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Full text of "Observations de M. Bergasse : sur un ecrit du Docteur Mesmer, ayant pour titre Lettre de l'inventeur du magnêtisme-animal à l'auteur des 'Réflexions préliminaires' [i.e. J.J. Duval d'Espréménil]"

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OBSERVATIONS 

DEM. BERGASSE, 

> 

sur un Ecrit du Docteur MESMER 3 

Ayant pour titre : Lettre de Vlnventeur 
du Magnétifme - Animal a VAuteur des 
Réflexions Préliminaires . 


Bénéficia eo ufquè læta funt, dùm exfolvi poflunt j ubi multùm 
antevenere , odium pariunt. Tacit. 






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^ LO NB RE S , 


178;. 


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1 


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OBSERVATIONS 

De M. Bèrgasse y fur un Ecrit du Docteur 
Mesmer y ayant pour titre : Lettre de rin- 
Venteur du Magnétifme-Animal, à l’Auteur 
des Réflexions préliminaires. 

Le Do&eur Mefmer vient de quitter la France 
pour fe rendre en Angleterre. Avant que de 
quitter la France, il s’eff occupé de rédiger 
avec quelques-uns de fes Elèves ? un Libelle 
diffamatoire, contre les personnes qui jufques 
à préfent ont le plus efficacement travaillé 
à raccroiffement de fa fortune & de fa re¬ 
nommée. 

Je fuis compté parmi ces perfonnes, & je me 
trouve lingulièrement maltraité dans ce Libelle 
qu’on a jugé à propos de répandre avec une 
grande profulion à Paris, dans les Provinces & 
partout où , grâces à mes loins ? le nom du 
Dotteur Mefmer a été porté. 

Il m'importe d’empêcher l'effet qu’une telle 
diffamation doit produire. Je vis dans une fo- 
litude prefqu’entière. Ma fanté faible & chan¬ 
celante ne m’a pas permis d’étendre mes rela¬ 
tions. Ainfi peu de gens connoiffent mon ca¬ 
ractère & mes principes. Ainfi beaucoup de 
gens pourroient recueillir comme vraies, ou du 
moins comme vraifemblables, les imputations 
que me fait le Do&eur Mefmer. . 

Il faut donc que je parle. Pour le faire avec 

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/ 











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fuccès, j’aibefoin de rendre compte de mes rela¬ 
tions avec lui, depuis l’inftant où j’ai confié à fes 
foins le rétablilfement de ma fanté, jufqu’à l’inf- 
tant où il devient convenable à fes projets de 
déchirer ma réputation qui, je ne fais pourquoi, 
l’importune. 

J’écarterai de mon récit beaucoup de faits que 
je ne puis rendre publics, fans ajouter d’une part 
à l’opinion, affez honorable pour moi , qu’ont 
de ma manière ordinaire d’agir les perfonnes qui 
me connoiflent, mais, d’autre part, fans nuire 
au Do&eur Mefmer, plus qu’il n’ell néceflaire 
à mon apologie. 

Mon récit achevé , j’examinerai la valeur des 
imputations que me fait le Do&eur Mefmer. 
Il ell des momens dans le cours de notre vie, 
où emportés par des pallions violentes , nous 
nous féparons , pour ainfi dire de notre carac¬ 
tère , & où dans le délire cruel auquel nous 
obéilfons , nous devenons capables des plus 
trilles & quelquefois des plus noirs égaremens. 
Je voudrois bien ne pas rendre odieux le Doc¬ 
teur Mefmer. Je fouhaite qu’onpenfe, après m’a¬ 
voir lu , qu’il étoit dans un des momens pénibles 
dont je parle ici, lorfqu’il a fait procéder à la 
rédaction de fon Libelle , & qu’on ne regarde 
pas comme l’ouvrage médité de fon efprit, une 

produ&ion fi honteufe. 

6 

Je fuis entré chez le Do&eur Mefmer dans 
le courant du mois d’Avril 1781. Malade depuis 
mon enfance , il y avoit cinq ans qu’ayant re¬ 
noncé à toute efpéce d’occupation, je voya- 
geois pour recouvrer ma fanté perdue , lorf- 


qu’on me fit lire un Mémoire du Do&eur 
Mefmer fur le Magnétifme animal. Je ne trou¬ 
vai rien d’impofïible dans les affermons que ce 
Mémoire renferme ; &, fur le récit des cures, 
quon me dit avoir été opérées par fon Auteur, 
j e me déterminai à me mettre entre fes mains. 

Le Do&eur Mefmer, en m’admettant chez 
lui, m’annonça qu’en très-peu de temps il ef- 
péroit que ma fan té feroit rétablie, & me pré¬ 
vint que l’ufage étoit de lui payer fes foins à 
raifon de dix louis par mois : j’ai payé ces dix 
louis pendant fix mois (l). 

Quelques jours avant que je fuffe compté 
au nombre des malades du Do&eur Mefmer , 
il avoit renoncé aux offres brillantes que 
lui avoit faites, au nom du Gouvernement , 
M. le Comte de Maurepas , pour l’engager à 
former des Elèves dans ce qu’il appelloit fa 
Doctrine. . Le Do&eur Mefmer n’avoit pas trouvé 
ces offres dignes du préfent qu’il vouloit faire 
à l’Humanité, & il avoit déclaré qu’au bout 
de quelques mois, il quitteroit la France pour 
porter fa découverte chez une Nation plus 
généreufe. 

Cependant les # Médecins & les Journaliftes 
qui, je ne fais pourquoi, leur étoient dévoués, 
répandoient à pleines mains le ridicule fur le 
Do&eur Mefmer. Chaque jour voyoit éclore 


(i) Je ferai quelquefois dans ce Mémoire des remarques 
de ce genre, parce que le Do&eur Mefmer dans fon Libelle, 
pour fe difpenfer des procédés honnêtes auxquels je devois 
m’attendre de fa part, donne à entendre, en plus d’un en¬ 
droit , que je fuis avec lui dans le cas de la rcconnoiflancc. 



4 

un pamphlet , ou une annecdote peu hono¬ 
rable pour lui; & , il faut l’avouer , fa conduite 
ne devoit pas toujours le mettre à l’abri des 
plaifanteries , bonnes ou mauvaifes, & des 
imputations plus ou moins férieufes de fes en¬ 
nemis. 

Le Do&eur Mefmer me pria de prendre la 
plume pour le défendre ; j’héütai quelque-temps. 
Enfin, fur fes follicitations réitérées, j’écrivis, 
& , vers la fin de Juillet 1781 , je publiai fur fes 
querelles avec les Médecins fes confrères, un 
petit Ouvrage intitulé ! Lettre d'un Médecin de la. 
Faculté de Paris , à un Médecin de la Faculté de 
Londres , &c . Cette Brochure eut du fuccès & 
même beaucoup de fuccès. Les Feuilles pé¬ 
riodiques en parlèrent avec éloge ; &, fans trop 
s’inquiéter du fond des queftions que j’y trai- 
tois, & du Do&enr Mefmer qui en étoient 
l’objet, elles s’exprimèrent dans les termes les 
plus favorables , fur la manière dont elle étoit 
écrite. 

Le Doéleur Mefmer trouva mauvais que les 
Feuilles périodiques eu fient ainfi parlé de mon 
œuvre ; il prétendit que, lorfqu’il s’agifîbit du 
Magnétifme-Animal, on ne devoit jamais parler 
que de lui , & dans les accès de fon étrange 
jaloufie, il m’adrefla quelques propos durs qui 
me dégoûtèrent pour long-temps de la fantaifie 
de me mêler de fes affaires. 

Dans le mois d’Août de la même année 1781, 
le Do&eur Mefmer. eut envie de faire un 
Voyage aux Eaux de Spa ; il devoit y relier 
trois jours & en employer environ huit à par¬ 
courir une partie de la Flandre : il me propofa 


de l’accompagner , m’afîürant que ce voyage 
hâteroit confidérablement les progrès, jufqu’a- 
lors un peu lents , que j’avois faits vers la fanté. 
Je le crus , & nous partîmes avec une troi- 
fiéme perfonne , M. Kornmann y l’un de fes ma¬ 
lades, dont il fera peut-être quelquefois quef- 
tion dans ce Mémoire : nous fumes environ 
quinze jours à faire la route que nous avions 
projettée, & je revins à Paris avec mes com¬ 
pagnons de voyage , dans un état abfolument 
fembîable à celui où je me trouvois quand j’en 
étois parti. 

Il n’eft pas inutile de dire ici, que j’avois 
fait imprimer à mes frais ma brochure contre 
les Médecins ; que l’imprefïion m’en a coûté 
environ 30 louis , & que le quart de cette 
fomme m’eil: à peine rentré. On fe doute bien 
d’ailleurs que ce n’eft pas aux dépens du Do&eur 
Mefmer que j’ai voyagé , tant à Spa qu’en 
Flandre : je continue. 

Depuis mon voyage à Spa , j’ai relié environ 
un an à Paris au traitement du Doéteur Mef¬ 
mer , ne m’occupant uniquement que de ma 
fanté & de mes affaires perfonnelles, décidé 
par tout ce que je voyois autour de moi, à 
demeurer abfolument étranger aux querelles 
dans lefquelles pouvoit être entraîné l’Auteur 
du Magnétifme , & attendant paifiblement avec 
la multitude, le moment où cette découverte 
fingulière deviendroit publique. 

Tout le monde a connu les relations du Doc¬ 
teur Mefmer avec le Doéleur d’Eflon : tout le 
monde a fu comment ces relations ont fini. 

Le Docteur d’Eflon avoit le premier célébré 

A nj 


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les effets du Magnétifme en France; il les 
avoit annoncés à la Faculté de Paris , dont il 
étoit membre, de la manière la plus avan- 
tageufe pour le Docteur Mefmer. La Faculté, 
par des motifs qu’il ne s’agit pas d’apprécier 
ici, loin d’accueillir le Dodeur d’Eflon, avoit 
porté contre lui un Décret, par lequel elle le 
fufpendoit de toutes fes fondions Dodorales , 
ii, dans un efpace de temps déterminé , il ne 
revenoit pas à des opinions plus faines que 
celles qu’il avoit adoptées. 

Pour que ce décret eût force de loi, il fal- 
loit que la Faculté le confirmât dans deux de fes 
affemblées. Une affemblée avoit été déjà tenue, 
& le décret avoit été approuvé ; reffoit à tenir 
une troifiéme Affemblée. Le Dodeur Mefmer 
preffoit le Dodeur d’Eflon de la demander, & 
leur projet commun étoit, autant que je puis 
m’en reffouvenir , d’appeller de la confirmation 
du décret au Parlement, oii fans doute on eut 
plaidé avec le plus grand éclat la caufe du Ma¬ 
gnétifme contre la Faculté. 

Le Dodeur d’Eflon ne refufoit pas de pa- 
roître une troifiéme fois dans le fein de fa com¬ 
pagnie pour fubir fon jugement; mais il n’auroit 
voulu s’y montrer que comme poffédant la 
Dodrine & la découverte du Magnétifme-Animal 
& en conféquence il preffoit fouvent le Doc¬ 
teur Mefmer de l’avouer pour fon difciple & 
de lui révéler l’une & l’autre. 

Cet état de chofes dura jufqu’à la fin de Juillet 
Ï782 ; à cette époque le Dodeur Mefmer forma 
de nouveau le deffein de fe rendre aux Eaux 
de Spa, décidé à y féjourner environ trois 


mois , pour fe diftraire, difoit-il , des chagrins 
de toute efpéce qu’on lui avoit fait éprouver 
en France. 

Avant fon départ, il fut convenu que, pen¬ 
dant fon féjour àSpa, le Do&eur d’Eflon de- 
manderoit la troifiéme affemblée dont je viens 
de parler , & que , fi la Faculté perMoit dans 
fon décret contre lui , il feroit l'oudain appel 
de ce décret au Parlement. 

Le Magnétifme avoit amélioré ma fanté ; mais 
ma guérifon étoit encore éloignée, & une cir- 
conftance impérieufe me retenoit à Paris. 

J’étois alors chargé auprès du Miniflère d’une 
affaire qui intéreffoit tout le commerce du 
Royaume, & qui pouvoit influer par fon mau¬ 
vais fuccès fur le fort d’une portion confide- 
rable de ma famille. Cette affaire exigeoit ma 
préfence dans la Capitale , & je craignois. que, 
fi je m’en éloignois au moment de fa décifion , 
le parti qu’on prendroitne me fut pas favorable* 
On m’avoit affuré que le Do&eur d’Eflon 
étoit inflruit de la Dourine & des procédés du 
Do&eur Mefmer , & qu’immédiatement après 
le départ de celui-ci, il auroit un traitement 
ou il recevroit des malades. On va voir qu’au 
moins jufqu’à un certain point on ne m’avoit 
pas trompé. Je m’adreffai au Do fleur Mefmer , 
pour être certain de la vérité de ce fait , & 
je lui expofai les circonflances dans lefquelles 
je me trouvois. Le Dofleur Mefmer me dit 
que le fait étoit faux ; qu’il ne laiffoit aucun 
fucceffeur à Paris ; & que , fi j’aimais ma faute, 
je n’avois rien de mieux à faire que de le 
fuivre une fécondé fois aux eaux de Spa, avec 

A iv 


quelques-uns de les malades qui l’y accompa- 
gnoient. Je crus le Dodeur Mefmer ; &, après 
avoir mis ordre , tant bien que mal, à mes 
affaires, j’allai le rejoindre à Spa. 

Environ trois femaines après mon arrivée à 
Spa , un ami du Dodeur d’Ellon écrivit au Doc¬ 
teur Mefmer , une lettre par laquelle il lui 
apprenoit que le Dodeur d’Eflon avoit comparu 
devant fa Faculté ; qu’il y avoit défendu avec 
beaucoup de fermeté la caufe du Magnétifme- 
Animal ; que, pour donner plus de valeur à ce qu’il 
difoit, il s’y étoit annoncé comme ayant lui-même 
fait des cures par le Magnétifme-Animal ; que 
fa Faculté ne l’ayant pas mieux accueilli cette 
troifiéme fois que les deux premières, il avoit 
enfin appellé , fuivant leur convention , de fort 
décret au Parlement, & qu’en attendant qu’il 
fût ftatué définitivement fur faconteftation, avec 
fa compagnie , il avoit ouvert un traitement 
où fe rendoit tous les jours un grand nombre de 
malades. 

La Lettre étoit accompagnée du difcours dti 
Dodeur d’Eflon à fa faculté. 

Le paquet qui contenoit la lettre & le dif¬ 
cours , fut ouvert dans une maifon où étoient 
raffemblés quelques malades du Dodeur Mef¬ 
mer : on me pria de faire la ledure des deux 
pièces. Je les lus avec beaucoup de tranquillité ; 
je fus furpris , avant la fin de la ledure , d’enten¬ 
dre le Dodeur Mefmer s’écrier qu’il étoit ruiné, 
perdu pour jamais ; que le Dodeur d’Eflon avoit 
manqué à tous fes engagemens avec lui ; qu’il 
étoit faux qu’il poffédât la connoiffance du 
Magnétifme-Animal ; qu’il en impofoit au Public 


par quelques procédés qu’il lui avoit dérobés ; 
mais que ce qu’il y avoit d’affreux , c’eft que , 
pouvant produire des effets avec ces procédés, il 
fe feroit sûrement un grand nombre de parti- 
fans , tandis que lui, Docteur Mefmer , Auteur 
d’une Science nouvelle, immenfe par fon éten¬ 
due , feroit réduit à aller mourir dans quelque 
folitude obfcure, fans fortune, fans gloire & 
peut-être encore calomnié par l’homme qui 
venoit de le trahir. 

Les perfonnes qui écoutoient le Do&eur 
Mefmer, s’interrefsèrent vivement à fa douleur, 
& proposèrent de prendre fur le champ un 
parti décifif contre le Dofreur d’Eflon. Moi 
feul, je demeurai calme & froid. Je repréfentai 
qu’il me paroiffoi^ imprudent d’agir avant que 
d’avoir obtenu de la part du Doéteur d’Elîon , 
des écîairciffemens qui peut-être le jullifïe- 
roient; qu’il falloit lui écrire, écrire à l’ami du 
Doéteur d’Eflon, & ne fe décider qu’après avoir 
reçu leurs réponfes. 

Malheureufement les réponfes qui furent tar¬ 
dives , ne fatisûrent pas le Doéieur Mefmer; 
& en effet elles ne dévoient pas le fatisfaire. 
Je trouvai les unes trop Jaconiaues, les autres 
dures & peu convenables à la fituation malheu¬ 
re ufe dans laquelle je le voyois jette. Peut- 
être eût-on écrit différemment, fi l’on eût été 
bien inftruit de' la manière dont le Dodeur 
Mefmer étoit affeûé. Quoi qu’il en foit, on écrivit 
de façon à l’aigrir davantage. 

Alors toutes les perfonnes qui l’environnoient 
eurent recours à moi, & me prefsèrent de m’in- 
terreffer à fon fort. Je déclarai qu’il m’étoit im- 
poflible' de le faire. Je m’expliquai même très- 


10 

vivement fur ce point avec M me la Mar- 
quife de Fleury, qui m’en preffoit plus que 
les autres. S’il faut tout dire, indépendamment 
de plufieurs motifs particuliers , que je veux 
bien taire ici, je repréfentai qu’il m’étoit im- 
pofîible de parler & d’écrire pour un homme 
qui, annonçant par-tout qu’il avoit une décou¬ 
verte , univerfellement & effentiellement utile 
à l’Humanité , en fubordonnoit la deftinée à 
l’intérêt de fa gloire, ou, ce qui eft pis encore , 
à l’intérêt de fa fortune. 

On combattit mon opinion en m’afïur3nt 
que fi jufqu’à préfent le Do&eur Mefmer n’a- 
voit pas publié fa découverte, c’efl que la vé¬ 
rité n’en devenoit certaine que par une foule 
d’expériences délicates , qiÿ ne pouvoient 
être faites que par des hommes qui l’auroient 
vu long-temps pratiquer lui-même ; qu’ainfi , 
avant tout, il lui falloit une école , & que c’é- 
toit parce qu’il lui falloit une école, & qu’il 
n’avoit pas les fonds & l’autorité nécefîaires 
pour en établir une , qu’il étoit réduit à garder 
le filence fur une chofe qu’il étoit plus em- 
preffé que perfonne de rendre publique. 

Je fus ébloui par ces raifons que depuis, la 
connoiffance que j’ai acquife de la découverte 
du Dodleur Mefmer m’a démontré être abfo- 
lument fauffes ; mais quoiqu’ébloui, je perfif- 
tois toujours à demeurer étranger aux querelles 
du Doâeur Mefmer avec le Do&eur d’Eflon. 
Enfin on me peignit fi fouvent & d’une ma¬ 
nière fi forte la fituation du Do&eur Mefmer ; 
moi-même, obéifTantauxmouvemens de la pitié, 
toujours chez moi trop a&ive , je le vis fi 
abandonné , dans un délaiffement fi pénible 


\ 


il 

& fi univerfel, d’ailleurs on me parla d’une 
manière fi vraisemblable des torts du Do&eur 
d’Eflon avec lui ; on répéta tant de fois que 
le Do&eur d’Efion ne favoit rien, qu’il en im- 
pofoit au Public, & que fa conduite tendoit à 
priver l’Humanité delaconnoiflance d’une grande 
découverte , en faifant périr de chagrin fon au¬ 
teur , que j’eus la foibleiïe de me laifler fléchir. Je 
promis, avec trop d’imprudence fans doute, de 
défendre le Do&eur Mefmer contre le Do&eur 
d’Efion, & en même-temps d’afiurer , autant 
qu’il dépendroit de moi, la fortune & la gloire 
du Do&eur Mefmer, en le plaçant dans une fi- 
tuation , où il put, fans inconvénient pour lui- 
même , rendre fa découverte publique. 

En conféquence . de mon imprudente pro¬ 
mette , je rédigeai, au nom du Do&eur Mef¬ 
mer , & d’après Ses idées , une Lettre au Doyen 
de la Faculté de Paris , où le Do&eur Mefmer 
défavouoit le Do&eur d’Eflon , comme s’etant 
dit fauffement pofiefleur de la Do&rine & de 
la découverte du Magnétifme Animal. En même- 
temps & par les confeils de M. Kornmann , 
j’imaginai le plan d’une foufcription , ayant 
pour objet d’afliirer la fortune du Doàeur 
Mefmer , & de le mettre en état de publier , 
le plus*tôtpoflible^y^ Doctrine & fa découverte . 

La Soufcription devoit être compofée de cent 
aCtions, à cent louis chacune ; les cent actions 
remplies & leur prix acquitté, le Do&eur Mef¬ 
mer devoit raffembler Ses actionnaires & leur 
révéler le fyfiême de Ses connoiffances, dont 
ceux-ci pourroient difpofer enfuite comme 
d’une propriété à eux. 


12 

Le projet plut beaucoup au Dodeur Mefmer’; 
je lui déclarai d'ailleurs que mon intention étoit 
de ne me mêler de fes affaires , qu’autant quil 
l’adopteroit, n’entendant pas me faire le Mi¬ 
nière d’une Dodrine oculte ; trouvant jufte , 
que fi cette Dodrine étoit utile, l’Auteur en 
fût recompenfé ; mais voulant effentiellement 
que , par la voie la plus courte, l'Humanité 
recueillît les avantages qu’il prétendoit devoir 
en réfulter. 

Je ne dois pas omettre ici un fait remarquable; 
Dans le cours des négociations employées pour 
m’engager à prendre la défenfe du Dodeur Mef¬ 
mer , j’avois eu avec lui plus d'une conférence 
fur fa fituation. M. Kornmann, qui étoit comme 
moi aux Eaux de Spa , afliftoit à ces confé¬ 
rences. Je me rappelle très-bien, que, ne comp¬ 
tant plus fur les efpérances de fortune, qu’il 
avoit conçues autrefois pour lui-même de la 
révélation de fa découverte , le Dodeur Mef¬ 
mer nous difoit fouvent que, fi quelqu’un vou- 
loit lui affurer trois mille livres de rentes via¬ 
gères , il l’inftruiroit volontiers de tout ce qu’il 
favoit. On imagine bien que nous n’étions pas 
gens à accepter une telle propofition ; mais 
ceci prouve que, lorfque 1 ^ Dodeur Mefmer 
trouva bon de s’adreffer à moi, au moment de 
la défedion, ou vraie , ou prétendue du Doc¬ 
teur d’Efîon, il pouvoit en effet avoir befoin 
d’un appui. 

Enfin , après trois mois d’abfence nous re¬ 
vînmes à Paris. A mon arrivée dans cette ville, 
je trouvai quelques anciens malades ou amis du 
Dodeur Mefmer, tels que M. le Bailli des 


iBarres , MM. de Puyfégur , le P. Gérard, &c; 
auxquels je communiquai mon plan de fou- 
fcription : ils l’approuvèrent ; je le rédigeai en 
confequence 5 & je le dépofai chez M e Margantin, 
Notaire, avec le modèle d’un Aéte particulier 
que chaque Soufcripteur devoit Signer, por¬ 
tant promeffe de payer à la première requifi- 
tion , une fomme de 24OO /iv. montant d une des 
cent actions de la Souscription ouverte pour mettre 
le Docteur Mefmer en état de publier fa décou¬ 
verte (1). 

Au bout d’un mois, le Dofteur Mefmer comp- 
toit environ vingt Soufcripteurs, a la tête des¬ 
quels je me trouvai. Parmi ces Soufcripteurs 
étoit M. le Bailli des Barres , que fes affaires ap¬ 
pelaient à Malte, & qui défiroit y porter la 
nouvelle découverte. 

M. le Bailli des Barres étoit dans des cir- 
conflances qui ne lui permettoient pas d at¬ 
tendre que la foufcription fut remplie; en consé¬ 
quence , il lui vint en idée de faire au Dodeur 
Mefmer des offres particulières que nous con¬ 
certâmes enfemble. Ges offres confifloient a 


Cl) Voici l’A&e particulier dont il s’agit, tel qu’il a été 
figné chez Me Margantin, par les premiers Elèves du Doc¬ 
teur Mefmer ? 

cc Nous fouflignés nous engageons à depofer , à la pre- 
33 mière réquifition, entre les mains de Me Margantin , 
03 Notaire rue Saint-Honoré, la Somme de deux mille 
as quatre-cents livres pour une Aétion à prendre dans les 
m cent qui doivent former le montant d une fouLcription 
as qui a pour objet d'engager M. Mefmer a publier Ja De - 
3s couverte , en lui fourniiîant les relfources dont il a be- 
» foin pour la rendre univerfellement utile : A Paris ce 1® 
a» Mais 1783 J», 



14 

affurer au Do&eur Mefmer, durant la vie du 
Bailli des Barres, une rente viagère de mille 
écus, dont la première année feroit payée d’a¬ 
vance. Au moyen de cette rente viagère , le 
Do&eur Mefmer devoit inttruire de fa doc¬ 
trine , fous la promette du fecret , le Bailli 
des Barres, & un Médecin au choix du Bailli 
des Barres. 

Je fus chargé de négocier cette affaire au¬ 
près du Do&eur Mefmer, & je m’en occupai 
d’autant plus volontiers que, celui-ci m’ayant 
affuré plufieurs fois que perfonne abfolument 
ne poffédoit le fyttême de fes connoiffances , 
il me fembloit que je garantiffois la poffeflion 
de ce fyttême à l’Humanité, en faifant enforte 
qu’il fût dépofé en plulieurs mains. 

Ma négociation fut longue; il me fallut vain¬ 
cre des défiances & des craintes fans bornes. 
Enfin je réuflis, & le Bailli des Barres & fon 
Médecin, partirent pour Malte , inttruits dans 
la Do&rine du Magnétifme-Animal. Depuis , 
& lorfque la foufcription ouverte au profit du 
Do&eur Mefmer a été à peu près remplie, il m’a 
fallu négocier de nouveau , pour faire affranchir 
le Bailli des Barres de fon engagement. 

Pendant que je m’occupois de toutes ces 
chofes, un ami du Dotteur d’Ellon travailloit 
auprès du Do&eur Mefmer à opérer entr’eux 
une réconciliation qu’on croyoit néceffaire à 
la profpérité de la nouvelle Do&rine : le Doc* 
teur Mefmer s’oppofoit à toute efpéce d’ac¬ 
commodement , & ne vouloit pas fur-tout en¬ 
tendre parler de voir le Do&eur d’Etton. Ce¬ 
lui-ci eut alors l’occafion de lui propbfer, au 


nom de cent particuliers réfidents dans une 
grande ville de Province, une foufcription de 
cent mille écus qui, difoit-il, feroit remplie 
fur le champ. Je ne fais fi la foufcription a vé¬ 
ritablement exifté, mais ce que je fais, c’efi: 
que fitôt qu’elle fut propofée^ il n’y eut plus 
de barrière entre le Do&eur Mefmer & le 
Do&eur d’Eflon : on laifîa là ma foufcription 
qui commençoit à peine ; & des bafes fixes 
furent déterminées pour une prochaine récon¬ 
ciliation entre l’offenfeur & l’offenfé. 

Tandis qu’on travailloit à déterminer ces ba¬ 
fes , l’ami du Do&eur d’Eflon dont il s’agit ici, 
me propofa un plan pour faire profpérer la 
Do&rine du Magnétifme-Animal à Paris. Dans 
ce plan, qui pouvoit être bon en lui-même , 
on regardoit comme une chofe nécefîaire de 
tenir cette Do&rine fecrette encore plufieu^s 
années, tant pour exciter davantage la curiô- 
fité publique, que pour l’utilité des Médecins 
qui s’en occuperoient. Je rejettai ce plan, uni¬ 
quement parce qu’il éloignoit la publicité de la 
Doclrinc ; & , indigné qu’on eût ofé me le pro- 
pofer, je m’abftins pendant quelque tems de 
m’intérefler à la deftinée du Do&eur Mefmer. 

Enfin la réconciliation entrele Do&eur Mefmer 
& le Do&eur d’Eflon fut irrévocablement arrêtée: 
je ne m’étois jamais oppofé à ce quelle eût lieu; 
mais il me parut que le Do&eur Mefmer ne 
devoit rien terminer fans m’en prévenir. J’avois 
embrafle fa défenfe contre le Do&eur d’Eflon ; 
je venois de lui rendre quelque fervice dans 
l’affaire du Bailli des Barres, c’étoit fûrement 
à ma fermeté qu’il devoit fon a&uelle exif- 


t6 

tence, & il réfultoit de la manière dont il s’é- 
toit réconcilié avec le Dodeur d’Eflon, en me 
cachant toutes fes démarches , quil me don- 
noit pour ennemis, les partifans très-nombreux 
de ce Dodeur , & qu’il me faifoit confidérer 
comme l’Auteur des divifions qui avoient fub- 
fifté entr’eux, divifions que j’aurois voulu pré¬ 
venir , & qui , fi j’avois été cru , n’auroient 
jamais éclaté. 

Une telle conduite m’irrita; je formai le def- 
fein de ne plus mettre les pieds chez le Doc¬ 
teur Mefmer , où le foin de ma fanté m’ap- 
pelloit tous les jours. On le lui dit ; il fe con¬ 
tenta de répondre quiL riavoit plus befoin de 
moi . Quelques perfonnes plus honnêtes , en- 
tr’autres M. le Bailli des Barres , qui étoit en¬ 
core à Paris, M. le Chevalier des Barres fon 
frère , M. le Comte de Chaftenet-Puyfégur , 
M. le Comte Maxime de Puyfégur > M. Court 
de Gébelin qui vivoit alors, &c. &c. &c. &c., 
m’invitèrent à n’être pas dupe de ma colère ; 
&, puifque le Magnétifme avoit amélioré ma 
fànté, ils me pressèrent de retourner chez le 
Dodeur Mefmer pour achever ma guérifon : 
je les crus; j’eus tort de les croire. 

On faitquelaréconciliation du Dodeur Mefmer 
avecleDodeurd’Eflonapeu duré. Je ne parlerai 
pas ici des circonfiances qui l’ont pour jamais in¬ 
terrompue. Je dirai feulement que le Dodeur 
Mefmer accufa le Dodeur d’Eflon de l’avoir 
trahi une fécondé fois ; que, pour prouver fon 
accufation, il raflembla beaucoup de circon- 
flances qui parurent d’autant plus vraifembla- 
bles, que le Dodeur d’Eflon qui ayoit un trai¬ 
tement 


temeiit chez le Do&eur Mefmer , s’en retira 
fans juger à propos cl’y répondre. 

Alors on revint à moi, & on y revenoit ton- 
jours dans les circonflances pénibles. On me 
parla de la foufcription que j’avois ouverte' 1 * 
& à laquelle on paroifloit avoir renoncé ; on 
me demanda les moyens de la faire revivre* 
La chofe ne me parût pas facile; cependant, 
après y avoir réfléchi, je propofai de former * 
des Soufcripteurs aéhiellement exiAants , &> 
qui pouvoient fe trouver au nombre de douze , 
une fociété, qui deviendroit dépofltaire de là 
Doélrine du Magnétifme-Animal, qui fe char- 
geroit de la répandre de la manière la plus 
convenable, fitôt que la foufcription feroit ab- 
folument remplie $ & dont- chaque membre 
jufqu’à cette époque, derneureroit aiïujetti au 
fecret envers le Docteur Mefmen On me de¬ 
manda des réglements pour cette fociété, à 
laquelle on donna d’abord , bien malgré moi * 
la ridicule dénomination de Loge. Je fis. des ré¬ 
glements provifoires que le Doéteur Mefmer 
figna avec tous fes aflociés. 

Les réglemens fignés, on s’àflemblà > & K le 
Docteur Mefmer, oubliant tout ce qu’on avoit 
fait pour lui, commença d’abord par marquer 
une défiance très-injurieufe aux perfounes dont 
il étoit environné, & déclara que, toute ré¬ 
flexion faite , il ne leur révéleroit fa Do&rine , 
quautant quelles lui payeroient, ou que du 
moins elles lui garantiroient folidairement la 
fomme de 240,000 livres, montant de la fou¬ 
fcription que j’avois ouverte à fon profit. On 

B 


i8 

imagine bien qu’un tel parti ne fut point accepté? 
on alloit fe retirer très-indigné contre le Doc¬ 
teur Mefmer , lorfqu’au lieu de ce parti, je 
propofai de lui affûter , indépendamment de 
îa tomme de douze cents louis que nous lui 
avions déjà remife , une autre fomme de douze 
cents louis , ti dans l’efpace de quatre mois, 
nous ne lui trouvions pas douze Elèves peur 
uousfuccéder dans l’acquifition de fa découverte : 
après quelques débats , le Doûeur Mefmer 
accepta ma proportion. 

On délibéra enfuite fur îa qtiefticn de favoir 
fi Ton obligeroit les nouveaux adeptes à aller 
figner chez le Notaire Margantin une fonmif- 
fion femblable à celle que nous avions fignée, 
ou ti tout finlpîement on nommeroit une per- 
fonne de la fociété pour recevoir leurs cent 
louis au nom du Doéteur Mefmer & de la fo¬ 
ciété ; ce dernier avis prévalut , parce qu’il 
étoit conforme aux réglements qui venoient 
d’être fignés, réglements où il étoit dit que per- 
fonne ne feroit reçu dans la fociété qu’àiitarit 
qu’il payeroit dans les mains d’un des atfociés qui 
feroit défigné, une fomme de cent lotiis pour 
acquitter Le prix de la foufeription ouverte en faveur 
du Docteur Mefmer . 

On délibéra en fécond lieu fur la quetlion 
de favoir quelle forme on donneroit à l’enga¬ 
gement que l’on contraéleroit envers le Doc¬ 
teur Mefmer, relativement au fecret demandé 
par lui fur fa découverte. La plupart vouloieilt 
que, fous peine de dommages-intérêts confidé- 
rables, on s’obligeât au fecret, tant envers la 
fociété, qu’envers le Doêleur Mefmer, lefquels* 


*9 

cas clé révélation du fecreit, pourfuivroîent en¬ 
semble ,& ne pourroientpourfuivre qu’en Semble 
îes coupables; le Dodeur Mefmer ëtoit de cet 


avis. Je ne pen'fai pas de même, & , pour fou 
propre avantage , je représentai, que la fociétè 
n’avoit aucune exigence civile dans l’Etat 
qu’elle n’étoit point avouée par le Gouverne¬ 
ment , quelle pbuvoit être diffoüte d’un ins¬ 
tant à l’autre , qu’il feroiî donc pofîible qu’il 
arrivât une circonftance où il ne reüeroit ail 
Dodeur Mefmer aucune rfcflbufce légale > 
contre ceux qui àiîroient manqué à leur en¬ 
gagement , fi chacun de nous ne s’en gage oit 
envers lui par des ades particuliers & ab¬ 
solument obligatoires indépendamment dé 
Fexiftence de la Société. On revint à mon opi¬ 
nion ; delà l’origine de cès ades individuels 
dont-le Dodeur Mefmer voudroit fe préva» 
loir aujourd’hui contre les personnes qiii ont 
travaillé avec le plus de fuccès à fa fortune & à 
fa renommée. 


On délibéra en troifiéme lien fur là queflion 
de favoir li, dans l’engagement qu’on fouferh* 
toit on feroit mention de la Soqfcription, & fi 
l’on diroit expreffément que, la Sbufcription 
remplie , l’engagement n’exifterdit plus. J’ex- 
pofai fur ce point , que parce qu’en faifoit 
parler & Stipuler le Dodeür Mefmer dans 
Fade dont ils agiffoit, li l’on y rappelloit la Sou- 
feription, il s’y miontreroit en quelque forte , 
comme vendant une découverte utile à fhuma- 
nité , idée odieufe qu’il falloiî foigneiifement 
écarter ; qu’il convenoit de lui donner une 
preuve de confiance & de nohieffe, en s’abaiî- 



v 


* 


10 

donnant en partie à fa bonne-foi; que d’ail*, 
leurs on n’avoit rien à craindre cle fa part * 
puifque la fociété de voit fon origine à la Sou- 
fcription, puifqu’il étoit parlé de la Soufcription 
dans les réglemens (ignés par le Doûeur Mef¬ 
mer, puifque le Profpeclus de la foufcription 
avoué par lui , éncnçoit pofitivernent , que 
litôt que la Soufcription feroit remplie, il s’oc- 
cuperoit de publier fa découverte. On goûta 
mes raifons , & voilà pourquoi, dans l’engage¬ 
ment individuel , dont fe prévaut le Doéteur 
Mefmer, il n’efl point mis de terme aux obli¬ 
gations qu’il renferme ; on ne pouvoit mettre un 
terme à ces obligations, fans rappeller la foufcrip¬ 
tion dont il parut convenable de ne point parler. 

Ces points arrêtés , on nomma quatre Rédac¬ 
teurs de la Doctrine du Doéteur Mefmer, au 
nombre defquels on imagine bien que je fus 
placé -.j’avois vu des effets extraordinaires opérés 
par ce que le Etoéleur Mefmer appelloit le Magné* 
tifme- Animal-, ces effets meparoiffoient tenir à une 
caufe univerfelle dans la Nature ; & il me fem- 
bloit que cette caufe une fois bien connue ,jette- 
roit de grandes lumières fur les rapports de l’é¬ 
conomie particulière de l’homme, avec l’éco¬ 
nomie générale du monde. J’étois donc très- 
emprefie de connoître la théorie du Doéteur 
Mefmer. Je l’avoue, cette théorie contenue en 
foixante pages ne répondit pas à l’opinion 
que je m’en étois faite ; à travers beaucoup 
d’idées incohérentes & même contradictoires, 
je découvris bien . quelques apperçus d’une 
grande étendue , & en partie neufs pour moi; 
mais ces apperçus ne me paroiffoient point 



21 

appartenir aux principes dont on les faifoit dé¬ 
pendre ; & ces principes eux-mêmes n’étoient 
pas toujours vrais pour un homme qui, ac¬ 
coutumé de très-bonne heure à la méthode des 
géomètres, n’adopte guères que ce qui lui eil 
démontré. En deux mots , il me parut que le 
Doéteur Mefmer , par les expériences qu’il 
nous avoir miles fous les yeux , & quelques- 
uns de fes apperçus qui, je dois l’avouer, fup- 
pofoient en lui le génie de l’obfervation porté 
à ùn très-haut degré, nous avoit préparés à 
une théorie plus vafte fur la Nature & uir 
l’homme, que les théories imparfaites que nous 
connoi/îionSp mais que cette théorie plus vaile 
étoit à peine commencée. 

Pour mettre enfemble les faits d’une efpéce 
femblable , je dirai tout de fuite ici que par in¬ 
tervalle , j’ofai propofer quelques doutes fur la 
Doctrine du Doéteur Mefmer; que je parvins 
même à faire nommer dans la fociété un co¬ 
mité , appellé Comité cT Injlruclion , lequel avoit 
pour objet d’examiner, cette Doctrine , de la 
réduire au petit nombre de vérités qu elle 
contenoit , & d’en féparer abfolument tout ce 
qui paroiîroit erronné ou inutile. Mes doutes 
furent toujours très-mal reçus , tant par le 
Docteur Mefmer , que par quelques enthou- 
fiaftes , dont il avoit eu l’art de s’environner ; 
& je ne fais comment il arriva que le comité 
d’inftruttion ne put jamais parvenir à s’occuper 
de la million pour laquelle il avoit été inltitue. 

Cependant notre iociété prenoit un accroii- 
fement rapide: en peu de temps elle fe trouva 
çgmpofée de quarante perfonnes. Alors pariv* 

B üj 


tï 

dans le Journal dz Paris , des lettres de 
de Mont-joye, lefquelles contenaient, difoit-il s 
toute la théorie du Docteur Mefmer. 11 faut 
ravouer maintenant, ce que le Doéteur Mefmer 
nous avoit donné , ne valoit guères mieux que 
ce que conîenoient ces lettres. Mais j’apperçe- 
yois lar pofîibilité de trouver mieux , & déjà 
même j’avois fait des recherches qui me prou¬ 
vaient que j’avois mieux trouvé. Je me déci¬ 
dai en conféquence à défavouer, au nom du 
Docteur Mefrner, la Doctrine expoiée dans les 
lettres de M. de Mont-joye, non pas comme 
faufTe en tout point, mais comme mêlée de 
beaucoup d’erreurs : de plus, je fis remarquer 
que ces lettres n avoient été vraifemblablement 
imprimées , que pour arrêter le cours de la 
fortune du Dofteur Mefmer , & empêcher le 
fucçès de la Soufcription. Je m’expliquai d’ail- 
leurs avec tant de modération 6c de fimplicité, 
que j'acquis en peu de temps la bienveillance 
publique au Doéleur Mefmer', & que , quinze 
jours après, je pus lui préfenter une liile de 
cinquante personnes environ, la plupart d’un 
rang difiingué, qui demandoient à être admifes 
au nombre de fes Elèves , en payant le prix 
de, la foufeription. 

Alors M. le Marquis de*** (i) , Pr.éfident 
de la fociëîé, propofa de changer la forme de 
rengagement qu’on avoit fait fouferire jufqu’à 


è* 


(i) le ynctif du Marquis de ***, étoit que la Soufcription 
toit pr- fque remplie, & que le Dodeur Mefmer n'étoit plus 
«ar. ç -c cas de craindre qu’une révélation prématuréede fa£>oc- 
p privâtes avantages pécuniaires qu’il en avoit attendus** 




*3 . 

cette époque à chaque Elève ; d’en fupprimer 
une claufe de cinquante-mille écus de dom- 
mages-intérêts que le Do&eur Mefmer avoit 
exigé qu’on y inférât , contre tout Elève qui 
révéleroit fa Doctrine , & même de fubflituer à 
l’engagement une iimple parole d’honneur 5 don¬ 
née en préfence de lafociété afîemblée. 

Tout le monde fut de l’avis du Marquis de 
.*** , excepté le Doéleur Mefmer. Enfin ? après 
de longs débats, le Doreur Mefmer fut obligé 
de consentir à ce qu’on fupprimât la claufe des 
cinquante mille écus; &, par déférence pour lui* 
on laiffa fubfifter l’engagement avec fes autres 
claufes , telles quelles avoient été d’abord ar¬ 
rêtées par les douze premiers fondateurs de la 
Société. 

Il réfultoit de la délibération & il fut dit ex- 
preffément que les engagemens foufcrits par 
les quarante premiers Elèves, avec la claufe de 
l 50,000 livres, feroient échangés,à leur pre¬ 
mière requifition, contre les engagemens plus 
fimples qu’alloient foufcrire les nouveaux Elè¬ 
ves. Il eût été abfurde en effet que les nou¬ 
veaux Elèves , qui avoient moins fait que les 
premiers pour le Do&eur Mefmer , tuffent 
mieux traités qu’eux , & qu’il fubfillât dans la 
Société ? & parmi des hommes qui avoient les 
mêmes droits , des obligations d’une efpéce 
différente. 

On voit ici avec combien peu de fondement 
le Do&eur Mefmer s’eft prévalu contre moi 
dans fon Libelle, & a voulu fe prévaloir aupa¬ 
ravant , contre M. le Comte d’Avaux , au frf* 
bunal de MM. les Maréchaux de France -> de 

Biv 


H 

1 ‘engagement clans lequel eft inférée la claufe 
de cinquante mille écus : cet engagement ne 
fubfifte plus pour aucun de fes Elèves; &, fi 
ceux qui l’ont foufcrit n’ont pas jugé à propos 
de le lifi redemander , c’efi: par un excès de 
Confiance en lui ; c’efi; qu’ils favoient bien qu’à 
tous les inftans, ils avoientle droit d’exiger qu’il 
le leur rendit. 

Le Gouvernement ne yoyoit pas d’un œil 
indifférent les progrès du Magnétifme en France; 
parce que cette Doctrine demeuroit envéloppée 
des ombres du myffère, il crut qu’il étoit de 
fa fageffe de faire examiner jufqu’à quel point 
elle pouvoit être nuifible ou utile; en confé- 
quence il nomma des Çommiffaires auxquels il 
enjoignit de fe îranfporter chez le Dodeur 
d’Éfion, à l’effet d^y acquérir la connoiffance 
des phénomènes produits par le Magnétifme, & 
de donner leur avis fur la fauffeté ou la vérité 
de cette fcience fingulière. 

J’aurois bien' défiré, & je crois que prefque 
tous les Elèves du Dodeur Mefmer défiroient 
comme moi, que les Çommiffaires vinffent dans 
le fein de notre fociété 3 procéder à l’examen 
du Magnétifme. Nous n’avions pas le moindre 
intérêt à empêcher que le Magnétifme fût exa-^ 
miné , & il nous fembloit que nous pourrions 
donner tous les renfeignemens néceffaires pour 
éclairer le Gouvernement fur ce qui faifoit 
l’objet, ou dp fpn inquiétude 3 ou de fes re¬ 
cherches. 

Malheureufement l’autorité en avoit décidé au¬ 
trement. Dans de telles circonffances, craignanf 
les Çommiffaires n’agiffent & ne prononça^ 



M 

fent d’une manière défavorable au Magnétifme* 
j’imaginai de ménager au Doéteur Mefmer 
& à fa Société , une réclamation contre leur 
rapport. 

D’après cette idée , j’écrivis, au nom du Doc¬ 
teur Mefmer, à M. Francklin , premier Corn-? 
rniiTaire , une lettre , dans laquelle j’expofai 
combien il me paroifToit étrange qu’on allât 
chercher chez le Do&eur d Ellon , ce qu’il fal¬ 
loir penfer d’une découverte qui ne lui appar- 
tenoit pas. je faifois protefler dans certe lettre 
le Doéteur Mefmer, contre tout ce qui fe fe- 
roit chez le Doéteur d’Eflon, & j’accompagnai 
la lettre d’un Mémoire contre le Docleur d Ef- 
lon rédigé fur des faits dont le Docleur Mefmer 
m’avoit garanti la vérité. On m’afïure aujourd’hui 
que la plupart de ces faits font faux. 

Je fis écrire de la même manière le Doéteur 
Mefmer à M. le Baron de Breteuil , & j’atten¬ 
dis en fuite avec tranquillité le rapport des 
CommifTaires. 

Tandis que je m’occupois ainfi à garantir au> 
dehors le Docleur Mefmer des coups qu’on 
pouvoir lui porter ; au-dedans il me falloit ap- 
paifer bien des murmures. La plupart de fes 
Elèves étoient mécontens de la manière dont 
il leur avoir expliqué fa Doélrine. On me pria 
de donner fur cette Doctrine des idées plus 
nettes que celles qu’on avoit recueillies auprès 
de lui : j’y confentis & je rédigeai en quinze 
jours des cahiers où j’effayai d’enchaîner dans 
un feul fyftême ce que le Doéleur Mefmer 
avoit dit lur le monde, fur les principes des 
çtres & fur l’homme. Pour faire cet enchaî- 


26 

frement, j'eus befoin d’aflbçier aux idées du 
Doâeur Mefmer , beaucoup d’idées qui n’é- 
to ient pas à lui, beaucoup d’idées dont le plus 
grand nombre m’appartenoit. Si j’avois ofé 
alors , j’aurois fait plus ; j’aurois écarté de mon 
travail une foule d’erreurs que je fus obligé 
d’y laiffer, parce que c’étoient les erreurs du 
Do fleur Mefmer, & qu’au fond on ne me de- 
mandoit pas mes idées, mais les bennes. 

Mes cahiers rédigés , je développai la Doc¬ 
trine du Magnétifme avec aiïez de fuccès pour- 
me faire comprendre, tant par les anciens Elèves 
du Do&eur Mefmer, que par les nouveaux qui ac- 
couroient de toute part pour recueillir fes prin¬ 
cipes. Grâce à mes foins, le Dofleur Meimer- 
conferva. ou recueillit , dans deux Cours que 
je me donnai la peine de faire, pins de deux* 
cents vingt mille livres. Vous obferverez que 
le Dofleur Mefmer aiîxdoit à mes Cours, mais 
qu’il n’y parloit pas. 

Depuis on m’a prié de faire graver mes ca¬ 
hiers , & j’ai fait pour cet objet une avance de 
plus de cent louis que je n’ai recueillie que par 
petites fommes , & dont la totalité ne m’eft pas 
même encore entièrement rentrée. 

Je ne perdois pas de vue les Commilîaires 
qui s’occupoient chez le Dofteur d’Eflon de 
l’examen du Magnétifme. Pour rendre leur tra¬ 
vail inutile & me ménager des reffources contre 
l’opinion qu’ils pourroient faire naître, je m’oc¬ 
cupai, de concert avec Içs chefs de notre fov 
ciété, & d’après le vœu d’une de fes alTem- 
blées, à établir dans les Provinces & dans l’E-* 
tranger, des traitemens Magnétiques , Sç dç& 


*7 a 

Tociétés deftînées comme la nôtre à veiller au 
maintien & à la propagation de la découverte 
que nous avions acquife. En peu de temps , 
non-feulement la France , mais l’Italie , mais 
l’Amérique , connurent le Magnétifme , & à 
côté de l’opinion qui fe préparoit contre nous, 
j’eus la fatisfaélion de voir s’élever dans le 
filence une opinion fuffifante pour nous dé¬ 
fendre. 

Enfin , le rapport des Commiffaires parut. 

On fe rappelle encore la fenfation qu’il pro- 
duifit. Tout le monde crut que la nouvelle 
Doctrine ne pourroit fe relever du coup qui 
lui étoit porté. J’appris dans le même jour quelle 
alloit être profente par un Arrêt du Confeil 3 
par un Décret de la Faculté de Médecine qui, 
à la vérité , n’étoit pas auffi dangereux qu’un 
Arrêt du Confeil ; par une décifion folernnelle 
de l’Académie des Sciences ; & , de plus , nous 
fumes menacés d’nn réquisitoire de la part du 
Miniftère public. Il n’étoit peut-être pas bien 
facile de choifir à travers toutes ces circon- 
fiances la meilleure fituation pour fe garantir 
de l’orage qui paroiffoit prêt à fondre fur nos 
têtes. 

Le Doéteur Mefmer eut peur de l’orage. 11 
me déclara ainfi qu’à M. d’Eprémefnil , l’un 
des Chefs de la fociété, & à M. Korrimann, 
Tréforier de la fociété , qu’il vouloit partir 
fur le champ pour l’Angleterre, & que fon in¬ 
tention étoit, s’il étoit pofîible , de laiffer en¬ 
tièrement tomber la Doêhine du Magnétifme- 
Animal en France, regardant la Nation Fran- 
çoife comme indigne de pofféder cette Dpc- 


2 § 

trine , par l’efpéce de perfécution qu’elle fuf- 
citoit à fon inventeur. 

Le Dodeur Mefmer venoit de recevoir plus 
de cent mille écus des Elèves qu’il avoit for¬ 
més en France ; ces cent mille écus avoient 
été payés fur les quittances de M. de Korn- 
mann. S'il quittoit la France, il paroiffoit ac- 
quiefcer au jugement porté contre,lui par les 
Commifïaires du Roi ; & M. Kornmann de- 
meuroit expofé aux répétitions qui pouvoient 
lui être faites de la part de beaucoup d’Eléves, 
qui auroient regardé la fuite du Do&eur Mef- 
mer, comme une preuve qu’il ne leur avoit en~ 
feigne que des erreurs. De plus, moi qui l’a- 
vois défendu fi long-temps , qui avois contri¬ 
bué, plus que perfonne, à former autour de 
lui une opinion favorable, je me trouvois ex¬ 
pofé aux haines de toute efpéce quil avoit 
excitées , & fon départ ne me laifToit aucun 
moyen de m’en garantir. 

Je fis remarquer au Doéleur Mcfmer, le peu 
d’honnêteté de fon projet, & M. d’Eprémefnil, 
M. Kornmann , moi & quelques autres de (es 
Elèves nous le déterminâmes, non fans beau¬ 
coup de peine, à refter en France, & à y at¬ 
tendre avec fermeté , la profcripîion de fa 
Doctrine , fi en effet on avoit réfolu de la 
profcrire. 

En même-temps , pour empêcher cette pro~ 
fcription , de l’avis de M. d’Eprémefnil , j’a- 
drefifai au nom du Docteur Mefmer une Re¬ 
quête au Parlement, Requête par laquelle il 
ie mettoit fous la protection de la Loi, & ou 
le prévalant de ce que le Magnétifmç-Animal 


ti’aVoît pas été jugé chez lui ^ mais chez lui 
Difcipie quil appeiloit infidèle , & qui pouvoit 
ne le pas connoître , il demandoit qu’il plût 
aux Magiftrats de lui nommer des Commifîaires 
pour procéder , avec le plus grand éclat & de 
la manière la plus folemnelle , à un nouveau 
Jugement de la Doétnne. 

Cette Requête écrite avec quelque noblefle, 
changea le cours de l’opinion ; elle rappella 
l’autorité à fa çirconfpe&ion & à fa prudence 
ordinaires ; le Parlement l’admit ; & , dès ce mo¬ 
ment , le Magnëtifme & fon Auteur n’eurent 
plus de perfécution publique à redouter. 

Ce n’efi: pas tout. Il falloit prouver aux Com- 
miRaires que leur rapport adopté d’abord avec 
une forte d’enthoufiafme, ne méritoit pas toute 
fa renommée, & donîier au Public des ûdées 
plus grandes & fur-tout plus jiifies , quiîs ne 
l’avoient fait, de la Doctrine dont ils avoient 

demandé la profcripiion. . ^ 

Dans ce deffein, je me retirai a la campa¬ 
gne; & , en trois femaines , je rédigeai mes Confia 
dêradons fur la théorie du monde & des êtres or* 
ganifés. J’ai dit que j’étois loin d’adopter tous 
les principes du Docteur Mefmer ;dans cet Ou¬ 
vrage je ne parlai que d’après les miens; mais 
par une générofité bien rare, & dont il n y 
a peut-être pas d’exemple , je les donnai au 
Public comme s’ils avoient appartenu au Doc¬ 
teur Mefmer. Je lui fis de plus honneur de 
toutes mes idées, de celles même qui n’avoient 
qu’un rapport très-éioigné avec fa découverte, 
& par-tout je ne me montrai que comme fon 
interprète. 


I 


3 ° 

On ni a dit, & j'ai des preuves que mon Oiï* 
Vrage a été iingulièrement remarqué par les 
gens de lettres; on n’apprendra pas peut-être 
fans étonnement, qn’ ii n’a eu de détracteurs 
que parmi les Elèves du Do&eur Mefmer, qu’à 
l’exception d’un petit nombre, dont le fuffrage 
au relie pourvoit fnfSre à mon orgueil, la plu¬ 
part fe font attachés à le décrier, & qu’il 
ëtoit convenu entr’eux de* répandre dans le 
monde , qu’en le publiant , i’avois fait à la 
caufe dont j’avois entrepris la défenfe , un 
tort irréparable. Ge qui furprendra davantage, 
c eft que le Doéleur Mefmer avoit accrédité , 
plus que perfonne , cette dernière opinion. Je 
voulois afïurer fon triomphe par cet Ouvrage, 
je n’euffe pas réuffi , qu’il lui convenoit de 
parler autrement, & qu’il me femble qu’il me 
devoit encore quelque reconnoiffance. 

Quoi qu’il en foit, de l’opinion du Doéleur 
Mefmer & de fes Elèves , il efl tr s-certain que 
mon ouvrage n’a pas peu contribué à fa réputa¬ 
tion , & que paroiffant après les excellens écrite 
de MM. Servant, Boniiefoi& Fournel (i), il 
n’a fait que rendre plus profonde l’imprefîicn 
que ceux-là avoient produite. 

Je reviens fur mon récit. 11 me femble main¬ 
tenant que ii l’on réfléchit fur les faits qui le 
compofent, on conviendra que je me fuis oc¬ 
cupé avec quelque zèle , quelque perfévé- 


(i) Doutes d'un Provincial de M. Servan : Analyfe du. 
Rapport des Commijfaires , de M. Bonnefoi 5 Remontrances 
des Malades , de M. Fouineb 


\ 




lânce, & même quelque fuccès, de la fortuné 
& de la gloire du Docteur Mefmer. Il me fem- 
ble que Ton conviendra que je n’ai manqué ni 
de prudence, ni d’adreffe, ni de fermeté dans 
les circondances difficiles où il s’eft trouvé. 
Il me femble enfin qu’en travaillant pour lui, 
on a du remarquer que je n’ai véritablement 
travaillé que pour lui ; qu’on ne peut pas m’im¬ 
puter d’avoir fongé à moi un feul mitant,'; que , 
comme les autres, & fans vouloir en être di- 
ftingué, j’ai acquis fa découverte au prix de 
2,400 livres que j’avois déterminé (1); quelle 
m’a même coûté plus qu’à tout autre; attendu, 
indépendamment de mes 2,400 livres, les dé- 
penfes d’argent, & de plus, les dépendes de 
temps que j’ai été obligé de faire, d’abord , 
pour en obtenir la révélation , eniuite, pour 
en déterminer la théorie ; enfin , pour la dé¬ 
fendre. Eh bien ! 

Voilà tous mes forfaits ; en voici le falaire. 

'Dans le courant du mois de Juillet 1784, la 
fociété avoit tenu une affemblée, & nomma lix 
Syndics pour adminillrer toutes fes affaires pen¬ 
dant les mois d’Août, Septembre , Octobre , 
Novembre, & même au-delà, s’il en étoit he- 
foin, & fi les circonflancês le demandoient ; 


(1) Quittance du Do&eur Mefmer: cc Je reconnois avoir 
« reçu de M. Nicolas de Dergalîe, la fomme de deux mille 
as quatre cents livres pour le montant de ia Soufcriptiort , 
m pour devenir mon Elève dans la découverte du Magné- 
•> tifme-Animal: à Paris , ce 13 Décembre 1783. Signé , Mef- 
33 mer 33. Tous les Elèves du Doéteur Mefmer , qui lui 
ont payé cent louis, doivent avoir reçu des quittances pa¬ 
reilles. 




3i 

elle avoit de plus chargé ces Syndics de rédiger lift 
réglement, tant pour elle , que pour les fociétés 
de Province, qui correfpondoient avec elle, 
réglement qui devoit avoir fpécialement pour 
objet de déterminer la manière la plus utile de 
faire jouir l’Humanité * de la découverte du 
Magnétifme- Animal. 

Les Syndics ne purent s’affemhler pour tra¬ 
vailler aux réglemens demandés , qu’au mois * 
de Novembre. Le rapport des Commiffaires 
fur le Magnétifme , avoit paru , autant que 
je m’en rappelle , dans le courant du mois 
d’Août ; & il étoit réfulté de ce rapport, pour 
les Syndics une fuite d’affaires très-embarraffan- 
tes, qui , jufques au mois de Novembre, ne 
leur avoient pas permis de s’occuper de rieri 
de ce qui pouvoit concerner la police intérieure 
de la fociété. 

Enfin, le moment de s’occuper de cette po¬ 
lice arriva. Avant tout, il falloit fixer les droits 
refpeélifs de la fociété 8r du Doéleur Mefmer. 
A la forme de la foufcription ouverte à fon 
profit, le Doéfeur Mefmer avoit défi ré , pour 
rendre fa découverte publique, qu’on lui a du¬ 
rât, comme on l’a vu , une fomme de 240,000 h 
ou 24,000 liv. de rentes viagères. On favoit 
que le Doéteur Mefmer avoit touché environ 
100,000 livres de plus que ce qui lui avoit été 
promis dans le principe (1). Le Doéleur Mef¬ 
mer étoit donc abfolument défmtéreffé : la 
fociété qui avoit recueilli fa découverte , & 


(1) Le Doéteur Mefmer a touché plus de 340,000 liv. 

fur-1 ouf 




33 

fur-tout les fondateurs de cette fociété > ceux 
qui avoient fpécialement traité avec lui au 
nom de l’Humanité, pouvoient donc fe croire 
propriétaires d’une chofé qu’ils avoient fur payée. 

D’après cette idée, le Comité défira que le 
Do&eur Mefmer donnât fon confentement aux 
arrêtés fuivans. 

l°. A ce qu’il fût déclaré que la foufcrip- 
tion ouverte à fon profit étoit remplie. 

2 °. A ce qu’il fût permis à tous les Méde¬ 
cins qui lui avoient payé cent louis pour ac 
quérir la connoiffance de fa découverte, de fe 
rembourfer de cette fomme fur des Cours de 
Magnétifme , qu’ils feroient autorifés à faire, 
foit à Paris , foit dans les Provinces. Plufieurs 
Médecins n’avoient pas attendu le confente- 
ment du Do&eur Mefmer pour ce rembour- 
fement 9 félon moi, très-légitime ; & le Comité 
penfoit, avec quelque raifon, qu’on avoit eu 
tort de demander de l’argent aux gens de l’art 
pour les mettre dans le cas d’être utiles. 

3°. A ce que le Comité demeurât autorifé à 
pourvoir, de la meilleure manière pofîible, au 
rembourfement des Médecins qui, foit à Paris 9 
foit dans les Provinces, fe trouvoient dans des 
circonflances à ne pouvoir faire des Cours de 
Magnétifme. 

4°. A ce que le Do&eur Mefmer & les Mé¬ 
decins étant défmtéreffés on n’exigeât plus de 
quelque perfonne que ce fut, pour l’inflruire 
dans la Do&rine du Magnétifme , d’autre contri¬ 
bution que les contributions néceffaires pour 
les dépenfes communes de la fociété. 


34 

5°. A ce que la foufcription ouverte au 
profit du Do&eur Mefmer. étant remplie, la fo- 
ciéte fut reconnue propriétaire de la découverte 
du Magnélifme, & à cè que les réglemens fuf- 
fênt rédigés en conféquence de fon droit de 
propriété. 

Le Dofteur Mefmer ne voulut adopter au¬ 
cun de ces arrêtés. Deux motifs déterminè¬ 
rent fon refus. Le Do&eur Mefmer avoit bien 
reçu cent mille livres au-delà du prix déter¬ 
miné de la foufcription ; mais dans l’efpace 
d’un an, il avoit fait des dépenfes fecrettes confi- 
dérables (i) qui avoient réduit cette fomme de 
cent mille livres à très-peu de chofe, & il lui 
importoit de ne pas fe priver des moyens de 
recouvrer ce qu’il avoit perdu. 

De plus , le Docteur Mefmer méditoit de 
fe rendre en Angleterre, où il fe propofoit de 
vendre de nouveau, fous le voile du myflère, 
fà découverte acquife par nous, non-feule¬ 
ment à la France, mais à l’Humanité entière. 
Or, il lui étoit impofîible d’exécuter fon pro¬ 
jet s’il reconnoiffoit dans la fociété le droit 
de difpofer du Magnétifme comme elle le trou- 
veroit convenable. 

Guidé par de tels motifs, le Doéteur Mef¬ 
mer commença par déclarer qu’il entendoit que 
l’on continuât à demander, comme par le pafîe, 
aux Elèves qui feroient reçus dans la fociété 
de Paris, une fomme de cent louis ; puis, fur 
ce qu’on lui repréfenta que la chofe étoit im- 


(i) Je piie qu’on ne me fade pas parler fur ces de- 
pentes. 



poffible, il fe réduifit à cinquante louis ; en¬ 
fin, à vingt-cinq; &, de plus, il voulut qu’on 
Exigeât des fommes proportionnées , des Elèves 
qu’on feroit dans les Provinces. La moitié de 
ces fommes devoit lui appartenir, l’autre moi^ 
tié, d’après une idée que j’avois propofée autre¬ 
fois , & qu’on avoit heureufement exécutée 
dans quelques villes de Province, devoit être 
employée à des établiffemens de bienfaifance 
en faveur des pauvres. 

Le Comité tint ferme & rejetta la propor¬ 
tion du Docleur Mefmer ; celui-ci infida. Pouffé 
jufqites dans les derniers retranchemens, il re¬ 
présenta que le Gouvernement lui avoit pro¬ 
mis autrefois trente mille livres de rentes via¬ 
gères pour la publication de fa découverte ; 
qu’il n’avoit pas ces trente mille livres de 
tentes viagères, & que jufqu’à ce quelles lui 
fuffent acquifes, il fe croyoit en droit de for¬ 
mer des Elèves à prix d’argent. « Eh bien, dit 
» alors M. le Comte de Puifégur, nous n’exa- 
» minerons pas fi le capital que vous avez reçu 
» n’eft pas plus que fulîifant pour vous com- 
» pletter une rente viagère de trente mille liv. 
» Vous êtes ici au milieu de vos amis & de 
» vos défenfeurs; dites-nous ce qui vous man- 
» que encore pour compléter vos trente mille 
» livres ; nous allons nous occuper des moyens 
» de vous les parfaire , mais laiffez-nous le 
» choix de ces moyens; mais plus d’Elèves 
» à prix d’argent ; mais que l’engagement 
» que nous avons contra&é en votre nom 
» & au nôtre foit rempli, que le Public foit 
» éclairé fur le mérite & l’ufage de votre 

Cij 


3 6 

» découverte , & que des hommes qui croyent 
» être les bienfaiteurs de l’Humanité , ne 
» jouent pas , à côté de vous , le rôle peu 
» honorable de vos gens d’affaires & d’exa- 
» deurs du genre humain ». 

Ces réflexions, aufïi fages que généreufes , 
furent applaudies. On ne balança point ; on 
feignit de croire que le Dodeur Mefmer n’a- 
voit pas reçu plus de 240,000 livres , & le 
Comité lui propofa un fupplément de vingt 
mille écus. Il accepta le fupplément, il parut 
même content de la détermination du comité 
& l’on crut qu’011 s’accorderoit facilement avec 
lui fur tous les autres objets qui refloient à 
traiter pour parvenir à la confedion des Ré- 
glemens. 

On fe trompa. Le Dodeur Mefmer avoit paru 
content, & il ne l’étoit pas. Il auroit accepté 
les vingt-mille écus propofés , avec^fatisfadion , 
s’il n’avoit pas vu dans le comité la .réfol 11 ti on 
irrévocablement prife, de faire jouir le plutôt 
& le plus universellementpoffible , l’humanité, 
des avantages qui pouvoient réfulter de fa dé¬ 
couverte ; mais cette réfolution contrarioit fes 
▼ues fur l’Angleterre, & il fubordonnoit tout à 

ces vues. • /. j, - 

» 

En conféquence , il ne négligea rien pour 
retarder & même pour rendre milles les inten¬ 
tions & fadivité du comité & d’abord il lui fit 
prOpofer de fufpendre toute inflrudion dans la 
Dodrine du Magnétifme pendant un an, fous 
le frivole prétexte que les perfonnes qui 
avoient été infimités jufqu’alors clans cette Do- 


37 . 

ôrine, neTétoient pasfufîifamment,& qu ilfalloit 
employer cet efpace de temps pour les perfec¬ 
tionner dans la théorie & .la pratique du Ma- 
gnétifme. Un tel piège étoit trop grofîier, pour 
que le comité s’y laifTa prendre. Quelle auto¬ 
rité pouvoit contraindre les Elèves du Do&eur 
Mefmer à retourner de nouveau à fon Ecole, 
pour fe faire inflruire encore une fois dans une 
Doclrine qu’ils croyoient favoir, ou bien qu’ils 
n’avoient pas le temps d’approfondir? Le comité 
ne vit dans une proportion de cette efpéce que 
le defTein formé par le Do&eur Mefmer, d’ar¬ 
rêter les progrès du Magnétifme en France, & 
même, s’il étoit poflible, de l’anéantir, afin de 
le préfenter avec plus de sûreté comme une 
Do&rine encore fecrette, en Angleterre ; il fe 
rappella que le Doéleur Mefmer avoit déjà eu 
la même intention à l’apparition du Rapport des 
CommifTair.es, & il refufa hautement d’acquiefcer 
à fa demande. 

Le Doéleur Mefmer ayant échoué dans cette 
première,prétention, en imagina une fécondé. 
Il dit que les pouvoirs du comité étoient ex¬ 
pirés , attendu que la fociété ne l’avoit nommé 
que pour quatre mois, & en même-temps ayant 
réuni autour de lui un grand nombre d’Eléves 
qu’il venoit de faire, & qui la plupart n’ayant 
rien payé pour être inftruits,, lui étoient àcaufe 
de cela totalement dévoués, il médita déformer 
une affemblée d’hommes à fon choix, qui éli- 
roit d’autres Syndics plus favorables à fes nou¬ 
veaux projets de fortune, que ceux avec lef- 
quels il avoit été contraint de traiter jufqu’a- 
lors. Le comité, qui pénétra fon defTein, répli— 

C iif 


38 

qua qu il étoit faux que fes pouvoirs fuffent ex¬ 
pirés ; que , fur la repréfentation de M. d’Epré- 
mefnil , l’un de fes membres , qui avoit obfervé 
lorfqn’on l’avoit nommé Syndic, qu’il lui étoit 
impofïible de travailler aux Réglemens & de 
s’occuper de la police intérieure de la fôciété 
dans les mois d’Août , Septembre, Oélobre & 
Novembre, il avoit été expreffément convenu 
que le comité conferveroit fes pouvoirs, tant 
qu’il le croiroit nécefîaire pour déterminer le 
régime de la fociété, & qu’on s’en rapporteroit 
fur ce point abfolument à fa fagelle. Le comité 
déclara néanmoins qu’il étoit prêt à rendre 
compte de fa conduite , dans une affemblée 
compofée feulement des perfonnes qui avoient 
traité dans le principe avec le Do&eur Méf¬ 
iai er , & qui fe mettant au nombre de fes Sou- 
fcripteurs , avoient effentiellement contribué à 
fa fortune : mais il ajouta qu’en rendant 
compte de fa conduite , & en fe dépouillant de 
fes pouvoirs , il n’entendoit pas fe défiler du 
droit bien acquis atout membre de la fociété, 
de forcer le Doêleur Mefmer à remplir fes en¬ 
gage me ns , en publiant fa découverte. 

Alors le Dodeur Mefmer changea tout-à-fait 
de plan & de langage. Voyant qu’on fe préva¬ 
loir toujours contre lui de la foufcription ou¬ 
verte à fon profit , foufcription qui, au terme 
de mon Profpeélus, je ne faurois trop le ré¬ 
péter, n’avoit pour objet que de le mettre dans 
une iituation où il put, fans inconvénient pour 
lui-même, rendre fa découverte publique voyant 
enfuite , qu’on lui rappeîloit fans celle fes en- 
gagemens envers la fociété , il prit le parti de 


f 


J 

Irêcufer la foufcription & de met Texîftencs 
de la Société. 11 récufa la foufcription, fous le 
prétexte mal-honnête qu’il n’en avoit pas ligné 
îe Profpecius ; il nia l’exiftence de la Société, 
fans en apporter de raifon & tout fimplement 
parce qu’il lui convenoit qu elle n’exiftât pas. D’a¬ 
près cet étrange fyftême, il foutint qu’il n’y avoit* 
entre lui & fes Elèves, d’autre engagement que 
les a&es individuels dont j’ai parlé ; qu’à la forme 
de ces a&es ,'ils étoient perpétuellement obligés 
au fecret envers lui; qu’à la forme de ces aéles, 
ils ne pouvoient (Jonc pas lui faire la loi ; qu’à 
lui feul appartenoit le droit de leur donner des 
réglemens ; & , en conféquence , il envoya 
des réglemens tout rédigés au Comité * en 
lui enjoignant de déclarer à fa première af- 
femblée, s’il entendoit les rejetter ou les ap¬ 
prouver. 

Il faut le dire ici ; le Do&eur Mefmer n’a- 
voit pas imaginé feul les tournures inli dieufes * 
& les démarches imprudentes dont je viens 
de rendre compte. Il avoit auprès de lui un 
homme que je veux bien ne pas caraêlérifer ici, 
mais un de ces hommes nés avec une phyfio- 
nomie tellement malheureufe que la Nature 
n’y a placé aucun mufcle pour exprimer les 
mouvemens, d’une ame franche, douce & fen- 
fible. Cet homme, à phyfionomie malheureufe 
s’étoit aiTocié quatre perfonnages , d’une efpéce 
à peu, près femblable à la tienne , gens 
conilitués comme lui pour les intrigues four- 
des, les projets noirs , pour tous les détails 
de la haine qui veut nuire , de la mauvaife-foi 
qui veut tromper,.de la calomnie qui fouille 


40 

toutes les vertus , & tourmente tous les talens. 
Ces cinq honnêtes-gens avoient dit au Dodeur 
Meuncr : 

« Vous n’avez rien à craindre du Comité : il 
» eft composé des per Ion nés qui le font le plus 
» effenriellement occupées de votre fortune' & - 
» de votre gloire. Toutes ces perfonnesont dir,& 
» quelques-unes ont imprimé, dans des ouvrages 
», bien connus , que vôus êtes un homme déf- 
» intéreffé , généreux , ami de vos femblables. 

» Il leur importoit , en effet , de vous donner un 
» grand caractère moral, & ce netoit guères 
» qu’ainli qu’ils pouvoient acquérir des parti- 
» fans à votre Découverte. Aujourd’hui, ils fe 
» font trop avancés pour fe rétrader : quoi 
» que vous fafhez , iis feront donc forcés de 
» garder le filence. Il y a plus; il fera peut-être 
» poffibîe de les jetter dans des circonflances 
» telles que nous paillions les calomnier tout à 
» notre aife , les dépouiller de la réputation ho- 
» norable qu’ils ont méritée, & vous cléli— 

» vrer pour jamais de la reconnoiffance qu’on 
» penfe un peu trop généralement que vous 
» leur devez ». 

Vous qui lifez ceci, que penfez-vous des 
hommes qui ont pu tenir ce langage ? 

Le nouveau fyfcême du Dcdeur Mefmer in¬ 
digna vivement le Comité. Il a voit aduelle- 
ment fous les yeux plus de deux-cents lettres 
écrites poflérieurement à l’époque où les pre¬ 
miers fondateurs de la lociété avoient déter¬ 
miné la nature des engagemens individuels , 
dont le prévaloit le Dodeur Mefmer. Dans ces 
lettres ? le Dcdeur Mefmer répétoit fans celle 


r 


qu'il exijloit autour de lui une fociété dèpofitaire 
de fa Doclrine , fans le concours de laquelle il ne 
pouvoir recevoir aucun Eleveÿ que perforine n etoit 
admis daus cette fociété Jans payer auparavant le 
prix de la Soufcription ; qu'il n avoit pas le droit 
de difpenjer de cette conaitio /z, que la j'ociete fur 
ce point avoir enchaîné Ja liberté , &c. On trou¬ 
vera des extraits de ces lettres à la fin du pré- 
fent Ecrit. 

Le Comité s’étoit de plus fait repréfenter le 
Mémoire rédigé contre le Docteur cl Eilon > 
dont j’ai parlé plus haut, Mémoire envoyé par 
le Dodeur Mefmer à M. le Baroîi de Bréteuil 
& à M. Franklin , à l’époque de la nomination 
des Commiffaires pour l’examen du Magne- 
time, Mémo re conféquemment poflerieur en¬ 
core de beaucoup à la détermination des en¬ 
gage mens individuels. Or le Dodeur à Eflon 
ayant dit dans le Journal de P ans qu il ne s e- 
toit réconcilié avec le Dodeur Meimer, quà 
condition que celui-ci renonceroit à ma Sou¬ 
fcription ? que le Dodeur d Eilon appelloit 
Monfrueufe , le Dodeur Mefmer , dans fon Mé¬ 
moire ? déclaroit de la maniéré la plus ioiem- 
neile , & difoit, à plufieurs reprifes, que le 
Docteur d'Eflon en impofoit au Public , que 
jamais il n avoit renoncé à ma Soufcription , & 

il s’efforçoit de prouver en effet qu’il n’y 
avoit pas renoncé. On trouvera pareillement 
nn extrait de ce Mémoire a la fin du preient 
écrit. 

Comment après ceîa le Doûeur Mefmer pou- 
voit-il dire qu’il n etoit pas engagé par la Sou¬ 
fcription , parce qu’il n’en avoit pas ligné le 


4 * 

Frofpcctus ? Comment pouvoit-il nier l’exi- 
fience d’une Société formée autour de lui pour 
recueillir fa Découverte ? Et qu etoit-ce , dans 
cette hypothèie que le Do&eur Mefmer ? Qu’é- 
toit-ce qu’un homme qui r fe jouant de la con¬ 
fiance qu’on lui avoit témoignée, Unifient par 
s’élever contre fes propres aveux publiquement 
faits, il y a plus, contre fa fignature deux cents 
fois répétée ? 

Quant aux réglemens préfentés au Comité 
par le Bo&eur Mefmer, le Comité les rejetta, 
& cela par deux radions ; la première , parce 
que le Do&eur Mefmer n’avoit pas le droit 
de faire des réglemens ; la fécondé, parce que 
les réglemens qu’il propofoit ne pouvoient être 
admis ni par des gens raifonnables , ni par des 
gens d’honneur : & voici pourquoi ils étoient 
inadmifiibles. 

D’abord à la forme' de ces réglemens, il nés 
toit permis à aucun des Elèves du Doéieur 
Mefmer de rien changer à l’enfeignement de 
fa Docïrine, fans l’en prévenir, & il fe réfer- 
voit la faculté d’ajouter des fupplémens ( tant 
& fi long-temps qu’il le jugeroit à propos ) 
à de nouveaux cahiers qu’il venoit de faire 
rédiger fur cette même Doêlrine. Or, tous les 
Membres du Comité , fans exception, regar- 
doient la découverte du Magnétifme-Animal 
apportée en France par le Do&eur Mefmer, 
comme très-importante & très-utile; mais ils 
étoient loin de penfer que la théorie du Do- 
Creur Mefmer , que ce qu’il appelloit fa Do¬ 
ctrine , fut vrai dans tous fes détails : ils ne 
pouvo : .ent donc pas ? fans fe manquer à eux- 

mêmes , 


43 

memes , adopter une claufe qui tendoit à per¬ 
pétuer les erreurs dont, à leur avis, la Doc¬ 
trine du Docleur Mefmer étoit infedée. De 
plus, le Dôdeur Mefmer fe réfervant par cette 
claufe la faculté d’ajouter fans celle à fa Doc¬ 
trine , & nul ne pouvant y rien changer, fans 
fon concours & fon confentement, il fe trou- 
voit que perfonne ne pouvoit penfer fur le 
Magnétifme fans lui apporter en tribut fa pen- 
fée , qu’il eût rejetée fans doute , s’il l’eût trou¬ 
vé mauvaife ; mais dont il fe fut emparé, com¬ 
me de fa propriété , s’il l’eût trouvé bonne. 
Ainfi, parce qu’on peut tout rapporter au Ma- 
gnétifme dans la nature , un homme de gé¬ 
nie qui auroit eu le malheur d’être compté au 
nombre des Elèves du Dodeur Mefmer , au¬ 
roit été irrévocablement condamné à ne plus 
méditer qu’à fon profit fur la théorie du monde 
& de l’homme. Un Defpotifme d’une efpéce li 
nouvelle pouvoit convenir à des imbécilles ; 
mais des perfonnes douées de quelque fens 
deyoient-elles s’y foumettre? 

En fécond lieu , à la forme de ces régle- 
mens, le Dodeur Mefmer abandonnant enfin 
toute efpéce de rétribution en France, confen- 
toit que fes Elèves y inflruififTent gratuitement 
de fa Dodrine, tous ceux , Us Etrangers ex¬ 
ceptés , qui feroient trouvés capables d’en ac¬ 
quérir la connoiffance ; mais il leur enjoignoit 
en même-temps de ne former aucun Difciple, 
fans lui avoir fait donner par écrit fa parole 
d’honneur , qu’il ne rendroit pas publique la 
Dodrine qui lui feroit révélée , & qu’il n’in- 
ftruiroit à fon tour qui que ce fût., qu’après 


44 

avoir exigé un ferment d’honneur pareil à ce¬ 
lui qu’il avoit fait. Or , deux motifs très-graves 
déterminoient à rejeter cette fécondé claufe. 

Le premier motif réfultoit de ce que le Doc¬ 
teur Mefmer ayant reçu beaucoup au - delà de 
la foufcription ouverte à fon profit pour ob¬ 
tenir la publicité de fa découverte, il ne pou- 
voit plus la tenir fecrette fans manquer à ce qu’il 
avoit promis , il ne pouvoit plus contraindre 
fes Elèves à la tenir fecrete , fans les rendre 
complices de fa mauvaife foi. 

Le fécond motif réfultoit d’un fait dont il 
faut rendre compte. Un Médecin avoit publié 
& mis en vente, chez M. Quinquet, Apothi¬ 
caire, fous le nom d ’Aphorifmes de M . Mefmer y 
toute la Doctrine du Doêteur Mefmer, felle , 
fi l’on en ôte quelques détails inutiles , qu’il 
l’avoit diêtée à fes premiers Elèves; & telle, 
à peu de chofe près , qu’il l’enfeigne encore 
aujourd’hui. Les Membres du Comité n’avoient 
pas d’abord lu ces Aphorifmes, & le Doûeur 
Mefmer leur ayant dit que fa Doctrine y étoit 
mutilée d’une étrange manière , fur fa parole, 
on avoit rédigé & publié une lettre pour 
les défavouer. Depuis on avoit lu les Apho¬ 
rifmes, & il s’étoit trouvé qu’effe&ivement la 
Doctrine du Doéteur Mefmer y étoit conte 
une. Par le fait, la Do&rine du Dodeur Mef¬ 
mer étoit donc publique. Vouloir contraindre 
le Comité à donner fon approbation à des ré- 
glemens qui faifoient envifager cette Doctrine 
comme encore fecrette , c’étoit donc vouloir 
que des gens honnêtes , pour concourir aux 


4f 

vues ambitieufes du Do&eur Minier, le ren- 
dififent coupables d’un menfonge impertinent. 

Par toutes ces confidérations , le Comité 
rejetta les réglemens du Do&eur Mefmer. En 
même-temps M. d’Eprémenefnil, que le Co¬ 
mité , en vertu de fes pouvoirs, avoit chargé 
d’en rédiger d’autres , ayant annoncé que fon 
travail étoit fini, il fut pris jour pour l’entendre. 

La difcufiion fur l’article des réglemens avoit 
été longue entre leDo&eur Mefmer & le Comité. 
Durant le cours de cette difcufiion, on efi: loin 
de foupçonner la manière dont le Do&eur Mef¬ 
mer avoit employé fon temps. 

Toujours aidé dans fes projets par les cinq 
perfonnages dont j’ai parlé plus haut, il avoit 
imaginé de préparer fourdement une afiemblée 
générale de la fociété, des fuffrages de laquelle 
il feroit fur, & où il feroit profcrire le Co¬ 
mité importun, qui ne vouloir , à aucun prix , 
devenir le minifire d’une Do&rine oculte & qui 
s’oppofoit ainfi au progrès de fa fortune. 

En conféquence , il avoit convoqué chez lui 
fes Elèves, douze par douze. Là un de fes cinq 
confidens , après l’avoir repréfenté en peu de 
mots comme un homme perfécuté par ceux-là 
mêmes qui l’avoient le mieux défendu jufqu’a- 
lors , après avoir déclamé contre le comité > 
qu’il montroit comme voulant envahir la li¬ 
berté de la fociété, propofoit la le&ure des ré¬ 
glemens ; faifoit remarquer qu’à la forme de 
ces réglemens, le Doêleur Mefmer fe dépouil- 
loit de tout ce dont il pouvoit fe dépouiller.; 
qu’à la forme de ces réglemens, il affranchif- 
foit fes Elèves, de$ engagemens rigoureux qu’ils 


4 6 

avoîent contradé précédemment avec lui ; qu’a 
la forme dei^ces réglemens„ s’il ne leur per- 
mettoit pas de publier fa Dodrine, parce que 
le bien même de cette Doctrine exigeoit quelle fut 
encore Jecrette , cependant il leur laiffoit la plus 
grande liberté d’infïruire les perfonnes qui leur 
conviendroient ; après cepréambule on les invitoit 
à ne pas imiter le comité , dans le parti qu’il 
avoit pris, & on leur propofoit de ligner ce 
qu’on venoit de leur lire. Beaucoup d’Eléves 
ont été trompés parce manège adroit ; &, en peu 
de temps , le Dodeue Mefmer a eu un allez grand 
nombre de lignatures pour être certain de la plu¬ 
ralité des fuffrages à la première alîemblée qu’il 
jugeroit à propos de convoquer. 

Cependant le comité avoit entendu la lec¬ 
ture des réglemens de M. d’Eprémefnil, & il 
avoit décidé que, remplilîant mieux que ceux 
du Dodeur Melmer l’objet que s’étoient pro- 
pofé les fondateurs de la fociété en l’indituant, 
ils feroient préfentés de la part & au nom du 
comité , à la fociété légitimement alîemblée , 
pour recevoir fa fandion. 

Avant tout, on crut devoir épuifer les égards 
avec le Dodeur Mefmer, & il fut arrêté que M. 
d’Eprémefnil, avec deux des membres les plus 
didingués de la fociété , M. le Duc de *** & 
M le Marquis de *** , qui en feroient priés fpé- 
cialement, fe rendroit chez le Dodeur Mef¬ 
mer , pour l’engager à fe défider de fes pré¬ 
tentions extravagantes, & à donner fon approba¬ 
tion aux réglemens du comité. 

M. le Duc de *** & M. leMarquis de *** , vou¬ 
lurent bien accompagner M. d’Eprémefnil,chez 


le Do&eur Mefmer. Là on lut les rçglemens du 
comité. Le Do&eur Mefmer leS^trouva bons, a 
quelques articles près , qui contrarioient fon 
projet fur l’Angleterre. M. d’Eprémefnil , par 
excès de condefcendance, lui promit quilsoc- 
cuperoit avec le comité , d’ arrang es c ^ 
de manière à ne pas nuire à fes nouvelles efpe- 
rances de fortune ; mais il infilla toujours fur 
le droit qu’avoit la fociété de publier fa de- 
couverte , droit d’ailleurs qu il etoit ridicule 
de lui contefter , maintenant que la decouverte 
étoit publique. 

Bref, M. d’Eprémefnil quitta le Do&eur. 
Mefmer, comptant fur une réconciliation pro¬ 
chaine , & il vint annoncer au comité qu’il étoit 
perfuadé que dans peu la paix feroit rétablie 
dans le fein de la fociété. Quelques personnes 
qui connoiflbient un peu mieux que M. dEpré- 
mefnil le cara&ère du Do&eur Mefmer , pen¬ 
sèrent autrement, & elles ne fe trompèrent 
pas. 

A peine , M. d’Eprémefnil étoit-il forti de 
chez le Do&eur Mefmer, que les cinq conjurés y 
arrivèrent; en un inflant, tout fut bouleverfé. 
Ils repréfentèrent au Do&eur Mefmer , qu’il en 
avoit trop fait pour reculer ; qu’il étoit cer¬ 
tain de la pluralité des fuffrages par le fuccès 
de la manœuvre qu’ils avoient employée pour la 
lui afîurer; qu’il falloit donc convoquer une 
affemblée ; quà cette affemblée a’affilïeroit 
vraifemblablement aucune des perfonnes, qui 
avoient fondé la fociété, & qui avoient été 
témoins des premiers engagemens du Do&eur 
Mefmer avec elle ; qu’on n’y verroit pas non 


48 

plus ceux qui avoient refufé de ligner les. ré- 
glemens; quon n y verroit pas également ceufc 
qui ayant appris qu’ils avoient été trompés , ne 
pouvoient y paroitre que pour revenir fur leur 
lignât ure furprife, & fe livrer ainfi à des dif- 
cufîions défagréables ; que l’affemblée ne feroit 
donc compofée que de fes nouveaux Elèves , 
gens qui n’avoient à peu prés contribué en rien 
à fa fortune , & qui à caufe de cela n’oferoient 
lui faire la loi & fe trouveroient tous dif- 
pofés à s’abandonner aux mouvemens de fa 
volonté. 

Ils ajoutèrent que les perfonnes qui compo- 
foient le comité , fe reffouvenant toujours 
quelles étoient les auteurs de fa fortune & de 
fa gloire, ne fouffriroient pas impunément que 
de nouveaux venus ofaffent devenir leurs juges; 
qu’ils s’oppoferoient donc infailliblement aux 
délibérations de l’aflemblée, & qu’alors le mo¬ 
ment étoit arrivé de les expulfer du fein de la 
fociété,, de les dénoncer au Public , comme 
manquant à tous leurs engagemens; & non- 
feulement de s’affranchir envers eux d’une re- 
connoiffance devenue trop pénible, mais de les 
calomnier affez pour que , fi la découverte du 
Magnétifme devoit opérer dans quelques parties 
du fyflême de nos connoiffances une révolu¬ 
tion utile à l’Humanité, ils ne fuffent comptés 
parmi les hommes qui avoient opéré cette ré¬ 
volution que de manière à ce qu’il n’en réfultât 
pour eux qu’une renommée honteufe. 

De telles raifons dévoient perfuader le Doc¬ 
teur Mefmer; il n’héfita pas à les adopter; en 
conféquence ,1e lendemain, les membres du co¬ 
mité 


49 

Saiîté reçurent cîes billets d’invitation , pour af¬ 
filier à une aflemblée générale de la lociété 
convoquée au nom du Do&eur Meimer feule¬ 
ment, àjjtmb.ée , étoit il dit dans les billets, cit 
il devoit être queftion de prononcer lur les 
réglemens rédigés par lui & déjà propolés à fes 
Elèves. 

Le Comité, étonné d’une telle invitation , pro- 
tefta par un arrêté, qui fut imprimé dans le 
jour, contre la tenue de l’affemblée. Et néan¬ 
moins fuppofant que les nouveaux-venus, tue 
le Dodeur Meimer avoit réunis autour de lui, 
ne connoilfoient pas leurs droits & n étaient pas 
inftruits de ceux de la fociéré , il crut devoir 
faire encore une démarche propre à prévenir, 
les excès auxquels le Dodeur Meimer paroif- 
foit déterminé à fe porter contre les B eniai- 
teurs. Il invita M. d Eprémefnii à le rendre à 
TalTemblée , pour inftruire ceux qui la compo- 
foient, de ce qui s’étoit paffé entre le Comité. 
& le Dodeur Meimer ; M. le Comte d’Avaux 
& moi , nous fumes en même temps priés d’ac¬ 
compagner M. d Eprémefnii, & -Ton convint 
que , fi-tôt que M* cTEprémefnil auroit celle de 
parler , nous nous retirerions tous les trois > 
pour ne pas autorifer par notre prefence > des 
délibérations dont nous prévoyions l’ifïue , & 
que nous ne pouvions adopter. Je dois dire ici 
qu’on m’avoit choifi pour accompagner M. d’E- 
prémefnil, parce qu’on avoit penfé que ma 
préfence rappelleroit le Dodeur Meimer à des 
idées plus honnêtes , que celles qu’on lui avoit 
fait adopter, & qu’ayant devant les yeux l’homme 
auquel il devoit le plus, il interrogeroit tout bas 


. f° . 

fa confcience , & craindroit de manquer à cet 
homme. On ne fe reffouvenoit pas de cette 
maxime de Tacite , malheur eufement trop vraie. 
Bénéficia eo ufque lœta funt dura exfolvi pojfunt , 
ubi multurn antevemrc odïum pariunt. 

M d’Eprémefnil parla dans l’affemblée avec 
beaucoup de modération ; il perfuada quelques 
personnes qui fortirent avec nous; à peines fumes 
nous retirés , que les réglemens du Doéleur Mef- 
mer, fur lefqueîs on s’étoit déjà procuré les figna- 
tures de tous les votans, furent approuvés par 
une délibération unanime. L’aflemblée , avant 
que de fe féparer , caffa le comité, & s’ajourna 
à quelques jours de là, pour en nommer un 
autre. 

Le jourdel’éle&iondu nouveau Comité arrivé, 
M d’Eprémefnil feul & fans confulter les Syn¬ 
dics , crut devoir faire une dernière tentative. 
Il fe rendit à rafîembiée; &, par la confidération 
de tout ce qui pouvoit réfulter de défavanta- 
geux des divifions a&uelies , pour ceux qui 
s’étoient occupés avec quelque publicité du 
Magnétifme, il tacha de rappelîer l’affemblée à 
des opinions plus faines que celles dans lef- 
quelles quelques hommes malhonnêtes s’effor- 
çoient de l’entraîner. On ne l’écouta qu’avec la 
plus grande impatience ; &, à peine fe fut-il 
retiré , qu’on procéda à l’éle&ion des nouveaux 
Officiers. - ; - ; ! 

Ce n’eil pas tout ; l’affemblée fe tenoit à côté 
du lieu deftiné aux féances du Comité. On 
délibéra que fur le champ le nouveau Secré¬ 
taire de la fociété fe tranfporteroit dans ce 
lieu , & qu’à l’aide du valet du Do&eur Mef- 


y i 

îller (i), 11 s’empareroit de tous les papiers dit 
comité , fans employer aucune forme , fans ap- 
peller aucun des membres de ce même comité * 
intéreffé cependant à ce qu’on en fît tout au 
moins la defcription devant lui. La délibération 
fut exécutée en effet à Imitant même , au grand 
contentement du Doéteur Mefmer & de fes 
complices : car il faut enfin donner ce nom à 
des hommes capables de voies de fait de cette 
efpéce. On efpéra qu’ainfi l’on pourroit fup- 
primer toutes les traces des engagemens du Doc¬ 
teur Mefmer avec fes Elèves, & calomnier avec 
plus de fécurité les perfonnes qui avoient 
voulu le contraindre à les remplir ; heureufe- 
ment il eit reité dans mes mains quelques 
titres qui fuffifent aujourd’hui à l’apologie de 
ces perfonnes & à la mienne. 

Enfin le Doéteur Mefmer a tenu une troifiéme 
affemblée ; là , par une délibération bien peu 
honorable pour ceux qui font fignée, il a fait 
exclure tous fes Bienfaiteurs à la fois du fein 
de la fociété, comme ayant réfufé d’adopter 
fes Réglemens; & les nouveaux Syndics choifis 
par lui n’ont pas rougi de propofer que je 
fuffe rembourfé au nom de la fociété de la 
fomme de cent louis que je lui avois payée pour 
acquérir la connoiffartce de fa découverte , & 
que de plus, on me demanda la lifte des Ecrits 


(i) Ce valet doit en grande partie fa fortune à M Kornmann 
& à moi. Grâces aux récriburions que nous lui avions fait fixer 
par la fociété & aux petits avantages que nous lui avons pro- 
curés , il a récueilli, en glanant à la fuite de fon Maître t 
une fomme denyiron vingt-mille livres. 

Dij 




... Î A 

que j’avais pu faire fur le Magnétifme animal,’ 
lefquels écrits feroient taxés à tant la feuille , 
comme des écritures de Procureur, & me fe¬ 
roient payées en conféquence de la taxe. Un 
tel excès de démence , de ridicule & de fureur 
a cependant paru trop odieux,' & le Doéteur 
Mefmer & fes Suppôts ont été obligés de re- 
tier le ur propofition. 

J’abrège. On imagine bien que le comité de- 
lïitué par les affemblées illégales du Do&eur 
Mefmer , n’a pas cru devoir confentir à fa def- 
îitution ; qu’il n’a pas ceffé de fe confidérer 
comme repréfentant la fociété qui lui avoit 
confié l’exercice de fon autorité, & fur-tout 
comme repréfentant les fondateurs de la fo¬ 
ciété , dont il ne pouvoit, fans une forte de 
prévarication, abandonner les droits (i). 

D’après cela il a continué à tenir fes féances 
comme à l’ordinaire, & a convoqué, en vertu 
de fes pouvoirs, une affemblée légale de la fo¬ 
ciété. Dans cette affemblée il a expofé tout ce 
qui s’étoit paffé entre le Doéteur Mefmer & 
lui, la manière odieufe , dont celui-ci ve- 
noit d’en agir avec les perfonnes auxquelles 
il devoit le plus, les motifs de cette conduite 


(i) On fc doute affez que le Comité , compofé de gens très- 
peu enthoufiaftes , ne mettoit pas un grand intérêt à fe main¬ 
tenir dans l'exercice de fes fonctions ; mais il prévoyoit un 
Jfyftême de diffamation , dont il lui paroiffoit prudent de fe 
garantir , ou un fyftème de fervitude , auquel il trouvoit 
abfurde de fe foumettre : de plus , il vouloit abfolument que fa 
découverte du Magnétifme, dont on parloit fi diverfement, 
fut enfin dans les mains de tout le monde , & que chacun 
pût en juget à fa fantaifie. 



indécente. Enfuite un de fes membres a fait 
ledure des réglemens que M. d’Eprémefnii 
avoit rédigés. L’affemblée a donné des éloges à la 
conduite du comité ; & , avant que d’approuver 
définitivement fes réglemens , elle a nommé des 
Commifiaires pour les examiner. D’après les ob¬ 
servations des Commifiaires, ils ont été réfor¬ 
més en quelques points , & enfin unanimement 
approuvés. 

Les réglemens approuvés , le comité s’efi: 
démis de fes pouvoirs, & il a été procédé à 
l’éledion d’un nouveau comité plus nombreux 
que le premier , & dont les membres ont été 
choifis parmi les perfonnes les plus difiinguées 
de la fociété par leur prudence & leurs lu¬ 
mières ; en même temps il a été arrêté qu’il 
feroit fait incefiamment des conférences fur le 
Magnétifme, pour acquiter* autant qu’il étoit 
poifible dans les circonfiances où l’on fe trou- 
voit 9 l’engagement du Do&eur Mefmer envers 
le Public ; que les perfonnes de l’un &: de l’autre 
fexes feroie.nt admifes à ces conférences , & 
qu’on n’afiùjetiroit au fecret en aucune façon 
ceux qu’on croiroit devoir y admettre. 

M. le Comte d’Avaux & moi nous avons com¬ 
mencé les conférences ; M. d’Eprémefnil les a 
continuées; je les ai reprifes. Voici peut-être 
le plus grand grief du Dodeur Mefmer contre 
moi & celui dont il parle le moins. On favoit, 
comme je l’ai dit plus haut, que fi j’efiimois 
la découverte qu’il nous avoit apportée , je fai- 
foit très-peu de cas de fa Dodrine. Dans mon 
Ouvrage intitulé Conjidéradons fur lu Théorie du 
Monde & des Etres organifés , en célébrant avec 


r Î4 

le plus grand éclat & la plus grande franchife, 
le génie que luppofe dans fon inventeur, la 
découverte du Magnétifme-Animal, je m’étois 
déjà, comme on l’a vu également , écarté en¬ 
tièrement de Tes principes. Enfin, dégagé de tous 
mes liens, & libre de toute entrave, dans mes 
dernières conférences fur le Magnétifme , je 
fuis ailé beaucoup plus loin. Sans nommer le 
Doéleur Mefmer, j’ai renverfé toutes les bafes 
de fon fyftême, & j’ai élevé fur les ruines de 
ce fyflême un édifice, je crois, beaucoup plus 
vafle & plus foîidement conflruit que celui dont 
fes premiers Elèves ont payés fi chèrement 
les matériaux. Il paroît qu’on a été frappé de 
de l’enfemble , de la nouveauté & de la har- 
diefie de mes idées , & qu’elles ont été affez 
généralement préférées à celles du Dccfeur 
Mefmer. Or on juge bien que celui-ci îfa pas 
du me pardonner un tel fuccès, & que, mehaîf^ 
fant déjà comme fon bienfaiteur, il a du me 
détefler encore comme fon rival. Eh ! Quel rival ? 
Je le demande ; un homme qui, par un excès 
de générofiîé, fûrement fans exemple , lui 
avoit fait le facrihce de ce qu’on abandonne 
le moins , le facrihce d’une grande partie de 
fes idées, & qui eût aimé à lui faire en^ 
core ce facrifice, s’il fe fût montré moins in^ 
digne d’un pareil hommage (i). 

Quoiqu’il en foit , l’homme à phyfionomie 


(ï) Je ne me fuis jamais propose de faire, & je n’ai jamais 
fait du M ignétifme ( comme on le verra dans la fuite ) ma 
principale occupation , & voilà pourquoi je renvoyois tou¬ 
jours au Docteur Mefmer toutes les idées qui dans ma têtç 
s’afTocioient à fa découverte. 




malheureufe dont j’ai parlé, & fes quatre com¬ 
plices ordinaires , font venus au fecours du 
Doéleur Mefmer. Déjà, par leurs confeils , des 
procès bien fcandaleux avoient été intentés à 
trois Membres du Comité, MM. le Comte de 
P*** , le Comte d’Avaux & Kornmann ; ref- 
toient M. d’Eptémefnil & moi, dont il falîoit 
aufïi fe venger. 

M. d’Eprémefnil ayant appris que le Docteur 
Mefmer & la troupe de gens malhonnêtes, & de 
gens trompés qui l’entouroient , affecioient de 
répandre dans le Public , que le comité avoit 
manqué à tous fes engagemens, & quil étoit 
faux que ma foufeription fût remplie, avoit cru 
devoir faire imprimer un Expoié très-fimple & 
très-abrégé de la conduite du comité avec le 
Docleur Mefmer, & donner à la fuite de cet 
abrégé, un état des fommes verfées par les 
mains du tréforier de la lociété , dans celles 
du Doéleur Mefmer. 

Il fut convenu dans le confeil du Doéleur 
Mefmer , qu’on répondroit à' cet expofé par 
un libelle rempli d’imputations contre M. d’E- 
prémefnil & contre moi, imputations de l’ef- 
péce la plus infupportable pour des hommes 
d’honneur : on arrêta, de plus, que, le Doéleur 
Mefmer étant prêt à partir pour l’Angleterre , 
on répandroit le Libelle , li-tôt après fon 
départ, à Paris, dans les Provinces, dans l’E¬ 
tranger , & par tout oii la découverte du Ma- 
gnétifme & le nom de fon Auteur avoient été 
portés; comme on favoit combien ma fe nubi¬ 
lité étoit aélive , impatiente , orgueilleufe mê¬ 
me , fi l’on veut, comme on comptoit fur les 

D iv 


faillies impétueufes de mon cara&ère à la nou- 
veiie d’une diffamation fi universelle & fi l⬠
chement combinée, on efpéra sûrement, ou 
que ie franchirois toutes les bornes de la pru¬ 
dence pour me venger, & alors on fe pro¬ 
mettait bien de tirer parti des circonstances 
dans lesquelles on m’auroit entraîné , ou que 
nu Santé , considérablement altérée par la vie 
tourmentée que f avais menée depuis trois ans, & 
les tracaiferies odieuSes dont le Docteur Mefrner 
nf avoit environné depuis Six mois, ne refiSte- 
roit pas à cette attaque imprévue ; & alors , 
on procuroit au Doéteur Mefrner la fatsfa- 
étion ti douce de frapper d'un coup mortel le 
fein de Son bienfaiteur, & d’éteindre la mé¬ 
moire de ce qu’il avoit fait dans un abyime 
de calomnies. 

Les chofes ont été exécutées comme on les 
avoit projettées. Le Dcdeur Mefrner eit parti 
pour l’Angleterre, où il exifte maintenant fous 
un nom fuppofé; S?, le lendemain de Son dé¬ 
part , le libelle rédigé dans Ion conSeil a été 
répandu à Paris dans tous les lieux publics, & 
envoyé dans les Provinces & dans l’Etranger, 
par tout ou l’on s’occupe du Magnétifme- 
Animal, 

Telle efl, très-en abrégé , î’hiûoire de mes 
relations avec le Do&eur Mefrner. Jë le ré¬ 
pété , j’ai écarté de mon récit beaucoup de faits 
qui, même en fuppofant que le Magnétilme Ani¬ 
mal ne 1 oit qu une erreur , ne peuvent être 
connus fans fixer fur moi l’opinion publique 
d’une manière honorable. Mais ces faits qui 
n’étoient pas abfoiument néceffaires à mon apo-» 


logie, compromettaient plus que je ne le vou- 
lois , la réputation du Do&eur Mefmer. 11 m’a 
paru qu’il falloit toujours voir en cet homme , 
qui m’a fi cruellement offenfé, l’homme qui eft 
venu nous apporter une grande découverte, 
& que je devois moins m’occuper de me ven¬ 
ger du mal qu’il a voulu me faire, que de prou¬ 
ver que j’ai mérité de fa part d’autres procédés, 
& le mettre hors d’état de me nuire davan¬ 
tage. 

. t •* - * • v 

Maintenant je viens au Libelle du Do&eur 
Mefmer. A quoi fe rédiufent toutes les impu¬ 
tations qu’il renferme? A cette accuiation grave, 
fans doute que fai manqué à ma parole d'hon¬ 
neur , en révélant , fans J'on aveu , fa Doctrine & 
fa découverte. 

Et comment le Docleur Mefmer prouve-t-il 
fon accufation ? En produifant un engagement 
foufcrit par moi, dans lequel, fur ma parole 
d’honneur & fous peine de lui payer cin¬ 
quante mille écus , je promets de garder le 
fecret fur fa doftrine & fa découverte? 

« Or , dit-il , fans mon aveu , & même 
7 > contre mon aveu , vous avez inftruit de 
» la manière la plus publique , beaucoup de 
» perfonnes dans la fcience du Magnétifme- 
» Animal. Donc je puis exiger de vous que 
» vous me payiez la femme de cinquante mille 
» écus. Donc au moins vous avez manqué à 
» votre parole a honneur ». 

D’après l’expofé dis faits qu’on vient de lire , 
il me femble qu’on voit déjà tout ce que je 
peux répondre au Do&eur Mefmer. 


D’abord , quant aux cinquante mille, écus, le 
Do&eur Mefmer , comme je lai déjà dit , fe pré¬ 
vaut d’un engagement qui ne fubfifle plus entre lui 
& moi. Si j’ai tort, il ne doit argumenter que de 
rengagement plus fimple qu’a la forme de la 
délibération dont j’ai parlé, il étoit tenu de 
fubfritner à mon premier engagement , que 
d’un engagement femblable à celui qu’a fouf- 
crit M. d’Eprémefnil, & qui fe trouve rapporté 
dans fon libelle , à la fuite de l’engagement dont 
il argumente contre moi. Or , il n’eft nulle¬ 
ment queflion dans l’engagement de M. d’E¬ 
prémefnil , du dédommagement de cinquante 
mille écus. Donc je ne lui dois pas cinquante 
mille écus ; & je ne lui confeille pas d effayer 
de m’en faire la demande. 

9 K ' 

Enfuite , quant à la parole d’honneur, en par¬ 
tant de l’engagement de M. d’Eprémefnil, qui 
contient en effet.une parole d’honneur , je fou- 
tiens que cet engagement n’a plus de valeur 
aujourd’hui. Je vais plus loin. Je foutiens que, 
quand il en auroit , je n’ai pas manqué aux 
obligations qu’il renferme, & je crois que j’aurai 
établi ma double proposition, fi je prouve ; 

• i°. Que j’ai depuis long-îems le droit de 
pendre la Do£h*ine & la découverte du Dodeur 
'Mefmer publiques. 

2°. Que je .n’ai pas pu rendre la Do&rine 
& la découverte du Dofteur Mefmer pu¬ 
bliques. 

3°. Que je n’ai pas rendu la Do&rine & la 
découverte du Doéleur Mefmer publiques. 

Je dis en pr emier lieu, que j’ai depuis long-temps 
le droit de rendre la Doélrine & la découverte 



du Do&eur Mefmer publiques , & voici com¬ 
ment je raifonne fur cette première aflertion. 

Je fuis fauteur d’une foufcription ouverte au 
profit du Do&eur Mefmer. A la forme de cette 
foufcription , j’avois annoncé , comme on fa vu , 
que, fi-tôt que le Do&eur Mefmer auroit trouvé 
cent Soufçripteurs à cent louis chacun, c’eft-à- 
dire, que fi-tôt qu’on auroit dépofé dans fes 
mains une fomme de 240,000 liv., il rendroit fa 
découverte publique. 

Mais il y a plus d’un an que le Doéleur Mef¬ 
mer a reçu 240,000 liv. ; il y a près d’un an qu’il 
en a reçu 340,000. 

Donc il y a plus d’un an que le Docleur Mefmer 
a du rendre fa découverte publique, ou , ce qui 
e(l la même chofe, que fes Elèves ont le droit 
de la rendre publique, s’il e r ft démontré, qu’il n’a 
reçu les 340,000liv. do,nt je parle, qu après avoir 
formellement avoué ma foufcription; qu'en con- 
féquence de ma foufcription avouée ; qu’a près 
avoir donné à ma foufcription line approbation 
poftérieure à rengagement qu'il invoque aujour¬ 
d’hui contre moi. 

Sur ce dernier point on conviendra, je penfe , 
que , s'il a donné fon approbation à ma foufcri- 
ption postérieurement à l’engagement qu’il in¬ 
voque contre moi, il a donc reconnu poflé- 
rieuremeat à cet engagement, que, ma ioufcri- 
ption remplie, il étoit tenu de rendre Ta décou¬ 
verte publique, il a donc reconnu qu’aucun 
de fes Elèves n étoit engagé au fecret fur fa dé¬ 
couverte, après ma foufcription remplie. 

Or premièrement le Doèteur Mefmer a for¬ 
mellement avoué ma foufcription. Ici je pour- 


6o . 

roîs m’adrefler aux premiers Elèves du Dodeur 
Mefmer , & fpécialement à M. le Bailli des 
Barres , à MM. de Puyfégur , au P. Gérard, &c. 
&c. Je pourrois leur demander ii c'eft contre le 
confentement du Dodeur Mefmer & à ion infçu, 
que mon Profpedus a été dépofé chez M c 
Marganrin ; je pourrois leur demander ii , 
vingt fois le jour , le Dodeur Mefmer ne m’a 
pas preiîe de rédiger ce Profpedus, & d’en hâter 
le dépôt chez M e Margantin ; mais j’ai, de la main 
même du Dodeur Mefmer, une preuve écrite 
qu’il a connu le Profpedus de la foufcription, 
& les fourmilions faites à la fuite de ce Profpec- 
tus ; qu’il n’a défavoué ni celles-ci, ni celui-là ; 
& ma preuve écrite réfulte d’un billet adrefîe à 
M e Margantin, le 3 Décembre 1783 , par le Doc¬ 
teur Mefmer lui-même. Au moment de la forma¬ 
tion de la fociété , nous voulions payer dans les 
mains du Dodeur Mefmer la fomme de cent 
louis que nous avions déterminée pour prix de 
la foufcription ; mais , avant que de payer cette 
fomme , nous priâmes le Dodeur Mefmer de 
retirer nos foumiffions de chez M e Margantin , 
de pareils titres ne pouvant fubfifler après le 
paiement de nos cent louis ; en conféquence le 
Dodeur Mefmer écrivit à M e Margantin le billet 
fuivant (1): « Je prie M. Margantin de remettre 
» à M. Kornmann les foufcriptions qui ont 
» été faites par MM. de Beaumont, Bergaffe, 
» Gentil, Bouvier , Gérard, de la Motte , le 
» Comte de Puyfégur & de Chailenet Puyfégur; 
» à Paris, ce 3 Décembre 1783. Signé Mesmer. 


(1) L'Onginalde ce Billet eft dans mes mains. 



6 1 

Or que réfulte-t-il de ce billet? Certainement 
que le Doëteur Mefmer favoit quil exiftoit une 
foufcription ouverte à Ton profit chez M e Mar¬ 
gantin, & que chez M e Margantin nous avions 
fait nos foumifïions relativement à cette même 
foufcription ? Que réfulte-t-il encore de ce bil¬ 
let ? Certainement que le Do&eur Mefmer 
avouoit la foufcription, & qu’en ce qui concer- 
noit la foufcription , il agifloit abfolument de 
concert avec nous. Car comment le Doéleur 
Mefmer eut-il pu demander nos fournirions à 
M e Margantin, s’il n’eût pas agi de concert avec 
nous , fi la foufcription à laquelle ces fou millions 
fe rapportent, eût été faite fans ion aveu ? Et 
comment 9 fi la foufcription étoit faite fans ion 
aveu , ne l’improuvoit-il pas formellement en 
demandant nos foumifïions ? Comment, fachant 
que le Profpe&us de cette foufcription refloit 
dépofé chez M e Margantin (& il n’y a pas quatre 
mois que je l’en ai retiré) , comment n’a-t-il pas 
déclaré qu’il n’entendoit s’en prévaloir en aucun 
temps, & qu’un tel a&e lui étoit abfolument 

étranger ? » 

Secondement, le Do&eur Mefmer n’a con- 
flament agi qu’en conféquence de ma foufcri¬ 
ption , & ce fait eft prouvé , fi j’établis qu’il a 
toujours invoqué cette foufcription , & que nul 
ne pouvoit être reçu au nombre de fes Elèves 
qu’il n’ en eût acquitté le prix. 

J’en appelle à la bonne-foi du Doûeur Mef- 
mer, au témoignage de fes premiers Elèves , de 
ceux de fes Elèves qui ont fait fa fortune, au 
témoignage de tous les les Papiers publics, de 
tous les Journaux qu’il n’a jamais contredits, 


6i 

quoiqu’il ait eu plufieurs fois la liberté d’y faire 
inférer fes réclamations; ofera-t-on me nier, 
ofera-t-il me nier, que nul pendant long-temps 
n’a pu être reçu au nombre de fes Elèves , qu’il 
n’eût payé la fomme énoncée très-exprellément 
dans le Profpedus de ma foufcription , la fomme 
de 2,400 liv. 

Et fi le Do&eur Mefmer, en convenant qu’il 
a reçu pendant long-temps 2, 400 liv. de chacun 
de fes Elèves, rejette tous les témoignages que 
je lui oppofe , comme lui étant abfoîument 
étrangers ; s’il fondent qu’il n’a pas reçu ces 
2,400 liv. en conféquence de ma foufcription, 
mais uniquement parce qu’il lui a plu d’exiger 
cette fomme de chacun de fes premiers Elèves, 
qu’on fe donne la peine de jetter les y eux fur 
vingt-deux extraits de fes Lettres imprimées à 
la fuite de cet Ecrit ? Qu’y verra-t-on ? ce que 
j’ai annoncé dans Fexpofé des faits, & ce qu’il 
faut bien répéter ici, que lé Dodeur Mefmer 
déclare pofitivement, quil exifle autour de lui une, 
Société rtfpcclable , à laquelle il a confié le dépôt de 
fa DoElrine , & fans le concours de laquelle il ne 
peut former aucun Elève ; cjue cette Société , plus oc¬ 
cupée de fa fortune que lui-même , réadmet qui que 
ce Joit dans fon fein quil n ait payé dans les mains 
d'un de fes Membres le prix de la foufcription ; que 
lui , Doclcur Mefmer , n a le droit de difpenfer per- 
fonne de cette condition , & que fur ce point fa liberté 
efi enchaînée . 

Et fi le Do&eur Mefmer, forcé d’avouer qu’il 
n’a reçu de chacun de fes Elèves la fomme de 
cent louis, qu’à la forme d’une foufcription, nie 
que cette foufcription foit la mienne, que cette 


... .. 6 3 

foufcription foit celle qui, de fon aveu, a ete 
dépofée par moi chez M e Margantin ; qu’on fe 
donne encore la peine de jetter les yeux fur 
l’Extrait du Mémoire contre le Dodeur d’Eflon, 
qu’à l’époque de la nomination des Commiflaires 
pour l’examen du Magnétifine-Animal, le Do¬ 
deur Mefmer a envoyé, comme je l’ai dit , à 
M. le Baron de Breteuil & à M. Franklin , Extrait 
également imprimé à la fuite de cet Ecrit. Qu’y 
verra-t-on? Ce que j’ai dit également, que la 
foufcription dont le Dodeur Mefmer s’eft. tou¬ 
jours prévalu avec fes Elèves, eft la foufcription 
dépofée che{ M e Margantin , c’eft-à-dire , ma pro¬ 
pre foufcription; car il n’y en a pas eu d’autre 
dépofée chez M e Margantin au profit du Dodeur 
Mefmer. 

Troifiémement, le Dodeur Mefmer a donné 
formellement, à ma foufcription, une approbation 
poftérieure à l’engagement dont il fe prévaut con¬ 
tre moi ; car mon engagement eft du mois de Dé¬ 
cembre 1783 , & les extraits de fes lettres, que 
je produis , font de l’année 1784, & le Mémoire 
du Dodeur d’Efton a été rédigé dans le mois de 
Février 1784; & ce Mémoire a été envoyé à 
M. le Baron de.Breteuil & à M. Franklin, vers 
le milieu de l’année 1784. 

Donc, puifque le Dodeur Mefmer a formel¬ 
lement avoué, & dans tous les temps, & pofté- 
rieurement à mon engagement avec lui, la foufcri¬ 
ption ouverte à fon profit, puifque, dans le Pro- 
fpedus de cette foufcription ouverte à fon profit, 
il eft expreftement énoncé que la foufcription n a 
pour objet que de mettre le Docleur Mefmer en 
état de publier fa découverte , puifque deflors la 


64 

foufcription remplie, le Dodeur Mefmer n*a pii 
garder le fecret fur fa découverte, fans manquer à 
les engagemens envers fes Elèves & le Public , 
il eft, je crois, bien évident que moi, qui fuis 
l’auteur de ces engagemens, moi qui rfai ap¬ 
proché de lui que parce qu’il les a fpécialement 
approuvés, j’ai le droit de faire ce qu’il n’a pas 
fait, je puis, s’il en eft temps encore , déchirer 
le voile dont il enveloppe la Dodrine. 

Qu’oppofe à cette fuite de raifonnemens le 
Dodeur Mefmer ? trois obfervations de la plus 
grande foiblefte. 

Première obfervation du Dodeur Mefmer. 
C’eft à tort que je me prévaux, s’il faut l’en 
croire , du Mémoire rédigé contre le Dodeur 
d’Efton ; car ce Mémoire eft mon ouvrage, & 
l’Avocat qu’il avoit choifi, pour pourfuivre le 
Dodeur d’Efton dans les Tribunaux, l’ayant for¬ 
mellement rejetté, en ayant même compofé un 
autre, il eft bien fondé à foutenir qu’il ne l’a 
jamais approuvé. 

« Vous dites que vous n’avez jamais approuvé 
» mon Mémoire; & pourquoi donc l’avez-vous 
» envoyé à M. le Baron de Breteuil & à M. Fran- 
» klin ? A cette époque , le Mémoire de votre 
» Avocat étoit fait ; & trouvant que ce Mémoire 
» étoit foibiement écrit, vous préférâtes le mien ; 
» vous fîtes plus; vous voulûtes exiger qu’on en. 
» tirât des copies pour être envoyées dans tou- 
» tes les fociétés de Province; & , dans le délire 
» de votre vengeance contre le Dodeur d’Ef- 
» Ion , vous allâtes même jufqu’à me propoler 
» de faire paffer en loi dans notre fociété, que 
» nul ne pourroit être admis au nombre de vos 

Elèves 


/ 


6 ? 

» Elèves, qu’il ne s’en fût procuré un exetn» 
» plaire (i). 

» Vous dites que vous n’avez jamais approuvé 
» mon Mémoire ; mais avez-vous oublié ce qui 
» s’efl paffé relativement à ce Mémoire chez 
» M. Coqueley de Chauffepierre & chezM. Elie 
» de Beaumont ? Avez-vous oublié le jugement 
» infiniment honorable pour moi, qu’en ont porté, 
» en prélence de plufieurs des Membres les plusdi- 
» ftingués de notre Société, ces deux Jurifconful- 
» tes célèbres? Avez-vous oublié qu’en leur pré- 
» fence, vous vous êtes félicité de m’avoirpour 
» défenfeur & pour appui ? Alors vous étiez 
» jufte ; des hommes vils ne vous entouroient 
» pas, & j’avois mis votre caraélère à la hauteur 
» de votre découverte. 

» Vous dites que vous n’avez jamais approuvé 
» mon Mémoire , & vous le dites, parce que 
» votre Avocat en a fait un autre. Mais avez- 
» vous oublié pourquoi votre Avocat en a fait 
» un autre ? Avez-vous oublié qu on ne £t à 
» regret le facrifice du mien, que parce qu’on 
» penfa que, pour le fuccès de votre affaire 
» avec le Doéleur d’Eflon , il étoit convenable 
» d’écrire d’abord avec moins d’éclat que je ne 
» me l’étois permis ? Avez-vous oublié qu’en 
» confentant à ce que mon Mémoire ne devînt 
» pas une pièce de votre procès, vous n’avez 


(i) On affure dans le Libelle , que j’ai fait tirer une tren¬ 
taine de copies de ce Mémoire , pour être répandues à Paris 
& dans les Provinces. Je ne crois pas qu’il en ait été tiré 
plus de fix copies, & je n’en connois point qui ait écéiremife 
à qui .que ce foit par mes ordres. 



55 

.*> jamais défavoué aucun des faitsqu’il renferme^ 
» faits , au refie, que je ne tenois que de vous. 
» J’attefle ici les Jurifconfultes en allez grand 
» nombre, qui ont été vos confeils. En efl-il un 
*> feul qui ofe dire qu’il vous a entendu défapprou- 
» ver mon Mémoire ? en efl-il un feul qui ofe dire 
» qu’il vous a vu fur-tout s’élever contre les faits 
» qui s’y trouvent rafîemblés ». 

Seconde obfervation du Doêleur Mefmer. 
Dans ce Mémoire, continue-t-il, qu’il n’a pas 
approuvé, je Conviens moi-même que le magné- 
tifme animal efl fa propriété, que nul ne peut 
en difpofer fans fon confentement, & qu’on efl 
coupable, quand on en difpofe fans fon confen- 
temenf. 

<< Oui, je conviens qu’approcher d’un homme, 
pour s’emparer d’une découverte qu’il a faite , 
» &qui, fous ce point de vue, efl fa propriété ; 
*> qu’approcher d’un homme pour mettre enfuite 
5 > à profit contre lui-même la découverte qu’on 
» lui a dérobée , c’efl être coupable ; & voilà le 
» délit que vous imputiez au Doêleur d’Eflon; 
ts> & c’efl en raifonnant fur la nature de ce délit, 
» que j’ai employé les exprefîions que vous 
» m’oppofez maintenant. Mais que fignifîent ces 
» exprefîions dans la circonflance où nous fom- 
» mes ? Ai-je dit dans ce Mémoire qu’on efl cou- 
*» pable , lorfqu’on difpofe d’une découverte 
» après en avoir acquis la propriété, après avoir 
» payé le prix auquel fon Inventeur l’a eflimée ? 
•» Or il faudroit que j’euffe tenu ce langage ab- 
furde pour que vous pufîiez aêluellement me 
réduire au filence ». 

Jroifiéme obfervation du Doûçur Mefmer, 


# 


6y 

©ans fties Confédérations fur lu Théorie du Monde, 

O des Eues urgamfcs , ouvrage qui a paru, il y a 
environ quatre mois, c’ed-à-dire , plufieurs mois 
après que la loufcription a été remplie , je dé¬ 
clare pofitivement que je n’ai ni le droit ni la 
Volonté de publier la Do&rine & l'a Découverte. 

« Quant à la volonté de publier votre Do- 
ôrine & votre Découverte, il ed certain que 
>> je ne l’avois pas à l’époque où mon ouvrage a 
» paru; mes principesdidéroient absolument des 
» vôtres, & , comme je croyois les vôtres mal 
» fondés , je ne me fouciois en aucune façon de 
» les faire connoître. 

» Quant au droit de publier votre Doctrine & 
votre decouverte , expliquons-nous. A l’é- 
»> poque ou mon ouvrage a paru , ce droit m e- 
» toit acquis incontedablement; mais je ne pou- 
» vois en nier encore, & voici pourquoi. Mon 
» ouvrage n’a pas paru,il y a environ quatre mois, 
» comme vous le dites dans votre Libelle, mais il 
» y a environ dix mois, & ici les dates font pré- 
» cieufes. 11 a été achevé le 15 Octobre 1784 , 
approuvé le 12 Novembre fuivant & livré à 
»> l’imprelîion le lendemain de l’Approbation. Or 
» il ed bien vrai qu’alors la foufeription étoit 
» rem p ie ; mais je ne pou vois me prévaloir de 
» ce que la foufeription étoit remplie , qu’autant 
» que, dans le Comité dont j étois Membre, il 
» auroit été condaté avec vous , ou à votre re- 
» fus , fans vous , que , toutes vos dépenfes dé- 
» duites, vous aviez en effet touché un capital 
de 240, OOO liv. , prix convenu de la fouferi- 
» ption. Mais le Comité ne s’çd aiTemblé pouf 
V cet objet , qu après l’impreflion de mon ou- 


N 68 . 

» vrage ; il n’y a été queftion pour la première 
» fois de la foufeription remplie, qu’à la fin du 
» mois de Novembre. J’ai donc du dire jufques- 
» là, qu’en efiet je n’avois pas le droit de pu- 
» blier votre Doûrine & votre Découverte : mais 
» depuis ai-je dit que je n’avois pas ce droit. 
» Mais fi-tôt que leTréforier, de la fociété nons 
» a produit l’état des fommes que vous avez re- 
» reçues , quand il m’a été bien prouvé que, vos 
►> dépenles déduites, vous aviez touché beau- 
p coup au-delà de ce que vous deviez recevoir, 
» n ai-je pas fur le champ réclamé mon droit ; 
» & croyez-vous que , fi mon ouvrage eût paru 
» dans une telle circonfiance , j’y eu fie laifle 
» fu b fi fier les exprefiions dont vous vous préva- 
» lez fi mal-à-propos aujourd’hui ». 

Quatrième & dernière obfervation du Doéleut 
Mefmer. M e Margantin , répondant à une lettre 
duDo&eur Mefmer, déclare que ma foufeription 
n’a jamais exifié qu’en projet dans fon étude; & 
de-là leDo&eur Mefmer voudroit faire conclure 
qu’elle n’eft une loi pour perfonne. 

« Miférable iubterfuge ! que m’importe à moi 
p la déclaration de M e Margantin , mandiée au 
» moment oit elle vous devient utile ? Que m’im- 
5? porte une déclaration abfolument étrangère 
h aux circonftances où nous fommes ? Ai-je dit 
» que ma foufeription a été remplie chez M x 
» Margantin? Non , j’ai dit que le Profpe&us de 
» cette foufeription a été dépofé chez M e Mar- 
» gantin ; que les foumiflions des premiers Elèves 
» ont été faites chez M e Margantin ; que, depuis , 
» par une délibération de la Société , il a été con- 
» venu, pour épargner des démarches inutiles 


69 

aux Elèves , que la foulcription feroit contî- 
îj nuée dans les mains du Tréforier de la Société; 

quen effet elle a été continuée dans le$ mains 
» de ce Tréforier : j'ai enfuite produit & vos 
» Lettres & votre Mémoire contre le Dofteur 
» d’Ellon; & vous oppofant à vous-même , )’ai 
» prouvé, par votre propre témoignage , que la 
» foufcription annoncée chez Margantin, & 

» depuis exécutée dans le fein de la Société, eft 
» ma foulcription, celle que javois imaginée 
» pour obtenir de vous lu publicité de votre decou > 

» verte. Or de bonne-foi 5 a cote de tous ces faits^ 
» à côté de vos aveux fi fouvent répétés, que 
» lignifie la lettre que vous vous êtes fait récent-. 
» ment écrire par M e Margantin , & quel parti 
» pouvez-vous tirer d’un pareil titre » ? (i), 

Ainfi je crois que j’ai prouvé jufqua i évi¬ 
dence que le Dofteur Mefmer a contaminent 
reconnu , avoué , invoqué ma foufcription. Ainfi 
je crois qu’à la forme de cette foufcription 
j’ai prouvé jufqua l’évidence que j’ai, depuis 
long-temps, le droit de rendre la Doftrine & 
la découverte du Dofteur Mefmer publique. 
Allons plus loin. 

J’ajoute, en fécond lieu, que je n’ai pas pu 
rendre la Doftrine & la découverte du Dofteur 
Mefmer publiques ; car, pour rendre fa Doftrine 
& fa découverte publiques , il falloit qu elles 
fulTent fecrettes à l’époque où il m’accule de 
les avoir révélées. Or il fçait bien qu a cette 
époque, elles n’étoient plus fecrettes. 11 fçait 
quelles étoient contenues dans un livre im- 


(1) M® Margantin eft ami du Secrétaire de la nouvelle Société. 

E iij 




7 ° 

primé avec Approbation & Privilège , & rê« 
panda foit à Paris, foit dans les Provinces, 
avec une extrême profufion. Le Do&eur Mei- 
mer, je le fens bien, & on Ta déjà vu, vôn- 
loit que, comme ceux de fes Elèves qui, loit 
par erreur , foit par défaut de débcateüe , le 
font affociés à fes projets , je continualfe à 
dire au Public que le fyflême de les connoif- 
iances étoit encore un myflère. Mais, en adop¬ 
tant même dans toute la rigueur l’engagement 
dont il fe prévaut li témérairement contre 
moi, où trouvera-t-il que, dans le cas où Ion 
fyllême viendroit à être publié, je lui ai pro¬ 
mis de foutenir opiniâtrement le plus impu¬ 
dent de tous les menfonges; que je lui ai promis 
de déclarer conftamment , à la face de l’Eu¬ 
rope entière , que fon fyllêrrie publié n’étoît 
pas fon fyftême? Où trouvera-t-il que je lui 
ai promis de perfifter dans ma déclaration jufqu’à 
ce que, fes projets de Fortune étant remplis, il 
voulût bien me permettre de changer de langage* 

Qu’on réfléchiife a ceci. 

Pourquoi le Dofteur Mefmer a-t-il voulu , 
dans le principe, que celui de fes Elèves qui le 
premier révéleroit fa Dcdrine , lui payât une 
fomme de cinquante-mille écus ? N’eù-ce pas 
parce qu’il a perde que fa Do&rine une fois pu¬ 
blique , aucun de fes Elèves ne pourroit demeu¬ 
rer afîùjetti à la tenir fecrette , & qu’ainfi il per- 
droit tout le fruit ou une partie des fruits de 
ma foufcription. Je le demande ; s’il eût pu exiger 
de fes Elèves que , toutes les fois qu’on publie-? 
roit i a Doèfrine, ils déclaraient que ce qu’on 
puLÜoit n’étoit pas fa Doctrine, auroit-il été 


7 * 

fondé à ftipuler avec eux un dédommagement 
de cinquante mille écus. Au moyen d'un flra- 
tagême avec lequel fa Do&rine, quoique très- 
publique , étoit néanmoins toujours cenfée 
îecrette > d'un flratagême , qui dès-lors , quoi 
qu'il arrivât , afïuroit la continuation de fa 
fortune , n’eft-il pas évident qu'il ne fe trou- 
voit jamais dans le cas d’être dédommagé? S'il 
a exigé dans le principe un dédomagement * 
n'eft-ce donc pas parce qu’il a penfé, comme je 
le dis, que, fa Do&rine une fois publiée, il n’avoit 
plus de fecret à demander à fes Elèves ; & alors 
que lignifient fes procédés avec moi ? Pourquoi 
m’accufe-t-il d’avoir révélé depuis quatre jours 
un fydême qui, depuis un an , n’efl plus un myf- 
tère ? Pourquoi veut-il me faire porter la peine 
d’un délit impoffible , d’un délit que je n’ai pas 
pu commettre quand j’aurois eu la plus grande 
envie de m’en rendre coupable ? 

Enfin je dis , en troifiéme lieu , que je n’ai pas 
rendu la Do&rine & la Découverte du Dofteur 
Mefmer publiques. 

Car en quoi confiée la découverte du Do&eur 
Mefmer ? Sûrement dans les procédés qu’il met 
en œuvre , pour produire chez des individus ma» 
îades les phénomènes qu’il appelle Magnétiques ; 
mais ces procédés ne font ignorés de perfonne. 
On s’en entretenoit tous les jours avec la plus 
grande liberté an traitement du Do&eur Mefmer. 
Tout le monde les a lus à la fuite des Apho- 
rifmes publiés par M. Quinquet; &, dans mes 
Conférences fur le Magnétifme j’en ai parlé, 
non pas pour les apprendre à ceux qui m’écou* 
toient x înais fimplement pour faire remarques 


A 7* 

quand ils peuvent être utiles, quand ils peu¬ 
vent être dangereux ; mais encore, pour en don¬ 
ner la théorie , pour dire pourquoi ils produi- 
fent tels & tels effets. Or fur tous ces points , 
je n’ai rien emprunté du Doêleur 'Mefmer ; je 
n’ai rien dit qui lui appartienne ; j’ai même parlé 
d’après des idées qui lui font totalement étran¬ 
gères ; en deux mots , nos principes diffèrent ab- 
folument ; & ce ne font pas fes principes que j’ai 
développés (1). 

Enfuite , où fe trouve dépofée la Do&rine du 
Do&eur Mefmer ? Dans les premiers cahiers 
qu’il a donnés à fes premiers Elèves , dans les 
Ü 4 phorîfmcs publiés par M. Quinquet, dans de 
nouveaux cahiers qu’il v vient de rédiger pour 
ceux de fes Elèves qui ont adopté fes régle- 
mens, cahiers qui ne diffèrent des Aphorifmes 
qu’en quelques propofitions très-peu effentielles, 
extraites de mes cahiers gravés. Or j’en appelle 
à tous ceux qui m’ont entendu, y a-t-il quelque 
rapport entre lefyfiême que j’ai développé , &le 
fyftême , félon moi, très-peu fatisfaifant, que 
renferment & les Cahiers du Doêteur Mefmer, 
& les Âphorifmes de M. Quinquet. Le Doêleur 
Mefmer rejette les forces attraâives de Newton , 
& moi je les adopte. Il y a plus; j’en fais la bafe 
de mon fyflême. Le Doêleur Mefmer imagine 
de nouvelles loix du mouvement, avec lefquelles 
il prétend expliquer comment tous les corps fe 
font formés: & moi, après m’être bien convaincu 
qu’avec de telles loix du mouvement, la forma¬ 
tion des corps & le développement de leurs pro- 


( 1) D après les idées de M. de Jufl***. 




priétés, efl impoffible; toujours, d’après les idées 
Newtoniennes,j’en conçoisd’autresavec lefquel- 
les je ne cherchepas à former des corps;mais avec 
lefquelles il me femble que j’explique d’une fa¬ 
çon affez claire l’a&ion réciproque & incon- 
tedable de tous les corps , & fur-tout des 
corps organifés entr’eux : je vais plus loin; j’ex- 
pofe un fyflême abfolument neuf, & auquel le 
Do&eur Mefmer n’a jamais penfé , fur l’Eledri- 
cité univerfelle , réfultante des loix de l'attra- 
dion , fur les rapports de l’Eledricite & du Ma- 
gnétifme, fur la théorie des fenfations dans les 
êtres organifés affociée à la théorie du mouve¬ 
ment dans le monde , fur les rapports de 1 éco¬ 
nomie particulière de l’homme avec l’economiô 
générale de la Nature, fur la morale univerfelle, 
fur les principes de la légiflation, fur l’éduca¬ 
tion , les mœurs, les arts, &c. Certainement rien, 
ne reffemble moins à ce qu’a pu dire le Dodeur 
Mefmer que ce que je dis. Or, en fuppofant que 
je n’euffe pas le droit de publier la Doctrine du 
Dodeur Mefmer, ce que j’ai démontré faux , le 
Dodeur Mefmer ne devoit-il pas, avant que de 
fe livrer à la diffamation qu’il s’eft permife, s in¬ 
former fi, véritablement, j’ai publié faDodrine.’ 
Quoi ! parce que j’échappe au projet qu’il avoit 
adroitement concerté de me foumettre à une 
fervitude utile à fes deffeins , parce qu’après 
avoir effentiellement contribue a fa fortune & 
affûté fa gloire, fidèle à mes plans de bienfai- 
fance , je veux que l’Humanité profite de mon 
travail (i) , parce qu’en un mot, je ne veux 


(i) J’apprends dans ce moment que le Dodeur d’Eflon fc 





$as, comme Sifyphe, rouler mon rocher pou£ 
le rouler encore ; en un inftant, tout ce que j’ai 
fait pour cet homme ed oublié , & la délicateffe 
avec laquelle j’ai eu foin de détourner condam- 
ment vers lui tous les hommages , de n’appelier 
la Renommée que fur fa tête, cette délicateffe 
n’ed plus remarquée, n’ed plus féntie ; je fuis 
dénoncé comme un coupable , fans qu’on fe 
donne feulement la peine de conffater mon 
crime ; & l’on me calomnie avec emportement * 
Simplement parce qu’il devient utile de me ca¬ 
lomnier. 

En voilà bien affez, je crois , pour démontrer 
que l’imputation que m’a faite le Docteur Mef- 
mer, d’avoir manqué à ma parole d’honneur, en 
publiant fa Do&rine & fa Découverte, ed dé¬ 
dit née de toute efpéce de fondement. Je n’ai 
plus qu’un mot à dire fur un préjugé que le Do¬ 
cteur Mefmer cherche à répandre contre les per- 
fonnes qui ont voulu le contraindre à remplir 
fes engagera ens. 

A l’en croire , ou plutôt à en croire le Ré- 


difpofe à faire imprimer une Théorie du Magnêtifme , d'a¬ 
près les principes de M. le Chev. de B***. Je ne connois pas 
ces principes ; mais des perfonnes , dans lefquelles j'ai la plus 
grande confiance , m'aflurent qu’ils font plus vrais & plus 
élevés , que ceux du Doéleur Mefmer; vraifemblablement 
aufli je les trouverai préférables à ceux que j’ai adoptés. 
Alors je ferai difpenfé de publier les idées que j’avois raf- 
iemblées fur les rapports de l’homme avec la Nature & fur 
les Lsix phyliques & morales qui réfultent de ces. rapports ; 
6c un autre aura rempli mieux que moi la tâche que m'a- 
voient impofée des circonitances auxquelles je fuis las d’ap¬ 
partenir. 



cla&eur de fon Libelle , ces perfonnes dont il fd 
plaint b vivement aujourd’hui, ont été gratui¬ 
tement inftruites par lui dans la Doctrine, & lui 
doivent pour la plupart la fanté. Il eft difficile 
d’en impofer avec plus d’audace ; & , fi l’on ré¬ 
fléchit que l’auteur du Libelle , en parlant de 
notre prétendue inftruétion gratuite , n’a voulu 
fpécialement que faire revivre une opinion au¬ 
trefois répandue , qu’il n’étoit pas poffible que 
je m’occupaile avec tant de perfévérance de la 
défenfe du Magnérifme, fi le Doéteur Mefmer 
ne me faifoit fecrétement entrer dans le partage 
de fa fortune , on conviendra qu’il eft difficile de 
mentir avec plus de méchanceté. 

Eh bien ! en premier lieu, aucune des per¬ 
fonnes qui ont mérité la haine du Doéteur Mef- 
mer ne lui doit la fanté ; &, en ce qui me con¬ 
cerne , je déclare que, fi l’ufage du Magnétifme m’a 
fait beaucoup de bien dans le principe ; fi j’ai lieu 
de croire que dans une fituation moins tourmentée 
que la mienne, il m’eut totalement rétabli, l’in¬ 
croyable manière dont j’ai exiflé pendant quatre 
ans, toujours forcé de lutter contre des circon- 
ftances orageufes , & , ce qui me fatiguoit davan¬ 
tage, toujoursenvironné d’intrigues&de manœu¬ 
vres fourdes , toujours obligé , en confidération 
du bien que j’avois en vue, de couvrir de mon 
caractère des hommes qui rt’en avoient point, ou 
qui ne fe développoient à côté de moi que pour 
de petits projets , de petites vengeances , de 
petites jaloufies ; je déclare que cette manière 
d’être fi cruelle ^ fi pénible pour une ame 
franche & fière , m’a enfin rappellé à un état 
à peu-près femblable à celui où j etois lorf- 


7 6 

que j’ai eu le malheur de connoître le Do&eur 
Mefmer. 

En fécond lieu , aucune des perfonnes qui ont 
mérité la haine du Do&eur Mefmer n’a obtenu 
gratuitement la révélation de fa Doéfrine. Ces 
perfonnes font M. le Comte de P*** (1), qui 
a payé cent louis pour en obtenir la connoif- 
fance, M. le Comte d’Avaux qui, pour le même 
objet, lui a non-feulement payé cent louis, mais 
lui a procuré plus de vingt Soulcripteurs au 
même prix ; M. d’Eprémefnil, qui pour le même 
objet, lui a non feulement payé cent louis, 
mais qui, dans des circonflances difficiles, a bien 
voulu fe déclarer avec autant d’éclat que de 
générohté , le défenfeur de l’homme qui ofe 
le calomnier aujourd’hui (2); M. Korumann. 


(1) M. le Comte de P*** a été afligné, comme M. le 
Comte d’Avaux au Tribunal de MM. les Maiéchaux de 
France. 

(1) On ne trouvera pas mauvais que j’expofe ici mon, 
opinion particulière fur la manière infiniment noble donc 
M. d’Eprémefnil s’eft conduit dans toute cette affaire 5 au¬ 
tant il avoit mis de fermeté à défendre le Doéteur Mefmer, 
quand il étoit lâchement perlécuté, autant il en a mis a ré- 
fifter à fes prétentions, quand il l’a vu fubftituet des pro¬ 
jets de monopole à des projets de bienfaifance, Je délire 
beaucoup que M. d’Eprémefnil falfe imprimer fa correfpon- 
dance avec le Do&eur Mefmer, Elle 11e peut que jet ter un 
très-grand jour fur les motifs qui ont déterminé les démar¬ 
ches de celui-ci, & fur les raiforts qui ont contraint le 
comité à ne pas concourir à l’exécution de fes plans. 

Voici la manière dont j’ai cru devoir parler de M. d’E¬ 
prémefnil , en commençant, après lui, des conférences fur le 
Magnétifme, pour l'inlhudion des nouveaux membres de 
notre fociété. 

ce Meilleurs , parmi les perfonnes que le défir d’acquérir 
* une connoiffance utile railembie ici, il en eif beaucoup 



4fix- 


77 

Ici l'impudence du Rédacteur du Libelle eft à fon 
comble. Non-feulement M. Kornmann a payé 
cent louis pour être inftruit dans la Do&rine du 
Magnétifme; mais, fansM. Kornmann, fans le zélé 


» qui ont entendu M. d’Eprémefnil , développant avec all¬ 
as tant de dignité que de précifion , une grande théorie fur 
oo une grande découverte , une théorie cependant qui , de 
00 Ton aveu comme du mien , cil encore imparfaite, & 
as qui demande le concours de beaucoup d'expériences & de 
»» lumières , pour devenir tout ce qu’elle doit être & acquérir 
» ainfi fur les efprics cet empire irréliftible , qui accompagne 
<53 toujours les grandes vérités. 

53 Ces performes ont admiré, comme moi, M. d’Epré- 
03 mefnil, s’élevant tantôt à la hauteur des idées les plus 
os fublimes , avec une facilité qui n’appartient qu’aux hom- 
03 mes que la Nature a deftinés aux conceptions fortes & aux 
os médications hardies, tantôt defeendant aux détails les plus 
«3 difficiles, fans celfer un moment de captiver l’attention; 
» parce qu’on captivera toujours 1*attention, toutes les fois 
os qu’on donnera aux objets les couleurs qui leur font pro¬ 
os près , qu’on les montrera dans la place qu’ils doivent oc- 
.» cuper, & qu’on les environnera du jour plus ou moins 
03 éclatant qui peut leur convenir. 

33 D’ailleurs nous n’avons pas vu fans intérêt, un Magif- 
»3 trat, diftingué par de rares ralens , par le noble ufage 
03 qu’il en a toujours fait pour la liberté publique & parti- 
03 culière , par la confidération perfonnelie, donc il eft de- 
os puis long temps environné , braver dans une circonftance 
« délicate, dans une circonftance où l’opinion publique eft 
»o encore inceraine, tous les faux ju^emens par lefquels on 
o» retarde toujours les progrès des vérités nouvelles ; nous 
os ne l’avons pas vu fans intérêt, fupérieur aux timides pré- 
03 cautions de l’amour-propre, s’éloigner en quelque forte 
as de fa renommée , pour voler au fecours d’une grande dé¬ 
os couverte, & devenu plus intrépide en raifon des obftacles 
os qui lui étoient préfentés, fe montrer parmi nous environ- 
os nant de toute fon autorité ( car l’homme qui a fait de 
o> grandes chofes a une autorité qui lui eft propre , & dont: 
oa on ne le dépouille pas ) fe montrer , dis je , parmi nous, 
os environnant de toute fon aucoriré & couvrant de tout 
os l’éclat de fon éloquence , une vérité qu’on s’efforce en- 
o» vain de méconnoître, & dont le développement influera 



7 * 

avec lequel il nia toujours parlé en faveur dit' 
Doéleur Mefmer , fans l’attention qu’il a mife à 
me dilîimuler toutes les fautes , fans les foins 
qu’il a pris pour aflurer fa fortune , foins qui ne 
peuvent être comparés qu’à ceux d’un frère en¬ 
vers fon frère, lans les dépenfes de toutes ef- 
péces qu’il a faites pour procurer des Seèlateurs 
à fa Doctrine , fans une fuite de procédés d’une 
générolité dont il ell impoflible de fe former une 
idée, de trouver un exemple ; jamais le Doûeur 
Mefmer ne feroit parvenu au point où l’on le 
voit maintenant arrivé; je ne me ferois jamais 
occupé de lui, & je n’aurois pas aujourd’hui la 
douleur de montrer abandonné à la plus odieufe 
ingratitude , un homme que je deftinois aux 
hommages de fon Siècle. Enfin, moi. On vient 
de lire le récit abrégé que j’ai fait de mes rela¬ 
tions avec le Doèfeur Mefmer. Je crois qu’a- 
près cela , je n’ai pas befoin de répéter ici & de 
rappeller en détail que, non-feulement j’ai payé, 
comme les autres, la Découverte, mais qu’il n ell 


*> fingulièrement , peut-être un jour , fur la deftinée des con- 
09 noiilances humaines. 

os Si le Génie mérite nos hommages, c’eft fur-tout lorf- 
•3 qu’il eft accompagné de ce genre de courage, qui trou- 
ao vant en lui toutes fes reflources , &: s'occupant toujours 
s» de ce qu’il faut faire , & ne redoutant jamais ce qu’on 
•3 peut dire , ordonne à l’opinion de marcher à fa fuite Sc 
o« n’obéit pas à fes loix. 

os Je n’oublierai pas, Meilleurs, en vous préfentant quel- 
09 ques idées lur le lylteme du monde , que je parle après 
»3 M. d’Eprémefnil , que la tâche qui m’eft impofée par 
39 la fociété a laquelle j’appartiens, eft difficile à remplir, &c 
os que je ne la remplirai jamais mieux , qu’en me le propo- 
» fane pour modèle 



I&erfonne à qui elle coûte plus qu’à moi. Il n’y a 
que ceux qui connoiffent toute ma conduite en¬ 
vers le Docteur Meimer, ceux qui lavent com¬ 
ment, aux niques de ma fortune, certainement 
peu conlidérable , aux rifques fouvent de ma 
lib erté , de ma réputation, je me fuis pendant 
trois ans, occupé de Ion fort & de la deltinée 
de fa Découverte , il n’y a que ceux-là qui 
puilïent fentir que, dans le moment où j’écris, 
dans le moment actuel, ma plume ne trace que 
des caractères brifés, & qu’il me faut une mo¬ 
dération à toute épreuve , pour ne pas me li¬ 
vrer aux mouvemens impétueux qu’excite en 
moi le reffentiment de l’outrage qui m’efl fait, 
& auquel je de vois fi peu m’attendre. 

J’ai fini , & je m’applaudis d’avoir fini, fans 
m’être écarté des bornes que je me fuis preferi- 
tes en commençant. 

Je trouve cependant, en relifant mon Mé¬ 
moire , qu’on peut encore me faire une queftion. 
On voit bien l’intérêt qu’a eu le Docteur Mef- 
mer , à fe conduire avec moi comme il l’a fait ; 
mais on le demandera furement quels motifs ont 
pu déterminer les démarches des cinq perfon- 
nages dont j’ai parlé il fouvent ? Quels motifs I 
Vous oubliez que les plantes vénéneufes fe dé¬ 
veloppent & croiffent à coté des plantes bien- 
faifantes , par la feule nécellité de leur végéta¬ 
tion ; qu’il y a de certains hommes qui ont des 
vices , tout fimplement comme d’autres ont des 
vertus , fans effort & parce qu’il faut, pour 
ainli dire, qu’ils ayent des vices. Et puis mes 
cinq perfonnages , & bien d’autres encore que je 
lie veux pas défigner, setoient fortement per- 


8 ° 

fuadés que la nouvelle Do&rine ne pouvoit pas 
ne point opérer , dans peu, une révolution uni¬ 
verselle dans toutes les idées humaines. On s’étoit 
caché tant que le ciel avoit été nébuleux, tant qu’il 
y avoit eu du danger à paroître; mais, le danger 
paffé,le ciel dépouillé d’orages , vous eulîiez vu 
chacun femontrer, comme vous voyez fur la terre 
récemment rafraichie , fauter çà & là, une jeune 
troupe d’animaux amphibies que vous n’y apper- 
ceviez pas auparavant. Plufieurs prétendirent à 
la gloire , les Gens de Lettres, fur-tout; car j’ai 
vu parmi nous des hommes qui s’appelloient 
Gens de Lettres (i);plulieurs voulurent à tout prix 
jouer un rôle, & les plus ambitieux fentirent 
très-bien qu’ils ne pourroient, en jouer un con- 
fidérable tant qu’ils n’opéreroient pas une divi- 
fion éclatante entre l’Auteur du Magnétifme & 
fes Défenfeurs, De-là, tous les faits dont j’ai 
rendu compte; de-là, l’attention à calomnier & 
à diminuer de cette manière l’imprellion que 
pouvoit faire fur tous les hommes honnêtes, la 
conduite ferme, noble & néanmoins exempte 
d’enthoufiafme du petit nombre de perfonnes 
auxquelles on vouloit fuccéder. 

Ainfi, je crois que tout eft bien éclairci entre le 
Dofteur Mefmer & moi. Il me relie une déclara¬ 
tion a faire. Il ell polîible que les perfonnes qui * 
ont follicité auprès du Do&eur Mefmer l’hon¬ 
nête emploi de Minillres de fes vengeances, 


10 vu v au fli «les hommes d’un mérite diftingué dans 

la Littérature où dans les Sciences , mais ceux-là ne cabà- 
loienc pas. 



O ï 

continuent la diffamation qu’Üs ont êomtneiP 
cée. Dans ce cas , comme je veux avoir le droit 
de nommer ces perfonnes , comme il m’importe^ 
après avoir arraché le mafque qui les dérobe 
encore à tous les regards, de couvrir d’un jour 
terrible leurs phyfionomies coupables, comme , 
après la conduite la plus pure, après tout ce que 
j’ai fait, je ne veux pas qu’il puiffe s)élever un 
doute fur la févère délicatefle de mes principes; 
je déclare que je pourfuivrai mes Diffamateurs 
jufqu’aux pieds des Tribunaux , que je les y 
pourfuivrai avec le plus grand éclat &' la perfé- 
vérance la plus opiniâtre. Alors je ferai d’autant 
plus fatisfait, que je pourrai fûrement prouver 
que, fi le Do&eur Mefmer avoit été feul, s’il 
n’avoit pas malheureufement -trop écouté les 
hommes que je ferai connaître , jamais il ne fe 
fût livré contre moi aux excès que je lui repro¬ 
che; alors il me fera doux de conferver encore 
à l’Auteur d’une grande Découverte , quelque 
portion de la gloire qui lembloit lui être deflinée 9 
& de faire oublier fes fautes en confidération du 
bien qu’il pouvoitfaire; alors, cependant, je dirai 
beaucoup de chofes que j'ai l’indulgence de taire 
maintenant, & peut-être regardera t on comme 
une foibleffe, la modération dont je crois devoir 
wfer aujourd’hui. 


PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

N° I. 


PROSPECTUS de la Soufcription depofée du £ 
M e MarGANTIN 5 Notaire. 

On ne conteffe plus à M. Mefmer la vérité de r a décou* 
verte. On convient même^ généralement aujourd’hui que, 
foit qu’on la confîdère dans (es rapports avec la Phylîque , 
foit qu’on l’envifage comme devant opérer une révolution 
profonde dans les principes de la Médecine , elle eft d’une 
utilité dont il eft difficile de méftirer l’étendue. 

Ce feroit donc faire une chofe favorable au progrès des 
fcicnces, Sc procurer le bien de tous les-hommes , que de 
placer M. Mefmer dans un ordre de chofes , où il plu rendre 
fa decouverte publique. 

Dans le cours de l’année 1781 , le Gouvernement fe pro- 
pofa de fixer M. Mefmer en France ; &, pour l’engager à 
former des Elèves , & à y répandre fa Do&ririe , il lui offrit 
une penfion viagère de vingt-mille livres , de dix mille liv. 
qu’il devoir employer au loyer d’une maifon propre à rece¬ 
voir des malades. 

M. Mefmer ne crut pas devoir accepter de telles offress 
Préoccupé de l’idée de créer un premier érablillement, qui 
put fervir de modèle à tous ceux qu’on veudroit former 
dans la fuite ; ne voyant pas dans les proportions qui lui 
étaient faites, affez de refTources pour exécuter fon plan 
comme il le concevoir : craignant fur-tout que l’exécution 
de ce plan ne fut interrompue par la. cabale de fes Ennemis, 
qui chercheroient à profiter de la plus petite circonftance, 
pour faire fufpendre ou même flipprimer le payement des 
penfîons qui lui auroient été accordées , M. Mefmer remer¬ 
cia le Gouvernement & , ne pouvant faire tout le bien qu’il 
avoit en vue , il ne penfa pas qu’il lui convînt de profiter de 
fes bienfaits. 

Depuis , M. Mefmer n’a ceffé de traiter des Malades. Son 
objet étoiç d’engager par cette voie j les perfonnes, qui par 




/ 


I 


m ' 8$ 

î etrr état "& leurs lumières peuvent influer fur J’otflnîoti 
publique , à s'occuper enfin de fa Do&rine, & à s'entendre 
avec lui fur les moyens de La répandre. 

Mais que peut un homme féal, quand il lui faut com¬ 
battre des préjugés univerfellement reçus , & que la vérité 
qu’il annonce , exiftant , pour ainfîdire , à part de toutes les 
vérités découvertes jufqu’à lui, 11efe lie à aucun des fyflémes- 
que nous avons adoptés ? 

M. Mefmer a donc trouvé des partifans, parce qu’il n’a 
paHé que d’après des faits , des guérifons évidemment opé¬ 
rées , & qu’on ne contefle fériéu r ement ni une o-uéri- 
fon , ni un fait. Ces partifans font même aujourd’hui très- 
nombreux , & foit à Paris , foit dans les Provinces on 
s’étonne généralement qu’une découverte au/ïï précieufe 
que la fientie , foit abandonnée avec indifférence au ha- 
zard de tant d’éÿénemens qui peuvent en priver l’Hu¬ 
manité. 

Mais perfonne encore ne s’efl occupé d’une manière utile 
de fouftraire cette découverte au fort dont elle efl menacée. 
On a cru que ce que le Gouvernement n’avoit pas fait, nul 
ne devoit le faire : on a craint de s’élever contre des infti- 
tutions trop généralement refpeéfées & , en formant des 
fouhaits pour qu’une Doctrine , dont on ne pouvoit plus fe 
diffimuler les avantages, acquit ç iji’i toute La publicité dont 
elle eft fufceptible , on ne s’eft guères empreffé de chercher 
une circonftance , où U fut pojjible de La divulguer avec 
fuccès. 

Un homme de lettres , qui doit àM. Mefmer le rétabJi/Te- 
ment de fa fanté , & la deftruction de tous les o-ermes 
d’une maladie dont il a été tourmenté dès fon enfance ( 1 ) 
ayant eu le loifîr de réfléchir pendant la durée de fon trai¬ 
tement fur le bien infini que la connoiflance d’nre telle 
découverte doit produire , a penfé qu’il feroit facile de 
placeç fon Auteur dans une fituation où il put s’occuper 
fans inquiétude des moyens de La répandre. 

En conjéquence , iL propofe de former une ' fociété d’un 
nombre quelconque de perfonnes , lefquelles fourniroient 
chacune une adion de cent louis, & lorsqu’on auroit raf- 


(1) Je croyois alors mon rétablilTement allez prochain, pourpenfet 
que je pouYois l'aus témérité parler ainfi. 

Fij 






1 





8 4 . 

femblé cent avions, on engageroit M. Mefmer, dont le 
fort ferôit ainfi invariablement déterminé, à faire pour 
ceux qui les auroient fournies, un Cours complet de fa 
Dodrine. 

Par-la, on mettroit à jamais cette Doctrine à l’abri des 
événemens qui peuvent en faire perdre la trace ; M. Mefmer 
11’auroit à craindre ni cabale , ni révolution dans l’exécu¬ 
tion du plan qu’il a conçu, 8c la découverte, fans contredit 
3a plus importante 3 c la plus utile qui jamais ait été faite, ne 
feroit plus expofée à être enfevelie dans le profond oubli 
dont à peine elle eft tirée. 

Il n’efl pas befoin de dire ici qu’une feule perfonne pourra 
l'epréfenter plufieurs adions, 8c qu’une feule adion pourra 
être fournie par plufieurs pcrfonnes. Mais on obfervera 
que , lorfque plufieurs perfonnes auront concouru à 
former une feule adion , une feule perfonne, d’après le 
choix libre de fes co*affociés, pourra être admife au Cours 
de M. Mefmer , & cela pour ne pas trop furcharger ce Cours, 
8c afin que , chaque adion confervant fon unité, elles ayent 
toutes la même valeur (1). 

Ce projet ne doit pas éprouver beaucoup de difficultés. 

Il y a dans le fyftême de M. Mefmer , trois ordres de 
vérités, qu’il importe plus ou moins mais toujours très- 
effientiellement de connoître. 

Le premier ordre a pour objet la fcience de la Nature 5 
8c il en réfultera de nouvelles lumières fur beaucoup de 
parties encore obfcures de la Phyfique univerfelle 5 telles 
que l’aimant , l’éledricité , le feu, l’attradion , la gravi¬ 
tation , &c. 8cc. Sous ce point de vue , la découverte de 
M. Mefmer , ne peut que vivement exciter la curiofité des 
SavanSc. 

Le fécond ordres de Vérités a pour objet notre propre 
confervation , & il en réfultera une connoiflance exade des 
loix générales , auxquelles notre organifation obéit , 8c des 


( 1 ) Il me femble que Ces trois paragraphes prouvent afTez que la 
Soufcription avoir pour objet de former une Société plus ou moins 
nombreufe, qui ayant une tois alluré le fort du Doéteur Mefmer , s’occu- 
peroit de faire jouir toutes les clalfes de la Société , de la connodf- 
ïance de la découverte j ce qu’on va lire le prouve encore davantage. 



*5 

procédés (Impies &. en petit nombre, qu’il nous convient 
de mettre en œuvre , pour nous garantir de la plupart des 
maux , dont nous fommes la proie. Cet ordre de vérités 
conftitue proprement l’art de préferver ; art facile , mais 
encore ignoré , qui doit opérer une révolution bien im¬ 
portante dans notre éducation phylique , & dont il n’eftper* 
donne qui ne doive délirer d’être inftruit (i). 

Letroiliéme ordre de Vérités, a pour objet la Médecine, 
ou l’art de guérir, & il en résultera une théorie des maladies 
abfolument neuve , théorie déterminée d’après le fyftême des 
loix de la Nature, & la connoilfance des propriétés que M. 
Mefmer a découvertes dans les corps organifés. Malgré les 
efforts des plus beaux Génies , la Médecine eft encore un art 
conjectural; & , tant que nous ignorerons comment nous ap¬ 
partenons au fyftême du monde , & quelle eft l’influence 
aujourd’hui bien inconteftable de ce fyftême fur nous, il 
nous fera toujours impoliible de faite faire à cet art, tous 
les progrès dont il eft fufceptible. 

La publicité de la découverte de M. Mefmer , ne peut 
qu’exciter un intérêt univerfcl dans toutes les cLajfes de La 
Jociété. Si l’on connoît un moyen de hâter cette publicité ; fl 
ce moyen exifte plus ou moins dans Les mains de tout le 
monde , celui qui propofe d’en faire ufage , doit donc 
compter fur quelque fuccès , & il efpère , pour l’avantage des 
Sciences & l’honneur de l’Humanité , que beaucoup de 
perfonnes s’emprefleront de concourir avec lui à l’exécution 
du projet qu’il a formé. 


(i) Comment peuc-on fe perfuader que j’ai pu me propofer de faire 
une Doctrine fecrette de l’arc de préferver , qui doit être effeiitielle- 
ment une Dodtrine Domeftique &c qu’il faut, en conféquemce , mettre 
flans les. mains de tout le. mouds. 





Fiii 



N° II. 

Extraits des Lettres du Docleur Mefmer , qui prou 
vent quil a formellement reconnu C txifience <£unt 
Société dépofîtaire de fa Doctrine , J ans le Con - 
cours ae laquelle il ne pouvoit former aucun 
h lève , & de plus Üexifience dé une Soufcnption 
ouverte d fon profit . 

Le P. Hervier à Bordeaux . 

\ 

J"’ai fait Ire mon R. P. au Comité nouvellement inAitué 
pour délibérer fur les affaires particulières de noue Socdtc , 
la lettre que vous m’avez écrite. Les fuccès que vous avez 
à Boideaux, le zèle avec lequel vous y défendez la Doc¬ 
trine qui vous a été révélée , & les nombreux profélites 
que vous lui avez faits , vous ont mérité des éloges de la 
part du Comité : & il me charge de vous faire au nom de 
la Lo e tous les remercimens que votre conduite vous met 
dans le cas d’attendre d’Llle_ 

Quant à la Soufcription , le Comité n a pas le pouvoir 
d (i) * 3 en motiérer le pr*.x , & fur ce point la Loge , des volontés 
de laquelle il nef! qu’exécuteur, a enchaîné fa Liberté 6* la 
mienne (i). ' 


M Nicolas , Médecin à Grenoble . 

Il s’eft formé autour de moi une Société refpeflable , qui 
s’eft accrue confdérablement depuis que j’ai eu l’hon¬ 
neur de vous en parler, qui ne s occupe avec moi que des 
moyens de répandre ma Dotfrinc de la manière la plus sure 
& la plus convenable. 


(i) Pourquoi? Parce que la Société vouloir fe délivrer prompte¬ 

ment de l’obligation qu’elle s’étoit impofée de payer au DoCteuc 

Mefmer 2.4#,®oo liv. à l’effet de devenir propriétaire de fa Découverte. 


\ 







*7 


M. Carre* ancien Chirurgien Major de l* Hotel-Dieil 

* Cj J 

de Lyon > 24 Mars 1784. 

Quant aux conditions pécuniaires , la Société, qui s*e(l 
formée autour de moi , plus occupée de mes intérêts que 
je ne le fuis moi-même , exige que chacun qui eft admis 
dans cette Société , acquitte à mon profit 3 une fomme de 
2,400 liv. 

M . d*H erville 3 Médecin du Roi, & M. Pou jol, Né- 
godant à Amiens . 2.7 Mars 1784. 

Je vous envoyé une lifte des Perfonnes , qui compofent 
aduellement l’ordre de l’Harmonie. Le nombre en feroit 
bien plus grand , fi l’on n’avoit pas obfervé la plus grande 
circonfpedion dans 1% choix des fuiets. Il eft bien à remar¬ 
quer , que la formalité de remplir le prix de la Soufcription , 
eft la moindre des conditions pour y être admis. 

M. S c H A LC il , Négociant à Bordeaux. 3 Avril 1784, 

J’ai été long-temps à choifîr des perfonnes honnêtes g 
auxquelles je puifi'e confier le dépôt de mes connoifiances,. 
je les ai enfin trouvées 8 z formées autour de moi en So¬ 
ciété. Je les ai invitées à donner à cette Découverte toute 
C étendue quelle doit avoir , & c'eft de cette fociété aujour¬ 
d’hui , qu’il dépend de décider fi l’on efl digne d’être 
admis dans fin fein , pour devenir mon Elève t cefi clic 
feule qui a le pouvoir dé accepter y ou de refufir. 

M . le Marquis de M***, à Paris , 9 Avril 1784. 

Je ne puis que vous réitérer , Monfteur , ce que j’ai en 
l’honneur de vous dire relativement au défit* que vous té¬ 
moignez d’être inftruit de la Dodrine du Magnétifme- 
Animal ; il faut que vous vous adrefttez à quelqu’un de 
la Société à laquelle fiai confié le dépôt de cette Décou¬ 
verte 3 pour être propofé à en devenir Membre. C’eft elle 
qui a le pouvoir d’accepter ou de refufer. Si par hazard , 
vous ne connoiftiez aucun de ceux qui compofent cette So¬ 
ciété, je me chargerai avec plaifir, Monfîeur, de faire 


s? 

connoître vos mentions là dtjfus , & je crois devoir vous 
obferver feulement de ne pas différer trop long-temps : car 
comme dès le commencement du mois de Mai, je com¬ 
mencerai une nouvelle inftruchon , qu’il n’y a qu’un certain 
nombre de perfonnes qui puille y être admis', les premières 
infcrites auront la préférence. 

Al. Eustjçhe , Avocat à Trévoux , 12 Avril 1784. 

J’ai l’honneur de vous dire que , pour donner à cette 
Découverte toute l’étendue 6c utilité dont elle eft fuf- 
ceptible fi ai cru devoir confier L dépôt de mes connu if -• 
fiance à une Société qui s’oceuperoit conjointement avec 
moi à dévtloper ce plan. C’eft cette Société aujour¬ 
d’hui , dont je fuis le chef, qui décide fur le choix des 
individus quelle agrée } p^ur en devenir Membre & mon 
Elève , 

4 - 1 « 

M. le Prince de à Paris , Il Avril 1784.^ 

Le Médecin auquel vous avez accordé votre, eftime , ne 
peut que m’etre infiniment recommandable. Je me ferai un 
vrai plailîr de le compter parmi mes Elèves , lorfqu’il 
viendra dans ce pays-ci, 6c qu’il aura les fulfrages dt 

tous.... 6cc, 

•• 

j • 

Al. le Bailli des Barres , à Malte , 13 Avril 1784. 

La Loge que fiai confultée 6c fans laquelle , je me fuis 
fait une loi, même en ce qui me concerne , de ne rien entre¬ 
prendre qu’après avoir demandé fon aveu, a trouvé que 
je ne devois en aucune manière acquiefcer à la demande 
que vous me faites. 

M. Vendriel 3 à Bordeaux, 

Une Société refpeéfable, à laquelle j’ai confié le dépôt 
de mes connoiffian-es , s’occupe, conjointement avec moi 
4 faire jouir les Provinces des mêmes avantages , 


M. de B EN N ET ART , Négociant à Saint-Chamond. 

J’aurai l'honneur de vous dire que cefl une Société re r peft a hU 
à laquelle j’ai confié le dépôt de mes connoilfances , qui décide 
fur Les Jujets quelle croit les plus propres à développer ma 
Doctrine. 

M. AlverSCHE , à Ni fine s 9 19 Avril 1784. 

Il faut s’adrefier à la Société refpedable à laquelle j’ai 
confié ma Dodrine pour s’occuper, conjointement avec 
moi, à la propager. 

M. LE Breton , JSfédecin a Quimper en Bretagne 3 10 

Avril 1784. 

J’ai cru 11e pouvoir mieux réulîir que de dépofer le fy- 
ftême de mes connoifiances à une Société. 

M> Meltie , Chirurgien de THôtel-Dieu a Trévoux. 

Je n’ai cru pouvoir mieux faire que de la dépofer a une 
Société , qui s’occuperoit avec moi a la propager de la ma¬ 
nière la plus convenable. C’eft aujourd’hui cette Société , 
dont je fuis le Chef, qui décide fur Tadmijfion d'un fujet. 

M. Durand 3 à Lyon 3 11 Avril 1784. 

Vous pouvez vous adrefier en toute confiance au fieuf 
Orlus , qui a formé un Traitement à Lyon , pareil à celui 
que j’ai a Paris. Ayant été follicité de fe fixer à Lyon , 
pour y faire un établiflement du Magnétifme-Animal , le 
fieur Orlus a été autoiifé à cet effet par moi , & par la 
Société refpe étable qui s’ejl jointe à moi pour faire produire à 
ma Doétrine , tous les avantages dont elle efi fufçeptible. 

M . LA Noix , Maître en Pharmacie à Lyon , 22 Avril 

1784. 

Que pour faire produire à ma Découverte tous les avan¬ 
tages dont elle eft fufçeptible , j’ai cru devoir la dépofer 

J 


v 


5 ® 

à une Société : c efi cette Société qui décide furie choix de$ 
fujets. 

M. D e P AC N ET , Curé à Bordeaux , 18 Juin 

1784. 

Lorfque fai confié le dépôt de mes connoijfances à une 
Société refpe fiable } dont je fuis le Chef 

M. le Chevalier du Bouc H AGE , Capitaine d y Ai tille rit 

à La Fére. 

e 

Sur ce que vous me faites l’honneur de me propofer un 
Elève , qui a acquis toute votre confiance , Monfieur, 
j’aurai celui de vous dire que , dans la vue de propager ma 
Doéh'ine avec plus de fuccès , j’ai cru devoir la dépofer dans 
toute fa pureté , à une Société de perfonnes qui voulufient, 
conjointement avec moi, lui faire produire tous les avan¬ 
tages dont elle eft fufceptible, & c’ef \ cette Société ref- 
pe fiable , dont je fuis le Chef , qui décide aujourd hui fur 
l’admifiion des fujets qui lui font propofés. 

M. Revolat 3 Médecin à Vienne 3 16 Juillet 1784. 

Etpour faire produire à ma Dcélrine tous lesavantages dont 
elle eft fufceptible, j’ai cru devoir la dépofer dans toute fa 
pureté entre les mains cl 3 une Société qui voulut s 3 occuper 5 
conjointement avec moi ? de cet objet. 

M. Mazeret , à Lisbonne , 18 Juillet 1784. 

J’aurai celui de vous dire que , dans la vue de rendre plus 
utile la Découverte que j’ai faité, & de lui faire produire 
tous les avantages dont elle eft fufceptible 3 j’ai cru devoir 
la dépofer entre les mains d’une Société de perfonnes qui 
puifient s’en occuper conjointement avec moi. 

M. B r A zi er , à Saint-Eflienne-en-Fore^ y 2,7 Juillet 

1784. 

V oilà quel feroit le plan que je penfe que vous pourries 


5>ï 

fuivre : il faudrait mettre le prix de la Soufcription à 40 
louis (i), de ces 40 louis , il n’y en aurait que vingt qui 
me feraient réfervés ; des vingt autres, on en pourrait def- 
tiner dix pour vos honoraires en qualité de Profefleur , 8 c 
les dix reftans pourraient fervir à des objets de bienfaifanco 
dont cette Société même , difpoferoit chez vous, foie en 
aidant des pauvres malades fournis au Traitement, foit pour 
l’éducation d’enfants, fur lefquelles on pourrait faire des 
obfervations aufll utiles qu’intérelfantes pour le développe¬ 
ment du phyflque 8 c moral. 

M. Bonnefoi , à Lyon y 10 Août 1784. 

Si les circonfhmces furvenues ne permettent abfolument 
pas de trouver des Amateurs à ce prix , il vaut fans doute 
mieux pour l’intérêt général fe borner à 15 louis , que 
de 11e rien faire du tout (1). 


(1) On voit ici.le fyftême du Do&eur Mefmer , qui cherchoit à éten¬ 
dre fa Soufcription à tel point que Jes Provinces y contribuaient comme 
la Capitale. La Société ne s’y eft pas oppofée , dans le principe parce que 
fon intérêt étoit que la Soufcription fût en effet promptement remplie. 

(1) Ces Extraits de Lettres font tirés d’un Regiifre, dans lequel le 
Secrétaire du Do&eur Mefmer a Copié , par fon ordre , routes les Let¬ 
tres qu il a écrites, foit dans l’Etranger, foit dans les Provinces , rela¬ 
tivement à la propagation de fa Découverte. 


ms 



* .4 

9 ^ 


N° III. 


Extrait du Mémoire contre le Docleur d'EJlon, 

Quelques-uns de mes malades qui m’étoient de¬ 
meurés fidèles, de qui ayant éprouvé toute l’efficacité de 
ma méthode, regrettoient que des circonftances fatales ne 
m’euflent pas encore permis de travailler à la répandre , 
rédigèrent, à mon retour des eaux de Spa , un plan qui, 
fans contrarier en rien les vues de bien public , j’ofe le 
dire aflez vaftes dont j’étoisi occupé, me mettoit dans le 
■cas en formant des Elèves , de devenir d’une utilité beau¬ 
coup plus confidérabie que je ne l’avois été jufqu’alors (i). 

J'approuvai ce plan je l’approuvai même avec une forte 
d’impatience. 

Les Rédacteurs du plan dont je parle , après s’être oc¬ 
cupés des intérêts de l’Humanité , crurent auffi devoir s’oc¬ 
cuper des miens , & il fut arrêté entr’eux, qu’il feroit ou¬ 
vert a mon profit une Soufcription, de que nul ne pourroit 
être admis au nombre de mes Elèves, qu’il n’eut payé dans 
les mains de L'un d'eux , une fomme convenue. Pour me 
faire approuver ce projet , de , s’il étoit pofiible, me faire 
perdre le fouvenir de la manière odieufe dont j’avois été 
traité, ils fe rendirent tous enfemble chez moi, & s’enga¬ 
gèrent , en fe donnant mutuellement leur parole d’honneur y 
a mettre tout en œuvre , pour me faire triompher des cir- 
conlfances malheureufes, dans lefquelles on m’avoit placé , 
de à ne me quitter que lorfqu’ils auroient réulfi. En même- 
temps ils me montrèrent leur projet de Soufcription, de 
un engagement ligné en particulier par chacun de payer la 
fomme qu ils avoient déterminée , dès que je jugerois à pro¬ 
pos de leur révéler mes connoiffances. 

Puis, fans melaifTer le temps delà réflexion, ils me dé¬ 
clarèrent que ce n’étoit qu’autantque j’approuverois la Souf- 



(i) Je défie le Do&eur Mefiner de foutenir que ce plan n’eût pas 
pour objet la publicité de Ta Découverte. 





9 $ 

cription qu’ils concourroient avec moi au développement 
de mes vues, & qu’ils en prépareboient le fuccès. 

Note du Mémoire . 

Voilàla Soufcription monftrueufe dont parle M. d’Efîon; 
Soufcription dont comme l’on voit, je ne fuis pas l’Auteur,* 
mais que j ai cru pouvoir approuver, parce que les motifs 
les plus nobles l’avoient déterminée. 

L’Avocat de M. d’Eflon a fouferit pour être admis au 
nombre de mes Elèves. M. Bienaimé , ami & aujourd’hui 
l’Adjoint de M. d’Eflon , a été égalemeut au nombre d; mes 
Souscripteurs , & les engagemens de ces deux perfonnes ont 
fubjiflê dans l'Etude du Notaire ch rgé de tes recevoir , rion~ 
Jeulerncnt pendant tout le temps qu’à duré ma réunion avec 
A/. d'Efon , mais même long-temps apres notre dernière Sé¬ 
paration. 

Or , je le demande , tout cela feroit-il arrivé , fi f avais 
renoncé à la Soufcription ? La première chofe qu’auroient 
faite l’Avocat de M. d’Eflon & M. Bienaimé , n’auroit-elle 
pas été de retirer leurs engagemens des mains du Notaire 
qui les avoir reçus ? Tous les jours , ils favaient quon allait 
fouferire che^ ce Notaire ÿ & , loin de s’en plaindre , ils 
reftoient eux mêmes Soufcripteurs , & néanmoins il avoir 
été convenu , dit-on , entre M. d’Eflon & moi , que la 
Soufcription n exifieroit plus. En vérité , quand on invente 
des faits , ilfaudroit au moins les inventer vraijemblables (i). 


(i) Comment après cela le Doéteur Mefmer peut-il dire qu’il n’a 
pas approuvé la Soufcription , 6 c qu’on ne peut s’en prévaloir contre 
lui, parce qu’il ne l’a pas lignée. , 





< 



54 


« 


N° I V. 

/ 1 "" • 

Lettre écrite par M. Bergajfe au Docleur Mefrner 9 
quelque temps avant Le départ de celui ci pour 
V Angleterre. 

Il paroît, Monfieur , par l'enfemble de votre conduite , 
que vous avez formé le projet de rompre fans retour avec 
les perfonnes qui vous ont fi puifiamment aidé contre vos 
ennemis , & qui, en vous faifant le facrifice de leur travail 
& de leur génie, ont tant contribué à vous acquérir la for¬ 
tune & la renommée dont vous jouifiez maintenant. 

Ce projet, que bien des gens trouvent étrange, me femble 
à moi très-naturel. En général, il eft dans le cœur humain 
de ne gueres aimer ceux qui nous ont ete utiles avec trop 
d’éclat. À côté d’eux on fe croit dans leur dépendance, &C 
il eft tout fimple qu’un moment arrive où leur préfence nous 
devienne importune. 

En une telle circonftance, Monfieur, je dois vous pré¬ 
venir de deux chofes. 

La première, que je rédige actuellement un Mémoire , 
contenant l’hiftoire de mes relations avec vous (i). Je fuis 
inftruit que depuis quelque temps , les gens peu délicats qui 
vous dirigent, travaillent à l’envi à diminuer par d’adroites 
calomnies, & de légers mais dangereux menforges (i) , 
rimprèfGôn que doit faire fur tous les hommes , qui aimenc 
le définterrenement &. le courage . la manière fi généreufe 
& fi noble , dont je vous ai obligé. Il faut donc que je 
parle , Monfieur , 6c que, par un Expofé fimple , de ce qui 


(i) A l’époque de certe Lettre , j’avois r effeûivement commencé à 
à écrire l’Hilloire de mes relations avec le Dodteur Mefrner. Enfuite je 
m’étois déterminé à garder le filcnce , jufqu’à ce qu’enfin provoqué de 
la manière la plus cruelle par le Libelle auquel je réponds, je me fuis 
vu contraint de publier des faits que j’aurois bien voulu toujours 
taire. 

(z) Les menfonges depuis font devenus atroces. 


N 





s'eft palïe entre nous 8 c des motifs, vous le favez, bien ^ 
héroïques, qui ont déterminé mes démarches, je prenne 
dans l’opinion publique , la place qui m’eft due. 

D’ailleurs, Moniteur , je neveux pas vous nuire ; je 
cherche moins ici à me défendre, qu’à me garantir , 8 c les 
faits dans mon Mémoire , feront racontés avec beaucoup 
de calme & de modération. Ayant agi avec vous , depuis 
que je vous connois , avec tant de grandeur, de confiance 8 c 
d’abandon , je fens que , de quelque manière que vous-vous 
comportiez , vous ne devez jamais exciter ma colère; qu’il 
eft une forte de dignité qui me convient, 8 c que je ferois 
au-defifous du rôle que j’ai joué , fi je me permetois un in- 
flant de vous haïr. 

Le fécondé chofe qu’il faut que je vous dife , eft du plus 
grand intérêt pour moi. Dans quelques-uns de mes Ecrits, 
& notamment dans le dernier , j’ai alfocié à vos idées, 
Une portion confidérable des miennes ; il n’a pas paru que 
ce mélange nuisît à l’opinion qu’il faut avoir de votre Dé¬ 
couverte ; 8 c - fi quelques-uns de vos Elèves, & vous même , 
à ce qu’on alfure , avez penfé autrement, je vois qu’en gé¬ 
néral le Public a été frappé de la hardielfe de l’enfemble que 
j’ai mis fous fes yeux. 

Mais, Moniteur, dans ce dernier ouvrage, j’ai annoncé que , 
quelque jour, je développerais toutes mes vues fur le monde 8 c 
fur l'homme ; c’eft-à-dire , fur le fyftême général des connoif» 
fances humaines. Ce projet eft très-ancien dans m i tête. Il 
y a quinze ans que j’ai imprimé pour la première fois que 
j’en étois fortement occupé , & il eft vraifemblable que , fi 
ma fanté fe rétablit enfin, je le mettrai à exécution. Or, 
en le travaillant, je me propofois de montrer ( fans vous 
faire le facrifice abfolu de mes connoiflances ) combien 
votre Découverte avoir étendu la fphère de mes idées , à 
quelles méditations fortes , & d’un genre tour-à-fait ex¬ 
traordinaire elle m’avoir entraîné , & en conféquence je 
voulois vous faire honneur , 8 c de mes méditations & de 
mes idées. Aujourd’hui les chofes changent. L’expérience 
m’ayant appris que tant de généralité de ma part ferait 
folie , vous trouverez bon que je fépare de vos richelles le 
peu de bien que je puis avoir , & que mon efprit, iî peu 
fait pour l’efclavage, brifant enfin tous fes liens, ne fe 
montre plus comme il eft arrivé jufqu’à préfent, dans la de-*, 
pendance du vôtre* 


9 6 • % 

D’après cela, je vous préviens que dans le premier ecrif ^ 
qui foriira de ma plume, revenant fur mes Confidéravons Sc 
lur le difcours que j'ai prononce en préfence de vos Elèves , 
j’uferai comme polirivement à moi , de mes idées fur la 
gravitation . fur la théorie des fenfations , conlidérée dans 
les rapports avec la théorie du monde , fur l’imitation, fur 
l’imagination , fur l’éducation , fur la morale , fur les 
mœurs , fur les arts , fur la douleur , fur l’origine du déf- 
ordre dans le monde & fur le mouvement univerfellement 
réparateur de ce défordre , mouvement auquel , comme on 
le verra dans la fuite, je ne donne pas la même caufe que 
vous. Ces idées certainement ne fe trouvent ni développées, 
ni en germe dans vos Aphorifmes , tels que vous nous les 
avez donnés ; elles peuvent réfulter du lyftême de Newton , 
de celui de Defcartes , de celui d’Epicure, tout aulli exac¬ 
tement que du vôtre 5 & fi je les ai attachées au vôtre , 
elles ne doivent pas pour cela ceffer de m'appartenir. 

Cependant je dirai, quoiqu’en vérité je puiffe bien m’en 
difpenfer, que c’efi en méditant fur votre fyftême que je 
les ai ralîemblées , & d'ailleurs dans toute occafîon , je 
rendrai la juflice la plus éclatante & la plus publique, à 
l’originalité fingulière de votre Découverte, & à la fécon¬ 
dité de quelques-unes de vos idées. Ayant,été fi long-temps 
généreux , il ne me fer^, pas bien difficile de n’être que jufte $ 
je ferai même jufle encore avec affez de délicatefTe, pour que, 
ü mes méditations ont pu ajouter quelque chofea votre répu¬ 
tation , en les féparant des vôtres , je ne vous faffe rien 
perdre de votre gloire (1). 

Plus d’un motif, Monfieur , me détermine à en agir 
ainfî. 

D’abord , parmi.vos Elèves , plufieurs, comme je viens 
de le dire, ont blâmé mon dernier ouvrage ; plufieurs n’y 
ont pas 1 reconnu la Dochine de leur Maître, & fe font fin— 
guîièremenr occupés de déprécier les idées qu’il renferme. 
Or je mettrai par ma démarche toutes ces perlonnes par¬ 
faitement a l’aife, & je leur épargnerai le chagrin de voir 
plus long temps, l’or de vos penfées obfcurci par l’alliage 
des miennes. 


(1) C’étoic en effet ainfi que je voulois agir. Il effc cruel pour moi 
que le Docteur Mefmer m’ait forcé de m’écarter de mon premier plan. 

Enfuîtes 



\ 


9? . * 

tnfuite , quoiqu’aujourd’hui plusieurs de vos Elèves, SC 
fur-tout ceux dont vous compoferez votre nouvelle So¬ 
ciété , déclament contre mes conceptions, & fafient pro- 
fefiion d’en blâmer la hardieile 6e l’étendue , je tais cepen* 
dant qui! en eft parmi eux qui ne craignent pas de les ado¬ 
pter , lorfque , hors de ma préfence , ils peuvent fe les ap¬ 
proprier , ou donner à entendre que je n’en fuis pas l’Auteur. 

Jaccufe fur-tout, de ces petites adretles le.. . 

qui s’eft fi bien caché , quand il y avoir quelque danger à 
parcîrre au nombre de vos défenfeurs } mais qui , le 
danger paffé , vient de fe placer fi loyalement entre nous 
deux , pour brifer nos communs liens , & affciblir très-à- 
propos l’idée qu’on pouvoir avoir de ma conduite & de 
mes talens. Or, Monfieur , j’ai bien pu vous faire le 
facrifîce de mes réflexions , à vous que j'appelle un homme 
de génie ; mais il feroit en vérité trop dur que je m’aban- 
donnafle au pillage d’une foule d’hommes , qui n’ont à mes 
yeux qu’un mérite ordinaire , 6c fur-tout ûu perfoimage 
cauteleux , qui fe charge aujourd’hui , d’achever d’une ma¬ 
nière fi honteufe votre deftinée. 

Enfin, Monfieur, le jour où je développerai toutes les 
parties du plan qui fe definie depuis long-temps dans ma 
tète , je ne veux pas que l’on m’accufe de n’employer que 
les idées des autres , lorfque je n’employerai que les miennes. 

Je ne veux pas qu’ayant eu à côté de votre Découverte, 
& bien avant que votre Découverte me fut connue, des 
penfées qui me femblent originales, j aye l’air de dérober 
ce qui eft à moi, & je le veux d’autant moins que vous 
avez déjà du entrevoir dans ce que j’ai écrit, que mes 
principes diffèrent effentiellement des vôtres. 11 me con¬ 
vient donc dès-à-préfent de reprendre ma propriété trop 
franchement 6e trop imprudemment abandonnée. Je ne de— 
Vois pas compter d’une manière exatfte avec celui dont j’ai 
effayé de faire le bienfaiteur des hommes ; mais il faut 
bien que je prenne des précautions pour l’avenir avec celui , 
qui, oubliant jufqu’à quel point je me fuis compromis pour 
fa Moire , combien de fois pour le défendre, j’ai couru 1 $ 
rifque de ma fortune , de ma réputation & même de ma 
liberté, a permis qu’à l’inftant où je lui élevois un trône dans 
l’opinion, de trilles calomnies 6c de miférables complots 
devinffent ma récompenfe. 

Voila, Monfieur, çe que je voulois vous dire. Je me 



5>g 

dois a moi-même de féparer pour jamais ce que je fuis, ce 
que je deviendrai, de ce que vous êtes , de ce que vous 
pourrez devenir. Je me dois d’éclairer d’un jour pur la 
plus belle partie de mon hifloire 3 celle où , arrivé chez 
vous fouffrant & malade, plein des fouvenirs les plus dou¬ 
loureux, ne voyant devant moi qu’un avenir funefte , dé¬ 
taché de tout , mais aimant encore les hommes , j’ai fur- 
monté mes maux & mes peines , pour m’occuper de leur 
bonheur ; celle où, dans une longueobfcurité , r m’oubliant 
tout entier pour vous, j’ai préparé parmi des dangers fans 
celle renaifïans , les jours éclatans qui font aujourd’hui 
votre partage. 

Et en vérité , Moniteur, ce , n’eft pas l’amour-propre 
qui me fera parler & agir comme je vous l’annonce ici, 
mais je trouve , & je viens de l’imprimer , qu’on de¬ 
vient coupable, lorfqu’on laide impunément calomnier le 
bien qu’011 a fait , ou celui qu’on fe propofe de faire ; 
on accoutume ainli les hommes à' 11e pas croire à la 
vertu. 

Après des déclarations de ce genre , Monfîeur, je fens 
que nous ne fouîmes plus faits pour nous retrouver en- 
femble. Auifi mon deffein n’ed-il pas d’appartenir davan¬ 
tage à aucune des fociétés qui, fous vos aufpices , s’occupent 
de l’étude & de l’application de votre Découverte. Sitôt 
que j'aurai rempli la tâche qui m’eft impofée par la place 
que j’occupe dans notre aétueile Société, je me retirerai 
de fon fein j &, libre de toute difcuflion, & dégagé de 
tout efprit de parti, & vivant enfin pour la vérité , & la 
cherchant parce que j’ai befoin d’elle , parce qu’elle im¬ 
porte à mon repos , & non pas parce qu’elle peut fervir à 
ma gloire, je travaillerai en filence à opérer autant que mes 
forces me le permettront, dans les mœurs & les opinions 
humaines, l’interrefTante révolution dont je vous ai trop 
conftamment & trop inutilement entretenu. 

Adieu , Monlîeur , un moment viendra où vous ferez 
feul avec votre confcience j alors vous ferez bien à plaindre > 
Sc , fi les hommes qui fe font fi généreufement occupés de 
votre fort, pouvoient aimer la vengeance, ils feront trop 
vengés. 

i 

Vous pouvez vous difpenfer de me répondre. 


9*. . n -, 

i? 'Note. Encore une Obfervation qu une cirèonftance re¬ 
tente me met dans le cas de faire. Le Dodeur Mefmer allure, 
dans fon Libelle , que nous prétendons à tort qu’il n’a pas 
voulu rendre fa Découverte publique ; qu’il a bien défendu 
à fes Elèves , de faire imprimer fa théorie telle qu’il 1 a de- 
pofée dans les Archives de fa Société; qu’il a bien exige 
d’eux , qu’ils n’inftruifî fient qui que ce foit , fans en av oir 
obtenu une parole d’honneur, que rien ne leroit revele de 
ce qu’ils enleigneroient ,• & cela, pour prévenir les abus dont 
fa Découverte efl fufcetible ; mais qu ayant permis à tous 
indiftindement d’inftruire à leur choix les perfonnes qu ils 
trouveroient capables de pratiquer utilement le Magnetifm® 
ayant même permis d’écrire fur le Magnetifme , on ne pou- 
Voit pas dire cju’iî ait eu le deffein d’arrêter les progrès de fa 
Dodrine & de la tenir fecrette. Il faut, une fois pour toutes , 
écarter ces miférables Sophifmes. 

D’abord & en premier lieu , c’eft en défetpoir de 
caufe, c’eft fur les menaces du Comité , & d’après une 
lettre que je fis inférer dans le Journal de Paris , dans 
laquelle j’annonçai, que le deffein de notre Société etoit 
d’inftruire dans le Magnétifme, tous les Cures Si les Chi¬ 
rurgiens de Campagnes , tous les Peres & Mei.es c!e^ fa¬ 
mille qui le défïreroient, que le Dodeur Mefmer s’eft vu 
contraint d’accorder a fes Elèves , la permifïîon dinftruire, 
feus la promeffe néanmoins du fecret, quiconque leur pa- 
roîtroit propre a acquérir la connoiifance du Magneti’ me. ^ 

En fécond lieu , c’eft mal à propos , c’eft contre la vérité 
que le Docteur Mefmer foutient qu’on ne peut éviter les abus 
dont la Découverte du Magnétifme cft fulceptible , qu’en 1 #. 
propageant dans le fecret. N a-t-on donc pas plus à craindre, 
d’un enfeignement fecret confié a une multitude d individus , 
dont le plus grand nombre n’a qu’une idée très-imparfaite de 
ce qu’il doit^apprendre aux autres, que d’une révélation pu¬ 
blique , qui mettra chacun Sc fur-tout les hommes accou¬ 
tumés à réfléchir, dans le cas d appreciei la Dèf-cuvcite du 
Magnétifme ce quelle vaut , & d'en perfectionner ou d’en 
Te former la théorie oi l’application. On voit ici 1 tn.Du.ii.as 
duDodeur Mefmer, qui ne pouvant plus arrêter les progrès 
de fa Découverte , voudroit cependant faire enforte qu elle 
parut encore long-temps fecrette , pour qu il put eu ufer une 
fécondé fois , d’une manière utile a fa fortune. ^ 

- En troifiéme lieu 8 il eft faux qu’en permettant à 

Gij 


roô 

Elèves d’inftruire qui bon leur fembleroit dans la fcienre 
du Magnétifme , & même en leur permettant d’écrire furie 
Magnétifme car, en effet, par fes règlement une telle per- 
mifïïon leur eft accordée ) le Docfteur Mefmer ait fait la 
même chofe que s’il publioit fa Découverte. Il faut bien 
failli* l’efpri: des réglemens du Docteur Mefmer , régie- 
mens rédigés avec une aftme incroyable & uniquement pour 
faire retomber fur le Comité le blâme que le Docfteur Mef* 
mer avoir encouru. Par un des articles de ces réglemens, 
il eft dit que perfonne ne pourra publier la théorie écrite 
du Docfteur Mefmer , & cela n’eft pas jufte ; car on a payé 
cette théorie écrite , Sc Je Docfteur Mefmer n’en eft plus le 
propriétaire. Par un autre article placé à beaucoup de dif- 
'tance de celui-là , il eft dit qu’on pourra publier des 
Ouvrages fur le Magnétifme , à l’effet de détruire h S 
pr'jugés qui s’oppofent encore aux progrès de cette Doc- 
fine ; mais il n’eft pas dit qu’on pourra publier des Ou¬ 
vrages où la théorie Sc la pratique du Magnétifme feront 
révélées. M. d’Eprémefnil, dont on a voulu dans cette affaire 
furprendre la bonne-foi, s’étant apperçu du piège qu’avec 
un tel article on tendoit au Comité, pria le Docfteur Mefmer 
de déclarer s’il entendoit, par cet article, laiffer à chacun de fes 
Elèves, la liberté d’écrire fur la théorie Sc la pratique du 
Magnétifme; le Docfteur Mefmer, forcé de s’expliquer, fe 
vit contraint de convenir qu’il n’accordoit pas, qu’il inter- 
difoit même expreffément une telle liberté; de plus, on voit 
affez par le fecret qu’il fait exiger de chacune des perfonnes 
qu’on inftruit dans le fyftême de fes connoiffances , que fon 
intention neft certainement pas, qu’aucun de fes élèves écrive 
pour révéler ce fyftême. Après cela qu’eft-ce que la prétendue 
publicité dont on parle? Qui ne voit que le Docfteur Mefmer 
forcé de donner , voudroit toujours retenir , qu’il fe replie en 
cent façons pour échapper à fes engagemens , «Sc que fes 
réglemens n’ont été imaginés que pour enlacer fes Elèves 
dans de nouveaux liens , en paroiffant les affranchir de ceux 
qu’ils avoient trop long-temps fupportés ? 

Le Docfteur Varnier , rayé du tableau de la Faculté , pour 
avoir pratiqué le Magnétifme , Sc appellant du Décret de fa 
Compagnie , vient de fuccomber au Parlement, malgré un 
excellent Mémoire écrit par Mft Fournel pour fa défenfe , 
Mémoire auquel les Médecins n’ont pas ofé répondre. Le 
Docteur Varnier eut- il fuccombé, s’il eût été permis d’é- 


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crire librement fur le Magnétifme, comme fur PEfedticité 
par exemple , s’il n’eut pas profelfé une DoCbrine fecrette, 
ce qui eft contraire aux ftatuts de fa Compagnie (i) , fi le 
DoCteur Mefmer, fuivant l’effet de la Requête que je l’avois 
engagé à préfenter au Parlement, & fur laquelle il avoir 
obtenu qu’il feroit procédé à un nouveau Jugement de (a 
Découverte , avoit développé toutes fes id 'es, & même (i 
l’on veut toutes fes erreurs , avec franchife & noblefle eu 
préfence des Commilfaires qui lui auroient été nommés ; s’il 
eût invité tous les Savans à venir difcuter fes opinions 
avec lui, à s’occuper avec lui des nouveaux phénomènes , 
qu’il pouvoir leur montrer ; comment n’a-t-on pas conçu 
que le premier Tribunal de la Nation ne devoit pas protéger 
une Doctrine occulte 5 qu’en mettant fous la protection de 
la Loi, l’inventeur de cette Doétrine , il avoit fait tout ce 
qu’on devoit attendre de fon équité ; mais qu’il ne pouvoir 
entrer dans fes principes d’approuver ou directement ou in¬ 
directement le fecret que cet inventeur jugeoit à propos 
de garder ou de faire garder fur le fyltême de fes connoif* 
fances, 

P. S. J'apprends , dans ce moment, que le Do&eur Mefmer , tou¬ 
jours occuoé de diffamer fes bienfaiteurs, vient de faire rédiger contre 
eux à Londres , par une plume très connue , un nouveau Libelle écrit 
avec plus d’arc que le premier , 6c que M. Kormann , auquel comme 
on l’a vu , il doit plus particuliérement tout ce qu’il eft devenu, mais 
auquel il ne peut pardonner le compte qu’en fa qualité de Tréforier , 
il a.été obligé de rendre au Comité , des fommes qu’il a touchées 
pour lui, fe trouve cruellement traité dans ce Libelle. J’en attends la 
publication. Alors le temps des ménagemens fera pafTé , 6c j’efpère 
y répondre de manière ( iî toutefois il eft befoin d’y répondre ), que 
î’ôcerai pour jamais à la bande de calomniateurs 6c d’hommes vils , 
dans laquelle nous avons eu le malheur de tomber , la fantaifîe de 
nous tourmenter davantage. 


( 1 ) Il faut applaudir au courage qui a porté le Do&eur Varnier à 
faire publiquement l’aveu de rinfuffifance de fon art, 6c à cherchée 
ailleurs une antre fcienceôc d’autres reflources j mais il ne faut pas s’& 
tonner qu’il n’ait pas réulïi dans fa Défenfe. 


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