats, bien 
que ce chiffre fût aussi compliqué et aussi embrouillé 
que possible. 

On ne pourra acquérir une certaine habileté dans cet 
exercice que par une très longue habitude Jointe à une 
attention soutenue. 

ÉTUDES DE DÉCHIFFREMENT 

Nous allons tenter de rechercher la méthode générale 
de déchiffrement des systèmes dits à clef, qui sont les 
plus intéressants. 

On se doute du procédé employé, si l’on a une grande 
habileté eiunflair spécial. Lorsqu’on s’est assuré de ce 
fait par la constatation que, dans les cryptogrammes 
écrits à l’aide de cette méthode, la lettre E revient le , 
plus souvent, la recherche du texte clair s’opère par 
tâtonnement. 

On compte d’abord les lettres du cryptogramme — 
(45 par exemple) or, 45 =9 x 5, et on en conclut que 
l’une des colonnes se composera de 9 lettres et l’autre 
de 5. La présence de certaines lettres ne tarde pas à , 


ÉTUDES DE déchiffrement 243 

mettre le déchiffreur sur la voie. En français, un Qest tou¬ 
jours suivi d’un U, tandis que l’X en est précédé Cette 
remarque, ainsi que d’autres analogues, indiquent l oi dre 
dans lequel les colonnes ont été primitivement écrites et 
ne tarde pas à livrer le secret de la clefk un obseivateur 

En^résumé, on voit que des systèmes, fort compliqués 
à mettre en pratique, ne présentent pas de difficultés in¬ 
surmontables à un déchiffreur habile. . 

Nous allons étudier la même opération sur un procédé, 
plus généralement en usage, \t chiffre carré de Vigenere, 
dont la plupart des systèmes actuels ne sont que des 

dérivés plus ou moins heureux. 

Quoique les méthodes de déchiffrement soient foit 
difficiles à appliquer, M. Kerckhoffs ^ indique^un pro¬ 
cédé relativement simple, qui permet de déchiffrer ass z 
rapidement les textes écrits au moyen du procédé dont 

'' M^Kerckhoffs, dont nous suivrons avec soin les deve. 
loppements, a étudié, dans un texte chiffre, le retour de 
certaines formes cryptographiques remaïquables. Piot 
posons-nous de les rechercher dans la phrase . yousne 
pouvez ■vous défendre sans vous exposer. . 

11 faut observer qu’il y a une distance de h^it ettr^ 
puis de douze, entre les trois vous qui existent dans 
kl phrase. Or, si l’on a choisi une clef de q^^^tre lettres 
telle que CADl, par exemple, les trois “coms seront ch f 
frés avec les mêmes alphabets et donneront, des teti a- 
grammes semblables ainsi qu on peut le voir dans 
l’exemple suivant; 

”d'> cS cS ”d‘. cfo, c™ «s. çS cto, 

„ ÿ,™ m» ^ 

bien comprendre ce procédé, il serait bon qu'or, 





CRYPTOGRAPHl 


244 

refît les opérations ci-dessus, à l’aide du tableau de 
Vigenère. 

On peut être certain que, dans un cryptogramme 
quelconque, un texte clair offrira toujours un certain 
nombre de répétitions qui se trouveront, comme dans le 
cas présent, cryptographiées à l’aide des mêmes alpha¬ 
bets. 

M. Kerckhoffs a été assez heureux pour pouvoir 
établir les deux principes suivants : 

1° Dans tout texte chiffré, deux polygrammes* sem¬ 
blables sont le produit de deux groupes de lettres sem¬ 
blables, cryptographiés avec le même alphabet; 

2° Le nombre de chiffres compris dans l’intervalle des 
deux polygrammes est un multiple du nombre de 
lettres de la clef. 

Les combinaisons littérales sont si bizarres qu’il peut 
se produire des cas où, dans le texte chiffré, deux 
bigrammes ont la même forme, sans qu’ils proviennent 
de deux lettres semblables du texte clair. Ce cas est 
bien plus rare pour les trigrammes et devient pres- 
qu’impossible pour les tétragrammes. 

Nous allons tenter de donner, par un exemple, l’ex¬ 
plication de ce procédé, qui est fort élégant, s’il n’est 
pas toujours facile à appliquer. 

Soit le cryptogramme : 

pftsppnfp eqgu ufe djigbrft-opvrffe qg e ig 

il semble parfaitement indéchiffrable : On va voir qu’il 
est cependant assez facile de découvrir le sens qu’il cache. 

pf^pp nfp ej^ II. ufe djig hifi •vp -orffiqge ig 

Nous pouvons constater, d’abord, quatre répétitions : 


' Bigramme (réunion de deux signes), trigramme (trois signes), tétra- 
gramme (quatre signes), etc,, et polygramme (réunion de plusieurs signes). 




ÉTUDE 

10 un trigramme^ij'g' 
2“ un bigramme ft 
3“ un bigramme fe 
4“ un bigramme rf 


s DE déchiffrement 245 

distant de 21 lettres, or, 21. == 7 X 3 
— 21 - 21=7X3 


On voit, sans peine, que le nombre 3 est le facteur 
commun à tous les nombres considérés. Nous nous 
trouvons donc en présence d’une clef de 3 lettres. 

Nous avons donc une quasi-certitude et nous pouvons, 
dès maintenant, le partager en tranches de 3 lettres : 


pft spp Jifp eqg uuf edj igb rfi vpv rff eqg eig 
La seconde partie de l’opération exige une plus 
grande somme d’analyse et plus de divination que la 
première; en somme, celle-ci ne demande que de 1 at¬ 
tention. . . + 

On sait, qu’en français les lettres qui se présentent 
le plus souvent sont; Ve, 1 ’^, \’r, Vi, Va, dans la propor¬ 
tion suivante, d’après M. Kerckhoffs ; 


E. 185 1 

R. 78 > Sur une moyenne de 1000 lettres 


L’E revient environ toutes les 5 lettres, l’S, toutes 
les 12, l’R et l’I, toutes les 13, l’A, toutes les 14. 

Or, nous allons faire des tableaux de toutes les 
premières lettres de chacune des colonnes que nous 
venons d’établir \ et rechercher celles qui sont sembla¬ 
bles. 

11 suit, en effet, de ce que nous avons dit, que chacun 
de ces chiffres provient d’un même alphabet; par consé¬ 
quent les chiffres semblables seront la représentation 
d’une même lettre. 


liiffVées (Revue scientijique à\x 



246 LA CRYPTOGRAPHIE 

I^r groupe : P s n e U e i r D r e e 
2<= groupe: fpfqudgfpfqi 
3® groupe : tppgfj h tvfgg 

Dans le groupe 4E 2 R 

Dans le 2® groupe 4 F 2Q 2 P 

Dans le 3e groupe 3G 2P 2F 2T 

Donc, d’après les probabilités que nous avons établies, 
dans le premier groupe, l’E du cryptogramme figure 
un E du langage clair; F -du deuxième groupe est mis à 
la place de E du clair ; enfin, G du troisième groupe est 
un E de la phrase considérée. 

On voit, en se rapportant au tableau de Vigenère, 
que l’alphabet dans lequel l'E = E est l’alphabet A; 
celui où F = E est B ; et, enfin, celui où G = E est C. 

Dans ces conditions, nous allons rétablir la phrase en 
clair; pour cela, nous écrirons les mots divisés en 
groupes de trois lettres, comme nous l’avons indiqué 
plus haut, puis nous mettrons au-dessous de chaque 
lettre une lettre de la clef. 

P f t s P P n f P e q g u u f Gr cryptogramme 

ABC ABC ABC ABC ABC & clef 

Puis, nous rechercherons dans le tableau de Vigenère les 
chiffres correspondants dans les alphabets A, B, C, et 
nous Inscrirons au-dessous les lettres du clair : 

pft s PP nfp eqg uuf edj igh rft 

per son nen epe t, t d ech iff rer 

V P V r ff eqg e i g 

V O t r e d epe c h e 

Bien que cet exemple ne soit pas absolument con¬ 
cluant, on peut voir combien un secret se trouve mal 
caché sous ces cryptogrammes ; il est vrai qu’on peut 
compliquer la clef, au lieu de la choisir aussi simple que 
celle que nous avons indiquée, mais, à mesure que les 
procédés de chiffrage se perfectionnent, les méthodes de 







ÉTUDES DE DÉCHIFFREMENT 


247 


déchiffrement s’améliorent et on peut dire, qu’aujour- 
d’hui, il n’existe problablement aucun procédé crypto- 
eraphique qui ne soit déchiffrable. _ 

Dans le cas où les alphabets seraient intervertis irré¬ 
gulièrement, M. Kerckhoffs indique un procède qui 
permet de le reconnaître; il accélère son travail par des 
considérations de symétrie dans la disposition des 
lettres de la clef; d’après cet auteur, si l’on a a déchiffrer 
de telles dépêches, on doit tâcher de se procurer un 
grand nombre de ces documents et établir ceux qui sont 
écrits avec la même clef, après un calcul analogue a 
celui que nous avons fait précédemment par la distance 
qui sépare les polygrammes identiques; on opérerait 
pour le déchiffrement, comme nous 1 avons vu plus 

Je ne crois pas devoir poüsser plus loin les recherches 
de déchiffrement, renvoyant mes lecteurs curieux de 
connaître les secrets de la cryptographie aux œuvres de 
MM. Josse et Kerckhoffs; j’ai tenté seulement ici, 
d’indiquer les procédés généraux et les bases de la 
cryptographie. 

Avant de passer à l’étude des appareils de cryptogra¬ 
phie qu’il nous soit permis de faire une remarque im- 

Lorsqu’on a eu l’occasion de procéder à ce petit travail 
de déchiffrement, on s’imagine volontiers que 1 on est 
devenu un cryptographe accompli ; il n en est rien. 
pour s’en convaincre, on n’a qu’à tenter de lue un cryp¬ 
togramme dont on ignore le sens. , j j ' 

Généralement, lorsqu’on donne un e^mple de de- 

chiffrement, on opère sur des phrasesdont on a construit 
soi-même le cryptogramme et dont on fait ensuite la 

^^C’eïle cas des littérateurs qui ont mêlé avec bonheur, 
du reste, la cryptographie à l’intngue de leur rom . 







LA CRYPTOGR 


On se rappelle, dans la Physiologie du mariage de 
Balzac, le cryptogramme qui commence ainsi : 


Lsuotru e-nedtnim dbreaus 


^ Tout le monde connaît l’heureux emploi que l’illus- 

I tre Edgard Poë en a fait dans le Scarabée d’or : ( The 
Gold Bug). 

5 3 d-E d~ 3°?) 4^-6 

I On n’a pas oublié non plus le fameux cryptogramme 

i ' dont Jules Verne s’est servi dans son roman La Jan- 
gada. 


LES GRILLES 

Nous sommes amenés à étudier un procédé bien 
curieux et remarquablement sûr pour la correspondance 
secrète, c’est le procédé dit des grilles. 

La grille est une feuille de carton ou de métal fin, 
qui porte deux points de repère, et dans laquelle on a 
découpé des vides suivant des lignes irrégulières : cha¬ 
cun des deux correspondants possède un instrument 
semblable. 

L’expéditeur, pour envoyer sa dépêche, place sa 
grille sur une feuille de papier, marque les points de 
repère et écrit sur la partie du papier que les espaces 
vides de la grille laissent à découvert : une flèche 
marquée sur la grille indique le sens suivant lequel on 
doit écrire. La dépêche ayant été ainsi écrite, on enlève , 
la grille et on remplit tous les endroits du papier laissés J 
en blanc de chiffres, de lettres ou de signes n’ayant ? 
aucune signification. ? 

Pour déchiffrer un cryptogramme, composé de cette \ 
manière, le destinataire place sa grille sur la dépêche à j 
l’aide des points de repère et lit couramment, à travers ) 
les croisées de la grille, la missive qui lui est adressée. 



.ES GRILLES 


Pour simplifier l’explication précédente, nous suppo¬ 
serons que les cryptographes aient employé une grille 
de forme régulièîe. Soit une dépêche, transmise dans 
cette forme, et dans laquelle on 

est prise, et nous nous rendrons aujourdhm. On aurait . 

La meilleure place de la ville est à 1’ est elle est prise 
déjà et maintenant nous ne savons si nous nous rendrons 
acquéreursa«yoHr<iVj«» des docks dont nous avonsbesoin 

Voici le véritable sens rétabli au moyen de la grille : 

ville est prise 

aujourd'hui 

les espaces laissés en blanc restant cachés par la partie 
pleine de la grille. 

^ Ce procédé, fort curieux et très sur, tant que la grille 
n’est possédée que par les deux correspondants, parait 
avoir été inventé par le savant mathématicien italien, 
Jérôme Cardan S malheureusement, cette grille egame 
même un instant, livre son secret, parce qu il est très 
facile d’en prendre le tracé. 

Le système de la grille a été très heumusen ent 
modifié par le colonel autrichien Fleissner, mais,^ malg 
les derniers perfectionnements, il est a peu P’.^ ' 

donné aujourd’hui, à cause du grave 
ces appa eils présentent de pouvoir etre dérobés, et 
ZiolLn raison de la généralisation de la correspon¬ 
dance télégraphique, à laquelle ce procédé est diffici 

'Toid‘‘7u'r“s“:iaformede.agril.e.V.6c,ses(f,g.My 

oS pûce la plaque A, B, C. D sur une f-dle d. papje 
A' B' C' D', de façon à ce que le cote A B de la giille 


CRYPTOGR. 


250 

corresponde au côté A' B' du papier et on inscrit aux 
endroits laissés libres i, 2, 3...9 les 9 premières lettres 
de la dépêche, puis on retourne ^appareil de manière 
que le côté B, D prenne la place de A, B, et ainsi de 
suite, en continuant le mouvement Indiqué et en in¬ 
scrivant à chaque fois les neuf lettres suivantes de la 
dépêche qu’on veut faire parvenir à son correspondant. 



On opère de la sorte jusqu’à ce qu’on ait épuisé les 
lettres de la dépêche, qui ne doivent pas, dans ce cas, 
dépasser le nombre 36. 

C’est ainsi que les lettres qui composent; 

J’attends les ordres que vous deve:^ mander (plus une nulle x) 
disposées à l’aide d’une grille telle que celle que nous 
venons d’indiquer et relevées par lignes horizontales 
donneraient : 

ejuart emeats nveood rneudd rsrxes dseloq 

si l’on était convenu de faire mouvoir la grille de 
gauche à droite, c’est-à-dire, C, A venant en. A B. 

On trouve une heureuse application des grilles dans 
la littérature. M. de Balzac met en scène un agent de 



















LES CRYPTOGRAPHES 2, 1 

change, qui, ayant en main une_ lettre adressée à sa ■ 
femme, vient consulter à ce sujet un de ses amis, 
employé au ministère des affaires étrangères. 

M. Jacques (l’ami), découvre que la lettre a été écrite, 
à l’aide d’une grille et « superpose un papier à jour, 

« régulièrement découpé comme une de ces dentelles 
« que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules 
« peut alors facilement lire les phrases qui restent à 
« découvert ». 


LES CRYPTOGRAPHES 

Nous allons étudier maintenant les appareils mécani¬ 
ques de chiffrement proprement dits, auxquels on a 
donné le nom de cryptographes. 

Nous avons déjà indiqué Ma scytale des Grecs, les bou¬ 
tons dans les trous desquels on fait passer un fil, les 
cordes nouées de diverses façons, etc..., qui peuvent 
être rangés dans cette classe, malgré leur application 
encore grossière. Les télégraphes Chappe, Morse, etc., 
et les grilles dont nous venons de parler sont encore 
des appareils de ce genre. ^ ^ ^ ^ 

Le premier cryptographe, digne d intérêt, a ete 
signalé en 1563 par Porta M II se compose essentielle¬ 
ment de deux'cercles concentriques dont l’un. A, est 
mobile et peut tourner autour de son axe, tandis que le 
second. B, est fixe. 

Si l’on convient de faire coïncider constamment la 
première lettre de A avec la troisième^de B, on ob. 
tiendra un cryptogramme écrit de la même façon que 
par les méthodes de transposition. 

Si, au contraire, on augmente d’une lettre 1 écart 

• Voyez page 226. 

2 Porta, Traité des chiffres. 






252 LA CRYPTOGRAPHIE 

entre les deux cadrans S pour chaque nouvelle opération 
on obtient une dépêche chiffrée dans un système qui 
n’est qu’une modification de celui deVigenère. 

On a également proposé d’utiliser une disposition 
semblable à l’aide de notes de musique. Soient deux 
cercles concentriques dont l’un, fixe, porte les lettres de 
l’alphabet, le second, qui est mobile, est réglé circulai- 
rement de cinq lignes (comme le papier à musique); 
sur ce second cercle, on inscrit des notes différentes. On 
voitcomment on peut se servir d’un tel cryptographe. 

C’est un appareil analogue que M. Grivel a fait bre¬ 
veter; malheureusement cette invention n’offre qu’une 
bien faible garantie ; déplus, elle nécessite le plus souvent 
deux chiffres pour représenter une seule lettre, ce qui 
entraîne une assez forte dépense pour les transmissions 
télégraphiques et une perte de temps pour l’expéditeur. 

Nous préférons le cryptographe de Wheastone, qui 
fut présenté par son inventeur à l’Exposition universelle 
de Paris, en 1867. 

Voici le principe sur lequel il repose : on commence 
par établir un alphabet à-lettres interverties; pour le 
composer, on procède de la façon suivante : on choisit 
un mot quelconque destiné à former la clef... porte si 
Ion veut; au-dessous, on écrit celles des lettres de 
1 alphabet qu il ne contient pas, comme cj-dessous : 


En relevant les lettres par colonnes verticales, on 
obtient l’alphabet suivant : 



les cryptographes 253 

P a g l U 0 b h m V r c i n X t d j qy e f k s i 

Cet alphabet est transcrit sur un cercle en métal, inté¬ 
rieurement à un autre cercle qui porte les lettres de 
l’alphabet normal ; au-dessus de ces cadrans se meuvent 
deux aiguilles dont les mouvements sont commandés 
par un mouvement d’horlogerie, de telle sorte qu’à chaque 
tour la plus petite aiguille est en retard sur la grande 
d’une division du cadran. 

M. Kerckhoffs a montré que ce système, bien que 
fort curieux, se réduisait fatalement à une modification^ 
du tableau de Vigenère. 

L’appareil Pantin-Richard appartient encore à cette 
même catégorie de cryptographes, il se compose de sept 
cadrans concentriques, portant sept alphabets normaux; 
on s’en sert comme d’un tableau de Vigenère, prenant 
un mot clef dont on n’emploie que sept lettres. 

Pour déchiffrer les dépêches fournies par ce crypto¬ 
graphe, on utilise la méthode que nous avons indiquée. 
Remarquons, en passant, que cet appareil ne peut fournir 
plus de six alphabets différents. 

Nous ne pouvons que signaler les curieux et inté¬ 
ressants appareils cryptographiques de MM. Vinay et 
Gaussin, de M. Rondepierre, de M. Silas, de M. Mouille- 
ron, qui reposent presque tous sur des principes analo¬ 
gues aux instruments que nous venons d’étudier. 

Pour déchiffrer les dépêches écrites à 1 aide de ces 
procédés, on doit commencer par étudier les particula¬ 
rités qu’elles peuvent laisser deviner. Si Ion peut se 
procurer l’appareil au moyen duquel elles ont été écrites, 
on devra, après un examen approfondi de son méca¬ 
nisme, procéder par tâtonnements, et il y a beaucoup de 
chances pour qu’on parvienne, après une série d expé¬ 
riences, à en découvrir le secret. 

Si l’on n’a pas pu avoir , l’appareil à sa disposition, on 








LA CRYPTOG.RAPHII 


essaie de savoir s’il est basé sur un système de transpo¬ 
sition ou de chiffrement. 

Dans le premier cas, le tâtonnement, la présence d’une 
une forme particulière dans l’arrangement des lettres 
peuvent seuls permettre de reconstituer la dépêche; 
dans le second cas, la méthode proposée par M. Kerck- 
hoffs reprend toute sa valeur, car, généralement, les 
appareils basés sur la méthode de chiffrement, ne sont 
que des modifications plus ou moins heureuses du chiffre 
carré de Vigenère et on peut les y ramener assez facile¬ 
ment. 


LES LIVRES 


Nous allons nous occuper maintenant des livres, tables 
ou dictionnaires susceptibles de permettre de chiffrer un 
texte clair; les travaux les plus intéressants ont été faits 
dans cètte voie. Ces procédés sont les plus sûrs de 
toutes les méthodes de cryptographie, surtout lorsqu’on 
leur a fait subir différentes, modifications qui leur consti¬ 
tuent comme une sorte de clef; la facilité de leur emploi, 
la rapidité d’action qu’ils permettent sont autant d’avan¬ 
tages qui semblent peu contrebalancés par le secret qu ils 
exigent. 

Tout d’abord, nous devons signaler l’emploi simultané 
de deux exemplaires d’un même livre ; on devine déjà 
la manière de procéder. 

Chaque correspondant a un exemplaire de la même 
édition d’un ouvrage semblable. L’expéditeur cherche 
dans son volume le mot dont il a besoin et l’iridique à 
son correspondant par une notation convenue à l’avance. 

Ainsi, par exemple, un mot placé à la seizième page 
d’un ouvrage, qui serait le huitième de la quatrième 


ligne, serait cryptographié ; „(i6—4®) ou bien 



bien encore : 164-4-+-8, etc. 




LES TABLES 255 i 

Le déchiffrement s’opère naturellement en se reportant 
à l’édition que le destinataire possède et en faisant le 
travail inverse, c’est-à-dire en cherchant dans l’ouvrage, 
d’abord la page i6, puis la huitième ligne et enfin le 
quatrième mot qui est le mot cherché. 

On a cherché à simplifier ce procédé, en inscrivant à 
des endroits déterminés, marqués de signes spéciaux, 
toutes les lettres de l’alphabet et les principales sylla¬ 
bes qui pourraient servir à composer des noms propres, 
ou des mots qui n’existeraient pas dans l’ouvrage adopté; 
on a proposé également de signaler les pays où les 
expressions les plus usuelles se rencontrent afin d’accé¬ 
lérer le chiffrement. 

Ce procédé offre, croyons-nous, une sécurité absolue, 
tant que l’ouvrage adopté comme table reste caché; on a 
fait remarquer cependant qu’un observateur habile par¬ 
viendra à découvrir le volume qui sert de clef, ce livre 
devant être généralement choisi parmi les ouvrages que 
les correspondants ont coutume de lire, mais on con¬ 
viendra qu’il faudrait une bien grande subtilité pour 
découvrir, au milieu de tous les livres qui peuvent etre 
choisis, justement celui qui a été employé. 


les tables 

Les chiffres à tables sont très répandus aujourd’hui ; 
ils se composent de deux tables appelées : l’une, chiffrante, 
l’autre, déchiffrante. 

Dans les tables à chiffrer, on range en colonne, sui¬ 
vant l’ordre alphabétique, des syllabes, des phrases ou 
des mots usuels, en face desquels on inscrit un nombre 
différent, absolument au hasard. 

Les tables à déchiffrer, au contraire, contiennent ces 
nombres, suivant leur ordre numérique, vis-à-vis des- 







quels on a porté la signification qu’ils ont dans les tables ; 


à chiffrer. 

Dans les marges, on porte les indications spéciales 
et les signes particuliers aux guillemets, aux paren¬ 
thèses, aux changements de phrases, etc. 

Les échanges nécessaires de la correspondance se font 
naturellement; l’expéditeur choisit les nombres de sa 
table qui représentent les mots qu’il veut exprimer et 
les inscrit en les séparant par un tiret : 123—8—703 par 
exemple ; le destinataire cherchera dans sa table les nom¬ 
bres 123 — 8—703 et trouvera leur signification. Pour 
donner unpeu plus de sécurité à ce procédé, les corres¬ 
pondants utilisent plusieurs tables. 

Ce sy.stème offre de grands avantages, il se chiffre et 
se déchiffre facilement, mais il réclame un secret trop 
absolu; en effet, que la table sorte des mains du déten¬ 
teur pendant quelques secondes et on a pu en prendre 
une épreuve photographique. 

Les tables de M. Grivel sont un heureux perfectionne¬ 
ment de celles dont nous venons de parler. 


LES DICTIONNAIRES 

' 11 existe un grand nombre de dictionnaires chiffrés qui 
ont été livrés à la publicité, tels sont ceux de Brachet, 
de Louis, de Sittler, de Brunswick, de Mamert-Gallian. 

Le plus connu de ces ouvrages est le dictionnaire de 
Sittler : il est composé de cent nombres de deux chiffres 
formés en prenant les dix premiers chiffres : o, i, 2, 4, 5, 
6, 7, 8,9, et les faisant suivre de ces mêmes nombres, 
soit: 00,01, 02, 03, etc., 10, ii, 12, etc. 

■ On obtient ainsi la représentation de cent mots que 
l’on range par ordre alphabétique. Le volume n’est pas 
paginé à l’avance, c’est pourquoi, lorsqu’on veut établir 
une correspondance secrète, on inscrit une pagination 


pn tête des feuillets et 


les dictionnaires 


257 

la reportant 



des nombres variant de 0000 à 9999. 

La clef du système repose sur l’interversion, d apres 
une règle convenue, des chiffres correspondant aux mote 
cryptographiés et dans une augmentation ou une dimi¬ 
nution de ces chiffres, invariable et fixée à 1 avance. 

Soit, par exemple, Sorte^, représenté dans ce dic¬ 
tionnaire par la valeur 2137; on pourra d’abord lecnre 
de douze manières différentes 2371, 2731, etc. Si on 
adopte l'interversion 2731 et que le nombre fixe soit 37 
à ajouter, sorte:^ sera représenté par le nombre 2768 qui 
ne rappelle en rien le nombre fondamental 2137. ^ 

La seule objection que l’on soit en droit de faire a ces 
dictionnaires, c’est qu’on peut les perdre, qu’on peut se 
les laisser voler, et que la moindre erreur dans- la trans¬ 
mission télégraphique peut entraîner les conséquences 
les plus graves ; or, il est bien facile pour le télégra¬ 
phiste de confondre des 3 avec des 8, des 4 avec des 7, 
des 5 avec des 9, etc. _ 

Le dictionnaire de Mammert-Gallian emploie comme 
représentation des mots du texte clair, les permutations 
possibles sur un groupe de trois lettres (ternaires) ; il 
constitue ainsi près de dix-huit mille ternaires qui se 
manipulent comme les nombres des volumes precedents. 
Ce dictionnaire a un avantage marque sur les autres, 
c’est qu’il ne se compose que de trois lettres et est, par 
conséquent plus économique que les autres qui né¬ 
cessitent l’emploi de quatre chiffres. 



Chacun des systèmes que nous avons exposés offre, 
suivant le cas, des garanties suffisantes. 

Une dépêche cryptographiée avec un système simple 
peut résister aux efforts du meilleur déchiffreur. 

On peut combiner des cryptogrammes compliqués, 
varier à l’infini les modifications à apporter aux types 
que nous avons indiqués ci-dessus. 

Mais ce serait une erreur de croire que ces systèmes 
soient indéchiffrables. 

Toutes les méthodes basées sur des lois mathéma¬ 
tiques sont déchiffrables ; elles offriront, suivant le 
nombre de leurs combinaisons, des difficultés plus ou 
moins grandes, mais se laisseront finalement percer, car 
toute loi mathématique donne au système une régularité 
qui finit par le signaler aux investigations des déchif- 
freurs. 

Tous les systèmes à base variable sont déchiffrables, 
quand on a pu s’en procurer un certain nombre de 
documents semblables et surtout lorsqu’on est arrivé à 
se douter du sens général du cryptogramme. 

Outre que, pour déchiffrer une dépêche, on doit pos¬ 
séder une connaissance approfondie de tous les systèmes 
proposés, ainsi qu’un flair spécial qui conduise à en con¬ 
naître la forme, il faut s’entourer de tous les rensei¬ 
gnements qui peuvent aider à la solution du problème. 

Le déchiffreur doit, tout d’abord, tenter de.connaître 
le contenu de la dépêche ou tout au moins le nom et 
les qualités des correspondants, les événements qui ont 
motivé l’envoi du document. 

11 doit ensuite collectionner les cryptogrammes, en 
étudier la forme et tâcher de reconnaître s’il y en a 
plusieurs qui aient été cryptographiés avec le même 
procédé. • 


les encres SYMPATHiaUES 259 

Tous ces travaux exigent des qualités particulières, 
parmi lesquelles l’esprit d’observation et une patience 
à toute épreuve figurent en première ligne. 

C’est surtout en cryptographie qu'il est permis de 
dire que « le génie est une longue patience ». 

La conclusion de cette étude, c’est que, de tous les 
systèmes connus, aucun n’est absolument indéchiffrable 
et que le desideratum est de posséder une méthode 
simple, rapide et sûre. Or nous ne l’avons pas. 


dépêches dissimulées 

Dans les siècles passés, on pouvait s’efforcer de dissi¬ 
muler l’existence des dépêches, que l’on faisait parvenir 
à ses correspondants; on a cité, à ce sujet, plusieurs 
moyens curieux, mais peu pratiques à notre époque. 

C’est ainsi que Vigenère nous apprend « qu il y a 
un artifice de faire une petite incision à un œuf, avec la 
pointe d’un tranche-plume bien affilé, par laquelle on 
fourre dedans de petits billets de papier écris des deux 

cottez.puis on la repiastre avec de la craye oucéruse 

et de la chaulx vive empastées avec de la glaise ». 

L’idée est originale, mais d’une application difficile, en 
temps de guerre ou dans une chancellerie. 

Les procédés analogues sont aussi enfantins, il faut 
donc chercher ailleürs et étudier les autres moyens pro¬ 
posés pour cacher ou déguiser sa pensée. 


LES ENCRES SYMPATHiaUES 

Un procédé bien vieux consiste à écrire la dépêche 
avec une encre sympathique, c’est-à-dire avec une sub¬ 
stance liquide, qui ne laisse aucune trace sur le papier 




260 LA CRYPTOGRAPHIE 

et qui réapparaît lorsqu’on la soumet à l’action de cer¬ 
tains corps. 

On procède de la manière suivante ; On écrit avec de 
l’encre ordinaire sur une feujlle de papier une lettre insi¬ 
gnifiante, qui ne peut éveiller aucun soupçon et ne 
permet pas de supposer qu’elle n’est pas l’expression de 
la pensée de celui qui l’écrit, puis on trace sur la marge 
ou dans l’interligne avec de l’encre sympathique ce qu’on 
veut faire savoir secrètement. 

Les substances les plus diverses entrent dans la com¬ 
position des encres sympathiques. Le plus généralement 
on se sert de celles dont les caractères reparaissent 
lorsque le papier est fortement chauffé, c’est ainsi qu’on 
peut écrire avec du lait, du jus de cerise, du jus d’oignon, 
du jus de citron, du vinaigre, dont on verra se dessiner 
les caractères, sous l’influence de la chaleur, en tons 
rougeâtres, verdâtres, noirâtres, brun ou rouge pâleL 

Tous ces procédés datent d’une longue ancienneté. 

Rabelais nous en a conservé le souvenir au sujet d’une 
lettre que renfermait un anneau d’or ; cette lettre, adressée 
à Pantagruel, ne portait rien d’écrit. Panurge, l’illustre 
Panurge, cherche à découvrir le contenu « de la feuille 
de papier, qui estoyt escripte, mais l’estoyt par telle 
subtilité que l’on n’y voyoit point d’escripture. 11 la 
mist, dit Rabelais, auprès du feu pour veoir si l’escrip- 
ture estoyt faicte avec du sel ammoniac détrempé en 
eaue. Puys la mist dedans l’eaue pour sçavoir si la 
lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys, la 
montra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du 
jus d’oignons blancz. » 

La plus curieuse de ces encres est, sans contredit, 
celle qui a été découverte par Waitz, au commencement 
du siècle dernier : elle consiste en une dissolution de 





les encres SYMPATHICLUES 201 

chlorure de cobalt très pur dans une quantité d’eau 
distilléesuffisante pour qu’on n’aperçoive plus la couleur 
de la solution dans un flacon de verre blanc. 

Les caractères, tracés avec cette encre sur du papier, 
disparaissent à froid, mais aussitôt qu on chauffe la 
feuille, on voit les caractères se dessiner en bleu; si on 
laisse refroidir, l’écriture disparaît complètement. 

On connaît les amusements qui sont basés sur certaines 
encres qui ont la propriété d’apparaître à la chaleur : 
telles sont celles qui s’obtiennent en ajoutant au chloiure 
de cobalt une petite quantité de chlorhydrate de tritoxyde 
de fer et qui verdissent à la chaleur. C’est pourquoi,^ si 
on dessine à l’encre de Chine un paysage d’hiver et qu on 
indique avec l’encre préparée des feuilles aux arbres et 
du gazon aux prairies, tant qu’on ne chauffe pas, on 
aperçoit un paysage d’hiver; aussitôt qu’on éleve la tem¬ 
pérature, le paysage change et on voit apparaître un 
paysage d’été! _ 

L’acide sulfurique, étendu de dix fois son poids d eau, 
produit, sous l’action de la chaleur, une couleur bleue 
ineffaçable. . . 

Enfin on obtient une belle coloration pourpre, lorsque 
l’on passe une solution de chlorure d’étain sur l’écriture 
invisible tracée avec du chlorure d’or. 

Un tel procédé est devenu illusoire et si cette méthode 
de correspondance n’est pas suffisante entre particuliers, 
elle est inapplicable à plus forte raison, lorsque les 
membres d’un gouvernement veulent transmettre des 
ordres à un de leurs représentants à 1 etranger. 

Nous touchons à la fin de cette étude des divers pro¬ 
cédés proposés ou utilisés pour dissimuler sapensee et 
on ne sait quel est le plus grand plaisir de constater 
les nouveaux moyens mis en œuvre pour voiler une 
correspondance ou les merveilleux efforts tentes pour 
en percer le mystère. 


262 


LA CRYPTOGRAPHIE 




Lï -LANGAGE CONVENU 

Un mode particulier de correspondance sécrète con¬ 
siste en ce que l’on nomme langage convenu. 

Il repose sur l’emploi de mots qui, pris isolément, ont 
un sens propre, mais qui, lorsqu’ils sont liés ensemble, 
ne forment pas de phrase ayant un sens compréhensible ; 
ce sont parfois aussi des mots pris dans une acception 
convenue, différente de leur signification réelle. 

Nous avons déjà parlé du fameux Ave Maria de- 
l’abbé Tritème. 

Un fort joli exemple en est rapporté par le général 
Pierron' : c’est une lettre envoyée par un espion au 
quartier général autrichien. 

Mon cher ami. 

Je compte que vous avez reçu ma lettre précédente, je suis arrivé 
ce matin à 5 heures à Trieste. Une heure après mon arrivée, je me 
suis mis en quête des marchandises que vous désirez. J’ai constaté 
sur la place la présence des articles suivants : i quintal cannelle 
(forteresse), de médiocre qualité; 2 caisses de limons (canons), de 
grosseur moyenne; dito 60 caisses limons (canons), d’une espèce 
inférieure; elles ne se trouvent pas loin du quai; 4 caisses d’oranges 
(redoutes); 2 barils d’anguilles (magasins) ; 400 sacs de riz (quin¬ 
taux de poudre)... 

Un curieux spécimen est fourni par une lettre de 
M""' de Saint-André au prince de Condé, emprisonné, . 
en 1560, à Orléans, à la suite de la conjuration d’Am- 
boise : 


Croyez-moi, prince, préparez-vous à 
la mort. Aussi bien vous sied-U mal de 
vous défendre. Qui veut vous perdre est 
ami de l’État. On ne peut rien voir de 


I Général Pierron, Méthode de gu 


263 


le langage des fleurs 

plus coupable que vous. Ceux qui 
par un véritable zèle pour le roi, 
vous ont rendu si criminel, étaient 
honnêtes gens et incapables d’être 
subornés. Je prends trop d’mteret a 
tous les maux que vous avez faits en 
votre vie pour vouloir vous taire 
que l’arrêt de votre mort n’est plus 
un si grand secret. 

Le sens de cette lettre ne laisse aucun doute sur les 
sentiments de la personne qui l’a écrite ; il 
de même, lorsqu'on lui donne le véritable sens qu elle 
doit avoir. En ne lisant que les première, troisième, 
cinquième, septième lignes, on obtient ; 

Croyez-moi, prince, préparez-vous à 
vous défendre. Qui veut vous perdre 
est plus coupable que vous, etc... 

Cette sorte d’écriture secrète ne peut être utiHsée que 
dans des cas fort restreints ; de plus, ^ 

application coûteuse pour les transmissions electnques. 

le langage des fleurs 

Toutes les fleurs nous sont de vivantes leçons, dit 
Henry Peacham, où se lit la volonté sacree de Diem 
Les Chinois ont un alphabet 

-“c^s sr rsSs s „.c 

les fleurs a pris un grand développement. 

Voici le sens attaché à certaines fleurs . 


Amarante. 
Anémone. 
Basilic. . 


Jour. 

Réjouissance. 

Affliction. 






264 


LA CR.YPTOGRAPHIl 


Camomille.Médecin, patience. 

Chèvrefeuille.Distinction, fidélité dans les 

affections. 

Cresson.Promenade. 

Géranium.Navire, voyage par mer. 

Giroflée blanche.Demain, l’avenir, amour chaste. 

Giroflée rouge.Aujourd’hui, le présent,beauté. 

Giroflée violette.Hier, le passé. 

Hyacinthe.Ami ou amie. 

jasmin.jardin. 

jasmin d’Espagne.Visite. 

Lierre..Éternité, ingratitude. 

Marguerite.Demande, humilité. 

Menthe. . Crainte. 

Muguet. . . ... . . Innocence, bonté. 

Myrte. ....... Épouse. 

Narcisse.Je, moi. 

CEillet. . Homme. 

Oranger (fleur d’).... . Richesse. 

Oreille d’ours.Sœur ou frère. 

Ortie.Fidélité, trahison. 

Pavot. . .... Nuit, prison. 

Pensée.Veuf ou veuve. 

Pied-d’alouette.Voyage. 

Primevère.Mort. 

Renoncule. ..Soldat. 

Réséda.. . Cher. 

Romarin.Pleurs, affliction, congé. 

Rose.jeune fille, haine du vice. 

Rose blanche.Constance en amour. 

Rose jaune.Infidélité. 

Sariette.Espérance au milieu des revers. 

Tournesol.De bonne tenue. 

Tubéreuse.Supérieur. 

Violette.Patrie. 


Dans ce langage, lorsqu’un jeune habitant de Cons¬ 
tantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce message : 

« j’irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne 
heure, dans le jardin avec mon frère, homme de bien et distingué, 
qui t’aime, belle jeune fille, et qui veut t’épouser. » 


































LE LANGAGE DES FLEURS 


265 


11 envoie les fleurs suivantes avec des numéros 
d’ordre: narcisse, jasmin d’Espagne, ‘‘.^seda, hyacinthe 
bleue giroflée blanche, tournesol, jasmin, oreille d ouïs, 
St r couleur brun sombre, chèvrefeu,lie, rose 
rouge, deux myosotis, myrte*. ^ 

Le moyen âge n’ignorait pas la signification symbo¬ 
lique donnée aux diverses fleurs; nous nous bornerons 
à mentionner un petit vocabulaire que 
manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles, 
nous en reproduisons fidèlement le style suranné. 


Bourrache. 

Buglosse. 

Chanvre. 

Genêt. 

Genêt (fleur de). . . . 

Giroflée blanche. . . . 

Giroflée rouge. . . . • 

Hysope.. 

Laitue. 

Lavande.. • 

Lys. 

Marjolaine grosse. . . . 

Marjolaine menue. . . . 

Ortie. 

Pavost. 

Piment. 

Rose blanche. 

Rose blanche (bouton de). 

Rose rouge. 

Rose rouge (bouton de). 
Rose de Provins. . . . 

Rose doublée de rose mi 

quette. 

Rose musquette. . . . 

Rosmarin. 

Rosmarin coupé au boult. 


Reproche. 

, Légèreté. 

Défiance. 

. Adresse. 

. Pour amour j’endure. 
. Amour chaste. 

. Beauté. 

. Amertume. 

. Bonnes nouvelles 
. Travers. 

. Ingratitude. 

. Foi. 

. Mensonge. 

. Bonté. 

. Trahison. 

. Douleur. 

. J’ay bon vouloir. 

. Je vous ayme. 

. Largesse. 

. Angoisse. 

. Soyez secret. 

. Occasion. 

je vous refuse. 

. Congé. 

. Amour sans fin. 


Bibliophile Jacob, la Cryptographie. 





















266 


LA CRYPTOGRAPH) 


Saulge grosse. 

Saulge menue. 

Thym. ....... 

Thym coupé. 

Violette de mars blanche. . 
Violette de mars bleue. . . 

Violette d’oultremer. . . . 

Violette d’hiver. 

Violette jaune. 


Entreprise 
Chasteté. 
Persévérance. 
Vous parviendrez. 
Bon espoir. 
Douleur. 

Patience. 

Temps perdu. 
Contentement. 


Un écrivain moderne, se basant sur quelques consi¬ 
dérations botaniques ou sur les récits de la mythologie, 
a composé un dictionnaire du langage des fleurs; nous 
en transcrivons une partie. 


Abandon. 

Agitation. 

Amabilité. 

Amertume, douleur. . . . 

Amour. 

Amour conjugal. 

Amour maternel. 

Audace. 

Austérité. 

Beauté capricieuse. 

Bienfaisance. 

Bienveillance. 

Consolation. 

Constance. 

Courage. 

Cruauté. 

Dédain. 

Délicatesse. 

Désespoir. ...... 

Désir. 

Docilité. 

Élégance.. . 

Fécondité. 

Félicité. 


Anémone. 

Absinthe. 

Sainfoin oscillant. 
Epine-vinette, 
jasmin blanc. 

Lierre. 

Myrte. 

Tilleul. 

Mousse. 

Mélèze. 

Chardon. 

Rose musquée. 

Jacinthe. 
Perce-neige. 
Pyramidale bleue. 
Peuplier noir. 
Ortie. 

Œillet jaune. 
Bleuet. 

Soucis et cyprès. 

jonquille. 

jonc des champs. 

Rose trémiêre. 
Centaurée. 
































langage des 


iURS 


267 


Fierté. 

Franchise. 

Frugalité. . ^ • 

•Générosité. 

Gentillesse. 

Haine. 

Honte. 

Immortalité. 

Indépendance. 

Injustice. 

Jeunesse.. 

Naïveté. 

Noirceur... 

Prospérité. 

Prudence. 

Pureté. . . 

Reconnaissance. 

Silence. .. 

Simplicité. 

Sommeil éd cœur. 

Tranquillité. 

Vérité. 

Vice. .. 

Volupté. . ,. 


Amaryllées. 

Osier. 

Chicorée. 

Oranger. 

Rose pompon. 

Pivoine. 

Amarante. 

Prunier sauvage. 
Houblon. 

Lilas blanc. 

Argentine. 

Ébénier. 

Hêtre. 

Cormier. 

Épi de la Vierge. 
Agrimoine. 

Mûrier blanc. 

Rose blanche. 
Fougère. 

Pavot blanc. ^ 
Alysse des rochers. 
Morelle douce-amère. 
Ivraie. 

Tubéreuse. 


Est-il besoin de faire remarquer que plusieurs de ces 
significations sont pour le moins très contestables. 

Quoi qu’il en soit, combien de cœurs poétiques et 
amoureux ont palpité d’espoir à l’envoi d’un bouquet 
composé d’après le? préceptes que nous venons d expo¬ 
ser! Quand aux occultistes, ils voient, dans ces sympa¬ 
thies de deux âmes qui s’ignorent, autre chose que 
l’appel dutempérarnent;pour eux, c’est 1 image réduite 
de l’harmonie universelle, c’est la vibration initiale de 
la vie future et comme un rayonnement de la puissance 
divine. 

























Troisième Partie 

OCCULTISME PHILOSOPHIQUE 


CHAPITRE PREMIER 
LES LOIS DE LA NATURE CHEZ LES ANCIENS 

LA SCIENCE DANS l’ANTIQ.UITÉ 

Les travaux des savants modernes ont mis hors de 
doute que les anciens avaient acquis une connaissance 
parfaite des lois de la nature. Non seulement ils avaient 
étudié les lois de l’Univers tangible, mais aussi de 
l’invisible. 

Ils expliquaient même l’invisible par le visible. 

Nous ne saurions donner ici l’exposé complet des mé¬ 
thodes qu’ils employaient : on les trouvera exposées avec 
les détails qu’elles nécessitent dans le volume que nous 
consacrerons à la magie L 

Il est de toute nécessité, néanmoins, d'en donner un 
aperçu général : 

« Notre but est simple et évident; il consiste à dé¬ 
montrer, par une voie scientifique nouvelle, quoique 

* G. Plytoff, La Magie, l'alchimie, l'astrologie et la philosophie occulte, 
J -B. Baillière, Paris, 1891. 





^ SYNTHÈSE — l’analogie 


269 


très connexe avec les idées antiques, que le fondement 
des dogmes religieux a sa base, non pas dans les fables 
populaires; inventées je ne sais sous 1 influence de quel 
cauchemar inconnu, mais certainement sur des doc¬ 
trines mathématiques et physiques, dont la trace s est 

'^^Cest en effet aux théories antiques — que les beaux 
travaux d’Eliphas Levi. de Papus, de Stanislas de Guaita 
et de tant d’autres bons esprits nous ont fait connaître, 
_que l’on doit les méthodes de l’occultisme. 


Pour bien saisir l’esprit des textes antiques et pour en 
dégager le sens réel, il convient de se penetrer de la 
méthode que les anciens employaient dans leurs écrits. 
Ceci est d’autant plus nécessaire que cette méthode es 
absolument opposée à celle que l’on suit de nos jours. 

A notre époque, lorsqu’on veut étudier un pheno 
mène, on tâche d’en saisir l’ensemble et de le décom¬ 
poser en ses parties constitutives; on en fait 1 analyse. 
Autrefois, on en faisait la synthèse : c’est-à-dire qu avec 
les données acquises on tentait d’en expliquer 1 en- 

Dévolus, il faut se bien mettre dans l’esprit que les 
anciens, comme nous l’avons dit, cherchaient toujours 
à dégager le rapport constant qui lie le visible a 1 in¬ 
visible. 

l’analogie 

La seconde loi sur laquelle ils s’appuyaient était la 




5, U Chimie nouvelU, Paris 1854. 


_ complètem 

Papus que l’on doit 




270 LES LOIS DE LA NATURE CHEZ LES ANCIENS 

loi de l’analogie. Le principe sur lequel elle était basée, 
bien qu’il soit dissimulé la plupart du temps se retrouvé 
dans les sciences modernes : l’anatomie philosophique, 
la botanique, etc. 

C’est ici qu’il y a lieu de bien faire saisir la différence 
absolue qui existe entre les idées d’analogie et de simili¬ 
tude. La main, dans le corps humain, est l’analogue du 
pied, quoi qu’elle ne lui soit pas semblable ; le bras, 
l’analogue de la jambe, le poumon l’analogue de l’es¬ 
tomac et cependant ces organes sont loin de se res¬ 
sembler. 

Pour bien faire saisir l’avantage de cette méthode, il 
nous suffira de montrer qu’elle procède à la fois de la mé¬ 
thode inductive et de la méthode déductive, sans avoir les 
mêmes inconvénients. C’est donc cette loi de l’analogie 
que l’on devra toujours employer, pour saisir le sens des 
textes hermétiques. 


LE TERNAIRE 

La troisième loi employée parles anciens était la loi du 
ternaire. Le passage suivant d’Éliphas Levi fixe bien 
l’origine de cette loi *. « Lesanciens mages, ayant observé 
que l’équilibre est, en physique, la loi universelle et 
qu’il résulte de l’opposition apparente de deux forces, et 
concluant de l’équilibre physique à l’équilibre métaphy¬ 
sique, déclarèrent qu’en Dieu, c’est-à-dire dans la pre¬ 
mière cause vivante et active, on devait reconnaître deux 
propriétés nécessaires l’une à l’autre, l’instabilité et le 
mouvement, équilibrés par la couronne, la force su¬ 
prême. » 

Sans nous élever à ces conceptions que nous déve¬ 
loppons ailleurs®, et, restant sur le terrain des sciences 

I Eliphas Lévi, Dogme et rituel de haute magie. 

* Voyez P\ytoïï, La Magie, Paris, 1891. 



le ternaire 


271 

matérielles, nous retrouverons dans la nature cette loi 
du ternaire. C’est ainsi que nous voyons la lumière, op¬ 
posée à l’ombre, donnant comme résultante la pénombre, 
le chaud, opposé au froid, donnant le tiède, l’attraction, 
opposée à la répulsion, donnant l’équilibre, etc. 

11 est inutile de pousser plus loin les exemples de cette 
loi du ternaire qui se retrouve partout dans la nature. 

Pour corroborer ces idées, remarquons que, dans le 
corps humain, il existe trois grands centres possédant 
chacun ses membranes propres, ce sont : le ventre, la 
poitrine et la tète. 

Cette remarque appartient à Gérard Encausse . 

Si nous considérons l’être humain, nous voyons de 
suite ces trois grands centres nettement déterminés, 
ainsi que le rôle qu’ils sont appelés à jouer. Un occultiste 
a fort bien déterminé les propriétés de chacun : « En 
haut le monde de l’idèe comprenant le cerveau et ses 
ganglions, le cervelet et la circulation psychique ; au 
milieu le monde de la vie comprenant les poumons, le 
cœur, les organes de la circulation avec le grand sym¬ 
pathique, comme centre de réserve du corps astral{û\i\àe 
nerveux mis en réserve) ; en bas, entre le diaphragme 
supérieurement et le péritoine inférieurement, le monde 
de la matière, comprenant les organes situés dans l’ab¬ 
domen et les réservoirs matériels de l’organisme. » 

1 Gérard Encausse, Essai de physiologie synthétique, Paris, 1889. 




272 ÉLÉMENTS DES SCIENCES OCCULTES SUPÉRIEURES 


CHAPITRE 11 

ÉLÉMENTS DES SCIENCES OCCULTES SUPÉRIEURES 

LA. MAGIE 

La magie, qui remonte à la plus haute antiquité, était 
l’apanage des castes sacrées, mais la science des mages, 
qui n’était en somme que l’application des nombreuses 
découvertes qu'ils avaient enregistrées, sortit bientôt des 
temples, et se répandit dans toutes les classes de la 
société. 

Quelques anciens prêtres mécontents, s’échappant 
des temples, mirent à profit les connaissances qu’ils y 
avaient acquises. Ils voulurent se faire passer pour des 
êtres privilégiés et exploitèrent la crédulité publique 
sous les noms de magiciens, à’enchanteurs, de goétiens, 
de devins, etc. 

D’après ce que nous venons de dire, on voit donc que 
la magie se divise en magie bienfaisante ou magie blanche 
et magie malfaisante ou magie noire ou goétie. 

Or, la magie n’a rien que de fort naturel, le surnaturel 
dans les sciences occultes est absolument banni et l’on 
doit considérer comme charlatans tous ceux qui se disent 
possesseurs d’un pouvoir surnaturel. 


BUT DE LA MAGIE 

Nous allons exposer les principes de la magie comme 
une simple curiosité, sans plaider le pour ni le contre, 
sans les soutenir ni les attaquer. 

La magie est la mise en usage des propriétés psychi¬ 
ques acquises pendant les divers degrés de l’initiation. 


but de la magie ^73 

Les Anciens admettaient l’existence de la vie répandue 
universellement dans la nature, ainsique l’influence aussi 

nnivpr^^GllC dc VOlOfltC. ^ , . 

C’est donc au développement de la volonté que doit 
tendre toute tentative faite dans le but de commander 

le -onde sensible serait 

pénétré, de toutes parts, d’un autre monde P-ement 
spirituel, trop subtil pour etre perceptible a nos^ sens 
en un mot, le monde visible serait impregne d u 
monde invisible, lequel serait peuple d esprits de plu 

"^îSÏS:ÎSmntsaubiencomm^umal po^.^^ 
devenir des instruments de 1 un ou de aut • 
désignés sous le nom d’esprits élémentaires 

ifs autres, vestiges vitaux des Sommes incomplète 
ment développés, des volontés perverses et des su cides 
sont désignés sous le nom de larves. Ce sont des etres 
spirituels, incessamment guidés par de®désirs inassouv^^ 

^Enfin d’après la théorie indoue, le monde invisible 
seraf p’euplé'e de nos idées, qui, dès leur c -mn pren¬ 
draient une forme et agiraient comme des etres reds 
L’agent, au moyen duquel toutes ces forces mtellec 
tuelles seraient données, serait la wtowfe. 

D’après la théorie Pythagoricienne les facuUes hu 
maines varient en raison de la ^olonte, m ePe® so 
dans un état d’équilibre instable, -diffe en es au bien 
comme au mal; il en est de meme, ainsi que 

^^s?de:trrh::^^rss-voio^é,désimnt 
cependant se mettre en rapport avec le monde mv.sjb^^- 
il en résulte oue les larves, créations perverses. 

Il “"en d'aügme„.er leur faible vie au detnmen.de 
celle du consultant. gy 

Anciennement, ces hommes au p 




274 ÉLÉMENTS DES SCIENCES OCCULTES SUPÉRIEURES 

de volonté, auraient constitué les sorciers et actuellement 
formeraient les médiums, parmi les spirites. 

La seule différence entre un mage et un sorcier, c’est 
que le premier sait ce qu’il veut, ce qu’il fait (et il ne 
doit vouloir et faire que le bien), tandis que le sorcier 
ignore absolument ce qui résultera de ses pratiques. 


L’influence de la volonté est absolue et toutes les 
traditions sont unanimes à ce sujet. 

Hiéroclès dit que la volonté de l’homme peut influer 
sur la Providence, lorsque, agissant dans une âme 
forte, elle est assistée du secours du ciel et opère avec 
lui. 


Ceci est une partie de la doctrine enseignée dans les 
mystères, dont on défendait la divulgation aux profanes. 
Selon cette doctrine, dont on peut reconnaître d’assez 
fortes traces dans Platon, la volonté, évertuée par la 
foi, pouvait subjuguer la nécessité elle-même, com¬ 
mander a la nature et opérer des miracles. Elle était 
le principe, sur lequel reposait la magie des disciples de 
Zôroastre. Jésus, en disant paraboliquement que, au 
moyen de la foi, on pouvait ébranler des montagnes, ne 
faisait que suivre la tradition théosophique connue de 
tous les sages. « La droiture du cœur et la foi triomphent 
de tous les obstacles, » disait Meng-Tzée. — « Tout 
homme peut se rendre égal aux sages et aux héros 
dont les nations révèrent la mémoire, disait-il encore, 
ce n est jamais le pouvoir qui manque, c’est la volonté ; 

pourvu qu’on veuille, on réussit » 

ditBœhme, plus l’être est 
^ ^ puissamment inspiré. La volonté et la 

liberté sont une même chose. 

« C est la source de la lumière, la magie qui fait 


LES THÉORIES MAGIQ.UES 275 

quelque chose de rien. La volonté, qui va résolument 
devant soi, est la foi ; elle modèle sa propre forme en 
esprit et se soumet toutes choses ; par elle, une âme 
reçoit le pouvoir de porter son influence dans une autre 
âme et de la pénétrer dans ses essences les plus intimes. 
Lorsqu’elle agit avec Dieu, elle peut renverser des mon¬ 
tagnes, briser des rochers, confondre les complots des 
impies, souffler sur eux le désordre et l’effroi; elle peut 
opérer tous les prodiges, commander aux cieux, à la 
mer, enchaîner la mort même, tout lui est soumis. 
On ne peut rien nommer qu’elle ne puisse commander 
au nom de l’Éternel. L’âme, qui exécute ces grandes 
choses, ne fait qu’imiter les prophètes et les saints. 
Moïse, Jésus et les Apôtres. Tous les élus ont une 
semblable puissance. » 


LES THÉORIES MAGIQUES 


D’après la théorie indoue, le cerveau humain est un 
générateur de force cosmique, force qu’il tire de l’énergie 
de la nature brute. Or, l’adepte devait avoir fait de lui- 
même un centre rayonnant de force. Telle serait l’origine 
du pouvoir, que certains hommes possèdent, de projeter 
et de matérialiser dans le monde visible les formes que 
leur imagination a conçues dans le monde invisible avec 
de la matière cosmique inerte. 

Du reste, ainsi qu’on peut le remarquer, l’adepte ne 
crée rien, il ne fait aucun miracle, il ne fait qu’utiliser 
des matériaux en suspension autour de lui, il n’a qii à 
vouloir pour rappeler un corps à sa formé objective. 

Les rapports du monde visible à l’invisible avaient été 
appliqués par les Anciens à tous les êtres spirituels que 
nous avons vus et les mages leur avaient donné des 
noms auxquels ils répondaient. 






276 ÉLÉMENTS DES SCIENCES OCCULTES SUPERIEURES 

Les adeptes savaient la chaîne par laquelle un objet, 
quel qu’il soit, devait passer pour remonter à l’intelli- 
j, gence de qui il tenait sa forme. 

; Leur aide ne servait qu’à une chose, à concentrer 

autour de l’adepte une plus grande quantité de force 
universelle et de mouvement, au moyen desquels il pou- 
^ vait, suivant l’intensité de ses forces psychiques, pro¬ 
duire des résultats plus ou moins remarquables. 

D’après les mêmes théories, dont nous suivons les 
développements dans Papus, tout ce qui est, fut ou sera 
étant stéréotypé dans la lumière astrale, l’adepte peut 
savoir, en usant de la vision de son esprit, tout ce qui 
est, fut ou sera connu. 

En résumé, la magie est la sagesse de l'esprit, et la 
nature la servante du magicien, à la disposition duquel 
elle doit mettre tous ses principes. 

Un principe vital commun (lumière astrale) remplit 
toute chose et ce principe subit l’influence de la volonté 
humaine. Sous la domination de sa volonté, l’adepte 
initié peut stimuler à un degré inouï les mouvements 
des forces naturelles, dans les animaux et dansles plantes 
(exemple : les plantes que les brahmes font pousser en 
deux heures). 

L’adepte peut encore dominer les sensations et altérer 
les conditions des corps physiques et astraux des non- 
adeptes. 11 a encore sous sa dépendance absolue les 
élémentals, mais son pouvoir s’arrête à VEsprit immortel 
des vivants et des morts, qui sont des parties de l’es¬ 
sence divine et ne peuvent être soumis à aucune influence 
étrangère. 

Pour terminer, indiquons une phase magique qui est 
fréquemment atteinte chez les brahmes. Je veux parler 
de l’extraction volontaire et consciente de l’homme du 
dedans (forme astrale), hors de l’homme physique. 

Les mages expliquent un phénomène semblable. 



les théories MAGiaUES 277 

au’on remarque chez les médiums (spirites), par une 
Conscience ; ils disent que cette partie du corps astral 
est involontaire et que le médium, dans ce cas, est tou- 
iours plongé dans un état de catalepsie plus ou moins 
prononcé tandis que chez les adeptes, le corps physique 
œnCve son apparence normale et que ceux-ci sem¬ 
blent seulement plongés dans la reflexion. 

La forme astrale, une fois émanee du corps, ne ren¬ 
contre plus aucun obstacle, l’espace et le temps ne 
l’empêchent pas d’accomplir ses désirs. 

On cite des thaumaturges, qui auraient fait en soi te 
nue leur corps semblât disparaître ou prendre a leur gre 
SL for,C qu’ils désiraient. Ces apparences diverses 
ne seraient que l’effet d’une suggestion du ^aumatui ge 
propagée de proche en proche par une hallucination 
Lesmérique collective des sens des témoins, qui, au 
réveil, sont persuadés de la réalité des suggérés 
Tandis que le corps astral peut se déplacer, le corps 
physique obéit aux lois naturelles, sauf 
cas spéciaux, qu’on nomme lévitation. Les J*® ’ P 
exemple, peuvent alléger leur corps jusqu a s enlever 

^^La pTaüque de la magie apprend que tous ces phé¬ 
nomènes ?eposent sur trois ordres de connaissances 

lÎ plantes ont des propriétés ^ 

l’initié sait faire usage. Si nous connaissons le hasch^h 
ou l’opium, et si même nous les considérons comm 
occasionnant des désordres f ’ ^e^t 

très plantes possèdent des effets dont les mages tirent 

''Î On rencontre un grand nombre de métaux dont 
les effets occultes doivent etre connus du mage. Les 
Lhî soTidenticues à celles de raiman. sur le 
fer. 



278 LA KABBALE ET SES APLLICATIONS 

3 “ Enfin la pratique du magnétisme et de l’électricité 
dans leur rapport avec le règne animal et avec l’homme’ 
forment une des bases de la magie. 


CHAPITRE 111 

LA KABBALE ET SES APPLICATIONS 


au’EST-CE Q.UE LA KABBALE? 

Le mot kabbale vient de l'hébreu, habbala, qui veut 
dire tradition ; il sert en effet à perpétuer une tradition 
sans laquelle on ne peut comprendre le vrai sens des 
livres de l’Ancien Testament. 

Les rabbins, qui soutiennent cette doctrine, disent 
que la kabbale fut directement révélée à Adam, puis à 
Abraham et enfin à Moïse, que, depuis lors, elle s’est 
transmise par la voie orale, sans rien perdre de sa pureté. 

De même que la Massore donne l’explication littérale 
du langage de l’Ecriture Sainte, de même, la kabbale 
enseigne les vérités cachées, dont l’Ecriture n’est que le 
symbole. 

Chaque verset, chaque mot, chaque lettre contient 
un sens figuré et un sens direct ; parfois même, ce sens 
figuré est multiple, car, en kabbale, on peut interpréter 
un mot : 1 ° d’après la valeur numérale ou arithmétique 
des lettres qui les composent; 2 ° d’après la signification 
de chaque lettre considérée isolément, le mot consti¬ 
tuant, dans ce cas, une sentence entière ; 3 “ au moyen 
de certaines transpositions de lettres. 

Le premier procédé est appelé Gématria, corruption 
du mot grec Geometria. 




les principes ALCHIMiaUES 279 

Le deuxième est nommé Notarilwn, du mot latin nota, 

"Te'troisième procédé, le plus ancien des trois, a reçu le 
nom de Thémurah, qui, en hébreu, veut dire changement, 

'’^En^Tsumé, d’après certains auteurs, la Bible est 
incompréhensible sans certaines explications sécrétés. 
Ce serait l’histoire ésotérique d’une science esotenque 

absolue. .... 

La clé de ce sens ésotérique aurait ete donnée ora¬ 
lement, par Moïse, à certains hommes choisis et trans¬ 
mise ainsi de génération en génération. Cependant, a une 
certaine époque, la peur de perdre la tradition aurait 
déterminé ses possesseurs à l’écrire, le plus symboli¬ 
quement possible. , . , 

De là, l’origine des deux livres fondamentaux de la 
kabbale ; le Sepher Jesirah et le Zohar. , .. , 

Nous ne nous lancerons pas dans l’étude de la kabbale, 
parce que la connaissance de l’hébreu est indispensable, 
pour pouvoir y faire quelque progrès. 


CHAPITRE IV 
L’ALCHIMIE 


LES PRINCIPES ALCHIMiaUES. 

ET LA PANACÉE 


LA PIERRE PHILOSOPHALE 
UNIVERSELLE 


Les travaux des alchimistes prenaient le nom de 

Grand Œuvre. . 1 ., 

Posons d’abord bien la question. Qu est-ce que la 
pierre philosophale? Une poudre, qui transforme en or 



28 o 


l’alchimie 

le mercure ou le plomB en fusion, sur lesquels on en 
. déposé une pincée; qui constitue un dépuratif énergique 
pour le sang, et rétablit par absorption, un malade quel 
quil soit; qui agit enfin de même sur les plantes en 
les faisant croître, mûrir, fructifier en quelques heu’res 
Voila le desideratum. En réfléchissant, on s’aperçoit 
que ces trois vertus de la pierre philosophale n’en con¬ 
stituent à proprement parler qu’une seule : augmentation 
de l’activité vitale. Voilà pourquoi les alchimistes ap¬ 
pellent leur science, la médecine des trois règnes. 

Pour rester dans le domaine idéologique, les alchi¬ 
mistes, cachaient le Grand Œuvre, sous des histoires 
symboliques. 

Les aventures de Vénus, de Vulcain et de Mars, sont 
classiques, parmi les alchimistes. 

Sous la dénomination de pierre philosophale, les savants 
comprenaient une substance quelconque, soit solide, soit 
liquide, ayant la propriété de multiplier l’or ou l’argent. 
Cette recherche pouvait se faire de deux façons diffé¬ 
rentes : par voie sèche ou par voie humide. 

La première méthode, résultant de la calcination, don¬ 
nait la pierre philosophale sous forme d’une poudre 
blanche ou rouge, qui constituait la poudre de projection. La 
blanche, projetée sur le métal inférieur, ne pouvait 
donner naissance qu’à de l’argent, tandis que la rouge 
produisait de l’or. 

Raymond Lulle, qui passe pour avoir obtenu la pierre 
phfiosophale, à laquelle il donne le nom à’élixir des sages, 

1 obtint par une voie diamétralement opposée, la voie 
humide, la distillation. 

Quant à \2, panacée universelle, sa recherche ne faisait, 
dans le principe, qu’une seule et même étude avec la 
pierre philosophale, car les alchimistes croyaient que 
celle-ci devait posséder les vertus de guérir tous les 
maux. 





LCHIM lE 


d Helvétius, était un des adversaires les plus décidés de 
1 alchimie, il s’était même rendu célèbre par un écrit 
contre la poudre sympathique du chevalier Digby. 

Le 27 deœmbre 1666, il reçut à la Haye la visite d’un 
etranger vêtu, dit-il, comme un bourgeois du nord de 
la Hollande et qui refusait obstinément de faire con¬ 
naître son nom. Cet étranger annonça à Helvétius que 
sur le bruit de sa dispute avec le chevalier Digby, il 
était accouru pour lui porter les preuves matérielles 
de 1 existence de la pierre philosophale. Dans une longue 
conversation, l’adepte défendit les principes hermétiques, 
et pour lever les doutes de son adversaire, il lui montra 
dans une petite boîte d’ivoire, la pierre philosophale. 
C était une poudre d’une métalline couleur de soufre. En 
vain, Helvétius conjura-t-il l’inconnu de lui démontrer 
par le feu les vertus de sa poudre, l’alchimiste résista à 
toutes les instances et se retira en promettant de revenir 
dans trois semaines. 

« Tout en causant avec cet homme et en examinant 
la pierre philosophale, Helvétius avait eu l’adresse d’en 
détacher quelques parcelles et de les tenir cachées sous 
son ongle. A peine fut-il seul, qu’il s’empressa d’en 
essayer les vertus. 11 mit du plomb en fusion dans un 
creuset et fit la projection. Mais tout se dissipa en 
turnee ; il ne resta dans le creuset qu’un peu de plomb 
et de terre vitrifiée. 


« Jugeant dès lors cet homme comme un imposteur, 
Helvetius avait à peu près oublié l’aventure, lorsque, 
trois semaines après et au jour marqué, l’étranger 
reparut. Il refusa encore défaire lui-même l’opération; 
majf, cedant aux prières du médecin, il lui fit cadeau 
d un peu de sa pierre, à peu près la grosseur d’un grain 
de millet. Et, comme Helvétius exprimait la crainte 
qu une si petite quantité de substance ne pût avoir la 
moindre propriété, l’alchimiste, trouvant encore le 




LES PRINCIPES ALCH 1 MIQ.UES 283 

cadeau trop magnifique, en enleva la moitié disant que 
le reste était suffisant pour transmuer une once et demie 
de plomb. En même temps, il eut soin de faire connaître 
avec détails les précautions nécessaires à la réussite de 
l’œuvre, et recommanda surtout, au moment de la pro¬ 
jection, d’envelopper la pierre philosophale d’un peu de 
cire afin delà garantir des fumées du plomb. Helvétius 
comprit en ce moment pourquoi la transmutation qu’il 
avait essayée avait échoué entre ses mains ; il n’avait pas 
enveloppé la pierre dans de la cire et négligé par consé¬ 
quent une précaution indispensable. 

« L’étranger promettait d’ailleurs de revenir le len¬ 
demain, pour assister à l’expérience. 

« Le lendemain Helvétius attendit inutilement, la 
journée s’écoula tout entière, sans que l’on vît paraître 
personne. Le soir venu, la femme du médecin ne pou¬ 
vant plus contenir son impatience, décida son mari à 
tenter seul l’opération. L’essai fut exécuté par Helvétius, 
en présence de sa femme et de son fils. 

« Il fondit une once et demie de plomb, projeta sur le 
métal en fusion la pierre enveloppée de cire, couvrit le 
creuset de son couvercle et le laissa exposé un quart 
d’heure à l’action du feu. Au bout de ce temps, le métal 
avait acquis la belle couleur verte de l’or en fusion ; 
coulé et refroidi, il devint d’un jaune magnifique. 

« Tous les orfèvres de la Haye estimèrent très haut le 
degré de cet or. Povelius, essayeur général des mon¬ 
naies de la Hollande, le traita sept fois par l’antimoine 
sans qu’il diminuât de poids. » 

Telle est la narration qu’Helvétius a faite lui-rnême de 
cette aventure. Les termes et les détails minutieux de 
son récit excluent de sa part tout soupçon d imposture. 
11 fut tellement émerveillé de ce succès que c est à cette 
occasion qu’il écrivit son Vitulus aureus dans lequel il 
raconte ce fait et défend l’alchimie. 





■ LCHIM 


284 

Voici le récit de Bérigard, de Pise : 

« Je rapporterai, nous dit Bérigard, de Pise, ce qui 
rn’est arrivé autrefois, lorsque je doutais fortement qu’il 
fût possible de convertir le mercure en or. Un homme 
habile, voulant lever mon doute à cet égard, me donna 
un gros d une poudre, dont la couleur était assez sem¬ 
blable à celle du pavot sauvage, et dont l’odeur rap¬ 
pelait celle du sel marin calciné. Pour détruire tout 
soupçon de fraude, j'achetai moi-même le creuset, le 
charbon et le mercure chez divers marchands, afin de 
n’avoir point à craindre qu'il n’y eût de l'or dans aucune 
de ces matières, ce que font souvent les charlatans 
alchimiques. Sur dix gros de mercure, j'ajoutai un peu 
de poudre; j exposai le tout à un feu assez fort, et, en 
peu de temps, la masse se trouva toute convertie en 
près de dix gros d'or, qui fut reconnu comme très pur 
par les essais de divers orfèvres. Si ce fait ne m'e fût 
■point arrivé sans témoins, hors de la présence d'arbitres 
étrangers, j’aurais pu soupçonner quelque fraude ; mais 
je puis assurer avec confiance que la chose s’est passée 
comme je la raconte. » 

Ici c est encore un savant qui opère ; mais il connaît 
les ruses des charlatans et emploie toutes les précautions' 
imaginables pour les éviter. 

Enfin citons la transmutation de Van Helmont, pour 
édifier le lecteur impartial : 

En i6i8, dans son laboratoire de Vilvorde, près de 
Bruxelles, Van Helmotit reçut d’une main inconnue un 
quart de grain de pierte philosophale. Elle venait d’un 
adepte, qui, parvenu à la découverte du secret, désirait 
convaincre de sa réalité le savant illustre, dont les travaux 
honoraient son époquSi 

Van Helmont exécuta lui-même l'expérience, seul 
dans son laboratoire. AVec le quart de grain de la poudre 
qu il avait reçue de l’ihconnu, il transforma en or huit 


l’alchimie et la science moderne 


285 


onces de mercure. 11 faut convenir qu’un tel fait était 
un argument presque sans réplique à invoquer en faveur 
de l’existence de la pierre philosophale. Van Helmont, le 
chimiste le plus habile de son temps, était difficile a 
tromper; il était lui-même incapable d’imposture, et il 
n’avait aucun intérêt à mentir, puisqu’il ne tira jamais le 
moindre parti de cette observation. 

Enfin, l’expérience ayant eu lieu hors de la presence 
de l’alchimiste, il est difficile de comprendre cornment 
la fraude eût pu s’y glisser. Van Helmont fut si bien 
édifié à ce sujet, qu’il devint partisan avoué de l’alchimie. 

11 donna en l’honneur de cette aventure le nom de Mer- 
curius à son fils nouveau-né. Ce Mercurius Van Helmont 
ne démentit pas d’ailleurs son baptême alchimique; il 
convertit Leibnitz à cette opinion; pendant toute sa vie, 
il chercha la pierre philosophale et mourut sans 1 avoir 
trouvée, il est vrai, mais en fervent apôtre. 

Nous revenons donc, avec le principe universel de 
l’alchimie, aux forces occultes que nous avons dénom¬ 
mées Od des Hébreux et de Relchenbach, la Lumière 
Astrale des occultistes, le Mouvement de Louis Lucas, 
restitué par Papus, le Rouah Elohim de Moïse, 1 Aour 
des Kabbalistes, le Telesme d’Hermès Trismégiste. 

l’alchimie et la science moderne 

La science moderne est-elle en droit de bannir l’alchi¬ 
mie du domaine des recherches scientifiques, en tant 
que' pierre de transmutation des métaux ? 

Humphrey Davy pensait que les recherches hermé¬ 
tiques pouvaient donner des résultats heureux. 

Voici un passage que nous empruntoris a riotre 
grand chimiste, Dumas: « Serait-il permis, dit-il, d ad¬ 
mettre des corps simples isomeres? Cette Question 
touche de près à la transmutation des métaux. Résolue 



affirmativement, elle donnerait des chances de succès à 
la recherche de la pierre philosophale, il faut donc con¬ 
sulter l’expérience, et l’expérience, il faut le dire, n’est 
point en contradiction, jusqu’ici avec la possibilité de la 
transriiutation des corps simples. Elle s’oppose même à 
ce qu’on repousse cette idée comme une absurdité, qui 
serait démontrée par 1 état actuel de nos connaissances.» 

li en est de même de M. BerthelotS qui s’exprime 
ainsi : « Pourquoi ne pourrions-nous pas former le 
soufre avec l’oxygène, former le sélénium et le tellure 
avec le soufre, par des procédés de condensation conve¬ 
nables? Pourquoi le tellure, le sélénium ne pourraient- 
ils pas être changés inversement en soufre et celui-ci, 
à son tour, métamorphosé en oxygène? Rien, en effet! 
ne s’y oppose a priori... Assurément, je le répète, 
nul ne peut affirmer que la fabrication des corps réputés 
simples soit impossible a priori. La pierre philosophale 
n’est donc pas impossible. » 


CHAPITRE V 
L’ASTROLOGIE 


1.’ASTROLOGIE A TRAVERS LES AGES 

L enseignement du Temple apprend que la science 
divinatoire par excellence est l’Astrologie. 

L’Astrologie est née dans les premiers siècles de l’his¬ 
toire. G est en Chaldée qu’on retrouve son berceau. 

Les maîtres de la science consultaient le ciel comme 
un vaste livre, où chaque étoile, ayant reçu un nom et 


* Berthelot, Origines de l'Alchimie. 





INFLUENCE DES ASTRES 287 

la valeur d’une des lettres de l’alphabet hébraïque, tra¬ 
duisait la destinée des rois, des hommes et des empires 
soumis à l’influence des planètes. 

La nation juive en conserva pieusement les secrets. 
Un d’eux, Siméon ben Jochaï, auquel on attribue le 
fameux livre de Zohar, était parvenu, rapporte la tradi¬ 
tion talmudique, à posséder une connaissance si absolue 
des mystères du ciel, qu’il pouvait y lire les lois de Jehova, 
avant qu’elles ne se fussent fait sentir sur la terre. 

On conçoit la passion des juifs pour l’astronomie et, 
leurs penchants aidant, on s’explique le crédit qu'ils eurent 
au moyen âge, où ils avaient accès chez les rois et les 
princes, qui les comblaient d’honneurs et de richesses. 

Nous ne pouvons citer tous les astrologues dont le 
souvenir s’est conservé ; le plus célèbre de tous fut 
Michel de Nostredame, dit Nostradamus, médecin ordi¬ 
naire et astrologue du roi Charles IX. Son nom est reste 
populaire et ses prédictions, renfermées dans des vers 
énigmatiques et barbares, se réimpriment toujours. 

L’astrologie, qui se divisait en judiciaire, alchimiqueou 
magique, n’eut de règles fixes qu’à partir du xv' siècle : 
elle fleurit jusqu’au xvii» siècle 

Elle marcha longtemps de conserve avec 1 astronomie, 
mais elle bifurqua à cette époque, pour se rapprocher des 
sciences occultes, auxquelles elle emprunta des procédés 
spéciaux et mystérieux. 


INFLUENCE DES ASTRES 

La théorie de Pythagore sur la Liberté et la Nécessite 
commandait d’accepter les bases de l’Astrologie 

Comme tout est analogique dans la nature, les lois, 
qui guident les mondes, doivent aussi gouverner les 
hommes. Toutefois, l’influence de la ^ 

puissante, qu’elle peut aller jusqu adommer la nécessite. 





288 


;TR0L0G1 


De là, cette formule qui est la base de l’Astrologie; 
« Astra inclinant, non nécessitant, » La nécessité pour 
l’homme dérive de ses actions antérieures, or il est peu 
d’humains qui aient une puissance de volonté capable 
de modifier leur destinée, aussi les inclinaisons des astres 
nécessitent-elles pour la plupart des hommes. 

D'après la théorie pure de l’art, les sept planètes, au 
nombre desquelles figurait le soleil, devaient former avec 
les douze figures du Zodiaque les éléments du système 
astrologique. 

Tous les pays, tous les animaux, tous les végétaux 
étaient placés sous l’influence des astres. 

Chaque planète, chaque constellation gouvernait, par 
son influence spéciale, soit un membre du corps hu¬ 
main, soit une personne humaine, soit un empire. 

Dans la vieille traduction française du pseudoTrismé- 
giste, on lit : « Les fleurs sont à la terre comme les 
estoyles au ciel ; il n’y en a aucune parmi elles qu’une 
estoyle ne luy ait dit de croistre. » 

Nous ne pouvons, à notre grand regret, donner ici 
les connaissances nécessaires pour l’érection d’un horo¬ 
scope, nous sommes contraints de renvoyer le lecteur, 
pour lequel ces curieuses opérations auraient quelque 
attrait, à notre volume sur la magie^, il en est de même 
de tout ce qui concerne les sciences que nous venons 
d’étudier, qui ont reçu dans cet ouvrage tous les déve¬ 
loppements qu’elles comportent. 

11 nous reste maintenant à étudier les principes de la 
philosophie occulte, qui termine le présent ouvrage et 
constitue, d’après le principe occulte, le quatrième terme 
du quaternaire. 

i PlytofF, La Magie, Paris, 1891; 




w 


wm 


m. 


Quatrième Partie 

PHILOSOPHIE OCCULTE 


CHAPITRE PREMIER 
COMMENT ON DEVIENT OCCULTISTE 
\a science expérimentale 

Papus ‘ donne un exemple frappant de la méthode 
expérimentale actuelle. 

« Que diriez-vous d’un homme, qui vous décrirait un 
livre ainsi : 

« Le livre que vous m’avez donné à étudier est placé 
sur la cheminée à deux mètres quarante-neuf centimè¬ 
tres de la table où je suis, il pèse quarante-cinq grammes 
huit décigrammes, il est formé de cent quarante-deux 
petites feuilles de papier, sur lesquelles existent cent dix- 
huit mille deux cent quatre-vingts caractères d’impri¬ 
merie, qui ont usé trois cent quatre-vingt-dix grammes 
d’encre noire ». 

Voilà l’indication expérimentale du phénomène. 

Si cet exemple vous choque, ouvrez les livres de 
science moderne et voyez s’ils ne répondent pas exacte¬ 
ment à cette méthode. La description du Soleil ou de 
Saturne par l’astronomie, détermine la place, le poids. 


1 Papus, TraUé de scia 
Plvtoff, Les Sciences! 


: occulte. 





290 COMMENT ON DEVIENT OCCULTISTE 

le volume et la densité des astres^ ou la description du 
spectre solaire par le physicien, qui compte le nombre 
des raies, ne sont en rien différentes. 

Ce que nous cherchons, dans le livre, c’est la partie 
cachée, le sens ésotérique contenu dans des symboles ; 
leur assemblage forme des mots; auxquels sont attachés 
des sens constants. 

Changez l’ordre des lettres, vous aurez d’autres mots, 
d’autres sens, toujours formés des mêmes symboles. 


LA SCIENCE OCCULTE 

Empruntons encore à Papus la définition suivante, qui 
caractérise si heureusement la science des anciens, cachée 
sous des symboles indéchiffrables pour le vulgaire : 

La science antique, telle qu’elle nous est parvenue 
des collèges de prêtres, est : 

La science cachée — Scientia occulta. 

La science du caché — Scientia occultati. 

La science qui cache ce qu’elle a découvert — Scientia 
occultans. 

Telle est la triple définition de la Science occulte. 

L’esprit est parfaitement satisfait et l’étude des philo¬ 
sophies anciennes s’éclaire de cette définition. 

Aussi bien, en y réfléchissant, dans la philosophie 
moderne, que trouvons-nous ? 

Deux principes en présence, spiritualisme, matéria¬ 
lisme, que Boèce- a déjà représentés naïvement dans son 
arbre philosophique (fig. 144) et qui sont toujours 
également attaqués, et également défendus. 

Étudions donc sur quelles bases reposent ces deux 
méthodes d’investigation, en allant du simple au comf 

1 Voyez Dallet, Les Merveilles du ciel, Paris, 1888. 

2 Boèce, Consolations de la philosophie. 


LA SCIENCE OCCULTE 


291 

posé et en analysant les raisonnements sur lesquels sont 
établis leurs préceptes. 

Il nous est impossible de développer, pour les com¬ 
parer, toutes les théories philosophiques. 



Néanmoins, en laissant de côté les sectes secondaires, 
en ne discutant pas l’opinion des dissidents, nous res¬ 
tons en présence des deux grands principes du matéria¬ 
lisme et du spiritualisme. 
















292 COMMENT ON DEVIENT OCCULTISTE 

MATÉRIALISME ET SPIRITUALISME 

L’éternelle énigme, l’éternelle curiosité des esprits 
non bornés, c’est la recherche de l’origine première. 

Que sont les religions, les philosophies, les législations, 
et même toutes les divinités qui ont peuplé le ciel ou 
l’enfer des mythologies, sinon l’ésotérisme, l’expression 
ou la personnification des idées que l’homme s’est fait 
tour à tour du bien et du mal. 

Nos maîtres ont beau assurer que le problème est 
résolu, greffer de nouveaux systèmes sur les anciens, 
changer les mots sans modifier les idées, il faut que le 
problème se présente à chaque esprit. 

Depuis les premières révoltes de la jeunesse jusqu’à la 
résignation de la vieillesse, nous roulonstoujours la même 
pensée. Nous la débattons et nous nous en donnons 
une solution souvent mal définie, mais qui nous satis¬ 
fait. Nous pouvons en être distraits par les occupations 
multiples de la vie, mais dès le premier moment de si¬ 
lence, nous la sentons de nouveau ressaisir notre cerveau. 

Parmi ceux qui sont les plus assurés dans la réponse 
a cet insondable mystère, combien doivent leur foi à la 
fatigue, au besoin de fixer leurs doutes. 

De ces doutes, qu’une foi innée n’a point écartés dès 
l’enfance, certains esprits en sont venus à admettre 
que, seule, la matière a une existence réelle, à nier la 
spiritualité de l’âme. C’est cette doctrine philosophique 
que l’on appelle matérialisme. 

Les adversaires du matérialisme lui ont opposé toutes 
les preuves qui ont été accumulées, depuis des siècles, 
pour établir la spiritualité de l’âme et constituer le spiri¬ 
tualisme. 

Ils ajoutent naturellement que les matérialistes se font 
des idées tout à fait inexactes de la matière ; qu’ils sup- 




matérialisme et spiritualisme 293 

posent que les forces organiques sont le résultat de la 
matière, tandis que la force organique présente el e 
même les combinaisons multiples que nous appelons la 
matière organique, que cette force agit aveuglement sans 
conscience et que les phénomènes qu elle produit sont 
purement organiques; que, tout au contraye, le principe 
intellectuel agit avec pleine conscience fe son œuvre 

De là, ils concluent que le principe vital et le.piincipe 
Intellectuel sont absolument différents. 

Ces mêmes spiritualistes repoussent énergiquement 
toute assimilation quelconque entre les principes des 

actes moraux ou Intellectuels. 

Nous arrivons donc à cette conclusion d un dualisme 
fondamental, 2,\iso\Mmtx\X inattaquable. 

Car le propre de la doctrine spiritualiste est d accepter 
ces sortes de dogmes, j’entends, de poser des ventes 
inattaquables, sans vouloir gratifier le principe materiel 
d’une aussi grande pureté que lé principe mtellectue . 

Le matérialisme, au contraire, cherche dans la nature 
vulgaire l’origine de la vie, sans vouloir eleverson regard 
sur la partie animique de l’être vivant. 

Le spiritualiste admet comme ayant des existences 
absolument distinctes : Dieu, l’homme et la nature. 

Où il devient nébuleux, c’est quand il les isole sans 
les confondre; ils sont tous trois identiques, en étant 
dissemblables. . 

Cette doctrine spiritualiste, fort ancienne, s adresse 
surtout à notre âme, dont elle suscite les Jugements. 

Elle lui demande d’étayer ses résultats sur la sen^bi- 
lité et la conscience. Le long temps 

existé en a fait une philosophie au sens etroiL la philoso¬ 
phie appelée par ses défenseurs, philosophie du sens 

s’il y avait un sens commun et comme si ce 
sens commun n’était pas le résultat de la mode du mo- 



ment, comme s’il ne changeait pas avec les siècles, 
comme si ce que le sens commun obligeait à croire il y 
a cent ans était vrai aujourd’hui. 

C’est cependant la base des religions, et c’est à ce 
point de vue que nous l’étudierons dans le chapitre 
suivant. 

Les spiritualistes n’hésitent du reste pas à dire que 
leur philosophie est la seule qui permette de fonder la 
morale sur des bases solides — celle-ci ne pouvant 
trouver place dans les autres systèmes. 

DISCUSSION DE CES SYSTEMES 

On voit, combien peu l’esprit est satisfait de ces ensei¬ 
gnements. 

D’un côté, la pensée, la conscience nous disent, dans 
notre for intérieur, qu’il y a autre chose en nous que de 
la matière matérialisée ; qu’il se fait dans notre cœur, 
dans notre conscience, une réaction d’un ordre supérieur 
à celle qui produit la chaleur que nous développons en 
étendant le bras ou en montant une colline. 

De l’autre, on nous montre deux substances essentiel¬ 
lement différentes, dont l’une a sur l’autre une incon¬ 
testable prééminence. 

La première doctrine est une philosophie de sensation, 
l’autre, une doctrine de sentiment. 

En réfléchissant à ces deux méthodes de recherche 
dans la vérité, on voit que, sauf le point de départ, 
elles sont identiques. 

Dans le matérialisme, nous laissons notre raison libre 
de poser à son aise les conclusions de ses recherches. 

Là, rien que des déductions ; sans rechercher les causes, 
nous ne voyons que les effets, et de ces effets, dont nous 
percevons les résultats et les modifications, nous tirons 
les conclusions de notre système philosophique. 







DISCUSSION DE CES SYSTEMES 295 

C’est sur des bases matérielles que le matérialiste 
asseoit ses preuves, sans songer que toute sa théone 
repose sur l’exactitude de ses sensations, sur la réalité 
de ses observations. 

Si l’on se rappelle que tous les sens par lesquels nous 
percevons le monde extérieur ne nous donnent que des 
images fausses, relatives, des illusions de sens et rien 
d’absolu, nous pourrons encore définir la philosophie 
matérialiste : une suite d’erreurs reliées entre elles par 
des rapports constants. , . , 

Dans le spiritualisme, au contraire, nous laissons la 
folle du logis maîtresse de nous conduire. 

C’est une philosophie de rêveur et de poète et non de 
penseur. L’imagination seule est satisfaite. 

Là, rien que des inductions; sans tenir compte des 
effets, nous ne voyons que les causes. 

C’est sur des bases idéales que le spiritualisme bâtit 
son édifice, sans penser que toute sa théorie repose sur 
les écarts de son imagination, sur les erreurs de ses sen¬ 
timents. , . , 

Mais si l’imagination est la faculté créatrice par excel¬ 
lence, son essence même, sa fin, ne lui permettent 
aucune limite, aucune règle, partant, aucune certitude. 
La philosophie spiritualiste est donc aussi peu satisfai- 

En' poussant nos conclusions à l’extrême, nous arri¬ 
verions à dire ; Cquela doctrine matérialiste est une 
théorie sèche et incomplète, basée sur des preuves a pos- 
teriori, satisfaisant les desiderata des aspirations char¬ 
nelles, mais laissant dans la gêne de 1 indéfini la partie 
moins grossière de nous-même, la partie intellectuelle, 
c’est la philosophie d’un corps sans ame, qui, par son 
extension, nous amène au néant. Et, en matérialisme 
là où il n’y a rien, le diable comme le bon Dieu, y perd 
ses droits. 




296 COMMENT ON DEVIENT OCCULTISTE 

2 ” Qye le spiritualisme est une théorie vibrante mais 
ncomplete basee sur des preuves a priori, satisfeisant 
les desiderata des aspirations spirituelles, mais laisLt 
dans une dépendance pénible la partie physique de nTu^ 

^rson ^ d’une âme sans corps, qui 

par son extension, nous amène à l’exaltation, UMe 
Jamais on n a vu de matérialiste se zébrer le corps dé 
coups de sabre, se percer d’aiguilles, se frapper dure¬ 
ment au contraire, ces exagérations se rencontrent 
parmi les spiritualistes. ‘comrent 


LE PANTHÉISME 

Il nous faut conclure et nous prononcer pour une 
philosophie, qui satisfasse à la fois la raison et l’imagi- 

C est facile. Cette philosophie existe, mais porte un 
nom honteux, odieux, dont le sens est flétri, le pan- 
le cî-éT’ 'dentifie Dieu et le monde, le Créateur et 

f..?/ "uus employons ce nom, tout mal formé qu’il est, 
faute d autre, c est dans la conviction absolue que la 
Sert à qualifier ne le cède en rien à aucune 
lolnh beaucoup dépassé celles que les phi¬ 

losophes avaient conçues. 

rip doctrine, c’est d’être une doctrine 

de calme et d apaisement, d’être stable et majestueuse, 
l î’hommr aspirations multiples 

dans notre esprit une perception exacte de 
oronn l’existence, ce sont les réci- 

et la durée, l’im- 

mensite et 1 etendue, 1 absolu et le relatif, etc... 

deuri. sont que 

deux aspects extremes d’une substance intelligente et 


le panthéisme 297 

directrice, qui est en même temps matérielle. Ils conci¬ 
lient donc les deux théories précédentes et les réunissent 
dans un ensemble qui satisfait pleinement les spéculatifs 
et les rationnels. 

En effet, la doctrine dont nous parlons, absorbant le 
fini dansnnfmi,la nature en Dieu, aboutit au mysticisme 
où l’homme s’anéantit dans la divinité; mais, d autre 
part, absorbant Dieu dans la nature, elle nous donne 
l’expression du Dieu-force dans l’éternité et l’infini des 
espaces. 

Le panthéisme est universellement répandu dans les 
Indes, où il a pris naissance. 11 existe sous la forme 
philosophique et sous la forme religieuse. 

En Grèce, tous les philosophes ont été dualistes ou 
panthéistes ; parmi ces derniers, Xénophon, Paménide 
et les Alexandrins absorbent le fini dans 1 infini, tandis 
qu’Héraclite et les Stoïciens absorbent Dieu dans la 
nature. 

Au moyen âge, Jean Scott Erigène et Amaury, de 
Chartres, représentent la doctrine panthéiste. 

Pendant la Renaissance, un esprit encyclopédique, 
devançant son siècle de toute la grandeur de son génie, 
Jordano Bruno établit magistralement l’identité du fini 
et de l’infini. 

Au siècle suivant, Spinoza soutint énergiquement la 
doctrine et l’enseigna. ^ 

Puis vint, au xviii® siècle, la pléiade qui défendit la 
Philosophie de la nature, à laquelle on reprocha d'être 
trop matérialiste. 

Enfin, de nos jours, Schelling et Hegel sont pan¬ 
théistes, ils expliquent la naissance du fini dans l’mfini, 
sans accepter la création, c’est-à-dire qu’ils expriment la 
production des êtres réels et déterminés par une abstrac¬ 
tion de l’intelligence et de la force suprême. 

Gardons-nous de condamner trop tôt cette philosophie 



298 COMMENT ON DEVIENT OCCULTISTE 

encore mal définie et surtout faisons des efforts pour 
nous initier à toutes les connaissances acquises. 

11 est dit quelque part : «J’ai ri comme tout le monde 
de ces choses, mais ce que je prenais pour le rire de 
Voltaire n’était que le rire de l’idiot, beaucoup plus 
commun que le premier. » 

Et c’est malheureusement vrai: pour peu qu’un savant 
exhume une théorie des premiers âges, que nous ne 
pouvons nous assimiler immédiatement et sans effort, 
pour peu qu’on nous propose une hypothèse qui sorte 
des chemins battus, on crie à l’insanité, on n’écoute pas, 
on ne discute pas : on prononce l’arrêt de déchéance. 

Cette tendance ne se remarque pas seulement dans le 
peuple, chez des gens peu instruits où elle s’explique 
sans s’excuser ; on la trouve surtout chez les gens 
éclairés, chez les savants et chez les prêtres. 

La science cependant devrait être tolérante, de même 
que la religion; elles devraient se rappeler que, comme 
elles sont toutes deux des produits de l’esprit humain, 
elles sont sujettes à erreur, que, de plus, elles changent 
avec les milieux et avec les mœurs. 

Elles devraient tendre les bras aux hypothèses nou¬ 
velles, aux idées inappliquées, pour y puiser les éléments 
nécessaires à leur renouvellement. 

De Humboldt disait avec raison : « Un scepticisme 
présomptueux, qui rejette les faits, sans examen est plus 
funeste que la crédulité qui les accepte. » Ce que dit ce 
profond savant des faits, nous le disons des idées. Com¬ 
ment avez-vous le courage de proscrire une chose aussi 
sacrée que l’idée, une parcelle de Dieu, un souffle de l’in¬ 
fini, sans même vous donner la peine de le comprendre. 

Mieux vaut, dans ce cas le fatalisme, tel que nous le 
retrouvons dans Hellwald*. 


< Heliwald, Histoire des Cioilisatioiis. 



PANTHÉISME 


299 


« Le monde finira un jour par le dessèchement uni¬ 
versel . L’homme finira comme ont fini les races animales, 
disparues, et alors la civilisation actuelle avec ses pas¬ 
sions, ses idées, ses révolutions, aura vécu et alors.... A 
quoi bon? » 

C’est peut-être la plus sage de toutes les philosophies. 

11 est de notre devoir de donner, à tous, les moyens 
de s’instruire, si les quelques éléments de science occulte 
que nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs étaient 
de nature à piquer leur curiosité, à éveiller leur désir de 
savoir nous manquerions le but, que nous nous som¬ 
mes imposé, en laissant incomplète l’initiation com¬ 
mencée. 

Les lois, dont nous avons donné l’énoncé, suffiront 
pour susçiter des réflexions qui conduiront le lecteui 
à une idée très nette de la philosophie antique. 

S’il veut approfondir ces notions, deux moyens se 
présentent à lui : 

Ou bien il parachèvera son instruction personnelle ; 

Ou bien il aura recours à l’instruction des sociétés. 

Le premier de ces deux procédés est le seul, dont le 
lecteur puisse tirer un réel bénéfice. En effet, dans les 
sociétés, il trouvera des guides, des encouragements, 
mais il ne rencontrera pas, comme dans la science offi¬ 
cielle, un programme et des cours où les sciences sont 
mâchées. C’est de son travail propre que chacun doit 


recevoir sa récompense. 

Suivant son instruction, ses aptitudes, son tempé¬ 
rament, le débutant dans les sciences occultes pourra 
développer les germes, que nous aurons semés dans 
son esprit, soit en étudiant les lois de la nature, soit 
en retrouvant la voie des recherches antiques, soit en 
faisant la synthèse sur place ou bien en dépouillant 


la science des anciens. 

Quant au guide, qu’il peut choisir, nous devons le 










300 PHILOSOPHIE DES SCIENCES OCCULTES 

soutenir encore dans ce choix : la franc-maçonnerie 
conserve les symboles et les secrets de l’art sacré, mais 
sa voie est perdue, son rôle dévié et ses tendances 
désastreuses. Donc, il convient d’étudier dans les livres, 
dans les œuvres deRagon par exemple, les vestiges de 
ces symboles, que les francs-maçons ne comprennent 
plus et de laisser leurs sociétés dans l’ombre qui leur 
convient. 

La Société de Théosophie est animée des meilleurs 
sentiments, mais laisse la tradition se perdre dans une 
spiritualité outrée. Ses séances ressemblent à un rêve 
d’opium et les discours qu’on y prononce font l’effet 
de linéaments sans suites, de thèmes inachevés. Ce ne 
sont pas des paroles qu’on y entend, ce sont des 
souffles. 

Le Groupe indépendant d’Études ésotériques* a seul 
l’avantage, ainsi que son nom l’indique, d’écarter les 
sectaires et de grouper, sans distinction de caste, tous 
ceux qui « las d’apprendre, veulent enfin savoir ». 


CHAPITRE II ' 


PHILOSOPHIE DES SCIENCES OCCULTES 


LA RELIGION ET LA SCIENCE 


Le premier qui, parmi les anciens, ait tenté une 
étude sur les philosophies des premiers âges, c’est- 
à-dire sur les religions, fut Proclus. Avec une justesse 
ingénieuse et profonde, il jugea que l’humanité suit 


Ce groupe a son siège à Paris, 29, 


Trévise. 



la religion et la 


deux voies parallèles : la science et la religion et que 
toutes les religions se réduisent à une religion originelle, 

' unique, dont les éléments peuvent être déterminés. 

L’indication de ce vaste champ d’investigaüon est 
très digne de louange et on peut dire que, si Proclus 
avait eu en mains une suite d’observations de la nature 
physique, aussi complète que celle que nous possédons 
aujourd’hui, s’il avait eu sous les yeux les documents 
que nous avons accumulés à notre portée, il aurait 
donné, avec sa puissante organisation, la solution du 
vaste problème, dont il n’a fait qu’effleurer les limites. 

Si nous considérons nos sciences comme plus avancées 
I que celles des anciens, ce n’est pas qu^elles aient 
[ atteint un plus grand degré de vérité, mais c est qu elles 
t sont plus analytiques^ 

; Déjà, l’antiquité grecque avait fait un pas dans ce sens 
I et avait poussé, beaucoup plus loin que les Aryas de 
I l’Asie, l’analyse et l’étude des conditions métaphysiques 


des phénomènes de la nature. 

Ceux-ci, en revanche, possédaient une synthèse bien 
plus pure de l’ensemble des connaissances qu’ils avaient 
acquises. 

Partout, si la théorie sacrée des Aryas est le voile 
dont la scienc&s’est couverte, sa manifestation populaire, 
il s’en suit que la religion est vraie, au même titre que 
la science ; en d’autres termes, si l’une est fausse, elle 

entraîne l’erreur de l’autre. • 

L’objet, la méthode sont identiques ; les procédés de 
recherche seuls diffèrent suivant les âges. 






302 PHILOSOPHIE DES .SCIENCES OCCULTES 

La religion et la science, dans l’antiquité, ont eu pa¬ 
reillement en vue de donner la formule générale de 
l’univers, c’est-à-dire une expression qui, en se diversi¬ 
fiant, fournisse l’explication de tous les phénomènes 
physiques, intelledusls et moraux. Or cette formule se 
trouve, tantôt simplement énoncée dans les rituels des 
différentes églises, tantôt implicitement contenue dans 
les symboles ou représentée comme une action drama¬ 
tique dans les cérémonies du culte. 

l’origine des religions 

Voyons donc les origines de fa religion primitive. 
D’après les’preuves multiples, tirées des livres hébreux, 
indous, perses, etc., la naissance de la religion n’est 
plus un mystère, c’est un phénomène psychologique 
qui ne suppose l’intervention d’aucun être supérieur ni 
surnaturel. 

Ce fait acquis, étudions les principes fondamentaux de 
la première religion, qui s’est constituée, et dont le 
berceau se trouve dans les Indes. 

Parmi les livres sacrés, le plus ancien des trois grands 
monuments que nous ait laissé l’antiquité, la Bible des 
Juifs, le Zend Avesta des Perses et le Vêda des Indiens, 
on s’accorde à reconnaître que c'est au Vêda que l’on doit 
accordeHa priorité. Mille preuves en font foi. 

La première religion est née de la réflexion, de la 
descente en soi-même, propre à chaque homme doué de 
facultés analytiques. 

Ce fait est maintes fois mis au jour dans les Védas, 
dont les auteurs répètent qu’ils sont inventeurs de leurs 
dieux, inventeurs du sacrifice, inventeurs des symboles. 

Un tel phénomène de psychologie ne pouvait naître 
que chez une race privilégiée. En effet, c’est dans la race 
aryenne qu’il apparaît. 



ORIGINE DES RELIGIONS 


303 


Seules, les dispositions naturelles, les facultés inté¬ 
rieures de cette race lui permettaient d’atteindre ce but. 
On en chercherait vainement les traces chez certains 
peuples. , 

^ Parler de l’unité absolue de l’etre, de la pensee, de 
la vie, à des Nègres ou à des Peaux rouges, dit M. E. Bur- 
nouf, c’est prononcer devant eux des paroles inintel¬ 
ligibles. Les races non aryennes de l’Arabie, de l’Egypte 
et de toutes les parties extrêmes de l’Asie sont aussi 
constituées de telle manière que leur raison manque en 
partie de cette faculté d’analyse qui est le caractère propre 
de l’homme blanc, c’est-à-dire des seuls Aryas. Quand 
nous lisons, chez nos philosophes, la description des 
opérations de l’intelligence, nous devons faire avant tout 
cette réserve qu’il ne s’agit dans leurs livres que de l’Arya 
et même de l’Arya parfait, pris à son âge adulte, a son 

point culminant de civilisation. 

«Enréalité, l’observation nous montrechez leshommes 
des diverses races, autant de variété dans les facultés 
intellectuelles et dans les développements de la raison 
qu’il y en a dans la conformation physique. C est la 
faculté d’analyse, qui varie de l’une à l’autre et qui va 
plus ou moins loin dans l’ordre de la science, comine 
c’est elle aussi qui fait la différence essentielle de 
l’homme et des autres animaux.... L’Arya seul a conçu 
l’être, la pensée et la vie dans leur unité absolue. C est 
donc lui qui est le véritable auteur de la religion et son 
plus ancien livre de métaphysique est le Veda. » 

De l’étude comparée de toutes les religions, on tire 
une conclusion, une loi absolue, qui renverse d un 
seul coup toutes les religions dites naturelles ou phi 0- 

^*^Stte loi, et j’ai besoin de recourir, encore ici, à l’auto- 
ritrdrM k. Burnouf, s’énonce ainsi : «Toute religion 
renferme deux éléments, le d/eu et, le n/e ; toute ecole. 



304 PHILOSOPHIE DES SCIENCES OCCULTES 

qui ne reconnaît pas formellement la réalité d’un dieu 
est hors d’état de fonder une religion ; toute tentative de ' 
fonder une religion sans rites, c’est-à-dire sans culte, est 
impossible ou illusoire. » 

11 existe, parallèlement au christianisme, une religion, 
qui groupe un nombre au moins égal d’adeptes, bien 
qu’elle paraisse dépourvue de dieu : c’est le bouddhisme. 

Ceux qui innocemment prennent le bouddhisme 
pour une doctrine athée font une aussi grande confusion 
que ceux qui croient y découvrir une doctrine maté¬ 
rialiste. 

Le bouddhisme est un panthéisme rationnel. Comme 
nous l’avons établi pour les sciences et la science, nous 
devons poser une distinction absolue entre les religions 
et la religion. 

Les premières sont des branches d’un même tronc, 
des parties du même tout, séparées par les rites plus 
encore que par les dogmes, elles se fondent toutes dans 
un respect de la divinité envisagée individuellement. 

Un brahme ira, indifféremment, dans un temple pro¬ 
testant, dans une église catholique ou dans une syna¬ 
gogue pour y faire sa dévotion : pour lui, c’est le lieu 
où l’on adore Dieu. 

Quoique nous ne donnions point ici notre opinion per¬ 
sonnelle et que nous ne fassions que développer les idées 
des meilleurs esprits sur le sujet, il nous semble que ce 
système est, en tout, rationnel. 

Plus on descend, dans l’échelle des religions, plus le 
dieu est de conception facile, tandis que, si l’on remonte 
en sens inverse jusqu’aux religions purement idéales, la 
conception de Dieu devient de plus en plus abstraite, 
de plus en plus insaisissable. 

Le christianisme, comme le bouddhisme, vieilles reli¬ 
gions de même source, nous offrent un dieu mystérieux 
et incompréhensible. 




l’origine des religions 


305 


Le Dieu des chrétiens est une entité dont notre esprit 
ne peut avoir notion que par la foi. On l’admet, on ne le 
comprend pas. 

Le dieu de la religion mère ne peut etre représente par 
aucune formule ni adoré dans son unité absolue. Son 
expression est : Tout est dans un, un est dans tout. 

Combien différentes étaient les divinités de la Grèce et 
de Rome 1 Combien elles étaient plus familières, plus hu¬ 
maines; elles avaient leurs querelles, leurs joies et leurs 
plaisirs. C’étaient des omnipotents à forme d’hommes, 
qui raisonnaient et déraisonnaient comme nous. Us con¬ 
servaient la pureté des formes et des apparences, c’étaient 
des dieux de gala, pour la montre^ qui, au fond, n’avaient 
rien de divin. Les colères de junon, le mauvais ménagé 
de Neptune, ce pauvre Vulcain ne vous représentent-ils 
pas nos voisins, nos amis, nous-mêmes peut-être ? ^ 

Si nous descendons encore dans la hiérarchie des 
dieux, nous trouvons un bout de bois grossièrement 
taillé, habillé d’une loque, parfois un caillou, profondé¬ 
ment vénérés par des peuples entiers. Et voilà un dieu . 

Ne riez pas, c’est un dieu en effet, c’est celui qui fait 
que ces races grossières ont une religion, des rites par- 

Chacun taille dans le bois prochain sa divinité, 1 ha¬ 
bille à sa guise, lui conte ses douleurs et ses peines et, 
en échange de sacrifices, lui doit la tranquilité du cœur. 

Chacun de nous comprend un fait avec sa raison, ha¬ 
bille cette.conception dans les plis plus ou moins brillants 
de son imagination et en conclue une manifestation 
matérielle parfois juste, parfois fausse, presque toujours 
dissemblable entre deux êtres humains. 

L’un tient la divinité pour un être absolu et métaphy¬ 
sique. sans couleur, sans forme, sans attributs définies , 
l’autre, au contraire en fait un Dieu, de formes tangibles, 
matérielles, saisissables à l’œil physique. 





3o6 philosophie des sciences occultes 

Entre ces deux extrêmes viennent s’insérer des milliers 
de conceptions diverses. 

Ceci serait parfait si les hommes vivaient solitaires ; 
mais, réduits à vivre en société par destination, par né¬ 
cessité essentielle, ces notions individuelles deviennent 
générales, et, de ce moment, la notion de Dieu de spiri¬ 
tuelle qu’elle était, se fait plus matérielle : elle devient 
une des formes du langage, une définition. 

Le dieu défini et matérialisé, étant par conception in¬ 
tellectuelle plus fort, plus intelligent que son adepte, la 
prière est née. 

La prière, c’est l’origine du rite. 

« De quelque manière, dit encore E. Burnouf, qu’on 
envisage le problème de la naissance du développement 
et de la transmission des religions, il se réduit tou¬ 
jours à une question plus ou moins bien comprise et 
appliquée. Cette méthode est parfaitement connue de¬ 
puis qu’on a pu la voir à l’œuvre dans le plus ancien 
monument de notre race (la race blanche), les hymnes 
indiens, et en suivre. Jusqu’à nos jours, les consé¬ 
quences et les applications. 

« Pour la résutner, disons qu’elle se compose de trois 
actes successifs de l’intelligence : l’observation des faits 
naturels, la généralisation de ceux-ci, c’est-à-dire la ré¬ 
duction à des unités idéales, de plus en plus étendues et 
de moins en moins nombreuses, enfin, cette induction 
rationnelle, qui, au delà des phénomènes, aperçoit l’être 
réel et permanent dont ils sont la manifestation. L’ab¬ 
sence des deux derniers actes aboutit au fétichisme ; une 
généralisation inachevée a pour conséquence la pluralité 
des dieux; quand les trois opérations de l’intelligence 
sont exécutées dans toute leur plénitude, la théorie mé¬ 
taphysique qui a pour base l’unité de Dieu, c’est-à-dire, 
de la substance, de l’acte créateur et de la loi apparaît au 
milieu d un peuple et y devient ce qu’on a appelé une 


LA SCIENCE 


307 

religion; tout le reste, c’est-à-dire le culte et les sym¬ 
boles, y est la conséquence et l’expression de cette 
théorie. » 


LA SCIENCE 

La comparaison des religions et des sciences dans 
l’antiquité a donné lieu de remarquer qu’elles ont un 
point commun ; la méthode*. 

Or, comme on devait s’y attendre, cette méthode n’est 
que l’application régulière de l’intelligence à son objet. 

La différence qu’elle présente tient à ce que les pro¬ 
cédés mis en usage pour l’étudier n’ont pas été partout 
les mêmes, qu’ils ont varié suivant le génie particulier 
des peuples et surtout suivant le degré de leurs disposi¬ 
tions à l’analyse. 

Nous avons vu que la science représentait la synthèse 
de toutes les sciences, c’est ce que nous retrouvons dans 
les livres sacrés de l’Inde, où la théorie de l’univers se 
présente comme une immense synthèse. 

Mais l’étude de cette synthèse définitive ne laisse au¬ 
cun doute sur le procédé qui a servi à l’asseoir. On re¬ 
trouve à chaque pas, on devine sous chaque symbole, 
dans chaque rite, la trace d’un travail inverse, d une ana¬ 
lyse pleine de précision des phénomènes du monde. 

Ce que nous avons dit de la philosophie des Aryas suffit 
à faire admettre que la méthode suivie par nos ancêtres 
était la même que celle à laquelle nous soumettons 
l’analyse des faits qui nous entourent. 

C’est la recherche de cette analyse dans les sciences 
phénoménales que nous allons poursuivre dans les prin¬ 
cipes scientifiques. 



J L JJ... 

308 PHILOSOPHIE DES SCIENCES OCCULTES 

Ce fut au temps de Solon que la science indépendante 
se manifesta pour la première fois en Occident. Cet 
avènement coïncida avec les lois libéraies de ce sage. 

Comme l’a fait remarquer E. Burnouf, ie jour ou 
Xénophane déciara que « si les chevaux se faisaient des 
dieux, iis leur donneraient la forme d’un cheval », on 
comprit i’inanité des doctrines admises, on toucha du 
doigt la vacuité du polythéisme et on soumit ses prin¬ 
cipes à l’analyse. 

C’est de cette époque que date la scission des divers 
ordres de sciences ; les différents phénomènes furent 
classés, on les sépara du domaine des idées et chaque 
objet de ces branches séparées devint à son tour une 
science. 

Socrate initia les Grecs aux conceptions de la psycho¬ 
logie, tandis que son disciple, Platon, créait la métaphy¬ 
sique et soumettait la morale et les institutions politiques, 
aux lois de l’analyse. 

Les pythagoriciens se spécialisèrent dans l’étude des 
sciences exactes. 

Aristote posa les formules générales, les règles et les 
méthodes de la science moderne ; il fut le fondateur de 
la météorologie, de la physique du globe, de l’anatomie 
et de l’histoire naturelle ; il donna une sublime théorie de 
l’âme, au double point de vue du principe de la vie et de 
la pensée. 

Ses méthodes vécurent et suscitèrent des recherches, 
jusqu’après l’édit de Justinien. 

Lorsque le monde sortit enfin de la longue nuit, où la 
barbarie et le moyen âge chrétien l’avaient plongé, à 
l’époque de l’entrée des Turcs à Constantinople, au temps 
de la Réforme et de la découverte de l’Amérique, la 
science avait perdu son unité; ses parties constitutives, 
ses branches ne se confondirent plus et restèrent désor¬ 
mais séparées. 





la science 


309 


C’est l’aurore des connaissances modernes, dégagées 
de toute philosophie, c’est l’origine de la science maté¬ 
rialiste. 


aliste. , , 

Disséquez les faits, cherchez les composes des corps, 
savants sans philosophie, philosophes sans science, et 
vous trouverez sous votre scalpel des agglomérations de 
corps, des cellules sans rapport. 

Du haut de votre chaire, vous vous écriez.tnomphants : 
«Voici la vérité », et, malgré la valeur de vos observations, 
malgré la profondeur de vos déductions, votre esprit 
h’est pas satisfait. 

Vous pouvez détruire, non créer. Vous pouvez ana¬ 
lyser, non synthétiser. / 

Non point que vos facultés le cèdent en rien a celles 
de vos maîtres passés, au contraire, vous avez par devers 
vous des multitudes de faits et l’expérience du passe ce 
qui vous manque c’est la notion première, le fil conduc¬ 
teur, c’est celui que nous tentons de remettre entre vos 

^°^e diriez-vous, sublimes défricheurs de parcelles, 
d’un littérateur qui, après avoir fait composer la plus belle 
page de son œuvre, prendrait les lettres et, les laissant 
échapper de la forme typographique, recomposerait son 
poème en prenant les lettres au hasard. ^ 

Cependant il y en aurait toujours le meme nombre, 
ce seraient les mêmes lettres, le métal n aurait varie en 
rien et l’impression sur le papier serait aussi belle. 

aue manquerait-il à ces lettres, pour reprendre a vos 
yeux le sens qu’elles avaient précédemment f Peu. 

^ 11 suffirait de les remettre dans le meme ordre ou elles 
étaient d’abord. 

C’est cet ordre qui vous manque. 

De ces lettres éparses vous formez des mots; ils ont un 
sens, mais ce n’est plus celui que vous cherchez, ame 
du poète s’est envolée. 






310 PHILOSOPHIE DES SCIENCES OCCULTES 


L ame de la science s’est également évanouie, lorsque 
la nature entiere, physique et morale, fut morcelée et 
abandonnée aux hommes les plus capables, munis des 
meilleurs instruments. 


Pour vous en convaincre, soumettez-vous à l’épreuve 
suivante : ^ 

Réunissez dix des meilleurs littérateurs que vous vou¬ 
drez, ou mieux dix individus différents et faites leur 
écrire successivement, sans qu’ils aient pu lire la ligne 
precedente, une pensée de leur choix. 

Voyez alors le résultat de cette expérience et vous aurez 
le plus triste assemblage de folies qu’il soit possible de 
rever. ^ 

C est un jeu chez nous de se livrer à ce passetemps 
et c est de l’incohérence même du résultat que naissent 
les rires, quand elle devrait au contraire appeler la tris- 


C^e manque-t-il donc à ces phrases, que je suppo¬ 
serai aussi nobles et sages que vous voudrez, pour faire 
une page sublime : l’unité, l’ordre et la méthode. 

Disposez-les convenablement, vous aurez un chef- 
d œuvre. 

Prenez la science moderne; à ces trois qualités près, 
elle est parfaite, c’est une immense mosaïque, à laquelle 
nos plus grands esprits donnent la forme et la couleur. 
Mais quel ensemble barbare. 

De nos jours, un chimiste étudie la composition du 
sang, c est bien ; mais s’il veut remonter à l’origine des 
phenomenes delà vie, un physiologiste l’arrête ; il sort 
de son domaine. 

Si le physiologiste, entraîné par la magnificence de 
son sujet, après avoir tenté de définir la vie, veut remon¬ 
ter lui aussi l’échelle de la science et définir l’âme, le 
psychologue l’arrête; il sort de ses attributions. 

Il en va de même du psychologue, du métaphysicien 


les problèmes naturels et surnaturels Jll 
de tous les savants, qui sont casernes dans leur maison, 
leur spécialité, leur science. 

Oh! sdence que de mensonges on commet en ton 
nom ! 

Nous pouvons donc déterminer, par leur principe 
même, deux sortes de science : 

L’ancienne, synthétique; 

La nouvelle, analytique. 

La première a duré des milliers d’années ; 

La seconde a quelques siècles à peine d existence. 

Ce n’est pas à dire que celle-ci soit inférieure en con¬ 
naissances à celle-lcà. Non. Nous avonsfait de plus grands 
pas que nos ancêtres, nous sommes arrivés aussi loin, 
plus même, si l’on veut, mais il manque quelque chose 
à la science du xix“ siècle. 

Nos maîtres modernes ont fait une belle, une sublime 
statue, ils y ont épuisé leurs efforts et leur génie, elle 
surpasse en beauté et en majesté tout ce qu on peut 
rêver, mais il lui manque la vie. 

La vie pour elle, c’est la philosophie. Née viable, la 
laissera-t-on périr? Qui sait! 

Que nous reste-t-ii à faire? exposer de notre mieux 
les principes de la philosophie occulte, telle que nous 
l’avons pulsée dans les œuvres ou la fréquentation des 
initiés Barlett, Papus, de Gayta et de tant d’autres bons 
esprits, dans les travaux de L. Lucas, Wronski, Lacroix, 
Eliphas Levi, etc. 


CHAPITRE 111 

ESSAI DE THÉORIE OCCULTISTE 

LES PROBLÈMES NATURELS ET SURNATURELS 

Depuis que le monde existe, il y a des questions qui 
préoccupent invinciblement l’homme. Sa destinée meme 








ESSAr DE THÉORIE OCCULTISTE 


est liée à ces questions, qui contiennent le secret de ce 
qu il voit et de ce qu’il est. D’où viennent le monde 
et l’homme? L’initié répondra : c’est la résultante de l’es¬ 
prit et de la matière : ils sont parce qu’ils devaient être. 
On peut les concevoir d’une façon palpable. 

Dans la théorie matérialiste, tout est matière, partant, 
le monde tout entier peut être représenté par un cercle, 
c’est le domaine des faits. 

Le spiritualisme peut se concevoir sous la forme d’une 
ligne indéfinie aux extrémités de laquelle se rencontrent 
1 esprit d une part, la matière de l’autre : pour l’homme, 
il peut se développer dans un sens comme dans l’autre 
sans jamais atteindre le but : il participe de deux/ojs, sans 
que ces deux lois puissent Jamais se joindre en lui. 

La théorie occultiste peut se représenter, croyons- 
nous, d’une façon plus rationnelle par un triangle (prin¬ 
cipes ternaires), dans lequel, à chaque angle de la base, 
se trouve la dernière molécule matérielle et spirituelle;. 
(% M 5 )- Dieu au sommet est la réunion sans mélange 
de 1 esprit et de la matière, de la façon suivante : 



Molécule 


Molécule 

ESPRIT 


MATIÈRI 


Comment l’homme a-t-il commencé ? Parti d’un infini, 
d va vers l’autre, suivant les modifications de l’esprit et 
de la matière: voilà la raison pour laqueile, suivant les 



' LES PROBLÈMES NATURELS ET SURNATURELS 313 

théosophes, si l’on est bon dans sa sphère, on améliore 
; l’esprit, et, au bénéfice de tous, on modifie le bien gé¬ 
néral. 

Tous pour un seul, un seul pour tous. 

! Eri effet, puisqu’un seul doit bénéficier des vertus et 
des crimes de tous, c’est-à-diré de l’amélioration de la 
race, tous bénéficient naturellement des crimes et vertus 
d’un seul. 

Quant aux lois qui gouvernent l’homme et le monde, 
chacune des molécules de la matière est vivante et con¬ 
tient une dose plus ou moins grande d’esprit : le dernier 
terme de la matière (en plus), c’est l’esprit : le dernier 

[ terme de l’esprit (en moins), c’est la matière. En un 
mot, la matière se spiritualise, l’esprit se matérialise. 

En appliquant la loi du ternaire à cette question, elle 
s’éclaire et se présente sous la forme : esprit -+■ matière 
— réaction = Homme = oo. Chacun est donc libre de 
faire réagir sur lui l’un ou l’autre principe et devient 
spirituel ou brute à son choix. Le principe de la réaction 
c’est la volonté. 

I 11 semble inutile qu’il y ait un législateur : les choses 
t se trouvent dans l’état fatal où elles doivent se trouver, 
t mais elles pourraient se présenter autrement, puisque 
notre monde est perfectible (ex.: les révolutions terres¬ 
tres. La vie sur les autres planètes, etc.). Quant au légis¬ 
lateur, il peut exister, que nous importe? mais il peut 
aussi ne pas exister. L’homme est libre dans la mesure 
de ses forces. Soumis à l’esprit comme à la matière, il est 
heureux, lorsque celui-là l’emporte. 

Le bien et le mal sont, du reste, relatifs et variables 
avec les conventions, la plupart du temps, cependant on 
rencontre un bien et un mal général (qui affecte autrui) 
qui est reconnu partout, le vol, le meurtre, etc., parce 
que, dans ce cas, c’est à la collectivité qu’on nuit.^ 

C’est, du reste, par suite d’une déviation de 1 esprit 



3*4 ESSAI DE THÉORIE OCCULTISTE 

humain que l’on arrive à considérer comme le suprême 
bien, les suprêmes jouissances. De combien de remords 
de souffrances ne sont-elles pas accompagnées, tandis 
que la conscience du bon, fût-il même malheureux, lui 
donne le repos. ’ 

Si l’homme se sent à la fois grand et petit, fort et 
faible, puissant et impuissant, c’est qu’il participe de la 
chair et de l’esprit et que, dans les oscillations de ces 
deux principes, il puise force ou faiblesse, selon qu’il 
penche vers l’un ou l’autre, c’est à ce phénomène de 
constitution que nous devons la division de la philosophie: 
La foi donne un seul terme : l’esprit -+- 

La non-foi donne un seul terme : la matière_ 

(Réaction de -f- sur —), la rationalité donne deux 
termes : esprit -t- matière, 

Représentés dans nos facultés naturelles par : imagi¬ 
nation, raison. 

Aussi, de là, tire-t-on : la religion, la philosophie. 

La première, basée sur la foi, est nécessaire aux 
masses, qui ont besoin d’un point d’appui et qui peu¬ 
vent faire par la foi irraisonnée ce que le philosophe 
fait par le devoir raisonné. 

^ 11 faut une grande science et une grande vertu pour 
etre un honnete matérialiste. Or, comme la masse est 
d esprit rnoyen, il lui faut une religion moyenne corres¬ 
pondant a sa compréhension, à ses besoins. 

C est la religion d'aspect qui lui convient : le Christ en 
bois, les scapulaires, qui fixent sur des symboles palpa¬ 
bles et matériels les idées spirituelles. 

C est la gloire des Jésuites d’avoir imaginé le Sacré- 
Cœur de Jésus ; ils ont maintenu deux siècles de plus la 
foi chrétienne chancelante. 

Pour un philosophe imaginatif, l’entité divine est 
suffisante et ne comporte pas l’idée de matérialité;aussi, 
si Jésus-Christ s’est matérialisé ou si on l’a fait servir 


LES PROBLÈMES NATURELS ET SURNATURELS 315 

dans ce but, c’était pour fixer l’idée du peuple et c’est 
bien pour la foi du monde vulgaire qu’il est mort. 

Contre le système chrétien, en lui-même, on peut 
élever une objection fondamentale, dérivant de son 
essence même ; il proclame le surnaturel et le surnaturel 
n’existe pas. 

Au point de vue de l’imagination, quoi de plus poé¬ 
tique ? Quels ne sont pas les charmes de ces vertus : 
amour, exaltation ! Mais le brillant manteau qui la couvre 
tombe aux yeux du philosophe de bonne foi et la raison 
lui commande de n’accepter de sens naturels que des 
images et des idées naturelles. Tentez de forger un être 
surnaturel, vous n’y parviendrez qu’en accouplant des 
parties naturelles et quelque potesque que puisse être 
la figure que vous aurez ainsi composée, tous ses élé¬ 
ments seront naturels ; il ne peut en être autrement. 

Le surnaturel, ainsique son nom l'indique, est contre 
nature et condamnable au même titre que les autres 
crimes contre nature. 

Que si on nous objecte que l’homme à tous les degrés 
de la civilisation, dans tous les états, croit spontané¬ 
ment à des faits, à des causes en dehors de ce monde 
sensible, de cette « mécanique vivante qu on appelle la 
nature» (Guizot), nousrépondronsqu en effetsoninstinct 
lui indique quelque chose au delà, mais ce quelque chose 
c’est l’esprit et ce que, dans son esprit trop matériel, il 
prend pour du surnaturel n’est que de 1 extra-teriestre. 

On nous dit, consultant la sévère histoire des peuples, 
que la croyance instinctive au surnaturel a été la source 
et demeure le fond de toutes les religions, de la religion 
en général et en soi. 

Oui bien, mais il faut une foi, appropriée par les sages 
aux besoins des faibles d’esprit, suivant les peuples et les 
époques, c’est-à-dire, suivant l’équilibre plus ou moins 
stable, la prédominance de la matière et de l’esprit. Cette 



3'^ ESSAI DE THÉORIE OCCULTISTE 

foi varie avec le temps, au siècle de la foi a succédé celui 
de la reforme, la science, qui est en progrès varie avec 
l’enveloppe humaine et l’évolution des races amène 
révolution des principes. Erreur en deçà, vérité au delà, 
où voulez-vous trouver les limites? 

C est l’orgueil des faibles qui les empêche de conce^ 
voir combien il leur est nécessaire d’avoir une foi toute 
faite. 

^ « Combien, dit le poète, la vie est triste et désenchan¬ 
tée. Plus de mystères, c’est-à-dire plus d’innocence, plus 
d’infini, plus de ciel au-dessus de nos têtes, plus de 
poésie. » (Guizot.) Hélas, non, la vie terrestre n’est 
qu’une métamorphose de l’être, c’est un passage sur la 
terre et une épreuve qui ne vaut même pas les larmes 
qu’elle nous fait verser. 

Généralement, elle ne garde en réserve que chagrins et 
soucis, mais on s’apercevra du peu de place que tient 
l’atome physique sur la terre, en songeant que quelque 
bon, quelque sage, quelque nécessaire au bien de tous 
que puisse être un homme, il meurt ou se transforme 
et pourrit comme le plus inutile. 

Si, en un jour de deuil, vous avez pleuré des larmes 
brûlantes, rappelez-vous que le ciel ne s’est pas obscurci, 
que le soleil égayait la nature, que les oiseaux ont 
chanté et se sont aimés dans la verdure. 

L’homme ne tient donc en rien à la nature, il n’est 
que posé sur la terre, et les liens qu’il croit voir ne sont 
que dans son imagination. Si la nature était notre mère, 
pourquoi ne pleurerait-elle pas notre départ. C’est que : 
ou bien notre transformation ne nous enlève rien à ses 
yeux, ou c’est qu’il n’y a rien. 

Nous reprochons à la nature de ne point nous pleurer : 
mais c est une pétition de principe, nous avons le grand 
tort de matérialiser des choses immatérialisables. La na¬ 
ture est 1 ensemble des faits. On a coutume de rapetis- 




les problèmes naturels et surnaturels 317 
ser également Dieu en le pliant à notre image (est-elle si 
belle ?) ; ce n’est plus le Dieu Tout, le Dieu Univers, tel 
qu’il doit être conçu. , 

Vous êtes fataliste, me dira-t-on? — Non, car 1 évé¬ 
nement peut être soumis au vouloir de l’individu qui 
s’améliore et devient supérieur aux petitesses de la vie 
et peut dans certaines circonstances (par la volonté) les 
entraîner et les surmonter. 

L’âme, sans cesse en action, tend vers la partie spiri¬ 
tuelle de Dieu, elle peut s’en approcher, mais l’atteindre, 
jamais, tant qu’elle sera soumise aux lois de la matière, 
car alors elle serait Dieu ; de même que les matéria¬ 
listes, les spiritualistes comprennent incomplètement la 
divinité. 

Chacun envisage }a question par un bout oppose et 
se refuse à faire la synthèse des éléments amassés par 
ses adversaires, en y joignant les siens propres. Le but 
de l’occultiste doit être d’aspirer à concevoir l’ensemble 
de la divinité ou mieux le point central des forces intel¬ 
ligentes et inintelligentes de la nature. 


FIN 





table des matières 


PREMIÈRE PARTIE. — La connaissance de l'Avenir . 9 

Chapitre — La Divination . g 

Les Causes, 9; la Providence, 10; le Destin, 14; le Hasard, 20; 
théories occultistes, 23 ; la Divination, 26.; la Divination est-elle 
possible ? 27 ; la Divination naturelle, 30 ; la Divination artificielle, 32. 

Chapitre IL — Les Pressentiments .. 

au’est-ce que le Pressentiment ? 34 ; la Prénotion et le Pressen¬ 
timent, 37; le Pressentiment à l’état de veille, 41. 

Chapitre III, — Le Calcul des probabilités, .qy 

Le domaine des probabilités, 47 ; théorie du calcul des probabilités, 
50; application aux cas simples, 53; application aux cas compli¬ 
qués et anomalies, 57 ; application aux faits d’ordre moral, 58 ; 
application aux sciences morales et politiques, 62. 

Chapitre IV. — Les Arts divinatoires inférieurs .66 

Les Signes sacrés, 66; les Aruspices, 67; les Augures, 68; les signes 
ou auspices heureux et malheureux, 69; les signes tirés du feu, 
de la terre, de l’eau et de l’air, 72; les signes tirés des animaux, des 
plantes et des minéraux, 73 ; les signes tirés de diverses autres 
pratiques, 75; les signes tirés des noms propres, 78; la Baguette 
divinatoire, 79 ; la Nécromancie, 80. 

Chapitre V. — Les Oracles et les sorts . 81 

Les Devins, 81; les oracles des Pythies, 83 ; comment se rendaient 
les oracles, 86; les Sorts, 91 ; les Sibylles, 93 ; les autres moyens de 
divination, 94. 

Chpitre VI. — Les Songes . 

La divination par les songes ou Onéiromancie 95 ; interprétation des 
Songes, 105; les Rêves, 108; conclusion, tu. 













TABLE DES MATIERES 3I9 

DEUXIÈME PARTIE. — Occultisme matérialiste. 113 

Chapitre I. — La Graphologie .113 


Histoire de la Graphologie, 113; théorie des caractères graphologi¬ 
ques, 116 ; anatomie graphique, 116 ; les Facultés, 121 ; les Instincts, 
126; l’Esprit, les aptitudes, les goûts, 137; les passions, 143; 
synthèse graphologique, 145; la grande dominante, 146; les signes 
de ponctuation, 147; conseils graphologiques, 148; graphologie et 
chiromancie, 149. 

Chapitre II. — La CUromancie. .150 

Bases de la Chiromancie, 150; topographie de la main, 152; les lignes 
de la main, 154 les signes, 157; la ligne du cœur, 159; la ligne de 
tête, 161 ; la ligne de vie, 163 ; la ligne de la fatalité, du destin 
ou de Saturne, 164; la ligne de foie ou de santé, 166; l’anneau 
de Vénus, 167. — Le bracelet, rascette ou restreinte, 167 ; les 
autres lignes, 168; lamain,’l69; les doigts, 170; le pouce, 172; 
les ongles, 173; l’échelle chiromantique, 174; quelques types 
chiromantiques, 175; procédé de divination chiromantique, 176. 

Chapitre III. — La Phrénologie. ... ;.179 

Etude des races,. 179; Principe de la phrénologie, 182; le système 
phrénologique de Gall, 183; le système phrènologique de Spurz- 
heim, 187; Facultés animales, 190; Facultés affectives, 192; Fa¬ 
cultés intellectuelles, 193. 

Chapitre IV. — La Physiognomonie .196 

Origines de la Physiognomonie, 196; l’interprétation de la physio¬ 
nomie, 197 ; les races, 200; le milieu, 201 ; les sexes, 201 ; les signes 
tirés du front, 202; les signes tirés des sourcils, 207; les signes 
tirés des yeux, 208 ; les signes tirés du nez, 211 ; les signes tirés 
de la bouche, des lèvres, du menton et des joues, 214 ; signes 
tirés de l’ensemble des traits, 218; les signes tirés de la démar- 

Chapitre V. — La Cryptographie .. 

Utilité des écritures secrètes, 224; historique de la Cryptographie, 
225 ; systèmes par substitution simple, 230 ; système dit des paral¬ 
lèles, 224 ; systèmes dits à clef, 235 ; procédé cryptographique 
de Porta, 237 ; procédé cryptographique de Vigenère, 239 ; pro¬ 
cédés cryptographiques divers, 240; déchiffrement des crypto¬ 
grammes, 241; études de déchiffrement, 242; les grilles, 248; les 
cryptographes, 251; les livres, 254; les tables, 255; les diction¬ 
naires, 256; conseils aux cryptographes, 258; dépêches dissimu¬ 
lées, 259; les encres sympathiques, 259; le langage convenu, 262; 
le langage des fleurs, 263. 









320 TABLE DES MATIÈRES 

TROISIÈME PARTIE. — Occultisme PHiLosoPHiauE. 268 

Chapitre I. — Les lois de U nature, che:^^ les anciens, ...... 268 

La Science dans l’antiquité, 268 ; la Synthèse, 269 ; l’Analogie, 269 ; 

Chapitre II. — Eléments des sciences occultes supérieures. . .272 

La magie, 272 ; But de la magie, 272 : la volonté, 274 ; les théories 
magiques, 275. 

Chapitre III — La Kabbale et ses applications .278 

Qu’est-ce que la Kabhale, 278. 

Chapitre IV. — L’Æchimie .279 

Les principes alchimiques, la pierre philosophale, et la Panacée uni¬ 
verselle, 279; l’AIchimie et la Science moderne, 285. 

Chapitre V. — L’Astrologie .286 

L’Astrologie à travers les âges, 286 ; influence des astres, 287. 

QUATRIÈME PARTIE. — Philosophie occulte .289 

Chapitre I. — Comment on devient occultiste. .289 

‘ La Science expérimentale, 289; la Science occulte, 290; matéria¬ 
lisme et spiritualisme, 292 ; discussion de ces systèmes, 294 ; le 
Panthéisme, 296. 

Chapitre IL — Philosophie des sciences occultes. . . .700 

La religion et la science, 300 ; l’origine des religions, 302 ; la 
Science, 307. 

Chapitre III. — Essai de théorie occultiste .311 

Les Problèmes naturels et surnaturels, 311.