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Full text of "Psychopathia sexualis, avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle. Tr. sur la 8. éd. allemande"

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Psychopathia 
sexualis,  avec 
recherches 
spéciales  sur 


l'inversion ... 


Richard 


Krafft-Ebing 


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ÉTUDE  MÉDICO-LÉGALE 


PSVCIIOPATHIA  SEXIALIS 

AVËC  UËGUEUCUES  SPÉCIALES  SUR 

L'INVERSION  SEXUELLE 

PAR 

LE  D"  R.  VON  KRAFFT-EBING 

raonuBVK  Ds  rsToniTRis 

KT  DR  KBUIIOPATIIQUWIB  A  1L.'l-mTRIMll1<  1»  TIBXKB 
TRA-DUIT  SUR  LA  HUITIÈME   ÉDITION  ALLEMANDE 

PAn 

ÈMILE  LAURENT  ET  SIGISMOND  CSAPO 


PARIS 

GËORGËS  CARRÉ,  ÉDITEUR 

3,  RUE  RACtNE,  3 


BOSTON  MEDICAL  UBRARY 

IN  THE 

FRANCIS  A.  COUNTWAY 
UBRfWYOFMEOICINE 

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PRÉFACE 


Peu  de  personnes  se  rendent  un  coœple  exact  de  la 
puissante  influence  que  la  vie  sexuelle  exerce  sur  les 

senliineuts,  les  pensées  cl  les  uclcà  de  la  vie  iiilellectueilc 
et  sociale. 

Schiller,  dans  sa  poésie  :  Les  Sages,  reconnaît  ce  fait 
et  dit  :  «  Fendant  que  la  philosoptiie  soutient  Tédilice  du 
mondeflafaimetramouren  forment  les  rouages.  » 

Il  est  cependant  bien  surprenant  que  les  philosophes 
niaient  prêt«^  qu'une  attention  toute  secondaire  à  la  vie 
sexuelle. 

Sclioj>enhaucr,  dans  son  onvraj^e  :  ï.p  monde  comme 
volonté  et  'wiaf/'uiat'ion\  trouve  très  étrange  ce  fait  que 
Tamour  n'ait  ser^  i  jusqu'ici  de  thème  qu*aux  poètes  et 
ait  été  dédaigné  par  les  philosophes,  si  Ton  excepte  toute- 
fois quelques  études  superficielles  de  Platon,  Rousseau 
et  Kanl. 

r,c  que  Schopenhauer  et,  après  lui,  llai  lmann,  le  phi- 
lo-*)()lie  de  \ Inmmàent ^  disent  de  l'amour,  est  tellement 
erroné,  les  conclusions  qu'ils  lireut  sont  si  peu  sérieuses 
que,  en  faisant  abstraction  des  ouvrages  de  .Michclel^  et 
de  Mantegazza',  qui  sont  des  causeries  spirituelles  plutôt 
que  des  recherches  scientifiques,  on  peut  considérer  la 
psychologie  expérimentale  et  la  méta[diysique  de  la  vie 
sexuelle  coiiime  un  terrain  qui  n'a  pas  encore  été  exploré 
par  la  science. 

1.  T.  II,  p.  986  et  sulT. 

'1.  L'Amour. 

l'IujsioUnjie  de  l'amour. 


VI 


PRÉFACE 


Pour  le  moment,  on  pourrait  admettre  que  les  poMes 

soni  meilleurs  psychologues  (|uo  les  philosophes  et  les 
psyeliol'tuiH'N  (le  luéticsr;  innis  ils  sont  gens  dn  sentiment 
et  non  pas  de  raisonnemeni  ;  du  moins,  (ni  |  ininaii  leur 
reprocher  de  ne  voir  qu'un  côté  de  leur  objel.  A  force  de 
ne  contempler  que  la  lumière  et  les  chauds  rayons  de 
Tobjel  dont  ils  se  nourrissent,  ils  ne  distinguent  plus  les 
parties  ombrées.  Les  productions  de  l'art  poétique  de 
(ous  h  s  pays  el  de  toutes  les  éiuKpies  peuvent  fournir  une 
niiilière  iné|)uisal»lo  à  qui  voudrait  écrire  une  mono- 
graphie de  la  psychologie  (le  l'amour,  mnis  le  grand  pro- 
blème ne  saurait  C4re  résolu  qu'à  l'aide  des  sciences  natu- 
relles et  particulièrement  de  la  médecine  qui  étudie  la 
question  psychologique  &  sa  source  anatomique  et  pbysio- 
l(t^i({ue  el  Tenvisage  à  tous  les  points  de  vue. 

Peut-èire  lu  science  exacte  réussira-l-elle  à  trouver  le 
terme  moyen  oulvo  la  coiiceplion  dt'scspi'raiih'  des  pliilo- 
soplies  tels  que  Schopenhauer  et  Harimaau'  el  la  cou- 
ception  naïve  et  sei'eine  des  poètes. 

L'auteur  n'a  nullement  l'intention  d'apporter  des 
matériaux  pour  élever  Tédifice  d'une  psychologie  de  la 
vie  sexuelle,  bien  que  la  psycho-pathologie  puisse  à  la 
vérité  être  une  source  de  renseignements  importants 
pour  la  psychologie. 

I^e  bnl  de  ce  Iruilé  est  de  faire  connaître  les  symptômes 
psycho-pathologiques  de  la  vie  sexuelle,  de  les  ramener 
à  leur  origine  el  de  déduire  les  lois  de  leur  développe- 

1.  Voici  l'opiaion  iiliilosopbiquc  de  Ilartoiâun  sur  l'auiour  :  «  L'amour,  dil-iî 
dant  «on  volume  La  Philo$ophie  de  Flnemseient  (Beiiin,  1869,  y.  .583),  nous 
cause  plus  de  «limtriirs  <]iii'  dv  jil.u^its.  f..T  jouis?aiico  non  <'s!  illusnirp. 
La  raison  nous  orduuncrail  d'cviicr  l'auiour,  si  nous  u  élions  pas  ])ous.sô&  par 
notre  fatal  insUnet  sexuel.  Le  meilleur  parU  k  prendre  serait  done  de  se 
faire  châlrer.  l  a  nn'^iuc  npininti,  in-  in>  li  conclusion,  se  linuvr  an-si 
exprimée  dau»  l  ouvrage  Je  bchopculiauer  :  Le  Mondç  comme  Volonté  et 
Imaginûliont  t  U,  p.  586. 


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ment  et  de  leurs  causes.  Geite  lâche  esl  bien  difficile  et, 
maigre  ma  longue  expérience  d'aliônisie  et  de  médecin 
It^irisle,  je  (  oinprcnds  que  je  ne  pourrai  donner  qu'un 
liM\  ail  iucompleL 

Cette  question  a  une  haute  imporlance  :  elle  est  d'uti- 
lité publique  et  intéresse  particulièrement  la  magistra- 
ture. Il  est  donc  nécessaire  de  la  soumettre  à  un  examen 
scientifique. 

Seul  le  médecin  légiste  qui  a  élé  souvent  appelé  h 
donner  son  avis  sur  des  èlres  humains  dont  la  vie,  la 
liberté  et  l'honneur  étaient  en  jeu,  et  qui,  dans  ces 
circonstances,  a  dû,  avec  un  lit  regrel,  se  rendre  compte 
de  rinsuffisance  de  nos  connaissances  pathologiques, 
pourra  apprécier  le  mérite  et  Timportance  d*(in  essai 
dont  le  but  est  simplement  de  servir  de  guide  puui  les 
cas  incertains. 

Chaque  fois  qu'il  s'agit  de  délits  sexuels,  on  se  trouve 
en  présence  des  opinions  les  plus  erronées  et  Ton  pro- 
nonce des  verdicts  déplorables  ;  les  lois  pénales  et  Topi- 
nioii  publique  elles-mêmes  portent  l'empreinte  de  ces 
erreurs. 

Quand  on  fait  de  la  psychu-palliolDiiic  de  la  vie  sexuelle 
l'objet  d'une  élude  seienlilique,  on  se  trouve  en  présence 
d'un  des  côtés  sombTes  de  la  vie  et  de  la  misère  humaine; 
et,  dans  ces  ténèbres,  l'image  divine  créée  par  Timagi- 
nation  des  poètes,  se  change  en  un  horrible  masque. 
  cette  vue  on  serait  tenté  de  désespérer  de  la  moralité 
et  de  la  beauté  de  la  créature  faite  m  k  Timage  de  Dieu  ». 

C'est  là  le  Irislf  privîlèiîe  de  la  njédoeinf  el  Mii-foiil  de 
la  psychiàlric  d'être  obligée  de  ne  voir  que  le  revers  de  la 
vie  :  la  faiblesse  et  la  mis^re  humaines. 

Dans  sa  lourde  tâche  elle  trouve  cependant  une  conso- 


vm 


l'HKI-Ai.i: 


laUoQ  :  elle  iiioiilre  que  des  disposiltons  maladives  ont 
donné  naissance  k  tous  les  faiU  qui  pourraient  olTenser  le 
sens  moral  et  eâthéli(|ih  ;  et  il  y  a  là  de  quoi  rassurer 

les  inoralisles.  De  plus,  olle  sauve  riionnoiir  de  l'iiuma- 
nilé  tl*  \hijI  le  jii^emeiil  <!e  la  morale  A  l'IioiiiuMir  des 
iihlividiis  Iradiiils  devant  la  juslict*  «  l  1  u|>iiiion  publique. 
Knlin,  en  s'adonnanf  n  ces  reclierelics,  elle  iraeeomplil 
qu*un  devoir:  rechercher  la  vi^rilt',  but  suprême  de  toutes 
les  sciences  humaines. 

L*auteur  se  rallie  enlièremeni  aux  paroles  de  Tardieu 
(Des  (ttfeyitatit  aux  nKVKrx)  :  «  Aucune  misère  physique  ou 
morale,  aucune  plaie,  quelque  corronijjin  (pi  ollr  >uit,  ne 
doit  cliVayer  celui  qui  s  esl  voué  à  la  seienee  »ie  1  liomme, 
et  le  minislère  sacn'*  du  médecin,  en  robligcanl  ù  tout 
voir,  lui  permet  aussi  de  tout  dire.  » 

Les  pages  qui  vont  suivre,  s'adressent  aux  hommes  qui 
lienDeiil  h  faire  des  études  approfondies  sur  les  sciences 
natnrelles  ou  la  jurisprudence.  Afin  de  ne  pas  inciter 
les  piolanes  à  la  leclure  de  cel  ouvrnjue,  l'auleur  lui  a 
doufié  un  tilre  t ompréliensiltle  ^culcuieul  des  >a\iiuls, 
el  il  a  cru  devoir  se  servir  autant  que  ])ossil)le  de  termes 
techniques.  En  outre,  il  a  trouvé  bon  de  n'exprimer 
qu  en  lalin  certains  passages  qui  auraient  é\é  trop  cho- 
quants si  on  les  avait  écrits  en  langue  vulgaire. 

Pui:^se  cet  essai  ^'clairer  le  médecin  el  les  hommes  de 
loi  sur  nue  fonelion  imporlanle  de  la  vie.  I*uisse-l-il 
trouver  un  accueil  bienveillanl  et  eomider  une  laruiu 
dans  lu  lilléraiuro  scienlilique  où,  saul  quelques  îirlicles 
et  quelques  discussions  casuistiques,  on  ne  possède 
jusqu'ici  que  les  ouvrages  iiicomplels  de  Morcau  et  de 
Tornowsky. 


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ÉTUOC  MÉ0IC0-LÉ6ALE 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 

INVERSION  SEXUELLE 


LUnstioct  sexuel  comme  base  des  sentiments  éthiques.  —  L'umour  comme 
passion.  —  La  yic  sexuelle  aux  dÎTerses  époques  de  la  civilisation.  —  La 
pudeur.  —  Le  Christianisme.  —  La  monojy.iinie.  —  Lo  sitnalron  de  l;i  femme 
iliiUà  1  Islam.  —  Sensualité  cl  moralité.  —  La  vie  sexuelle  se  uiui.àii.se  avec 
les  progrès  de  la  civilisation.  —  Périodes  de  décadence  morale  dans  la  vie 
dci  peuples.  —  Le  déveltippement  des  sentiments  sexuels  chez  l'individu.  — 
t*a  puberté.  —  Sensualité  et  extase  reliisieuse.  —  Rapports  entre  la  vio 
scNut  lle  ef  la  vie  rolij^ieusr.  —  r.a  sensualité  et  l'art.  —  Ciraclère  idéaliste 
du  preaùf r  amour.  —  Le  véritaltio  omour.  —  La  sentimentalité.  —  L'unour 
platonlifue.  —  L'amonr  et  ramitié.  —  DilTérence  entre  Tamoar  de  Thomnie 
et  celui  de  la  femme.  —  Célibat.  —  Adultère.  —  Mariage.  —  Coquetterie. — 
Le  fétichisme  physiologique.  —  Fétichisme  religieux  et  érotique.  —  Les 
eberam,  las  mains,  les  pieds  de  la  femme  comme  fétiches.  —  L'œil,  les 
odeurs,  la  vois,  las  caractères  psychiques  comme  fétiches. 


La  perpétuité  de  la  race  humaine  ne  dépend  ni  du  hasard 
ni  du  caprice  des  individus  :  elle  est  garantie  par  un  îns- 
tinct  naturel  tout-puissant,  qui  demande  impérieusement  à 
être  satisfait.  Ia  satisfaction  de  ce  besoin  naturel  ne  procure 
pas  seulement  une  jouissance  des  sens  crt  une  source  de  bien- 
être  physique,  mats  aussi  une  satisfaction  plus  élevée  :  celle 
de  perpétuer  notre  existence  passagère  en  léguant  nos  qua- 
lités physiques  et  intellectuelles  à  de  nouveaux  êtres.  Avec 
mcaorAnoa  satOAUs.  i 


1 


FRAOMËJNÏS  D  Ur^Ë  PSYCHOLOGIE 


DE  LA  VIE  SEXI;ELLE 


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2 


PSYCUOPATUIA  SEXUAUS 


Tamour  physiologique,  dans  cette  poussée  de  volupté  à 
assouvir  son  instinct,  Thomme  est  au  même  niveau  que 
la  bète  ;  mais  il  peut  s'élever  à  un  degré  où  Tinstinct  naturel 

ne  lait  pliis  de  lui  un  esclave  sans  volont»^,  où  les  pas- 
sions, malgré  leur  origine  sensuelle,  font  naître  en  lui  des 
sentiments  plus  élevés  et  plus  nobles,  cl  lui  ouvrent  un 
momie  (le  sublime  beauté  morale. 

C'est  ainsi  qu'il  peut  se  placer  au-dessus  de  Tinstinct 
aveugle  et  trouver  dans  la  s<»urce  inépuisable  de  ses  sens 
un  objet  de  stimulation  pour  un  plaisir  plus  noble,  un  mobile 
qui  le  pousse  au  travail  sérieux  et  à  la  lutte  pour  l'idéal. 
Aussi  Maudsiey  '  a  très  justement  remarqué  que  le  sentiment 
sexuel  est  la  base  du  développement  des  sentiments  sociaux. 
<c  Si  on  ôtait  à  l'homme  l'instinct  de  la  procréation  et  de  tout 
ce  qui  en  résulte  intellectuellement,  on  arracherait  de  son 
existence  toute  poésie  et  peut-être  toute  idée  morale.  » 

En  tout  cas  la  vie  sexuelle  est  le  facteur  le  plus  puissant  de 
l'existence  individuelle  et  sociale,  Timpulsion  la  plus  forte 
pour  le  déploiement  des  forces,  Tacquisition  de  la  propriété, 
la  fondation  d'un  foyer,  1  inspiration  des  sentiments  altruistes 
qui  se  manifestent  d'abord  pour  une  personne  de  l'autre 
sexe,  ensuite  pour  les  enfants  et  qui  enfin  s'étendent  h  toute  la 
société  humaine.  Ainsi  toute  l'élliique  et  peut-être  on  grande 
partie  l'esthétique  et  la  religion  sont  la  résultante  du  sens 
sexuel. 

.Mais,  si  la  vie  sexuelle  peut  devenir  la  source  des  plus 
grandes  vertus  et  do  l'abnégation  complète,  sa  touto-puis- 
sauce  otlre  aussi  le  danger  de  la  faire  dégénérer  en  passion 
puissante  et  de  donner  naissance  aux  plus  grands  vices. 

L^amour,  en  tant  que  passion  déchaînée,  ressemble  à  un 
volcan  qui  brûle  tout  et  consomme  tout;  c^est  un  gouffre  qui 
ensevelit  l'honneur,  la  fortune  et  la  santé. 

An  point  de  vue  de  la  psychologie,  il  est  fort  intéressant 


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FaA4iMEMS  UVm  PSYCHOLOGIE  0£  LA  VIË  SEXUËLLE  ;r. 

de  suivre  toutes  les  phases  de  développement  que  la  vie 
sexuelle  a  traversées  aux  diverses  épotjues  de  la  civilisation 
jusqu'à  l'heure  actuelle*.  A  l'état  primitif,  la  satisfaclion  des 
besoin»?  soxuels  est  la  mAmo  pour  rhoiumc  et  pour  les 
aninuttix.  L'acte  sexuel  ne  se  dérobe  pas  au  public;  ni 
l'homme  ni  la  Icruiiu'  ii»'  so  |;rnent  pour  aller  Inut  nus*. 

On  peut  conslaler  encore  aujourd'hui  cet  étal  priniilil  chez 
beaucoup  (le  peuples  sauva«;es  tels  que  les  AusU'ulieus,  les 
Polynésiens  et  les  Malais  des  lMiiIi|(pines. 

La  femme  est  le  bien  commun  des  hommes,  la  proie  tem- 
poraire du  plus  fort,  du  ])!us  puissant.  Celui-ci  recherche  les 
plus  beaux  individus  de  l'autre  sexe  et  par  là  il  fait  instincti- 
vement une  sorte  de  sélection  de  la  race. 

La  femme  esl  une  propriété  mobilière,  une  marchandise, 
objet  de  vente,  d'échange,  de  don,'  tantôt  instrument  de 
plaisir,  tantôt  instrument  de  travail. 

Le  relèvement  moral  de  la  vie  sexuelle  commence  aus- 
sitôt que  la  pudeur  entre  dans  les  mœurs,  que  la  manifesta- 
tion et  Taccomplissemcnt  de  la  sexualité  se  cachent  devant 
la  société,  et  qu'il  y  a  plus  do  retenue  dans  les  rapports  entre 
les  deux  sexes.  G^estde  là  qa*est  venue  Thabitude  de  se  cou- 
vrir les  parties  f^énitales  —  «  ils  se  sont  aperçu  qu'ils  étaient 
,,11..  ,>  —  (.j  (le  faire  eu  >e(  rel  l'acte  sexuel. 

La  inai  elie  vers  ce  Je^^ré  de  civilisation  a  été  lavuri.sée  par 
le  froid  du  climat  (pii  fait  naître  le  besoin  de  se  couvrir  le 
corps.  Ce  <|ui  explique  en  partie  ce  fait,  résultant  des  re- 
cherches anDiropologiques,  que  la  pudeur  s  est  nianirestée 
plus  tôt  chez  les  peuples  du  Nord  que  chez  les  Méridionaux  \ 

Un  autre  résultat  du  développement  psychique  de  la  vie 

1.  Yoy.  Loiul>io5o  ;  L'Homme  crimtnd, 

3.  Voy.  Pioss  :  Doê  )Vet6.,  1884,  p.  196  et  suiv. 

■;.  Vûy.  l'nuvragc  si  inl^resnant  et  si  rlohe  en  ducuuienfs  uuthropologiquo» 
de  Weslermark  :  T/ie  hhtory  oj  human  mariage.  «  Ce  n'est  pas,  dit  Wes- 
leranark,  le  leilUiuent  de  la  ituiiour  (|ui  a  fait  naitrc  l'habitude  de  se  cou- 
vrir le  corp!«,  uiai^  c't-st  le  vôtcincnt  qui  a  inKiiiiil  !•■  sciitiiiifitt  do  la 
pudeur  .<*  L'habitude  do  se  couvrir  les  partie;»  g«-ailales  est  due  au  dcsir 

qu'ont  les  feinmei  et  les  hommes  de  te  rendre  mut^neUement  plus  ettrayants. 


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4 


Pb\<.mn'AillU  SEXUALIS 


Bexuctio,  c'est  que  la  femme  cesse  d'èire  une  propriété  mobi- 
lière. Elle  devient  une  personne,  et,  bien  que  pendant  long- 
temps encore  sa  position  sociale  soit  de  beaucoup  inférieure 
à  celle  de  Thomme,  Tidée  que  la  femme  a  le  droit  de  disposer 
de  sa  personne  et  de  ses  faveurs,  commence  à  être  adoptée 
et  §^ne  sans  cesse  du  terrain. 

Alors  la  femme  devient  l'objet  des soUicilations  de  Thomme. 
Au  sentiment  brutal  du  besoin  sexuel  s<*  joignent  dâjk  des 
sentiments  éthiques.  L'instinct  se  sj)ii  ilualise,  s'idéalise.  La. 
communauté  des  femmes  cesse  d'exister.  Les  individus  des 
deux  sexes  se  sentent  attirés  l'un  vers  l'autre  par  dos  qua- 
lités physiques  et  inlelleclucllcs,  et  seuls  deux  individus  sym- 
pathiques s'accordent  mutuellement  leurs  faveurs.  Arrivée  à 
ce  degré,  la  femme  sent  que  ses  charmes  ne  doivent  appar- 
tenir qu'à  l'homme  qu'elle  aime;  elle  a  donc  toutintérôlà 
les  cacher  aux  autres.  Ainsi,  avec  la  pudeur  apparaissent  les 
premiers  principes  de  la  chasteté  et  de  la  fidélité  conjugale, 
pendant  la  durée  du  pacte  d'amour. 

La  femme  arrive  plus  tôt  à  ce  niveau  social,  quand  les 
hommes,  abandonnant  la  vie  nomade,  se  fixent  à  un  endroit» 
créent  pour  la  femme  un  foyer,  une  demeure.  Alors,  natt  en 
même  temps  le  besoin  de  trouver  dans  l'épouse  une  com- 
|ia^tu;  pour  le  ménage,  une  mattressc  pour  la  maison. 

Parmi  les  peuples  d'Orient  les  anciens  Égyptiens,  les  Israé' 
lites  et  les  Grecs,  parmi  les  nations  de  TOccident  les  Ger- 
mains, ont  atteint  dans  l'antiquité  ce  detrré  de  civilisation. 
Aussi  Irouve-l-un  cliez  eux  l'ajipi ccialion  Je  la  virginité,  de 
la  chasteté,  de  la  pudeur  et  de  la  fidélité  conjugale,  tandis^ 
que  chez  les  autres  peuples  plus  prinutils  on  ollVait  sa  com- 
pagne à  l'iiùte  pour  qu'il  en  jouisse  cliarnellenicnt. 

La  mornlisation  de  la  vie  sexuelle  indique  déjà  un  degré 
supérieur  de  civilisation,  car  elle  s'est  produite  beaucoup 
plus  lard  que  beaur  up  d'autres  manifestations  de  notre 
développement  intellectuel.  Comme  preuve,  nous  ne  citerons 
que  les  Japonais  chez  qui  l'on  a  Tbabitude  de  n^épouser  un^ 


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FRAGMENTS  D'UNE  PSYCHOLOGIE  DE  LA  VIE  SEXUELLE 


8 


femme  qu*après  qu'elle  a.  vécu  pendant  des  années  dans  les 
maisons  de  thé  qui  là-bas  jouent  le  môme  rôle  que  les  mai- 
sons de  prostitution  européennes.  Chez  les  Japonais,  on  ne 
trouve  pas  du  tout  choquant  que  les  femmes  se  montrent 
nues.  Toute  femme  non  mariée  peut  se  prostituer  sans  perdre 
de  sa  valeur  comme  future  épouse.  Il  en  ressort  que,  che£  ce 
peuple  curieux,  la  fpmme,  dans  le  mariage,  n'est  qu'un  ins- 
trument de  plaisir,  de  procréation  et  de  travail,  mais  qu'elle 
ne  représente  aucune  valeur  élliique. 

La  moralisation  de  la  vie  sexuelle  a  reçu  son  impulsion  la 
plus  puissante  du  christianisme,  qui  a  é]evé  la  femme  au 
niveau  social  de  l'homme  et  qui  a  fransformt^  le  pacte 
cramour  entre  Thommc  et  la  femme  eu  une  institution  reli- 
gieuse et  morale'. 

Ainsi  on  a  admis  ce  fait  que  l'amour  «le  l'homme,  au 
fur  et  à  mesure  que  marche  la  civilisation,  ne  peut  avoir 

1.  Celle  «>pinion,  génémlenienl  aduplvu  et  suutcime  par  beaucoup  d'hislo- 
riens,  ne  saurail  élrc  accepléc  qu'avpc  certaines  rctrictious.  C'esl  le  Con- 
cile de  Trente  qui  a  proclaiU(';  nettement  le  caraclère  symbolique  et  sacra- 
mentel du  mariage,  quoique,  bien  avant,  l'esprit  de  la  doctrine  cbrétieiiDc 
eût  affranchi  et  relevé  la  femme  de  la  position  iolArleure  qu'elle  occupait 
dans  l'antiquité  et  dons  l'Ancien  Testament 

Cette  tardive  réhabllUstïon  de  In  femme  s'explique  eu  i>,u  tti'  par  let  tra- 
ditiuii'i  lie  II  Gcnt'se,  il".i|irrs  i.'si]iicllfs  l.i  femme,  faite  de  la  côt<'  ilt^  Thommc, 
n'était  qu'une  créature  secondaire  ;  et  par  le  péché  originel  qui  bii  a.  attira 
cette  makdictfon  :  «  Que  U.  volonté  soit  soumise  à  eeVIe  de  1*homme.  •» 
Oimiii'"  !c  piVIir  oriu'iiifl.  iluiif  t'Ancirii  T<"i)rini.  iit  rend  la  femme  responsable, 
constitue  le  foadcuicat  de  la  doctrine  de  l'£^lisc,  lu  position  sociale  de  la 
femme  a  dO  rester  inférieure  jusqu'au  moatent  oft  l'esprit  du  diristianisin 
l'a  emporli'  sur  la  tradition  et  sur  la  scholasUquc.  Un  fait  digne  de  remarqiic  ; 
les  Evaugiles,  sauf  la  défense  de  répudiation  (Matb.,  19,  9),  ne  conlicnoeul 
aucun  pait^age  en  faveur  delà  femme.  L'indulgence  envers  la  femme adultèro 
et  !a  Madeleine  repentante  ne  touche  e;i  ricti  â  In  siftnîinii  «oeiale  île  In 
femme,  i'ar  conlre,  les  lettres  d<»  saint  l'.iul  ia-sLsti  ut  pl'ur  que  ritu  ue  soit 
eluiDgf  dans  la  situaUon  sociale  de  la  femme.  <<  Lc:^  feuimeft  dit-il,  doivent 
^trc  poumisc'»  à  |e;ir«  muis:  la  femme  doit  craindre  i'bottime,  »  (£pttres 
aux  Corinthiens,  11,  u      Aux  Ephér'ieiis,  l>,  22-23) 

OeipBsaages  deTertullien  nous  montrent  (oiiibii^n  les  Pores  de  l'Eglise  iHaient 
prévenus  contre  la  race  d'Eve  :  «  Femme,  dit  Terlullteu,  lu  devrais  aller  cou- 
verte de  guenilles  cl  en  deuil;  les  yeux  devraient  être  remplis  de  larmes  : 
ta  as  perdu  le  genre  humain.  » 

Saint  Jérdme  en  veut  particulièrement  aux  femmes.  Il  dit  entre  autres  : 
■  La  femme  est  la  porto  de  Satan,  le  chemin  de  rinjustice,  l'aiguillon  du 
ecorpion  »  {De  cuUu  femina'nm,  t.  I.) 

Le  droit  canonique  déclare  :  «  Seul  l'être  masculin  est  créé  selon  l'image  de 


•  PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 

qu'un  caraft^re  monogame  et  doit  se  baser  sur  un  traité 
durable.  La  nature  peut  se  borner  à  exiger  la  perpétuité  de 
la  race;  mais  une  cbitimunaut^,  soit  famille,  soit  Klat,  ne 
peut  exister  sans  garanties  pour  la  prospérité  pliysique, 
morale  et  intellectuelle  des  enfiints  procréés.  En  faisan^  de  la 
femme  Tégale  de  Thomme,  en  instituant  le  mariage  mono* 
game  et  en  le  consolidant  par  des  liens  juridiques,  religieux 
et  moraux,  les  peuples  chrétiens  ont  acquis  une  supériorité 
matérielle  et  intellectuelle  sur  les  peuples  polygames  et  par- 
ticulièrement sur  les  partisans  de  Tlslam. 

Bien  que  Mahomet  ait  eu  Tintention  de  donner  à  la  femme 
comme  épouse  et  membre  de  la  société,  une  position  plus 
élevée  que  telle  d'esclave  et  d'instrument  de  plaisir,  elle  est 
restée,  dans  le  monde  de  l'Islam,  bien  au-dessous  de  l'homme, 
qui  îîoni  peut  denuinder  le  divorce  i  l  ijui  l  ublient  facilement. 

En  tout  cas.  l'Islam  a  exclu  la  femme  de  toute  participation 
aux  aiïaires  publiques  et,  par  lù,  il  a  empAché  son  développe- 
ment intellectuel  et  moral.  Aussi,  la  femme  musulmane  est 
restée  un  instrument  pour  satisfaire  les  sens  et  perpétuer  la 
race,  tandis  que  les  vertus  de  la  femme  chrétienne,  comme 
maîtresse  de  maison,  éducatrico  des  enfants  et  compagne  de 
riiomme,  ont  pu  se  développer  dans  toute  leur  splendeur, 
li'islam,  avec  sa  polygamie  et  sa  vie  de  sérail,  forme  un 
contraste  frappant  en  face  de  la  monogamie  et  de  la  vie  de 

Dieu  et  non  !a  fcniiuc;  voilà  iiuuiquoi  la  femme  doit  servir  rhoiiiine  et  ^tre 

sa  dou)estii|iif.  i 

Le  Coucilc  provincial  de  Maçon,  réuni  au  vi*  siècle,  diacutait  sérieusement 
la  question  de  Mvoir  si  la  femme  a  une  Ame. 

Ces  opinloQS  <Jc  TF^Iisc  niif  pn/ihiit  K-iir  i-ITet  sur  Ic-^  |ifu[ili'-  iiiii  unt 
embrassé  le  clirisliuuisiuc.  A  la  suite  île  leur  ciinversioii  au  ctiristiauisuio, 
1m  Germains  ont  réduit  ta  taxa  de  fpierre  des  femmes,  évaluation  naïve  de 

la  valeur  de  h  fcminr.  ;J.  Knlki^,  Die  rittrrliche  npsrllscliaft.  Berlin,  1863, 
p.  49.  —  Uber  die  scht'itzung  beider  Oeschlechler  bei  den  Juden  *.  Mosu^ 
27.  3-<.) 

La  polygamie,  rpronnue  légtliuic  par  l'Ancien  Te?!!  iment  Doiitrronomc, 
2i-J5),  n'est  pas  intcrdiie  par  le  Nouveau.  En  ellet,  des  souverains  ciiroUeus 
(des  rois  uitrovin^ieus,  comme  Cblotaire  Cliaribert  l*',  Pépin  I*'  ei  beau* 
coup  de  Francs  uol.fc^'!  ont  été  polygames.  A  roUe  époque,  l'Ef^lisc  n'y  trou- 
vait rien  à  redire.  (W  einUold,  Die  deutchen  Fruuen  im  mUtelaUer,  11,  p.  i;>. 
Voy.  aussi  :  Unger  :  Die  et  Touvrage  de  Louis  Brîdel  :  La  Femme  ei  lê 
Droite  Paris,  18114.) 


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PRAGHENTS  ÏÏVHË  PSYCHOLOGIE  DB  LA  VIE  SEXUELLE  7 


familltî  du  inonde  chrélieu.  Ce  contraste  se  manifcslr  aussi 
dans  la  manière  dont  les  deux  cultes  envisagent  la  vie  d'outre- 
toDibe.  Les  croyants  chrétiens  rôvent  un  paradis  exempt  de 
toute  sensualité  terrestre  et  ne  promettant  que  des  délices 
toutes  spirituelles;  Timagination  du  musulman  rêve  d*une 
existence  voluptueuse  dans  un  harem  peuplé  de  superbes 
houris. 

Ilalgré  tout  ce  que  la  religion,  l'éducation  et  les  mœurs 
peuvent  foire  pour  dompter  les  passions  sensuelles,  Thomme 
civilisé  est  toujours  exposé  au  danger  d*ètre  précipité  do  la 
hauteur  de  Famour  chaste  et  moral  dans  la  fange  de  la 
volupté  hrutale. 

Pour  se  maintenir  à  cette  hauteur^là,  il  faut  une  lutte  sans 
trêve  entre  l'instinct  et  les  bonnes  mœurs,  entre  la  sensua- 
lité et  la  moralité.  Il  n'est  donné  qu'aux  caractères  doués 
d'une  grande  force  de  voh^nté  de  s'émanciper  coniplèliMuent 
de  la  sensualité  et  de  j^Miutcr  cet  amour  pur  qui  est  la  source 
de»  plus  nobles  plaisir^  de  l'existence  humaine. 

L'humanité  est-elle  drveriue  plus  morale  au  cours  de  ces 
derniers  siècles?  Voilà  une  question  sujette  à  discussion. 
Dans  tous  les  cas  elle  est  devenue  plus  pudique,  et  cet  effet  de 
la  civilisation  qui  consiste  à  cache i  le';  besoins  sensuels  et  bru- 
taux,  est  du  moins  une  concession  faite  parle  vice  h  la  vertu . 

Ëtt  lisant  l'ouvrage  de  Scberr  (Histoire  de  la  civilisation 
aiiemande)f  chacun  recueillera  Timpression  que  nos  idées  de 
moralité  se  sont  épurées  en  comparaison  do  celles  du  moyen 
âge;  mais  il  faudra  bien  admettre  que  la  grossièreté  et  Tindé- 
cence  de  celte  époque  ont  fait  place  &  des  mœurs  plus  dé- 
centes sans  qu'il  y  ait  plus  de  moralité. 

Si  cependant  on  compare  des  époques  plus  éloignées  Tune 
de  Tautre,  on  constatera  sûrement  «juc,  malgré  des  déca* 
denccs  périodiques,  la  moralité  publique  a  fait  des  |irogrès  à 
mesure  que  lu  ns  ilisation  s'est  développée,  el  que  le  chris- 
ijunisme  a  été  un  des  moyens  les  plus  puissants  pour  amener 
la  société  sur  la  voie  des  bonnes  mœurs. 


8 


PSYCUOPATiUA  SËXUALiS 


Nous  sommes  aujourd'hui  bien  loin  de  cet  âge  où  la  vie 
sexuelle  se  manifestait  dans  Tidolàtrie  sodomile,  dans  la  vie 

populaire,  dans  la  It^gislation,  et  dans  la  pratique  du  culte 
des  anciens  Grecs,  sans  parler  du  culle  du  Phallus  et  de 
Priapc  chez  les  Athéniens  et  les  nabylonions,  ni  des  Kancha- 
nales  de  raiiiiiiuo  Rome,  ni  de  la  situation  privilégiée  que 
les  hétaïres  oui  occupée  chez  ces  peuples. 

Dans  ce  développement  lent  et  souvent  inijunceplible  de' 
îa  nioralit<^  et  des  bonnes  mœurs,  il  y  a  (juclqucfois  des 
secousses  et  des  fluctuations,  de  môme  que  dans  Texislence 
individuelle  la  vie  sexuelle  a  son  flux  ol  son  reflux. 

Dans  la  vie  des  peuples  les  périodes  de  décadence  morale 
coïncident  toujours  avec  les  époques  de  mollesse  et  de  luxe. 
Ces  phénomènes  ne  peuvent  se  produire  que  lorsqu*on 
demande  trop  au  système  nerveux  qui  doit  satisfaire  à  l'excé- 
dent des  besoins.  Plus  la  nervosité  augmente,  plus  la  sensua- 
lité s'accroît,  poussant  les  masses  populaires  aux  excès  et  à 
la  débauche,  détruisant  les  bases  de  la  société  :  la  moralité 
et  la  pureté  de  la  vie  de  famille.  Et  quand  la  débauche,  l'adul- 
tère et  le  luxe  ont  rongé  ces  bases,  Técroulement  de  l'Etat, 
la  ruine  politique  et  morale  devient  inévitable.  L'exemple 
de  Rome,  de  la  Grt'ce,  do  la  France  sous  Louis  XIV  el 
Louis  XV,  peuvent  nous  servir  de  leçons*.  Dans  ces  périodes 
de  décadence  politique  el  morale  on  a  vu  des  aberrations 
monslnieuses  de  la  vie  sexuelle,  mais  ces  aberrations  ont  pu, 
du  moins  fil  partie,  ôtre  nllriluiées  k  l'état  névropalholo- 
gique  ou  psychopatholo2i(jiic  de  la  population. 

11  ressort  de  l'histoire  de  iiabylone,  de  Minive,  de  Rome, 
de  même  que  de  celle  des  capitales  modernes, que  les  grandes 
villes  sont  des  foyers  do  nervosité  et  de  sensualité  dégénérée. 
A  ce  propos  il  faut  rappeler  que,  d après  Touvragc  de  Ploss, 
les  aberrations  du  sens  génésique  ne  se  produisent  pas  chez 
les  peuples  barbares  ou  semi-barbares,  si  Ton  véut  excepter 

1.  \oy.bricd\^deriSUlengeschichle  Roms;  Wieômeitlef.CjraarenufahntiHH; 
Suétone;  Ifoieatt  :  Det  aberraiioiu  du  tem  ginéti^t. 


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FRAGMENTS  IVUNB  PSYCHOLOGIE  DE  LA  VIE  SEXUELLE  9 


]os  Aïeules  et  la  masturbation  des  femmes  orientales  et 

hottentotos*. 

L'étude  de  lu  vie  sexuelle  de  1  individu  doit  commencer 
au  moment  du  développement  de  la  puberté  et  le  suivre 
à  travers  toutes  ses  phases,  jusqu'à  l'extinction  du  sens 
sexuel. 

Mantegazza,  dans  son  livre  :  Physiologie  de  t Amour,  fait 
une  belle  description  de  la  langueur  et  des  désirs  qui  se  mani- 
lestent  à  Févcil  de  la  vie  sexuelle,  de  ces  pressentiments,  de 
ces  sentiments  vagues  dont  l'origine  remonte  h  une  époque 
bien  antérieure  au  développement  de  la  puberté.  Cette  période 
est  peut-être  la  plus  importante  au  point  de  vue  psycholo- 
gique.  Le  nombre  de  nouvelles  idées  et  de  nouveaux  senti- 
ments qu'elle  fuit  uailrc  nous  permet  déjà  de  juger  de  l'im- 
portance que  rélf^meut  sexuel  exerce  sur  la  vie  psychique. 

Ces  désirs  d'aboi  1  obscurs  ef  iueonipns, naissent  de  sensa- 
tions que  des  organes  i(ui  vif  imenl  (!e  se  développer  ont 
éveillée?:  ils  produisent  l'n  même  temps  une  vive  agitation 
dans  le  monde  des  sentiments. 

La  réaction  psycliologique  de  la  vit»  sexuelle  se  manifeste 
dans  la  période  de  la  puberté  par  des  phénomènes  multiples, 
mais  tous  mettent  Tàme  dans  un  état  passionnel  et  tous  éveil- 
lent le  désir  ardent  d'exprimer  sous  une  forme  quelconque 
cet  état  d*ftme  étrange,  de  l'objectiver  pour  ainsi  dire. 

La  poésie  et  la  religion  s'offrent  d'elles-mêmes  pour  satis- 
faire ce  besoin;  elles  reçoivent  un  stimulant  de  la  vie  sexuelle 
elle-même,  lorsque  la  période  de  développement  du  sens 
génésique  est  passée  et  que  les  désirs  incompris  et  obscurs 
sont  précisés.  Qu'on  songe  combien  fréquente  est  l'extase 
religieuse  à  Tâge  de  la  puberté,  combien  de  fois  des  tentations 
sexuelles  se  sont  produites  dans  la  vie  des  Saints  '  et  en  quelles 

1.  Celle  asscriion  est  en  contradiction  avec  les  conslalation!;  de  I.ombroso 
el  de  Friedreicb.  Ce  dernier,  notamment,  prétend  que  la  pédérastie  est  très 
fréquente  chei  les  lauvages  de  l'AiDérique.  {ttdb.  der  G^ichMrztt.  Praxis, 

iSKt,  I,  p.  271  ) 

i.  Cousulter  Friedreicb,  qui  a  cité  de  nombreux  exemples.  Ainsi  la  nonne 


10 


PSÏCUOPÀTUIA  SEXUAUS 


scènes  répugnantes,  en  quelles  orgies  ont  dégénéré  les  fêtes 

religieuses  de  rantiquilé,  de  môinc  que  les  meetings  de  cer- 
taines secles  modeinoSjSans  parler  du  mysticisme  voluptueux 
qui  se  trouve  dans  les  cultes  des  peuples  dv  Tantiquild- 

Par  conli  e,  nous  voyons  ^,oiivent  la  volupté  non  satisfaite 
chercher  et  trouver  une  cdntpensalion  dans  Textase  reli- 
gieuse 

La  connexité  entre  le  sen«i  sexuel  et  religieux  se  montre 
aussi  dans  le  domaine  psychopalhoiogi({ue.  U  suTlit  de  rap- 
peler à  ce  propos  la  puissante  sensualité  que  manifestent 
beaucoup  d'individus  atteints  de  monomanie  religieuse;  la 
confusion  bizarre  du  délire  religieux  et  sexuel,  comme  on  le 
constate  si  souvent  dans  les  psychoses,  par  exemple  chex 
les  femmes  maniaques  qui  s'imaginent  être  la  mère  de  Dieu, 
mais  surtout  dans  les  psychoses  produites  par  la  masturba- 
tion; enGn  les  flagellations  cruelles  et  voluptueuses,  les  mu- 
tilations, les  castrations  et  même  le  crucifiement,  tous  actes 
inspirés  par  un  sentiment  maladif  d'origine  religieuse  et  gé- 
nitale en  même  temps. 

Quand  on  veut  expliquer  les  corr«îlations  psychologiques 
qui  existent  entre  la  religion  et  l'amour,  on  se  heurte  à  de 
grandes  ditlicuUés.  Pourtant  les  analogies  ne  manquent  pas. 

Blankebin  était  sans  cesse  toiirnienti'i'  par  la  pn'nri*iipntion  «le  savoir  ce 
<|u'a  pu  (ievenir  la  partie  du  curps  du  Ciirisl  qu'on  a  enlevée  lors  de  la  ctr- 
concision. 

Vcrontn  .Inliani,  béafifit  f  parle  pape  Pic  II,  a,  par  véiiérntion  pour  l'Agneau 
colesU'.  lU  KS  uii  agnoau  vrritalde  dans  son  lit,  l'a  couvert  de  baisers  et  l'a 
laissi^  tôtor  &  »c%  uxamcWe»,  qui  donnaient  qiioli|ue8  gouttelettes  de  lait. 

Sainte  Catherine  do  Gi^ncs  souffrait  souvent  d'une  telle  cbflhnjr  intLiienre 
que  pour  l  apuiser  elle  se  OMichait  par  terre  et  criait  :  *<  Aiuour,  amuur,  je 
n'en  peux  plus  i  Ile  avait  une  afTection  i»arlicullère  pour  son  père  confet- 
seur.  Un  j  mr  die  porta  à  son  nés  la  main  du  confesseur  et  elle  sentit  un 
parfum  qui  lui  pénétra  au  cœur.  «  parfum  céleste,  dont  leé  charmes  pour- 
raient Il  vriller  les  nxu'ls  >.. 

Sainte  Arinellc  et  faintc  £lisal>elli  étaient  tourmentéei  d'une  pasiiou  ana- 
logue pour  l'eofhnt  Jésus.  On  connatt  les  tentations  de  saint  Antoine  de 
P.dlniic  \ih:s  citoii?  encore  romnie  trr?  caractérisliquo  celte  prière  trouvt'e 
dans  un  très  ancien  missel  :  «  Oh  !  puissè-je  l'avoir  trouvé,  très  charmant 
Kmanitel,  pùissé-je  t'aroir  dans  mon  Ut  t  Combien  mon  Ame  et  mon  corps 
l'en  ri'jduiraient î  Viens,  rentre  i-lir/  mui,  in''ii  ruMir  m  r.i  i;i  tliambre!» 

1.  Consulter  Friedreich  :  DiagnosUk  der  psych.  KrankheUen,  p.  247,  et 
Neumann  :  Lthrh,  der  Ptychiairie^  p.  60. 


FRAGMENTS  D'UNE  PSYCHOLOGIE  DE  LA  VIE  SEXUELLE  H 


Le  sons  sexuel  et  le  sens  religieux,  envisagés  au  point  de 
vue  psychologique,  se  composent  i'un  et  l'autre  de  deux 
éléments. 

La  notion  la  plus  priniitiv(Mlo  la  roli{:;ion.  c'est  le  senti- 
ment de  la  dépendance,  fait  constaté  par  Schleiermacher  bien 
avant  que  les  sciences  nouvelles  de  ranlhropolop:îe  et  de 
l'ethnographie  aient  aboiiliau  même  résultat  par  Tobservatioii 
de  Fétat  primitif.  Chez  Thomme  seul,  arrivé  à  un  niveau  de 
civilisation  plus  élevé,  le  deuxième  élément  qui  est  vraiment 
éthique,  c'est-à-dire  Tamour  de  la  divinité,  entre  dans  le 
sentiment  religieux.  Aux  mauvais  démons  des  peuples  primi- 
tifs succèdent  les  êtres  à  deux  faces,  tantôt  bons,  tantôt  irrités, 
qui  peuplent  les  mylhologies  plus  compliquées;  enfin  on  ar- 
rive &  Fadoration  du  Dieu  souverainement  bon,  distributeur 
du  salut  éternel,  que  ce  salut  soit  la  prospérité  terrestre  pro- 
mise par  Jehova,  ou  les  délices  du  paradis  de  Mahomet,  ou 
la  béatitude  éternelle  du  ciel  des  ciiréliens,  ou  le  Nirvana 
espt'ré  par  1.  Houddiu^h'^. 

Pour  le  sens  soxiicl,  c'e^t  l  aniour,  Tespoir  d'uno  tV-licité 
sans  bornes,  qui  est  rélt'mt'nt  primaire.  Km  second  lieu  appa- 
raît le  st'nlmient  de  la  dépcmlMiicc.  Ci'  sentiment  existe  en 
germe  clie/.  les  detix  Mres;  pourtunl  il  est  plus  df^veloppé 
chez  ia  iemme,  étant  donnés  la  position  sociale  »ie  celte  der- 
nière et  son  rôle  passif  dans  la  procréation;  par  exception,  il 
peut  prévaloir  chez  des  hommes  dont  le  caractère  psychique 
tend  vers  le  féminisme. 

Dans  le  domaine  religieux  aussi  bien  que  dans  le  domaine 
sexuel,  Tamour  est  mystique  et  transcendantal.Dans  Tamour 
sexuel,  on  n*a  pas  conscience  du  vrai  but  de  Tinstinct,  la 
propagation  de  la  race,  et  la  force  de  Timpulsion  est  si  puis- 
Mte  qu*on  ne  saurait  Texpliquer  par  une  connaissance  nette 
de  la  satisfaction.  Dans  le  domaine  religieux  le  bonheur 
désiré  et  Tètre  aimé  sont  d'une  nature  telle  qu'on  ne  peut  pas 
en  avoir  une  conception  empirique.  Ces  deux  états  d'âme 
ouvrent  donc  à  Timaginalion  le  champ  le  plus  vaste.  Tous 


Ù  PSYCHOPATUIA  SEXUALIS 

les  àeax  ont  un  objet  illimité  :  le  bonheur,  tel  que  le  mirage 

de  rinslinct  sexuel  le  présente,  parait  incomparable  et  in- 
commensurable il  cAt(^  de  toutes  les  autres  sensations  de 
plaisir;  on  peut  en  «liio  aulaiiides  félicilos  promises  par  la 
foi  religieuse  et  qu'on  se  représente  comme  iulinics  en  temps 
cl  en  qualii(^. 

L'infini  élani  commun  aux  deux  élats  d'âni*-  que  nous 
venons  de  dt^criro,  il  s'ensuit  que  ces  deux  sentiments  se 
développent  avec  une  puissance  irrésistible  et  renversent 
tous  les  obstacles  qui  s*opposent  à  leur  manifestation.  Leur 
similitude  en  ce  qui  concerne  la  nature  inconcevable  de  leur 
objet,  fait  que  ces  deux  états  d'âme  sont  susceptibles  de  passer 
à  l'état  d'une  vague  extase  où  la  vivacité  du  sentiment  l'em- 
porte sur  la  netteté  et  la  stabilité  des  idées.  Dans  ce  délire 
l'espoir  d'un  bonheur  inconcevable  ainsi  que  le  besoin  d'une 
soumission  illimitée  jouent  un  rôle  également  important. 

Les  points  communs  qui  existent  entre  les  deux  extases, 
points  que  nous  venons  d'établir,  expliquent  comment,  lors- 
qu'elles sont  poussées  à  un  degré  très  élevé,  l'une  peut  être 
la  conséquence  de  l'autre,  ou  bien  Tune  et  l'autre  peuvent 
surgir  en  m(>me  temps,  car  toute  (5molion  forte  d'une  fibre 
vivante  de  J'ùmc  peut  exciter  les  autres.  La  sensation  (jui 
agit  d'une  manière  continuelle  et  éîfale  ^'voque  tantôt  l'une, 
tantôt  l'autre  de  ces  d<  u\  s|d)ères  ima^inatives.  Ces  deux 
étals  d  iuue  peuvent  aussi  dégénérer  eu  un  penchant  à  la 
cruauté  active  ou  passive. 

Dans  la  vie  religieus(>  col  état  entendre  le  besoin  d'offrir 
des  sacrifices.  On  oflre  un  holocauste  d'abord  parce  qu'on 
croit  qu'il  sera  apprécié  matériellement  par  la  divinité,  ensuite 
pour  l'honorer  et  lui  rendre  hommage,  comme  tribut  ;  cniin 
parce  qu'on  croit  expier  par  ce  moyen  le  péché  ou  la  faute 
qu'on  a  commise  envers  la  divinité,  et  acquérir  la  félicité. 

Si,  comme  cela  arrive  dans  toutes  les  religions,  le  sacrifice 
consiste  dans  la  torture  de  soi-même,  il  est,  chez  les  natures 
religieuses  très  sensibles,  non  seulement  un  symbole  de  sou- 


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FBAGUËNTS  D  UNE  PSYCUOLOGIE  DE  LA  VIE  SEXUELLE  13 


mission  et  le  prix  d'un  bonheur  futur  achclé  par  les  peines  du 
moment,  mais  c'est  aussi  une  joie  réelle,  parce  que  tout  ce 
qu'on  croît  venir  de  la  divinité  chérie,  tout  ce  qui  se  fait  par 
sou  commandement  ou  en  son  honneur,  doit  remplir  l'âme  de 
plaisir.  L'ardeur  it'Ii {pieuse  devient  alors  l'extase,  é\R\  «lans 
lequel  l'intellect  est  Iclleinont  préoccupé  des  sensations  A  des 
jouissances  psyi  Innut  s  ijuc  la  notion  de  la  torture  subie  peut 
exister  sans  la  sensation  de  la  douleur. 

L'exaltation  du  d(^lire  religieux  peut  amener  à  trouver  de 
la  joie  dans  le  sacrifice  des  autres,  si  la  nolion  du  bonheur 
religieux  csL  plus  forte  que  la  pitié  que  nous  inspire  la  dou- 
leur d'iuifriii.  Des  phénomènes  analogies  peuvent  se  pro- 
duire dans  le  domaine  de  la  vie  sexuelle  ainsi  que  le  prouvent 
le  Sadisme  et  particulièrement  le  Masochisme. 

Ainsi  Taifinité  souvent  constatée  entre  la  religion,  la 
volupté  et  la  cruauté  S  peut  se  résumer  par  la  formule  sui- 
vante :  le  sens  religieux  et  le  sens  sexuel,  arrivés  au  maxi- 
mum de  leur  développement,  présentent  des  similitijides  en 
ce  qui  concerne  le  quantum  et  la  nature  de  Texcitation;  ils 
peuvent  donc  se  substituer  dans  certaines  conditions.  Tons 
deux  peuvent  dégénérer  en  cruauté,  si  les  conditions  patho- 
logiques nécessaires  existent. 

Le  facteur  sexuel  exerce  aussi  une  (ïraiule  intluciice  sur  le 
développeinciil  du  sens  esthéliqiif.  (Jiic  srraifnl  les  beaux- 
arts  et  la  [iocmc  sans  l  élément  .sexuel!  C'esl  l'amour  sensuel 
qui  donne  c(ïttc  chaleur  d'imagination  sans  Ia(juolle  il  nV  a 
pa??  de  vériiaLle  œuvre  d'arl;  f  'rsl  h  la  flamme  des  senlinieuts 
sensuels  que  Tart  puise  son  iii  ùlaul  eulliousiusme.  On  coni- 
|»rend  alors  pourquoi  les  grands  poètes  et  les  grands  artistes 
sont  des  natures  sensuelles.  Le  monde  de  l'idéal  s'ouvre 

1.  Cette  trinilé  tronre  mo  expression  non  senleiuent  dans  les  phénomènes 

.Je  I.'i  vie  r.'plk".  tels  qu'ils  vioniiont  ir'tre  tlrrrit-;,  mais  anssi  dans  la  littc- 
Tdture  diîvote  et  in*'me  dans  les  bcaux-arl»  des  périodes  iic  décadence.  Sous 
ce  rapport,  ou  peut  rappeler  la  triste  eélébriti  du  groupe  de  sainte  Thérèse 
de  Berniiii,  |  il  >  d'un  évaDouissemrnt  liyst^riquc,  s'aiïais^o  sur  une 

blAnche  nuée,  laudi»  qu'un  ange  amoureux  lui  lance  dans  le  cœur  la  flèche 
de  ramour  divin  (LSbke). 


14 


PSYCHÛPATUiA  SËXLALIS 


quand  le  sens  sexuel  fait  son  apparition.  Celui  qui,  à  cette 
période  do  la  vie,  n*a  pu  s'enflammer  pour  le  beau,  le 
noble  et  le  grand,  restera  un  philistin  toute  sa  vie.  Même 
ceux  ([ui  ne  sont  point  des  poètes  se  mettent  à  faire  des  vers. 

Au  moment  du  dévoloppemont  de  la  pubertc,  i^uand  la  réac- 
tion pliysiolojriqiic  commence  à  se  produire,  les  lanj^ueurs 
Vii^iit's,  jtai  liculirres  îi  celle  période,  se  manifeslenl  par  des 
lemlaiict's  au  ^i'nliriionln!i>iii('  outré  et  a  la  uiorliliculiuu  ipii 
se  d('\ t'IoppL'iil  j(i>([iran  t;i'(Hum  vilcp;  souvent  il  s'y  j*»int  h» 
désir  lie  causer  de  la  duulfur  à  aiilrui,  <  <•  qui  ollVe  une  ana- 
logie vague  avec  le  phénouu  nc  delà  conucxîté  psychologique 
qui  existe  entre  la  volupté  et  la  cruauté. 

L'amour  de  la  première  j'Miin'ssea  un  caraclèrc  romanesque 
et  idéaliste.  11  glorifie  l'objet  aimé  jusqu'à  l'apothéose.  A  ses 
débuts  il  est  platonique  et  préfère  les  rires  de  la  poésie  et 
de  rhistoire.  Avec  Févcil  de  la  sensualité,  cet  amour  court 
risque  de  reporter  son  pouvoir  d'idéalisation  sur  des  personnes 
de  Tautre  sexe  qui,  au  point  de  vue  physique,  intellectuel  et 
social,  sont  bien  loin  d*èti*e  remarquables.  Il  peut  en  résulter 
des  mésalliances,  des  faux  pas,  toute  Vhistoire  tragique  de 
lamour  passionné  qui  se  met  en  conflit  avec  les  principes 
moraux  et  sociaux  et  qui  parfois  trouve  une  solution  sinistre 
dans  le  suicide  ou  le  double  suicide. 

L'amour  trop  sensuel  ne  peut  jamais  élre  ni  durable  ni 
vraiiMcul  jirol'und.  Voilà  pourquoi  le  |»remier  amour  est 
toujours  très  passager:  il  n'est  que  le  llambuiement  subit 
d  une  passion,  ua  leu  de  paille. 

Il  n'y  a  de  véritable  amour  que  celui  (^ui  se  l)a<;c  sur  la  con- 
naissance des  qualilés  morales  de  la  jn-rsonne  aimée,  qui 
n'espère  pas  seulement  des  jouissances,  mais  qui  est  prêt  à 
supporter  des  soutVranccs  pour  l'être  aimé  et  à  faire  tous  les 
sacrifices.  L'amour  de  Tbomme  doué  d'une  grande  force  de 
caractère  ne  recule  devant  aucune  difficulté  ni  aucun  danger 
quand  il  s'agit  d'arriver  à  la  possession  de  la  femme  adorée  et 
de  la  conserver.  Il  engendre  les  actes  d'héroïsme,  le  mépris 


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FHAGMENTS  DL.NC  PSYCHOLOGIE  DE  LA  VIE  SEXLLLLL 

de  la  mort.  Mais  un  tel  amour  court  risque,  dans  certaines 
circonslancos,  de  pousser  au  crime,  suiiout  s'il  n*y  a  pas  un 
fonds  solide  de  moralité.  Un  des  vilains  côtés  de  cet  amour 
est  la  jalousie.  L*amour  de  Fhomme  faible  est  sentimental; 
il  peut  conduire  au  suicide  s*il  n*Gst  pas  payé  de  retour  ou 
s*il  se  heurte  à  des  difficultés,  tandis  que,  dans  des  conditions 
analogues,  Thomme  fort  peut  devenir  un  criminel.  Uamour 
sentimental  risque  souvent  de  dégénérer  en  caricature,  sur- 
tout quand  Félément  sensuel  n'est  pas  assez  fort.  Qu'on  se 
rappelle,  à  ce  propos,  les  chevaliers  To^^eiihuiir- ,  1rs  Don 
Quichotte,  beaucoup  de  ménestrels  et  de  trouvères  du  luoyen 
âge. 

Cet  amour  a  un  caractère  fadasse,  doucereux  :  par  là  mi^ine 
il  |KMit  devenir  ridicule  :  lundis  (|U('.  dans  d'autres  ca«5.  les 
iiiiinifestations  <le  ce  sentiment  jiuissant  du  cœur  liumain 
évoquent  ou  la  compassion,  oui'esliiue,  ou  l'horreur. 

Souvent  cet  amour  faible  se  porte  sur  d'autres  objets  :  en 
poésie  il  produit  des  poèmes  insipides,  en  esthétique  il  mène 
à  Toutrancisme,  en  religion  au  mysticisme,  à  l'extase,  et 
m6me,  quand  il  y  a  un  fond  sensuel  plus  fort,  aux  idées  sec- 
taires et  à  la  folie  religieuse.  Il  y  a  quelque  chose  de  tout 
cela  dans  Tamour  non  mûri  de  la  puberté. 

Les  vers  et  les  rimes,  à  cette  période,  ne  supportent  pas 
la  lecture,  à  moins  qu'ils  n'aient  pour  auteurs  des  poètes  de 
vocation. 

Malgré  toute  Téthique  dont  l'amour  a  besoin  pour  s'élever 

à  sa  vraie  et  pure  expression,  sa  plus  profonde  racine  est 
pourlaiil  kl  sensualité. 

L'amour  platonique  est  une  absunlil»'.  une  duperie  de  soi- 
m(^me.  une  fausse  interprc'lalioii  il  ini  si'iiliiucut. 

Quand  l'amonra  pour  cause  le  drsir  sexuel,  il  uv  j)cu(  se 
comprendre  (ju'entrc  iii  livuliis  de  srxc  (iiHf'rt'nt  cl  capables 
de  rapports  sexuels.  Si  ces  conditions  manquent  ou  si  elles 
disparaissent,  l'amour  est  remplacé  par  l'amitié. 

Il  est  à  remarquer  le  rôle  important  que  jouent  les  fonc- 


16  PSÏCilOPÂTHlA  SEXUALIS 

tions  sexuellcB  dans  le  développement  et  Ja  conservation  de 
la  confiance  de  Thomme  en  lui-même.  On  s'en  rend  compte 
quand  on  voit  l'onaniste  aux  nerfs  affaiblis  et  Thomme  de- 
venu impuissant  perdre  leur  caractère  viril  et  la  confiance  en 
leur  propre  valeur. 

M.  Gyurkovectiky  {Mànnl.  Jmpoienx,  Vienne,  1889)  fût 
justement  remarquer  que  les  vieillards  et  les  jeunes  gens  dif- 
fèrent psychiquemont  surlout  par  iour  dogré  de  puissance 
génitale,  car  l'impuissance  porte  une  grave  atteinte  à  la 
gaietd,  à  la  vie  inleUecluoIIe,  à  l'énergie  et  au  courage.  Plus 
l'homme  (jui  a  perdu  sa  puissance  génitale  est  jeune  et  plus  il 
était  porté  aux  choses  sensuelles,  plus  celle  atleinteest  grave. 

Une  perte  subite  de  la  puissance  génitale  peut,  dans  ces 
conditions,  produire  une  grave  mélancolie  et  pousser  même 
au  suicide;  car,  pour  de  pareilles  natures,  la  vie  sans  amour 
est  insupportable.  Mais,  môme  dans  ces  cas  où  la  réaction 
n'est  pas  aussi  violente,  celui  qui  en  est  atteint  devient  mo- 
rose, envieux,  égoïste,  jaloux,  misanthrope;  l'énergie  et  le 
sentiment  d'honneur  s'affaiblissent  ;  il  devient  même  Uche. 

On  peut  constater  les  mêmes  phénomènes  chex  les  Skopzys 
de  Russie,  qui,  après  s'être  émasculés,  perdent  leur  carac- 
tère viril. 

La  perte  de  la  virilité  se  manifeste  d'une  manière  bien  plus 
frappante  encore  chez  certains  individus,  chez  qui  elle  pro- 
duit une  véritable  effémination. 

Au  point  de  vue  p.sychologique,  la  femme,  à  la  fin  de  sa 
vie  sexuelle,  après  la  ménopause,  tout  en  étant  moins  boule- 
versée, présente  néanmoins  im  changement  assez  notable. 
Si  la  vie  sexuelle  qu'elle  vieiil  de  traverser  a  été  heureuse,  si 
des  entants  sont  venus  réjouir  le  cœur  de  la  mère  au  seuil  de 
la  vieillesse,  le  changement  de  son  individualité  biologique 
échappe  À  son  attention.  La  situation  est  tout  autre  quand  la 
stérilité  ou  une  abstinence  imposée  par  des  conditions  parti- 
culières ont  empêché  la. femme  de  goûter  les  joies  de  la  ma* 
ternité. 


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J 


FRAGMENTS  D  UNB  PSYCHOLOGIE  DE  LK  VIG  SEXUELLE  il 


Ces  faits  meltont  bien  en  rclicfiadiiîërenccqiti  cxislc  enlre 
la  psychologie  sexuelle  de  Thomme  et  celle  de  la  femme, 
entre  leurs  sentiments  et  leurs  désirs  sexuels. 

Chez  rhomme,  sans  doute,  l'instinct  sexuel  est  plus  vif 
que  chez  la  femme.  Sous  le  coup  d*une  forte  poussée  de  la 
nature,  il  désire,  quand  il  arrive  à  un  certain  âge,  la  posses- 
sion de  la  femme.  Il  aime  sensuellement,  et  son  choix  est 
déterminé  par  des  qualités  ph}  slques.  Poussé  par  un  instinct 
puissant,  il  devient  agressif  et  violent  dans  sa  recherche  de 
I*amour*  Pourtant,  ce  besoin  de  la  nature  ne  remplit  pas  foute 
son  existence  psychiqno.  Son  désir  satisfait,  Tamour,  chez 
lui.  lait  lefiiporairemciil  pl.u c  aux  intérêts  vitaux  et  sociaux. 

Tel  n'est  pas  le  cas  de  la  femme.  Si  son  esprit  est  normale- 
mont  »lt'Volopp(^,  si  ollo  est  bien  ('Icnm'^c.  son  sens  spxuoI  est 
peu  intenso.  S'il  en  élait  aiilicnu-nl.  le  inumli' entier  n(»  soruit 
qu'un  vaste  bordel  où  le  mariage  et  la  famille  seraient  iinj»):-- 
sibles.  Dans  tous  les  cas,  riionime  qui  a  horreur  de  la  lemme 
elia  femme  qui  court  après  les  plaisirs  sexuels  sont  des  phé- 
nomènes anormaux. 

La  femme  se  fait  prier  poiu*  accorder  ses  faveurs.  £lle 
garde  une  attitude  passive.  Ce  rôle  s'impose  à  elle  autant  par 
l'organisation  sexuelle  qui  lui  est  particulière  que  par  les 
exigences  dea  bonnes  mœurs. 

Toutefois,  chez  la  femme,  le  c6té  sexuel  a  plus  d'Impor- 
tance que  chez  Thomme.  Le  besoin  d'aimer  est  plus  fort  chez 
elle;  il  est  continu  et  non  pas  épisodique;  mais  cet  amour  est 
plutôt  psychique  que  sensuel. 

L*homme,  en  aimant,  ne  voit  d'abord  que  Tètre  féminin; 
ce  n'est  qu'en  second  lieu  qu'il  aime  la  mère  de  ses  enfants; 
dans  riinu^ination  de  la  femme,  au  contraire,  c'est  le  père  de 
son  eiiiaiilqiii  tient  lepremier  rang;  l'iionime,  comme  époux, 
ne  vient  ju  après.  Dans  le  choix  d'un  époux,  la  femme  est 
dél(  I niiiii  e  plutôt  par  les  qualités  intellectuelles  que  par  les 
qualités  physiques.  Après  être  devenue  mère,  elle  partage 
son  amour  entre  l'enfant  et  l'époux.  Devaiil  l'amour  matcrnei. 


18  PSYGUOPATHIA  SEXIÎALIS 

la  sensualité  s'éclipse.  Aussi,  dans  les  rapports  conjugaux 
qui  suivent  sa  maternité»  la  femme  voit  plutôt  une  marque 
d'affection  de  l'époux  qu'une  satisfaction  des  sens. 

La  femme  aime  de  toute  son  &me.  Pour  la  femme,  Tamour 
c*est  la  vie;  pour  Thomme,  c*cst  le  plaisir  de  la  vie.  L*amour 
malheureux  blesse  Thomme;  pour  la  femme,  c*e8t  la  mort  ou 
au  moins  la  perte  du  bonheur  de  la  vie.  Une  thèse  psycholo* 
gique  digne  d'être  étudiée,  ce  serait  de  savoir  sî  une  femme 
peut,  dans  son  existence,  aimer  deux  fois  d'un  amour  sincère 
et  profond.  Dans  tous  les  cas,  la  tctiimc  r<l  plutôt  muaogaaic, 
tandis  (juc  l'Iiommo  penche  vers  la  polygamie. 

puis^^aiicc  (les  (hmrs  scnucIs  coiislilnc  lu  faiblesse  de 
riiummc  \  is-à-vis  de  la  rcumiL*.  Il  di'pciid  d'autant  plus  de  la 
femme  qu'il  esit  jdii>  faible  et  plus  sensuel.  Sa  sensualité 
s'accroît  avec  son  nervosisme.  Ainsi  s'explique  ce  fait  que, 
dans  les  périodes  d'amollissement  et  de  plaisirs,  la  sensualité 
s'accroît  d'une  façon  formidable.  Mais  alors  la  société  court 
le  danger  de  voir  l'État  gouverné  par  des  femmes  et  entraîné 
à  une  ruine  complète  (le  règne  des  maîtresses  à  la  cour  de 
Louis  XIV  et  Louis  XY  ;  les  hétaïres  de  la  Grèce  dans  Tanti- 
quité).  La  biographie  de  bien  des  hommes  d*État  anciens  et 
modernes  nous  montre  qu'ils  étaient  esclaves  des  femmes 
par  suite  de  leur  grande  sensualité,  sensualité  due  à  leur 
constitution  névropalhique. 

L'Église  catholique  a  fait  preuve  d'une  subtile  connaissance 
de  la  psychologie  humaine,  en  astK  i^iiant  ses  prêtres  à  la 
chasteté  et  au  célibat  ;  elle  a  vuulu,  par  ce  moyen,  les  éman- 
cijuu"  de  lii  sensualité  pour  qu'ils  puissent  su  cousacn»r  entiè- 
reiut'iit  à  li'ur  mission. 

MalheuiL'Usfuicul  le  prêtre  qui  vit  dans  le  célibat  est  privé 
de  cet  ellet  ennoblissant  que  l  aniour  et,  par  suite,  le  ma- 
ria^e,  produisent  sur  le  (lé\ rloppemcul  du  caractère. 

Comme  la  nature  a  attribue  ù  1  homme  le  rôle  de  provoca- 
teur dans  la  vie  sexuelle,  il  court  le  risque  de  transgresser  les 
limites  tracées  par  la  loi  et  les  mœurs. 


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FRAGMEiNTS  D'IJ.Nb:  PSïCIlOLOGIË  DE  LA  YIB  SËXUfiLLE  10 


L*adultère  chez  la  femme  est,  au  point  de  vue  moral,  plus 
grave  et  devrait  être  jugé  devant  la  loi  plus  sévèrement  que 
l*adultère  commis  par  Fhonune.  La  femme  adultère  comble 
son  propre  déshonneur  par  celui  de  l'époux  et  de  la  famille, 

sans  tenir  compte  de  la  maxime  :  Pater  incertus.  L'inslinct 
.  naturel  et  sa  position  sociale  font  facilement  fauter  l'homme, 
tandis  que  la  femme  est  protégée  par  bien  des  cliosos.  Môme 
les  rapports  sexuels  de  la  femme  non  mariée  doivent  ôtre 
juîrés  autrement  que  ceux  de  riioiiiine  célibataire.  La  société 
exi^e  <le  l'homme  célibataire  de  bonnes  mœurs;  de  la  femme, 
la  chasteté.  Avec  ia  civilisation  et  la  vie  sociale  de  nos  temps 
la  femme  ne  peut  servir,  au  point  de  vue  sexuel,  les  intérâts 
sociaux  et  moraux  qu'en  tant  qu'elle  est  épouse. 

Le  but  et  l'idéal  de  la  femme,  même  de  celle  qui  est  tom* 
bée  dans  la  fange  et  dans  le  vice,  est  et  sera  toujours  le  ma- 
riage. La  femme,  comme  le  dit  fort  justement  Mantegazza, 
ne  demande  pas  seulement  h,  satisfaire  son  instinct  sexuel, 
mais  elle  recherche  aussi  protection  et  aide  pour  elle  et  pour 
ses  enfants.  L'homme  animé  de  bons  sentiments,  fût-il  des 
plus  sensuels,  recherche  pour  épouse  une  femme  qui  a  été 
chaste  et  qui  Test  encore.  Dans  ses  aspirations  vers  Tunique 
but  digue  d'elle,  la  femme  se  sert  de  la  pudeur,  cuirasse  et 
ornement  de  l'^^lre  féminin.  Mantegazza  dit  avec  beaucoup 
de  finesse  que  «  c'est  une  des  iorracs  physiques  de  l  eslime 
de  soi-même  chez  la  femme  ». 

L'élude  anlhi()|)o[i)^M(iiie  et  historii{u<'  du  dcvcloppement 
de  C"'  plus  bel  ornenienl  tle  la  lenmie  u  enlre  pasdans  le  cadre 
de  notre  sujet.  11  e-(  probable  que  la  pudeur  féminine  est  un 
produit  de  la  civilisation  perpétué  par  l'atavisme. 

Ce  qui  forme  un  contraste  bien  curieux  avec  elle,  c'est  l'éta- 
lage occasionnid  des  charmes  physiques,  sanctionné  par  la  loi 
de  la  mode  et  la  convention  sociale,  et  auquel  la  vierge,  môme 
la  plus  chaste,  se  prête  dans  les  soirées  de  bal.  Les  mobiles 
^i  président  à  cette  exhibition  se  comprennent.  Heureuse- 
ment la  fille  chaste  ne  s'en  rend  pas  compte,  de  même  qu'elle 


1 


20  PSYCHOPATUIA  SEXUALIS 

ne  comprend  pas  les  raisons  de  certaines  modes  qui  revien- 
nent périodiquement  et  qui  ont  pour  but  de  faire  mieux  res- 
sortir certaines  parties  plastiques  du  corps,  comme  les  fesses, 
sans  parler  du  corsage,  etc. 

De  iout  temps  et  chez  tous  les  peuples,  le  monde  féminin 
u  manifesté  de  la  k'ndance  à  se  parer  et  à  metlre  en  l'vicK'iicc 
ses  charmes.  Dans  le  inonde  des  animaux  la  nature  a  di'^lin- 
gm'le  mille  par  une  plus  grande  beaul*.  Les  hommes,  au 
contraire,  di^f^ignenl  les  ferunies  sous  le  nom  de  beau  sexe. 
Evideiniiit  ni  celte  galanterie  est  le  produit  de  la  sensualité 
masculine.  Tant  que  les  femmes  s'attifent  uniquement  dans 
le  but  d'Atre  parées,  tant  qu'elles  ne  se  rendent  pas  clairement 
compte  de  la  cause  physiologique  de  ce  désir  de  plaire,  il  n'y 
a  rien  à  redire.  Aussitôt  qu'elles  le  font  en  pleine  connais- 
sance de  cause,  cette  tendance  dégénère  en  manie  de  plaire. 

L'homme  qui  a  la  manie  de  s  attifer,  se  rend  ridicule  tou- 
jours. Chez  la  femme  on  est  habitué  à  cette  petite  faiblesse, 
on  n*y  trouve  rien  de  répréhcnsible  tant  qu'elle  n'est  pas 
Taccessoire  d'une  tendance  pour  laquelle  les  Français  ont 
trouvé  le  mot  de  coquetterie. 

En  fait  de  psychologie  naturelle  de  l'amour,  les  femmes 
sont  de  beaucoup  supérieures  aux  hommes.  Elles  doivent 
celte  supériorité  soit  à  l'hérédité,  soit  à  l'éducation,  le  do- 
iiiamo  de  l'amour  étant  leur  élément  particulier  ;  mais  elles 
lu  doivent  aussi  ù  leuj'  plus  giand  degré  d  intuition  (Mantc- 
ga/za). 

Même  quand  l'homme  est  arrivé  an  taîle  de  la  ei vilisalion, 
on  ne  peut  jia"  lui  faire  un  reproche  de  voir  dans  la  femme 
avant  iQut  un  oh'yi  de  satisraclion  jxnir  son  instinct  na- 
turel. Mais  il  lui  incombe  1  obligation  de  n'appartenir  qu'à 
la  femme  de  son  choix.  Dans  les  Etats  civilisés  il  en  résulte 
un  traité  normal  et  obligatoire,  le  mariage;  et,  comme  la 
femme  a  besoin  de  protection  et  d'aide  pour  elle  et  ses  enfants, 
il  en  résulte  un  code  matrimonial. 

En  vue  de  certains  phénomènes  pathologiques  que  nous 


s 


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I 


FRAGSIENTS  D'UNE  PSYCHOLOGIE  DE  LA  VIE  SEXLELLE  2t 

traiterons  plus  tard,  il  est  nécessaire  d*ëhidier  les  processus 
psycholc^iqi^  qoi  rapprochent  un  homme  et  une  femme, 
les  attachent  Tun  à  Tautre  au  point  quo,  parmi  tous  les  indi- 
vidus d*un  même  sexe,  seuls  tel  ou  telle  paraissent  désirables. 

Si  Ton  pouvait  démontrer  que  les  procédés  de  la  nature 
sont  dirigés  vers  un  but  déterminé,  —  leur  utililé  ne  saurait 
ôtro  niée,  —  celte  sorte  de  fascination  par  un  seul  individu 
du  sexe  oppose,  avec  de  l'indifTérence  pour  tous  les  autres  in- 
dividus de  ce  môme  so\<\  fait  qui  existe  réellement  chez  les 
amoureux  vraiment  heureux,  paraîtrait  comme  une  admi- 
rable (lisposilion  de  la  création  pour  assurer  les  unions  mo- 
nogames (jui  seules  petivent  servir  le  but  de  la  nature. 

Quand  on  analyse  scientifiquement  cette  flamme  amou- 
reuse, cette  «harmonie  des  àmcs  »,  cette  «  union  des  cœurs», 
elle  ne  se  présente  nullement  comme  «  un  mystère  des 
Ames»;  dans  la  plupart  des  cas  on  peut  la  ramener  è  cer- 
taines qualités  physiques,  parfois  morales,  au  moyen  des- 
quelles la  personne  aimée  exerce  sa  force  d  attraction. 

On  parle  aussi  du  soi-disant  fétichisme.  Par  fétiche  on 
entend  ordinairement  des  objets,  des  parties  ou  des  qualités 
d*objets  qui,  par  leurs  rapports  et  leur  association,  forment 
un  ensemble  ou  une  personnalité  capable  de  produire  sur 
nous  un  vif  intérêt  ou  un  sentiment,  d'exercer  une  sorte  de 
charme,  —  {fptisso  en  portuj;ais),  —  ou  du  moins  une  im- 
pression très  profonde  et  particulièrement  personnelle  que 
n'explique  nullement  la  valeur  ni  la  qualité  intrinsèque  de 
l'objet  symbolique 

Quaud  la  personne  qui  est  dans  cet  état  d'esprit,  pousse 
l'appréciation  individuelle  du  fétiche  jusqu'à  l'exaltation,  un 
cas  de  fétichisme  se  produit.  Ce  phénomène,  très  intéressant 
au  point  de  vue  psychologique,  peut  s'expliquer  par  une  loi 
d^association  empirique  :  le  rapport  qui  existe  entre  une 
représentation  fractionnelle  et  une  représentation  d'en- 

I.  A  «onsulter  :  Max,  MGlIer,  qui  ùài  dériver  l«  mot  «  fétielM  »  étjaiolo- 
giqaenMnt  dn  mot  fMUiuê  (foetiee,  ebose  insignifluile). 


22 


PSYCHOPATniA  SEXUAUS 


semble.  L'essentiel  dans  ce  cas  c'est  que  Taccentuation  du 
sentiment  personnel  provoqué  par  limage  fractionnelle  se 
manifeste  dans  le  sens  d*une  émotion  de  plaisir.  Ce  phéno- 
mène se  rencontre  surtout  dans  deux  ordres  dHdées  qui  ont 
entre  elles  une  affinité  psychique  :  Tidéc  religieuse  et  les 
conceptions  éroiiques.  Le  fétichisme  religieux  a  d'autres  liens 
et  une  autre  signification  que  le  fétichisme  sexuel.  Le  pre- 
mier naît  de  celte  iddo  tixe  que  l'objet  revêtu  du  prestige  de 
fétiche  ou  l'idole  n'est  pas  un  simple  symbole,  mais  poss^'de 
des  qualiti^s  divines,  ou  bien  il  lui  ;itlriI)uo  par  ï^uperslilion 
uno  jiuissaucc  miraculeuse  (reliques),  certaines  vertus  pro- 
lectrices (amulettes). 

Il  n'en  e>l  juis  dr  mAnic  dans  le  tVlichisme  (Erotique,  ('elui- 
ci  est  psychologiquement  motivé  par  le  fait  que  des  qualités 
physiques  ou  psychiques  d'une  personne,  ou  même  des  qua- 
lités d'objets  dont  celte  personne  se  sert,  deviennent  un  féti- 
che, en  ëveillanl  par  association  d'idées  ime  image  dVn- 
semble  et  en  produisant  une  vive  sensation  de  volupté.  Il  y 
a  analogie  avec  le  fétichisme  religieux  en  ce  sens  :  que  hien 
souvent  des  objets  insignifiants  (des  os,  des  ongles,  des  che- 
veux, etc.)  servent  de  fétiches  et  peuvent  provoquer  des  sen- 
sations de  plaisir  qui  vont  jusqu'à  Textase. 

En  ce  qui  concerne  le  développement  de  Tamour  physiolo- 
gique, il  est  probable  qu'on  doit  chercher  et  trouver  son 
origine  dans  le  charme  fétichiste  et  individuel  qu'une  per^ 
sonne  d'un  sexe  exerce  sur  un  individu  de  l'autre  sexe. 

Le  cas  le  plus  simple  est  celui  où  une  émotion  sensuelle 
coïncide  avec  le  moment  (»ù  l'on  aperçoit  une  personne  de 
l'autre  sexe  et  quand  relfe  vue  auL^ineute  rexeilalinn  sensuelle. 
L'impression  optique  et  l'impression  du  senlimenf  s'associent , 
et  cette  liai?on  devient  plus  forte  à  mesure  que  la  réaj)piirition 
du  senlinient  évoque  le  souvenir  de  l'image  optique  ou  que  la 
réapparition  de  l'image  éveille  de  nouveau  une  émotion 
sexuelle  qui  peut  aller  jusqu'à  l'orgasme  ou  à  la  pollution, 
comme  dans  les  songes. 


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l  ilAiiMEMS  D  1>E  PSYCHOLOr.IF:  DE  LA  VIE  SEXLEI  l.i:  23 

Dans  ce  cas  la  vue  de  Tensemble  du  corps  produit  l'effet 
d'un  fétiche. 

Gomme  le  fait  remarquer  Binet,  des  parties  d'un  individu, 
des  qualités  physiques  ou  morales  peuvent  aussi  agir  comme 
fétiches  sur  une  personne  du  sexe  opposé,  si  la  vue  de  ces 
parties  de  l*individo  coïncide  accidentellement  avec  une 
excitation  sexuelle  où  si  elle  en  provoque  une. 

C*est  un  fait  établi  par  rexp(5ricnce  que  cette  association 
d'idées  dépend  du  hasard,  que  l'objet  fétiche  peut  ôtre  très 
varié,  cl  qu'il  en  résulte  les  sympathies  les  plus  étranges  de 
même  que  les  anlipaliiies  les  [>lu;^  curieuses. 

Ce  fait  pliysiologique  du  fétichisme  explique  les  sympa- 
thies individuelles  entre  homme  et  Icmme,  lu  préférence 
<|u'on  donne  une  personne  dclerminée  sur  toutes  lo«5 
autres  du  même  sexe.  Comme  le  f(^liche  ne  représente  qu'un 
symbole  individuoi,  il  est  évident  que  son  impression  ne  peut 
se  produire  que  sur  un  individu  déterminé.  11  évoque  de  très 
fortes  sensations  de  plaisir;  par  suite  il  fait,  par  un  trompe- 
rœil,  disparaître  les  défauts  de  l'objet  aimé  —  (l'amour  rend 
aveugle)  ^  et  provoque  une  exaltation  fondée  surFimpression 
individuelle,  exaltation  qui  parait  aux  autres  inexplicable  et 
même  ridicule.  On  s'explique  ainsi  que  Thommc  calme  ne 
puisse  pas  comprendre  Tamoureux  qui  idolâtre  la  personne 
aimée,  en  hiï  un  véritable  culte  et  lui  attribue  des  (Qualités 
que  celle-ci,  vue  objectivement,  ne  possède  nullement.  Ainsi 
s'explique  également  le  fait  que  rameur  devient  plus  qu'une 
passion,  ([u  il  se  présente  comme  un  étal  psychique  excep- 
tionnel dans  lequel  1  impossible  parait  possible,  le  laid  semble 
beau,  le  vulgaire  suhîiuu'.  étal  dans  lequel  tout  autre  intérêt 
et  tout  autre  devoir  disparaissent. 

Tarde  {Archives  de  ranlhropolfxjie  criminclir,  W  année,  n")}) 
fait  judicieusement  ressortir  que,  non  seulement  clie/.  les 
individus  mais  aussi  chez  les  nations,  le  fétiche  peut  être 
différent,  mais  que  l'idéal  général  de  la  beauté  reste  toujours 
le  même  chez  les  peuples  civilisés  de  la  mémo  époque. 


24 


PSYCHOPATRIA  SEXUAUS 


A  Hinot  revient  le  grand  ni<5rilc  d  asoir  approfondi  l'élude 
et  l'uaaiyse  de  ce  félichismo  en  amour.  11  ralt  naître  des  sym- 
pathies sp<5ciales.  Ainsi  l'un  sent  attire  par  une  taille 
élancée,  un  autre  par  une  taille  ('j)aisse;  l'un  aime  la  brune, 
l'autre  la  blonde.  Pour  l'un,  c'est  l'expression  particulière  de 
l'œil;  pour  l'autre,  le  timbre  de  la  voix,  ou  une  odeur  parti- 
culière, même  ariiliciollc  (parfums), ou  la  main,  ou  le  pied,  ou 
Toreilic,  etc.,  qui  forment  !c  charme-félichique  individuel, 
et  son!  pour  ainsi  dire  lo  point  de  départ  d'une  série  com- 
pliquée de  processus  de  Time  dont  Texpression  totale  est 
l'amour,  c'est-à-dire  le  désir  de  posséder  physiquement  et 
moralement  Tobjet  aimé. 

A  ce  propos  il  convient  de  rappeler  une  condition  essen- 
tielle pour  la  constatation  de  Texistence  du  fétichisme 
encore  à  Tétat  physiologique. 

Le  fétiche  peut  conserver  d'une  manière  durable  sa  vertu 
sans  qu'il  soit  ponr  cela  un  fétiche  pathologi(iue.  Mais  ce  cas 
n'existe  quo  qucuul  ridée  de  rrat  liou  va  jus(ju'à  la  représen- 
tation de  l'ensemble  et  que  l'amour  provoqué  par  le  fétiche 
fmit  par  embrasser  eoaime  objet  rensembic  de  la  person- 
nalité physique  et  murale. 

L'amour  normal  ne  peut  être  i[u'uno  synthèse,  une  générali- 
sation. Louis  IJrunn  {Ueulsches  Montagsblatl ,  Berlin,  20.8.88) 
dit  très  spirituellement  dans  son  étude  sur  Le  fétichisme  en 
amour  : 

«  L*amour  normal  nous  parait  comme  une  sympiionie  qui 
se  compose  de  toutes  sortes  de  notes.  Il  en  résulte  les  excita- 
tions les  plus  diverses.  Il  est  pour  ainsi  dire  polythéiste.  Le 
fétischîsme  ne  connaît  que  .la  note  d'un  seul  instrument;  il 
est  la  résultante  d'une  seule  excitation  déterminée:  11  est 
monothéiste.  » 

Quiconque  a  quelque  peu  réfléchi  sur  ce  sujet,  reconnaîtra 
qu'on  ne  peut  parler  de  véritable  amour  —  (on  n'abuse  que 
trop  souvenÇde  ce  mot)  —  que  lorsque  la  totalité  de  la  per- 
sonne physique  et  morale  forme  l'objet  de  l'adoration. 


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FRAGMENTS  II  UNE  PSVCUOL0<ilE  DE  LA  Viii  SEXUELLE  25 


Tout  amour  a  néccssaircmént  un  élément  sensuel,  c'est-à^ 
dire  le  désir  de  posséder  Tobjet  aimé  et  d*obéîr,  en  s*untssant 
avec  lui,  aux  lois  de  la  nature. 

Mais  celui  qui  n*aime  que  le  corps  de  la  personne  d*un 
autre  sexe,  qui  ne  tend  qu*à  satisfaire  ses  sens,  sans  pos> 
séder  Tâme,  sans  avoir  la  jouissance  spirituelle  et  partagée, 
n'aime  pas  d'un  véritable  amour,  pas  plus  que  le  platonique  qui 
n*atme  que  Vâmc  et  qui  dédaigne  les  jouissances  chamelles, 
ce  qui  se  rencontre  dans  certains  cas  d'inversion  sexuelle. 

Pour  Tun,  c  est  le  (or})^  :  pour  l'autre,  c'est  l\\me  qui  rons- 
tituent  le  félicbe:  Tamour  de  tous  les  deux  u'esl  que  du 
fétichisme. 

De  pareils  individus  forment  en  tous  cas  un  degré  de  tran- 
sition vers  le  léticliisnie  pathologique. 

Celle  remarque  est  d  autant  plus  juste  qu'un  autre  crité- 
rium du  véritable  amour  est  celui-ci  :  Tacte  sexuel  doit 
absolument  procurer  une  satisfaction  morale 

Parmi  les  phénomènes  physiologiques  du  fétichisme  il 
me  reste  encore  à  parler  de  ce  fait  très  intéressant  que, 
parmi  le  grand  nombre  d'objets  susceptibles  de  devenir 
fétiches,  il  y  en  a  quelques-uns  qui  sont  particulièrement 
choisis  par  un  grand  nombre  de  personnes. 

Les  objets  particulièrement  attractifs  pour  Thomme  sont  : 
les  cheveux,  la  main,  le  pied  de  la  femme,  l'expression  du 
regard. 

Quelques-uns  d'entre  eux  ont,  dans  la  pathologie  du  féti- 

cliisuu  ,  une  importance  particulière.  Tous  ces  faits  remplis- 
sent évidemment  dans  l'âme  de  la  femme  un  rôle  dont 
quelquefois  elle  ne  se  doute  pas;  d'autres  lois  c'est  prémé- 
ditation de  sa  part. 

1.  Le  spinal  cérébral  posltTicnr  de  Maîjnaii,  qui  trouve  son  plaisir  avec 
n'importe  quelle  feuiuie  et  auquel  n'impurlc  quelle  feiiiujc  plait,  iie  peut  que 
satitftire  «a  Toinpté.'  L'amour  tetieté  ou  forcé  n'est  pas  un  véritable  amour 
(Maiitéga?z.i  I  i'r  îiii  qui  a  iuveiit'-  !o  provc-rho  :  Suhlnta  hirernci,  nuUum  dis- 
crimen  inler  /emi«a.%  a  dû  être  un  horrible  cynique.  Le  pouvoir  pour  l  itorame 
de  fUn  l'acte  d'amour  n'eat  pas  une  garantie  que  faete  procure  réellement 
ta  piQ»  grande  Joalstânee  amoureuse. 


2<»  PSYCHOPATIUA  SEXrAI.IS 

Une  des  principales  préoccupations  de  la  femme,  c  csl  de 
soigner  ses  cheveux,  et  elle  y  consacre  souvent  plus  de  temps 
et  d'argent  quMI  ne  faudrait.  Avec  quel  soin  la  mère  ne  soi- 
gne-t-elle  pas  déjà  la  chevelure  de  sa  petite  fille  !  Quel  rôle 
important  pour  le  coiffeur  !  La  perte  d*une  partie  des  cheveux 
fait  le  désespoir  des  jeunes  femmes.  Je  me  rappelle  le  cas 
d'une  femme  coquette  qui  en  était  devenue  mélancoliqut»  et 
qui  a  fini  parle  suicide.  Les  femmes  aiment  à  parler  coiffure; 
elles  portent  envie  à  toutes  celles  qui  ont  une  belle  che- 
velure. 

D»'  beaux  clieveux  tuiislilueiil  un  puissant  fétiche  pour 
beaucoup  d'hommes.  Déjà,  dans  la  légende  de  la  Lorelcy, 
c\i(^ne  qui  ullii  t'  b  >  liommes  dans  l'abîme,  on  voit  figurer 
tomme  félicbe  ses  cheveux  il<»rt's  >•  qu'eUe  lisse  avec 
uu  [U'ij^iie  il  or.  I  ne  attraction  non  moins  grande  est 
exercée  jiar  la  main  et  le  pied  ;  mais  alors,  souvent,  — 
pas  toujours  cependant,  —  des  sentiments  masochistes  et 
sadistcs  contribuent  à  créer  un  fétiche  d'un  caractère  parti- 
culier. 

11  y  a  des  uranistes  qui  ne  sont  pas  impuissants  avec  une 
femme,  des  époux  qui  n'aiment  pas  leur  épouse,  et  qui  pour- 
tant sont  capables  de  remplir  leurs  devoirs  conjugaux.  Dans 
ces  cas  le  sentiment  de  la  volupté  fait  pour  la  plupart  du  temps 
défaut  ;  puisque,  en  réalité,  il  n'y  a  alors  qu'une  sorte  d'ona- 
nisme qui  souvent  ne  peut  se  pratiquer  qu'avec  le  concours 
de  l'imagination  qui  évoque  l'image  d^un  autre  être  aimé. 
Cette  illusion  peut  même  produire  une  sensation  de  volupté, 
mais  [cette  rudimenlaire  satisfaction  phy<;ique  n'est  due 
qu'à  un  artifice  psychique,  tout  comme  chez  l'oiianiste  soli- 
taire qui  souvent  a  besoin  du  eoiieours  de  riuiaginalion  pour 
obtenir  une  sensation  voiuplueiiso.  ICn  général,  l'orgasme 
qui  produit  la  sensation  de  volupté,  ne  peut  être  obtenu  que 
là  où  il  y  a  une  intei  \  rution  |)svchiqno. 

Dans  le  cas  où  il  y  a  des  emi>ôcheinenis  psychiques  (indif- 
férence, antipathie,  répugnance,  crainte  d'infection  véné- 


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FRAGMENTS  DUNE  PSYCHOLOGIE  DE  LA  VIE  SEXUELLE  27 


riennc  ou  do  grossesse,  etc.),  la  sensation  voluptueuse  ne 
parait  guère  se  produire. 

Pat  association  d'idées,  un  gant  ou  un  soulier  peuvent 
devenir  fétiches. 

Brunn  rappelle  à  ce  propos  et  avec  raison  que,  dans  les 
mœurs  du  moyen  âge,  une  des  plus  précieuses  marques 
d*hommage  et  de  galanterie  était  de  boire  dans  le  soulier 
d'une  belle  femme,  usage  qu'on  trouve  encore  aujourd'hui 
en  Pologne.  Dans  le  conte  de  Cendrillon,  le  soulier  joue  éga- 
lement un  rôle  très  important. 

L'expression  do  l'u-il  n  une  importance  parlirulinc  jtour 
faire  jaillir  rétiiicelle  aniourrus.'.  I  n  «ril  ni^vrosd  peut  jout  r 
souvent  le  rAlo  tlo  [(-liclir  cIk'/.  drs  jici  ^oiuies  des  doux  sexes, 
«  Madame,  vos  Leaux  yeux  me  lonl  mourir  tl'amour  » 
(MoliiTc). 

11  y  a  une  foule  d'exemples  de  faits  où  les  odeurs  du  corps 
jouent  le  rôle  de  fétiche,  phénomène  consciemment  ou 
inconsciemment  utilisé  dans  VArs  amandi  d)  la  femme.  Déjà 
la  RuUi  de  l'Ancien  Testament  s'est  parfumée  pour  captiver 
Booz. 

La  demi-mondaine,  des  temps  anciens  et  modernes,  con- 
somme beaucoup  de  parfums.  Jaeger,  dans  sa  «  Découverte 
de  Tâme  donne  de  nombreuses  indications  sur  les  sympa- 
tbies  des  odeurs. 

Binet  assure  que  la  voix  aussi  peut  devenir  un  fétiche.  A 
ce  sujet  il  rapporte  une  observation  faite  par  Dumas,  obser- 
vation que  ce  dernier  a  utilisée  dans  sa  nouvelle  :  La  maison 
du  veuf. 

II  est  question  d'une  femme  qui  devint  amoureuse  de  la 
voix  d'un  ténor  et  qui  lit  des  iiilidélilés  à  sou  mari. 

Le  roman  de  llclol  :  Lrs  Uaujucuscs  de  Trouvi/Ifi,  vient  à 
l'appui  de  cette  supposilion.  Hinet  croit  que,  dans  bien  des 
mariages  conclus  avec  des  cantatrices,  c'est  le  charme  féti- 
chiste de  la  voix  qui  a  agi.  11  aiilrc  en  outre  l'attenlion  sur 
cet  autre  fait  intéressant  que,  chez  les  oiseaux  chanteurs,  la 


I 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 

voix  a  1  1  ni<  nie  signification  sexuelle  que  l'odorat  chez  les 

quadrnj  t'dc'S, 

Ainsi  les  oisoaux  afiirent  par  le  cliant  la  femelle  qui,  la 
nuit,  vole  vers  celui  des  mâles  qui  chante  le  mieux. 

Il  ressort  des  faits  pathologiques  du  masochisme  et  du 
sadisme  que  des  particularités  de  Tâme  peuvent  aussi  agir 
comme  fétiche,  au  sens  le  plus  large  du  mot. 

Ainsi  s'explique  le  phénomène  des  idiosyncrasies  ;  et  la 
vieille  maxime  de  gusiiàus  non  est  dispuiandum,  a  toujours 
sa  valeur. 


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IMll. 


11 

FAITS  PHYSIOLOGIQUES 


MaturtU*  sexuelle.  —  La  lituite  d  àge  dans  la  vie  sexuelle.  —  Le  leos  sexuel. 
Localiaalion.  —  Le  dévetoppenenl  physiologique  de  la  vie  sexuelle.  — 
^!rectif)n.  —  Le  centre  d'Arectton.  —  La  spJu"  n-  seMjctIc  t't  le  seni»  oiractif. 
—  La  nagellation  coaiiiic  excitant  des  sens.  —  La  secte  des  flagellants.  —  Le 
nagetlum  saluli»  de  Paallini  —  Zones  érogèoes,  —  L'em^lve  sur  llMttnct 
sexuel.  —  Cohabitatioa.  —  Éjaoulation. 

Pendant  la  période  des  processus  anatomiquea  et  physio-* 
logiques  qui  se  font  dans  les  glandes  génitales,  il  se  manifeste 
chez  les  individus  un  instinct  qui  les  pousse  à  perpétuer 
Tespèce  (instinct  sexuel). 

Uinstinct  sexuel,  à  cet  ftge  de  maturité,  est  une  loi  physio- 
logique. 

La  durée  des  processus  anatomico-physiologiques  dans  les 
organes  sexuels,  ainsi  que  la  durée  de  la  puissance  de  Tinstincl 
génésique,  diffèrent  selon  les  individus  et  les  peuples.  Race, 
climat,  conditions  héréditaires  et  sociales,  exercent  une  in- 
fluence décisive.  On  sait  que  les  Méridionaux  présentent  une 
sensualité  bien  plus  grande  les  gens  du  Nord.  Le  dévelop- 
pouK.'ut  sexuel  a  lieu  bien  plus  tùl  cIh'/,  les  habitants  du  iMidi 
que  chez  ceux  des  pays  seplenlri(tiiaux.  Oliez  la  femme  dos 
pays  du  Nord,  lOviilalion.  (juise  muuifeste  pur  le  développe- 
ment du  corps  et  les  licmoiragies  périodiques  <I«îs  parties  gé- 
nitales (menstruation),  ne  se  moutre  qu'entre  treize  et  quinze 
ans;  chez  l'homme,  le  développement  de  la  puberté  (qui  se 
manifeste  par  la  mue  de  la  voix,  le  développement  des  poils 
sur  la  figure  et  sur  le  mont  de  Vénus,  les  pollutions  pério- 
diques, etc.),  ne  se  montre  qu*à  partir  de  quinze  ans.  Au 
contraire,  chez  les  hahitants  des  pays  chauds,  le  développe- 


30  PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 

ment  soxuel  s'offectue  plusieurs  années  plus  t6t,  ohez  la 

feminc  quelquefois  môme  à  l'âge  do  huit  ans. 

Il  est  à  lomurqiier  que  les  fille?  des  villes  se  développent 
à  peu  près  un  au  plu:*  lot  que  les  lilles  de  la  campagne,  et  que 
plus  la  vil  le  eslgraude,  plus  le  développement,  cœtcnsparibus^ 
est  précoce. 

Les  conditions  héréditaires  n'exercent  pas  une  influence 
moins  grande  sur  le  libido  et  la  puissance  virile.  11  y  a  des 
familles  où,  à  côté  d'une  grande  force  physique  et  d'ane 
grande  longévité,  le  Ubido  et  une  puissance  virile  intense  se 
coBservent  jusqu'à  un  âge  très  avancé.  Il  y  en  a  d'autres 
oik  la  vita  sexwUis  écMt  tard  et  s'éteint  bien  avant  le 
temps. 

Chez  la  femme,  la  période  d'activité  des  glandes  génitales 
est  plus  limitée  que  chez  l'homme,  chez  qui  la  production  du 
sperme  peut  se  prolonger  jusi^u'à  Tûge  le  plus  avancé. 

Chez  la  femme,  l'ovulation  cesse  trente  ans  après  le  début 
de  la  nubilité.  Cette  période  de  stérilité  des  ovaires  s'appelle 
la  ménopause.  Celte  phase  hiologiquc  ne  représente  pas  seu- 
lement une  mise  liors  fonction  et  une  atrophie  définitive  des 
organes  génitaux,  iiiai'^  un  pioce>su>  île  transfni  iuutiun  de 
tout  l'organisme.  Dans  ri'jipopeeentralf,  la  rnaluiité  sexuelle 
(le  riiouHiie  eomniiMn  c  \ ci  m  l  aiif' df  dix-huit  ans  ;  sa  j)ui>- 
sancc  génésique  atteint  son  ma.ximuni  vers  l'ùge  t\v  quarante 
ans.  A  partir  de  celle  époque,  cllebais!»e  lenlemcul. 

La y>(>/^/{/ia,9«ntfraWi' s'éteint  ordinairement  vers  T&ge  de 
soixante-deux  ans;  la  potentia  corundi  peut  se  conserver  jus- 
qu'à l'âge  le  plus  avancé.  L'instinct  sexuel  existe  sans  dis- 
continuer pendant  toute  la  période  de  la  vie  sexuelle;  il  n'y 
a  que  son  intensité  qui  change.  Il  ne  se 'manifeste  jamais 
d'une  façon  intermittente  ou  périodique,  sous  certaines  con> 
ditions  physiologiques,  comme  c'est  le  cas  chez  les  animaux. 

Chez  l'homme,  l'intensité  de  l'instinct  a  des  fluctuations, 
des  hauts  et  des  bas,  selon  l'accumulation  et  la  dépense  du 
sperme  ;  chez  la  femme,  l'instinct  sexuel  augmente  d'inten- 


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FAITS  PHYSIOLOr;[QUES  31 

si(('  au  moment  de  lovulaiion,  do  sorte  que,  posi  mensCrita,  le 
iiùtdosexuaiis  est  plus  acceniud. 

Le  sens  sexuel,  en  tant  qu'il  se  manifeste  comme  senti- 
ment, idée  et  instinct,  est  un  produit  de  Técorce  cérébrale. 
On  n'a  pas  encore  pu  jusqu'ici  bien  déterminer  le  siège  du 
centre  sexuel  dans  le  cerveau. 

Les  rapports  étroits  qui  existent  entre  la  vie  sexuelle  et  le 
sens  olfactif  font  supposer  que  la  sphère  sexuelle  et  la  sphère 
olfactive  se  trouvent  à  la  pth  ipluSrie  du  cerveau,  très  près 
Tune  de  l'autre,  ou  du  moias  qu'il  existe  entre  elles  des  liens 
puissiinls  d'association. 

La  vie  sexuelle  se  manifeste  d'abord  par  des  sensations 
parties  des  organes  soxnols  on  voir  do  «L^voloppomciit.  Ces 
s»'n«atîons  ëveillentratltMitiuii  dv  i'iailividu.  La  locliirc,  cer- 
tains luil^  observés  dans  la  vie  soriab*  —  faujounl  hiii  malheu- 
reusement ces  observations  se  font  trop  souvent  à  un  âge 
prématuré),  —  transforment  les  pressentiments  en  idées 
nettes.  Ces  dernières  s'accentuont  par  des  sensations  organi* 
ques,  des  sensalions  de  volupté.  A  mesure  que  ces  idées 
érotiques  s'accroissent  par  des  sensations  voluptueuses,  se 
développe  le  désir  de  reproduire  des  sensations  semblables 
(instinct  sexuel). 

Il  s'établit  alors  une  dépendance  mutuelle  entre  les  circon* 
volations  cérébrales  (origine  des  sensations  et  des  représenta* 
tiens)  et  les  organes  de  la  génération.  Par  suite  de  processus 
anatomico-pliysiologiques,  tels  ({ue  Thyperémie,  l'élaboration 
du  sperme,  l'ovulation,  les  organes  génésiques  font  nattre 
dfs  idées  et  des  désirs  sexuels.- 

La  p*Mipliéii«'  du  cerveau  ii'ai^il  sur  Ifs  organes  de  la 
gén^^ralion  par  «les  idées  perçues  ou  repi'oduilcs.  Cela  se 
fait  par  le  eenlic  d'innervation  des  vaisseaux  et  le  centre 
de  réjaculation.  Tous  deux  se  trouvent  dans  la  moelle  épi- 

i.  Ferricr  suppose  que  le  ceulre  tle  ro!f;u  tii>n  se  Irmivf  ilaii.-  le  vv'  "^ 
Mcinatuê.  Zuckerkantll ,  daos  son  ouvrage  :  L'ber  dai  Riechantrum ,  cou- 
tliHiit  d'«prés  des  études  d'aiwtoiiiis  comparée,  considère  la  corne  d'Ammon 
comine  frisant  partie  du  centre  olAictif. 


PSYCHOPATHU  5EXUALIS 


nière  et  sont  probablement  très  rapprochés  rirn  de  l'autre. 
Tous  les  deux  sont  des  centres  réflexes. 

Le  eenimm  ereciioms  (Goltz,  Ëckhard)  est  un  point  inter- 
médiaire intercalé  entre  le  cerveau  et  Tappareil  génital.  Les 
nerfs  qui  le  relient  avec  le  cerveau  passent  probablement  par 
les  pédoncules  cérébraux.  Ce  centre  peut  être  mis  en  activité 
par  des  excitations  centrales  (physiques  et  organiques) ,  par 
une  excitation  directe  de  ses  nerfs  dans  les  pédoncules  céré- 
braux,  la  moelle  cervicale^  ainsi  que  par  Texcitation  péri- 
p)i(-i  ique  des  nerfs  sensitifs  (pénis,  clitoris  et  annexes).  Il 
n'est  pas  directement  soumis  à  TinOuence  de  la  volonté. 

L'excitudon  de  ce  rentre  est  transmise  par  des  nerfs  qui 
se  relient  ;i  la  première  et  à  la  IroisiL-mo  paires  des  nerfs 
saer('s  {nervi  erigenles)^  et  arrive  ainsi  jusqu'aux  corps 
caverneux. 

L'action  de  ees  nerfs  »'rectifs  qui  transmettent  l'érection 
est  paralysante.  Ils  paralysent  l'appareil  d'innervation  gan- 
glionnaire dans  les  organes  érectiles  sous  l'influence  desquels 
se  trouvent  les  fibres  musculaires  des  corps  caverneux 
(Kœlliker  et  Koblrausch).  Sous  l'influence  de  ces  nervi  eri- 
gentes  les  fibres  musculaires  des  corps  érectiles  deviennent 
flasques  et  ils  se  remplissent  de  sang.  En  même  temps,  les 
artères  dilatées  du  réseau  périphérique  des  corps  érectiles 
exercent  une  pression  sur  les  veines  du  pénis  et  le  reflux  du 
sang  se  trouve  barré.  Cet  elTet  est  encore  accentué  par  la 
contraction  des  muscles  bulbo  et  ischio-cavemeux  qui  s*éten- 
dent  comme  des  aponévroses  sur  la  surface  dorsale  du 
pénis. 

Le  centre  d*érectlon  est  sous  la  dépendance  des  actions 
nerveuses  excitantes  ou  paralysantes  parties  du  centre  céré- 
bral. Les  représentations  et  les  perceptions  d  images  sexuelles 
assissent  comme  excitants.  D'après  les  expc^rienees  faites  sur 
les  corps  de  pendus,  le  rentre  d'érection  >rfnbie  aussi  pou- 
voir l'être  mis  en  action  j)ar  l'excitation  des  voies  de  commu- 
nication qui  se  trouvent  dans  la  moelle  épinièrc.  Le  même 


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FAITS  l'ilVSlOLOGlQUËS  33 

fait  peut  se  produire  par  des  excitations  organiques  qui  ont 
lieu  à  la  périphdrîedu  cerveau  (centre  psycho-sexuel?),  ainsi 
que  le  prouvent  les  observations  faites  sur  des  aliénés  et  dés 
malades  atteints  d'affections  cérébrales.  Le  centre  d*érection 
peut  être  directement  excité  par  des  maladies  de  la  moelle 
dpinière,  dans  leur  première  période,  (juaiul  elles  alleigneiil 
la  moelle  lombaire  (Uihes  etsurloul  nuc!ilis\ 

Voici  les  causes  qui  peuvent  liequeniment  pioiluire  une 
excitation  rt^llcxe  du  centre  ^ënilal  :  excitation  «irs  nerfs  son- 
sitifs  péripliériques  des  parties  génitales  el  df  Ilmu*  voisi- 
nage par  la  friction;  excitations  de  l'urètre  (gonorrliée),  du 
rectum  {hémorroïdes  et  oxyures),  de  la  vessie  (quand  elle 
est  pleine  d'urine,  surtout  le  matin,  ou  quand  elle  est  excitée 
par  un  calcul);  réplélion  des  vésicules  «séminales  par  le 
sperme,  ce  qui  se  produit  quand  on  est  couché  sur  le  dos  et 
que  la  pression  des  viscères  sur  les  veines  du  bassin  produit 
une  hyperhémie  des  parties  génitales. 

Le  centre  d*érection  peut  être  excité  aussi  par  Tirritation 
des  nombreux  nerfs  et  ganglions  qui  se  trouvent  dans  le 
tissu  de  la  prostate  (prostatite,  cathétérisme).  Ce  centre 
est  aussi  soumis  à  des  influences  paralysantes  de  la  part  du 
cerveau,  ainsi  que  nous  le  montre  Texpéricnce  de  Goltz  qui 
a  montré  que^  chez  des  chiens,  quand  la  moelle  épînièrc  est 
Iranchc-e,  rérectiou  se  produit  plus  facilement. 

A  l'appui  de  celte  démonshation  vient  encore  s'ajouter  le 
fait  que.  chez,  l'homme,  riniluence  de  la  volonlé  ou  une  forte 
émotion  (crainte  de  ne  i>as  pouvoir  coïter,  surprise  iiitr.r 
actum  sexualcm,  etc.)  peuvent  empôchor  l'érection  ou  la  faire 
cesser  quand  elle  existe.  La  durée  de  l'érection  dépend  de  la 
durée  des  causes  excitantes  (excitation  des  sens  ou  sensation), 
de  l'absence  des  causes  entravantes,  de  l'énergie  d*inner« 
vation  du  centre,  ainsi  que  de  la  production  tardive  ou  hfttive 
de  réjaeulation. 

La  cause  importante  et  centrale  du  mécanisme  sexuel 
réside  dans  la  périphérie  du  cerveau.  11  est  tout  naturel  de 
mcaopAWu  hzvaus.  S 


34 


PSYCUOPATUIA  SEXIIALIS 


sjipposer  qtt*iine  région  de  cette  périphérie  (centre  eérébral) 
soit  le  siège  des  manifestations  et  des  sensations  sexuelles, 
des  images  et  des  désirs,  le  lieu  d*origine  de  tous  les  phéno- 
mènes psychosomatiques  qu'on  désigne  ordinairement  sous 
les  noms  de  sens  sexuel,  sens  génésique  et  instinct  sexuel. 
Ce  centre  peut  être  animé  aussi  bien  par  des  excitations 
centrales  que  par  des  excitations  périphériques. 

Des  excitations  centrales  peuvent  se  produire  par  suite 
d'irritations  organiques  dues  ù.  des  lualadies  de  la  périphérie 
du  cerveau.  Elles  se  produisent  physioloyiqucmcnl  par  des 
excitations  psychiques  (représentations  de  la  mémoire  ou 
perceptions  des  sens). 

Dans  les  conditions  pliysiologiqucs,  il  s.'igit  surtout  de 
perceptions  visuelles  et  d'images  évoquées  par  la  mémoire 
(par  exemple,  par  une  lecture  lascive),  puis  d'iiiipressions 
tactiles  (attouchements,  serrements  de  mains,  accolade,  etc.). 
Par  contre  le  sens  auditif  et  le  sens  olfactif  ne  jouent  qu'un 
rôle  secondaire  dans  le  domaine  physiologique.  Mais,  dans 
certaines  circonstances  pathologiques,  ce  dernier  a  une 
grande  importance  pour  l'excitation  sexuelle.  Chez  les  ani- 
maux,  rinfluence  des  perceptions  olfactives  sur  le  sens  géné^ 
siqne  est  de  toute  évidence.  Âlthaus  {Betirâge  sur  PhyHoL 
tu  PathoL  des  Oifactorius^  Atch,  fûr  Psych.,  XII,  H.  1) 
déclare  nettement  que  le  sens  olfactif  est  d^une  grande  im- 
portance pour  la  reproduction  de  Tespèce.  Il  fait  ressortir 
que  les  animaux  de  sexe  différent  sont  attirés  l'un  vers  l'autre 
par  la  perception  ollactive  et  que,  ù  la  période  du  rut.  il 
s'exhale  de  leurs  parties  génitales  une  odeur  pénélranto. 
Une  expéiiencc  faite  par  SchilT  vient  à  l'appui  de  cette. 
ass(  ]  li  Ml  Scliill"  a  enlevé  les  nerfs  olfactifs  à  de  jeunes  chiens 
nouveau-nés,  et  il  a  constaté  que  ces  mêmes  chiens,  devenus 
grands,  ne  pouvaient  distinguer  un  màlo  d'une  femelle. 
Mantegazza  (Hygiène  de  f amour)  a  fait  un  essai  en  sens 
inverse.  Il  a  enlevé  les  yeux  à  des  lapins  et  il  a  constaté 
que  cette  défectuosité  artificielle  n'a  nullement  empêché 


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FAITS  PHYSIOLOGIQUES  35 

Vaccouplement  de  ces  animaux.  Cette  expérience  nous 

montre  quelle  importance  parait  avoir  le  sens  oUaclif  tlans 
la  rila  àca.ualis  des  auiiiiaiix. 

Il  est  à  noter  aussi  que  certains  animaux  (mu?c,  chat  de 
Zibelli,  castor)  ont,  dans  les  parties  génitales,  des  glandes 
qui  dégagent  dos  matières  fortement  odorunlfs. 

Mémo  en  ce  qui  concerne  I  homme,  AUhaus  a  mis  en  relief 
les  corrélations  qui  existent  entre  le  sens  olfactif  et  le  sens 
génésique.  11  cite  Cloquet  {Osphrésioiogie,  Paris,  ifâ6). 
Cclui-^i  appelle  Tattention  snr  le  pouvoir  excitant  des  fleurs; 
il  rappelle  Texemple  de  Richelieu  qui  vivait  dans  une  atmos' 
phère  imprégnée  des  plus  forts  parfums  pour  stimuler  ses 
fonctions  sexuelles. 

Zippe  {Wiener  med,  Woehemchrift^  1879,  n*  25),  parlant 
d'un  cas  de  kleptomanie  observé  chez  un  onaniste,  fait  aussi 
ressortir  ces  corrélations,  et  il  cite  comme  témoin  Hilde- 
brand  qui  dit,  &nja&sà  Physiologie  populaire  :  «  On  ne  peut  pas 
nier  que  le  sens  olfactif  n'ait  quelque  connexité  avec  les  fonc- 
tions sexuelles.  Les  parfums  des  tleurs  provoquent  souvent 
des  sensations  de  volupté  et,  si  nous  nou.>,  rappelons  ce  pas- 
sage du  Cant'çne  des  cantiques  :  <<  Mes  mains  dr^'outtaienl 
do  myrrhe  et  la  myrrhe  s'est  écoulée  sur  mes  doigts  posés  sur 
le  verrou  de  la  serrure  —  nous  verrons  (jue  le  roi  Salomon 
avait  déjà  fait  cette  observation.  En  Orient,  les  parfums  sont 
très  aimés  à  cause  de  leur  effet  sur  les  parties  génitales,  et  les 
appartements  des  femmes  du  Sultan  exhalent  l'odeur  de 
toutes  sortes  de  fleurs. 

Most,  professeur  h  Rostock,  raconte  le  fait  suivant  :  «  J'ai 
appris  d'un  jeune  paysan  voluptueux  qu'il  avait  excité  à  la 
volupté  maintes  filles  chastes  et  atteint  facilement  son  but  en 
passant,  pendant  la  danse,  son  mouchoir  sous  ses  aisselles  et 
en  essuyant  ensuite,  avec  ce  mouchoir,  la  figure  de  sa  dan- 
seuse. M  La  perception  intime  de  la  transpiration  d'une  per- 
sonne peut  devenir  la  première  cause  d'un  amour  passionné. 
Comme  preuve,  nous  citerons  le  cas  de  llenri  111  qui,  à 


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36 


PSYCnOPATUIA  8EXUALIS 


l'occasion  des  noces  de  Marguerite  de  Valois  avec  le  roi  de 
Navarre,  s'essuya  la  figure  avec  la  chemise  trempée  de  sueur 
de  Marie  de  Glèves.  Bien  que  Mario  fût  la  fiancée  du  prince 
de  Condé,  Henri  conçut  subitement  pour  elle  une  passion  si 
violente  qu'il  n'y  pouvait  résister  et  que,  fait  historique,  il  la 
rendit  pour  cela  très  malheureuse.  On  raconte  un  fait  ana- 
logue sur  Henri  IV.  Sa  passion  pour  la  belle  Gabrielle  aurait 
pris  naissance  parce  que,  dans  un  bal,  it  se  serait  essuyé  le 
front  avec  le  mouchoir  de  cette  dame. 

Le  professeur  Jacger  {Enideeke  derSeele)  indique  dans  son 
livre  le  même  fait,  quand  il  dit  (page  173)  que  la  sueur  joue 
un  rôle  important  dans  les  affections  sexuelles  et  qu*elle 
exerce  une  vraie  séduction. 

De  la  lecluiv  de  roiivrage  de  Ploss  {Dos  Weib).  il  ressort 
que,  en  psychologie,  un  voil  maintes  fois  la  transpirali  n  lu 
corps  exercer  une  sorte  d'attraction  sur  une  personne  d  un 
autre  sexe. 

A  ce  propos,  il  faut  ciler  un  usage  qui,  au  rapport  de 
Jagor,  existe  chez  les  amoureux  indigènes  des  iles  Thilippines. 
Lorsqu'il  arrive,  dans  ce  pays,  qu  un  couple  amoureux  est 
forcé  de  se  séparer  pour  quelque  temps,  Thommeetlafemme 
échangent  des  pièces  de  linge  dont  ils  se  sont  servis,  pour 
s*assurer  une  mutuelle  fidélité.  Ces  objets  sont  soifpaeusement 
gardés,  couverts  de  baisers  et  reniflés.  La  prédilection  de 
certains  libertins  et  do  certaines  femmes  sensuelles  pour  les 
parfums  *  prouve  également  la  connexilé  qui  existe  entre  le 
si?ns  olfactif  et  le  sens  sexuel. 

Il  faut  encore  citer  un  cas  très  remarquable,  rapports  par 
Heschr  (  TFien^i*  Zeitsehrift  f.  pracU  Heilkunde^  ff  Mârz- 
(801),  cas  où  il  a  constaté  simultanément  le  manque  des 
Jeux  bosses  olfactive??  H  l'atrophie  des  parties  génitales.  Il 
s'agissait  d'un  homuic  de  quarante-cinq  uns,  bien  fuit,  dont 

l.  A  comparer  L  ivcurk  {Servous  dUeases  of  women,  iS4ô),  qui  trouve  ua 
rapport  entre  la  pr'  iik-ctioa  pour  le  mute  et  les  parfùnw  similùrei  et  rexei- 
t»U0Q  «exoelle  chez  1««  femines. 


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FAITS  PHYSIOLOGIQUES 


37 


ks  tesliciil.'s  nvaient  le  volumo  iVuno  (vve,  ('■laient  dt'poTirvus 
de  canaux  déférents  et  dont  le  iarvnx  avait  des  dimensions 
féminines.  11  y  avait  chez  lui  absence  totale  denei€s  olfactifs. 
Le  triangle  olfactif  et  le  sillon  à  la  bn^^e  inférieure  des  lobes 
antérieurs  du  cerveau  manquaient  également.  Les  trous  de 
la  lame  criblée  étaient  clairsemés;  au  lieu  de  nerfs,  c'étaient 
des  prolongements  de  la  dure-mère  qui  passaient  par  ces 
trous.  Sur  la  membrane  pîtuitaire  du  nez,  on  constatait  la 
même  absence  de  nerfs.  Il  faut  noter  aussi  le  consensus  qui 
se  manifeste  nettement  entre  l'organe  olfactif  et  Torgane 
sexuel  dans  certaines  maladies  mentales.  Les  hallucinations 
olfactives  sont  très  fréquentes  dans  les  psychoses  des  deux 
sexes  qui  ont  pour  origine  la  masturbation,  de  même  que 
dans  les  psychoses  des  femmes,  causées  par  les  maladies  des 
parties  génitales  ou  les  phénomènes  de  la  ménopause;  par 
contre,  dans  les  cas  où  il  n'y  a  pas  do  causes  sexuelles,  les 
hallucinations  olfactive?  !=:nnt  très  rares. 

Je  mets  on  doute  cependant  rjuo,  cho/.  les  individus  nor- 
maux, les  sensations  olfactives  jouent,  coninio  chez  les  ani- 
maux, un  grand  rôle  dans  l'excitation  du  centre  soxnol  *. 

Nous  avons  cru  devoir  parler,  dès  maintenant,  de  la  con- 
nexité  qui  existe  entre  le  sens  olfactif  et  le  sens  sexuel, 
étant  donnée  l'importance  (V  co  consensus  pour  la  compré- 
hension de  certains  cas  pathologiques. 

Il  y  a,  à  côté  de  ces  rapports  physiologiques,  un  fait  inté- 
ressant à  noter  :  c'est  qu'il  existe  une  certaine  analogie  his- 
tologique  entre  le  nez  et  les  organes  génitaux,  puisque  tous 
deux  (y  compris  le  mamelon]  contiennent  un  tissu  érectile. 

1.  L'observation  suivante,  que  nou«^  donne  Hinel,  semble  conirfdirc  celte 
opinion.  Malhcureuseuicnl  il  ne  nous  a  lieu  dit  sur  la  personnnlité  du  sujet 
ton  observation.  Dans  tous  les  cas,  sa  constatation  est  très  significative 
poîir  la  cnnn»'xilé  qui  existe  outre  le  sens  olfactif  et  le  sens  sexuel.  D...,  étu- 
diant en  iuij«lecine,  étant  assis  un  jour  sur  un  banc  dans  un  square  et  occupé' 
à  lire  util  livtm  de  paUlolOgie,  remarqua  que,  depuis  un  moment,  il  éliiit 
gônc  par  une  érection  persislante.  En  se  lelournant,  il  s'aperçut  qu'une 
femme  qui  répandait  une  odeur  as<<ez  forte,  était  assise  sur  l'autre  bout  du 
banc.  Il  attribua  à  l'impression  olfactive,  qu'il  avait  reewntie  sailB  en  avoir 
xoDicicnce,  le  phénomène  d'excitation  génitale. 


38 


PSYGHOPATHIA  SEXUAUS 


J.  N.  Mackenzic  [Journal  of  medirnl  Srirncp,  1881)  ;i  rap- 
porté, à  ce  sujet,  de  curieuses  observations  cliniques  et  p^n- 
siologiqiies.  Il  a  constaté  :  i"  que  chez  un  certain  nombre  des 
femmes,  dont  le  nez  était  sain,  ii  se  produisait  régulière- 
ment, à  Tépoque  de  la  menstruation,  une  congestion  des 
corps  bulbeux  du  ncz,qai  disparaissait  après  la  menstruation  ; 
2°  le  phénomène  d'une  menstruation  nasale  substitutrice  qui, 
plus  tard,  a  été  souvent  remplacée  par  une  hémorrhagte  uté- 
rine, mais  qui,  dans  cerlainscas,  s'est  manifestée  périodique* 
ment  au  moment  de  la  menstruation,  pendant  toute  la  durée 
de  la  vie  sexuelle  ;  3*  des  phénomènes  dHrritation  nasale,  tels 
que  des  étemuements,  etc.,  au  moment  ^d*une  émotion 
sexuelle;  et  4*  Tinverse  de  ce  phénomène,  c'ost«à>dire  des 
excitations  accidentelles  du  système  génital,  à  la  suite  d'une 
maladie  du  nez. 

Mackenzie  a  aussi  observé  q^ie,  chez  beaucoup  de  femmes 
atteintes  de  niahidies  du  noz,  <  *  >  iiiahidies  empirent  pcuJtial 
la  menstruation  ;  il  a,  en  outre,  couslalô  (jiie  des  excès  in 
Venere  peuvent  provoquer  une  inflammation  de  la  membrane 
piluitaire  ou  l'accentuer  si  elle  cxistr  déjà. 

Il  rappelle  aussi  ce  fait  d  expérience  que  les  masturbateurs 
sont  ordinairement  atteinis  de  maladies  du  nez  et  souffrent 
souvent  d'impressions  olfactives  anormales,  de  môme  que  de 
rhinorrhagies.  D*après  les  expériences  de  Mackenzie,  il  y  a 
des  maladies  du  nez  qui  résistent  à  tout  traitement  tant  qu'on 
n*a  pas  supprimé  les  maladies  génitales  qui  existent  en  même 
temps  chez  le  malade  et  qui,  peut-être,  sont  la  cause  de  la 
maladie  nasale. 

La  sphère  sexuelle  de  Técorcc  cérébrale  peut  être  excitée 
par  des  phénomènes  produits  dans  les  organes  génitaux  et 
dans  le  sens  des  désirs  et  des  représentations  sexuels.  Cet 
effet  peut  être  produit  par  tous  les  éléments  qui,  par  une 
action  centripète,  excitent  le  centre  d'érection  (excitation  des 
vésicules  séminales  quand  elles  sont  remplies;  gonflement 
des  follicules  de  Graf;  cxcilalioa  sensible  quelconque,  pro- 


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FAITS  PIIYSIOF.OGIQUES 


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doite  dans  le  voisinage  des  parties  génitales;  hyperhémie  et 
turgescence  des  parties  génitales,  particulièrement  des  or- 
ganes érectiles»  des  corps  caverneux  du  pénis,  du  clitoris;  vie 
sédentaire  et  luxueuse;  piethara  abdominaOs;  température 
élevée;  lit  chaud;  vêtements  chauds;  usage  de  cantharide, 
de  poivre  et  d*autres  épices). 

Le  iiàido  sexualis  peut  être  aussi  éveillé  par  rexcitation 
des  nerfs  du  siège  (flagellation).  Ce  fsil  est  très  important 
pour  la  compréhension  de  certains  phénomènes  physiuio- 

Il  arrive  quelquefois  tjue,  juit  une  correction  ap|)liqu(>L' 
sur  le  derrière,  on  dveille  chez  des  j^ai'cons  les  premiers 
mouvements  de  l  iusliucl  sexuel  (d  on  les  pousse  par  \i\  à  la 
masturbation.  C'esL  nn  fait  que  les  éducateurs  de  la  jeunesse 
devraient  bien  retenir. 

Ëa  présence  des  dangers  que  ce  genre  de  punition  peut 
offrir  aux  élèves,  il  serait  désirable  que  les  parents,  les 
maîtres  d'école  et  les  précepteurs  n'y  eussent  jamais  recours. 

La  flagellation  passive  peut  éveiller  la  sensualité,  ainsi  que 
le  prouve  Thistoire  de  la  secte  des  flagellants,  très  répandue 
aux  xm*,  xtv*  et  xv*  siècles,  et  dont  les  adeptes  se  flagellaient 
eux-mêmes,  soit  pour  foire  pénitence,  soit  pour  mortifier  la 
chair  dans  le  sens  du  principe  de  chasteté  préctié  par  rKglisc, 
c'est-à-dire  Témanci patron  du  joug  de  la  volupté. 

A  son  début,  cette  secte  fut  favorisée  par  TÉgliso.  Mais, 
comme  la  flagellation  agissait  comme  un  stimulant  delasen> 
sualilé  et  que  ce  fait  se  nianifestuit  par  des  incidents  très 
fâcheux,  rt^lise  se  vit  dans  la  nécessité  d'agir  conlie  les  llagel- 
liints.  Les  faits  suivants,  tirés  de  la  vie  de  deux  liéroiues  de 
la  flagellation,  Maria-Magdalena  de  Pazzi  et  Klisabeth  de 
Genton,  sont  une  preuve  caractéristique  de  la  stimulation 
sexuelle  produite  par  la  tlagellation. 

Maria-Magdalena,  fille  de  parents  d'une  haute  position 

1.  Meibomias,  De  flugiorum  mu  in  n  mêdk»,  London,  I76S.  Boil«ftu  :  Tht 
hutary  of  the  fiattUaniêt  London,  17S3. 


40 


PSTCHOPATHIA  SEXUALIS 


sociale,  ëtait  religieuse"  de  Tordre  des  Carmes,  à  Florence,  en 
1580.  Les  flagellations,  et  plus  encore  les  conséquences  de  ce 
gcnrt'  de  pénitence,  lui  ont  valu  une  grande  célébrité  et  une 
place  dans  Thistoire.  Son  plus  grand  bonheur  était  quand  la 
prieure  lui  faisait  mettre  les  mains  derrière  le  dos  et  la  faisait 
fouetter  sur  les  reins  mis  à  nu,  en  présence  de  toutes  les 
sœurs  du  couvent. 

Mais  les  flagellations  quVlle  s'était  fait  donner  dès  sa  pre- 
mière jeunesse  avaient  complètement  détraqué  son  système 
nerveux;  il  n'y  avait  pas  une  béroïnede  la  flagellation  qui 
eût  tant  d^ballucinations  qu'elle.  Pendant  ces  hallucinations, 
elle  délirait  toujours  d'amour.  La  chaleur  intérieure  sem- 
blait vouloir  la  roiisymer,  et  elle  s'écriait  souvent  :  «  Assez! 
n'attise  pas  davantage  celte  flamme  qui  me  dévore.  Ce  n'est 
pas  ce  genre  de  mort  que  je  désire;  il  y  aurait  trop  de  plaiMf 
et  trop  de  charmes.  »  Et  ainsi  de  suite.  Mais  l'esprit  de  l'Im- 
pur lui  suggérait  les  images  les  plus  voîuptueu«:e5.  de  sorte 
qu'elle  était  souvent  sur  le  point  de  perdre  sa  chasteté. 

Il  eu  était  presque  de  même  avec  Elisabeth  de  Genton.  La 
flagellation  la  mettait  dans  un  état  de  bacchante  en  délire. 
Kilo  était  prise  d'une  sorte  de  rage  quand,  excitée  par  une 
flagellation  extraordinaire,  elle  se  croyait  mariée  avec  son 
V  idéal  ».  Cet  état  lui  procurait  un  bonheur  si  intense  qu'elle 
s'écriait  souvent  :  «  0  amour!  0  amour  infini  1  0  amour  !  O 
créatures,  criez  donc  toutes  avec  moi  :  Amour!  amour  1  » 

On  connaît  aussi  ce  fait,  confirmé  par  Taxil  [op.  eit,^ 
p.  145},  que  des  viveurs  se  font  quelquefois  flageller,  avant 
Tacte  sexuel,  pour  exciter  leur  puissance  génitale  languis- 
sante. 

On  trouve  une  conlii la.ilion  très  inh'rcssante  de  ces  faits 
dans  les  observations  suivantes  que  nous  empruntons  au 
Flafjrlhnn  sa/tdis  de  Pauliini  édition,  ItiUS,  réimprimée  à 
Stuttgart,  1817)  : 

«  I!  y  a  certaines  nations,  notamment  les  Perses  et  les 
Russes,  chez  lesquels,  et  parlicuiièrcmenl  chez  les  femmes, 


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FAITS  PHYSIOLOGIQUES  41 

les  coup»  sont  considérés  comme  une  marque  particulière 
d^àmour  et  de  faveur.  Los  fommcs  russes  surtout  ne  sont  con- 
tentes et  joyeuses  que  lorsqu'elles  ont  reçutle  bons  coups  de 
leurs  maris,  ainsi  que  nous  rexpliquCf  dans  un  récit  curieux, 
Jean  Barclajus. 

«  Un  Allemand  nommé  Jordan  vint  en  Moscovic  et,  comme 
le  pays  lut  plaisait,  il  s'y  établit  et  épousa  une  femme  russe 
qu'il  aimait  beaucoup  et  pour  laquelle  il  était  gentil  en  tous 
points.  Mais  elle  faisait  toujours  la  mine,  baissait  les  yeux, 
•  et  ne  faisait  entendre  que  des  plaintes  et  des  p(?misscnients. 
L'ëpoux  voulut  savoir  pounjuui, car  ilne  pouvait  comprendre 
ce  qu'elle  avait,  u  Eh!  dit-elle,  vous  piétcndez  m'ainier  et 
vous  ne  m'en  avez  encore  donne  aucune  preuve.  »>  Il  1  Em- 
brassa et  la  pl  ia  de  lui  pardonner  si,  par  tiasard  età  son  insu, 
il  l'avait  olFensée  :  il  ne  recommencerait  plus.  «  Rien  ne  me 
manque,  répondit-elle,  sauf  le  fouet  qui,  selon  l'usage  de 
mon  pays,  est  une  marque  d'amour.  >  Jordan  se  le  tint  pour 
dit  et  il  se  conforma  à  l'usage.  A  partir  de  ce  moment  cette 
femme  aima  ëperduraent  son  mari. 

«  Une  pareille  histoire  nous  est  racontée  aussi  par  Peter  Pe- 
treus,  d'Eriesund,  avec  ce  détail  complémentaire,  qu'au  len- 
demain de  la  noce  les  hommes  ajoutent  aux  objets  indispen- 
bles  du  ménage,  un  fouet.  » 

A  la  page  73  de  ce  livre  curieux,  nous  lisons  encore  : 

«  Le  célèbre  comte  Jean  Pic  de  la  Mirandole,  assure  qu'un 
de  ses  amis  qui  était  un  gaillard  insatiable,  était  si  paresseux 
et  si  inhabile  aux  luttes  amoureuses  qu*il  ne  pouvait  rien  faire 
avant  qu'il  n'eût  reçu  une  bonne  raclée.  Plus  il  voulait  satis- 
faire son  désir,  plus  il  «'xigcaii  ilc  cnu|)s  cl  de  violences 
puisqu'il  ne  pouvait  avoir  de  bonheur  s'il  n'avait  été  fouette 
jusqu'au  sang.  Dans  ce  but,  il  s'était  fait  faire  une  cravache 
spéciale  (|u'il  mettait  pendant  la  journoo  dans  du  vinaigre; 
ensuite  il  la  donnait  à  sa  compagne  et  la  [iriait  à  genoux'de 
ne  pas  frapper  à  côté,  mais  de  frapper  fort,  le  plus  fort  pos- 
sible. C'est,  dit  le  brave  comte,  le  seul  homme  qui  trouve  son 


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4S 


PSYGHOPATRIA  SEXUAUS 


plaisir  dans  une  torture  pareille.  Et  comme  cet  homme 
n'était  pas  méchant,  il  reconnaissait  et  détestAit  sa  fai- 
blesse. Une  pareille  histoire  csf  montioanée  par  Cœlius 
Rhodigin,  à  qui  l'a  empruntée  le  célèbre  jurisconsulte  An- 
dréas Tirac[uell.  A  l'époque  du  célèbre  médecin  Otto  Bran- 
fek,  vivait  dans  la  résidence  du  grand  éleclenr  bavarois,  à 
Munich,  un  bon  gas  qui,  cependant,  ne  pouvait  jamais  faire 
Famonr  sans  avoir  reçu  auparavant  des  coups  bien  appli- 
qués. M.  Thomas  Barthelin  a  connu  aussi  un  Vénitien  qu'il 
fallait  échauffer  et  stimuler  à  Tacte  sexuel  par  des  coups.  De 
même  Gupidon  entraîne  ses  fidèles  avec  une  baguette  d'hya- 
cinthe. Il  y  a  quelques  années,  vivait  à  Lubeck,  dans  la 
Muhlstrasse,  un  marcliaiid  de  fromages  qui,  accusé  d'adul- 
tère devaiil  Ift^  autorités,  devait  être  expulsé  de  la  ville.  Mais 
la  catin  avec  laquelle  il  s'était  commis,  alla  chez  les  magis- 
trats et  demanda  grâce  pour  lui  en  racontant  combien 
pénibles  étaient  au  coupable  ses  accouplements.  Car  il  ne 
pouvait  rien  faire  avant  qu'on  ne  lui  eût  donné  une  bonne 
volée  de  bois  vert.  Le  gaillard,  par  honte  et  de  crainte  d'être 
ridiculisé,  ne  voulait  pas  l'avouer  d'abord,  mais,  quand  on 
le  pressa  de  questions,  il  ne  sut  plus  nier.  Dans  les  Pays-Bas 
réunis,  dit-on,  il  y  eut  un  homme  de  grande  considération 
qui  était  affligé  de  la  même  maladie  et  qui  était  incapable  de 
faire  la  bagatelle  s'il  n'avait  pas  reçu  des  coups  auparavant. 
Lorsque  les  autorités  en  furent  informées,  cet  homme  fut 
non  seulement  révoqué  de  ses  fonctions  mais  encore  puni 
comme  il  le  méritait.  Un  ami,  un  physicien  digne  de  foi,  qui 
habitait  une  ville  libre  de  TEmpire  allemand,  me  rapporta, 
le  14  juillet  de  Tannée  passée,  comme  quoi  une  femme  de 
mauvaises  mœurs,  étant  à  l'hôpital,  avait  raconté  à  une  de 
ses  camarades  qu'un  individu  l'avait  invitée,  elle  et  une  autre 
femme  de  la  môme  cat('\i:<>i  ie,  ù  aller  avec  lui  dans  la  forôt. 
Lorsqu'elles  furent  arrivées,  le  gaillard  coupa  des  verges, 
exposa  son  dtîrrière  tout  nu  et  ordonna  aux  femmes  de  taper 
dessus,  ce  qu'elles  firent.  Ce  qu'il  u  lait  ensuite  avec  les 


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FAITS  PlIVSlOLOGIQliKS 


43 


femmes,  on  peut  le  deviner  facilement.  Non  seulement  des 
hommes  se  sont  excités  à  la  lubricité  par  les  coups»  mais 
des  femmes  aussi,  afin  de  jouir  davantage.  La  Romaine  se 
faisait  fouetter  dans  ce  but  par  Lupercus.  Car  ainsi  cbante 
Juvénal  : 

s  tentes  moriunltir,  et  illis 
Tnrrjidn  non  prodeal  conditn  f>ysciilo  Lyde  : 
Nec  pt-odest  agili  palmat  prœbere  Luperco. 

Il  y  a,  chez  la  femme  ainsi  que  chez  Thomme,  d'autres 
régions  el  organes  érectibles  qui  peuvent  produire  rdreolion, 
Torgasme  et  même  IV^jiu  ulalioa.  Ces  «zones  drogftnes  »  sont 
chi'7.  In  femme,  tanl  qu'elle  est  vir//o,  le  clitoris,  et,  après  la 
défloration,  le  vagin  et  le  col  de  l'iilérus. 

Le  mamelon  surlout  semble  avoir  un  eHet  érogône  ('lie/  la 
femme.  La  titill>jtio  hujus  rrginms  joue  un  rôle  important 
dans  VArs  erotica.  lians  son  Anatomie  topographique  (édition 
de  1863,  p.  552),  Hyrtl  cile  Yalenlin  Hildenbrandt  qui  avait 
observi^  chez  une  jeune  iille.  une  anomalie  particulière  du 
penchant  sexuel,  qu'il  appelait  suettmlupralio.  Cette  jeune 
fille  s'était  laissé  téter  les  mamelons  par  son  galant.  Bientôt, 
en  tirant,  elle  arriva  à  pouvoir  les  sucer  elle-môme,  ce  qui  lui 
causait  les  sensations  les  plus  agréables.  Hyrtl  rappelle,  h  ce 
propos,  qu'on  voit  quelquefois  des  vaches  qui  tètent  leurs 
propres  tétines. 

L.  Bmnn  {Zêiiff  UitêraturyêtCjd,  ffambio  fjrr  Correspon- 
denien)  fait  remarquer,  dans  une  étude  intéressante  sur  <c  La 
sensualité  et  l'amour  du  prochain  »,  avec  quel  zèle  la  mère 
qui  nourrit  elle-inùme  son  nourrisson,  s'occupe  de  faire t<Mer 
l'enfant.  Elle  \o  fait,  dit-il,  a  par  amour  pour  l'être  faible, 
incomplet,  impuissant  ». 

Il  est  tout  indiqué  de  supposer,  qu  en  (It'iior'i  dos  mobiles 
«éthiques  dont  nous  venons  de  l'aire  menlioa,  que  le  fait  de 
donner  à  téter  à  l'enfant  produit  peut-être  une  sensation  de 
plaisir  charnel  et  joue  un  rôle  assez  important.  Ce  qui  plaide 
en  faveur  de  cette  hypothèse,  c'est  une  observation  de  Brunn, 


PSYCHOPATHIA  SBXUAIJS 


observation  très  juste  en  cllo-niènio,  bioa  que  mal  inter- 
prétée. Il  rappelle  que,  d'après  les  observations  de  llouzeau, 
chez  la  plupart  dos  animaux,  la  tendrosse  intime  entre  la 
mère  et  Tenfant  n'existe  que  pendant  la  période  de  l'allai- 
tement et  qu'elle  fait  place,  plus  tard,  à  une  indifférence 
complète. 

Le  même  fait  (raffaiblîssement  de  Taffection  pour  Tenfent 
après  le  sevrage)  a  été  observé  par  Basiîan  chez  certains 
peuples  sauvages. 

Dans  certains  états  pathologiques,  ainsi  que  cela  ressort 
de  la  thèse  de  doctorat  de  Chambard,  des  endroits  du  corps 
voisins  des  mamelles  (chez  les  hystériques)  ou  des  parties 
génitales  peuvent  jouer  le  rôle  de  zones  érogènes. 

Chez  l'Iiomme,  la  seule  zone  érogènc,  uu  point  do  vue 
physiologique,  c'est  le  gland  et  peut-ôtre  ,'ui?si  la  j»(»au  des 
parties  extérieures  des  organes  g<^nitanx.  l>aus  certains  cas 
pathologiques,  l'anus  peut  devenir  érogèiie  —  eela  explique- 
rait l'autoniasturliation  anale,  ras  très  Incluent,  et  la  pédé- 
rastie passive  '(Comparez  Garnier,  Anomalies  sexuelles^  Paris, 
p.  514,  et  Â.  MoU,  L'Inversion  sexuelUy  p.  163). 

Le  processas  psychophysiologique  qui  forme  le  sens  sexuel, 
est  ainsi  composé  : 

r  Heprésentations  évoquées  par  le  centre  ou  par  la  péri- 
phérie; 

2*  Sensations  de  plaisir  qui  se  rattachent  à  ces  évocations. 

Il  en  résulte  le  désir  de  la  satisfaction  sexuelle  {Hhîdo 
sextiolts).  Ce  désir  devient  plus  fort  à  mesure  que  Texcitation 
du  c6ne  cérébral,  par  des  images  correspondantes  et  par  TiU" 
terventionde  l'imagination,  accentue  les  sensations  déplaisir, 
et  que,  par  l'excitation  du  centre  d'érection  et  Thyperhémie 
des  organes  génitaux,  ces  sensations  de  plaisir  sont  poussées 
jusqu'aux  sensations  de  volupté  (sécrétion  de  liquor  prosta* 
tiens  dans  l'urèlhre,  etc.). 

Si  les  circonstances  sont  favorables  à  l'accomplissement  do 
l'acte  sexuel  .cl  satisfont  l'individu,  il  cédera  au  penchant 


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FAITS  PHYSIOLOGIQUES 


4^ 


qui  devient  de  plus  en  plus  vif.  Dans  le  cas  contraire,  il  se 
produit  des  idées  qui  font  cesser  le  rut,  entravent  la  fonc-» 
tîon  du  centre  d'érection  et  empêchent  Tacte  sexuel. 

Les  idées  qui  arrêtent  les  désirs  sexuels  doivent  être  à  la 
portée  de  Thomnie  civilisé,  chose  importante  pour  lui.  La 
liberté  morale  de  Tindividu  dépend,  d*une  part,  de  la  puis- 
sance des  désirs  et  des  sentiments  oi^aniques  qui  accom^ 
pagnent  la  poussée  sexuelle  ;  d'autre  part,  des  idées  qui  lui 
opposent  un  frein. 

Ces  deux  éléments  décident  si  l'individu  doit  ou  non 
aboutir  à  la  débauche  cl  môme  au  crime.  La  <  onslitutiou 
physique  et,  en  général,  les  influences  organiques  exercent 
une  pui'~sanl»*  action  sur  la  lorce  des  élr^meiils  iiiipnlsifs; 
réducalion  et  la  volonté  morale  sont  les  mobiles  des  idées  de 
résistance. 

Les  forces  impulsives  vi  les  forces  d'arrôl  sont  choses 
variables.  L'abus  de  ralcool  produit  à  ce  sujet  une  influence 
néfaste,  puisqu'il  éveille  et  augmente  le  Uàido  sextuilis  et 
diminue  en  même  temps  la  force  de  résistance  morale. 

LA  COHABITATION  > 

La  condition  fondamentale  pour  l'homme,  c'est  une  érec- 
tion suflisante.  Ânjel  fait  observer  {Archiv  fur  Psychiatrir, 
Vlil,  H.  2)  avec  raison  que,  dans  l'excitation  sexuelle,  ce  n'est 
pas  seulement  le  centre  d'érection  qui  est  excité,  mais  que 
l'excitation  nerveuse  se  répand  sur  tout  le  syst^me  vaso-mo- 
teur des  nerfs.  La  preuve  en  est  :  la  turgescence  des  organes 
pendant  Tacte  sexuel,  Tinjection  des  cùnjunctiva^  la  proémi- 
nence des  bulbes,  la  dilatation  des  pupilles,  les  battements  du 
cœur  (par  paralysie  des  nerfs  vaso-moteurs  du  cœur  qui  vien- 
nent du  sympathique  du  cou,  ce  qui  produit  une  dilatation 

1.  Cninpanf  Roubaud  :  Traiti  de  Fimpuinanee  et  d*  ta  9UrilUéf 
Pftri*,  1818. 


46 


PSYCHOPATHIA  SEXUAI.IS 


des  artères  du  cœur  et  ensuite  ThyperlK^mie  et  un  plus  fort 
-ébranlement  des  ganglions  cardiaques).  L'acte  sexuel  va 
de  pair  avec  une  sensation  de  volupté  qui,  chez  Thomme,  est 
probablement  provoquée  par  le  passage  du  sperme  à  travers 
les  canaux  éjaculateurs  dans  Turèf  hre,  effet  de  Texcitation  sen- 
sible des  parties  génitales.  La  sensation  de  volupté  se  produit 
chez  rhomme  plus  iAi  que  chez  la  femme,  8*accroit  comme 
une  avalanche  au  moment  oCi  réjaculaiion  commence  et 
atteint  son  maximum  au  moment  de  réjaculation  complète, 
pour  disparaître  rdi)ïdcmml  post  ejacuiationem. 

Chez  la  femme  la  sensation  de  volupté  se  mauifesle  plus 
tard,  s  accroît  lentement,  et  subsiste  dans  la  plupart  des  cas 
après  réjaculation. 

Le  fait  lo  ])lus  décisif  dans  la  cohabitation,  c'est  L'éjauula- 
tion.  Celte  fonction  dépend  d'un  centre  (génito-spinal)  dont 
Budge  a  démontré  1  existence  et  qu'il  a  placé  à  la  hauteur  de 
la  quatrième  vertèbre  lombaire.  Ce  centre  est  un  centre  ré- 
flexe, il  est  excité  par  le  sperme  qui,  à  la  suite  de  Texcitation 
du  gland,  est  poussé  par  phénomène  réflexe  hors  des  vési- 
cules séminales  dans  la  portion  membraneuse  de  Turèlhre. 
Quand  ce  passage  de  la  semence,  qui  a  lieu  avec  une  sensation 
de  volupté  croissante,  représente  une  quantité  suffisante  pour 
agir  assez  fortement  sur  le  centre  d*éjaculation,  ce  dernier 
entre  en  action.  La  voie  motrice  du  réflexe  se  trouve  dans  le 
quatrième  et  te  cinquième  nerf  lombaire.  L^aclion  consiste 
dans  une  agitation  convulsive  du  muscle  bulbo-cavcmeux 
(innervé  par  les  troisième  et  quatrième  noris  sacrés)  et  ainsi 
le  sperme  est  projeté  au  dehors. 

Chez  la  femme  aussi  il  se  produit  un  mouvement  réflexe 
quand  elle  se  trouve  au  maximum  de  l'afiitation  sexuelle  et 
voIu|»tueus(\  Il  commence  par  l'excitation  des  nerfs  sensibles 
des  parties  génitales  et  consiste  en  un  mouvement  péristal- 
tique  dans  les  trompes  et  l'utérus  jusqu'à  la  poriio  vaginaiù, 
ce  qui  fait  sortir  la  glaire  tubaire  et  utérine. 

Le  centre  d'éjaculation  peut  être  paralysé  par  des  in- 


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FAITS  PHYSIOLOGIQUES 


41 


fluences  venant  de  Técoree  cérébrale  (coït  à  centre-cœur, 
en  général  émotions  morales,  et  quelque  peu  par  influence  de 
la  volonté). 

Bans  les  conditions  normales,  Tacte  sexuel  terminé,  Térec- 
tion  et  le  iibido  seœuaHs  disparaissent,  et  Texcilatton  psy- 
chique et  sexuelle  fait  place  à  une  détente  agréable. 


1 


III 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


Fréquence  et  itoportanco  des  «yinplûmetf  p«tliologiqae».  —  Tableaa  de*  né- 
vroses sexurlifs.  — >  Irritation  du  centre  d'érection.  —  Son  atrophie.  — 

Arrêta  dans  le  ccnlrc  d'érection.  —  Faiblesse  et  irritabilité  du  centre.  — 
Les  névroses  du  centra  d'éjaculation.  —  Névroses  cérébrales.  —  Paradoxie 
ou  Instinct  sexnei  hors  de  la  période  normaie.  —  ÊTeil  de  l'instinct  sexuel 

dans  IVnfancf.  —  Renaissance  de  ccf  iustin  t  1  la  vieillesse.  —  Aber- 
ration sexuelle  citez  tes  vieillards  expliquée  par  1  mipuissance  et  la  démence. 

—  Aneslhésie  sexuelle  ou  manque  d^lnslinct  sexuel.  —  Anesibésie  eongé- 
nitalc;  arasthesic  acquise.  —  Hyper.'sllu'sie  ou  exaspération  morbiile  de 
l'instiuct.  —  Causes  et  particularités  de  cette  anomalie.  —  Parestbésie  du 
sens  sexuel  ou  perversion  de  l'instinct  sexuel.  — Le  sadisme.  —  Essai  d*ex- 
pliraticn  du  sadi'uir*.  —  A<:sassiiiul  par  volupf»'  sadique.  — •  Anthropopha- 
gie. —  Outragea  aux  cadavres.  —  Brutalités  contre  les  femmes;  la  oiauie 
de  les  faire  saigner  ou  de  les  fouetter.  —  La  manie  de  souiller  les  feminat. 

—  Sadisme  symbolique.  —  Autres  actes  de  viuleucr  cnntre  les  foimnos.  — 
Sadisme  mr  des  animaux.  —  Sadisme  sur  iriuiportc  quel  nbjet.  —  Les 
foucUeurs  d'oiifaiits.  —  Le  sadisme  de  la  femme.  —  La  Penlhésilëe  de 
Kleist.  —  Le  uiasochisuio. —  Nature  et  ?yinp!Ames  du  ma.«ochismc.  —  Désir 
d'être  brutalisé  ou  humilié  dans  le  but  de  sitli^faire  le  sens  sexuel.  —  La 
flagellation  passive  dans  ses  rapports  avec  le  masochisme.  —  La  fréquence 
du  masochisme  et  ses  divers  modes.  —  Masochisme  symbolique.  —  Maso- 
chisme d'imagination.  —  Jean-Jacques  Boiisseau.  —  Le  masochisme  cbes  les 
romanciers  et  dans  les  écrits  scientifiques.  —  Masochisme  déguisé.  —  Les 


1.  .Sources  :  Parent- Duchatelot,  Proslitulion  dam  la  ville  de  Paris,  1837.  — 
Rosenbnum,  EnUiehung  Jer  %|)Atfé/,  lialle  1839.  —  même,  Die  l.usUeuehe 
im  AUrrthiifn,  M  illc,  l^f'î''.  —  Descuret,  La  mé  decine  d-s  j-aasionn,  Paris,  1860. 

—  (laspei ,  Klm.  Xovi'lien,  lUbli.  —  Uastian,  Uer  Uemch  iin  der  Geschichle. 

—  Friedlandcr,  Sitlengeschichte  Roms.  —  Wicdcmeistcr,  CMtarenwahnsinn. 

—  Scherr,  Deutfche  Kttlhir  und  Sitt>  nqeschirhl'',  t.  I,  chap.  îx.  —  Tardieu, 
Des  attentat*  aux  n»i  it)  s,  1"  édit.,  ISIS.  ■ —  Kujiuiughau.-,  l'jti/cJtui>al/iQlugie^ 
pp.  98,  22:;,  t>.lO.  212,  —  Schûlc,  Handbuch  der  Gfisteskra'ikheiten,  p.  m.  -1 
Marc,  J>ie  Ge^ttetkrankheiten,  trad.  par  Ideler,  II.  p.  128.  —  V.  KraiTl,  Lehrb. 
rf.  Psychiatrie,  !•  édit.,  p.  90;  Lehrb.  d.  ger.  Psychopalhol.,  3"  édit  ,  p.  219; 
Archiv/.  l'-i'/i-flici'ric,  VII,  2.  —  Morcau,  Des  afieirnlinns  du  sens  génésique, 
Paris,  lasu.  —  Kiro,  Allg.  leiUchrifl  f.  P$ych'atrte,XXX\\  cahiers 2  et  3.  — 
Lombmso,  instinct  séxnet  et  crime»  (faits  leurs  rapports  {Goldtmmên  Archiv, 
t.  XXX  .  —  T  iriiowsky,  Dir  Krankhaften  Erschinuuf/fa  îles  (•eschlechts-' 
sinns  Berlin,  lHHù.  —  Bail»  La  Foiie  érolique,  Paris,  ISS^.  —  Sérieux,  Recher- 
ches eliniqms  sur  les  attomaiit»  de  Vinsiinet  «ezuef,  Paris,  IS88.  —  Hammoml, 
Sexuaie  tmpotenSt  traduit  par  8allinger,  Berlin,  I8S9. 


KEUnO-PSVaiOPATHOLOGIE  GÉISÉHALE  49 

féîichistes  du  souln  r  et  du  pied.  -  .Masochisme  déguisé  OQ  «ctos  malpro- 
près  commis  diw»  Je  but  de  s'humilier  et  de  se  procurer  une  satisfaction 
sexuelle.  -  Hasoehiome  ebez  la  femme.  -  Essai  d  explicalion  du  maso- 
chisnie.  -  L:i  sei  viiude  sexuelle.  -  Masochisme  et  sadisme. —  Le  féUebiane* 
expUaitiou  de  son  origine.  -  Cas  où  le  fétiche  est  un  <  .  ^rtie  du  coru 
féminin.  —  U  féliebisme  de  la  main.  -  Les  difformités  connue  fétiches.- 
Le  fétichisme  des  n.iUes  de  cheveu  v,  1rs  coupeurs  de  natlea.— Le  vêtement 
de  la  femme  comme  fûUcbe.  —  Amateurs  ou  voleurs  de  mouchoirs  de 
^.""f  f»-  -  ^  fétichistes  du  soulier.  -  Une  étoffe  comme  féUche.  ~  Le» 
fétichistes  rt.'  fa  foiirnirp,  de  In  .oie  et  du  velours.  -  L'invcrpion  sexuelie 
Uuuiucut  011  contracte  celte  disposition.  -  La  névrose  comme  cause  dé 
I  inversion  sexuelle  aeqoi«e.  -  Degrés  de  la  dégénérescence  acquise.  - 
Simple  inversion  do  sens  sctuel.  _  ftviration  cl  déféminalion.  -  La  folie 
des  bcythe».  -  Les  Mujeradus.  -  Les  transitions  à  la  métamorphose 
sexuelle.  -  Métamorphose  sexi.clle  paranoique.  —  L'inversion  sexuelle 
congénitale.  -  Diverses  formes  de  cette  maladie.  -  Symptômes  Lénéranx. 
--Essai  d explication  de  cette  maladie.  —  L'hermaphrodisme  psychique  — 
Hoiiu  sexuels  ou  uranistes.  -  Efféminalion  on  Tiragim(«.  —  Androgynie  et 
gjuandne.  —  Autres  phénomènes  de  perversion  sexuelle  chez  les  individus 
«Itainta  d'inversion  sexuelle.  —  Diagnostic,  pronostic  et  thérapeutique  de 
l  uveraion  sexuelle.  . 


Chez  les  hommes  civilisés  de  notre  époque  les  fonctions 
sexuelles  se  manifestent  très  souvent  d'une  manière  anor- 
male. Cela  s'explique  en  partie  par  les  nombreux  abus  géni- 
taux, en  partie  aussi  par  ce  fait  que  ces  anomalies  fonction- 
nelles sont  souvent  le  signe  d*une  disposition  morbide  du 
système  nerveux  central,  disposition  résultant,  dans  la  plu- 
part des  cas,  deThérédité.  (Symptômes  fonctionnels  de  dégé- 
nérescence.) 

Comme  les  organes  de  la  j^énéiation  ont  une  importante  cor- 
rélation fonctionnelle  avec  tout  le  système  nerveux,  rapports 
psychi(nies  et  somatiqiies,  la  liéquencc  des  névroses  et  psy- 
choses générales  liin  .  nux  maladies  sexuelles  (fonctioimeUes 
ou  organiques),  se  comprend  facilement. 


nTGBOPAlBU  StZDAin. 


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PSYCUOPATHIA  SEXUAUS 


TABLEAU  SGHÛIATEQUE  DES  NfiVROSES  SEXUELLES 

I.  ~  NÉVB08B8  PÉBIPHÉBXQTIBS 

1°  SENSITIVES 

a,  Anesthé$ie\  b,  Hyperetdhésie  \  c.  Névralgie 

3*  SÉCHÉTOIttBS 

a,  Âspermie  ;  b,  Pofyspermie, 

MOTRICES 

a,  Pollutions  {spasmes)  ;  Sperniatorrhée  (paralysie).. 
U,      N^ROSBS  SPINALBB 

!•  AFFECTIO£<S  DU   CENTRE  D'ÉRECTION 

a)  Lûxciuuion  (priapisme)  se  produit  par  une  action  réflexe 
due  à  des  excitations  sensitives  périphériques,  directement 
par  Texcitation  organique  des  voies  de  communication  du 
cerveau  au  centre  d^érection  (maladies  spinales  de  la  partie 
inférieure  de  la  moelle  cervicale  et  de  la  partie  supérieure  de 
lu  moelle  dorsale)  ou  du  centre  lui-même  (certains  poisons) 
ou  enfin  par  des  excitations  psychiques. 

Dans  ce  dernier  cas,  il  y  a  satyriasis,  c*est4i-dire  prolon- 
gation anormale  de  réfection  et  du  libido  sexualis.  Quand  il 
\  a  seulement  excilalioii  réflexe  ou  excilalion  directe  orga- 
nique, le  libido  peut  faire  di  laul  et  le  priapisme  être 
accompagné  d'un  sentiment  de  dégoût. 

à)  La  paralysie  provient  de  la  desh  action  du  centre  ou  des 
voies  de  communication  [ncrri  eiitjeiues)^  dans  les  maladies 
de  la  moelle  épinière  (impuissance  paralytique). 

line  forme  atténuée  de  cet  état  est  la  diminution  de  la  sen- 
sibilité du  centre  par  le  surmenage  (suite  des  excès  sexuels, 
surtout  onanisme)  ou  par  Tintoxication  due  à  des  sels  de 
brome,  etc.  Cette  paralysie  peut  être  accompagnée  d'une 
anesthésie  cérébrale,  souvent  d*une  anesthésie  des  parties 


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]SEIIH0-1»SYCH0PATH01.0GIE  GÉNÉRALE 


51 


génitales  externes.  Souvent  il  ae  produit  dans  ce  cas  de  l'hy- 
peresUiésie  cérébrale  {libido  ^<*j;t<a/f>  accentué,  lubricité). 

Une  forme  particulière  de  Tanesthésie  incomplète  se  pro- 
duit dans  les  cas  où  te  centre  n'est  sensible  qu*à  certaines 
excitations  spéciales  auxquelles  il  répond  par  rérection.  Ainsi 
il  ]r  a  des  hommes  chez  qui  le  contact  sexuel  avec  une  épouse 
chaste  ne  donne  pas  une  excitation  suffisante  pour  amener 
réfection,  mais  chez  qui  Férection  se  produit  quand  ils  vien- 
nent &  cofter  avec  une  prostituée  ou  qu'ils  accomplissent  un 
acle  sexuel  contre  nature.  Les  excitations  psychiques,  en 
tant  qu  elk's  peuvent  venir  en  compte  dans  ces  cas,  peuvent 
être  cependant  inadéquates  (voir  plus  bas  parcsthésie  et 
pprvor?ions  du  sens  sexuel). 

c}  Entraves.  —  Le  centre  d'érection  pouf  dovimir  incapable 
de  fonctionner  par  suite  des  influences  céiébrales.  Ainsi 
agissent  certaines  émotions  (dégoût,  crainte  des  maladies 
vénériennes),  ou  bien  la  crainte  de  n'avoir  pas  la  puissance 
nécessaire 

Dans  le  premier  cas,  rentrent  souvent  les  hommes  qui  ont 
pour  la  femme  une  aversion  invincible,  ou  qui  craignent  une 
infection,  ou  encore  ceux  qui  sont  atteints  d*une  perversion 
sexuelle;  dans  le  deuxième  cas  rentrent  les  névropathes 
(neurasthéniques  hypocondriaques),  souvent  aussi  des  gens 
dont  la  puissance  génitale  est  affaiblie  (onanistes),  des  gens 
qui  ont  une  raison  ou  croient  en  avoir  une  de  se  méfier  de 
leur  puissance  génésique. 

Cet  état  psychique  agit  comme  entrave,  et  rend  Tacte 
sexuel  avec  une  personne  de  l'autre  sexe  temporairement 
ou  pour  jiHriui  -i  impossible. 

dj  Deùiiilé  seiisitive.  ■ —  11  existe  alors  une  sensibilité  auor- 

1.  Uagoaa  cite  ua  exemple  iutérestfont  dans  lequel  ime  obseesiou  de  aature 
B«D  fnnelto  peut  «nlrer  en  Jeu  (Voir  Ann.  mfâ.^afth.,  %WS>).  Un  étudiant 
Je  vingt  et  un  ans,  très  chargé  au  point  <1c  viif  k*  !'ht^r«*flî{i^,  autrefoia  ona- 
niste,  a  contioueileuient  à  luUer  contre  l'obsession  du  chiffre  13.  Toutes  le» 
Ibif  qu'il  veut  «e  Uvrtr  au  coït,  eetU»  obMMion  da  chUfre  i%  empêehe  ebtt 
loi  réfection  et  rend  fucto  impossible. 


52 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


m  aie  avec  rel&chemcnt  rapide  de  l'énergie  du  centre.  Il  peut 
s'agir  d*ua  dérangement  fonctionnel  du  centre  lui-même, 
ou  d'une  foiblesse  d'innervation  des  nervi  erifferUes,  ou  enfin 
d*une  faiblesse  du  muscle  ischio-caverneux.  Avant  de  passer 
aux  anomalies  qui  vont  suivre,  il  faut  encore  faire  mention 
des  cas  où»  par  suite  d'une  éjaculation  anormalement  hitive, 
l'érection  est  insuffisante. 

AFFECTIONS  DU  CENTRE  D  tJACi;LATION 

a)  Li'jacuUuion  anormalement  facile  est  due  au  manque 
d'arrêt  cérébral  qui  se  manifoslo  par  suite  d'une  trop  grande 
excitation  psychique,  ou  d'une  fnililesic  sensilive  du  centre. 
Dans  ce  cas,  une  sinipic  idc'e  lascive  suftit,  dans  certaines 
circonstances,  pour  mettre  eu  action  le  centre  Irèsentaclië  de 
neurasttîénie  spinale,  pour  la  plupart  des  cas  par  suite  d'abus 
sexuels.  Une  troisième  possibilité}  c'est  Thypercsthésie  de 
Turèthre  :  le  sperme  en  sortant  provoque  une  action  réflexe 
immédiate  et  très  vive  du  centre  d\^jaculation.  Dans  ce  cas, 
la  seule  approche  des  parties  génitales  de  la  femme  peut 
suffire  pour  amener  l'éjaculalion  ante  portam. 

Quand  Thyperesthésie  uréihralc  intervient  causalement, 
l'éjaculation  peut  produire  un  sentiment  de  douleur  au  lieu 
d'un  sentiment  de  volupté.  Dans  la  plupart  des  cas  d'hyper- 
esthésie  uréthrale,  il  y  a  faiblessie  sensitive  du  centre. 

Ces  deux  troubles  fonctionnels  sont  importants  dans  l'étio* 
lo^ic  de  la  poUutio  rdmia  et  diitma. 

La  sensation  de  volupté  peut  pathologiqueraent  faire 
défaut.  Cela  peut  se  rencontrer  chez  des  hommes  ou  des 
femmes  héréditairement  chargés  (aneslhésie,  asperniicy,  à  la 
suite  de  maladies  (neurasthénie.  Ijystérie),  ou  à  la  suite  de 
surexcitations  suivies  d'afîaisseiueut  geliez  les  méréfrices). 

Le  degré  de  réraoliou  motrice  d  p<;vcliique  (}ui  st'  mani- 
feste pendant  l'acte  sexuel  dépend  de  l'intensité  de  la  sensa- 
tion voluptueuse.  Dans  certains  états  patliologiques,  cette 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE  53 


émoUun  peut  telicnioni  s'accroître  que  les  mouvements  du 
coït  prennent  un  caractère  convulsif,  soustrait  à  Tinfluence 
de  la  volonté,  et  peuvent  même  se  transformer  en  convul- 
sions générales. 

ù)  Dif/îi  ulté  anormale  de  l'éjacuiation.  — Elle  est  causée  par 
rinsensibilité  du  centre  (absence  du  iiàido,  atrophie  orga- 
niqu»  du  centre  par  des  maladies  du  cerveau  et  de  la  moelle 
épinière,  atrophie  fonctionnelle  à  la  suite  d'abus  sexuels, 
marasme,  diabète,  morphinisme).  Dans  ce  cas,  Tatrophie  du 
centre  est  souvent  accompagnée  de  Tanesthésie  des  parties 
génitales.  Elle  peut  6tre  aussi  la  conséquence  d*une  lésion  de 
l'arc  réflexe  ou  de  Tanesthésie  périphérique  (uréthrale)  ou  de 
Taspermie.  L'éjacuiation  ne  se  produit  pas  au  cours  de  l'acte 
sexuel,  ou  très  tardivement,  ou  enfin  après  coup  sous  forme 
de  pollution. 

m.  —  NEVROSBS  CÉRÉBRALES 

1*  ParadoxiCj  c'est-à-dire  émotions  sexuelles  produites  en 
dehors  de  l'époque  des  processus  anatomico-pbysiologiqucs 
dans  la  zone  des  parties  génitales. 

'2'' Anesihésie  {manque  de  penchant  sexuel).  —  Ici  toutes 
les  impulsions  organiques  données  par  les  parties  génitales, 
de  même  que  toutes  les  représentations,  toutes  les  impres- 
sions optiques,  auditives  et  olfactives,  laissent  l'individu  dans 
rindifférence  sexuelle.  Pbysiologiquement  ce  phénomène  se 
produit  dans  Tenfance  et  dans  la  vieillesse. 

3*  Hypere$thésie  (penchant  augmenté  jusqu'au  satyriasis). 

Ici,  il  y  a  une  aspiration  anormalement  vive  pour  la  vie 
sexuelle,  désir  qui  est  provoqué  par  des  excitations  organiques, 
psychiques  et  sensorielles.  (Acuité  anormale  du  libido^  lu- 
bricité insatiable.)  L'excitation  peut  être  centrale  (nympiio- 
manie,  satyriasis),  périphérique,  fonctionnelle,  organique. 
.  4'  Paresihésie  (perversion  de  l'instinct  sexuel),  c'est-à-^ire 
excitation  du  sens  sexuel  par  des  objets  inadéquats. 


Si  PSYCHOPATHIA  SEXtlAlJS 

Cos  anomalies  cérébrales  lombciil  daii'^  le  domuine  de  la 
psyrliopulliologic.  FjPS  anomalies  spinales  pI  périphériques 
peuvent  se  combiner  avec  celles-ci.  Ordinairement  elles  se 
rencontrent  chez  des  individus  non  alleinUde  maladies  men- 
tales. Elles  peuvent  <:o  présenter  80US  diverses  combinaisons 
et  devenir  le  mobile  de  délits  sexuels.  C'est  pour  celte  raison 
qu'elles  demandent  à  être  traitées  à  fond  dans  l'exposé  qui 
va  suivre.  LMntérdt  principal»  cependant,  doit  revenir  aux 
anomalies  causées  par  le  cerveau,  ces  anomalies  poussant 
souvent  à  des  actes  pervers  et  même  criminels. 

A. —  PABADOXlfc.  — INSTINCT  SEXUEL  EN  ItlCIlOU-;  hV.  LA  TÊHIOUK  * 
UBS  PBOCESSUS  AiNATOMICO-POYSlOLOGIQlES 

1*  imlinct  sejLuel  ffam  f  eitfawp.  —  Tout  médecin  ncuro- 
patîiologne  et  lout  médecin  d'enfanls  savent  que  les  mouve- 
ments de  la  vie  sexuelle  peuvent  se  manifester  chez  les  petits 
enfants.  Il  laul  eilcr,  à  ce  propos,  les  communications  très 
remarquable»  d'Ultzmann  sur  la  masturbation  dans  l'en- 
fance '. 

Il  faut  bien  distinguer  les  cas  nombreux  où,  à  la  suite  de 
phimosis,  balanites,  oxyures  dans  Tanus  ou  dans  le  vagin, 
les  enfants  éprouvent  des  démangeaisons  aux  parties  géni- 
tales, y  font  des  attouchements,  en  ressentent  une  sorte  de 
volupté  et  arrivent  ainsi  à  la  masturbation.  II  faut  bien  sépa- 
rer de  tous  ces  cas  ceux  oiï,  sans  aucune  cause  périphérique, 
mais  uni(iuement  par  des  processus  cérébraux,  Ten&nt 
éprouve  des  désirs  et  des  penchants  sexuels.  Dans  ces  der- 
niers cas  seulement  il  s'agit  dhine  manifestation  précoce 
de  la  vie  sexuelle.  Il  est  probable  qu'on  se  (lonve  \\\  en  |)ré- 
sence  d'un  phéaumène  partiel  d  un  cHal  morbide  neuro- 

l.  Louyer-Villermay  rapporte  aiis^i  un  cns  d'onanisme  chez  une  fille  de  trois 
&  quatre  ans;  <li  mriiie,  Morean  {AherrnVx<ms  du  sens  (jénésique ,  2^  (  Ji'    p  5o0i 
parle  d'un  enfant  île  deux  ans.  A  consuUer  Maudalcy  :  Physioloyte  et  l'aLho-  , 
lo;^ie  de  l  âmt,  p.  218 ;  Ilirschsprung  (Kopenhageojf  BeHm.klin,  Woefmtehrifi^ 
i886,  no  38}  Lombroto,  L'Uomo  dtlinquente. 


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NEORO-PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


55 


psychopalhique.  Uno  obsoivalion  de  Marc  [Les  maladies 
mentales)  nouë  founiit  uiic  preuve  frappante  ((o  col  ('lat. 
Le  sujet  ëtait  une  fille  de  huit  ans,  issue  d  uac  t'aniilie  Irès 
honorable  el  qui,  dénuée  de  lout  sentimciit  moral,  se  livrait 
à  la  masturbation  depuis  Tâge  de  quatre  ans*  Prœterea  ctim 
pueris,  decem  uigue  duodccim  ùnnos  natis^  siupra  fecil.  Elle 
était  hantée  par  Tidée  d'assassiner  ses  parents  pour  hériter 
et  pour  pouvoir  s'amuser  ensuite  avec  des  hommes. 

Dans  ces  cas  de  Uàido  précoce,  les  enfants  sont  amenés  à 
la  masturbation,  et,  comme  ils  sont  fortement  tarés,  ils 
aboutissent  souvent  à  Tidiolie  ou  aux  formes  graves  des 
névroses  ou  psychoses  dégénéralives. 

Lombroso  {Archiv.  di  PsyehiaiHay  IV*  p.  22)  a  recueilli  des 
documents  sur  des  enfants  héréditairement  tarés.  Il  parle, 
entre  autres,  d*une  fille  de  trois  ans  qui  se  masturbait  sans 
cesse  et  sans  vergogne.  Une  autre  fille  a  commencé  à  l'Age 
do  huit  ans  et  a  continué  à  s'onaniser  apros  son  mariage, 
surtout  pendant  la  durée  de  sa  grossesse.  Elle  a  accouché 
doii7e  fois.  Cinq  de  ses  enfauls  soul  ruoi  1<  très  jeunes;  quatre 
étairijl  i]os  hydrocéjthales.  <h'ux  (des  uarçous  se  sont  livrés 
à  la  masturbation,  1  un  à  partir  de  l'âge  de  quatre  ans,  l'autre 
à  partir  de  l'Age  de  sept  ans. 

Zambacco  [IJ Encéphale <t  1882,  n"  raconte  l'histoire 
abominable  de  deux  sœurs  avec  précocité  et  perversion  du 
sens  sexuel.  L'ainée,  R...,  se  masturbait  d('j^  :>  Tâge  de  sept 
ans,  stupra  eum  pueris  facieàat,  volait  quand  elle  pouvait  le 
faire,  sarorem  quatuor  annorum  ad  maslurbadonem  ilUxU^ 
fiisait  à  l'âge  de  dix  ans  les  actes  les  plus  hideux,  ne  put 
pas  même  être  détournée  de  sa  rage  par  le  ferrum  candens  ad 
«iiioridem;  elle  se  masturba  une  fois  avec  la  soutane  d*un 
prêtre  pendant  que  celui-ci  Texhortait  à  s*amender,  etc.,  etc. 

2*  Béveii  du  penchant  sexuel  à  fàge  de  sénilité.  —  Il  y  a 
des  cas  rares  où  Tinstinct  sexuel  se  conserve  jusqu'à  un  flge 
très  avancé.  «  Senectus  non  f/uidmt  annis  sed  viribus  magis 
xstimaUir  »  (Zittmannj.  (Esterlen  [Maschkas'  Handbuch^  III, 


56  PSYCHOPATHU  SEXUALiS 


p.  18)  rapporte  même  le  cas  d*iiii  vieillard  de  quatre-vingt- 
trois  ans  qai  fut  condamné  par  une  cour  d'assises  wurtem- 
bergeoîse  à  trois  ans  de  travaux  forcés  pour  délit  contre  les 
mœurs.  Malheureusement  il  ne  dit  rien  du  genre  du  délit  ni 
de  Tétat  psychique  de  Taccusé. 

Les  manifestations  de  Tinstinct  sexuel  à  un  ftge  très  avancé 
ne  constitupnl  pas,  par  olles-niêmos,  un  cas  pathologique. 
Mais  il  laul  iiécessaireiucnt  udiuellrc  des  concilions  palliolo- 
giques  quand  l'individu  est  usé  (décrépitude),  (juaiul  sa  vie 
sexuelle  est  déjà  éteinte  depuis  longtemps,  et  ([uand,  clioz 
un  houirae  dont  aiitrefois  peut-être  les  besoins  ^t  xiicls 
n'étaient  pas  très  forts,  l'instinct  se  manifeste  avec  une 
grande  puissance  et  demande  à  être  satisfait  impérieusement, 
souvent  même  se  pervertit. 

Dans  de  pareils  cas,  le  bon  sens  fera  soupçonner  l'exis- 
tencc  de  conditions  pathologiques.  La  science  médicale  a  bien 
établi  qu'un  penchant  de  ce  genre  est  basé  sur  des  change- 
ments morbides  dans  le  cerveau,  altérations  qui  peuvent  me- 
ner à  ridiotie  sénîle  (gagaïsme,  gfttisme). 

Ce  phénomène  morbide  de  la  vie  sexuelle  peut  être  le  pré- 
curseur de  la  démence  sénile  et  se  présente  longtemps  avant 
qu'il  existe  des  faits  manifestes  de  faiblesse  intellectuelle. 
L'observateur  attentif  et  expérimenté  pourra  toujours  démon- 
trer, même  dans  cette  phase  prodromique,  un  changement 
de  caractère  in  pejus  et  un  atTaiblisscment  du  sens  moral  qui 
va  de  pair  avec  cet  étrange  réveil  sexuel.  Le  Hhido  de  l'homme 
qui  est  sur  le  point  de  tomber  en  démence  sénile,  se  mani- 
feste au  début  par  des  paroles  et  des  gestes  lascifs.  Les  enfants 
sont  les  premiers  attaqués  par  ces  vieillards  cyniques,  ([ui 
sont  en  train  de  verser  dans  ralro|)hie  eérébrale,  et  dans  la 
dégénérescence  psYchi(|iie.  Les  occasions  plus  faciles  d'abor- 
der les  enfants,  et  aussi  la  conscience  d'nne  puissance  défec- 
tueuse, peuvent  expliquer  ce  fait  attristant;  une  puissance 
génésique  défectueuse  et  un  sens  moral  très  abaissé  expliquent 
encore  pourquoi  les  actes  sexuels  de  ces  vieillards  sont  tou- 


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NEUR<M>SÏCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


jours  pcrvei-s.  Ce  sont  des  équivalents  de  Tactc  physiolo- 
gique dont  ils  ne  sont  plus  capables.  Comme  tels,  les  aonales 
de  la  médecine  légale  enregistrent  l'exhibition  des  parties 
génitales  (voir  Lasègue  :  Jjes  ezhiditionnistes.  Union  médû 
ca/e,  1871,  l**  mai),  rattouchement  voluptueux  des  parties 
génitales  des  enfantt  (Legrand  du  Saulle,  La  folie  devant 
les  tribunaux^  p.  30),  rexcitalion  des  enfants  à  la  mastur- 
balion  du  séducteur,  Tonanisation  de  la  victime  (Hirn, 
Uoichkaa  Handàuch  d,  ger,  Med,^  p.  373),  la  flagellation  des 
en&nts. 

Dans  cette  phase*  rintelligcnceduvicillardpeutencoreètre 
assez  conservée  pour  qu'il  cherche  à  éviter  l'éclat  et  les  révé- 
lations, tandis  que  son  sens  moral  a  trup  bulî^sé  pour  qu'il 
puisse  juger  de  la  moralité  de  l'acte  et  pour  qu'il  puisse  ré- 
si«^t('r  à  son  penchant.  Avec  l'apparition  de  la  démence,  ces 
actes  dovionnent  de  plus  en  jtlus  eliontés.  Alors  la  [ii  eoccupa- 
tioii  d'impuissance  disparaît  et  le  malade  recherche  des 
adultes:  mais  sa  puissance  génésique  défectueuse  le  réduit 
à  se  contenter  des  équivalents  ducoït.  Dans  ce  cas,  le  vieillard 
est  souvent  amené  à  la  sodomie,  et  alors,  comme  le  iait 
remarquer  Tarnoswsky  {op.  cit.,  p.  77),  dans  ra(  te  sexuel 
avec  des  oies,  des  poules,  etc.,  l'aspect  de  l'animal  mourant, 
ses  mouvements  convulsifs  procurent  une  satisfaction  com- 
plète au  malade.  Les  actes  sexuels  pervers  accomplis  sur  des 
adultes  sont  aussi  abominables  et  aussi  psychologiquement 
comprâiensibles  d*après  les  faits  que  nous  venons  de  men- 
tionner. 

^observation  49  de  mon  traité  de  Psychoipathologie  légale 
nous  montre  combien  le  désir  sexuel  peut  devenir  intense  au 
cours  de  la  demeniia  senilis  çuum  senex  libidinoiusgermanam 

mam  filiam  êemulatione  motus  necaret  et  adspectu  pectoris 
cxsi  puelLv  nioriùuiuiœ  dclectaretur. 

Dans  le  cours  de  cette  mal  ulie,  des  délires  érotiques  peuvent 
se  produire  avec  épisodes  maniaques  ou  sans  ces  épisodes, 
ainsi  que  cela  ressort  du  tait  suivant. 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


Observation  i.  —  J.  René  s'est  adonné  de  tout  temps  aux  plai* 
sirs  sexuels,  mais  en  gardant  le  décorum.  U  a,  depuis  l'âge 
de  soixante-seize  ans,  montré  un  affaiblissement  graduel  de  ses 
facultés  mentales  en  même  temps  qu^une  augmentation  progres- 
sive dans  la  perversion  du  sens  moral.  Autrefois  avare  et  de  lre>s 
bonne  tenue,  consumpsit  bona  sua  cum  mcrctrinbits,  lupnnmna  fre- 
quentabaf y  ab  otm}i  femina  in  vin  o^rf'rr-n/^',  vt  uxor  fiât  sua  voluH, 
aut  ut  coitnm  rorrcederef,  pi  il  ;i  Iclh  im  n  i  offensé  les  mœurs  publi- 
ques, qu'il  a  i'allu  l'iulenicr  dans  une  luaiâon  U'alienés.  Lu,  son 
excitation  sexuelle  se  surexcita  et  devint  un  élat  de  véritable 
satyriasis  qui  dura  jusqu^à  sa  mort  H  se  masturbait  sans  cesse, 
même  en  public,  divaguait  sur  des  idées  obscènes;  il  prenait  les 
hommes  de  son  entourage  pour  des  femmes  et  les  pousuivait  de 
ses  sales  propositions  (Legrand  du  Sautle,  /-«  Folie,  p.  533). 

Un  pai'cil  état  d'excitation  sexuelle  exagérée  (nymphomanie, 
furor  uffrintis'^:  peut  5f*  produire  chez  des  femmes  IomiIm^ps  on  lie- 
nienita  S'  nilis^  Lien  qu'elles  aient  été  auparavant  dus  iemuieb  très 
convenables. 

Il  ressort  de  la  lot  lure  de  Schopenliauer  monde  comme 
Volonté  et  comme  représenlalion,  18?)!).  (.11.  p.  4G1)  <iue,  dans 
la  dcmentia  sent'/is,  le  penchant  Tii()ii)i(l(»  oi  pervers  peut  se 
porter  oxcliisivenient  vers  les  personnes  du  sexe  du  malade 
(voir  plus  loin).  La  manière  de  satisfaire  ce  pencliunl  est,  dans 
ce  cas,  la  pédérastie  passive  ou  la  masturbation  mutuelle, 
comme  je  Tai  constaté  dans  le  cas  suivant. 

Observation  2.  —  M.  X...,  qualnî-vinf^ts  ans,  d'um'  haute  posi- 
tion sociale,  issu  d  une  famille  tcin  o,  cynique,  u  toujours  eu  de 
grands  besoins  sexuels.  Selon  son  propre  aveu,  il  préférait,  étant 
encore  jeune  homme,  la  masturbation  au  coTt.  Il  eut  des  mal- 
tresses, lit  à  Tune  d'elles  un  enfant,  se  maria  par  amour  à  Tftge 
de  quarante-huit  ans  et  fit  encore  six  enfants;  durant  la  période 
de  sa  vil'  (  cinjugale,  il  ne  donna  jamais  à  son  épouse  aucun  motif 
de  se  plaiiulre.  Je  pu'î  avoir  que  des  fhHails  incomplets  sur 
sa  famille.  Il  est  rcpoiul.-mt  <'lal)li  (pie  son  \'i\-r>'  clail  soupçonné 
d'amour  homosexuel  et  (in'un  de  s(>s  neveux  esL  devenu  fou  à  la 
suite  d  excès  de  maslurbaliou.  iJepui»  des  années,  le  caractère  du 
patient  qui  était  bizarre  et  sujet  à  des  explosions  violentes  de 
colère,  est  devenu  de  plus  en  plus  excentrique.  Il  est  devenu  mé> 


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NEimO-PSYCHOPATHOLOGlE  GÉNÉRALE 


S9 


liant  el  la  moindre  conlrariété  dans  ses  désirs  le  met  dans  un 
état  qui  peut  provoquer  des  accès  de  rage  pendant  lesquels  il 
lève  même  la  main  sur  son  épouse. 

Depuis  un  an  on  a  remarqué  chcx  lui  des  syni})lômes  nets  dr 
iemenlia  senilis  incipivns.  La  mémoire  s'est  alVaiblic  ;  il  se  trompt* 
sortes  faits  4a  passé  et  parfois  ne  sait  plus  s  y  reconnaître.  De- 
puis quatone  mois,  on  constate  chez  ce  vieillard  de  véritables 
explosions  d'amour  pour  certains  de  ses  domestiques  hommes, 
parliculièrement  pour  un  garçon  jardinier.  D*hahitude  tranchant 
et  hautain  envers  ses  subalternes,  il  comble  ce  favori  do  HiveurA 
el  de  radoaux,  cl  ordonne  à  sa  famillo  ain«i  qu'aux  oinploycs  de  sa 
maison  de  montrer  la  plus  grande  déférence  à  ce  ^an  oti.  Il  allnnd, 
d:înç  tin  état  de  véritable  rut,  les  heures  de  rendes- vous.  Il  t  loigne 
de  U  maison  sa  famille  pour  pouvoir  rester  seul  et  sans  gène  avec 
son  favori  ;  il  s*enferme  avec  lui  pendant  des  heures  entières 
el,  quand  les  portasse  rouvrent,  on  ti'ouve  le  vieillard  toutépuisé, 
ooQché  sur  son  lit.  En  dehors  de  cet  amant,  ce  vieillard  a  encore 
périodiquementdes  rapports  avec  d'autres  domestiques mAles.  Hoc 
eomtat  amalos  eum  adie  irahere,  ab  iis  oieuUi  eon'-upise^re,  gtnUaHa 
$m  f'rnfji  juherc  itnrjue  mnsftii  firif'wnetn  mulunm  fifri.  Cfs  manies 
produisent  chez  lui  une  véritable  démoralisation.  Il  n"a  plus  con- 
scienr'p  de  la  perversité  de  ses  actes  sexuek,  de  sorte  que  son 
honorable  famille  est  désolée  et  n'a  d'autre  recours  que  de  le 
mettre  sous  tutelle,  de  le  placer  dans  une  maison  de  santé.  On 
D'à  pu  constater  chez  lui  d'excitation  érotique  pour  l'autre  sexe, 
bien  quil  partage  encore  avec  sa  femme  la  chambre  à  coucher 
commune.  En  ce  qui  concerne  la  sexualité  pervertie  et  le  complet 
affaissemont  du  sens  moral  de  ce  malheureux,  il  (  >!  h  remarquer, 
comme  fait  curieux,  qu'il  questltumc  les  sorvantes  de  sa  belle- 
fille  pour  savoir  si  celte  dernière  n'a  pas  d'amant. 

B.  —  ANBSTHÉSIB  (MAHOUE  DE  PENCUANT  SSXUEL) 

l**  Comme  ammalir  roinjrnitnle.  —  On  ne  peu l  considérer 
comme  exemples  inconlesLaLlcs  d'ab^iencc  du  sens  sexuel, 
occasionni^p  par  des  causes  cért'bralcs.  que  \o'>  cas  dans  les- 
quels, malgré  le  développement  cl  le  louclionnenieiil  normal 
df^s  parlios  {i-énitalns  (prodiirlioii  du  sporme,  men*;|nialion), 
tout  penchant  pour  la  vie  sexuelle  manque  absolument  ou  a 
manqué  de  tout  temps.  Ces  individus  sans  sexe,  au  point  de 


60 


PSYCHOPATHU  SEXUAUS 


vue  fonctionnel,  sont  très  rares.  Ce  sont  des  êtres  dt^générés 
chez  lesquels  on  peut  rencontrer  des  troubles  cérébraux 
fonctionnels,  des  symptômes  de  dégénérescence  psychique 
et  même  des  stigmates  de  dégénérescence  anatomique. 
Legrand  du  SauUe  cite  un  cas  classique  et  qui  rentre  dans 
cette  catégorie  {Annales  médieo-psychoLt  1876,  mai.) 

Obsbryation  3.  >— D*..,  trente-trois  ans,  né  d'une  mère  atteinte 
de  la  monomanie  de  la  persécution.  Le  père  de  cette  femme  était 
également  atteint  de  la  monomanie  de  la  persocution  et  finit  par 
le  suicide.  La  nirrt^  iHail  folîp,  et  la  iiiùre  do  ceUe-ri  n  été 
prise  de  folie  puerpérale.  Trois  fri-res  du  malade  sont  moris  en 
bas  âge,  un  autre  survivant  etail  d'un  caruclère  auuruial.  L>...  elait 
déjà,  à  TAge  de  treize  ans,  hanté  par  Tidée  qo^il  deviendrait  fou. 
A  TAge  de  quatorze  ans,  il  lit  une  tentative  de  suicide. 

Plus  tard,  vagabondage  ;  comme  soldat,  fréquents  actes  d*in« 
subordination  et  folies. 

U  était  d'une  intelligence  bornée,  ne  présentait  aucun  sympt^tme 
de  dépéiK  rescence,  avait  les  parties  génitales  normales,  et  eut,  à 
l'âge  de  dix-sept  ou  dix-huil  ans,  des  «'coulpmcnts  do  sperme. 
U  ne  s'est  juinats  uiaslurbé,  n'a  jamais  eu  de  sualimenls  sexuels 
et  n'a  jamais  désiré  avoir  des  rapports  avec  les  femmes. 

OasBAVATiOK  4.  —  p...,  trente-six  ans,  journalier,  a  été  reça 
au  commencement  du  mois  de  novembre  dans  ma  clinique  pour 
une  paralysie  spinale  spasmodique.  Il  prétend  être  issu  d*une 

famille  bien  portante.  Depuis  Tenfance  il  est  bègue.  Le  crâne  est 
microcéphale.  Le  malade  est  un  peu  niais.  Il  n'a  jamais  été 
sociable  et  n'a  jamais  eu  de  pencliauls  sexuels.  L'aspecI  d'une 
femme  ne  lui  dil  ricu.  Jamais  il  u(>  s'i  sl  manifosh*  chez  lui  de 
penchant  pour  la  umsturhalion.  il  a  des  crtH  lious  fn'Miuenlcs, 
mais  seulement  le  matin,  à  1  heure  du  réveil,  lursque  la  vessie 
est  pleine  ;  il  n  y  a  pas  trace  d'excitation  sexuelle.  Les  pollutions 
chez  lui  sont  très  rares  pendant  son  sommeil,  environ  une  fols 
par  an,  et  alors  il  rêve  qu'il  a  aflfaire  A  des  femmes.  Mais  ces 
rêves  n*ont  pas  un  caractère  é relique  bien  net.  Il  prétend  ne  pas 
éprouver  de  sensation  de  volupté  proprement  dite  au  moment  de 
la  pollution.  11  affirme  que  son  fn're.  de  trente-quatre  ans, 
est,  au  |)oint  de  vue  scxui  i,  constitue  comme  lui  ;  quant  à  sa  sœur, 
il  la  croit  dans  le  même  cas.  Un  frère  cadet,  dit-il,  est  d'une  sexua- 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


61 


lilé  normalr.  L'oxnmpn  dos  parties  génif  tl'--  du  malade  n'a  pas 
permis  de  constater  aucune  anomalie,  sauf  un  phimosis. 

Uammond  {ïmpuismnce  spxveUe^  Berlin,  1889),  ne  peut 
ciler  parmi  «os  nombreuses  observations  que  les  trois  cas 
suivants  à  anœsthesia  sexualis  : 

Observation  5.  —  W...,  trente-lrois  ans,  vigoureux,  bien  per- 
lant, avec  des  parties  génitales  normales,  D*a  jamais  éprouvé  de 

libido  et  a  en  vain  r  ssnyé  d't^veiller  son  sens  sexuel  absent  par 
des  It'olures  obstrues  cl  des  relalinns  avec  des  m/'rélrices. 

Ces  lenlalives  ne  lui  causaicul  (ju'un  d'-irniU  allant  jusquVi  la 
na«s*^e.  do  ICpuisement  nerveux  et  jihy^iijuc;  et  même,  lorsqu'il 
força  la  .situation,  il  no  put  (ju  une  seule  fois  arriver  à  une  érec- 
tioo  bien  passagère.  W...  ne  s'est  jamais  masturbé;  depuis  Tàge 
de  diz^sept  ans,  il  a  eu  une  pollution  tons  les  deux  mois.  Des 
intérêts  importants  exigeaient  quil  se  mariât.  11  n'avait  pas  Vhorrcr 
femin^f  désirait  vivement  avoir  un  foyer  et  une  femme,  mais  il 

sentait  incapable  d'accomplir  l'acte  sexuel,  et  il  est  mort  céli- 
bataire pendant  la  guerre  civile  de  l'Amérique  du  Nord. 

OsssBVATioif  6.— X...,  vingt-sept  ans,  avec  des  parties  génitales 
normales,  n'a  jamais  éprouvé  de  libido.  L'érection  ne  peut  avoir 
lien  par  des  excitations  mécaniques  ni  par  la  chaleur;  mids,  au 

lieu  du  libidoy  il  se  produit  alors  ches  lui  un  penchant  aux  excès 

alcoolique?.  Par  contre,  ces  derniers  provoquaient  des  érections 
spontanée?  et,  dan^  t  es  moments,  il  se  masturbait  parfois.  Il  avait 
de  l'aversion  pout  Ils  iV  iumes  et  le  coït  lui  causait  du  dégoût. 

S'il  en  essayait  iursqu  il  était  en  érection,  celle-ci  cessait  immé- 
diatement. II  est  mort  dans  le  coma,  par  suite  d'un  accès  d'hyper- 
émie  da  cerveau. 

Observation  7.  —  il'"^  0...,  d'une  constilulinn  nurmale,  bien 
portante,  bien  réglée,  ftgée  fîe  tieute-cinq  aus,  mariée  depuis 
quinze  ans,  n'a  jamais  éprouvé  de  libido,  et  n'a  jamais  ressenti 
de  sensation  érotique  dans  le  commerce  sexuel  avec  son  mari. 
Elle  n'avait  pas  d'aversion  pour  le  coft,  et  il  parait  que  parfois 
elle  le  trouvait  agréable,  mais  elle  n'avait  jamais  le  désir  de  répéter 
la  cohabitation. 

A  côté  de  ces  cas  de  pure  anesthésie,  nous  devons  rappeler 
aussi  ceux  où,  comme  dans  les  précédents,  le  côté  psychique 


68 


PSYGHOPATHIA  SEXUAL1S 


de  la  vita  ^cxualis  présente  une  page  blanche  dans  la  bio- 
graphie de  J'individu,  mais  où  de  temps  en  temps  des  senti- 
ments sexuels  rudimenlairos  se  manifestent  au  moins  par  In 
masturbation.  (Comparez  le  cas  transitoire,  observation  6.) 
D'après  la  subdivision  établie  par  Magnan,  classification  intel- 
ligente mais  non  rigoureusement  exacte  et  d^ailleurs  trop 
dogmatique,  la  vie  sexuelle  serait,  dans  ce  cas,  limitée  dans  la 
zone  spinale.  Il  est  possible  que,  dans  certains  do  ces  cas,  il 
existe  néanmoins  virtuellement  un  c6té  psychique  de  la  t>iia 
sexualisj  mais  il  a  des  bases  faibles  et  se  perd  par  la  mastur- 
bation avant  de  pouvoir  prendre  racine  pour  se  développer 
ultérieurement. 

Ainsi  s'cxplitjueiaieiil  les  cas  intormcdiaircs  entre  Tanes- 
t hésie  sexuelle  (psychique;  cuagénitulc  et  l'anesthésie  acquise. 
(>Ilo-ci  menace  nombre  de  maslurlKitours  lards.  Au  point  de 
vue  psycholop:ique,  il  est  intéressant  de  constater  que,  lorsque 
la  vie  sexuelle  s»»  dessèche  trop  vile,  il  se  produit  aussi  une 
défectuosité  éthique. 

Comme  exemples  remarquables,  citons  les  deux  faits  sui- 
vants que  j*ai  déjà  cités  autrefois  dans  ÏArchiu  fùi'  Psychia- 
trie  : 

OasBRVATiO!!  8.  —  F...  J...,  dix-ttouf  ans,  étudiant,  est  né  d*ane 
mère  nerveuse  dont  la  sœar  était  épileptique.  A  Tàge  de  quatre 
ans,  afTection  aigué  de  cerveau  qui  a  duré  quinze  jours.  Enfonl, 

il  n'avait  pas  de  cœur;  froid  pour  ses  parents;  comme  élève, 
il  était  rirange,  renfermé,  s'isolait,  toujours  ctiercluinl  et  lisanl. 
lUcu  doué  pour  l'étudf'.  A  jtnrtir  l'Au'»^  <!(.!  quinze  ans,  il  s'est 
livré  à  la  maslurhalion.  Depuis  sa  puberté,  il  a  un  caractère 
exceulrique,  iié^^ilc  coiiliituelletnent  entre  l'enthousiasiue  reli- 
gieux elle  matérialisme,  étudie  la  théologie  et  les  sciences  nalu- 
relles.  A  TUniveisité,  ses  camarades  le  considéraient  comme  un 
toqué.  Il  lisait  alors  exclusivement  Jean-Paul  et  faisait  Técole 
buissonniére.  Manque  absolu  de  sentiments  sexuels  poorTautre 
sexe.  S'est  laissé  une  fois  entraîner  au  coït,  mais  n'y  a  éprouvé 
aucun  plaisir  sexuel,  a  trouvé  que  le  coït  est  une  ineptie  et  n'a 
jamais  essayé  d'y  revenir.  Sans  aucun  motif  sérieux,  l'idée  de 
suicide  lut  est  venue  souvent;  il  en  a  fait  le  su^et  d'une  thèse 


X 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÊRAUS  eS 


philosophique  dsBS  laquelle  il  déclare  que  le  suieide  alm^  que  la 
masUirbation  sont  des  actes  très  utiles.  /Lprès  des  études  préU> 
minaires  répétées  sur  Tefiét  des  poisoos  qa*il  essayait  sur  lui- 
même,  il  a  tenté  de  se  suicider  avec  S7  grammes  d'opium  ;  mais 
il  guérit  et  on  le  trausportu  dans  un  asile  d'aliénés. 

Le  malade  est  dépourvu  de  tout  sentiment  moral  el  social.  Ses 
écrits  dénotent  une  banalité  el  une  frivolité  incroyables.  Il  possèdo 
de  vastes  connaissances,  mnis  sa  logique  esl  tout  ;i  fait  clrange  el 
biïiiornue.  Il  n'y  a  pas  trace  de  sentiments  alleclifs  Avec  une 
ironie  el  une  ioditrcrcocc  de  blaaé  sans  pareil,  il  raïUe  tout, 
même  les  choses  les  plus  sublimes.  Avec  des  sophismes  et  de 
fausses  conclusions  philosophiques,  il  plaide  la  légitimité  du 
suicide,  dont  il  aVintention  d*user,  comme  un  autre  accomplirait 
une  affaire  des  plus  ordinaires.  Il  regrette  qu'on  lui  ait  enlevé 
son  canif.  S;ins  cela,  il  aurait  pu,  comme  Sénèque,  s'ouvrir  les 
veines  pendant  qu'il  était  au  bain.  Un  ami  lui  donna  dernière- 
ment un  purgatif  au  lieu  d'un  poi«!nn  tju'il  avait  demandé.  Il 
dit,  en  faisant  un  calembour,  que  celte  drogue  l'avait  mené 
aux  cabinets  au  lieu  de  le  mener  daus  l'autre  monde.  Seul  le  grand 
opérateur,  armé  de  la' faux  du  Irépas,  pourrait  lui  couper  sa 
K  vieille  idée  folle  et  dangereuse  »,  etc. 

Le  malade  a  le  cr&ne  volumineux,  de  forme  rhomboïde,  et 
déformé;  la  partie  gauche  du  front  est  plus  plate  que  la  partie 
droite.  L'occiput  esl  très  droit.  Les  oreilles  sont  très  écartées  et 
fortement  décollées;  l'orifice  extérieur  de  Toreilie  forme  une 
ft>nto  étroite.  Les  parties  génitales  sont  flasques,  les  testicules 
Ici'S  mous  et  très  petits. 

Quelquefois  le  malade  si-  plaint  d'être  possède  de  !  '  ui;inie  du 
doute.  11  *'st  forcé  de  i  -iivt.f  los  prol)lèmes  les  plu^  inutiles, 
haotépar  uue  obsession  qui  dure  des  heure»  entières,  qui  lui  est 
pénible  el  qui  le  fatigue  outre  mesure.  Il  se  sent  alors  tellement 
exléoné,  qu*il  n'est  plus  capable  de  concevoir  aucune  idée  juste. 

Un  bout  d^un  an,  le  malade  a  été  renvoyé  de  Tasile  comme  Incu- 
rable.  Rentré  chez  lui,  il  passait  son  temps  &  lire  et  À  pleurer, 
s'occupait  de  l'idée  de  fonder  un  nouveau  chnstianisme  parce  que, 
dit-il,  !e  Christ  était  atteint  de  la  monomanie  des  grandeurs  et 
avait  tinpé  le  monde  avec  des  mirarles  (!). 

Apres  un  séjour  d'un  an  chez  son  père,  une  excitation  psychique 
s'éluDl  subitement  produite,  il  fut  de  nouveau  interné  dans 
l'asile.  Il  présentait  un  mélange  de  délire  initial,  de  délire  de 
persécution  (diable,  antéchrist,  se  croit  persécuté,  monomanie  de 


6« 


PSYCUOPAflllA  SEXLALIS 


rempoiflonnemeot,  voix  qui  le  penéeulenl)  el  de  monomanic  des 
grandeurs  (se  croit  le  Christ,  le  Rédempteur  de  Tunivers).  En 
même  lemps  ses  actes  étaient  impulsifs  el  incohérents.  Au  bout 
de  cinq  mois,  cette  maladie  mentale  intprcurrente  disparaissait, 
et  le  mulndf  n'venait  à  son  état  d'incohérence  intellectuelie  pri- 
mitive cl  de  dcfecluosilé  morale. 

OiiSEHVA  rioN  W.  — K...,  trente  ans,  ouvrier  peintre  sans  place, 
a  été  pris  en  flagrant  délit:  il  voulait  couper  le  scrotum  d  un 
garçon  qu'il  avail  attiré  dans  un  bois.  Il  donna  comme  motif  quUl 
voulait  détruire  cette  partie  du  corps,  pour  que  le  monde  ne  se 
peuple  pas  davantage.  Dans  son  enfance,  disaitpil,  il  s'était,  pour 
la  même  raison,  fait  des  coupures  aux  parties  génitales.  Son  arbre 
généalogique  ne  peut  pas  être  établi.  Dès  son  enfance,  E...  était 
un  anormal  au  point  de  vue  intellectuel;  il  rêvassait,  n'était 
jamais  gai  ;  facile  à  exciter,  emporfé,  il  nll  ut  toujours  méditant; 
c'éliiit  un  faible  d'esprit.  Il  détestait  les  letniiie-^,  aimait  la  solitude, 
et  lisait  beaucoup.  Quelquefois  il  riait  eu  lui-uièuie  el  faisait  des 
bêtises.  Dans  ces  dernières  années,  sa  haine  des  femmes  sVst 
accentuée;  il  en  veut  surtout  aux  femmes  enceintes  par  qui,  dit-il, 
la  misère  s^augmente  dans  le  monde.  11  déteste  aussi  les  enfants, 
maudit  celui  qui  lui  a  donné  la  vie  ;  il  a  des  idées  communistes, 
s'emporte  contre  les  riches  et  les  prêtres,  contre  Dieu  qui  Ta 
fait  naître  si  pauvre.  Il  déclare  qu'il  vaudrait  mieux  châtrer  les 
enfants  que  d'en  faire  de  nouveaux  qui  seront  condamnés  h  la 
pauvreté  et  à  la  misère.  Ce  fut  toujours  sou  idée,  et,  à  l  âge  de 
quinze  ans  déjà,  il  avait  essuyé  de  s'énia^culer  pour  ne  pas  con- 
tribuer au  malheur  et  à  l'augmentation  du  uuuibre  des  hommes. 
Il  méprise  le  sexe  féminin  qui  contribue  à  augmenter  la  popula- 
tion. Deux  fois  seulement,  dans  sa  vie,  il  s*est  fait  manustuprer 
par  des  femmes;  sauf  cet  incident  il  n*a  jamais  eu  affaire  avec 
elles.  Il  a,  de  temps  en  temps,  des  désirs  sexuels,  c'est  vrai,  mais 
jamais  le  désir  de  leur  donner  une  satisfaction  iKifiirelle. 

E...  est  un  homme  vigoureux  et  bien  muscle.  La  ronstitulion 
de  ses  parties  gi-uitales  ii'aeeusr  i-jcii  d'anormal.  Sur  le  scrotum 
et  sur  le  i^'uis  ou  trouve  de  noiubreuses  cicatrices  de  coupures, 
traces  d'anciennes  leulalivcs  d'émasculation.  Il  prélcud  que  la 
douleur  Ta  empédié  d^exécuter  complètement  son  projet.  A  la 
jointure  du  genou  droit  il  existe  un  genu  valgum.  On  n'a  pu  noter 
aucun  symptôme  d*onanisme.  11  est  d*un  caractère  sombre,  entêté 
et  emporté.  Les  sentiments  sociaux  lui  sont  absolument  étrangers. 


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NEUUO'PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  68 

En  dehors  de  riasomnie  et  de  maux  de  tète  fréquents,  il  n'y  a 
pas  chei  lui  de  troubles  fonctionnels. 

Il  faut  .listinguer  ces  cas  cr'iéijraux  de  ceux  où  Tahscnco 
ou  bien  i  ali  ophie  des  organes  de  la  génération  constituent  la 
cause  dp  l'impotence  fonctionnelle,  ainsi  que  cela  se  voit 
'  lu  /  les  hcrmaplirodites.  les  idiots  et  les  crétins. 

I  n  cas  de  ce  genre  se  trouve  mentionné  dans  le  livre  de 
Mascbka* 

OBSERFATloif  10.  '  La  plai{,'nante  demande  le  divorce  à  eu  use 
de  rimpuissanoe  de  son  mari  qui  n*a  encore  jamais  accompli 
avec  elle  l'acte  sexueL  Elle  a  trente  et  un  ans  et  elle  est  vierge. 

L  liomrne  est  un  ppii  faible  d'esprit;  au  physique  il  est  fort;  les 

paitii^s  pénitalps  extérieures  sont  bien  constituées.  Il  prétend 
Il  uv.iii  jaiiiaisuud  érection  eomplùf»'  ni  dVjacuInlion,  et  il  dit  que 
les  rapports  avec  les  femmes  le  laisse» t  absolument  indifférent. 

L'aspermie  seule  ne  peut  pas  être  une  eau'^n  «l'anesthésie 
sexuelle,  car,  d  après  les  expérîencesd'Ull/inann  aiêmc  dans 
le  cas  d^aspermie  congénitale,  la  vka  sexua/is'  et  la  puissance 
génésique  peuvent  se  pioduiiv  (['1111,.  façon  (ont  h  fait  satis- 
faisante. CVfît  une  nouvelle  j)ivuv(M|n«'  i  ab'iciicç  du  /iôi(/o 
ab  origine  ne  doit  pas  être  attribuée  qu'à  des  causes  céré- 
braies. 

Les  naturœ  frifjida'  de  Zacchias  représentent  une  forme 
allénuée  de  raiieslhésie.  On  les  renconire  plus  souvent  chez 
les  femmes  que  chez  les  hommes.  Peu  de  penchant  pour  les 
rapports  sexuels  et  môme  aversion  manifeste,  bien  entendu 
sans  avoir  un  antre  équivalent  sexuel,  absence  de  tonte  émo- 
tion psychique  ou  voluptueuse  pendant  le  coït  qu'on  accorde 
^^implement  par  devoir,  voilà  les  symptômes  de  cette  anoma- 
lie  de  laquelle  j'ai  souvent  entendu  des  maris  se  plaindre  de- 
vant moi.  Dans  de  pareils  cas, il  s'agissait  toujours  de  femmes 
névtopalhiqnes  ab  origine.  Certaines  d'entre  elles  étaient  en 
même  temps  hystériques. 

i.  Vebtr  mânnliche  Steriliiai  {Wiener  med.  Preue,  1878.  n»  1);  Vbtr 
potomta  MnoMh-  «I gwnêrandi  (fVtéiwr  Klinik,  IMS,  Hefl  I,  S  uj. 


nycHWAnu  skoau» 


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66 


PSYCHOPATUIA  SEXUAIJS 


2"  A  nesthésie  acquise .  —  La  d  i  minution  acquise  du  penchant 
sexuel  ainsi  que  Textinction  de  ce  sentiment,  peut  être  attri- 
buée à  diverses  causes. 

Celles-ci  peuvent  être  organiques  ou  fonctionnelles,  psy- 
chiques ou  somatiques,  centrales  ou  périphériques. 

A  mesure  qu*on  avance  en  âge,  il  se  produit  physiologique* 
ment  une  diminution  du  libido\  de  même,  immédiatement 
après  Tacte  sexuel,  il  y  a  disparition  temporaire  du  libido. 

Les  différences  en  ce  qui  concerne  la  durée  de  la  conserva- 
tion du  penchant  sexuel  sont  très  grandes  et  variables  selon 
la  nature  de  chaque  individu.  L'«?ducation  ot  le  genre  de  vie 
ont  une  grande  intluence  sur  l'intensité  do  la  vita  sextmlis. 

Les  occupations  (jui  fatiguent  l  espril  {études  aii|ii  i>tondies), 
le  surniona<;e  phvsiqu«%  l'abstinonro,  les  chagrins,  la  conli- 
ncnce  sexuelle  sont  sûrcmenl  nuisibles  à  1  entretien  du  peu- 
chant  sexuel.  ^ 

L'abstinence  agit  d'abord  comme  stimulant.  Tôt  ou  tard, 
selon  la  constitution  physique,  l'activité  des  organes  génitaux 
se  relûche  et  en  même  temps  le  libido  s'aiïaihlit. 

Ën  tout  cas,  il  y  a  chez  l'individu  sexuellement  mûr,  une 
corrélation  intime  entre  le  fonctionnement  de  ses  glandes 
génésiques  et  le  degré  de  son  libido.  Mais  le  premier  n*est 
pas  toujours  décisif,  ainsi  que  nous  le  démontre  ce  fait  que 
des  femmes  sensuelles,  même  après  la  ménopause,  conti- 
nuent leurs  rapports  sexuels  et  peuvent  présenter  des  phases 
d'excitation  sexuelle,  mais  d'origine  cérébrale. 

On  peut  aussi,  chez  les  eunuques,  voir  le  lib^o  subsister 
longtemps  encore  après  que  la  production  du  sperme  a  cessé. 

D'autre  part,  l'expérience  nous  apprend  que  le  lihiilo  a 
pour  condition  essentielle  la  fonction  des  glandes  |j;<''nési- 
ques,  et  que  les  faits  que  nous  venons  de  citer  ne  con-^l Huent 
que  des  piiénomènos  cxcepliounels.  (loniuie  causes  périplir*- 
riques  de  la  diminution  du  libido  ou  de  sa  disparition,  on 
peut  adnielU  e  la  castrai  ion,  la  déprénorescenee  des  glandes 
génésiques,  le  marasme,  les  excès  sexuels  sous  forme  de  coït 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  (.ËNÉRÂLE 


67 


et  de  masturbation,  ralcooUsmc.  De  même,  on  peut  expl  liguer 
lu  disparition  du  iiàido  dans  le  cas  de  troubles  généraux  de 
la  nutrition  (diabète,  morphînisme  etc.) 

Knfin  nous  devons  encore  faire  mention  de  l'atropliie  des 
leslicales  qu'on  a  (quelquefois  coiisluléc  ù,  la  suite  des  mala- 
die? des  centres  cérébraux  (cervelets. 

Une  diminution  de  la  rifa  seaiiulis  àuo  ;\  la  défiénérescencc 
(les  nerfs  et  du  centrr  ^('nito-«pina!.  se  juDduit  dans  les  cas 
de  maladies  du  cerveau  et  de  la  moelle  épini^re.  Une  l«''sion 
d'origine  centrale  atteignant  l'instinct  sexuel  peut  être  pro- 
duite organiquement  par  une  maladie  de  l'écorce  cérébrale 
[dementia  paralylica  à  l'état  avanci'*),  fonctionnellement  par 
l'bystérie  (anesthésie  centrale),  et  par  la  mélancolie  ou  Thy- 
pocondrie. 

C.  —  BTPERESTBiiSlB  (EXALTATION  MORBIDE  DE  L^INSTINGT  SEXUEL) 

La  pathologie  se  trouve  en  présence  d^une  grande  difli- 
culté  quand  elle  doit,  même  dans  un  cas  isolé,  dire  si  le  désir 
delà  satisfaction  sexuelle  a  atteint  un  degré  palhrdogiquc. 
Emminghaus  {PsycUopathohgie,  p.  225)  considère  comme 
évidenunent  morbide  le  retour  du  désir  immédiatement  après 
la  satisfaction  sexuelle,  surtout  si  ce  désir  captive  toute  Fal- 
tcntion  de  l'individu;  il  porte  le  même  jujrcment  quand  le 
Hh'tdo  se  réveille  à  l'aspect  de  personnes  et  d'objets  qui  t'ii  nix- 
mi^mes  n'oUrenl  aucun  inl(  rél  sexuel.  En  ^'('néral,  rinslincl 
sexuel  et  le  bt^^oin  t  orr(;spondanl  sont  proportionnés  à  la 
force  pbvsifjuc  et  à  1 

A  i)cirlir  de  ré|Hi({ue  de  la  puberté,  l'instinct  sexind  monte 
rapidement  à  une  intensité  considérable  ;  il  est  très  puissant 
entre  20  et  40  ans,  il  diminue  ensuite  lentement.  La  vie  con- 
jugale parait  conserver  et  régler  l'instinct. 

Les  changements  répétés  d'objet  dans  la  satisfaction 
sexuelle  augmentent  les  désirs.  Comme  la  femme  a  moins 
de  besoins  sexuels  que  Thomme,  une  augmentation  de  ces  be« 


68  PbVCUOPATUlA  htXUALlS 

soins  chez  elle  doit  toujours  faire  supposer  un  cas  patholo- 
gique, surtout  quand  ils  se  manifestent  par  Tamour  de  la  toi- 
lette, par  la  coquetterie  ou  même  par  randromanie,  et 
font  dépasser  les  limites  tracées  par  les  convenances  et  les 

bonnes  mœurs. 

Dans  les  deux  sexes,  la  constilulion  physique  joue  un  rôle 
important.  Souvent  une  constitution  nL'vr()j)athiquc  s'accom- 
pugne  d'une  aui^nienlaliûu  inorLiJo  du  besoin  sexuel;  des 
individus  atteints  do  cette  dél'ectuosilc  soutlVent  pendant  «ne 
Jurande  partie  de  leur  existence  et  portent  j>éinbi<'iuent  le 
poids  de  celte  anomalie  constitutionnelle  de  leur  instinct. 
Par  moments  la  puissance  de  l'instinct  sexuel  peut  acquérir 
chez  eux  Kimportance  d'une  mise  en  demeure  organique  et 
compromettre  sérieusement  leur  ïihre  arbitre.  La  non-satis- 
faction du  penchant  peut  alors  amener  un  véritable  rut  ou 
un  élat  psychique  plein  d'angoisse,  état  dans  lequel  l'indi- 
vidu succombe  à  son  instinct  :  alors  sa  responsabilité  devient 
douteuse. 

Si  Tindividu  ne  succombe  pas  à  la  violence  de  son  pen- 
chant, il  court  risque  d'amener,  par  une  abstinence  forcée, 
son  système  nerveux  à  la  neurasthénie  ou  d^augmenter  grave- 
ment une  neurasthénie  déjà  existante. 

Même  chez  les  individus  d^une  organisation  normale.  Tin* 
stinct  sexuel  n'est  pas  une  quantité  constante.  A  part  Tindif- 
l'érence  temporaire  qui  suit  la  satisfaction.  l'apais<Mnent  de 
l'instinct  par  une  abstinence  prolongée  (|ui  a  pu  surmonter 
heureusement  certaines  phasos  de  réaction  du  dt'sir  sexuel, 
exerce  une  grand»'  iniluence  sur  la  vûa  nexuaiis;  il  on  est  de 
même  du  genre  de  vit'. 

Les  habitants  drs  ^qantlcs  villes  (jui  sont  sans  cesse  rame- 
nés aux  choses  sexuelles  et  excités  aux  Jouissances  ont  assu- 
rément de  plus  grands  besoins  génésiques  que  les  campa- 
gnards. Une  vie  sédentaire,  luxueuse,  pleine  d'excès,  une 
nourriture  animale,  la  consommation  de  Talcool,  des  épi- 
ces,  etc.,  ont  un  cITet  stimulant  sur  la  vie  sexuelle. 


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NEURO-PSYCUOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


69 


Chez  la  femme,  le  désir  augmente  après  la  menstruation. 
Chez  les  femmes  névropaihiques  Texcitallon,  &  cette  période, 
peut  atteindre  à  un  degrd  pathologique. 

Un  fait  très  remarquable,  c'est  le  grand  Hbulo  des  phti- 
siques. Hoffmann  rapporte  le  eas  d*un  paysan  phtisique  qui. 
la  veille  de  sa  mort,  avait  encore  6ati<;fait  sa  femme. 

Les  actos  sexuels  sont  :  le  coït  (évcnluellemeut  le  viol), 
faute  de  mieux,  la  masturbation ,  et,  lorsqu'il  y  a  défectuo- 
sité du  >^rn&  moral,  la  pédérastie  et  la  bestialité.  8i,  à  côté 
d  uu  insfiiict  scxmd  di-nicsiiré,  la  puissance  a  bai<s(''  ou  m^^mo 
s  esl  éteinte,  alors  toutes  sortes  d'actes  de  perversité  sexuelle 
sont  possibles. 

Le  libido]  excessif  peut  être  provoqué  par  une  causo  péri- 
phérique ou  centrale.  11  peut  avoir  pour  cause  le  prurit  des 
parties  génitales,  l'ec/éma,  ainsi  que  l'action  de  certaine-^ 
drogues  qui  stimulent  le  désir  sexuel,  comme 'par  exemple 
ks  cantharides. 

Cfaez  les  femmes,  il  y  a  souvent,  au  moment  de  la  méno- 
pause, une  excitation  sexuelle  occasionnée  par  le  prurit  ;  mais 
souvent  ee  fait  se  produit  lorsqu'elles  sont  tarées  au  point  de 
vue  nerveux.  }ILa^nm(Annaieit  médkn-psychol.,  i885)  rapporte 
le  cas  d'une  dame  qui  avait  les  matins  de  terribles  accès 
à'erethismus  genita/is,  et  celui  d'un  homme  de  cinquante' 
cinq  ans  qui,  pendant  la  nuit,  était  torturé  par  un  priapismc 
insupportable.  Dans  les  deux  cas  il  y  avait  nervosisme. 

Lue  excitation  sexuelle  «1  Origine  centrale  se  produit  sou- 
vent chez  des  in<lividTis  tarés,  comme  les  hystériques,  cl  dans 
les  états  d'exaitatiou  p.syciiique  '. 

1.  Pourlês  individuf>  cher.  ]cs(|iiel!<  l'Iiypere^tlicsie  hoxucIIc  très  avancée  va 
it  pair  ^wc  la  faiblesse  sciisilivc  <:t  acquise  de  l'nppareil  sex'îcl.  il  peut 
lucine  arriver  qu'au  seul  iispcct  de  fcumies  dt'sirahlos,  le  niéi  inisiuc  non 
KUlemeot  de  rérecUou,  mais  in^tue  relui  de  l'éjaculatiou  soit  mis  t  n  action 
MîiS  qu'il  y  ait  une  cxi  ifatimi  périphérique  des  parties  génitales.  Le  mou- 
îemont  part  alors  du  centre  p?ychosexufl.  Il  suflit  a  ces  individus  de  se 
trouver  en  face  d'une  femme,  «oit  dans  un  wagon  de  chemin  de  fer,  soit 
■itqs  uo  salon  ou  ailleurs  :  îia  se  mettent  psycbiquement  eo  relation  sexuelle 
et  arrÎTent  A  Torgasme  et  à  réjaculattoo. 

Hunidimd  (o|>.  ct<.,  'p.  40)  déerit  une  série  de  malades  semblables  qa'll 


70 


PSVCHUPATHIA  SEXUALIS 


Quand  l'écorce  cérébrale  et  le  centre  psychosexuel  se 
trouvent  dans  un  état  d^hyperesthésie  (sensibilité  anormale 
de  Timagination,  facilité  des  associations  d'idées],  non  seu* 
lement  les  sensations  visuelles  et  tactiles,  mais  encore  les 
sensations  auditives  et  olfactives  peuvent  suffire  pour  évo- 
quer des  idées  lascives. 

Magnan  {op.  cit.)  rapporte  le  cas  d'une  demoiselle  qui,  dès 
sa  nubilité,  eut  des  désirs  sexuels  toujours  croissants  et 
qui,  pour  les  satisfaire,  se  livrait  à  la  mashirbation.  Par  la 
suile,  celle  dame  éprouvait,  à  l'aspect  de  a  iuiporlc  quel 
homme,  une  violeiile  émotion  sexuelle,  et,  comme  alors  elle 
ne  pouvait  'pas  rc^jioiuln'  (1^110,  elle  se  reufermail  dans  sa 
chambre  où  elle  reslait  Jusqu'à  ce  que  l'orage  fût  passé. 
Finalement  elle  se  livrait  à  tout  venant  pour  calmer  les 
désirs  violenls  qui  la  faisaient  souffrir.  Mais  ni  le  coït,  ni 
Tonanisme  ne  lui  procuraient  le  soulagement  désiré,  et  elle 
fut  internce  dans  un  asile  d'aliénés. 

On  peut  citer  encore  le  cas  d'une  mère  de  cinq  enfants 
qui,  se  sentant  malheureuse  à  cause  de  la  violi  ncc  de 
ses  désirs  sexuels,  fit  plusieurs  tentatives  de  suicide  et 
demanda  plus  tard  à  être  admise  dans  une  maison  de  santé. 
Là  son  état  s'améliora,  mais  elle  n'osait  plus  quitter  Tasile. 

On  trouve  plusieurs  cas  bien  caractéristiques  concernant 
des  individus  des  deux  sexes,,  dans  Touvrage  de  l'auteur  de 
Ueàer  gewigse  Anomalien  des  Gesehiechistriebs,  Observations 
6  BiTiArehiv  fûr  Psychialrie,  VII,  2.) 

En  voici  deux. 

OBSFnvATioN  11—  I,('7  juillet  187  4,  dans  l'après-midi,  l'ingé- 
nieur  (.li  inens  qui  se  rendait  pour  affaires  de  Trieslc  A  Vienno, 
quitta  le  train  à  la  station  de  Bruck,  et,  traversant  la  ville,  vint 
dans  la  commune  de  Sainl-Uuprechf.  située  près  de  Bruck,  où  il 
fit  UDC  tentative  de  viol  sur  une  fenuae  de  soixante-dix  ans  restée 

a  traih's  pour  de  l*im[nii-sancc  acquise.  Il  rapporte  que  ces  individus,  pnnr 
désijjuer  k-iir  proc«'-il^',  se  servent  de  re.\pression  de  «  cuïl  idéal  ».  A.  ÂIoll, 
d«  Berlin,  u)'a  comoittntqué  un  cas  tout  à  fait  analogue.  A  Berliu  auasion 
te  lervait  de  la  même  expretaSon. 


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NBURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALS 


71 


seule  à  la  maison.  Il  fui  pris  par  les  habitaats  du  village  et  arrêté 
par  les  autorités  locales.  Interrogé,  il  prétendit  qu  il  avait  voulu 
chercher  Tétablissament  de  voirie  pour  assouvir  sur  une  chienne 
Bon  instinct  sexuel  surexcité.  Il  souffre  souvent  de  pareils  accès 

de  surexcitation.  Il  ne  nie  pas  son  acte,  mnh  il  l'excuse  par  sa 
maladie.  La  chaleur,  le  cahot  du  wagon,  le  souci  de  sa  famille 
qu'il  voulait  rejoindre,  lui  ont  complètement  tmublé  les  sens  et 
l'ont  rendu  ma!;ul<'.  Il  m-  manifeste  ni  hniile,  ni  repentir.  Son 
altitude  e  la  il  Iranclie;  il  avait  l'air  caliue;  les  yeux  élaieni  loug^^s, 
brillants;  la  téle  chaude,  la  langue  blanche,  le  pouls  plein,  mou, 
battant  plus  de  100  pulsations,  les  doigts  un  peu  tremblants. 

Les  déclarations  de  l'accusé  sont  précises,  mais  précipitées; 
son  regard  est  Aiyant,  avec  l'expression  manifeste  de  la  lubricité. 
Le  médecin  légiste,  qui  avait  été  appelé,  a  ét<'  frappé  de  son  étal 
pathologique,  comme  si  l'accusé  eût  été  au  début  du  délire  alcoo- 
lique. 

Clemens  a  quarante-cinq  an*,  est  marié,  père  d'un  «enfant.  I^es 
ci>nditiori<  de  santé  de  se<  parents  et  des  autres  membres  de 
Sa  fauiille  lui  <ont  incouuui's.  Dans  son  enfance,  il  était  faible, 
névropathe.  \  1  âge  de  cinq  ans  il  a  eu  une  lésion  à  la  tète  à  la 
suite  d'un  coup  de  houe.  Il  porte  encore  sur  l'os  de  Tocciput 
droi%et  sur  Tos  frontal  droit  une  cicatrice  longue  d'un  pouce  et 
larçe  d'un  demi-pouce.  L'os  est  un  peu  enfoncé.  La  peau  qui  le 
recouvre  est  adhérente  ATos. 

La  pression  sur  cet  endroit  lui  cause  une  douleur  qui  s'irradie 
dans  la  branche  inférieure  du  trijumeau.  Souvent  même  il  s'y 
produit  spontanément  des  doidcurs.  Dans  sa  jetninssi",  il  avait 
souvent  des  syncopes.  Avant  1  âge  de  puberté,  piieuniouie  rhu- 
matismale et  inflammation  d'intestins.  Dès  l'âge  de  sept  ans,  il 
éprouvait  une  sympathie  étrange  pour  les  hommes,  notamment 
pour  un  colonel.  A  l'aspect  de  cet  homme,  il  sentait  comme  un 
coup  de  poignard  dans  son  cœur;  il  embrassait  le  sol  oh  le  colonel 
avait  mis  le  pied.  A  l'âge  de  dix  ans,  il  tomba  amoureux  d'un 
député  du  Reichstfl^.  Plus  tard  encore,  il  s'enflammait  pour  des 
hommes,  mais  cet  enthousiasme  était  purement  platonique. 
A  partir  de  quatorze  ans,  il  se  masturbait.  A  l'Age  de  dix-sept  ans, 
il  avait  ses  premiers  rapports  avec  des  femmes.  Avec  l'habi- 
tude du  coït  normal  di'^parurent  les  anciens  idicnoménes  d'inver- 
sion sexuelle.  D.ms  sa  jeunesse  il  se  trouvait  dans  un  état  parti- 
culier de  psychopathie  aigué  qu'il  désigne  lui-inôme  comme  une 
«  sorte  de  clairvoyance  »,  A  partir  de  Tige  de  quinze  ans,  il 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


souffrit  d'iK'inorroules  avec  sympLùnies  ilc  pkthora  ahdominatis. 
Après  raboiidaiilc  liciuoi  ragie  héinorroïdale  qu'il  avail  réguliè- 
remcul  loules  les  Irois  ou  quatre  semaines,  il  se  sentait  mieux. 
En  oatre  il  était  toujours  en  proie  à  une  pénible  excitation 
sexuelle  qu'il  soulageait  tantôt  par  Tonanisme,  tantôt  par  le  con. 
Toute  femme  qu*il  rencontrait  Texcilait.  Même  quand  il  se  trou- 
vait au  milieu  de  femmes  de  sa  famille,  il  se  sentait  poussé  ix. 
leur  faire  des  propositions  immorales.  Parfois  il  réussissait  à 
dompter  ses  instinrls;  d'autres  fois  il  était  irrésistiblement  pnlrnîné 
à  dc;^  actes  immoraux.  Quand,  dans  de  pareils  cas,  on  le  niellait 
à  pari,  il  en  était  content;  car,  disait-il,  j'ai  besoin  d'une  parcilîe 
correction  et  de  ce  soutien  contre  ces  désirs  trop  puissauts  qui 
me  gênent  moi-même.  On  n*a  pu  reconnaître  aucune  périodicité 
dans  ses  excitations  sexuelles. 

Jum|u*en  1861,  il  fit  des  excès  m  Fîmcre  et  récolta  plusieurs 
blennorrhagies  et  chancres. 

En  1861,  il  se  maria.  Il  se  sentait  satisfait  sexuellement,  mais 
devenait  importun  à  sa  femme  par  ses  besoins  <'xcessifs.  En  180-1, 
il  eut,  à  l'hApital,  un  accès  de  monomanie;  il  retomba  malade 
la  inèin*'  antH  i'  et  tut  transporté  dau8  l'asile  d'Y...  où  il  resta 
iulerné  ju8(iu  eu  1807. 

Dans  la  maison  de  sauté  il  souffrit  de  récidives  de  sou  elat 
maniaque,  avec  grandes  excitations  sexuelles.  Il  désigne  comme 
cause  de  sa  maladie,  à  cette  époque,  un  catarrhe  intestinal  et 
beaucoup  de  contrariétés* 

Plus  tard,  il  se  rélablit.  H  était  bien  portant,  mais  souffrait 
beaucoup  de  l'excès  de  ses  besoins  SCXUels*  Aus>il«H  ciu'i!  ('tait 
éloigné  de  sa  femme,  son  désir  devenait  si  violent  qu  il  lui  était 
égal  de  le  satisfaire  avec  de?  êtres  humains  «m  avec  des  animaux. 
Pendant  la  saison  d'été  surloul  ci  s  puussi  e^  devenaient  oxcps- 
sives;  eu  même  temps  il  »e  produisait  un  aiilux  de  sang  aux 
intestins,  démens  qui  a  des  réminiscences  de  lectures  médicales, 
est  d'avis  que,  chez  lui,  le  système  ganglionnaire  domine  le 
système  cérébral. 

Au  mois  d^octobre  1813,  ses  occupations  Tobligèrent  &  vivre 
loin  de  sa  femme.  .Ius(]u'au  jotir  de  Pâques,  il  n'avait  eu  aucun 
•rapport  sexuel,  sauf  qu'il  s'était  masturbé  par-ci  par-lA.  A  partir 
de  celle  époque,  il  se  servait  de  femmes  el  de  chiennes.  Du  i."  juin 
jusqu'au  7  juillet,  il  n  avait  eu  aucune  occasion  de  satisfaire  son 
litsiiiii  sexuel.  Il  épiniivait  ime  a^?italion  nervense.se  sentait 
laligue,  il  lui  semblait  qu  il  allait  devenir  lou.  Le  désir  violent  de 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


73 


revoir  sa  femme,  qui  vivait  à  Vienne,  reloiguait  de  son  service. 
Uprit  un  congé.  La  chaleur  de  la  route,  la  trépidation  du  chcmiu 
de  fer,  l'avaient  complélemenl  troublé;  il  ne  pouvait  plus  sup- 
porter aon  état  de  aurexciiation  génitale,  compliqué  d*un  fort 
afOux  de  sang  aux  intestins.  11  avait  le  vertige.  Alors,  arrivé  A 
Bruck,  il  quitta  le  vragon.  il  était,  dit-il,  tout  troublé,  ne  savait 
pas  où  il  allait,  et  fi  un  mornonf  rid(''c  lui  vint  de  se  jeter  A  Teau; 
il  y  avait  conHiK'  un  l)rouillar<l  (I»'vaiil  ses  ymix, 

Mtiltaeïii  (inir  (idsperif,  pantin  mtdactt,  ft'uihtnintjHP  anijtli'cti 
contiius  est.  Lu  feuiuie  t  i  pendaut  cria  au  secour^s,  et  e  est  aiusi 
qu'il  fut  arrêté. 

Après  Tattentat,  la  conscience  claire  de  son  acte  lui  vint  subit'e- 
ment.  11  Tavoua  franchenienl,  se  souvint  de  tous  les  détails,  mais 
iUoutiat  que  son  action  avait  quelque  chose  de  morbide.  C'était 

plus  Tort  que  lui. 

CitMnens  souffrait  encore  quelquefois  de  maux  «h;  t<H<',  «le  con- 
gçsli(>ns;  il  était,  par  moments.  Irôsa^ité,  inquiet,  o\  dormait  mai. 
St'h  furi.  lions  intellectuelles  ne  sont  pas  troublées,  m  lis  *  rst  natii- 
relloiuent  un  homme  bizarre,  d'un  caractère  mou  et  sans  énergie, 
l/exprcssion  de  la  ligure  a  quelque  chose  de  fauve  et  porte  uu 
cacJt<etde  lubricité  et  de  bizarrerie.  11  souffre  d'hémorroïdes.  Les 
parties  génitales  ne  présentent  rien  d'anormal.  Le  crâne  est,  dans 
aa  ipartie  frontale,  étroit  et  un  peu  fuyanL  Le  corps  est  grand 
et  VmVr  fait.  Sauf!une  diarrhée,  on  n*a  remarqué  chez  lui  aucun 
trouble  des  fonctions  végétatives. 

Observation  12.  —  M""  E...,  quarante-sept  ans.  Un  oncle  ma- 
ternel fut  atteint  d'aliénation  mentale;  le  ]»»'r('  «  Uiit  un  lioinine 
exalté  qui  faisait  des  exfès  In  Venri--.  I.i'  Ir»  ir  di'  la  malade  est 
mort  d'une  affection  aiiiur  du  cerveau.  Dès  snn  t  nraut  c,  la  malade 
était  uerveuse,  excentrique,  romanesque,  et  tiianifestait,  à  peine 
sortie  de  l'enfance,  un  penchant  sexuel  excessif.  Elle  s  adonna,  dès 
l'âge  de  dix  ans,  aux  jouissances  sexuelles.  Elle  se  maria  &  Vd^c 
de  dix^neuf  ans.  Bile  faisait  assez  bon  ménage  avec  son  mari. 
L'époux,  bien  que  suflisamment  doué,  ne  lui  sudlsail  pas;  elle 
eut,  jusqu'à  ces  dernières  années,  toujours  <]u<  l<|ues  amis  en 
dehors  de  ■^on  mari.  Ello  avait  pleine  conscience  de  la  honte  de  4  e 
genre  df  vie.  mais  »  llc  sentait  sa  volonté  défailliren  présence  du 
pencliuiil  in.saliable  qu  elle  elierchait  du  moins  à  di«siîiiuler.  Elle 
disait  plus  tard  que  c  elait  de  Vandromunie  qu'elle  avuiL  soulTcrt. 

La  malade  a  accouché  six  fois.  11  y  a  six  ans,  elle  est  tombée 


74 


PSYGHOPATHIA  SfiXUALIS 


do  \ oilnrn  cl  a  subi  un  thranli'nnuil  cérélir.il  ('(3nsid''rnhlo.  A  la 
fuite  diî  cet  incident,  il  se  produisit  chez-  elle  une  mélancolie 
compliquée  du  délire  de  la  persécution.  Cette  maladie  l'anieua  à 
l'asile  d'aliénés.  malade  approche  de  la  ménopause  ;  elle  a  eu, 
ces  temps  derniers,  des  menstrues  fréquentes  et  très  abondantes. 
La  violence  de  son  ancien  penchant  s*est  atténué,  ce  qu^elle  con- 
state avec  plaisir.  Son  attitude  actuelle  est  décente.  Faible  degré 
de  deseensus  uteri  et  protafuu»  ani. 

L'hyperesthésîe  sexuelle  peut  être  continue  avec  des 
exacerbations,  ou  bien  intermittente,  ou  même  périodique. 
Dans  le  dernier  cas,  c*est  une  névrose  cérébrale  particulière 

(voir  la  Pathologie  spéciale),  ou  une  manifestation  d'un  état 

(rexcilation  psychique  général  (Maaie  épisodique  dans  la 
dptncntia  pnrahftirn  seniiis,  clc). 

Tîn  ra'i  i  <Mn;ii  (|uahle  de  satyriasis  intermittent  a  été  publié 
pur  Loiit/.  dans  le  Bulletm  de  la  Société  de  m-îd.  légale  de 
Beiyi^ ue y  2i, 

Observation  13.  —  Depuis  trois  an<.  le  riiltivattnir  D...,  àt^é 
de  Irenle-ciiiq  an<ï.  ni;irié  o(  jouissant  tle  rcsliiiu'  f^i'in-rale,  avait 
des  acci'S  d'excitalion  st'\uoIlt\  qui  dev*'nait.'nl  de  plus  en  plus 
fréquents  et  plus  violents.  Depuis  un  an,  ces  accès  se  sont  aggra- 
vés et  sont  devenus  des  crises  de  satyriasis.  On  n*a  rien  pu  con- 
stater au  point  de  vue  héréditaire,  pas  plus  qu'au  point  de  vue 
organique. 

D...  lempore,  quum  libidinibm  mlde  af/ieereiurt  decim  vel  ^um- 
deeim  eohahitaiiones  per  24  horas  exegit,  tieque  tamen  eupidittUti 

tUO^  ^filitrvlt. 

Peu  à  peu  se  développait  en  lui  un  état  d'én  lhisint' i^énéralise, 
avoç  une  irascibilité  allant  jusqu'à  des  aci  es  de  colère  patholo- 
giques; en  même  temps,  il  se  manifestait  un  penchant  abuser 
des  boissons  alcooliques,et  bientôt  se  montrèrent  des  symptômes 
d*alcoolisme.  Ses  accès  de  satyriasis  étaient  tellemenl  violents 
que  le  malade  n'avait  plus  dMdées  nettes  et  que,  poussé  par  son 
instinct  aveugle,  il  se  laissait  aller  à  des  actes  lascifs.  Qua  de 
eawa  faclum  est  ut  ttxorem  suain  atienis  vifis  immooero  animaiibut  ad 
coeunduni  tradi,  cmn  ipso  filiabus  pr.t  seulihus  concnbitttm  ers^qw 
jusseritt  propierea  quod  hsec  facta  majorem  ipsi  voluptalem  a/fe- 


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NEUHO-I»SYCU01»ATUOLO(ilE  GÉNÉUALE  73 

rent.  II  ne  se  souvient  pas  da  tout  des  faits  qui  se  passent  au 

moment  de  ces  crises,  et  son  excitation  extrême  peut  l'amener 
jusqu'à  la  rage.  D...  avoue  qu'il  a  eu  des  moments  où  il  n'(^lail 
pins  maître  di*  lui-me^^me:  s'il  dail  resU'  sans  salisfaclion.  il  eût 
éiv  contraint  Uo  .s'aH;i(jiu'r  à  la  pi-ninii'^i-o  femme  vnnu'  (IcL  état 
d'excitation  sexuelle  dit>paraiL  luul  J  uu  coup  après  cliaque  émo- 
tion morale  violente. 

Les  deux  observations  suivantes  nous  montrent  quel  état 
violent,  dangereux  et  pénible  constitue  rhy[)oresthé8ie 
sexuelle  pour  ceux  qui  sont  atteints  de  cette  anomalie. 

OssBRVATlON  14  {ffyper.vsihesia  seminlis,  ùelirmmacutum  ex  absti- 
nentia).  —  Le  29  mai  1882,  F...,  vingt-trois  ans,  cordonnier,  céli- 
bataire, a  él»'  reçu  à  la  clinique.  1!  e^t  né  d'un  pi'ro  coléreux,  très 
violent,  et  d  une  mère  névropathi<]iii;,  dont  le  Irère  était  aliéné. 

Le  sujet  n'a  jamais  été  gravement  malade  ni  ne  s'est  adonné 
à  la  boisson,  mais,  de  tout  temps,  il  a  eu  de  grands  besoins 
sexuels.  Il  y  a  cinq  jours,  il  a  été  atteint  d'une  affection  psychique 
aiguë.  Il  a  faitf  en  plein  jour  et  devant  deux  témoins,  une  tentative 
de  ^  koi,  a  eu  du  délire  obscène,  s'est  masturbé  avec  excès;  il  y  a 
lroi«.  jours,  il  a  eu  un  accès  de  folie  furieuse,  ef.  lors  de  son  arrivée 
à  la  clinique,  il  était  en  état  de  ddirinm  ocuium  très  grave,  avec 
de  la  fiëvrf  et  des  phénomènes  d'excitation  motrice  très  violeats. 
Pnr  1111  lr;iifomenl  à  rer^M)liiic.  on  amena  la  guérisoQ. 

Lt.  .">  janvier  1888,  le  iiièuie  individu  tut  reçu  une  seconde  lois, 
présentant  des  symptômes  de  folie  furieuse.  D'al>ord,  il  était  mo- 
rose, irascible,  disposé  à  pleurer  et  atteint  d'insomnie.  Ensuite, 
après  avoir  attaqué  sans  succès  des  femmes,  il  se  mit  dans  une 
rage  de  plus  en  plus  violente. 

Le  0  janvier,  son  étal  S*est  aggrav*'  ;  il  a  du  delirium  acuium  très 
grave  fjaclalion,  grincement  de  dénis,  grimaces,  etc.,  symptômes 
d'incitations  motrices:  température  allant  jiisqti'fi  îO'\7  .  Il  se 
masturbait  tout  h  fait  instinctivement.  Il  a  <'[r  ;;n<'i  i  par  un  trai- 
tement énergique  h  rer}?otine,  (jui  a  duré  jusqu'au  il  janvier. 
Après  sa  guérison,  le  malade  a  donné  des  explications  très  inté- 
ressantes sur  la  cause  de  sa  maladie. 

De  tout  temps,  il  eut  de  grands  besoins  sexuels.  Son  premier 
roTl  eut  lieu  à  TAge  de  seize  ans.  La  continence  lui  a  causé  des 
maux  de  tête,  une  grande  irascit)ilité  psychique,  de  Tabatl*  iiit  ut, 
un  manque  de  goût  pour  le  travail,  de  Tinsomuie.  Gomme  il  vivait 


76 


PSYCHOPATUIA  SEXUALIS 


à  là  campagne^  il  n^avail  que  rarement  Toccasion  de  satisfaire  ses 
besoins;  il  y  suppléait  par  la  masturbation.  Il  lui  fallait  se  mas- 
turber une  ou  deux  fois  par  jour. 

Depuis  deux  mois,  il  n'avait  pas  coïté.  Son  cxcilalion  sexuelle 
sV^I  de  plus  en  plus  oxallée;  il  ne  pensait  qu  au  moyen  de  satis- 
faire son  instinct.  La  masturbation  ne  sufllsait  plus  pour  laire 
cesser  les  tourments  de  plus  en  plus  pénibles  dus  à  la  continence. 
Ces  jours  derniers,  il  eut  un  désir  violent  de  coïter;  insomnie  de 
plus  en  plus  aiguë  et  irritabilité.  Il  ne  se  souvient  que  sommaire- 
ment de  la  période  de  sa  maladie.  Le  malade  était  guéri  au  mois 
de  décembre.  C'est  un  homme  très  convenable.  Il  considère  son 
instinct  irrésistible  comme  un  cas  pathologique  et  redoute  l'avenir. 

OBSbuvAiioN  15.  —  Le  11  juillet  1881,  R...,  trente-trois  ans, 
employé,  atteint  de  paranoïa  perseculoria  et  neura$thenia  sexualis^ 
a  été  reçu  à  la  clinique.  Sa  mère  était  névropathe.  Son  père  est 
mort  d^une  maladie  de  la  moelle  épiniére.  Dés  son  enfance,  il 
eut  un  instinct  sexuel  très  puissant  dont  il  prit  pleine  con- 
science à  l'âge  de  six  ans.  Depuis  celte  époque,  masturbation;  & 
partir  de  quinze  ans,  pédérastie,  faute  de  mieux;  quelquefois 
tendances  à  Li  sodomie.  Plus  tard,  abus  du  coït  dans  le  mariage, 
cum  iiTorf.  De  temps  à  autre  même  des  impulsions  perverses, 
idée  de  laii  t:  le  cujinilinf)ns\  de  donner  des  canlharides  à  sa  feniine, 
dont  le  libido  uo  correspond  pas  au  sien.  Peu  de  temps  après  le 
maria^^e,  la  femme  mourut.  La  situation  économique  du  malade 
devient  de  plus  en  plus  mauvaise;  il  n*a  plus  les  moyens  de  se 
procurer  des  femmes.  Il  revient  à  l'habitude  de  la  masturbation, 
se  sert  de  lingnn  r  a  rr>.v  pour  provoquer  réjaculalion.  Dn  temps  on 
temps  accès  de  priapisme  et  état  frisant  le  satyriasis.  Il  était 
alors  forcé  de  se  masturber  pour  éviter  le  stupruni.  A  mesure  que 
lu  neurasthénie  sexuelle  a  augmenté,  s'afcompagnanl  de  velleiles 
de  mélancolie,  il  y  a  diminution  du  lihido  nimia^  ce  qu  il  a  consi- 
déré comme  un  soulagement  salutaire. 

Un  exemple  clas s  i(|ue  d'hypereslhésie  sexuelle  pure  est  le 
cas  suivant  ({ue  j  emprunte  h  la  Folie  lucide  de  Trélal  cl  qui 
est  très  préeieu.x  pour  l'élude  de  certaines  Mcssalines,  deve- 
nues célèbies  dans  rhistoirc. 

Observatio.v  16.  —  M"*  V...  souffre  depuis  sa  première  jeu- 
nesse d'andromanie.  De  bonne  famille,  d'un  esprit  cultivéi  bonne 


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NEURO>PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


77 


de  caractère,  (Kune  décence  allanl  jusqu'à  la  faculté  de  rougir, 
elle  était,  encore  jeune  lille,  la  terreur  de  sa  famille.  Quandoquidem 
tola  erat  eum  komne  sexus  aùeriut,  negiigens,  uîrum  infans  ait  an 
«ir,  an  senex,  utrum  putchtr  an  ttier,  ttatim  corpus  nuda^i  tt  vehe- 
meaUr  libidines  suas  satiari  ragamt  tel  vtm  ei  manw  ei  injeeit.  On 
essaya  de  la  guérir  par  le  mariage.  âiarUum  <]uam  maxime  mnnoii 
ne^iie  tanun  sibi  temperare  potuit  quin  a  quotihet  ciro,  si  sotum 
apprehenderat^  seu  servo,  seu  meremariot  seu  discipulo  coitum 
eijmceret . 

Rien  ne  put  la  gm-rir  Me  rp  penchant.  Même  lui  sqa  i  llc  fut 
devenue  graad'mùre,  elle  resta  Messaline.  Puerum  t^uondum  duo- 
denm  aanos  nalum  in  et^ieuhan  edlêetum  aluprar^  wtluii.  Le 
garçon  se  déreodil  et  se  sauva.  Elle  reçut  une  verle  correction  de 
son  frère.  C'était  peioe  perdue.  On  Tintema  dans  un  couvent.  LA, 
elle  fut  un  modèle  de  bonne  tenue  et  n'encourut  aucun  reproche. 
Aussitôt  revenue  du  couvent,  les  scandales  recommencèrent  dans 
la  villo.  La  famille  la  chassa  et  lui  servit  une  petite  rente.  Elle  se 
mit  à  travailler  et  gagnait  le  nécessaire,  ui  amantes  siài  emere 
posset. 

Quiconque  aurait  vu  celte  dame,  mise  proprement,  de  nianières 
disILnguécs  et  agréables,  n'aurait  pu  se  douter  quels  imnirnses 
besoÎDS  sexuels  elle  avait  encore  à  l'^^ge  de  soixante-cinq  ans. 
le  7  janvier  1854,  sa  famille,  désespérée  par  de  nouveaux  scau' 
dales,  la  fit  interner  dans  une  maison  de  santé.  Elle  y  vécut  jus* 
qu'au  mois  de  mai  1858  et  y  succomba  à  une  apoplexia  cerebri  A 
l'Apo  de  soixante-treize  ans.  Sa  conduite,  avec  la  surveillance 
de  rétablissement,  était  irréprochable.  Mais  aussitôt  «ju'mi  l'aban- 
donnait à  elle-même  et  quimc  «KM^asion  favorable  se  présentait, 
se&  penchants  sexuels  se  laisaient  jour,  môme  peu  de  temps 
avant  sa  mort.  A  l'exceptioa  de  son  anomalie  sexuelle,  tes  aUé- 
eistes  n*ont  rien  constaté  chez  elle  pendant  les  quatre  années 
qu'ils  la  soignèrent. 

D.  —  PARESTUÉSIE  DU  SENS  SEXUKL  (PERVERSION  SEXUELLE) 

Il  se  produit  dans  ce  cas  un  état  morbide  des  sphères  de 
représentation  sexuelle  avec  manifestation  de  sentiments  fai- 
sant que  des  répréscntalions,  qui  d*hahitude  doivent  provo- 
quer physico-psychologiqucmcnt  de»  sensations  désagréables, 
sonl  au  contraire  accompaguécs  de  sensations  de  plaisir.  Et 


78 


PSYCHOPATHU  SEXUAUS 


mAmo  il  ]»eiil  se  produire  une  association  anormale  ot  telle- 
ment forte  de  ces  doux  pluînouiènes  qu'ils  peuvent  aller  jus- 
qu'à la  forme  passionnelle. 

Comme  résultat  praticpie,  on  a  des  actes  pervertis  (Per- 
version de  l'inslinct  sexuel).  Ce  cas  se  produil  d'autant  plus 
facilement  que  les  sensations  de  plaisir  poussées  jusqu'à  ia 
passion,  empêchent  la  manifestation  des  représentations 
contraires  qui  pourraient  encore  exister  et  provoquer  des 
sensations  désagréables.  Il  se  produit  toujours  lorsque,  par 
suite  de  Tabsence  totale  des  idées  de  morale,  d'esthétique  ou 
de  justice,  les  représentations  contraires  sont  devenues  im- 
possibles. Mais  ce  cas  n'est  que  trop  fréquent  quand  la  source 
des  représentations  et  des  sentiments  éthiques  (sentiment 
sexuel  normal)  est  troublée  ou  empoisonnée. 

Il  faut  considérer  comme  pervertie  toute  manifestation  de 
l'instinct  sexuel  qui  ne  répond  pas  au  luit  de  la  nature, 
c'est-à-dire  ù,  ia  pcrpL'lu lté  lie  la  race,  si  cette  manifeslaliou 
s'est  produite  nuilgré  ruccusion  propice  pour  ijalislairr  d  une 
manière  nalurello  le  besoin  soxuel.  Les  actes  soxuols  per- 
vertis que  ia  parestlu  sii*  provoijuL'  sont  très  importants  au 
point  de  vue  clinique,  social  et  médico-lé^^al  ;  aussi  est-il 
indispensable  de  les  traiter  ici  à  fond  et  de  vaincre  à  cet  eflet 
tout  le  dégoût  esthétique  et  moral  qu'ils  nous  inspirent. 

La  perversion  de  l'instinct  sexuel,  comme  je  le  démon- 
trerai plus  loin,  ue  doit  pas  être  confondue  avec  la  perversité 
des  actes  sexuels.  Celle-ci  peut  se  produire  sans  être  pro- 
voquée par  des  causes  psychopathologiques.  L'acte  pervers 
concret,  quelque  monstrueux  qu'il  soit,  n  est  pas  une  preuve. 
Pour  distinguer  entre  maladie  (perversion)  et  vice  (perver- 
sité), il  faut  remonter  à  Texamen  complet  de  l'individu  et 
du  mobile  de  ses  actes  pervers.  Voilà  la  clef  du  diagnostic. 
(Voir  plus  bas.) 

La  paresthésie  peut  se  combiner  avec  Thyperesthésie.  Cette 
combinaison  clinique  se  présente  trèssouvenl.  Alors,  on  peut 
sûrement  s'attendre  u  des  actes  sexuels.  La  perversion  de 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


79 


l'activité  sexuelle  peut  avoir  comme  objectif  lu  sali^laclioii 
sexuelle  avec  des  persouues  de  lautre  sexe  ou  du  même 
sexe. 

Ainsi  nous  arrivons  à  classer  en  deux  grands  groupes  tes 
phénomènes  de  la  perversion  sexuelle. 

I.  -  AFFECTION  SEXUELLE  POUR  DES  PERSONNES  DE 
L'AUTRE  SEXE  AVEC  MANIFESTATION  PERVERSE 
DE  L'II«STINCT. 

A.  —  RAPPORTS  ENTUK  LA  CRUAUTÉ  ACTIVE,  LA  ViOLENCK 
ET  LA  VOLUPTÉ.  —  SADtSMB  * 

C'est  un  fait  connu  et  souvent  observé  que  la  volupté  et 
la  cruauté  se  montrent  fréquemment  a^tf^ociées  l'une  à  lautre. 
Des  écrivains  de  toutes  les  écoles  ont  signalé  ce  phénomène'. 
Même  à  Fétat  physiologique,  on  voit  fréquemment  des 
ïndi'vîdus  sexuellement  fort  excitables  mbrdre  ou  égratigner 
leuc*  eonmrs  pendant  le  coït  \ 

Les  anciens  auteurs  avaient  déjà  appelé  Tatlention  sur  la 
connexité  qui  existe  entre  la  volupté  et  la  cruauté. 

BlumrOder  {Ueber  Irreseint  Leipzig,  \  8;^(>,  p.  51)  /taminem 
tfidit  qui  compluria  vtdnera  in  mvsctdo  pertorali  habuit,  qux 
femina  vnlde  lihidinosa  in  summa  voluptale  mord^ndo  e/fecil. 

Dans  un  essai  «  Veher  Lust  und  Sr/nni-rz  »  [Friedrckhs 
Mofiazin  fur  Srelcithu/idv^  il.  ")).  il  appelle  l'attention 

Itarticulièiemeul  sur  la  corrélation  psycliologi(jue  qui  existe 
entre  la  volupté  et  la  soif  du  sang,  il  rappelle  à  ce  sujet  la 

i.  Ainti  nommé  d'après  le  mal  famé  marcfiita  de  Sade,  dont  les  roman» 

"Ii5r-"[u  >  si'iit  l  uissi  I.iiitH  (le  vnitiptr  et  n  ii;ml<'.  ILuis  la  lilfT  i  atm  fran- 
çaise «  Sadisme  »  est  devenu  le  uiut  courant  pour  désigner  cette  perversion. 

S.  Entre  autres  :  Novalis,  dans  ses  FrasmtnUn;  Ooerres  :  Ckriittiehe  JfyttiA, 
t.  Ht,  p.  460. 

'i.  Comparez  les  célèbres  vers  d  Alfred  de  Musset  à  l'Audaloiisc  : 

Qudie  est  snperbfl  «■  iob  dénniro 

Qii.iiiil  <  iîi'  tomlnj  l«s  wiii»  nus, 
<.^u  <in  la  voil  beanle  Ht'  lordro 
Dans  un  baiser  <le  rngc  et  inordro 
Ko  faurlani  des  moU  iocouniu  I 


80 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


légende  indienne  de  Siwa  et  Durga  (Mort  et  Volupti^j,  les 
sacrifices  irhommcs  avec  mystères  voluptueux,  les  désirs 
sexuels  de  Tâge  de  puberté  associés  à  un  penchant  volup- 
tueux pour  le  suicide,  à  la  flagellation,  aux  pincements,  aux 
blessures  faites  aux  parties  génitales  dans  le  vague  et  obscur 
désir  de  satisfaire  le  besoin  sexuel. 

Lombroso  aussi  {Verzeni  e  AgnoleHi^Vionai,  1874)  cite  de 
nombreux  exemples  de  tendance  &  Tassassinat  pendant  la 
■surexcitation  produite  par  la  volupté. 

Par  contre,  bien  souvent,  quand  le  désir  de  Tassassinat  est 
exeit*?,  il  entraîne  après  lui  la  sensation  de  volupté.  Lombroso 
rajtpolle  le  fait  cité  par  .Mantegazza  que,  dans  les  horreurs 
d'un  piJlage,  les  soldats  éprouvent  ordinairement  une  volupté 
Lestinio 

fj-s  pv«  mpl(»s  forment  des  cas  de  transition  entre  les  cas 
manifeste  ment  jtatliolop  ifjnes. 

Très  instructifs  aussi  les  exemples  des  Césars  dégén«5r(^s 
(Néron,  Tibère),  qui  se  réjouissaient  en  faisant  égor^çer  devant 
eux  des  jeunes  gens  et  des  viei  L!»";,  ainsi  que  le  cas  de  ce 
monstre.  le  maréchal  Gilles  de  Hays  (Jacob,  Curiositt'^:  de 
t Histoire  de  France^  Paris,  1858)  qui  a  été  exécuté  en  1440 
pour  viols  et  assassinats  commis  pendant  huit  ans  sur  plus 
de  huit  cents  enfants.  Il  avoua  que  c*était,  à  la  suite  de 
la  lecture  de  Suétone  et  des  descriptions  des  orgies  de 
Tibère,  de  Garacalla,  que  Tidée  lui  était  venue  d'attirer  des 
enfants  dans  son  château,  de  les  souiller  en  les  torturant  et 
de  les  assassiner  ensuite.  Ce  monstre  assura  avoir  éprouvé  un 
bonheur  indicible  à  commettre  ces  actes.  Il  avait  deux  com- 
)) lices.  Les  cadavres  des  malheureuses  victimes  furent  brûlés 

1.  Au  milieu  de  t'exaltation  du  combat  l'image  de  l'exaltation  de  la  volupté 
vient  ù  l'esprit.  ComiHirei,  chex  GriUparxer,  Ift descripUon  d'une  iiataille  faito 

par  un  ^'uerrier  : 

«  El  lorsque  sonne  le  signal,  —  que  les  deux  armées  se  rencontrent,  — 
poitriue  contre  poitrine,  —  quels  dHices  des  dieux  !  —  Par  ici,  par  là  —  des 
enneroin,  —  des  frères,  —  sont  abattus  par  l'acier  mortel.  —  Reoeroir  et 
iloiincr  la  mort  et  la  vie.  —  dans  r<'cliini.'«-  nlternant  et  ebaQcelant,  —  daoê 
une  griserie  sauvage  I  »  {Jrtum  ein  Leben,  acte  1). 


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NfiURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


81 


e(  seules  quelques  lôles  tl'enfants  exccptioniiellemeiit  belles 
furent  iîardées  commo  souvenir. 

Quand  on  veut  expliquer  la  connexil»^  existant  entre  la 
volupt(!  et  la  cruauté,  il  faut  remonter  à  ces  cas  f[ui  sont 
encore  presque  physiologiques  où,  au  moment  île  ia  volupté 
suprême,  des  individus,  normaux  d'ailleurs  mais  très  exci- 
tables, commettent  des  actes,  comme  mordre  ou  égratigner, 
qui  habituellement  ne  sont  inspirés  que  par  la  colère.  11 
faut,  en  outre,  rappeler  que  Tamour  et  la  colère  sont  non 
seulement  les  deux  plus  fortes  passions,  mais  encore  les  deux 
uniques  formes  possibles  de  la  passion  forte  (slhénique)  .Toutes 
les  deux  cherchent  leur  objet,  veulent  s'en  emparer,  et  se 
manifestent  par  une  action  physique  sur  Tobjet  ;  toutes  les 
deux  mettent  la  sphère  psycho  motrice  dans  la  plus  grande 
agitation  et  arrivent  par  cette  agitation  m6me  à  leur  manifes- 
tation normale. 

Partant  de  ce  point  de  vue,  on  comprend  que  lu  voliij)lé 
pousse  à  des  actes  qui,  dans  d'autres  cas,  ressemblent  ti  ceux 
iiispLr(?s  par  la  colère 

L' uue  comme  rautrc  e>l  un  élut  d  exaltalioii.  <'nn>lilm' 
une  puissante  oxcitalion  d*'  louto  la  splière  psychoniolrice. 
Il  en  résulte  un  désir  de  réagir  par  tous  les  moyens  possibles 
et  avec  la  plus  grande  intensilô  contre  Tobjet  qui  provoque 
lexcilation.  De  même  que  rexallalion  maniaque  passe  facile- 
ment à  Tétat  de  manie  de  destruction  furieuse,  de  même 
rexaJiation  de  la  passion  sexuelle  produit  quelquefois  le 
violent  désir  de  détendre  Texcitation  générale  par  des  actes 
ioseosés  qui  ont  une  apparence  d'hostilité.  Ces  actes  repré- 
sentent pour  ainsi  dire  des  mouvements  pfsychiques  et  acces- 
soires ;  il  ne  s'agit  point  d'une  simple  excitation  inconsciente 
de  rinnervation  musculaire  (ce  qui  se  manifeste  aussi  quel- 
<iuefois  sous  forme  de  convulsions  aveugles),  mais  d'une  vraie 

I.  Scbultz(IVieit«r  m«(l.  Woehenachrifi,  ISSS,  ifi  49)  T&pporte  le  cas  curieux 
d'un  humilie  <lc  vingt  huit  ans  qui  ne  pouvait  faire  avec  sa  feaime  le  coït 

qu'a|)ré5  s'i^trc  mis  arliûc-ii  llemeat  eu  colère. 


PSYCHOPATIIIA  SBXUALIS. 


6 


82 


PSYCROPATHIA  SEXUAUS 


hyperbolie  de  la  volonté  à  pmluirn  un  piiis^^anl  cfTcl  siii- 
l'individu  ({ui  a  rausé  noire  excitation.  Le  nioyon  le  plus 
officace  pour  cela,  c'est  de  causera  cet  individu  une  sensation 
de  douleur.  En  partant  de  ce  cas  où,  dans  le  maximum  de  la 
passion  voluptueuse,  rintjividu  cherche  à  causemne  douleur 
à  Tobjet  aimé,  on  arrive  à  des  cas  où  il  y  a  sérieusement 
mauvais  traitements,  blessures  et  mftme  assassinat  de  la 
victime 

Dans  ces  cas,  le  penchant  à  la  cruauté  qui  peut  s'associer 
à  la  passion  voluptueuse,  s*est  augmenté  démesurément 
chez  un  individu  psychopathe,  tandis  que,  d*autre  part,  la 
défectuosité  des  sentiments  moraux  fait  qu^il  n*y  a  pas 
normalement  d^enlraves  ou  qu'elles  sont  trop  faibles  pour 
réagir. 

Ces  actes  sadiques  monstrueux  ont,  chez  l'homme,  chez 
lequel  ils  se  produisent  [)lus  fiéquemmenl  que  chez  la 
femme,  pn«  oro  une  autre  cause  puissante  due  aux  conditions 
physiologiques. 

Dans  le  rapport  des  deux  sexes,  c  esl  à  riiomuie  qu'échoit 
le  rôle  actif  et  m^me  agressif,  taudis  que  la  femme  se  borne 
au  rùle  passif  et  défensif 

Pour  l'homme,  il  y  a  un  grand  charme  à  conquérir  la 
femme,  à  la  vaincre  ;  et,  dans  VArs  amandif  la  décence  de  la 
femme  qui  reste  sur  la  défensive  jusqu'au  moment  où  elle 
a  cédé,  est  d'une  grande  importance  psychologique.  Dans  les 
conditions  normales,  l'homme  se  voit  en  présence  d'une  résis- 
tance qu'il  a  pour  tâche  de  vaincre,  et  c*est  pour  celte  lutte 
que  la  nature  lui  a  donné  un  caractère  agressif.  Mais  ce  ca- 
ractère agressif  peut,  dans  des  conditions  pathologiques, 
dépasser  toute  mesure  et  dégénérer  en  une  tendance  à  sub- 

1.  Voir  Lombroso  {Vomo  delinquente),  qui  cite  des  faits  analogues  chez  les 
animaux  en  rut. 

2  Chez  le?  animaux  nu?si  cVfît  ordinairpincnt  le  mile  qui  poursuit  li 
feuielie  lio  ses  proposiUons  d'amour.  On  peut  aussi  souvent  remarquer  que 
la  femelle  prendlla  fuite  ou  feint  é»  la  prendre.  Al<m  il  s'engage  une  eeène 
semblable  à  ceile.qai  a  lieu  entre  roiseau  de  proie  et  IWeau  attqod  il  fait 

la  chasse. 


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NBUBO-PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


83 


jugut  r  complèlemenl  i  objet  de  ses  désirs  jusqu'à  l'anéautis- 
semcnl  et  môme  h  le  tuer*. 

Si  ces  deux  élémont?  constitulil's  rencontrent,  si  le  désir 
prononcé  et  anormal  d'une  réaction  violente  contre  l'objet 
aimé  s'unit  îi  un  besoin  exagéré  de  subjuguer  la  femme,  alors 
les  explosions  \ç9  plus  violentes  du  sadisme  se  produiront. 

Le  t^iidisme  n'est  donc  qu'une  exagération  pathologique  de 
certains  phénomènes  accessoires  de  la  vita  sexutUis  qui  peu- 
vent se  produire  dans  des  circonstances  normales,  surtout 
ehet  le  niAle.  Naturellement,  il  n^est  pas  du  tout  nécessaire, 
et  ce  nest  pas  la  règle,  que  le  sadiste  ait  conscience  de  ces 
éléments  de  son  penchant.  Ce  qu*il  éprouve,  c*est  unique- 
ment le  désir  de  commettre  des  actes  violents  et  cruels  sur 
les  personnes  de  Tautre  sexe,  et  une  sensation  de  volupté 
rien  qu'en  se  représentant  ces  actes  de  cruauté.  Il  en  résulte 
une  impulsion  puissante  à  exécuter  les  actes  désirés.  Comme 
les  vrais  motifs  de  ce  ponehaul  loî^lent  inconnus  à  celui  qui 
agit ,  tes  actes  sadistes  sont  empreints  des  caractères  des  actes 

\.  I/i  cooquète  de  la  frinino  si^  fuit  aujourd'hui  sous  une  forme  civile,  en 
hisant  ia  cour,  par  séduction  et  cti  cmployaiit  la  ruse,  etc.  Mais  l'histoire 
d«  la  ctTiUsation  et  l'anthropologie  nous  apprenoent  qu'autrefois  el  mainte» 
tiant  encore  il  c,*l  certnius  pcu()lr's  cher  qui  la  force  bruLilp,  le  rapt  de  la 
feuiuie,  el  uiéioe  l'babilude  de  la  rendre  inotl'eusivt^  par  des  coups  de  massue 
ranpiaeent  tes  aolUeitations  d'amour.  Il  eat  possible  qu'un  retour  à  Fata* 
vi«n:e  onlrihuc,  avrc  de  pareil*  penrhanfs,  à  favoriser  les  accè*  de  «.lilisnie. 

Uaos  les  Jahrlju  her  fiir  l'si/i  holor/if  {II,  p.  128),  Schacfer  (lOiiai  rapporte 
deux  observations  <i  A.  rayer.  Dans  le  premier  cas,  un  état  d'excitatioa 
lexueKc  excessif  s'est  <lévcloppi''  ,i  ras|)cct  ili-  scènes  f!f  batiitli-,  tni^ine  en 
peinlui'';  dans  l'autre  ca.s,  c  est  la  lurturc  cruelle  <le  petits  animaux  qui 
produisit  cet  effet.  Schaefer  ajoute  :  <•  La  combativité  1 1  1  envie  de  tuer 
sout,  dans  toutes  les  espècefl  animales,  tellement  l'attribut  du  n)Ale,  que 
l'existence  d'une  connexité  eutre  ces  penchants  mâles  et  les  penchalits  puie- 
iJiont  sexuels  ne  saurait  être  mise  en  doute.  Je  crois  cependant  pouvoir 
assurer,  en  me  fondant  sur  des  observations  qui  ne  sauraient  être  contes- 
tée;, que,  même  eliex  des  Individus  miles  doués  d'une  parfaite  santé  psy- 
chique et  sexuelle,  les  premiers  signes  précurscur.-s,  mystérieux  et  olj^^eura 
dtu  désir»  sexuels  peuvent  iaire  appaj-ition  à  la  suite  de  lectures  de  scènes 
deltatailte  ou  de  chasse  émouvantes.  Une  poussée  Ineonseiente  pousse  les 
jeuniM  gens  à  chercher  une  sorte  de  s.itlsr.ietiim  dans  les  jmx  il  -  ^nierre 
{latte  corps  à  corps).  Dans  ces  jeux  aussi  l'instioct  fondamental  de  la  vie 
«exnelle  arrive  i  ton  expression  :  le  lutteur  eherehe  &  se  mettre  en  contact 
cxtensif  et  inUn^ir  i  n  son  partenaire,  avec  r&rrière-pensée  plus  ou  moias 
uelte  de  le  terrasser  ou  de  lu  vaiucre. 


84  PSYCHOPATHIA  SBXUALIS 

Quand  il  y  a  association  cntrn  lu  volupté  et  la  cruauté, 
non  seulement  la  passion  voluptueuse  éveille  le  penchant  à 
la  cruauté,  mais  le  contraire  aussi  peut  avoir  lieu  :  l'idée  et 
surtout  la  vue  d*actes  cruels  agissent  comme  un  stimulant 
sexuel  et  sont  dans  ce  sens  employés  par  des  individus  per- 
vers*. 

Il  est  impossible  empiriquement  d'établir  une  distinction 
entre  les  cas  de  sadisme  congénital  el  de  sadisme  acquis. 
Beaucoup  d'individus  tarés  ori|>;inellemonl  font  pendant  long- 
temps luus  les  efforts  possibles  pour  j  i  sisler  à  I(mii  s  ponchanls 
pci  vci'^.  Si  la  puissance  sexuelle  existe  encore,  ils  ont  au 
commencement  une  vita  xf'xuafis  normale,  souvent  prAce  à 
r(5 v  ocation  d'images  de  nature  perverse.  1*1  us  tard  seulement, 
après  avoir  vaincu  successivement  toutes  les  contre-raisons 
éthiques  et  esthétiques  et  après  avoir  constaté  à. plusieurs 
reprises  que  Tacte  normal  ne  procure  pas  de  satisfaction 
complète,  le  penchant  morbide  sè  feit  jour  et  se  manifeste 
extérieurement.  Une  disposition  perverse  et  ab  origine  se 
traduit  alors  tardivement  par  des  actes.  Voilà  ce  qui  produit 
souvent  l'apparence  d'une  pei*ver8Îon  acquise  el  trompe  sur 
le  vrai  caracl^^re  congénital  du  mal.  A  priori,  on  peut  cepen- 
dant supposer  que  cet  étal  |>>y('lio{)atlii([uo  existe  toujours  ah 
orif/inp.  Nous  verrons  plus  loin  les  raisons  en  faveur  de. cette 
hypothèse. 

Les  actes  sadistes  ditîèrent  scion  le  degré  de  leur  mons- 
truosité, selon  Tempire  du  penchant  pervers  sur  Tindividu 
qui  en  est  atteint,  ou  bien  selon  les  éléments  de  résistance  qui 
existent  encore,  éléments  qui,  cependant,  peuvent  être  plus 
ou  moins  affaiblis  par  des  défectuosités  éthiques  originelles, 
par  la  dégénérescence  héréditaire,  par  la  folie  morale. 

Ainsi  naissent  une  longue  série  de  formes  qui  commencent 
par  lés  crimes  les  plus  graves  et  qui  finissent  par  des  actes 

i.  Il  arrive  aussi  «|ue  la  vue  accidcnlcUe  du  «ang  versé  meUe  le  mécanisme 
psychique  et  prédisposé  dtt  ««diste  CD  mouvement  et  éTMlle  le  pencbani  qui 
élatt  à  t'éUl  latent 


NEimO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  S5 

puc^rilcs  qui  n'ont  d'audc  but  que  d'otlrir  une  satisfaction 
symbolique  au  besoin  pervers  du  sadisle. 

On  peut  encore  classer  les  actes  sadiques  scion  leur  genre. 
11  faut  alors  distinguer  s'ils  ont  lieu  après  la  consommation 
du  coït  dan9  lequel  le  iiàido  nimia  n*a  pas  été  satisfeiit,  ou  si, 
dans  le  cas  d'affaiblissement  de  la  puissance  génésique,  ils 
•servent  de  préparatifs  pour  la  stimuler,  ou  si  enfin,  dans  le 
cas  d*une  absence  totale  de  la  puissance  génésique,  les  actes 
sadiques  doivent  remplacer  le  coït  devenu  impossible  et  pro- 
voquer l'éjaculation.  Dans  les  deux  derniers  ea«:,  il  va,  mal- 
gré rimpnissance,  un  iibido  violent,  ou  du  munis  ce  iibif/o 
subsistait  flio/.  l'individu  ù  l'époque  où  il  a  constaté  l'habi- 
tude des  actes  sadiques.  L'hyperestbésie  sexuelle  doit  tou- 
jours èlre  considérée  comme  la  base  des  penchants  sadistes. 
L'impuissance  si  fréqur  ntt^  chez  les  individus  psycho-névro- 
palbiques  dont  il  est  ici  question,  à  la  suite  d'excès  faits 
dès  la  première  jeunesse,  est  ordinairement  de  la  faiblesse 
spLnale.  Quelquefois  il  se  peut  qu'il  y  ait  une  sorte  d'impuis- 
saTice  psychique  par  la  concentration  de  la  pensée  vers  Tacte 
pervers,  à  côté  duquel  alors  Timage  de  la  satisfaction  nor- 
male s'efTace. 

Quel  que  soit  lo  cara(•l^re  extérieur  do  l'acte,  pour  le  com- 
prendre il  est  oss«»nliel  (rexurniner  i<'s  disposif ions  |it'rverses 
de  l'âme  et  le  sens  du  penchant  de  1  individu  atteint. 

A»  —  ASSASSINAT  PAR  VOLUPTÉ*  (vOlUPTé  ET  CRUAUTÉ,  AMOUR  DU 
MEURTRE  POUSSÉ  JUSQU'A  L'ANTHROPOPnAGIfi) 

Le  fait  le  plus  horrible  mais  aussi  If  plus  caracli-risliquc 
pour  montrer  la  connexilé  qui  existe  t'nire  la  volupté  et  la 
cruauté,  c'est  le  cas  d'Andréas  Hicliel  que  Feuerbacb  a  publié 
dans  son  Ahlenmxmgm  Darstellung  merkwàrdiffer  Ver^ 
heehen. 

\.  Comparez  :  Melzger  Ger.  Arzneiw,  édité  par  Remer,  p.  53;»;  Klein'a 
AnnaUn,  X,  p.  17(1,  xviii  p.  lil;  Heinroth,  Sytem  dtr  P»yeh,  gtr,  Med., 
p.  m;  tieutr  tUaml,  18»5,  23  Ttt.  {cm  Alaise  Ferrage). 


8ô 


PSYCHOPATHIA  SEXI  AUS 


B,  puellas  $tupratas  neeavii  et  dissecuii.  —  A  propos  de 
I^assassinat  commis  sur  une  de  ses  victimes,  il  s^est  exprimé 
dans  les  termes  suivants  au  cours  de  son  interrogatoire  : 

ff  Je  lui  ai  ouvert  la  poitrine  1 1  j  ai  Iranché  avec  un  couteau 
les  parties  charnues  du  corps.  Ensuite  j*ai  apprêté  le  corps 
de  cotte  personne,  cormiie  le  boiichci-  a  riiabitudc  de  faire 
avpr  la  hèie  qu'il  vient  Jti  tuer,  .le  lui  ai  coupé  le  corps  en 
deux  avec  line  hache  de  façon  à  l'enfoiiir  dans  le  h  ou  creusé 
d'avance  dans  la  montagne  et  destine^  à  recevoir  le  cadavre. 
Je  puis  dire  qu'en  ouvrant  la  poitrine  j'étais  tellement  excité 
que  je  tressaillais  et  que  j'aurais  voulu  trancher  un  morceau 
de  chair  et  le  manger.  » 

Lombroso  '  cite  aussi  des  cas  de  ce  genre,  entre  autres  celui 
d*un  nommé  Philippe  qui  avait  Thahitude  d*étranglcr  post 
aclum  les  prostituées  et  qui  disait  :  «  J*aime  les  femmes, 
mais  cela  m*amuse  de  les  étrangler  après  avoir  joui  d'elles.  » 

Un  nommé  Grassi  (Y.  I.ombroso  op.  riV.,  p.  12)  a  été  pris 
nxiilaiiinient  d'un  désir  sexuel  pour  une  parente.  Irrité  par  la 
ré>islance  de  celle  femme,  il  lui  donna  plusieurs  coups  de 
couteau  dans  le  bas-ventre,  et  lorsque  le  père  et  l'oncle  de  la 
mailieureuse  voulurent  le  retenir,  il  les  tua  tous  deux.  Im- 
médiatement après  il  alla  calmer  dans  les  bras  d'une  prosti- 
tuée Son  rut  sexuel.  Mais  cela  ne  lui  suffisait  pas;  il  assassina 
son  propre  père  et  égorgea  plusieurs  bœufs  dans  Tétable. 

11  ressort  des  faits  que  nous  venons  d*énumérer  que,  sans 
aucun  doute,  un  grand  nombre  d'assassinats  par  volupté 
sont  dus  ri)  ypéresthésie  associée  à  la  paresihésie  sexuelle. 
De  même.  <^  un  degré  plus  élevé,  la  perversion  sexuelle  peut 
amener  a  commettre  des  actes  de  brutalité  sur  des  cadavres, 
comme  par  exemple  le  dépècement  du  cadavre,  l'arrache- 
menl  voluptueux  îles  entrailles.  Le  cas  de  Hiehel  indique 
clairement  la  possibilité  d'une  pareille  observation. 

De  notre  temps,  on  peut  citer  comme  exemple  Menesclou 

1.  GeschUchlslrieb  und  Wrliechen  in  ihren  gegenseiligen  Beziehungen,  Goll- 
danmir'*  Archiv^  Bd.  XXX. 


NEURO-PSYGHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


87 


(V.  Annales  ffhtjf/ièiif  pt(ô/i(/ue)  sur  lequel  Lusèguc,  Hrouar- 
del  et  Motet  ont  durmé  un  rapport.  Ou  le  jugea  d'esprit  sain, 
et  il  fut  guillotiné. 

Observation  17.  —  Le  13  avril  1880,  une  fille  de  quatre  ans 
dispanit  de  la  maison  de  ses  parents.  Le  16  on  arrêta  Meoesclou, 
un  des  locataires  de  cette  maison.  Dans  ses  poches  on  ti*ouva  les 
aTaDt^-bras  de  Tenfant  ;  de  la  cheminée  on  retira  la  tête  et  les 
viscères  à  moitié  carbonisés.  Dans  les  lieux  d'aisance  on  trouva 
aussi  des  parties  du  cadavre.  On  n'a  pu  retrouver  les  parties  géni- 
tales de  la  \  ictime.  Menesciou,  interrogé  sur  le  sort  de  l'enfant, 
se  troubla.  Les  circonslances  ainsi  qu'une  popsi»*  lascive  t;  «uivép 
sur  lui.  tif  laissèrent  phis  siiî»sisler  aucun  doute  ;  il  avait  :iss;»s>iné 
renfant  après  en  avoir  abusé.  Moiusclou  ne  maniltstu  aucun 
repentir  ;  son  acte,  dl^ail-il,  était  un  nialbeur.  L'intelligence  de 
laceuiîè  est  bornée,  il  ne  ivrèsenic  aucun  ^ligInate  de  dégénéres- 
ct'uce  uuatouiiquu  ;  il  a  rouie  dure  cl  il  est  scrofuieux. 

Menesciou  a  vingt  ans.  A  l'âge  de  neuf  mois  il  eut  des  convul- 
sions ;  plus  tard,  il  souffrit  d'insomnies;  enureais  mctuma;  il 
était  nerveux,  se  développa  tardivement  et  d^une  façon  incom- 
plèl».  A  partir  de  Tftge  de  puberté  il  devint  irritablet  manifestant 
des  penchants  mauvais  ;  il  était  paresseux,  indocile,  impropre  à 
Umte  occupation.  Il  ne  se  corrigea  pas,  même  dans  la  maison  de 
correction.  On  le  mit  daus  la  marine  ;  là  non  plus  il  n'était  bon  à 
rien.  Bentré  de  son  service,  il  vola  ses  parents  et  eut  de  mauvaises 
fréquentations.  Il  n'a  jamnis  couru  après  les  femmes.  H  se 
livrait  avec  ardeur  à  ronnuisuic  cL  à  roccasion,  il  livrait  à  la 
sodomie  sur  des  chiennes..  Su  nu  rt'  t.uutlVail  tlf  matua  nunitrua" 
lis  i»'i  iodka  ;  un  oncle  était  fou,  un  autre  oncle  ivrogne. 

L  autopsie  du  cerveau  de  Menesciou  a  permis  de  constater  une 
altération  moi  Lide  des  deux  lobes  frontaux,  de  la  première  et  de 
la  seconde  circonvolution  temporale  ainsi  que  d'une  partie  des 
eifconvolutions  occipitales. 

OsSERVinoif  18.  —  Alton,  garçon  de  magasin  en  An-lf  torre, 
va  se  promener  dans  les  environs  de  la  ville.  Il  altiro  une  enfant 
dans  un  bosquet,  rentre  après  y  avoir  passé  .lueUiuo  temps,  va 
au  bureau  où  il  inscrit  sur  sou  carnet  la  note  suivanlo  :  hdled 
loduija  i/oiinr)  r^irl,  il  ivas  /itiç  and  /loi  ^Assassiné  aujourd'hui 
une  jeune  fille  :  le  temps  était  beau  ;  il  faisait  chaud). 

On  remarque  l'absence  de  l'enfant,  on  se  met  à  sa  recherche  et 


PSYGHOPATHIA  SEXUALIS 


on  la  trouve  déchirrc  en  morceaux;  ct  rl  nm's  |»arUe»  de  -  n 
corps,  entre  autres  les  parties  génitales,  n  ont  \m  ètrerelrouM  ^ 
Alton  ne  inanilesUi  j»:is  la  niointire  trace  d'nnoi  et  ne  fournit 
aucune  explication  ni  sur  le  mobile  ni  snr  lus  circonstances  de 
son  aclo  horrible.  Cétait  un  individu  psychopathe  qui  avait  de 
temps  à  autre  des  états  de  dépression  avec  txtUum  vitse. 

Son  père  avait  eu  un  accès  de  manie  aigu^,  un  parent  proche 
souffrait  de  manie  avec  penchants  à  Tassassinat  Alton  fut  exécuté. 

Dans  de  pareils  cas,  il  peut  arriver  que  Tindividu  mor- 
bide éprouve  le  désir  do  goûter  la  chair  de  la  victime  assassin 
née  et  que,  cédant  à  cette  aggravation  perverse  de  ses  repré- 
sentations objectives,  il  mange  des  parties  du  cadavre. 

Observatiûm  19.  — Léger»  vigneron,  vingt-quatre  ans,  dès  sa  jeu- 
nesse sombre,  renfermi*  et  fuyant  toute  société,  s'en  va  pour  cher- 
cher de  l'ouvrage.  Pendant  huit  jours  il  rôde  dans  une  forêt.  Puel- 

tain  aji/iri'hn\dh  ffundf'chii  annovutu  :  sfupmtn'  geniUilia  mutilât,  cor 
et  en  in;ingi\  Iniil  le  saiig  et  oiilouil  le  cadavre.  Arrêté,  il  nie 
d  abord,  mais  linil  par  nvuurr  son  •  rime  avec  un  sang-froid  cyni- 
que. 11  écoute  son  ancL  de  niorL  avec  indilTcrence  et  est  exécuté. 
A  l'aulupsie,  Esquirol  a  constaté  des  adhérences  pathologiques 
entre  les  méninges  et  le  cerveau  ((jeorgel,  Compte  rendu  du  pro- 
cès Léger,  Feldtmann,  etc.). 

Observation 30.  —  Tirsch,  pensionnaire  de  I  hospice  de  Prague, 
cinquante-cinq  ans,  de  tout  temps  concentré,  bizarre,  brutal,  très 
irascible,  maussade,  vindicatif,  condamné  à  vingt  ans  de  prison 
pour  viol  d  uiir  lille  <le  dix  ans,  avait,  ces  temps  derniers,  éveillé 
raUeiiiioii  par  -es  accès  de  rage  pour  des  raisons  futiles  et  par 
son  t.t  'iiuin  cide. 

En  18CI,  après  avoir  été  éconduit  par  une  veuve  à  laquelle  il 
proposait  le  mariage,  il  avait  pris  en  haine  les  femmes.  Le  8  juil- 
let, ilrûdait  avec  TintentioQ  d'assassiner  un  individu  du  sexe  qu'il 
détestait  tant. 

Vetulam  oceurrentem  in  silvam  allexit,  coitunt  popoteU,  reniien^ 

tem  prostravit,  jugulum  feminœ  compressit  a.  furore  captus  ».  Cada- 
ver  virg*Â  belulx  deseeta  verberare  voluil  neçuetttmeaidperfecif,  quia 
consclcntia  sua  liœc  fieri  vetuitj  cuUellu  ynammus  et  genitalia  de^ 

secladomi  coctn  proTi))tls  Hirhus  cum  gloùis  comedit.  Le  12  septem- 
bre, lorsqu  ou  1  arrêta,  ou  trouva  encore  les  restes  de  cet  horrible 


NBUnO-PSYCHOPATHOLOfilE  GÉNÉRALE 


89 


repas.  Hailé^ua  comitio  mobil»'  île  s^ou  acU'  "  iiin  soif  iiiltTiriiic  d 
el  deuianda  liii-?iu^nic  à  être  ('\énih''.  |>nist|u  il  avait  vie  de  tout 
temps  un  paria  dans  la  soeiéle.  Va\  prison,  il  aianifeslail  uno  irras- 
cibililé  excessive,  el  parfois  il  avait  des  accès  de  rage  pctidaiit  les» 
quels  il  refusait  toute  nouiritiire.  On  a  fait  la  remarque  que  la 
plupart  de  ses  anciens  exci>s  coïncidaient  avec  des  explosions 
d*irritatton  et  de  rage.  (Maschka,  Prager  Vierteljahrssehri/t^  1886, 
If  p.  79;  Gauster  dans  tiiatehka**Handb.  der  ger,  Medicin  IV,  p.  489.) 

Dans  la  catégorie  de  ces  monstres  psycho-sexuels  rentre 
sans  doute  Féventreur  de  Whitechapel'  que  la  police  cherche 
toujours  sans  pouvoir  le  découvrir. 

L'absence  régulière  de  Tutérus,  des  ovaires  et  de  la  vulve 
chez  les  dix  victimes  de  ce  Barbe-Blette  moderne,  fait  suppo- 
ser qu'il  cherche  et  trouve  encore  une  satisfaction  plus  vive 
dans  ranlhropopliaj^io. 

Dans  d'antres  (  as  d  assassinai  par  volupt^^,  le  xfttprttm  n*a 
pasliou  soil  poiu'  des  raisons  physiqnes.  soit  pour  des  raisons 
psychiques,  et  le  crime  sadiste  seul  remplace  le  coït. 

Le  prototype  de  pareils  cas  est  celui  de  Verzeni.  T.a  vie  de 
ses  viclimes  dépendait  de  la  manifestation  hative  ou  tardive  de 
l'éjaculatioB.  Comme  ce  cas  mémorable  renferme  tout  ce  que 
la  science  moderne  connaît  sur  la  connexité  existant  entre  la 
volupté,  la  n^e  de  tuer  et  lanhtropophagie,  il  convient  d'en 
faire  ici  une  mention  détaillée,  d'autant  plus  qu  il  a  été  bien 
observé. 

Observatiox  21.  —  Vincent  Verzi  iii,  né  en  1849,  arrêté  de- 

pnis  le  11  janvier  187i,  est  accusé  :  1°  d'avoir  essayé  d'étrangler 
sa  cousine  Marianne,  alors  que  celle-ci,  il  y  a  qunlro  an*.  fHail 
couctiri'  et  malade  dans  sdh  lit  ;  '2"  d'avoir  commis  li'  mèiiir  délit 
sur  lu  personne  de  r('iM»n>e  d'Arburfî,  Sfrée  de  vingl-sept  ans  ; 
3*  d'avoir  essayé  d'étrangler  M"*  Gala  i  n  lui  serrant  la  gorge  pen- 
dant qu'il  était  agenouillé  sur  son  corps  ;  i"  il  esl,  en  outre,  soup- 
çonné d'avoir  commis  les  assassinats  suivants  : 
\u  mois  de  décembre,  le  matin  entre  sept  et  huit  heures,  Jeanne 

1.  Comjtarc/  cnire  autres  :  Spilska,  The  Journal  of  nervous  and  mental 
'^tieaM,  déc.  1888  ;  Kieroan,  Th«  mtdieal  Slandurd,  noy.-déc.  1888. 


00 


i'bYCUOl'ATUIA  SEXUAUS 


Motla  se  rendit  dans  ttoe  commune  voisine.  Comme  elle  ne  r«ii- 
trait  pas,  le  maître  chez  qui  elle  était  servante,  partit  à  sa  recKer- 
chc  et  trouva  sur  un  senlier,  près  du  vUlage,  le  cadavre  de  cette 
Glle  horriblenieat  muUlé.  Les  viscères  et  les  parties  génitales 
étaient  arrachés  du  corps  et  se  trouvaient  près  du  cadavre.  La 
iiii'iitt'  du  cadavre,  des  i^rosions  aux  cuisses  faisaient  su]>pns<»r 
Uit  allf'iilat  rontrp  la  pudeur  :  la  Itouche  remplie  de  Icrre  iudi- 
(juait  (jue  la  Mlle  avait  été  eloutré<'  Près  du  cadavre,  sous  un 
monceau  de  paille,  on  trouva  une  partie  détachée  du  uioUet  droit 
et  des  vélemenis.  i/auleur  du  crime  est  resté  inconnu. 

Le  ^8  aoiU  1871,  de  hou  matin,  .M"**  Frigeni,  âgée  de  viugl-huit 
ans,  alla  aux  champs.  Comme  à  huit  heures  elle  n'était  pas  encore 
rentrée,  son  mari  partit  pour  aller  la  chercher.  Il  Ut  retrouva 
morte  dans  un  champ,  portant  autour  du  cou  des  traces  de  stran- 
gulation et  de  nombreuses  blessures  ;  le  ventre  ouvert  laissait 
sortir  les  entrailles. 

Le  29  août,  &  midi,  comme  Maria  Previtali,  âgée  de  dix-neuf 
ans,  traversait  les  champs,  elle  fut  poursuivie  par  son  cousin 
Verzeni.  traînée  dans  un  champ  de  blé,  Jetée  par  terre,  serrée 
au  cou.  Quand  il  la  relâcha  un  moment  pour  s'assurer  qu'il  n'y 
avait  ftersoMno  dnns  le  voisinage,  la  fîHe  se  relf'va  et  obtint,  sur 
ses  itistaiiles  priTrc^,  (]iie  Verieiii  la  laissât  partir  après  lui  avoir 
forteuieiit  serre  les  uiaiiis. 

Vi  izeni  fut  traduit  devant  le  tribunal.  Il  a  viii^t  deux  an<.  sou 
cràae  est  de  grandeur  moyenne,  asymétrique.  L  u>  froiiUil  droit 
est  plus  étroit  et  plus  bas  que  le  gauche  ;  Ih  bosse  frontale  droite 
est  peu  développée,  roreille  droite  plus  petite  que  la  gauche 
(d*un  centimètre  en  hauteur  et  de  trois  en  largeur)  ;  la  partie  infé- 
rieure de  rhélix  manque  aux  deux  oreilles  ;  l'artère  de  la  tempe 
est  un  peu  athéromateuse.  Nuque  de  taureau,  développement 
énorme  de  Tos  tygomatique  et  de  la  mâchoire  inférieure,  pénis 
très  développé,  manque  du  frenuium,  \ù{^eT  strabismus  aliemam 
divenjem  (insuffisance  des  mmcU's  rccti  intemi  et  myopie).  Lom- 
bros<»  conclut  de  ces  marques  de  dégénérescence  à  un  arrêt  con- 
tréiiital  du  développement  du  lobe  frontal  droit.  A  ce  qu'il  pai-aît, 
Ver/eui  est  un  héréditaire.  Deux  de  ses  mieli  s  sont  d<'S  rrétiiis,  un 
tmi-iOuie  est  un  nncrocéphale,  imberbe,  chvi  <iui  un  des  losliciiU  s 
manque,  tandis  que  l  autre  est  atrophié.  Le  père  présente  des 
traces  de  dégénérescence  pellagreuse  et  eut  un  accès  d'hypocoH- 
dria  peltagrosa.  Un  cousin  souflTrait  d^hyperhémie  cérébrale,  un 
autre  est  kleptomane. 


NEUnO-PSYCHOPATHOUJGlE  GÉKÉIULB 


91 


La  famille  de  Veneni  est  dévole  et  d'une  avarice  sordide.  Il  est 
d'ooe  iotelligeoce  au-dessus  de  la  moyenne,  sait  très  bien  so  dé- 
feodre,  cherche  à  trouver  un  alibi  et  à  démentir  les  témoins. 
Dans  son  passé  on  ne  trouve  aucun  signe  d'aliénation  mentale. 
SoQ  caractère  est  rtr.uige;  il  est  tacilurne  et  aime  Ih  solitude.  En 
pri«nn,  son  alliiiKli'  est  cynique  ;  il  se  masturbe  et  cherche  à  tout 
prix  à  vuir  dos  femmes. 

V(  r/t  iii  a  tini  par  avouer  ses  crimes  et  dire  les  mobiles  qui  Vy 

avaient  poussé. 

L'accompli^séinpnl  de  ses  crimes,  dit-il,  lui  avait  (immit-  une 
sensation  extirmcmenl  agréable  (voluptueuse),  uccnmitagiu  e 
d'érection  et  d'cjaculalion.  A  peine  avail-il  touché  su  vicliiue  au 
cou,  qu'il  éprouvait  des  sensations  sexuelles.  En  ce  qui  concerne 
«es  sensations,  il  lui  était  absolument  égal  que  les  femmes  fus- 
flCBt  vieilles,  jeunes,  laides  ou  belles.  D'habitude,  il  éprouvait  du 
[daisir  rien  qu'en  serrant  le  cou  de  la  femme,  et  dans  ce  cas  il 
laissait  la  victime  en  vie.  Dans  les  deux  cas  cités,  la  satisfkction 
sexuelle  tardait  à  venir,  et  alors  il  avait  serré  le  cou  Jusqu'à  ce 
que  la  victime  fût  morte.  La  satisfaction  qu'il  éprouvait  pendant 
ces  strangulations  était  plus  grande  que  celle  que  lui  procurait  la 
uiasturbation.  Les  contusions  à  la  penn  de*:  (niis'ii  s  i  t  du  puhis 
étaient  faites  avec  les  dents  lorsiju  il  suçait,  avec  grand  plaisir, 
k  sanjî:  de  sa  victime.  Il  avait  sucé  un  luorcenu  <lo  mollef  e|  l'avait 
•-■iiiport»'  p(jur  le  f^riller  à  la  maison  ;  se  ravisant,  il  l'avait 

caché  sous  un  las  de  paille,  de  crainte  que  sa  luére  ne  s'aperçiU 
de  ses  menées.  Il  avait  emporté  avec  lui  les  vêlements  et  les  vis- 
cères; Il  les  porta  pendant  quel(]ue  temps  parce  qu'il  avait  du 
plaisir  à  les  renifler  et  à  les  palper.  La  force  qu'il  possédait  dans 
ces  moments  de  volupté  était  énorme.  Il  n'a  jamais  été  fou  ;  en 
exécaUiit  ses  actes,  il  ne  voyait  plus  rien  autour  de  lui  (évidem^ 
ment  l'excitation  sexuelle,  poussée  au  plus  haut  degré,  a  supprimé 
en  lui  la  faculté  de  perception  ;  acte  instinctif).  Après  il  éprouvait 
toujours  un  certain  bien-être  et  un  sentiment  de  grande  satisfac- 
tion, 11  n'a  jamais  éprouvé  de  remords.  Jamais  l'idée  ne  lui  est 
venue  de  toucher  aux  parties  génitales  des  It  inmes  qu'il  avait 
torturées,  ni  de  souiller  ses  victimes  ;  il  lui  suflisail  de  ios  étran- 
gler et  d'en  boire  le  sang.  En  effet,  les  a'^serliuus  de  ce  vampire 
moderne  semblent  avoir  un  fondement  de  vérité.  Les  penchants 
sexuels  normaux  paraissent  lui  avoir  été  étrangers.  Il  avait  deux 
mallresses,  mais  il  se  contentait  de  les  regarder,  et  il  est  lui- 
même  étonné  qu*en  leur  présence,  l'envie  ne  lui  soit  pas  venue 


02 


PSYCHOPATttlA  SEXUALIS 


de  les  étrangler  ou  de  leur  empoigner  les  mains.  Il  est  Yrai 
qa*avec  elles  il  n'éprouvait  pas  la  même  jouissance  qu*avec  ses 
victimes.  On  n'a  constaté  chez  lui  aucune  trace  de  sens  moral,  ni 
de  repentir,  etc. 

Verzeni  déclara  lui-même  qu'il  deviendrait  bon  si  on  1h  lonati 
enfermé;  car,  rendu  à  la  liberté,  il  ne  pourrait  pas  résister  à  ses 
envies.  Verzeni  a  été  condamné  aux  travaux  forcés  à  perpétuité. 
(LoMBKOSO,  Verzeni  e  Agnoletti.  fîomn.  1873.^ 

Les  aveux  faits  par  Yer^eni  après  sa  condamaalion  sont  très 
intéressants  : 

('  J'éprouvais  un  plaisir  indicible  iju.uui  j'étranglaisdes  femmes; 
je  sentais  alors  des  érections  et  un  véritable  désir  sexuel.  Rien 
que  de  reniller  des  vêtements  de  femme,  cela  me  procurait  déjà  du 
plaisir.  La  sensation  de  plaisir  que  J'éprouvais  en  serrant  le  cou 
d'une  femme  était  plus  grande  que  celle  que  me  causait  la  mas- 
turbation. En  buvant  le  sang  du  pubis,  j'éprouvais  un  grand 
bonheur.  Ce  qui  me  faisait  encore  beaucoup  dr-  plaisir,  c'était  de 
retirer  de  la  chevchu-o  des  assassinées  les  épingles  U  cheveux.  J*ai 
pris  les  vêtements  et  les  viscères  pour  avoir  le  plaisir  de  les  re- 
nifler f't  do  les  palper.  Ma  mère,  tinalempnt,  s'aperçut  de  mes 
ap;isstMiM'iils,  car,  après  chai|uo  assassinat  ou  lontalive  d'assas- 
sinat, elle  apcn^fvail  des  Inclu  s  de  spernif  sur  ma  clieniise.  Je  ne 
suis  pas  fou  :  mais,  au  moiucnl  d'égorger,  je  n»^  voyais  plus  rieu. 
Après  la  perp*5Li  iilion  de  l'acte,  j'étais  salisiail  lI  nu-  sentais  bien. 
Jamais  Tidée  ne  m'est  venue  de  toucher  ou  de  regarder  les  parties 
génitales.  Il  me  suffisait  d'empoigner  le  cou  des  femmes  et  de 
sucer  leur  sang.  J'ignore  encore  aujourd'hui  comment  la  femme 
est  faite.  Pendant  que  j'étranglais  el  aussi  après,  je  me  pressais 
contre  le  corps  de  la  femme,  sans  porter  mon  attention  sur  une 
partie  du  corps  plutôt  que  sur  l'autre.  » 

V.  .  a  été  amené  seul  à  ses  actes  pervers  après  avoir  remarqué, 
î\  l'Age  <lr  douze  ans,  qu'il  éprouvait  un  plaisir  étrange  toutes  les 
fois  qu'il  avait  «les  poulets  à  tuer.  Voil.'i  pourquoi  il  en  avait  lué 
alors  PII  qnanlil nllé^uant  qu'une  hcicllt'  avait  pénétré  dans  la 
basse-cour.  (Lombko.so,  Oolldammers  Archiv.  Bd.  30,  p.  i3.) 

Lombroso  [(îol/'lfif/inirrs  Arrhiv.)  cite  encore  un  cas  analo- 
gue qui  s'est  passé  à  Vittoria  en  Espagne. 

Observation  32.  —  Le  nommé  Gruyo,  quarante  et  un  ans, 
autrefois  d'une  conduite  exemplaire  et  qui  avait  été  marié  trois 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  93 


fois,  a  élranglé  six  femmes  en  dix  ans.  Les  victimes  étaient  pres- 
que toufps  <\v^  lillcs  publiques  et  pas  jeun(îs.  Aprùs  les  avoir 
élraoglcrs,  il  leur  arrachait  per  vagitiam  les  infp'ilins  et  les  reins. 
Il  abusa  de  quelques-uius  <le  ses  victimes  avant  de  les  assassiner; 
sur  d'autres  il  ne  commit  aueun  acte  sexuel,  par  suite  de  l  iiii- 
puissance  qui  lui  vint  plus  tard.  11  opérait  ses  atrocilés  avec  lunt 
de  précaution  que,  pendant  âix  ans,  il  put  rester  t  Tabri  de  tonte 
poursuite. 

B,  —  IféCROPItlLES 

Au  groupe  lionible  des  assassins  jiar  volupft'  1»  >  ni^cro- 
philpsfoiil  naturcllemonl  suite, car,  chez  ces  deriueis,  coiiimo 
chez  Jes  premiers,  une  représenlalion  qui  en  soi  évoque  l'hor- 
reur et  fait  frémir  rhoninic  sain  ou  non  dégénéré,  est  accom- 
pagnée desensations  de  plaisir,  et  devient  ainsi  une  impulsion 
aux  actes  denécrophilie. 

Les  cas  de  viol  de  cadavres  décrits  dans  la  littérature  par 
les  poètes  et  les  romanciers,  font  Timpression  de  phénomènes 
pathologiques  ;  seulement  ils  ne  sont  ni  exactement  observés 
ni  exactement  décrits,  si  l'on  veut  toutefois  excepter  le  cas 
Ju  eéli'hro  serj^ciil  Uerirand.  (Voir  plus  l(»in.) 

Dait^  «  cria  1  cas.  il  ru' se  pnxliii I  pcut-rhc  j»as  d  autre  ])lié- 
nomène  qu  un  desir  elin  iu'  qui  ne  considère  [las  la  mort  de 
l'nbjot  aimé  comme  un  empèchomeul  à  Lu  satisfaction  sen- 
suelle. 

Tel  est  peut-ùlrc  le  septième  des  cas  rapportés  par  Moreau. 

Un  homme  de  vingt^trois  ans  a  fait  une  tentative  de  viol 
sur  Madame  X...,  Agée  de  cinquante-trois  ans,  a  tué  cette 
femme  <[ui  se  défendait,  puis  en  a  abusé  sexuellement  et, 
Tacle  commis,  l*a  jetée  à  l'eau.  Mais  il  a  repêché  le  cadavrt^ 
pour  le  souiller  de  nouveau.  L'assassin  a  été  guillotiné.  On  a 
trouvé  à  I  aulopsie  les  méninges  froiàtal es  épaissies  et  adhé- 
rentes h.  récorco  cérébrale. 

I)  uuties  auteurs  français  uni  cité  des  exemples  de  nécro- 
ptiiiie.  Deux  fois,  il  était  question  de  moines  qui  étaient  de 
garde  auprès  d'une  morte  ;  dans  un  troisième  cas,  il  est  ques^ 


94 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


lion  d'un  idiot  atteint  do  m;inio  pôriodicjue.  Après  avoir  com- 
mis un  viol,  il  fut  interné  dans  un  asile  d'aliénés  ;  là,  il 
pénétra  dans  la  salle  mortuaire  pour  violer  des  cadavres  de 
femmes. 

Dans  d'autres  cas,  le  cadavre  est  manifestement  préféré  à 
la  femme  vivante.  Si  l'auteur  ne  commet  pas  d'autres  actes 
de  cruauté  —  dépècement,  etc.  —  sur  le  corps  du  cadavre,  il 
est  alors  probable  que  c'est  l'inertie  du  cadavre  qui  en  fait  le 

charme.  îl  so  peut  qu'un  cadavre  qui  présente  la  forme  hu- 
niaiiic  avec  uno  aliscnco  totale  de  volunté,  soit,  par  ce  fait 
môme,  capnlde  de  sniisraire  le  besoin  morbide  de  subjuguer 
d  uni'  manière  absolue  et  sans  aucune  possibilité  de  résis- 
tance l'objet  désire. 

Brière  do  Boisniont  {Gazette  médicale ^  1859,  2  juillet) 
raconte  rhistoirr  d'un  nécropbile  qui,  apr&s  avoir  corrompu 
les  gardiens,  s'est  introduit  dans  la  chambre  mortuaire  où 
gisait  le  cadavre  d'une  liUe  de  seize  ans,  enfant  d'une  famille 
très  distinguée.  Pendant  la  nuit,  on  entendit  dans  la  chambre 
mortuaire  un  bruit  comme  si  un  meuble  eût  été  renversé.  La 
mère  de  la  jeune  fille  décédée  pénétra  dans  la  chambre  et 
aperçut  un  homme  en  chemise  qui  venait  de  sauter  du  lit  de 
la  morte.  On  le  prit  d'abord  pour  un  voleur,  mais  bientôt  on 
s'apereut  de  quoi  il  s'agissait.  On  apjiril  que  le  nt^eropliile. 
fils  d'une  grande  famille,  avait  déjà  souvent  viole  des  cada- 
vres de  jeunes  femmes.  11  a  été  condamné  aux  travaux  forcés 
h  perp(îtuit(î. 

L'histoire  suivante,  racontée  par  Taxil  (La  Prostitution  eofi" 
iemporaincy  p.  171),  est  aussi  d'un  grand  intérêt  pour  l'étude 
de  la  nécrophilie. 

Un  prélat  venait  de  temps  en  temps  dans  une  maison  pu- 
blique &  Paris  et  commandait  qu'une  prostituée,  vêtue  de 
blanc  comme  un  cadavre,  l'attendît  couchée  sur  une  civière. 

A  l'heure  fixée,  il  arrivait  revôlu  de  ses  ornements,  entrait 
dans  la  tliambre  lran^ri>i"ni(5e  en  chapelle  ardente,  faisait 
comme  s  il  disait  une  messe,  se  jetait  alors  sur  la  iillequi 


NEljUO-l»SYCHi»i'Ailitil.OGlE  GÉNiiltAI.E  95 

pendant  tout  ce  temps  devait  jouer  le  rôle  d'un  cadavre*. 

Les  cas  où  Fauteur  mallraitc  et  dépèce  le  cadavre,  sont 
plus  faciles  &  explitjuer.  Ils  font  un  pendant  immédiat  aux 
assassins  pur  voluptd,  étant  donné  que  la  volupté  chex  ces 
individus  est  lic^e  ù  la  cruauliî  ou  du  moins  au  pencliant  à  se 
livrer  ù  des  voies  de  fait  sur  hi  femme.  Pcul-î^lre  un  reste  de 
scruimlc  moral  fait- il  reculer  Tindivitlu  devant  Tidée  de 
coiiiinotlre  des  actes  cruels  sur  la  personne  d'une  femme 
vivante,  peul-ôtrc  rinia-inalion  omet-elle  l'assassimil  par 
volupté  et  ne  s'en  tient-elle  qu*au  résultat  de  l'assassinat  :  le 
cadavre.  11  est  probable  que  Tidée  de  l'absence  de  volonté  du 
cadavre  joue  ici  un  r6le. 

Obcrrvation  23.  —  Le  sergent  Bertrand  est  un  homme  d'une 
coustilution  délicate,  d"un  caractère  »'lronu(>;  il  était,  dès  son 
enfance,  toujours  taciturne  et  aimait  la  sulilude. 

Les  conditions  de  santr  de  sa  famille  ne  sont  pas  sunhaiumcnl 
connues,  mais  on  a  pu  établir  que,  da»>  son  asccudunce,  il  y  avait 
des  cas  d'aliénation  mentale.  11  prétend  avoir  été  affecté  d'une 
étrange  manie  de  destruction  dès  son  enfance.  Il  brisait  tout  ce 
qui  lui  tombait  entre  les  mains. 

Dès  son  enfance,  il  en  vînt  à  la  masturbation  sans  y  avoir  été 
entraîné.  A  Tâge  de  neuf  ans,  il  commença  à  éprouver  de  raflfec- 
tion  pour  les  personnes  de  Tautre  sexe.  A  l'âge  de  treize  ans,  le 
puissant  désir  de  satisfaire  ses  sens  avec  des  femmes  s*-  rév<  llla 
en  lui;  il  se  masturbait  sans  cesse.  En  se  livrant  à  cet  acte,  il  se 
rfpn's'Milait  toujours  tirie  chambre  remplie  de  femmes.  Il  se  ligu- 
rait  alnix.  dans  son  imagination,  qu'il  accomplissait  avec  elles 
liit'le  sexuel  et  qu'il  le?  maltraitait  ensuite.  Bientôt  il  se  les 
représentait  comiin'  «les  cadavres,  et,  «Lins  son  imagination,  il  se 
voyait  sijuiUaul  ces  cadavres.  Parlois,  quand  il  se  trouvait  dans 
cet  état,  ridée  lui  vint  d'avoir  affaire  aussi  &  des  cadavres 
d'iiooinies,  mais  cette  idée  le  remplissait  toiyours  de  dégoAt. 

Ensuite  il  éprouva  le  vif  désir  de  se  mettre  en  contact  avec  de 
véritables  cadavres. 

Faute  de  cadavres  humains,  il  se  procurait  des  cadavres  d*ani- 

Siitton  [Crimes  el  DHils,  p.  209)  cile  une  observation  de  Lacassagne 
im  Itouiine  très  convenable  a  avoué  qu'il  n'éprouvait  de  forte  exci» 
ittxadlc  que  loraqn^U  atsistait  4  un  eolerrement. 


96 


PSYCHOPATHU  SBXUALIS 


maux,  auxquels  11  ouvrait  1o  vonti  o,  arrachait  les  entrailles,  pen- 
dant qu'il  se  nia'^^tiirhail.  Il  {tn-li-nd  avoir  ri*n)uvé  alors  un  plaisir 
indicible.  En  18ii»,  les  (  adavres  ne  lui  suflisaient  pins.  Il  lua  deux 
chiens,  avec  lesjjuels  ii  lil  la  même  <'hose.  Vers  la  lia  de  18iG, 
il  lui  vint,  pour  la  première  fois,  l'envie  de  se  servir  de  cadavres 
humains.  D  abord,  il  résista.  En  1817,  comme  il  Tenait  d'aperce- 
voir par  hasard,  au  cimetière,  la  tombe  d*UD  mort  qu^on  venait 
d^enterrer,  cette  envie  le  prit  si  violemment,  en  lui  causant  des 
maux  de  téte  et  des  battements  de  cœur,  que,  bien  qu'il  y  eût 
du  monde  tout  prés  et  danger  d'être  découvert,  il  se  mit  à  déterrer 
le  cadavre.  N^a^raat  sous  la  main  aucun  instrument  pour  Je  dé- 
pecer, il  prit  la  bêche  d'un  fossoyeur  et  se  mit  à  frapper  avec 
rage  sur  le  cadavre.  En  lKi7  et  IHiH  se  manifestait  pendaut 
quinze  jours,  avec  de  violents  maux  de  tôte,  l'envie  de  brutaliser 
des  cadavres.  An  milieu  des  plus  grands  dangor!=;  et  des  plus 
gratidos  difficultés,  il  satistil  environ  quinze  fois  ce  pcn<  bniit  II 
dctcrrail  les  cadavres  avec  ses  ongles,  et,  telle  était  son  t  xci la- 
lion,  qu  il  ne  sentait  même  pas  les  blessures  qu'il  se  faisait  aux 
mains.  Une  fois  en  possession  du  cadavre,  il  l'évcntrait  avec  sou 
sabre  ou  son  couteau,  arrachait  les  entrailles  pendant  qu^il  se 
masturbait.  Le  sexe  des  morts,  prelend-il,  loi  était  absolument 
égal;  mais  on  a  constaté  que  ce  vampire  moderne  avait  déterré 
plus  de  cadavres  de  femmes  que  de  cadavres  d'hommes.  Pendant 
ces  actes,  il  se  trouvait  dans  une  excitation  sexuelle  indescrip- 
tible.  Après  avoir  dépecé  les  cadavres,  il  les  enterrait  de  non- 
veau. 

Au  mois  de  juillet  1848,  il  tomba,  par  hasard,  sur  le  cadavre 
d'une  fille  de  seize  ans. 

C'est  alors  que,  pour  la  première  fois,  s'éveilla  en  lui  i  envio  de 
pratiquer  le  coit  sur  le  cadavre.  «<  Je  le  couvrais  de  baisers  cl  le 
pres>ais  cuaum:  un  enrage  contre  mon  cn  ur.  Toute  la  jouissance 
qu'on  peut  éprouver  avec  une  femme  vivaule  n'est  rien  en  com- 
paraison du  plaisir  que  j'éprouvai.  Après  eu  avoir  joui  environ 
quinze  minutes,  je  dépeçai,  comme  d'habitude,  le  cadavre  et  en 
arrachai  les  entrailles.  Ensuite  je  Tenterrai  de  nouveau.  » 

G*est  à  partir  de  cet  attentat,  prétend  B...,  qu'il  a  senti  Tenvie 
de  jouir  sexuellement  des  cadavres  avant  de  les  dépecer,  ce  qu'il 
a  fait  avec  trois  cadavres  de  femmes.  Mais  le  vrai  mobile  qui  le 
faisait  déterrer  les  cadavres  était  resté  le  même  :  le  dépècement, 
et  le  plaisir  qu'il  *  [trouvait  ù  cet  acte  était  plus  grand  que  celai 
que  lui  procurait  le  coU  pratiqué  sur  le  cadavre* 


NEURO-PSYGHOPATHOLOCIE  GÉNÉRALE 


97 


Ce  ileniitT  ai;Le  n'etail  qu'un  épisode  de  l  actt'  j»riuripal  et  n'a 
jamais  j>u  complôlement  salisfitire  son  rut.  Voila  pourquoi,  après 
lacle  sexuel,  il  mutilait  les  cadavres. 

Les  médecins  légistes  admirent  le  cas  de  moDomanie.  Le  con- 
aeil  de  guerre  condamna  B...  à  nn  an  de  prison. 

(Xichéa,  Union  m4rf.,  1849.  —  Lunier,  Annales  méd.'psyehot,^ 
p.  153.  —  Tardieu,  Attentait  aux  mœun^  1878,  p.  114. 
Ugiaiid,  La  Folie  devant  les  TrièunaitXf  p.  Sâ4.) 

C. —  MAUVAIS  TRArrEHBNTS  INFLIGÉS  A  DES  FEMMES  (PIQURES, 

FUGBU.ATIONS,  ETC.) 

A  la  catégorie  des  assassins  par  volupté  et  à  celle  des  nécro- 
phiies  «pii  a  beaucoup  d'affinité?»  avec  la  première,  il  faut 
joindre  celle  des  individus  dégénérés  qui  éprouvent  du 
charme  et  du  plaisir  à  blesser  la  victime  de  leurs  désirs  et  à 
voir  le  sang  couler. 

Un  monstre  de  ce  ^cih  c  était  le  fameux  marquis  do  Sade 
<iui  a  donné  son  nom  à  cette  tcnilunce  à  unir  la  volupté  à  la 
cruauté. 

Le  coït  n'avait  jiour  lui  de  charme  que  lorscju  il  pouvait 
faire  saigner  par  des  piqûres  l'ohjel  de  ses  désirs.  Sa  plus 
grande  volupté  était  de  blesser  des  prostituées  nues  ut  de 
pttnser  ensuite  leurs  blessures. 

n  faut  aussi  classer  dans  cette  catégorie  le  cas  d*un  capi- 
Uùnedontrhistoire  nous  est  racontée  parBrieri*e  de  Boismont. 
Ce  capitaine  forçait  sa  maltresse,  avant  le  coït  qu'il  faisait 

TaTil  'op.  cit.,  p.  isn)  tîonnr  des  rensfignemcnls  dt'faillés  sur  rc  monstre 
P\vchosexiiel  qixi,  évidciumenl,  a  dù  présculer  un  clat  de  satyriasis  habituel 
"sxcié  i  une  pareMihetia  $exutdi$, 

De  Sa  Je  (îliit  i'vnii|ue  au  paint  de  voul«>ir  ^«'i  ienseuient  idéaliser  sa  cruelle 
'^n-iialité  et  se  faire  l'apôtre  d'une  doctrine  fondée  sur  ce  seuliiueut  per- 
^^c!'-  Ses  menées  étaient  devenues  st  scandaleuses  (entre  autres  il  iuvita 
•"hez  lui  11,,,,  goci(''té  de  dames  et  de  mcssii-nrs  qu'il  mit  en  mt  rii  leur  fuiî<.oit 
wiir  des  boutions  de  chocolat  mélangés  de  cantharide)  qu'on  dut  1  eorenner 
<vui»  u  maison  de  santé  de  Cbarenton.  Pendant  la  Révolutkm  (1190),  il  fut 
'•""is  CD  liberté.  Il  écrivit  alors  des  romans  ruiss<  l;int>  '!v  v  Jiiptf-  et  de 
^^<itc.  Lorsque  Bonaparte  devint  consul,  le  marquis  de  Sade  lui  lit  cadeau 
^  ^  coUeetion  de  ses  roman»,  reliés  arec  luxe.  Le  consul  fit  détruire  les 
•"vrej  ,i„  marquis  et  iiii-^nicr  de  nouveau  l'aulenr  à  Charenton,  otteelui-ci 
■Kiurut  en  i}ii4,  à  l'dge  de  soixante-quatre  ans. 

'KYcaOPATaiA  SB1I3AUS.  1 


98 


PSYGHOPATHIA  SEXUAUS 


Irî'^  fréquonimonL  à  p(»ser  dos  ScHij^sucs  ad  pudenda, 
Fiiial(  nioiit  celte  femme  fut  atteinte  d'une  am^mie  très  grave 
et  devint  folle. 

Le  cas  suivant,  que  j'emprunte  à  ma  clientèle,  nous  montre 
d^unc  façon  bien  caractéristique  la  connexité  qui  existe  entre 
la  voluptét  la  cruauté  et  le  penchant  à  verser  ou  à  voir  couler 
du  sang. 

Observation  ïîi.  —  M.  X...,viDgt-ciDq  ans,  est  né  d*un  père  luna- 
tique, mort  de  dtmentia  paratytica  et  d'une  mère  de  constitution 
bystéro-neurasthénique.  C'est  un  individu  faible  au  physique,  de 

constilulion  névropathique  et  portant  do  noinbrenx  stigmates 
de  di'générescence  analomique.  Étant  enfaiil,  il  avait  déjà  des 
tendancrs  fi  Thypocondrio  cl  des  obsessions.  De  plus,  son  otat 
d'esprit  passait  de  rexallation  a  la  d(^pre«sion.  Déjà,  à  l'âge  do 
dix  ans,  le  malade  éprouvait  une  étrange  volupté  à  voir  couler 
le  sang  de  ses  doigts.  Voilà  pourquoi  il  se  coupait  ou  se  piquait 
souvent  les  doigts  et  éprouvait  de  ces  blessures  uu  bonheur  iudi> 
cible.  Alors  il  se  produisit  des  érections  lorsqu^il  se  blessait,  de 
même  lorsquMl  voyait  le  sang  d*autrui,  par  exemple  une  bonne 
qui  s*était  blessée  au  doigt.  Cela  lui  causait  des  sensations  d'une 
volupté  particulière.  Puis  sa  vita  texualu  s*éveiUa  de  plus  en 
plus.  11  se  mit  à  se  masturber  sans  qu'il  y  fût  amené  par  personne. 

Pendant  Tacte  de  la  masturbation,  il  lui  revenait  des  images  et 
des  souvenirs  de  femmes  baignées  de  sang.  Maintenant,  il  ne  lui 
suffisait  plus  de  voir  couler  son  propre  sang.  Il  était  avide  de  la 
vue  du  ?an^  déjeunes  feiuiues,  surtout  de  celles  qui  lui  étaient 
sympaliiicjUi'S.  Souvent  il  pouvait  à  peine  contenir  son  envie  de 
blesser  ileux  de  ses  cousines  et  une  leniine  de  etianibre.  Mais  des 
femmes  qui  par  elles-mêmes  no  lui  éUieuL  pas  sympathiques, 
provoquaient  ches  lui  ce  désir  si  elles  Timpressionoaient  par  une 
toilette  particulière,  par  les  bijoux  et  les  coraux  dont  elles  étaient 
parées.  Il  put  résister  à  ce  penchant,  mais  son  imagination  était 
toujours  hantée  par  des  idées  sanguinaires  qui  entretenaient  en 
lui  des  émotions  voluptueuses.  Il  y  avait  une  corrélation  intime 
entre  les  deux  sphères  d'idées  et  de  sentiments.  Souvent  d'autres 
fantaisies  cruelles  l'obsédaient.  Ainsi,  par  exemple,  il  se  repré- 
sentait dans  le  rôle  d'un  tyran  qui  fait  mitrailler  le  peuple.  Par 
une  ol)ses?ion  de  son  imagination,  il  se  dépeignait  le?  scènes 
qui  se  passeraient  si  reanemï  envaliissait  une  ville,  s'il  violait, 


NEU  RO-PSïCUOPÂTUOLOiilh;  (iÉiNÉHALE 


90 


torUiraU  et  eDlevait  les  vierges.  Dans  ses  momeats  de  calme, 
le  malade  qui  était  d^ailleurs  d*un  bon  caractère  et  sans  défeo> 
tttosité  étbiquei  éprouvait  une  honte  et  un  profond  dégoût  de 
pareilles  fantaisies,  cruelles  et  voluptueuses.  Aussi  ce  travail 
d'imagination  cessait  niissit<M  qu'il  s'était  procuré  une  salis- 
faction  sexuelle  par  la  masturljation. 

?cn  (ramipos  suffirent  pour  rendre  le  malade  neurasthéniciue. 
Al  irs  le  »'t  les  serin  s  sanguinaires  évof|ués  par  son  imagi- 
uation,  n»*  -^ul lisaient  plus  pour  arri\er  à  l'ejaculation.  Alin  de 
se  délivrer  de  son  vice  et  de  ses  rêves  de  cruauté,  le  malade 
eut  des  rapports  sexuels  avec  des  femmes. 

Le  coU  n'était  possible  que  lorsque  le  malade  sHmaginait  que 
la  flUe  saignait  des  doigts.  Il  ne  pouvait  avoir  d'érection  sans 
avoir  présente  cette  image  dans  son  idée.  L'idée  cruelle  de  blesser 
n'avait  alors  pour  objectif  que  la  main  de  la  femme.  Dans  les 
moments  de  plas  grande  excitation  sexuelle,  le  seul  aspect  d'une 
main  de  femme  sympathique  était  capable  de  lui  donner  les 
érections  les  plus  violentes. 

KtTravf»  par  la  lecture  d'un  ouvni^^c  populaire  sur  les  consé- 
quences funestes  de  l'onanisme,  il  s'imposa  une  alislinonce 
rigourpuse  et  tomba  dans  un  état  grave  de  neura^llit  iiic  générale 
C'nupliqute  d'hypocondrie,  t.edinm  vitw.  lîr»ice  à  ua  traileuicut 
médical  très  compliqué  et  très  actif,  le  malade  se  rétablit  au 
boDtd'iiD  an.  Depuis  trois  ans, il  esld*un  esprit  sain;  il  a,  comme 
snparavant,  de  grands  besoins  sexuels,  mais  il  n'est  hanté  que 
très  rarement  par  ses  anciennes  idées  sanguinaires.  X...  a  tout 
à  fait  renoncé  k  la  masturbation.  Il  trouve  de  la  satisfaction  dans 
la  jouissance  sexuelle  normale  ;  il  est  parfaitement  puissant  et 
n'a  plus  besoin  d'avoir  recours  à  ses  idées  sanguinaires. 

Quelquefois  ces  tendances  h  la  volupté  cruelle  ne  se  pro- 
*luisent  chez  des  individus  lards  (pri'pisodiqucment  et  dans 
«certains  états  exceptionnels  déterminés,  ainsi  que  nous  le 
naonlre  le  cas  suivant,  rapporté  par  Tamowsky  {op.  cit.^  p.  61). 

Observation  io.  —  Z...,  médecin,  de  constitution  néviopa- 
Inique,  réagissant  faiblement  contre  l'alcool,  pratiquauL  le  cuit 
oonnsl  dans  les  circonstances  ordinaires,  sentait,  aussitôt  qu'il 
levait  bu  du  vin,  que  le  simple  coït  ne  satisfaisait  plus  son  libido 
^Snienté  par  cette  boisson.  Dans  cet  état,  il  était  forcé,  pour 
*voir  tttie  éjaculation  et  obtenir  le  sentiment  d'une  satisfaction 


100 


PSYCHOPATHIA  SEXI  AMS 


coinplètet  de  piquer  les  nales  de  la  puella,  de  les  couper  avec 
une  lancette,  de  voir  le  sang  et  de  seulir  commenl  la  lame 
pénètre  dans  la  chair  vivante. 

Mais  la  plupail  dos  individus  alleuii';  de  celte  forme  de 
pei*vcrsioiif  présentent  cette  |)articu]arilé  que  Je  charme  de  la 
ff'iniiie  ne  les  excite  pas.  Déjà  dans  le  premier  des  cas  cités 
plus  haut,  l'imagination  a  dû  recourir  à  Tidéc  de  Técoulement 
du  sang  pour  que  Térection  puisse  se  produire. 

Le  cas  suivant  a  rapport  à  un  homme  qui,  par  suite  de  la 
masturbation  dès  son  enfance,  a  perdu  la  faculté  d'érection, 
de  sorte  400,  chez  lui.  Facte  sadique  remplace  le  coït. 

Obscrvatxon  2fi.  —  Le  piqueur  de  filles  de  Bozen  (communiqué 
|mr  Demme.  Buc/t  der  Verhrcclim,  IM.  II,  p.  341).  En  1829,  une 
enquête  judiciaire  fut  ouverte  contre  B..,,  soldat,  âgé  de  trente 
ans.  A  diderenles  époques,  et  dans  plusieurs  endroits,  il  avaii 
Mossé  nvpr  un  couteau  ou  un  catiif  d.  s  tilles  au  d<'n  irri\  mais  de 
pri  n  rouce  dans  la  r«''gion  des  paities  gcnilales.  Il  donna  c^mme 
mobile  de  ces  attentats  ua  penchant  sexuel  poussé  jusqu'à  la  fré- 
n«''sie  et  qui  ne  trouvait  de  satisfaction  que  par  l'idée  ou  le  fait  de 
piquer  des  femmes.  Ce  penchant  Tavait  obsédé  peudant  des  jour- 
nées. Gela  troublait  ses  idées  et  ce  trouble  ne  cessait  que  quand 
il  avait  répondu  par  un  acte  à  son  penchant.  Au  moment  de 
piquer,  il  éprouvait  la  satisfaction  d*un  coït  accompli,  et  cette 
satisfaction  était  augmentée  par  laspect  du  sang  ruisselant  sur 
son  couteau.  Dés  TAge  de  dix  ans,  Tinstinct  sexuel  6e  manifesta 
violemment  chez  lui.  11  se  livra  tout  d'abord  à  la  masturbation 
et  sentit  que  son  corps  et  son  esprit  en  étaient  alTaiblis. 

Avant  fir»  dmonir  «  piqncur  de  filles  ».  il  .ivait  s:iti'^trnl  son 
instinct  .st  xuel  fil  alm^aul  de  petites  lillcs  inipiiijercs,  les  mastur- 
bant et  commellaiU  des  actes  de  so«luiiiii  .  l'eu  ;i  peu  Tidée  lui 
était  venue  qu'il  éprouverai l  du  plaisir  eu  piquant  une  belle  jeune 
lillc  aux  parties  génitales  et  en  voyant  couler  le  sang  le  long  de 
son  couteau. 

Dans  ses  effets,  on  a  trouvé  des  imitations  d'objets  servant  au 
culte,  des  images  obscènes  peintes  par  lui  et  représentant  d*une 
façon  étrange  la  conception  de  Marie,  «  Vidée  de  Dieu  figée  »  dans 
le  sein  de  la  Sainte  Vierge. 

Il  passait  pour  un  homme  bizarre,  très  irascible,  fuyant  Jes 


NFi  nO-PSYCHOPATHOLOCilK  (jKNÉRALE  101 

hommeSf  avide  do  femmes,  cl  morose.  On  ne  constala  chez,  lui 
aucune  trare  Je  lion  le  ni  <le  repentir.  Evidemment  c'était  un 

itulividii  devenu  impuissant  par  suite  d'exc(^s  sexuels  prématurés, 
niais  q!!p  b  persistance  d'uQ  libido  texualis  violent  poussait  à  la 
perversion  sexuelle  '. 

ÛBSKRVATiO!!  27.  —  Daos  les  premières  années  qui  suivirenl 
18G0t  la  population  de  Leipzig  était  terrorisée  par  un  homme  qui 
avait  Tbabitude  d'assaillir,  avec  un  poignard,  les  jeunes  filles 

dans  la  rue  et  de  les  blesser  au  bras  supérieur.  Enfin  on  réussit  à 
Varréler  et  Tod  constata  que  c'était  un  sadique  qui,  au  moment 
(ni  il  blessait  les  filles,  avait  une  éjaculation.  et  chez  qui  l'acte  de 
faire  une  i»Ie>sui  e  aux  lilies  était  un  équivalent  du  coït.  Wharlon, 
A  Ireatise  on  iiienlal  umoundnessy  Philadelphia,  1873,  §  023  'j. 

Dans  les  Irui.N  cas  suivants,  il  y  a  (  paiement  impuissance, 
mais  elle  peut  Atre  d  oi  i^ine  p^yciiique,  la  note  dominaiile 
de  la  vita  M'ji/n//s  ('lanl  ah  oriyiiw  liast'c  sur  le  penchant 
sadiste  et  ses  éléments  normaux  se  Irouvunl  atrophiés. 

Observation  28  (communiquée  par  Demme,  Bvch  der  Verbn- 
rAe»,  Vil,  p.  281).  ^  Le  coupeur  de  filles  d'Augsbourg,  le  nommé 
Bartle,  négociant  en  vins,  avait  déjA  des  penchants  sexuels 
à  TAge  de  quatorze  ans,  mais  une  aversion  prononcée  pour  la 
satisfaction  de  Unstinct  par  le  coït,  aversion  qui  allait  jusqu'au 
dégoût  du  sexe  féminin.  Déjù,  h  celte  époque,  il  lui  vint  h  l'idée 
de  faire  des  plaies  aux  filles  et  de  se  procurer  par  ce  moyen  une 
snlisfactioo  sexuelle.  Il  y  renonça  cependant  faute  d'occasions  et 
d  aiuiace. 

Il  dédai|4;nait  la  masturbation  ;  par-ei  pai -là  il  avait  des  pollu- 
tions sous  l  influence  de  rêves  éroliqucs  avec  des  filles  blessées. 

Arrivé  à  l'âge  de  dix-neuf  ans,  il  fit,  pour  la  première  fois,  une 
blessure  à  une  fille,  iiœc  fadens  tpema  ejaculacit^tummaKbidine 
affectvt,  LMmpnlsion  à  de  pareils  actes  devint  de  plus  en  plus 
forte.  Il  ne  choisissait  que  des  filles  jeunes  et  jolies  et  leur  dé- 

1.  Voy.  Krauas,  Psychologie  des  Verbrecftens,  1884,  p.  1S8  ;  D'IIoror,  AnnaUlt 
der  Siaàlsanneikunde,  G.  Uf.  2;  Schmidl  *  Jahrbiichert  Ud  5'J,  p.  94. 

2.  Les  journaux  rapportent  qu'en  décembre  1890  une  série  d'attentats  ana- 
logues ont  été  commis  n  Maycncc.  Un  gardon,  i-nlvc  ([ualurzr  d  seize  ans, 
s'approchait  des  fliles  et  des  feuames  «t  leur  blessait  les  jambes  avuc  un 
iuslrument  aigu,  il  fut  arrêté  et  fit  Timpresion  d'un  aliéné.  On  n'a  donné 
aucan  dét^l  sur  ce  cas,  probablemeat  de  nature  sadique. 


102 


PSVCiUÛPATUlA  SBXUâUS 


mandail  auparavant  si  elles  étaient  mariées  ou  non.  L*^acala- 
Uon  et  la  satisfaction  sexuelle  ne  se  produisaient  que  lorsqu^il 
s*apercevait  qu'il  ayait  réellement  blessé  la  fille.  Après  Taltental, 
il  se  sentait  toujours  faible  et  mal  à  Taise;  il  avait  aussi  des 

remords. 

Jusqu'à  Tàge  de  Irente-deux  ans,  il  ne  blessait  les  filles  qii*eii 
conpîint  la  chair,  mais  il  avait  lonjour<?  soin  de  no  pas  loiir  Tairo 
de  blessures  dangereuses.  A  partir  do  cette  époque  et  jusqu'à 
l'âge  de  trente-six  ans.  il  parvint  A  «iompter  son  ponrhanl. 
Ensuite  il  essaya  do  se  procurer  de  la  jouissance  en  serrant  les 
filles  aux  bras  ou  au  cou,  mais  par  ce  procédé  il  n'arrivait  qu'à 
l'érection,  jamais  à  l'éjaculalion.  Alors  il  essaya  de  frapper  les 
fliles  avee  un  couteau  resté  dans  sa  gaine,  mais  cela  ne  produisit 
pas  non  plus  Teffet  voulu.  Enfin  il  donna  un  coup  de  couteau 
pour  de  bon  et  eut  un  plein  succès,  car  il  s'imaginait  qu'une  fille 
blessée  de  cette  manière  perdait  plus  de  sang  et  ressentait  plus  de 
douleur  que  si  on  lui  avait  incisé  la  peau.  A  Tàge  do  trente-sept 
ans,  il  fui  pris  en  flagrant  délit  et  arrét«V  Dans  son  logement^  on 
trouva  un  grand  nombre  de  poignards,  de  stylets  et  de  couteaux. 
Il  déclara  que  le  seul  aspect  do  ces  armes,  mais  plus  encore  de 
les  palper,  lui  avait  procuré  des  sensations  voluptueuses  et  une 
vive  excitation. 

En  tout,  il  aurait  blessé  cinquante  tilles,  s'il  faut  s'en  tenir  à 
.ses  aveux. 

Son  extérieur  était  plutôt  agréable.  Il  vivait  daus  une  situation 
bien  rangée,  mais  c'était  un  individu  bizarre  et  qui  fuyait  la 
société. 

Observation  29,  —  J.  H...,  vingt-cinq  ans,  est  venu  en  1883 
la  consultation  pour  neurasthénie  et  hypocondrie  très  avancées. 
Le  malade  avoue  s'être  masturbé  depuis  l'âge  de  quatorze  ans; 

jusqu'il  rAp:e  (!  '  dix-huit  ans  il  en  usa  moins  fréquemment,  mais 
depuis  il  n'a  plus  la  force  de  résister  à  ce  penchant.  Jusque-là,  il 

n'a  jamais  pu  s'approcher  d'une  femme,  car  il  élait  soigneuse- 
ment surveillé  par  ses  parents  qui,  à  cause  do  son  étal  maladif, 
ne  le  laissaient  jamais  seid.  D'ailleurs,  il  n'avait  pas  de  désir  pru- 
uoncë  iioiir  celte  jouissance  qui  lui  était  inconnue. 

Il  arriva,  par  hasard,  qu'un  jour,  une  fille  de  chambre  de  sa 
mère  cassa  une  vitre  en  lavant  les  carreaux  de  la  fenêtre.  Elle  se 
fit  une  blessure  profonde  i\  la  main.  Comme  il  l'aidait  à  arrêter  le 
sang,  il  ne  put  s'empêcher  de  le  sucer,  ce  qui  le  mit  dans  un  étal 


NEORO-PSYGHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALB 


103 


de  vioknl  '  t  xcilalioa  éroUque  allaat  jusqu'à  Torgasme  complet 
et  à  réjacuIalioQ. 

A  partir  de  ce  moment,  il  chercha  pai  tous  los  moyens  à  se 
procurer  la  vue  du  sang  frais  de  personnes  du  sexe  féminin  et 
aulant  que  possible  à  en  goûter.  Il  préférait  eeluî  des  jeaiies 
filles.  II  ne  recalait  devact  aucun  sacrifice  ni  aucune  dépense 
d^argenl  pour  se  procurer  ce  plaisir. 

Au  délittt,  la  femme  de  chambre  se  mettait  k  sa  disposition  et 
se  laissait,  selon  le  désir  du  jeune  homme,  piquer  au  doigt  avec 
une  aiguille  et  même  aver  une  lancette.  Mais  lorsque  la  mère 
l'apprit,  elle  renvoya  la  femme  de  chambre.  Maintenant  il  est 
obligi'  d'avoir  recours  h  des  mérétrices  pour  obtenir  nu  T'i  juivalonf , 
ce  qui  lui  réussit  assez  souvent,  malgré  toutes  les  dilticultLS  qu  il 
a  à  surmonter.  Entre  temps,  il  se  livre  à  la  mastiirhalion  et  à 
la  manuxtiipratio  per  feiniiuim ,  ce  qui  ne  lui  donne  jamais  une 
saliàfuction  complète  et  ne  lui  vaut  qu'une  fatigue  et  les  reproches 
qu'Use  fait  intérieurement.  A  cause  de  son  étal  nerveux,  il  fré- 
quentait beaucoup  les  stations  thermales;  il  a  été  deux  fois  interné 
dans  des  établissements  spéciaux  où  il  demandait  lui-même  à 
eotrer.  Il  usa  de  Thydrothérapie,  de  réleclricité  et  de  cures 
appropriées  sans  obtenir  un  résultat  sensible. 

Parfois  il  réussit  à  corriger  sa  sensibilité  sexuelle  anormale  et 
son  penchant  à  Tonanisme  par  remploi  des  bains  de  siège  froids, 
dn  camphre  monobromé  et  des  sels  de  brome.  Cependant,  quand 
le  malade  se  sont  îil)ro.  il  revient  irnm<^diatement  à  son  anciimne 
pa'ision  et  n'épargne  ni  peine  ni  argent  pour  satisfaire  son  désir 
sexuel  de  la  façon  anormale  décrite  plus  haut. 

Observation  30  communiquée  par  Albert  Moll,  de  Berlin).  — 
L...  T...,  vingt  et  un  ans,  couiinoiranl  dans  une  ville  rhénane, 
appartient  à  une  famille  dans  laquelle  il  y  a  pluf»ieui's  personnes 
nerveuses  et  psychopathes.  Une  de  ses  sœurs  est  atteinte  d'hysté- 
rie et  de  mélancolie. 

Le  malade  a  toujours  été  d'un  caractère  très  tranquille;  il  était 
même  timide.  Etant  à  Técole,  il  s'isolait  souvent  de  ses  cama* 
rades,  surtout  quand  ceux-ci  parlaient  de  filles.  Il  lai  semblait 
toujours  choquant  de  traiter,  dans  une  conversation  avec  dames , 
mariées  ou  non,  la  question  du  coucher  ou  du  lever,  ou  même 
d'en  faire  mention. 

Dans  les  première**  années  de  ses  iMudes,  le  malade'  travaillait 
bien;  plus  tard,  il  devint  paresseux  et  ne  put  plus  faire  de  progrès. 


104 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


Le  malade  viul,  le  11  août  1810,  consulter  le  docteur  Moll  sur 
les  phénomènes  anormaux  de  sa  vie  sexuelle.  Cette  démarche 
lui  iai  conseillée  par  un  médecîn  aini«  le  docteur  X...,i  auquel  il 
avait  fait  des  conûdences  auparavant. 

Le  malade  fait  Vimpression  d*un  homme  très  timide,  farouche. 
Il  avoue  sa  timidité,  surtout  en  présence  d'autres  personnes,  son 
manque  de  roufiance  en  lui-même  et  d'aplomb.  Ce  fait  a  été  con- 
firmé par  le  docteur  X... 

En  ce  qni  cnncorno  sa  vin  foxiicIIp.  le  malade  peut  en  faire 
remonter  les  preniièn  s  iiianilV'slalifms  à  i'àge  do  sept  ans.  Alors 
il  jouait  souvent  avec'  srs  parties  génitales,  et  il  fut  qucdqupfois 
puni  pour  cela.  En  se  niasturbanL  aiusi,  il  prétend  avoir  obtenu 
des  érections;  il  se  figurait  toujours  qu'il  frap[)ail  avec  des  verges 
une  femme  sur  les  nates  dénudées  jusqu'à  ce  qu'elle  en  eut  des 
durillons. 

«  Ce  qui  m'excitait  surtout,  raconte  le  malade,  c'est  Tidée  que 
la  personne  Bagéllée  était  une  femme  belle  et  hautaine,  et  que  je 
lui  infligeais  la  correction  en  présence  d'autres  personnes,  sur^ 
tout  des  femmes,  pour  qu  elle  sentit  la  force  de  mon  pouvoir 
sur  elle.  Je  cherchai  donc  de  bonne  heure  A  lire  des  livres  où  il 
est  question  de  corrections  corporelles,  onlrc  autres  un  ouvrage 
où  il  était  question  des  mauvais  traitements  infligés  aux  esclaves 
romains. 

M  Cependant  je  n'avais  pas  d'érections  quand  les  mauvais 
traitements  (fne  je  nie  représontais  cnnsistaienl  en  coups  donnés 
sur  le  dos  ou  sur  les  i  paules.  Tout  d  aliord  je  crus  que  ce  genre 
d  excitation  passerait  Avec  le  temps,  et  voilà  pourquoi  je  n'en 
parlai  à  personne.  » 

Le  malade,  qui  s'était  onanisé  de  bonne  heure,  continua.  Au 
moment  de  sa  masturbation,  il  évoquait  toujours  la  même  image 
de  flagellation.  Depuis  Tftge  de  treize  ou  quatorze  ans,  le  malade 
avait  des  éjaculations  quand  il  se  masturbait,  fhtcimum  tepdmum 
annvm  agens  primum  fminam  odîtl  eoemii  cmua  n^çtte  eoitumper- 
fieere  potuit  tibidine  et ereetime defieientibut.Mox  oui<>in  iierwnapud 
atieram  coUum  cùnatut  est  uuflo  successu.  Tum  femiuam  per  vim 
vevberavil.  Tantopere  l'rai  ercilatus  ut  mulierem  flolore  cfainantem 
(ttifue  fnmrntand-ni  rry-hryarc  non  fft'iitn'if.  îl  ne  pensait  pa«  que  ce 
fait  pouvait  lui  attirer  des  poursuites  judiciaires  qui,  d'ailleurs, 
n  ont  pas  eu  lieu.  Parce  pror'édé,  il  obtenait  l'érection,  l  ori^asme 
et  l'éjaculalion.  Il  accomplissait  l'acte  de  la  manière  suivante  :  il 
«errait  de  ses  deu.\  genoux  la  femme  de  manière  que  son  pénis 


.  kj  i.  jd  by  GoDgl 


NEURO-PSYCHOPATUOLOGIE  GÉNÉRALE 


106 


touchait  le  corps  de  cellc-ri,  mnis  sans  immîwo  pénis  in  vaghtamt 
ce  qui  lui  pnrnissnit  fout  ;i  l'ail  superllu. 

Plus  tard  le  malade  eut  taul  de  honlt'  de  li  itfrf  fins  fcniim^s  ot 
fut  en  proie  à  <\i^s  id<''Ps  si  noires,  qu'il  pensa  snuvfiiî  au  suicide. 
•Peudanl  les  Iroi^  années  suivantes,  le  malade  alla  cucoro  clic/,  des 
femmes.  Mais  jamais  il  ne  leur  deuiuiidu  plus  de  se  laisser  ballre 
par  lui.  Il  essayait  d*aRiver  à  rérection  en  peDsant  aux  coups 
donnés  à  la  femme;  mais  cet  artifice  n^avait  aucun  succès,  neque 
memàrum  a  natliere  tractatum  se  erexit  Après  avoir  fait  cet  essai 
el  échoué,  le  malade  prit  la  résolution  de  se  confier  à  un 
médecin. 

I^e  malade  fournit  encore  une  série  d'autres  renseignements 
f;ur  sa  vita  sexuaiis,  L*anomalie  de  son  instinct  sexuel  Tavait 
autant  géné  que  son  intensité.  Il  se  couchait  avec  des  idées 

spxnel!e«î  qui  le  poursuivaient  toute  la  nuit  el  revenaient  an 
moment  de  son  rt^veil  le  matin.  II  n'clait  jamais  à  l'abri  de  la 
Tèsurreclion  de  ces  idées  morbides  qui  lexcitaîcnl,  idées  aux- 
quelles au  début  il  se  livrait  avec  délectation,  mais  dont  il  ne 
pouvait  se  débarrasser  pour  quelque  temps  que  par  la  mastur- 
bation. 

A  une  de  mes  questions,  le  malade  répond  qu'en  d»'hors  des 
coups  sur  le  dos  et  surtout  sur  les  notes  de  la  femme,  les  autres 
violences  ii*exerçaient  aucun  charme  sur  lui.  Li|;otter  la  femme, 
fouler  son  corps  aux  pieds,  n'avaient  pas  de  charme  pour  lui.  Ce 
fait  est  d^aulant  plus  &  relever  que  les  coups  donnés  à  ta  femme 
ne  procurent  au  patient  uo  plaisir  sexuel  que  parce  que  ces  coups 
sont«  humiliants  el  déshonorants»  pour  la  femme;  celle-ci  doit 
sentir  qu'elle  est  complélemenl  en  son  pouvoir.  Le  malade 
n'éprouverait  aucun  charme  s'il  frappait  la  femme  sur  une  autre 
partie  du  corps  (]ue  celle  dont  il  a  été  fait  mention,  ou  s'il  lui 
causait  des  douleurs  d'un  autre  genre. 

MitUo  viniorrm  ei  nffi'rt  valu j)tafi')n  si  )iii(rs  \u;i-  a  iiiiili>'rr  vrr- 
beroHdtr;  lamt'n  fia  rcs  sn'pe  t'joeulalionem  sennuis  e//)'cit  sed  h.vc 
fieii  putai  erecttone  déficiente. 

inter  verbera  aulem  peiiem  in  vaginam  immitlendo  nuUam  vo/tf*>- 
iaitm  u  haèere  raius  qualibet  parte  eorporis  fenUnw  pene  taela 
temen  ejaeulat.  De  même  qu'en  battant  la  femme  le  charme  pour 
lui  consistait  dans  Thumiliation  de  celleHsi,  il  se  sentait  de  même 
excité  sexuellement  par  le  fait  contraire,  c'est-à«dire  par  Tidée 
d^élro  hunttlié  lui-même  par  des  coups  el  de  se  trouver  entière* 
ment  livré  à  la  puissance  de  la  femme.  Pourtant  tout  autre  genre 


106 


PSYGHOPATHIA  SEXUALIS 


d'humilîaliuii  que  des  coups  reçus  sur  les  fesses,  oc  pouvait 
1  exciter.  11  lui  répu($nail  de  se  laisser  ligoter  et  fouler  aux  pieds 
par  une  femme. 

Les  rêves  du  malade  en  tanl  qaHls  étaient  de  nature  érolique, 
se  mouvaient  toujours  dans  le  même  ordre  d'idées  que  ses  pen- 
chants sexuels  à  Tétat  de  veille.  Dans  ses  rêves  il  avait  sou- 
vent des  pollutions.  Lesi  idées  sexuelles  perverties  ont-elles  ap> 
paru  d*abord  dans  les  rôvcs  ou  à  Tétat  de  veille?  Le  patient  n*a 
pu  donner  sur  ce  sujet  de  rnnseignemenls  précis,  bien  que  le 
souvenir  do  la  première  excitation  remonlc  à  TAg*'  de  srpl  ans. 
Cependant  il  croit  que  ces  id<^e.s  lui  <on\  vonufs  à  l'état  de  veille. 
Dans  «es  rêves,  le  malail-'  1»  itiaiL  souvent  des  personnes  du  sexe 
inAle,  ce  qui  lui  causait  aussi  des  pollutions.  A  Félnt  de  veille, 
l'idée  de  battre  des  hommes  ne  lui  causait  que  peu  d'excitation. 
Le  corps  nu  de  l'homme  n"a  pour  lui  aucun  charme,  tandis  qu'il 
se  sent  nettement  attiré  par  le  corps  nu  d*une  femme»  bien  que 
son  libido  ne  trouve  de  satisfaction  que  lorsque  les  faits  sus-men* 
tlonnés  ont  lieu,  et  bien  qu'il  n'éprouve  aucun  désir  du  coït  in 
vaginam. 

Le  traitement  du  malade  eut  essentiellement  pour  but  d'amener 
chez  lui  un  coït  normal,  autant  que  possitle  avec  penchant 
normal,  car  il  était  il  supposer  que  si  Ton  réussissnil  à  rendre 
normale  sa  vie  sexuelle,  il  perdrait  aussi  son  earaetère  farouche 
et  craintif  qui  le  gêne  beaucoup.  Dans  le  traitement  que  j'ai 
employé  (n""  Moll),  pendant  trois  mois  et  demi,  j'ai  usé  des  trois 
moyens  suivants  : 

!•  J'ai  (It'fendu  expressément  au  malade  qui  désire  vivement 
être  guéri,  de  s'abandonner  avec  plaisir  à  ses  idées  perverses.  H 
va  de  soi  que  je  ne  lui  donnai  pas  le  conseil  absurde  de  ne  plus 
penser  du  tout  à  la  Uagclialiou.  Un  pareil  conseil  ne  pourrait  élre 
suivi  par  le  malade,  car  ces  idées  lui  viennent  indépendamment 
de  sa  volonté  et  apparaissent  rien  qu'en  lisant  par  ha^^ard  le  mot 
4c  frapper  ».  Ce  que  je  lui  défendis  expressément,  c'était  d'évoquer 
lui-même  de  pareilles  idées  et  de  s'y  abandonner  volontairement. 
Au  contraire,  je  lui  recommandai  de  faire  tout  pour  concentrer 
ses  idées  sar  un  autre  sujet. 

J'ai  permis,  j'ai  même  recommandé  au  malade,  puisqu'il 
s'intéresse  aux  femmes  nufs,  de  se  représenter  dans  son  imagi- 
nation des  femmes  dans  cet  état.  Je  lui  fis  celle  recommandation 
bien  qu  il  prétende  que  ce  n'est  pas  au  point  de  vue  sexuel  que 
les  femmes  nues  l'intéressent. 


NEURO-PSYCHOPATUOLOGIE  GÉNÉRALE 


107 


3°  J'ai  essayé  par  l'hypnose,  qui  était  très  difficile  à  obtenir,  et 
par  la  siipçrestion,  d'aider  le  malade  dans  celfr»  nouvelle  voie. 
Pour  le  moment,  loiile  tentative  de  coït  lui  a  été  iuterdile  afin 
d  éviter  qu'il  se  décourage  par  un  échee  éventuel. 

\u  lioiit  de  deux  mois  et  demi,  ce  traitement  eut  pour  lésultal 
quo,  d  après  les  affirmations  du  patient  du  moins,  les  idées  per- 
verses venaient  plus  rarement  et  étaient  de  plus  en  plus  reléguées 
aa  second  rang;  Timage  des  femmes  nues  lui  donnait  des  érec- 
tions qui  devenaient  de  plus  en  plus  fréquentes  et  qui  l'amenaient 
souvent  &  se  masturber  avec  Tidée  du  coït  sans  qu'il  8*y  mêle 
ridée  de  battre  une  femme.  Pendant  son  sommeil,  il  n'avait  que 
rarement  des  rêves  éro tiques;  ceux-ci  avaient  comme  sujet,  tan- 
tôt le  roVt  normal,  tantôt  les  coups  donnés  aux  femmes.  Deux 
mois  et  demi  après  le  dél)ul  de  mon  traitement,  j'ai  conseillé  au 
mahde  d'essayer  le  roït.  Il  fait  depuis  quatre  fois  .I<'  lui 
rccominaiidai  de  choisir  toujours  uiif  femme  qui  lui  fiU  s\iiiji;i- 
Ihique,  el  j  essayai,  avant  le  cuit,  d "augmenter  sou  excitation 
sexuelle  par  de  la  linrlnrn  i  tinUmi  ifliim. 

Les  quatre  essais —  le  dernii  r  a  eu  lieu  le  29  novembre  18Î)0  — 
unt  douné  les  résultais  suivants.  La  première  fois,  la  femme  a  dû 
faire  de  longues  manipulations  sur  le  pénis  pour  qu'il  y  eût  érec- 
tion; alors  Yimmtsw  in  wiginam  réussit  et  il  y  eut  éjaculation 
arec  orgasme.  Pendant  toute  la  durée  de  Tacte,  il  ne  lui  vint 
point  ridée  qu'il  battait  la  femme  ou  qu'il  en  était  battu  :  la 
femme  l'excitait  suffisamment  pour  qu'il  pût  pratiquer  le  coïl. 
Au  second  essai,  le  résultat  fut  meilleur  et  plus  prompt.  Les 
manipulations  de  la  femme  sur  les  parties  génitales  ne  furent 
nécessaires  que  dans  une  très  faible  mesure.  Au  troisiènïe  pssai, 
It' coït  ne  réussit  qu'nprè<que  le  malade  eut.  peinlanl  Idiij^lrinps, 
pens»'  k  la  na^'ellatioii  et  se  fiU  mis,  par  ce  moyen,  en  érection; 
mais  il  n'en  vint  point  h  des  \  (»ies  de  fait.  Au  quatrième  essai,  le 
coït  réussit  sans  aucune  cvuculion  d'idéo  de  frapper  el  sans 
aucune  manipulation  de  la  femme  sur  le  pénis. 

Il  est  évident  que,  Jusqu'en  ce  moment,  on  no  peut  considérer 
comme  guéri  le  malade  dont  il  est  ici  question.  De  ce  que  le 
malade  a  pu  quelquefois  pratiquer  le  coït  d'une  manière  à  peu 
près  normale  ou  tout  ft  fait  normale,  cela  ne  veut  pas  dire  qu'il 
en  sera  toujours  capable  à  l'avenir,  d'autant  plus  que  l'idée  de 
battre  lui  cause  toujours  un  grand  plaisir,  bien  que  celte  idée 
lai  vienne  maintenant  plus  rarement  qu'autrefois.  Pourtant  il  y  a 
des  probabilités  pour  que  le  penchant  anormal  qui,  à  l'heure  ac- 


108 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


tuellc,  s'est  considérablemenl  atténué,  diminue  dans  Tavenir  on 
disparaisse  peut-élre  compièlemeut. 

Ce  caS}  observé  avec  beaucoup  de  soin,  est  extrêmement 

intéressant  h  bien  des  points  de  vue.  Il  montre  nettement 
une  des  raisons  rachées  du  sadisme,  la  tendance  à  réduire  lu 
femme  à  une  sujétion  sans  limites,  tendance  qui  est  entrée 
dnns  ce  cas  dans  la  conscience  de  l'individu.  (Vest  d'autant 
plus  curieux  que  Tindividu  en  question  était  d'un  caractère 
timide,  et,  dans  ses  autres  rapports  sociaux,  d'allures  exces- 
sivement modestes  et  mêmes  craintives.  Ce  cas  nous  montre 
aussi  clairement  qu^il  peut  exister  un  liàido  puissant  et  en- 
traînant Tindividu  malgré  tous  les  obstacles,  tandis  qu  en 
même  temps  il  y  a  absence  de  tout  désir  du  coït,  la  note 
dominante  du  sentiment  étant  tombée  sur  la  sphère  des 
idées  sadistes  et  voluptueusement  cruelles.  Le  cas  eu  ques- 
tion conlienl  en  iuème  temps  quelques  faibles  éléments  de 
masochisme. 

Il  n'est  pas  rare  d'ailleurs  que  des  hommes  aux  penchanl- 
pervertis  payent  des  prostituées  pour  qu  elles  se  laissent  lia- 
gelier  et  môme  blesser  jusquW  sang. 

Los  ouvrages  qui  s'occupent  de  la  prostitution  contiennent 
des  renseignements  sur  ce  sujet,  entre  autres  le  volume  de 
Coflignon  :  La  Corruption  à  Paris, 

D,        reNGOANT  A  SOUtLLBH  LES  PBHMES 

Quelquefois  l'instinct  pervers  qui  pousse  le  sadique  à 
blesser  les  femmes,  à  les  traiter  d'une  manière  humiliante  et 
avilissante,  peut  se  manifester  par  une  tendance  à  les  bar- 
bouiller avec  des  mati6re8  dégoûtantes  ou  salissantes. 

Dans  cette  catégorie  il  faut  classer  le  cas  suivant,  ra])porté 
y-dv \nnïl[Vierleljahrssc/tr. /.  yvr.  Medicin^  i\.  F.  XVII,  II.  l). 

Observation  31.  —  A...,  étudiant  en  médecine  à  Greifswald, 
accmatui  quod  iterum  iterumque  pueltis  honegtit  parentibw  notit  in 
publieo  genttalia  sua  e  àracis  dependentia  plant  nitdata  quse  ant^ 


?IKtAO-PSYGH0PATHOLO61E  GÉNÉRALE 


10» 


sumvio  amicitio  {pans  de  redingote)  lecia  erant,  ustenderat.  lYontnin- 
quam  puellas  fugienles  scculvs  easi^ue  ad  se  attractas  urina  obltvil. 
Hite  ïuee  etara  faeta  sunt;  uuuquamaliguid  hxc  faciens  tocuim  est. 

A...  est  Âgé  de  vÎDgt-lrois  ans,  fort  au  physique,  proproment 
mis  et  de  manières  décentes.  Crâne  un  peu  progeneum»  Atteint 
de  pneumonie  chronique  &  la  pointe  droite  du  poumon.  Emphy* 
sème.  Pouls  :  60;  en  émotion  :  70  à  80  coups.  Parties  génitales 
DOrmales.  Se  plaint  de  troubles  périodiques  de  la  digestion,  de 
constipation,  de  verti^^es  et  d'une  excitation  sexuelle  excessive 
qui  l'a  poussé  de  bonne  heure  à  l'onanisme,  mais  jnmrtis  â  la 
s:i(t?faction  norirmlo  de  besoins  sexuel?.  Se  plaint  aussi  d'être- 
d  humeur  inehincolique  de  temps  en  temps,  d'idées  (lui  lui  vien- 
nent de  se  torturer  lui-même,  ainsi  que  de  tendajaos  jx  rverses 
dont  il  ne  saurait  s'expliquer  le  mobile.  Ainsi,  par  exemple,  il  rit 
dans  des  occasions  graves,  a  quelquefois  l'idée  de  jeter  son  argent 
à  Teaa,  de  courir  sous  une  pluie  torrentielle. 

Le  père  de  rinculpé  est  de  tempérament  nerveux,  la  mère 
sujette  à  des  maux  de  tète  nerveux.  Un  frère  souffrait  de  crises 
épiteptiques. 

Dès  sa  première  jeunesse,  l'inculpé  montrait  un  tempérament 

nerveux,  était  sujet  aux  crampes  et  aux  syncopes,  et  était  pris 
d  un  état  de  catalepsio  momentané  lorsqu'on  le  grondait  sévère- 
ment. En  18t)9,  il  suivait  les  cours  de  médecine  à  Berlin.  En  1870, 
il  prit  part  à  la  guerre  comme  ambulancier.  Ses  lettres  de  cette 
•  poquo  dénotent  de  !n  niollcsso  et  de  l'apathie.  En  rentrant  an 
priiiteuips  de  1871,  son  irrilabililc  d'humeur  éveilla  raft-Mitii.n  de 
son  entourage.  11  se  plaignait  souvent  à  celte  époque  de  malaises 
physiques  et  des  désagréments  que  lui  causait  une  liaison  fémi- 
mne* 

Il  passait  pour  un  homme  très  convenable. 

En  prison,  il  est  calme  et  quelquefois  pensif.  Il  attribue  ses 
actes  &  des  excitations  sexuelles  très  gênantes  et  qui,  ces  temps 
derniers,  étaient  devenues  excessives.  Il  s*étail  parfaitement 

rendu  compte  de  l'immoralité  de  ses  actes,  et  après  coup,  il  en 
avait  toujours  eu  de  la  honte.  En  les  accomplissant,  il  n'a  pas 
éprouvé  une  véritable  satisfaction  sexuelle.  11  n'a  pas  une  r(m- 
nals>anLe  parfaite  de  la  vraie  portée  de  sa  situation.  H  se  consi- 
d<  ri'  commo  un  martyre,  une  victime  d'un  pouvoir  méchant.  On 
suppose  que  chez  lui  le  libre  arbitre  est  supprimé. 

Ce  penchant  se  maiii leste  aussi  dans  Pinstiuct  sexuel 


110 


PSYCHOPATUIA  SEXUALIS 


paradoxal  (jui  se  roveillc  h  Tàge  de  scoilité  et  (jui  souvent  se 
fait  jour  d'une  façon  perverse. 

Ainsi  Tamowslvy  {op.  cii.,  p.  16)  nous  rapporte  le  cas  sui- 
vant : 

Observation  3â.  —  J'ai  connu  un  malade  qui  s'est  couché  avec 
une  femme  en  toilette  de  soirée  et  fortement  décolletée,  sur  un 
divan  bas,  dans  une  chambre  très  i^clairée.  Ipse  apud  janum 
aliiift  ntbicuU  obscurati  constilU  adtpiciendç  aUquaniutum  feminam, 
excUalus  in  eam  insiluit  excrementa  in  sinus  ejus  depoiml^  Bsec 
faciens  ejaculalionem  quamdam  se  senttre  confenus  est. 

Un  journaliste  viennois  me  communique  le  fait  que  des 
hommes,  en  payant  des  prix  exorbitants,  décident  des  pros- 
tituées à  tolérer,  td  illi  viriin  ora  earum  sjjuerent,  et  fœces  et 
xirinm  in  oi'a  expièrent  •. 

Dans  celte  catégurie  paraît  aiisM  reuUer  le  cas  suivant 
raconté  par  le     Pascal  {Igiene  deil'amore)  : 

Obs&rvation  33.  —  Un  homme  avait  une  malli^  ssi-.  Ses  rap- 
ports avec  elle  se  bornaient  aux  actes  suivants  :  elle  devait  se 
laisser  noircir  les  ninins  avec  du  charbon  ou  de  la  suie  de  chan- 
delle, cnstn'ln  elle  devait  ■^o  mellre  devant  une  glace,  de  sorle 
qu'il  put  voir  dans  la  les  mains  salies.  Durant  sa  conver- 

sation souvent  assez  prulongce  av»'»-  sa  in  iîln  sso,  il  portait  sans 
cesse  ses  regards  dans  la  glace  sur  l  image  des  mains  salies,  et 
puis  il  prenait  congé  d'elle»  l'air  très  satisfait* 

Très  remarquable  aussi  t  ce  point  de  vue,  le  cas  suivant  qui 
m*a  été  communiqué  par  un  médecin.  Un  officier  n'était  eooDu 
dans  un  lupanar  &  K...,  que  sous  le  sobriquet  de  «  Thnile  ». 
L*huile  lui  procurait  des  érections  et  des  éjaculations,  à  la  condi» 
lion  qu'il  fil  enirer  la  pueltam  pubîicnm  nudaiH  dans  un  seau  rempli 
d'huile  et  qu'il  lui  enduisit  d'huile  tout  le  corps. 

Fn  présence  de  ces  faits,  la  suj)position  s'impose  que  cer- 
laui-  individus  qui  abîment  les  vôtemenfs  de  femmes  fon 
versanl  dessus,  par  exemple,  de  l'acide  sulfuriqne  ou  de 
l'encre),  doivent  obéir  au  désir  de  satisfaire  un  instinct  se- 

1 .  Léo  Taxil,  dans  son  ouvrage  ;  La  Cwrvption  fin  d»  «ttdé,  rtpporle  (p.  223) 
(ics  faits  ntMl.)-ucs.  Il  ya  Ms^des  hommet  qui  exigent  ùUiidn^io  Ung*"' 

meretticii  in  anum. 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  ill 


xuel  pervers.  C'c«:|  Ui  «niis<si  iino  façon  «le  causer  de  la  douleur. 
Les  personnes  endommagées  sont  loujoui  s  dos  femmes,  lun- 
dis que  ceux  qui  comnieltont  le  dégât  sont  des  hommes. 
Dans  tous  les  cas,  il  serait  bon,  dans  de  pareilles  affaires 
judiciaires^  de  prêter  à  l'avenir  quelque  attention  à  la  vîia 
sexalis  des  agresseurs. 

Le  caractère  sexuel  de  ces  attentats  est  mis  en  lumière  par 
le  cas  de  Bachmann  que  nous  citerons  plus  loin  (Observ.  93) 
et  dans  lequel  le  mobile  sexuel  du  délit  fut  prouvé  jusqu'à 
l'évidence. 

£,  —  AUTRES  ACTES  bE  VIOLtNCE  SUR  DES  FEMMES. 
FADISHB  SYMBOLIQUE 

Dans  les  groupes  énumérés  plus  haut,  toutes  les  formes 
sous  lesquelles  Tinstinct  sadiste  se  manifeste  contre  la 
femme,  ne  sont  pas  encore  épuisées.  Si  le  penchant  n'est  pas 
trop  puissant  ou  s^il  y  a  encore  assez  de  résistance  morale,  il 
peut  se  faire  que  Tinclination  sadiste  se  satisfasse  par  un 
acte  en  apparence  puérile  et  insensé,  mais  qui,  pour  l'auteur, 
possède  un  ciiiaclèrc  syniholitjiie. 

Tel  semble  ôtrc  le  sens  des  deux  cas  suivants. 

Ob'ehvation  3i.  —  (D*"  Pascal,  I^iene  dklV  Amore),  Uu  homme 
avait  l'habitude  d'aller  une  fois  par  mois,  à  uoe  date  fixe, 

chez  sa  maîtresse  et  de  lui  couper  alors,  avec  une  paire  de 
ciseaux,  les  mèches  qui  lui  tornhatenl  sur  le  front.  Cet  ade  lui 
procurait  le  plus  grand  plaisir.  U  n'exigeait  jamais  autre  chose 
'de  la  tille. 

Obseiivation  35.  —  Un  homme,  habitant  Vienne,  fréquente 
régulièrement  plusieurs  prostituées,  rien  que  pour  leur  savonner 
l;i  figure  et  y  passer  ensuite  un  rasoir  comme  s'il  voulailleur  fairi' 
la  bariie.  îS'tniquam  pncllas  Isedilf  sed  Aœc  faciens  valde  excitalur 
libidine  et  spetma  ejaculal  '. 

1.  L'ii  Taxil  [op.  cil.,  p.  22i]  vncaniv  «luf,  diiiis  les  lupanars  >!<■  Paris,  uu 
U«ot  à  U  dUpositioa  de  certaias  clients  des  instruiueats  qui  rcpréscutcut 
des  gourdins  mais  qui,  en  réftIUé,  ne  sont  que  des  vessies  gonflées  du  genre 

de  ccilcs  nvcc  Ics'iuelles  les  clowns,  dans  lo^  ciniues,  se  iloinirtil  des  coups. 
Des  sadiques  so  donnent  par  ce  moyen  l'illusion  qu  ils  battcul  des  feiuoios. 


112 


PSYOUOPATUIA  SËXliALlS 


Unique  dans  son  genre  est  le  cas  suivant  qui  malheureuse- 
ment u  a  pas  él6  assez  (^tudii^  au  point  de  vue  scieiiiilique. 

Observation  30,  —  Au  cours  d'un  procès  devant  un  tribunal 
correctionnel  de  Vienne,  on  a  révèle  le  fait  suivant.  Dans  un 
jardin  de  rcsLuirant  publi»-,  un  comte  N...  est  venu  un  jour 
accompagne  d  une  femme  ni  a  scandalisé  le  public  par  ses  menées. 
Il  exigea  de  la  femme  qui  élail  avec  lui.  qu'elle  s'ageuouilhlit 
devant  lui  et  qu'elle  l'aduràl  les  mains  Jointes.  Eusuile  il  lui 
ordonna  de  lécher  ses  bottes.  Enfin  il  exigea  d*elle,  en  plein 
public,  quelque  chose  d^inoulT  (oteulum  ad  natet  ou  quelque  chose 
d'analogue)  et  ne  céda  que  lorsque  la  femme  eut  juré  d'accomplir 
Taete  demandé  chez  elle,  dans  l'intimité. 

Ce  qui  Trappe  dans  ce  cas  c'est  le  besoin  de  Thomme  penrerti 
d'humilier  la  femme  devant  témoins  (à  comparer  les  fantaisies 
des  sadistes  cit«3s  plus  haut,  observation  30),  et  le  fait  que  le 
<l»mr  (l'humilier  la  femme  tient  le  premier  rang,  et  que  c'est  seu- 
Icmeul  un  arte  de  nature  .symbolique.  A  côté  de  cela,  dans  ce  cas 
iacomplèlemcnt  observé,  les  actes  cruels  sont  aussi  probables. 

/•'.  —  SADlrMH:  l'UHTAiNT  SUK  DES  OBJETS  QUELCONQUES. 
FOUKTTëUHS  de  GAltÇONS 

Ën  dehors  des  actes  sadiques  sur  des  femmes  dont  on  vient 
de  lire  la  description,  il  y  en  a  aussi  qui  se  pratiquent  sur  des 
êtres  ou  des  objets  quelconques,  sur  des  enfants,  sur  des 
animaux,  etc.  L*îndividu  peut,  dans  ces  cas,  se  rendre  nette- 
ment compte  que  son  penchant  cruel  vise  en  réalité  les 
femmes  et  qu'il  maltraile.  faute  de  mieux,  le  premier  objet 
qui  se  trouve  à  sa  portée. 

L'élat  <lu  inaladi'  jieul  aussi  èlrc  tel  (|u'il  s'aperc^oive  que 
seul  le  peuclianl  aux  actes  cruels  est  accouipa{>,ué  d'émotions 
voluptueuses,  tandis  que  ie  vér  ilable  motif  de  sa  cruauté 
(qui  pourrait  seul  expliquer  la  tendance  voluptueuse  à  de 
pareils  actes)  reste  pour  lut  obscur. 

La  première  alternative  suffit  pour  expliquer  las  cas  cités 
par  le  D' Albert  (Friedriehs  BlmUer  f.  ger,  Med,,  1859)  et  où 
il  s'agit  do  précepteurs  voluptueux  qui,  sans  aucun  motif, 
donnaient  des  fessées  &  leurs  élèves. 


NËUaO-PSYGUOPATUOLOtilË  tiENÉRALC 


113 


Si,  d'autre  part,  des  garçons,  en  voyant  applwjucr  iinn  cor- 
reclion  à  leurs  camarades,  sont  mis  dans  un  état  d  ext  ilution 
sexuelle  et  reçoivent  ainsi  une  diroclion  pour  leur  vifa 
seTifa/t\  dans  l'avenir,  cela  nous  l'ait  penser  à  la  seconde  aller- 
native,  ù  un  instinct  sadique  inconscient  par  rapport  à  son 
objet,  comme  dans  les  deux  exemples  suivants. , 

OsflKRVATiON  37.  —  H...,  vingt-cinq  ans,  négociani,  s  est  adressé 

à  moi  an  printemps  do  l'aniK'-o  i889  pour  me  consulter  au  sujet 
d'unf  anomalie  de  sa  vita  sexnalis,  anomalie  lui  f-iit  craindre 
une  maladie  et  des  malheurs  dans  ta  vie  inalniauniale. 

Lp  malade'  est  d'une  famille  nerveuse;  il  ('-tait,  dans  son  enfance, 
délicat,  l'.iil)le,  nerveux,  d'ailleurs  bien  poi  lanl  sauf  des  luorbitli. 
Plus  lard,  il  s'est  bieu  développé  au  physique  et  est  devcou 
vigo  ureux. 

A  Tâge  de  hait  ans,  il  fut  témoin,  &  Técole,  des  corrections  que 
le  maître  appliquait  aux  garçons,  leur  prenant  la  téte  entre  ses 
genoux  et  leur  fouettant  ensuite  le  derrière. 

Celte  vue  causa  au  malade  une  émotion  voluptueuse.  Sans  avoir 
une  idée  du  danger  et  de  la  honte  de  l'onanisme,  il  se  satisfit  par 
la  masturbation,  et,  à  partir  de  ce  moment,  il  se  masturba 
fréquemment,  en  évoquant  toujours  le  souvenir  des  garçons  qu'il 
avait  vu  foucller. 

Il  continua  ces  pratiques  jusqu'à  râ|^'e  de  vinj;t  ans.  Alors  il 
apprit  quelle  est  la  portée  de  ronaiiismc,  il  s'en  olFraya  et  essaya 
d  eurayur  son  penchant  à  la  masLuibation ;  mais  il  avait  recours  à 
la  masturbation  psychique  qu'il  croyait  inoilensive  et  justifiable 
tu  point  de  vue  de  la  morale;  à  cet  effet,  il  évoquait  le  souvenir 
des  enfants  fouettés. 

Le  malade  devint  neurasthénique,  souffrit  de  pollutions, 
essaya  de  se  guérir  par  la  fréquentation  des  maisons  publiques, 
mais  il  n'arriva  Jamais  à  avoir  une  érection.  Il  fit  alors  des  efforts 
pour  acquérir  des  sentiments  sexueU  normaux  en  recherchant  la 
société  des  dames  convenables.  Mais  il  reconnut  bicntùt  qu'il 
était  insensible  aux  charmes  du  beau  sexe. 

Le  malade  est  un  homme  de  constitution  physique  normale. 
ioleUigent  et  doué  d'un  bel  esprit.  Il  n'yachezluiaucuu^penchaul 
pour  les  personnes  de  son  propre  sexe. 

Mon  ordonnance  médicale  consista  en  préceptes  pour  LuuihaLli  e 
la  neurasthénie  et  pour  arrêter  les  pollutions.  Je  lui  défendis  la 

PSVCilOrATUlA  âSXUALlS.  8 


114 


PSÏCHOPATillA  SEXUAUS 


masturbation  psydiiquc  et  manuelle»  je  rengageai  è.  se  tenir  ft 
Técart  de  toute  excitation  sexuelle,  et  je  Lui  fis  prévoir  un  traite- 
ment hypnotique  pour  le  ramener  tout  doucement  à  la  viYa  sexualit 
normale. 

ÛBsiaivATioN  38.  —  Sadisme  lar^i'.  X...,  étudiant,  est  venu 
au  mois  de  décembre  1890  à  ma  clinique.  Depuis  sa  plus 
tendre  jeunesse,  il  se  livre  à  la  masturbation.  D'après  sesasser^ 
lions,  il  a  été  sexuellement  excilt^  en  voyant  son  pAre  appliquer 
une  correction  ù  ses  frères,  et  plus  tard,  lorsque  le  maître  *f  erole 
punissait  les  élèves.  Témoin  de  ces  actes,  il  éprouvait  toujours 
des  sensations  voluptueuses.  Il  nf  sait  pas  dire  au  juste  à  «luelle 
date  ce  sentiment  s'est  pour  la  première  fois  manifesté  chez 
lui;  vers  l'âge  de  six  ans  cela  a  déjà  pu  se  produire.  11  ne  .^ait 
pas  non  plus  précisément  quand  il  a  commencé  h  se  masturber, 
mais  il  affirme  nettement  que  son  pe  nchant  sexuel  a  été  éveillé  à 
Taspect  de  la  flagellation  des  autres  et  que  c'est  ce  fait  qui 
Ta  amené  inconsciemment  à  se  masturber.  Le  malade  se  rappelle 
bien  que,  dès  Tâge  de  quatre  ans  jusqu'à  Tàge  de  huit  ans,  il 
a  été,  lui  aussi,  à  plusieurs  reprises,  fouetté  sur  le  derrière, 
mais  qu'il  c'en  a  ressenti  que  de  la  douleur,  jamais  de  la  volupté. 
Comme  il  n'avait  pas  toujours  l'occasion  de  voir  battre  les  autre*!, 
il  se  représentait  rcî^  scènes  dans  son  imagination.  Cela  oxcitail 
sa  vohi[)té.  et  alors  il  .se  niasturl>ail.  Toutes  les  fois  qu'il  le  pou- 
vait, il  s'arrangeait  à  récole  dr  (aron  à  pouvoir  assislrr  à  la  cor- 
rection appliquée  aux  autres.  Parfois  il  éprouvait  le  désir  de 
fouetter  lui-même  ses  camarades.  A  l'âge  de  douze  ans,  il  sut 
décider  un  camarade  à  so  laisser  battre  par  lui.  Il  en  éprouva 
une  grande  volupté*  Mais  lorsque  Tautre  prit  sa  revanche  et  le 
battit  à  son  tour,  il  ne  ressentit  que  de  la  douleur. 

Le  désir  de  battre  les  autres  n*a  jamais  été  très  fort  chez  lui. 
Le  malade  trouvait  plus  de  satisfaction  à  jouir  des  scènes  de 
flagellation  qu'il  évoquait  dans  son  imagination.  Il  n'a  jamais 
eu  d'autres  tendances  sadiques,  jamais  le  désir  de  voir  couler  du 
sang,  etc. 

Jusqu'à  l'Age  de  quinze  ans,  son  plaisir  sexuel  fut  la  niastur- 
Italion  jointe  au  travail  d'imagination  dont  il  est  fait  menlion 
plus  hiiut. 

A  partir  de  celte  époque,  il  fréquenta  les  cours  de  danse  et  les 
demoiselles;  alors  ses  anciens  jeux  d'iniaginalion  cessèrent 
presque  complètement  et  n  évoquèrentque  faiblement  des  sensa- 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  US 

linns  voluptueuses,  de  sorlu  que  le  malade  les  ;i  tout  à  IViiL  al)an- 
duunés.  Il  essaya  alors  de  s'abstenir  de  la  maslurbalioii,  mais  il 
n'y  réussit  pas,  bien  qu'il  fit  souveot  le  coït  et  qu'il  y  éprouvât  plus 
de  plaisir  qoe  dans  la  masturbation.  Il  voudrait  se  débarrasser 
de  l'onanisme,  qu'il  considère  comme  une  chose  indigne.  11  n*en 
éprouve  pas  d'ettels  nuisibles.  Il  fait  le  coïl  une  fois  par  mois, 
mais  il  se  masturbe  chaque  nuit  une  ou  deux  fois.  11  est  mainte- 
nant  normal  au  point  de  vue  sexuel,  sauf  rhabitudede  la  mastur- 
bation. On  ne  trouve  chez  lui  aucune  trace  de  neurasthénie.  Ses 
parties  génitales  sont  normales. 

Observation  39.  —  L.  i*...,  quinze  ans,  de  famille  de  haut 
rang,  csl  né  d'une  mère  hystérique.  Le  frère  et  le  père  de 
M"*  P...  sont  morts  dans  une  maison  de  santé. 

Deux  ttètes  du  jeune  P...  sont  morts,  pendant  leur  enfance,  de 
convulsions.  P...  a  du  talent,  il  est  sage,  calme,  mais,  par  mo- 
ments, coléreux,  entêté  et  violent.  11  souffre  d'épilepsie  et  se  livre 
à  la  masturbation.  Un  jour,  on  découvrit  que  P...,  en  donnant  de 
la^nt  <^  un  camarade  pauvre,  nommé  B...  et  âgé  de  quatorze 
ans,  avait  décidé  ce  dernier  à  se  laisser  pincer  aux  bras,  aux 
cuisses  et  aux  fesses.  Oii<'intl  B  •■  ^f*  "l't  îi  pleurer,  P  ..  s'excita, 
frappa  de  la  main  droite  sur  b...,  tandis  qu'avec  la  gauche  il 
farfouillait  dans  la  ]»oeh<'  gauche  de  son  panlalnu. 

P...  avoua  que  le  mauvais  tiaileuieiil  qu  il  avait  inlligé  à  bon 
ami,  qu'il  ainiuil  d'ailleurs  beaucoup,  lui  uvail  causé  un  plaisir 
particulier.  Comme,  pendant  qu'il  battait  son  ami,  il  .se  mastur- 
bait, 1  cjaculationqui  en  fut  la  suite,  disaitril,  lui  procura  plus  de 
plaisir  que  celle  de  la  masturbation  solitaire.  (Y.  Gyurkovechky, 
pQtkùlogie  und  Thérapie  der  mânnlieAen  JmpotenSj  1889,  p.  80.) 

Dans  tous  ces  mauvais  traitements  d'origine  sadique  exercés 
sur  des  garçons,  on  ne  peut  pas  admettre  une  combinaison 
du  sadisme  avec  Tinversion  sexuelle,  comme  cela  arrive 
quelquefois  aux  personnes  atteintes  dinversion  sexuelle. 

Il  n'y  a  aucun  signe  positif  en  faveur  de  cette  hypothèse; 
d*ai1lenrs,  Tabsence  d'inversion  sexuelle  ressort  aussi  de 
r»*xaiiicn  du  groupe  suivant  où,  à  cùïé  de  l'objet  des  mauvais 
Iraitements,  l'animal,  le  sens  de  rinstincl  pour  la  femme  se 
fait  souvent  assez  bien  sentir. 


iiO 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


G*       ACTES  8ADIQUBS  SOR  DBS  AHIHiklîX 

Dans  bien  des  cas,  des  hommes  sadiques  et  pervers  ipii 
reculent  devant  un  crime  commis  sur  des  hommes,  ou  qui, 
on  général,  ne  ticmnent  qu*à  voir  souffrir  un  être  vivant  quel' 
conque,  ontrecoui*s  k  la  torture  des  animaux  on  au  spectacle 
d'un  animal  mourant  pour  exciter  ou  augoicntcr  leur  vo- 
lupté. 

Le  Ctis  rapporlé  par  lîofmaii  dans  non  Couru  de  médecine 
légale  est  très  caractéristique. 

D'aprt'S  les  dépositions  de  plusieurs  prusliluees  devant  le 
tribunal  de  Vienne,  il  y  avait,  dans  la  capitale  autrichienne, 
un  homme  qui,  avant  de  faire  l'acte  sexuel,  avait  Thahitude 
de  s*exciter  en  torturant  et  en  tuant  des  poulets,  des  pigeon» 
et  d'autres  oiseaux.  Cette  habitude  lui  avait  valu,  de  la  part 
des  prostituées,  le  sobriquet  du  «  Monsieur  aux  poules  » 
(IlauHherr), 

Une  observation  de  Lombroso  est  très  précieuse  pour 

expliquer  ces  faits.  H  a  obscrvi'-  deux  hommes  qui,  toutes  les 
fois  qu'ils  tuaient  des  poulets  ou  des  pigeons,  avaient  une 
éjaculalion. 

Dans  son  Uomodclitujttente,  p.  201 ,  le  môme  auteur  raconte 
qu'un  célèbre  poète  était  toujours  tr^ès  excité  sexuellement 
toutes  les  fois  qu'il  voyait  dépecer  un  veau  qu'on  venait  de 
tuer  ou  qu*il  apercevait  de  la  viande  saignante. 

D'après  Mantegazza,  des  Chinois  dégénérés  auraient  Tha- 
bitude  de  se  livrer  k  un  sport  horrible  qui  consisterait  à 
sodomiser  des  canards  et  k  leur  couper  le  cou  avec  un  sabre 
icmpore  ejacidationis  (  !  ) . 

Alanteiîazza  <  Fi\tolof/ia  del piaccre^  éd.,  p.  394-3i)5)  rap- 
porte qu  au  hunimi'  avait  vu  couper  le  cou  à  un  coq, 
avait  dopuis  ce  muiiK  iil  la  passion  do  fouiller  (laii>  les 
entrailles  ctiuudes  et  sangiaiiles  d'un  coi]  Un'',  parce  que,  ce 
faisant,  il  éprouvait  une  sensation  de  volupté. 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


117 


Dans  ce  cas  et  dans  les  cas  analogues,  la  vitn  ^f.rffaiiA  est 
ab  originn,  telle  que  la  vue  du  sang  et  du  meurtre  provoque 
des  sentiments  voluptueux. 

D  en  est  de  même  dans  le  cas  suivant. 

OaSBRrATloir  40.  —  C.  L...,  quarante-deux  ans,  ingénieur, 
marié,  père  de  deux  enfants.  Est  issu  de  famiUe  névropalhique  : 
le  père  est  emporté,  potaior;  la  mère,  hystérique,  a  souffert 
d*aecè8  éclamptîques. 

Le  malade  se  souvient  qu'étant  enfant  il  aimait  beaucoup  &  voir 
tuer  des  animaux  domestiques  et  surtout  des  cochons.  A  cet  aspect, 
il  avait  des  sensations  de  volupté  bien  prononcées  et  de  l'éjacu- 
lation.  Plus  lard,  il  visitait  les  abattoirs  ]>nur  se  réjouir  an  spec- 
tacle (lu  sang  versé  et  des  animaux  se  débattant  dan*'  l'agonie. 
Tonli^^  les  fois  qui'  roccasiou  se»  présentait,  il  tuait  lui-aiôme  un 
aiiiiiiaL  ce  qui  lui  causait  toujours  un  sentiment  qui  suppléait  au 
plaisir  sexuel. 

Ce  n'est  que  lorsqu'il  eut  atteint  TAge  adulte  qu'il  reconnut  le 
caractère  anormal  de  son  état.  Le  malade  n'avait  pas  d'aversion 
proprement  dite  pour  les  femmes,  mais  avoir  des  rapports  plus 
intimes  avec  elles  loi  paraissait  une  horreur.  Sur  le  conseil  d'un 
médecin,  il  épousa,  à  l'ftge  de  vingt-cinq  ans,  une  femme  qui  lui 
était  sympathique  ;  il  espérait,  de  cette  manière,  pouvoir  se  dé- 
barrasser de  son  anomalie.  Bien  qu'il  eill  beaucoup  d  aiTection 
pour  ?B  finnme,  il  ne  put  accomplir  que  très  rarement  le  coït 
avec  cl  le.  et  encore  lui  fallait-il,  pour  cela,  tteaut  oup  d'ofTorls  et 
la  tension  de  son  imagination.  Mal^r»'  ecL  elal  de  clioses,  il  t  n- 
geiidra  deux  enfants.  En  1800,  il  [u  il  pnrl  A  la  guerre  austro- 
prussienne.  Les  lettres  ^idressécs  du  champ  de  bataille  a  sa 
femme  étaient  conçues  eu  termes  exaltés  et  enthousiastes.  Depuis 
la  bataille  de  Kœniggraetz,  il  a  disparu. 

Dans  le  cas  que  nous  venons  de  citer,  ia  faculté  du  coït 
normal  a  été  fortement  diminuée  par  la  prédominance  des 
idées  perverses.  Bans  le  cas  suivant,  on  pourra  constater  une 
suppression  complète  de  cette  faculté. 

Observation  41.  —  (D'  Pascal.  Igiene  dell'  Amore.)  Un  indi- 
vidu se  présentait  chez  des  prostituée*,  leur  faisait  acheter  des 
poules  vivantes  et  des  lapine,  el  fxif;*'ait  qu'on  lorturAt  i-es  ani- 
maux en  sa  présence.  Il  tenait  à  ce  qu  on  leur  arrachât  les  yeux 


118 


PSYCUOPATHIA  SEXUAUS 


et  les  entrailles.  Quand  il  tombait  sar  une  puelta  qui  se  laissait 
décider  à  ces  actes  et  qui  se  signalait  par  une  cruauté 
extraordinaire^  il  était  enchanté,  payait  et  s>n  allait,  sans  lai 
demander  autre  chose,  sans  même  la  toucher. 

Il  ressort  des  deux  derniers  chapitres  que  les  souf- 
frances de  tout  être  sensible  peuvent  devenir»  pour  des 
natures  disposées  au  sadisme,  la  source  d'une  jouissance 
sexuelle  perverse.  Il  y  a  donc  un  sadisme  qui  a  pour  objet 
des  êtres  quelconques. 

Mais  il  serait  erroné  et  exagéré  de  vouloir  expliquer  tous 
les  cas  de  cruauté  étrange  et  extraordinaire  par  la  perversion 
sadique,  et,  comme  cela  se  fait  quelquefois,  de  donner  le 
sadisme  comme  mobile  à  toutes  les  atrocités  historiques,  ou 
ù  certains  pliéuomèncs  de  la  psycliologie  des  masses  contem- 
poraines. 

La  cruauté  naît  de  sources  ditlérenlcs,  et  clic  est  naturelle 
chez  l'iiomme  primitif. 

La  pitié  osl  un  phénomène  secondaire,  c'est  un  sentiment 
acquis  assez  tard.  L'instinct  de  combativité  et  de  destruction 
qui,  dans  l'état  préhistorique,  était  une  arme  si  précieuse, 
continue  toujours  à  produire  son  effet,  prenant  une  nouvelle 
incarnation  dans  notre  société  civilisée  contre  le  criminel, 
pendant  que  son  objectif  primitif,  c<  Tennemi  »,  existe  tou- 
jours. 

Qudn  IIP  se  contente  pas  do  la  nioi  l  simple,  mais  qu'on 
exigo  aus^i  la  lorluro  liii  vaincu,  cela  s*ox[»lique  en  partie  par 
le  seuliincnt  de  puissance  qui  veut  être  satisfait  parce  moyen 
el.  «rautrc  part,  par  l'immensité  de  l'instinct  de  revanche.  De 
cette  façon,  on  peut  expliquer  toutes  les  atrocités  des 
monstres  historiques  sans  avoir  recours  au  sadisme,  qui  a  pu 
parfois  entrer  en  jeu,  mais  qui,  étant  une  perversion  relati- 
vement rare,  ne  doit  pas  être  toujours  considéré  comme 
mobile  unique. 

Il  faut,  en  outre,  tenir  compte  d^un  élément  psychique  qui 
explique  le  grand  attrait  que  les  exécutions  publiques  ont 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  119 


eacore  de  nos  jours  sur  les  masses:  c'est  le  désir  d'avoir  des 
sensations  f(jrtes  et  inaccoutumées, un  speclaclo  rare.  Devant 
ce  désir,  la  pi  lié  est  coiidamaée  au  sileoce,  surtout  chez  les 
natures  brutales  et  blasées. 

Il  y  a  évidemment  beaucoup  d*mdiWdus  pour  qui»  malgré 
ou  peut-être  grâce  à  leur  vive  pitié,  tout  ce  qui  se  rattache  k 
la  mort  et  aux  souffrances  exerce  une  force  d'attraction 
mystérieuse.  Ces  individus  cèdent  à  un  instinct  obscur  et, 
mal^rt»  leur  répugnance  intérieure,  cherchent  à  s'occuper  de 
ces spucldcles  ou,  faute  de  mieux,  des  imn^co^  et  dos  circons- 
tances qui  los  ivtrarcnt.  Gela  n'est  pas  non  plus  du  sadisme, 
tant  qu'aucun  éléaieul  sexuel  n'entre  en  scène,  bien  que  des 
fils  mystérieux,  nés  dans  le  domaine  de  l'inconscience,  puis- 
sent relier  ces  phénomènes  à  un  fonds  de  sadisme  ignoré. 

8ABI8MB  OHBZ  LA.  FBKME 

On  s'explique  facilement  que  le  sadisme,  perversion  fré- 
quente cbe«  l*homme, ainsi  que  nous  l'avons  constaté,  soit  de 
beaucoup  plus  rare  chez  la  femme.  D'aliord,  le  sadisme  dont 
un  des  t'icmcnts  constitutifs  est  précisément  la  subju^^ation  de 
l'autre  sexe,  n'esl,  en  r^*alit(5,  qu'une  acc»Mituatiou  pallioîo- 
gique  de  la  virilité  du  caractère  sexuel;  ensuite,  les  puissants 
obstacles  qui  s'opposent  à  la  manifestation  de  ce  penchant 
monstrueux  sont  évidemment  encore  plus  difficiles  à  sur- 
monter pour  la  femme  que  pour  Thomme. 

Toutefois,  il  y  a  aussi  des  cas  de  sadisme  chez  la  femme,  ce 
qui  ne  peut  s'expliquer  que  par  le  premier  élément  constitu- 
tif de  ce  penchant  et  par  la  surexcitation  générale  de  la  zone 
motrice. 

Jusqu'ici,  ou  n'en  a  scientiliquemcnl  observé  que  deux 
cas. 

Observation  AÎ,  —  Un  homme  marié  s'est  présenté  chez  moi 
et  m'a  montré  de  nombreuses  cicatrices  do  blessures  sur  ses  bras. 
Voici  ce  qu^il  m'a  raconté  sur  l'origine  de  ces  cicatrices.  Toutes 


120 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


les  fois  qu'il  vont  s'approcher  de  sa  Jeune  femme,  qui  e«t  un  peu 
nerveuse,  il  est  obliL'*'»  d'ahord  de  se  couper  au  bras.  Klle  suce 
ensuite  le  sang  d('  la  blessure  el  aloi^  il  se  produit  chez  elle  uoe 
vivo  excilalion  sexuelle. 

Ce  cas  rappelle  la  légende  très  répandue  des  vampires  dont 
l'origine  pourrait  peut-être  se  rattacher  à  des  faits  sadiques 

Dans  un  second  cas  de  sadisme  féminin,  qui  m'a  été  com- 
muniqué par  M,  le  D'  Moll  de  Berlin,  il  y  a,  à  côlé  de  !a 
tendance  perverse  de  rinstinct,  insensible  aux  procédés  n  i  - 
maux  de  la  vie  sexuelle,  comme  cela  se  voit  fréquemment, 
des  traces  de  masochisme. 

Observation  43.  —  M"*  H...,  viugt-six  ans,  est  née  d'n&e 
famille  dans  laquelle  il  n'y  aurait  eu  ni  maladies  de  nerfs  ni 
troubles  psychiques.  Par  contre,  la  malade  présente  des  symp- 
tômes d'hystérie  et  de  neurasthénie.  Bien  que  mariée  et  mère  d'an 
enfant,  H"*  H...  n  a  jamais  eu  le  désir  d*accomplir  le  coït.  Élevée 
comme  jeune  Aile  dans  des  principes  très  sévères,  elle  resta, 
jusqu'à  son  mariage,  dans  une  ignoranee  naïve  des  choses 
sexuelles.  Depuis  l'Age  de  quinze  ans,  elle  a  des  menstrues  régu- 
lières. Ses  parties  génitales  ne  présentent  aucune  anomalie  essen- 
tielle. Non  seulement  le  eoil  ne  lui  procure  aucun  plaisir,  mais  c'est 
pour  elle  un  acte  dé  sagréable.  L  aversion  pour  le  coit  s  esl  de 
plus  en  plus  accentuée  chez  elle.  La  malade  ne  comprend  pas 
cuniment  on  peut  considérer  uu  pareil  acte  comme  le  suprême 
bonheur  de  l'amour,  sentiment  qui,  k  son  avis,  est  trop  élevé 
pour  pouvoir  être  rattaché  ft  rinstinct  sexuel.  Il  faut  rappeler,  à 
ce  propos,  que  la  malade  aime  sincèrement  son  mari.  Elle  a  beau- 
coup de  plaisir  à  Temhrasser,  un  plaisir  sur  la  nature  duquel 
elle  ne  saurait  donner  aucune  indication  précise.  Mais  elle  ne  peut 
pas  comprendre  que  les  parties  génitales  puissent  jouer  un  rôle 
en  amour.  M*""  H...  est,  du  reste,  une  femme  très  sensée,  douée 
d*un  caractère  féminin. 

Si  oscula  dat  conjugi^  magnam  voluptaiem  percipit  in  mordtndo 

\.  Cette  légende  est  répandue  surtout  dans  ia  prcsqu  ile  balkanique.  Chez 
lee  Grecs  uioderoM,  elle  renioule  A  l'antique  mythologie  des  L^mies,  femmes 
qui  sucaii  ni  !f  saiiL'.  Gd'the  a  traité  ce  siijft  (\f\r\^  sa  Finncée  de  Corinthe. 
Les  vers  ((ui  out  trait  uu  vampirisme  :  «  Sucent  le  sang  de  ton  cœur,  etc.  », 
ne  sont  complètement  comprébensiblet  qu'avec  Tétade  compai ée  des  docn- 
mente  antiquei. 


.NEUHO-PSïCIIOPAiiiOl.Odiii  4,EMiHALB 


121 


tum.  Gratimmum  ei  esset  conjugem  mordere  eo  mùdo  ut  sangmi 
fiuût.  Contenta  esset  si  loco  coùut  morder^tur  a  eonjuge  iptmffue 
eum  mordoré  Hceret.  TcoMH  eam  pmnleret^  91  moTsu  magnam  dolth 
rem  facerei  (D'  Moli). 

On  rencontre  dans  l'histoire  des  exemples  de  femmes, 
quelques-unes  illustres,  dont  le  désir  de  r(''|j[iier,  lu  cruaulé 
et  lu  volupté,  font  supposer  une  perversion  sadiste  chez  ces 
Messulines.  11  faut  compter  dans  la  catégorie  de  ces  femmes 
Messaline  Valérie,  elle-môme,  Catherine  de  Médici<.  l'insti- 
gatrice de  la  Saint-Barthélemy  et  dont  le  plus  grand  plaisir 
était  de  faire  fouetier  en  sa  présence  les  dames  de  sa  cour,  etc.'. 

MASOCHISME-  OU  EMPLOI  DE  LA  CRUAUTÉ  ET  DE 
LA  ViOUclI^GË  SUE  SOI-MÊME  POUR  PliûVOQU£K  LA 
TOLUPTÉ. 

Le  masochiste  est  le  eontaîre  du  sadiste.  Ceint-cî  veut 

causer  de  la  douleur  et  exerce  des  violences;  celui-là,  uu  con- 
traire, tient  à  souffrir  et  à  se  sentir  subjugué  avec  violence. 

Par  niasocliisme,  j'entends  celte  pei  version  parlieulière  de 
la  vila  SL'xuaiis  psychique  qui  consiste  dans  le  fait  que  l'in- 
dividu est,  dans  ses  sentiments  et  dans  ses  pensées  sexuels, 

I.  Heinrieb  ▼on  Rleist,  poète  de  génie  mais  évidemment  d'un  esprit  dés- 
(•iviilibré,  nous  donne  dans  la  PenthétUie  le  portrait  liorrible  d'une  sadique 

parfaile  iuiagioée  par  lui. 
Dsns  lu  SS*  scène  de  eetle  pièce,  Kleist  nous  présente  son  héroîoe  :  elle 

e?t  (runc  rape  de  volupté  et  d  aj^s.issiD.L!,  Jtcliire  on  morceaux  Achillt.'. 

qu  elle  avait  poursuivi  dans  sou  rut  cl  dont  elle  s'est  emparée  par  la  ruse. 

*  En  lot  arrachant  son  armure,  elle  enfonce  ses  dents  dans  la  poitrine 
bhmchc  i]u  hi'i  i-s.  ain  i  <]th>  ses  cliieas  voultnit  «iirpassor  leur  ninîln  >se. 
Les  dents  d  Oxus  et  de  bpbynx  pénétrent  adroite  cl  â gauche.  Quaitd  je  nuis 
arrivé,  elle  avait  la  bouclie  et  les  mains  ruisselantes  de  sang.  »  Plus  loin, 
quand  Henthi'Iisi'c  esf  dégrisée,  elle  s'écrie  :  «  Est-ce  que  je  Vn'i  bais*'  inoii  :" 
—  Kon,  je  ne  l'ai  pas  baisé?  L'ai-je  mis  eu  morceaux?  Alors  c'est  uu  leurre. 
Baisers  et  morsures  sont  la  même  chose,  et  celui  qui  aime  de  tout  son 
cœur  iiout  les  confondre.  • 

Dans  la  littérature  moderne  on  trouve  des  descriptions  de  scènes  de 
Ba<Usme  féminin,  dans  les  romans  de  Sacher-Masoch,  dont  il  sera  question 
pl't^  Ii  in,  (i.ins  la  Hrunkildê ût  Ernst  von  Wildenbnicb,  dans  la  Mar^uûe  de 
Sade  de  Macbilde,  etc. 

S.  Ainsi  nommé  d'après  Sacber-Uaioch,  dont  les  romans  et  les  contes 
traitent  de  préférence  de  ce  genre  de  perversion. 


m 


PSYCHOPATHÎA  SEXUALIS 


obsédé  par  l'idée  d'ùtrc  soumis  absolumenl  et  sans  condition 
à  une  personne  de  Tauirc  scxo,  d'être  traité  par  clic  d*une 
manière  hautaine*  au  point  de  subir  même  des  humiliations 
et  des  tortures.  Cette  idée  s'accompagne  d*une  sensation  de 
volupté;  celui  qui  en  est  atteint,  se  plaît  aux  fantaisies  de 
rimagination  qui  lui  dépeint  des  situations  et  des  scènes  de 
ceg'enre;  il  cherche  souvent  ft  réaliser  ces  images  et,  par 
ceUe  perversion  de  son  penchant  sexuel,  il  devient  fr(^quem- 
mcnt  plus  mi  inoins  insensible  aux  charmes  nui  inaux  tle 
l'autre  sexe,  inccipable  d'une  vlta  sexualis  normale,  psyclii- 
quement  impuissant.  Cette  impuissance  psychique  n'a  nulle- 
ment pour  base  Vhorror  serns  allerius;  elle  est  fondée  sur  ce 
fait  que  la  satisfaction  du  penchant  pervers  peut,  comme 
dans  les  cas  normaux,  venir  de  la  femme,  mais  non  du  coït. 

II  y  a  aussi  des  cas  où,  à  côté  de  la  tendance  perverse  de 
rinstinct,  Fattrait  pour  les  plaisirs  réguliers  est  encore  à  peu 
près  conservé  et  des  rapports  sexuels  normaux  ont  encore 
lieu  à  côté  des  manifestations  perverses.  Dans  d'autres  cas, 
rimpuissance  n'est  pas  purement  psychique,  mais  bien  pliy  ->i- 
qiie,  (  "est-à-ilire  spinale.  Car  cette  piM  \  orsion,  comme  presque 
toutes  les  aulr(*s  pervorsian*;  <le  rinslincl  sexuel,  ne  se  déve- 
loppe que  sur  Ir  ItM  raiii  d  une  individiuililé  psyehopalhique 
dans  la  plupart  des  cas  tarée,  cl  ces  individus  se  livrent  ordi- 
nairement dès  leur  premi»'»re  jeunesse  à  des  excès  sexuels, 
surtout  (les  excès  de  masturbation  auxquels  les  pousse  la 
difficulté  de  réaliser  leurs  fantaisies. 

Le  nombre  des  cas  de  masochisme  incontestable  qu*on  a 
observé  jusqu'ici  est  déjà  considérable.  Le  masochisme 
existe-t-il  simultanément  avec  une  vie  sexuelle  normale,  ou 
domine-t-il  exclusivement  l'individu?  Le  malade  atteint  de 
cette  perversion  cherche-l-il,  cl  dans ([uclle  mesure,  à  réaliser 
ses  fantaisies  étranges?  A-(-iI  par  celle  perversion  plus  ou 
moins  j)erdu  sa  puissanee  sexuelle  ou  non?  Tout  eela  dépend 
de  l'intensité  de  la  perversion,  de  la  force  des  mobiles 
contraires,  éthiques  et  estliéliques,  ainsi  que  de  la  vigueur 


NELIIO-PSYGHOPATIIOLOGIE  GÉNÉliALli 


123 


relative,  de  la  constitution  physique  et  psychique  de  l'individu 
atteint.  Au  point  de  vue  de  la  psychopathie,  Tessentiel  c'est 
le  trait  commun  qui  se  trouve  dans  tous  ces  cas  :  tendance 
du  penchant  sexuel  à  la  soumission  et  à  la  recherche  des 
mauvais  traitements  de  la  part  de  Tautre  sexe. 

Ou  peut  appliquer  au  masochisme  tout  ce  qui  a  616  dit 
plu«  hant  «lu  sadisme  relativement  au  caractère  impulsif 
(muijil.s  obscurs)  de  ses  actes  et  au  caraclijro  congénital  de 
cette  perversion. 

Chez  le  masochiste  aussi  il  y  a  une  gradation  dans  les  actes, 
depuis  les  faits  les  plus  répugnants  et  les  plus  monstrueux 
jusqu'aux  plus  puériles  et  aux  plus  ineptes,  selon  le  degré 
d'intensité  des  penchants  pervers  et  Tintensité  de  la  force  de 
réaction  morale  et  esthétique.  Mais  ce  qui  empêche  d'aller 
jusqu'aux  conséquences  extrêmes  du  masochisme,  c'est 
l'instinct  de  la  conservation.  Voilà  pourquoi  l'assassinat  et 
les  blessures  graves  qui  peuvent  se  commettre  sous  Tinfluence 
de  la  passion  sadique,  ne  trouvent  pas,  aulani  (ju'on  sait, 
leur  jientlaiil  masocliisie  dans  la  j-ôaiité  .  Jl  es!  eejx-ndant 
possible  (jue  les  désirs  pervers  dos  masochistes  puissent,  dans 
leur  imagination^  aller  jusqu'à  ces  conséquences  extrêmes. 
(Yoirrobservation  53.) 

Les  actes  auxquels  se  livrent  certains  masochistes  se  pra- 
tiquent en  même  temps  que  le  coït,  c'est-à-dire  qu'ils  servent 
de  préparatifs.  Chez  d'autres,  ces  actes  servent  d'équivalent 
au  coït.  Cela  dépend  seulement  de  l'état  de  la  puissance 
sexuelle  qui  chez  la  plupart  est  psychiquement  ou  physique- 
ment atteinte  par  suite  de  la  perversion  des  représentations 
sexuelles.  Mais  cela  ne  change  rien  au  lond  de  la  chose. 

A.  ~  BECQERCQE  DES  MAUVAIS  TRAITEMENTS  ET  DES  UUMIUATIO.NS 
DASVS  UN  BUT  DE  SATISFACTION  SEXUELLE 

Lautobiographie  d'un  masochiste  qui  va  suivre,  nous 
fournit  une  description  détaillée  d'un  cas  typique  de  cette 
étrange  perversion. 


424 


PSYCHOPATHU  SEXUAUS 


Observation  44.  —  Je  suis  issu  d'une  famille  névropathique 
dans  laquelle,  en  dehors  do  toutes  sortes  de  bizarreries  de  carac- 
lère  et  de  conduite»  il  y  a  aussi  diverses  anomalies  au  point  de 
vue  sexuel. 

De  tout  temps,  mon  imagination  fut  très  vivo,  et,  de  bonne 
heure,  elle  fut  portée  vers  kb  choses  sexuelles.  En  m(^me  temps, 
j'étais,  autant  que  je  puis  me  rappeler,  adonné  à  l'onanisme, 
longtemps  avant  ma  puberté,  c'est-à-dire  avant  d*avoir  des  éjacu- 
lations.  A  celte  époque  déjà,  mes  pensées,  dans  des  rêveries 
durant  des  heures  entières,  s'occupaient  des  rapports  avec  le  sexe 
féminin.  Mais  les  rapports  dans  lesquels  je  me  mettais  idéale- 
ment avec  Tautre  sexe  étaient  d'un  genre  bien  étrange.  Je  m*ima< 
ginais  que  j'étais  en  prison  et  livré  au  pouvoir  absolu  d'une 
femme,  et  que  celte  femme  profilait  de  son  pouvoir  pour  mHn- 
fliger  des  peines  et  des  tortures  de  loutes  sortes.  A  ce  propos,  les 
coups  et  les  flagellations  jouaient  un  grand  rôle  dans  mon  ima- 
gination, ainsi  que  d'autres  actes  et  d'autn  <  situations  qui, 
toutes,  marquaient  nnp  condition  de  survilude  ol  de  soumission. 
Je  lut'  voyais  toujours  ù  genoux  devant  mon  idtal,  ensuite  foulé 
aux  pieds,  chargé  de  fers  et  jeté  en  prison.  On  m'imposait  de 
graves  souffrances  comme  preuve  de  mon  obéissance  et  pour 
ramusoment  de  ma  maltresse.  Plus  j'étais  humilié  et  maltraité 
dans  mon  imagination,  plus  j'éprouvais  de  délices  en  me  livrant 
à  ces  rêves.  En  même  temps,  il  se  produisit  en  moi  un  grand 
amour  pour  les  velours  et  les  fourrures  que  j'essayais  toujours  de 
toucher  et  de  caresser  et  qui  me  causaient  aussi  des  émotions  de 
nature  sexuelle. 

Je  me  rappelle  bien  d  avoir,  étant  enfant  eacore,'reçu  plusieurs 
corrections  de  mains  de  femmes,  .le  n'en  ressentais  alors  que  de 
la  bontf  et  de  la  douleur,  ol  jamais  je  n'ai  eu  l'idée  de  rattacher 
li'S  re;ilil('s  de  cr  genre  à  mes  rêves.  L'intontion  de  me  eorriger  ot 
de  me  punir  m'émouvait  douloureus<'ment.  tandis  (jue,  dans  les 
rêves  de  mon  imagiualion,  je  voyais  toujours  ma  "  maîtresse  »  se 
réjouir  de  mes  souffrances  et  de  mes  humiliations,  ce  qui  m'en- 
chantait. Je  n'ai  pas  non  plus  à  rattacher  à  mes  fantaisies  les  ordres 
ou  la  direction  des  femmes  qui  me  surveillaient  pendant  mon  en* 
fance.  De  bonne  heure,  j'ai  pu,  parla  lecture  d'ouvrages,  apprendre 
la  vérité  sur  les  rapports  normaux  des  deux  sexes;  mais  cette 
révélation  me  laissa  absolument  froid.  La  représentation  des  plai- 
sirs sexuels  resta  attachée  aux  images  avec  lesquelles  elle  se  trou- 
vait unie  dés  la  première  heure.  J'avais  aussi,  il  est  vrai,  le  désir 


KEURO-PSYCUOPATUOLOGIË  GÉNÉHALË 


m 


de  toucher  des  femmes,  de  les  serrer  dans  mes  bras  et  de  les 
embrasser;  mais  les  plus  grandes  délices,  je  ne  les  attendais  que 
de  leurs  mauvais  traitements  et  des  situations  dans  lesquelles 
elles  me  faisaient  sentir  leur  pouvoir.  Bientôt  je  reconnus  que  je 
n'étais  pas  comme  les  autres  hommes;  je  prérèrais  éire  seul  afin 
de  pouvoir  me  livrer  à  mes  rêvasseries.  Les  filles  ou  femmes 
réelles  m'intéressaient  peu  dans  ma  première  jeunesse,  car  je  ne 
voyais  guère  la  possibilité  qu'elles  puissent  jamais  agir  commr»  je 
le  désirais.  Dans  les  Sfiitier^  solitaires,  au  milieu  des  bois,  je  me 
tlngcllais  avec  les  branches  lomlM^es  des  arbres  el  laissais  alors 
libre  cours  à  mon  imapinalio».  Les  images  de  femmes  hautaines 
me  causaient  de  réelles  délices,  surtout  quand  ces  femmes  étaient 
des  reines  et  portaient  des  fourrures.  Je  cherchais  de  tous  côtés 
les  lectures  en  rapport  avec  mes  idées  de  prédilection.  Les  Con- 
femim  de  Jean-Jacques  Rousseau,  qui  me  tombèrent  alors  sous 
la  main»  furent  pour  moi  une  grande  révélation.  J*y  ai  trouvé  la 
description  d'un  état  qui,  dans  ses  points  principaux,  ressemblait 
au  mien.  Je  fus  encore  plus  frappé  de  retrouver  des  idées  en  har- 
monie avec  les  miennen,  lorsque  j'eus  appris  h  connaître  les  ou- 
vrages de  Sacher-Masoch.  Je  dévorais  ces  livres  avec  avidité, 
hie!M}ue  les  scènes  sariguiiiair(»s  dépassaient  souvent  tnnn  imagi- 
nation et  me  faisaient  alors  iidi  reur.  Toiildnis.  le  désir  de  n-aliser 
CCS  «eènos  ne  m'est  pas  venu,  même  à  l'époque  de  la  puberl»'.  En 
preitûce  d  une  lemine,  je  n'éprouvais  aucune  éuiolion  sensuelle» 
luutau  plus  la  sue  d'un  pied  féminin  me  donnait  passagèrement 
le  déâr  d'en  être  foulé. 

Cette  indifférence  ne  concernait  cependant  que  le  domaine  pu- 
rement sensuel.  Dans  les  premières  années  de  ma  puberté,  je  fus 
souvent  pris  d*une  affection  enthousiaste  pour  des  jeunes  filles  de 
ma  connaissance,  affection  qui  se  manifestât  avec  toutes  Jes^ 
exU-avagances  particulières  à  ces  émotions  juvéniles.  Mais  jamais 
l'idée  ne  m'est  venue  de  relier  le  monde  de  mes  idées  sensuelles- . 
avec  ces  purs  idéals.  Je  n'avais  même  pas  à  repousser  une 
pnroille  association  d'idées,  elle  ne  se  présentait  jamais.  C'est 
il  autant  plus  curieux  que  mes  iiiiai^Mnaf ions  vuluplueuses  m<'  lui- 
rai^.siieul  étranges  et  irréalisal»li's,  mais  niillenienl  vilaines  ni 
réprehensibles.  Ces  rêves  ans»!  étaient  pour  moi  une  sorte  de 
poésie;  il  me  restait  deux  mondes  séparés  l'un  de  l'autre  :  dans 
rua,  c'était  mon  cœur  ou  plutôt  ma  fantaisie  qui  s'excitait  esthé- 
tiquement; dans  Tautre,  ma  force  d'imagination  s'enflammait  par 
la  sensualité.  Pendant  que  mes  sentiments  «  transcendantaax  ». 


196 


PSYCBOPATHIA  SEXUALIS 


avaient  pour  ohjcl  une  jeun»*  fille  bien  comme,  je  me  voyais  dans 
d'aiiln  s  iiioiuenls  aux  pieds  d'une  Temmc  mûre,  qui  me  traitait 
comiiio  je  viens  de  le  décrire  plus  haut.  Mais  je  u'altribuais 
jamais  ce  rôle  de  tyran  &  uoe  femme  eonotte.  fiaas  les  réres  de 
moQ  sommeil,  ces  deux  formes  de  représentations  éroliques 
apparaissaient  tour  k  tour,  mais  jamais  elles  ne  se  confondaient. 
Seules  les  images  de  la  sphère  sensuelle  ont  provoqué  des  pollu- 
tions. 

A  l'Age  de  dix-neuf  ans,  je  me  laissai  conduire  par  des  amis 
chez  des  proi^lltuées,  bien  que,  dans  mon  for  Inti'rleur,  il  me 
répugn&t  de  les  suivre;  je  le  fis  par  curiosité.  Mais  je  n'éprouvai, 
chez  1rs  prostituées,  que  de  la  répugnance  et  de  l'horreur,  et  je 
nie  sauvai  aussilAt  (juc  jr  pus  sans  avoir  ressenti  la  moindre  exci- 
tation ou  t  iuolidu  seiisnelles.  Plus  tard,  je  répétai  l'essai  de  ma 
propre  initialive  jmur  voir  si  je  n'étais  pas  impuis^ant.  car  mon 
premier  échec  m  ailligoail  beaucouj».  Le  résultat  fut  toujours  le 
même  :  je  n'eus  pas  la  moindre  émotion  ni  érection.  Tout  d'abord 
il  m'était  impossible  de  considérer  une  femme  en  os  et  en  chair 
comme  objet  de  la  satisfaction  sensuelle.  Ensuite,  je  ne  pouvais 
renoncer  à  des  états  et  à  des  situations  qui,  tu  texualiàut^  étaient 
pour  moi  la  chose  essentielle,  et  sur  lesquelles  je  n'aurais,  pour 
rien  au  monde,  dit  un  mot  à  qui  que  ce  soit.  VimmiasiQ  penh  ft 
laquelle  je  devais  procéder  me  paraissait  un  acte  sale  et  insensé. 
En  second  lieu,  ce  fut  une  répugnance  contre  des  femmes  qui 
appartenaient  à  tous  et  la  crainte  d'ôlre  infecté  par  elles.  Livré  à 
la  solilude,  ma  vie  sexuelle  eoiitiimait  comme  autrefois.  Tontes 
le<*  fois  (|ue  le**  anciennes  iniaf^es  de  mes  imaginatidiis  suri^is- 
saieut,  j  avais  des  éreclious  vigoureuses  et  presque  chaque  jour 
des  éjaculations.  Je  commençais  à.  soullVir  de  toutes  sortes  de 
malaises  nerveux,  et  je  me  considérais  comme  impuissant, 
malgré  les  vigoureuses  érections  et  les  violents  désirs  qui  se  ma- 
nifestaient quand  j'étais  seul.  Malgré  cela,  je  continuais,  par  in- 
tervalles, mes  essais  avec  des  prostituées.  Avec  le  temps,  je  me 
débarrassai  de  ma  timidité  et  j  arrivai  à  vaincre  en  partie  U  répu- 
gnance que  m'inspirait  tout  contact  avec  une  femme  vile  et  corn- 
munr». 

Mes  imaginations  ne  me  suffisaient  plus.  J'allais  maintenant 
plus  souvent  chez  les  prostituées  et  je  me  faisais  masturber  quand 

je  n'avais  pu  accomplir  le  coït.  Je  crus  d'abord  que  j'y  trou- 
verais uu  jilaisir  plus  réel  qu'à  mes  rèvriii"-^ ;  nn  conlraire,  j'y 
trouvai  uu  plaisir  moins  grand.  Quand  la  lommc  se  déshabillait. 


NEUaO-PSYCUOPATHOLOGlË  liÉiNËliALE 


121 


j'examinais  aTec  aUention  ks  pièces  de  ses  vêtements.  Leveloars 
et  la  soie  jouaient  le  premier  rôle;  mais  tout  autre  objet  d'habille- 
ment m*altirait  aussi,  et  surtout  les  contours  du  corps  féminin, 
tels  qu  ils  étaient  dessinés  par  le  corset  et  les  jupons.  Je  n*avais, 
pour  le  corps  nu  delà  femme,  guère  <ruulrc  iiitorét  qu'un  intérêt 
esthétique.  Mais,  de  tout  temps,  je  in'alttichai  surtout  aux  bot> 
liiies  à  hauts  talons  et  j'y  associais  toujours  l'idée  d'être  foulé  par 
ces  talons  ou  de  baiser  le  pied  en  guise  d'hommage,  etc.,  etc. 

Enfin.  j<*  surmontai  mes  dernière:*  rf'pii^nanc«'H,  ot  un  jour, 
pour  réaliser  mes  rêves,  je  me  lais'^ai  tUt^eller  et  fouler  aux  pifvls 
par  uno  prostituée.  Ce  fut  pour  niui  une  i;i-;iiifle  (lérciilitui.  Cela 
était,  pour  lucb seulimenls,  brutal,  repuguanl  cl  ridicule  a  la  fois. 
Les  coups  ne  me  causèrent  que  de  la  douleur,  et  les  autres  delails 
de  cette  situation,  de  la  répuguance  et  de  la  honte.  Malgré  cela, 
j'obtins,  par  des  moyens  mécaniques,  une  éjaculation,  en  même 
temps  qu*&  l'aide  de  mon  imagination  je  transformais  la  situation 
réelle  en  celle  que  je  révais.  La  situation  rêvée  différait  de  celle 
que  j'avais  créée,  surtout  par  le  fait  que  je  m'imaginais  une 
femme  qui  devait  m'infliger  des  mauvais  traitements  avec  un 
plaisir  égal  h  celui  avec  lerpu  1  j<>  les  recevais  d'elle.  Toutes  mes 
imaginations  sexuelles  étaient  échafaudées  sur  l'existence  d'un 
pareil  sentiment  chez  la  femme,  femme  tyranniqiie  ol  rnielle,  à 
latjuello  je  devais  me  suuinelfrc.  L'uele  cpii  (K  sait  montrer  cet 
étal  (l'esclavage  ne  ni'elail  que  d'une  importance  «-eeondaire.  Ce 
n'est  (}u'après  ce  premier  essai,  d'une  réalisation  imp(tssii)le,  que 
je  reconnus  nettement  quelle  était  la  véritable  tendance  de  mes 
désirs.  En  effet,  dans  mes  rêves  voluptueux,  j'avais  souvent  fait 
abstraction  de  toute  représentation  de  mauvais  traitements,  et  je 
me  bornais  t  me  représenter  une  femme  aimant  &  donner  des 
ordres,  au  geste  impérieux,  à  la  parole  faite  pour  le  commande- 
ment, à  qui  je  baisais  le  pied,  ou  des  choses  analogues.  Ce  n'est 
qu'alors  que  je  me  rendis  clairement  compte  de  ce  qui  m'attirait 
cri  réalité.  Je  reconnus  que  la  llagellation  n'était  qu'un  moyen 
d'exprimer  fortement  la  situation  désirée,  mais,  qu'en  elle-même, 
la  flagellation  était  sans  valeur,  me  causant  plutôt  un  sentiment 
désagréable  et  même  douloui  eux  ou  répugnant. 

Malgré  cette  déception  je  ne  renonçai  point  à  essayer  «le  trans- 
porter dans  la  réalité  mes  représentations  érotiques,  mainlLiiant 
que  le  premier  pas  dans  ce  sens  avait  été  fait.  Je  t:ompluis  que 
mon  imagination  une  fois  liabituée  à  la  nouvelle  réalité,  je  trou- 
verais les  éléments  nécessaires  pour  obtenir  des  effets  plus  forts. 


m 


PSYCHOPATHU  SEXLALIS 


Je  cherchais  les  femmes  qui  s*appropriaient  le  mieux  à  mon  deS' 
seÎD  et  je  les  ÎDslroisaissoignettsemeDl  de  la  comédie  compliquée 
que  je  voulais  leur  faire  jouer.  J'appris  en  même  temps  que  la 
voie  m*avail  été  préparée  par  des  prédécesseurs  qui  avaient  les 
mêmes  sentimenls  que  moi.  I^a  puissance  de  ces  comédies, 
pour  agir  sur  mes  imaginations  et  sur  ma  son<iihilit/\  ro-;faît 
bien  probli^mntiqno.  Ces  scènes  m'ont  servi  pour  me  montrer, 
d'une  manière  plus  vivn,  quelques  (iélail'i  secondaires  de  la  situa- 
tion que  je  désirais  :  mais,  ce  qu  elles  (iuauan'nl  de  ce  cô\i'\  olle< 
l'enlevaient  en  même  temps  à  la  chose  principale  que  mon  luiagi- 
nation  seule,  sans  le  secours  d'une  duperie  grossière  et  de  coui- 
maade,*puuvait  me  procurer  en  rêve,  d'une  manière  beaucoup 
plus  facile.  Les  sensations  physiques  produites  par  les  mauvais 
traitements,  variaient.  Plus  rillusion  réussissait,  plus  je  ressen* 
lais  la  douleur  comme  un  plaisir.  Ou,  pour  être  plus  exact,  je 
considérais  alors  en  mon  esprit  les  mauvais  traitements  comme 
des  actes  symboliques.  Il  en  sortit  rillusion  de  la  situaliou  tant 
désirée,  illusion  qui,  lout  d'abord,  s'accompagna  d'une  sensation 
de  plaisir  psychique.  Ainsi  la  percepliou  du  taraclèi  e  douloureux 
des  mauvais  traitements  a  été  quehiuefois  supprimée.  Le  juo- 
cessus  (  lait  analogue,  mais  de  beaucoup  plus  siuiple,  parce 
qu'il  reslîiit  sur  le  terrain  psychique,  quand  je  me  soumettais  à 
de  mauvais  traitements  moraux,  à.  des  humiliations.  Ceux-ci 
aussi  s'accentuaient  avec  la  sensation  de  plaisir,  à  la  condition 
que  je  réussisse  à  me  tromper  moi-même.  Hais  cette  duperie 
réussissait  rarement  bien  et  jamais  complètement.  Il  restait  tou- 
jours dans  ma  conscience  un  élément  troublant.  Yoilft  pourquoi  je 
revenais,  entre  temps,  à  la  masturbation  solitaire.  D'ailleurs» 
avec  les  autres  procédés  également,  la  scène  se  terminait  habi- 
tuellement par  une  t\iaculation  provoquée  par  l'onanisme,  éjacula- 
tion  qui,  parfois,  avait  lieu  sans  que  j'eusse  besoin  de  recourir  «L 
des  moyens  mecauiciuos. 

Je  coiitinuai  ci"  mau 'ge  pendant  des  années  entier 's  M.i  puis— 
sance  sexuelle  s'atlaihlissait  de  phis  en  plus,  mais  n<>ti  mes  ilesir» 
et  encore  moins  1  empire  ([ue  mes  étranges  idées  sexuelles  avaient 
sur  moi.  Tel  est,  encore  aujourd'hui,  l'ctal  de  ma  vila  iexualis.  Le 
coït,  que  je  n'ai  jamais  pu  accomplir,  me  parait  toujours,  dans 
mon  idée,  comme  un  de  ces  actes  élranges  et  malpropres  que  je 
connais  par  la  description  des  aberrations  sexuelles.  Mes  propres 
idées  sexuelles  me  paraissent  naturelles  et  n'offensent  en  rieu 
mon  goût,  d'ailleurs  très  délicat.  Leur  réalisation,  il  est  vrai,  ne 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGUS  GÉNÉRALE 


rac  donne  guère  de  salisfaclion  complète,  pour  les  laisuns  <\Ui'  je 
viens  d'exposer  plus  haut.  Je  n'ai  jamais  obtenu,  pas  même 
approximativement,  une  réalisutioii  tlirecle  et  véritable  do  mes 
iniaginalioas  sexuelles.  Toutes  les  fois  que  je  suis  entré  en  rela- 
tions plus  Intimes  avec  UDe  feaimc,  j  ai  senll  que  la  volonté  de  la 
femme  était  soumise  à  ta  mienne,  et  jamais  je  n^ai  épronvé  le 
contraire.  Je  n'ai  jamais  rencontré  une  femme  qui,  dans  les  rap- 
ports sexuels,  aurait  manifesté  le  désir  de  régner.  Les  femmes 
qui  Tentent  régner  dans  le  ménage  et,  comme  on  dit,  porter  la 
culotte,  sont  choses  tout  h  fait  difTérentes  de  mes  représentations 
éroliques.  Kn  <îfhors  de  la  perversion  de  ma  v'fn  •^^'xunUs,  il  y  a 
encore  bien  dt  s  sympt(*»rno«î  d'anomalie  dans  hi  Intalité  de  mon 
iridiv i'iicditi'-  :  ma  disposilion  in'vrnpathitjue  se  manifi  sti-  i>ar  de 
n'tinhreux  synipli">rnes  sur  le  terrain  pliy^sique  c!  |isyi-liM|ue.  .le 
crôi<,  en  outre,  pouvoir  constater  des  atioiiialies  iu'rfdil.nrc*  «lo 
caracLcre  dans  le  sens  d'un  rapprochcnient  vers  le  lypi'  it'iinam. 
Du  moins  je  considère  comme  telle  mon  immense  faiblesse  de 
volonté  et  mon  manque  surprenant  de  courage  vis-à-vis  des 
hommes  et  des  animaux,  ce  qui  contraste  avec  mon  sang-froid 
habilnet.  Mon  extérieur  physique  est  tout  à  fait  virIK 

Lauleur  de  cette  autobiographie  m'a  encore  donuc  les 
renseignements  suivants  : 

Une  de  mes  préoccupations  constantes  était  de  savoir  si  les 
idées  étranges  qui  me  dominent  au  point  de  vue  sexuel,  se  ren- 
contrent aussi  chez  d'autres  hommes,  et,  de  puis  les  premiers 
reueignenu  !i!s  que  j'ai  obtenus  par  hasard,  j'ai  fait  de  nom- 
breuses recherches  dans  ce  sens.  Il  est  vrai  que  les  observations 
sur  cette  question  *îont  difficiles  à  faire  et  ne  sont  pris  toujours 
«rtr^'ï,  étant  donné  (ju  il  s'agit  là  tl'un  processus  intime  de  la 
-ph'-re  dt'^  représcnlAtious.  J'udinels  l'i^xistence  du  masofliisme 
làuujc  Iruuve  des  ai"l<"i  pervers  dans  Ifs  rapports  sexuels,  actes 
que  je  ne  peux  pas  m  expliquer  autrement  que  par  cette  idée  do- 
minante. Je  crois  que  cette  anomalie  est  très  répandue. 

Toute  une  série  de  prostituées  de  Berlin,  de  Paris,  dQ  Vienne 
et  d'ailleurs  m*ont  donné  des  renseignements  sur  ce  sujet,  et  j'ai 
appris  de  celte  manière  combien  sont  nombreux  mes  compagnons 
<le  douleur.  J'eus  toujours  la  précaution  de  ne  pas  leur  raconter 
des  histoires  moi-même  ni  de  leur  demander  si  telle  OU  telle 
choec  leur  était  arrivée,  mais  je  les  laissais  raconter  au  hasard 
d  après  leur  expérience  personnelle. 

nTCHOPATaU  SIZI7AUS.  9 


130 


PSYCHOPATUIA  SEXUALiS 


La  flagellalion  simple  est  si  répandue  que  presque  chaque  pros- 
tituée est  ou  lillée  pour  cela.  Los  cas  manifcsles  de  jmasochisnie 
sont  aussi  très  fréquents.  Lus  liommes  atteints  de  cette  perver- 
sion se  soumettent  aux  t(>rtur(!s  les  plus  raffinées.  Avec  des  pros- 
tiluée<  Mii\<|acl!cs  on  u  fail  la  Icçim,  ils  oxécutent  toujours  la 
mènu' LDini.'die  :  l'homme  se  prosU'iiu*  humblement;  il  y  a  en- 
suite coups  de  pied,  ordres  inipt  rit'ux,  injures  et  menaces  appri- 
ses par  cumr,  ensuite  flagellation,  coups  sur  les  diverses  puilies 
du  corps  cl  toutes  sortes  de  tortures,  piqûres  d*épinglcs  jusqu'à 
faire  saigner,  etc.  La  scèné  se  termine  parfois  par  le  coYt,  souvent 
par  une  éjaculation  sans  coït/Quelqucs  prostituées  ni*onl  montré* 
à  deux  reprises  différentes,  des  chaînes  en  fer  avec  menottes  que 
leurs  clients  se  faisaient  fabriquer  pour  être  enchaînés,  puis  les 
pois  secs  sur  lesquels  ils  se  mettaient  à  genoux,  les  coussins 
hérissés  d'aiguilles  sur  lestpiels  ils  devaient  s'asseoir  sur  un 
ordre  de  la  femme,  et  bien  d'autres  objets  analogues.  Parfois 
Thommo  pervers  exige  que  la  fomme  lui  ligote  le  pénis  pour  lui 
causer  des  douleurs,  qu'elle  lui  pique  la  verge  avec  des  épingles, 
qu'elle  lui  donne  des  coups  de  canif  ou  qu'elle  le  frappe  avec  un 
bout  de  bois.  D'autres  se  font  lét^èrenient  égraligner  avec  la  pointe 
d'un  couteau  ou  d'un  poignard,  mais  il  faut  qu'en  même  temps 
la  femme  les  menace  de  mort. 

Dans  toutes  ces  scènes,  la  symbolique  de  la  soumission  est  la 
principale  chose.  La  femme  est  habituellement  appelée  la  «  mal- 
tresse »  {Herrin)t  Thomme  1*  «  esclave  ». 

Dans  toutes  ces  comédies  exécutées  avec  des  prostituées, 
scènes  qui  doivent  paraître  à  Thomme  normal  comme  une  folie 
malpropre,  le  masochiste  n*a  qu*un  maigre  équivalenL  J'ignore  si 
les  rêves  masochistes  peuvent  se  réaliser  dans  une  liaison  amou- 
reuse. 

Si  par  hasard  un  pareil  fait  se  produit,  il  doit  être  bien  rare, 
car  un  goût  conforme  chez  la  femme  (sadisme  féminin,  comme  le 

<lé].einl  Saclier-Masoch)  doit  se  rencontrer  bien  rarement.  La 
manifcstalittn  «l'une  auoïiuilie  sexuelle  chez  la  femme  se  bute  à 
de  plus  grands  ubstacles,  enlre  aulresla  pudeur,  etc.,  que  la  nia- 
nitcstalion  d'une  perversion  chez  l'homme.  Moi-même  je  n'ai 
jamais  reinar(|Uf  la  moindre  avance  faite  par  une  femme  dans  ce 
sens,  et  je  a  ai  pu  faire  aucun  essai  d Une  réalisation  eflFcctive  de 
mes  imaginations.  Une  fois  un  homme  m'a  avoué  confideulielle- 
ment  sa  perversion  masochiste,  et  il  a  prétendu  en  même  temps 
qu'il  avait  trouvé  son  idéal. 


NEURO-PSYGHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  t31 


Les  deux  faits  suivants  sont  analogues  à  celui  de  l'obser- 
vation  44. 

ObsEhvation  i5.  —  M.  /...,  vingl-neuf  ans,  élève  de  l'école 
polytechnique,  est  venu  me  consulter  parce  qu'il  se  croyait  atteint 
de  tabès.  Le  père  était  nerveux  et  est  mort  tabétique.  La  sœur  de 
son  père  était  folle.  Plusieurs  parents  soot  nerveux  à  un  haut 
degré  et  gens  bien  étranges* 

En  rexaminant  de  plus  près,  j*ai  constaté  que  le  malade  est  un 
sexuel,  spinal  et  cérébral,  asUiénique.  Il  ne  présente  aucan  syrnp* 
lôoie  anamnestique  ni  présent  de  tabès  dorsalis.  La  question  qui 
s'imposait  était  de  savoir  s'il  avait  abusé  de  ses  organes  génitaux. 
Iln'pond  que,  d^s  sa  première  jeunesse,  il  s'est  livré  à  la  mas- 
turbalion.  Au  cotir-  i\o  rexamcii,  on  a  relevé  les  intéressantes 
anouialies  psyt'hopalliKjues  suivantes. 

A  l'âge  de  cinq  ans,  la  viia  sexunlis  sN'veilla  i  he/,  le  malade  sous 
forme  d  uu  pencliaut  voluptueux  à  se  llageller  et  en  même  temps 
d'un  désir  de  se  faire  flageller  par  d'autres.  Pour  cela  il  ne  son- 
geait pas  &  des  individus  concrets  et  sexuellement  différenciés. 
Faute  de  mieux,  il  se  livrait  à  la  masturbation,  et  avec  les  années 
il  parvînt  à  avoir  des  éjacnlaUons. 

Longtemps  auparavant,  il  avait  commencé  à  se  satisfaire  par 
la  masturbation  en  évoquant  en  même  temps  des  images  de 
scènes  de  flagellation. 

Devenu  adulte,  il  vint  deux  fois  au  lupanar  pour  s'y  faire  fouet- 
ter par  dps  mérétricps.  A  cet  elfet,  il  choisissait  la  phi'^  bnllt^  fille; 
mais  il  fut  déçu,  il  n'arriva  pas  à  l'érection  et  encore  moins  à 
l'éjaculation. 

II reconnut  alors  que  la  Ilugellation  «Hait  chose  second  lirp,  etqne 
l'essentiel  c'était  l'idée  d'être  soumis  à,  la  volonté  de  la  lemuie. 
La  première  fois  il  n'arriva  pas  à,  provoquer  cet  état,  mais  il  réussit 
i  un  Becond  essai.  Il  obtint  un  succès  complet,  parce  qu*il  avait 
présente  Tidée  de  la  sujétion. 

Avec  le  temps,  il  arriva  en  excitant  son  imagination  A  évoquer 
des  représentations  masochiste?,  A  pratiquer  le  coit,  même  sans 
Hagellation,  mais  il  n*en  éprouva  que  peu  de  satisfaction,  de  sorte 
qu'il  préféra  avoir  des  rapports  sexuels  h  la  façon  des  maso* 
chistes.GrAce  à  ses  désirs  congénitaux  de  flagella  li  nn  il  ne  trouvait 
déplaisir  aux  scènes  m»aROchislcs  que  lorsqu'il  était  flagellé  ^rf 
podiftiii  ou  que  du  moins  son  imagination  luicomposail  une  scène 
semblable.  Dans  les  moments  de  grande  excitabilité,  il  lui  suf- 


i32 


PSYCHOI» ATHIA  SEXL'AUS 


ilHait  même  de  raconter  de  pareilles  scènes  &  une  belle  fille.  Ce 
récit  provoquait  de  Forgasme,  el  il  arrivait  la  plupart  du  temps  à 

l'éjacu'ation. 

11  «^'ajouta  de  bonne  heure  à  cet  état  une  représcnlalion  féti- 
chiste vivcincnl  iinprossionnante.  Il  s'aperçut  qu'il  n'était  attirr* 
et  satisfait  que  par  des  fcminos  qui  portaient  des  jupons  courte  el 
des  bottes  montantes  (costume  lion^rois;.  Il  ignore  coinineul  cette 
idée  fétichiste  lui  est  venue.  Même  chez  les  garçons,  la  jambe 
chaussée  d'une  botte  montante  le  charme,  mais  c'est  un  charme 
purement  esthétique  et  sans  aucune  note  sensuelle  ;  il  n*a  d'ail- 
leurs jamais  remarqué  en  lui  des  sentiments  homosexuels.  Le  ma» 
lade  attribue  son  fétichisme  au  fait  qu'il  a  une  prédilection  pour 
ies  mollets.  Mais  il  n*est  excité  que  par  un  mollet  de  femmo 
chaussé  d'une  botte  élégante.  Les  mollets  nus  et  en  général  les 
nudités  féminines  n'exercent  pas  sur  lui  la  moindre  impres- 
sion  sexuelle. 

L'oreille  humaine  constitue  pour  le  malade  une  représentatioii 

fétichiste  accessoire  et  d  importance  secondaire.  Il  éprouve  une 
sensation  à  caresser  les  oreilles  des  belles  personnes,  c'est-à-dire 
d'individus  qui  ont  roieille  l>i*"r!  faite.  Avec  les  hommes  cette  ca- 
resse lie  lui  procure  qu  uu  plaibir  faible,  mais  il  est  très  vif  avec 
les  femmes. 

Il  a  aussi  uu  faible  pour  les  chats.  11  les  trouve  simplement 
beaux  ;  tous  leurs  mouvements  lui  sont  agréables.  L'aspect  d'un 
chat  peut  même  Tarnicher  k  la  plus  profonde  dépression  morale. 
Le  chat  est  pour  lui  sacré;  il  voit  dans  cet  animal,  pour  ainsi  dire, 
un  être  divin.  Il  ne  peut  nullement  se  rendre  compte  de  la  raison 
de  cette  idiosyncrasie  étrange. 

Ces  temps  derniers,  il  a  plus  souvent  des  idées  sadiques  dans 
le  sens  de  la  flagellation  des  garçons.  Dans  révocation  de  ces 
images  de  flagellation,  les  hommes  aussi  bien  que  les  femmes 
jouent  un  r<jlc,  mais  généralement  ces  dernières,  el  alors  son 
plaisir  e^l  de  beaucoup  plus  grand. 

Le  malade  liouvi-  qu  à  côté  de  l'étal  de  uiasochisme  qu'il  con- 
naît el  qu'il  reï^sent,  il  y  a  encore  chez  lui  un  autre  élat  qu'il 
désigne  par  le  mol  de  «<  pagisme  ». 

Tandis  que  ses  jouissances  et  ses  actes  masochistes  sont  luul  à 
fait  empreints  d'un  caractère  et  d'une  note  de  sensualité  brutale, 
son  «  pagisme  »  consiste  dans  l'idée  d*éire  le  page  d*une  belle 
fille.  11  se  représente  celte  fille  comme  tout  à  fait  chaste,  «  mais 
piquante  »  et  vis*à*vts  de  laquelle  il  occuperait  la  position  d^un 


NEURO-PSYGHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


t33 


escliv»',  mais  avec  des  rapports  chastt.s  el  uu  devouemeul  pure- 
ment «  platonique  ».  Colle  idée  délirante  de  servir  de  page  à  une 
«  belle  créature  »  se  manifeste  avec  un  plaisir  délicieux,  mais  qui 
n'a  rien  de  sexuel.  Il  en  éprouve  une  satisfaction  morale  exquise, 
coDirairement  au  masochisme  de  note  sensuelle,  et  voil&  pourquoi 
il  croit  que  son  «  pagisme  »  est  une  chose  à  part. 

An  premier  aspect,  Textérieur  physique  du  malade  n'offre  rien 
d'étrange;  mais  son  bassin  est  excessivement  lai^  avec  des 
haoches  étalées;  il  est  anormalement  oblique  et  a  le  caractère 
féminin  très  prononcé.  Il  rappelle  aussi  quil  a  souvent  des 
démangeaisons  et  des  excitations  voluptueuses  dans  Tanus  (zone 
érogènp;  et  qu'il  peut  se  procurer  <!<'  In  satisfaction  ojv  digiti. 

Le  malade  doute  de  son  avi'nir.  Il  ne  pourra  être  guéri,  dit-il, 
que  s  il  peut  preudi  f  un  véritable  intérêt  à  !a  femme,  mais  sa 
volonté  ainsi  que  son  iiuagination  sont  trop  faibles  pour  cela. 

Ce  que  le  malade  de  cette  observalion  désigne  sous  le  nom 
de  tt  pagisme  »  n'a  rien  qui  dilTère  du  ca^ac^^r('  du  maso- 
chisme, ainsi  que  cela  résulte  de  la  coiiiparaison  dos  deux 
cas  suivants  de  masochisme  symbolique  et  (raulroscas  encore. 
Cette  conclusion  est  encore  corroborée  par  le  fait  que,  dans 
ce  genre  de  perversion,  le  coït  est  quelquefois  dédaigné 
comme  un  acte  inadéquat  et  que,  dans  de  pareils  cas,  il  se 
produit  souvent  une  exaltation  fantastique  de  Fidéal  pervers. 

Observation  46.  —  X...,  homme  de  lettres,  vingt-huit  ans, 
taré,  hyperesthésique  dès  son  eiifanrt\  a  ri'vé  à  VAgr»  dp  six  ans. 
plusieurs  fois,  (ju  une  femme  le  hatlait  aif  nat,-s.  11  se  réveillait 
après  (•»■  rèvc  en  i»ioie  à  la  plus  vive  émotion  vulupliunisc  ;  il  fut 
amen.'  a  la  niaslui  l»alion.  A  l'âge  de  huit  ans,  il  demanda  un  jour 
à  la  cuibiuiére  do  le  battre.  A  partir  de  l'âge  de  dix  ans,  neuras- 
thénie. Jusqu'à  l'âge  de  vingt-cinq  ans,  il  eut  des  rêves  de  flagel- 
latioBs,  et  quelquefois  il  évoquait  à  Tétat  de  veille  ces  images  et 
se  masturbait  en  même  temps. 

11  y  a  trois  ans,  cédant  à  une  obsession,  il  s^est  fait  battre  par 
noe  putlla.  Le  malade  fut  alors  déçu,  car  ni  l'érection  ni  réjacula- 
Uou  ne  se  produisirent.  Nouvel  essai  dans  ce  sens  àr&ge  de  vingt- 
sept  ans  pour  forcçr,  par  ce  moyen,  l'érection  et  l'éjaculalion. 
Il  ne  réussît  qu'en  ayant  recours  à  l'arliflce  suivant.  Pendant  qu'il 
essayait  le  coU,  la  pudla  lui  devait  raconter  comment  elle  battait 


PSYCUOPATHIA  SËXUALIS 


les  autres  impaîssants  el  le  menacer  d'en  faire  autant  avec  loi. 
En  outre,  il  était  obligé  de  sMmagîner  quMl  se  trouvait  ligoté  et 
tout  à  fait  à  la  merci  de  la  femme,  et  que,  sans  aucun  moyen  de 
défense,  il  recevait  d'elle  des  coups  des  plus  douloureux.  AToceak 
sion,  il  était  obligé,  pour  être  puissant,  de  se  faire  ligoter  pour  de 
bon.  Cest  ainsi  qye  le  coït  lui  réussissait.  Les  pollutions  nY>laient 
accompagnées  de  sensations  de  volupté  que  lorsqu'il  rêvait  (cas 
très  rare)  ('\ro  undliniti'  on  voir  comment  unn  pvella  en  fouet- 
tait d'autres,  il  ii  rul  jamais  uiir  vraie  sensation  de  volupté  dans 
le  coll.  Chez  la  feiuine,  il  n'y  a  que  les  mains  qui  rinléressenl.  Il 
préfère  avant  tout  des  feiiiines  vigoureuses,  à  la  j)oigue  solide. 
Touleluis,  son  besoin  de  llagellation  u'esL  qu  ideal,  car,  ayant 
Tépiderme  très  sensible,  quelques  coups  lui  suffisent  dans  les  plus 
mauvais  cas.  Des  coups  donnés  par  des  hommes  lui  seraient  désa- 
gréables. 11  voudrait  se  marier.  LImpossibiKté  de  demander  la 
flagellation  à  une  femme  honnête  et  la  crainte  d'être  impuissant 
sans  ce  procédé  créent  son  embarras  et  lui  font  éprouver  le  désir 
de  se  guérir. 

'  Dans  les  (rois  cas  cités  jusiju'ici,  la  llagellalion  passive 
servait  aux  individus  atteints  do  la  perversion  masochiste 
comme  une  forme  de  la  servitude  envers  la  femme,  situation 
tant  désirée  par  eux.  Le  même  moyen  est  employé  par  un 
grand  nombre  de  masochistes. 

'  Or  la  flagellation  passive,  comme  on  sait,  peut,  par  Tirri- 
tation  mécanique  des  nerfs  du  séant,  produire  des  érections 
réflexes  \ 

Les  débauchés  affaiblis  ont  recours  à  ces  effets 'de  la 
flagellation  pour  stimuler  leur  puissance  génitale  amoin- 
drie: et  celte  perversité  —  et  non  perversion  —  est  très 
fré([iiente. 

Il  ronvioni  donc  d'examiner  quels  rapports  il  y  a  entre  la 
flagellation  passive  des  masochistes  cl  celle  des  débauchés 
qui,  bien  que  physiquement  aflaiblis,  ne  sont  pas  psychique- 
ment  pervers. 

Il  ressort  déjà  des  renseignements  fournis  par  des  individus 
atteints  de  masochisme,  que  cette  perversion  est  bien  autre 

1.  Comparez  plus  haut,  le  ctiapitrc  d'introduction. 


>kEURa-PSYCUÛPAÏUOLO(aË  GÉNÉRALE  13$ 

chose  et  quelque  chose  de  plus  grand  que  Ja  simple 
flagellation. 

Pour  le  masochiste,  c'est  la  soumission  à  la  femme  ([iii 
Constitue  io  point  le  plus  important:  le  mauvais  hailement 
n'est  «ju'unt' manière  d  exprimer  cette  condilioTi  et,  il  faut 
ajouter,  la  manière  la  plus  expressive.  L'action  a  pour  lui 
nnc  valeur  symbolique;  c'est  un  moyen  pour  arriver  à  la 
satisfaction  de  son  état  d'Ame  et  de  ses  désirs  particu- 
liers. 

Par  contre,  l'homme  affaibli  qui  n'est  pas  masochiste,  ne 
eherthe qa^une excitation  de  son  centre  spinal,  à  laide  d'un 
moyen  mécanique. 

Ce  sont  les  aveux  de  ces  individus,  et  souvent  aussi  les 
circonstances  accessoires  de  Tac  le,  qui  nous  permettent,  dans 
un  cas  isolé,  de  dire  s'il  y  a  masochisme  réel  ou  simple  ilagel- 
lanlisme  (  réflexe  .  Il  importo,  pour  Juger  cette  question,  de 
tenir  compte  des  faits  suivants: 

1**  Chez  le  masochiste,  le  penchant  à  la  Hagellation  passive 
existe  presque  toujours  ab  origine,  11  se  montre  comme  désir, 
avant  même  qu'une  expérience  sur  TelTet  réflexe  du  procédé 
ait  été  faite  ;  souvent  ce  désir  ne  se  manifeste  d'abord  que 
dans  des  rêves  ainsi  qu*on  le  verra  plus  loin  dans  Fobser^ 
vation  48. 

2»  Chez  le  masochiste,  la  flajjollation  passive  n'est  ordinai- 
rement qu'une  des  nomljreuses  et  diverses  formes  des  mauvais 
traitements  dont  i  image  naît  dans  son  ima^iuation  et  qui 
souvent  se  réalise.  Dans  les  (  as  où  les  mauvais  traitements 
ainsi  que  les  marques  d'humiliation  purement  symboliques 
sont  employés  en  dehors  île  la  tlagellation,  il  ne  peut  pas  être 
question  d'un  elfet  d'excitation  physique  et  réflexe.  Dans  ces 
cas  donc,  il  faut  toujours  conclure  à  une  anomalie  congénitale, 
à  la  perversion. 

3*  Il  y  a  encore  une  particularité  bien  importante  à  con- 
sidérer, c'est  que  si  on  donne  au  masochiste  la  flagellation 
tant  désirée,  elle  ne  produit  pas  toujours  un  effet  aphrodi- 


m 


PSYCHOPATHIA  SEXLALIS 


sîaquG.  Souvent  elle  est  suivie  d'une  déception  plus  ou  moins 
vive,  ce  qui  arrive  toutes  les  fois  que  le  but  du  masochiste  qui 
veut  se  créer  par  Tillusion  la  situation  tant  désirée  d'être  à  la 
merci  de  la  femme,  n^cst  pas  atteint  et  que  la  femme  quMl  a 

chargée  d'exécuter  celle  comédie  apparnit  comme  l'instru- 
menl  docile  de  sa  propre  volonté.  A  ce  sujet  comparez  les 
trois  cas  précc^dcnts  et  l'observation  50,  plus  loin. 

Entre  le  masochisme  et  le  simple  réflexe  des  llagellanls,  il 
y  a  un  rapport  analogue  à  celui  qui  existe  entre  ilnversion 
sexuelle  et  la  pédérastie  acquise. 

Cette  manière  de  voir  n*cst  nullement  infirmée  par  le  fait 
que  chez  le  masochiste  la  flagellation  peut  aussi  amener  un 
effet  réflexe  et  qu'une  punition  corporelle  reçue  dans  la  jeu* 
nessc  peut  éveiller  pour  la  première  fois  la  volupté  et  faire 
en  même  temps  sortir  de  son  état  latent  la  tnia  [sexMoiis  du 
masochiste. 

11  faulqu  aloi  -  I  ■  tint  soit  caractérisé  par  les  circonstances 
énumérées  plus  haut  pour  pouvoir  ôtre  considéré  comme 
masochisme. 

Quand  on  ne  possède  pas  de  détails  sur  l'origine  des  cas, 
les  circonstances  accessoires,  comme  celles  que  nous  avons 
citées,  peuvent  tout  de  même  en  faire  reconnattre  clairement 
le  caractère  masochiste.  Cest  ce  qui  arrive  dans  les  deux  cas 
suivants. 

Obsbrvatioii  47.  —  Un  malade  du  docteur  Taraowsk}  a  fait 

louer,  par  une  personne  dû  confiance,  un  appartement,  pour 
les  périodes  de  st^s  accès,  et  il  a  Tait  instruire  le  personnel  (trois 
prosliliK'i  s  d<'  (oui  ce  qu'on  doit  lui  Taire. 

Il  venait  de  Icmps  on  temps;  alors  on  le  déshabillaif,  on  le 
masturbait,  on  h-  Hagellait,  ainsi  qu'il  l'avait  ordonné.  11  faisait 
semblant  d'o|ipt»si'r  une  résistanro.  demandait  grAce  ;  alors  on  lui 
donnait  a  manger,  comme  c'éluii  dans  les  instructions,  on  le  lais- 
sait dormir,  mais  ou  le  retenait  malgré  ses  protestations,  et  on  le 
battait  s'il  se  montrait  récalcitrant. 

Ce  manège  durait  quelques  jours.  L*accès  passé,  on  le  relâchait, 
et  il  rentrait  chez  sa  femme  et  ses  enfaots  qni  ne  se  doutaient  pas 


.\ELUU-PS\CllOPATUOLO<;iE  <;É.NÉUALB 


137 


le  moins  du  monde  de  sa  maladie.  L*accès  revenait  une  ou  deux 
fois  par  an.  (Tamowsky,  op,  cit.) 

OnsKiiVATinN  4H.  ~  X...,  Ironlo-qualre  ans,  Irùs  charge,  souM're 
d'inveisiua  sexuelle.  Pour  plusieurs  raisons,  i!  n'a  pas  Irouvé 
l  occasion  de  se  satisfaire  avec  un  homme,  malgré  ses  grands 
besoins  sexuels.  Par  hasard,  il  rôva,  une  nuit,  qu'une  femme  le 
foueUait.  Il  eut  une  pollution. 

Ce  rêve  Tamena  ft  se  laisser  fouetter  par  des  mérétrices,  pour 
remplacer  ches  lui  Tamour  homosexuel.  Condudt  siài  non  nunquam 
mre/rieem,  ipte  vesttmenla  iua  omnia  deponittdumpuettse  vllimwn 
legumenium  deponere  non  liett^  pueltam  pedibus  îpse  perauiere,  fla- 
geitare,  verberare  jubet.  Qua  re  sttmma  lif/idine  af/ecfus  pedom 
feminx  lambit  quod  snhtm  eiim  lihidinosum  facere  pnlr>st  :  tnm  eja' 
culati(mpii}  n^S'  f^Jiifur  AussilA!  l%>jaculation  proHiiilo,  il  est  pris  du 
plus  grait'i  df  goùl  li'unc  silualion  moruleinonl  si  avilissanlet  il 
86  dérobe  ensuite  le  plus  rapidement  possible. 

Il  y  a  aussi  des  cas  où  la  stnilr-  llagoUation  [)assivL'  consti- 
tue tout  ce  que  rAvo  riniaî^inalion  des  masocliisles,  sans 
aulioà  idées  d  liumiiiation,  et  sans  que  Tindividu  se  rende 
ueltemeat  compte  de  la  véritable  nature  de  cotte  marque  do 
soumission. 

Ces  cas  sont  très  difficiles  à  distinguer  de  ceux  du  flagel- 
lantisme  simple  et  réflexe.  Ce  qui  permet  alors  de  faire  le 
diagnostic  différentiel,  c'est  la  constatation  de  Torigine  pri- 
mitive du  désir  avant  toute  expérience  de  Teffet  réflexe  (voir 
plus  haut),  et  aussi  ce  fait  que  dans  les  cas  de  masochisme 
vrai,  il  s  agit  ordinairement  d'individus  déjà  pervers  dès  la 
première  jeunesse  et  clie/  (jui  la  iralisalion  du  ddsir  souvent 
a"('<t  |»as  mise  à  exécution  ou  produit  une  d<^reption  ivoir 
plus  haut),  puis  que  tout  se  passe  dans  le  domaine  de  l  ima- 
ginatiou. 

A  ce  propos,  nous  citerons  un  autre  cas  de  masochisme 
typique  dans  lequel  toute  la  sphère  des  représentations  parti- 
eulières  à  cette  perversion  parait  complètement  atteinte.  Ce 
cas  pour  lequel  nous  avons  une  autobiographie  détaillée  de 
Tétat  psychique  du  malade,  ne  diffère  de  Tobservation  44  que 


138 


PSYCHOPATllIA  SEXUAUS 


parce  que  Tindividu  atteint  a  tout  à  fait  renoncé  à  réaliser 
ses  fantaisies  perverses  et  que,  à  côté  de  la  perversion  exîs- 
tante  de  la  vita  sexuafisy  les  plaisirs  normaux  ont  encore 
assesE  d*e(fct  pour  rendre  possibles  les  rapports  sexuels  dans 

Jes  conditions  oïdinaires. 

Observation  49.  — J'ai  trente-cinq  ans:  mon  clal  physique  et 
intellectuel  est  normal.  Dans  ma  parenté  la  plus  (  tendue  —  en 
ligne  directe  et  collatérale  — je  ne  connais  auruii  t  as  de  trouble 
psychique.  Mon  père  qui,  à  ma  naisb..iu»  e,  dait  A^c  d'environ 
trente  ans,  avait,  autant  quv  je  sais,  une  ])r»  diU'rtian  pour  les 
femmes  de  huulc  taille  et  d  une  beauté  plauturcu.^e. 

Déjà,  dans  ma  première  enfance,  je  me  plaisais  aux  représenta* 
tîons  dUdées  qui  avaient  pour  sujet  le  pouvoir  absolu  d*ttn homme 
sur  Tautre.  L*idée  de  Tesclavage  avait  pour  moi  quelque  chose  de 
très  excitant;  Témotion  était  paiement  forte  en  me  voyant  dans 
le  rôle  du  maftre  comme  dans  celui  du  serviteur.  J'étais  excité 
outre  mesure  à  la  pensée  qu'un  homme  pouvait  en  posséder  un 
autre,  le  vendre,  le  battre;  et  à  la  lecture  de  La  Case  de  ronde 
Tom  (ouvrage  que  je  lus  h  l'époque  où  j'entrais  en  puberté), 
j'avais  des  érortions.  Ce  qui  était  surtout  excitant  pour  moi, 
c'était  l'idée  d'un  hoinmc  attelé  ù.  une  voilure  où  un  aulre  homme, 
armé  d'un  fouet,  était  assis  et  le  dirigeait,  le  faisant  marcher 
ù  coups  de  fouet. 

Jusqu'à  l'âge  de  viugL  ans,  ces  représentations  étaient  objec- 
tives et  sans  sexe,  c'est-à-dire  que  l'homme  attelé  dans  mon  ima- 
gination était  une  tierce  personne  (pas  moi-même),  et  la  personne 
qui  commandait  n*étail  pas  nécessairement  du  sexe  féminin. 

Aussi  ces  idées  étaient-elles  sans  influence  sur  mon  instinct 
sexuel,  ainsi  que  sur  la  manifestation  de  cet  instinct.  Bien  que  ces 
scènes  créées  dans  mon  imagination  mWnt  causé  des  érectioas, 
je  ne  me  suis  jamais  de  ma  vie  masturbé;  à  partir  de  l'âge  de 
dix-neuf  ans.  j'ai  fait  le  coït  s^ans  le  concours  des  représentations 
imaginaires  susindiquées  et  sans  y  penser.  Toutefois,  j'avais  une 
grande  prédilection  pour  les  femmes  migres,  plantureuses  et  de 
haute  taille,  bien  que  je  ne  dédaignasse  pas  non  plus  les  plus 
jeunes. 

A  parlir  de  Tàge  de  vingt  et  un  ans,  les  représentations  com- 
mencèrent à  s'«  objectiver  »;  il  s'y  ajoutait  une  chose  «  essen- 
tielle w,  G^esl  que  la  «  maltresse  »  devait  élre  une  personne 
grande,  forte,  et  d'au  moins  quarante  ans.  A  partir  de  ce  moment, 


iNEUHO-PSYCUOPATUOLOiili!:  GÉISEIiALE 


139 


je'fas  toiyours  soumis  à  mes  idées;  ma  maîtresse  était  une 
femme  brutale  qui  m'exploitait  &  tous  les  points  de  vue,  même 
au  point  de  vue  sexuel,  qui  m'attelait  devant  sa  voiture  et  faisait 

;iinsi  ses  promenades,  une  femme  que  je  devais  suivre  comme  un 
chien  et  nu\  pieds  de  laquelle  je  devais  me  coucher  nu  pour  être 

battu  et  fouetté. 

Voilà  quelle  était  la  base  fixe  des  rcpri^sen talions  de  mon 
imn^nnalton  autour  desquelles  se  groupaient  toutes  les  autres 

images. 

.IV'prouvais,  à  me  livrer  h  ces  idées,  un  ^^rand  plai>ir  <jiii  nu- 
causait  des  érections,  mais  jamais  d'éjaculalion.  A  la  suite  tic  la 
grande  excitation  sexuelle  que  me  donnaient  ces  images,  je  cher- 
chais une  femme,  de  préférence  une  femme  d'un  extérieur  corres- 
pondant à  mon  idéal,  et  je  faisais  le  coït  avec  elle  sans  aucun 
autre  procédé  et  sans  être,  pendant  Taete,  dominé  par  les  images 
en  question.  J'avais  en  outre  des  penchants  pour  d'autres  femmes 
et  je  faisais  avec  elles  le  coït  sans  y  être  amené  par  l'impression  de 
rimage  évoquée. 

Bien  que  j'aie  mené,  d'après  ce  qu'on  a  pu  voir  jusqu'ici,  une 
vie  pas  trop  anormale  au  point  de  vue  sexuel,  ces  images  se  pré- 
sentaient périodiquement  et  avec  régularité  à  mon  esprit,  et 
c'étaient  presque  toujours  les  mômes  scènes  que  mon  imagina- 
Hori  évoquait.  A  nicsuro  que  mon  insliiicl  sexuel  aupmontail,  les 
iiilervalles  entre  l'apparition  des  images  fit'vcnaicnl  df  [>liis  en 
plus  longs,  .\cluellemeut  ces  représ<"ntalu)ns  se  moiilreul  tous  les 
quinze  jours  ou  [ou les  les  trois  semaines.  Si  je  faisais  le  coït  la 
veille,  j'en  empêcherais  peut-être  le  retour.  Je  n'ai  jamais  essayé 
de  donner  un  corps  à  ces  représentations  très  précises  et  très 
caractéristiques,  c*est-fc-dire  de  les  relier  avec  le  monde  exté- 
rieur; je  me  suis  contenté  de  me  délecter  des  jeux  de  mon  imagi- 
nation, car  j'étais  profondément  convaincu  que  jamais  je  ne  pour^ 
tais  obtenir  une  réalisation  de  mon  m  Idéal  »,  pas  même  une 
réalisation  approximative.  L'idée  d'arranger  une  comédie  avec 
des  filles  publiques  payées,  me  paraissait  ridicule  et  inutile,  car 
ooe  personne  que  je  payerais  ne  pourrait  jamais,  dans  mon  idée, 
occuper  la  place  d'«  une  souveraine  »  cruelle.  Jo  doute  qu'il  y  ait 
des  femmes  à  tendances  sadiques,  telles  que  les  héroïnes  des 
romaus  de  Sacher-Masoch.  Quand  même  il  y  en  nurait,  et  que 
j'aurais  le  bonheur  d'en  tionver  une,  mes  i  ;ii)|Kirls  avec  elle, 
dausla  vie  réelle,  m'auiaieiil  toujours  paru  comme  une  comédie. 
Eh  bien!  me  disais-je,  si  je  tombais  sous  Tesclavage  d'une  Messa- 


PSYCHOPATUIA  SEXUAUS 


lioe,  je  crois  que,  à  la  suite  des  privations  qa*eUe  m'impoî^erail, 
j'en  aurais  bientdt  assez  de  cette  vie  tant  désirée  et  que,  dans  les 
intervalles  de  lucidité,  je  ferais  tous  mes  efforts  pour  pouvoir 
reprendre  ma  liberté. 

Pourtant  j'ai  trouvé  un  moyen  d'obtenir  une  réalisation 
approximative.  Après  avoir,  par  révocation  de  ces  scènes  imagi- 
naires fortement  excité  mon  instinct  sexuel,  je  vais  trouver  une 
prostituée;  arrivé  chez  elle,  jo  me  représente  vivement  dans  mon 
imagination  une  de  ces  scènes  d  esclavage  où  je  in  aKrilmc  le 
rôle  prinripal.  Au  bout  d'une  deiui-heurc  pendant  laquelle  mon 
imagination  me  dépeint  ces  situations  et  que  réreclion  augmente 
de  plus  eu  plus,  je  fais  le  coït  avec  une  volupté  plus  vive  et  avec 
une  forte  éjaculation.  Quand  l'éjaculation  a  eu  lieu,  le  charme 
est  rompu.  Honteux,  Je  m*éloigne  le  plus  vite  possible  et  j*évile 
de  me  remémorer  ce  qui  s*est  passé.  Ensuite,  quinze  jours  se 
passent  sans  que  je  sois  hanté  par  mes  idées.  Quand  le  coït  m'a 
satisfait,  il  arrive  même  que,  pendant  la  période  calme  qui  pré- 
cède Taccès,  je  ne  puis  pas  comprendre  comment  on  peut  avoir 
des  goûts  masochistes.  Mais  un  autre  accès  arrive  l'ire  ment  ÎAi 
ou  tard.  Je  dois  cependant  faire  remarquer  que  Je  fais  aussi  le 
coït  san«  y  être  préparé  par  de  pareilles  représentations;  je  le  fais 
aussi  avec  des  femmes  qui  me  ronnaissent  bien  et  en  présence 
desquelles  jf  renie  entièrement  les  fantaisies  dont  il  est  question. 
Mais,  dans  ces  derniers  cas,  je  ne  suis  pas  toujours  puissant, 
tandis  que,  sous  le  coup  des  idées  masochistes,  ma  puissance 
sexuelle  est  absolue.  Je  ne  crois  pas  inutile  de  faire  encore 
remarquer  que,  pour  mes  autres  pensées  et  mes  autres  senti- 
ments, j*ai  des  dispositions  esthétiques,  et  que  je  méprise  au 
plus  haut  degré  les  mauvais  traitements  infligés  &  un  homme. 
Finalement  je  dois  encore  rappeler  que  la  forme  du  dialogue  a 
aussi  son  importance.  Dans  mes  représentations,  il  est  essentiel 
que  la  «  Souveraine  »  me  tutoie,  tandis  que  moi  je  suis  obligé 
de  rappeler  «  vous  •>  et  «  madame  ».  Le  fait  d'être  tutoyé  par  une 
personne  qui  s'y  prête  et  cela  eomme  expression  d'une  puissance 
absolue,  m'a  cause  d(!s  sensations  voluptueuses  dès  ua  première 
jeunesse  et  m'en  cause  encore  aujourd'hui. 

.l'ai  eu  le  bonheur  de  trouver  une  femme  qui  me  convient  à 
tous  les  points  de  vue,  même  au  point  de  vue  do  la  vie  sexuelle, 
bien  qu'elle  soit  loin  de  ressembler  à  mou  idéal  masochiste. 

Elle  est  douce,  mais  plantureuse,  qualité  sans  laquelle  je  ue 
peux  pas  m*imaginer  aucun  plaisir  sexuel. 


NEORO-PSYGHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


141 


Les  premiers  mois  de  mon  mariage  se  passèrent  d'une  manière 
normafc  au  point  de  vue  sexuel;  les  accès  masochistes  ne 
venaient  plus;J*aTais  perdu  presque  complètement  le  goût  du 
maaocliisme.  Mais  le  premier  accouchement  de  ma  femme  arrivât 
etrabsitnence  par  conséquent  me  fut  imposée.  Alors  les  penchants 
masochistes  se  manifestèrent  régulièrement  toutes  les  fois  que  le 
Ubido  se  faisait  sentir  et,  malgré  mon  amour  profond  et  sincère 
pour  ma  femme,  je  fus  alors  fatalement  amené  à  faire  le  coït 
extraHronjugal  avec  représentations  masochistes. 

\  ce  propos,  il  y  a  un  fait  rurioux  h  consl;iler. 

Le  coilus  tnariliilis  que  j'ni  repris  plus  lard  n'était  pas  suffisant 
pour  éloignor  les  idées  m  ehistes,  comme  cela  a  lieu  réguliè- 
rL'menl  avec  le  coil  inasoclu-te. 

Quant  H  l'es-^ence  du  niusoclusme,  jo  suis  d'avis  que  les  itléf^s, 
par  consécjLU'til  le  e(Mé  intellec(u<'l.  conslilueiil  le  phénonu-ae 
principal,  le  phénomène  lui-méuie.  Si  la  réalisation  des  idées 
masochistes  (par  conséquent  la  flagellation  passive,  etc.)  était  le 
bot  désiré,  alors  comment  expliquer  ce  fait  contradictoire  qu'une 
grande  partie  des  masochistes  n'essaient  jamais  de  réaliser  leurs 
idées,  ou,  s^ils  le  font,  qu'ils  en  sortent  complètement  dégrisés  ou 
>u  moins  qu'ils  n*y  trouvent  pas  la  satisfaction  qu'ils  espéraient. 

Enfin  je  ne  voudrais  pas  laisser  écli  ipper  Toccasion  de  confir- 
mer, par  mon  expérience,  que  le  nombre  des  masochistes,  surtout 
dans  les  grandes  villes,  parait  être  très  considérable.  La  seule 
source  pour  de  pareils  renseignements,  car  il  n'y  a  guère  do  com- 
munications inier  viras,  est  dans  les  deposilions  des  piostilures 
Pl,  comme  elles  s'accordeni  dan-  les  points  principaux,  on  peut 
considérer  certains  failseonnu»'  [trouvés. 

Ainsi  il  est  bien  établi  chaque  prosliluéc  expérimentée  est 
munie  d'un  instruau  nl  destinée  à  la  flagellalion  (habituellement 
nue  baguette);  mais  il  faut,  à  ce  propos,  rappeler  qu'il  y  a  des 
hommes  qui  se  font  flageller  pour  stimuler  leurs  désirs  sexuels, 
et  qui,  contrairement  aux  masochistes,  considèrent  la  flagellation 
comme  un  moyen. 

D'autre  part,  presque  toutes  les  prostituées  sont  d*accord  dans 
Icttrs  assertions  pour  dire  qu'il  y  a  un  certain  nomhtre  d'hommes 
qai  aiment  à  jouer  le  rôle  d'esclaves,  c'est-à-dire  à  s'entendre 
appeler  ainsi,  à  se  laisser  injurier,  fouler  aux  pieds  et  même 
ktlre. 

Brof,  le  nombre  des  masochistes  est  plus  grand  qu'on  ne  le 
sapposc. 


PSTCHOPATHIA  SEXUAUS 


I.a  lecture  du  chapitre  de  votre  livre  sur  ce  sujet  m'a  fait,  ainsi 
que  vous  pouv»  /  vous  l'imaginer,  une  formidable  impression.  Je 
crus  h  une  gucrison,  mais  à  une  guérison  par  la  logique  d'après 
la  maxime  :  tout  comprendre,  c'est  tout  guérir. 

Il  est  vrai  qu'il  ne  faut  nntendre  le  mot  f^iit  rison  qu'avec  une 
certaine  restriction, et  qu  il  iaut  bien  distinguer  entre  sentiments 
généraux  et  idées  concrètes.  Les  premiers  ne  peuvent  jamais  se 
supprimer.  Ils  surgissent  comme  Téclair;  ils  sont  là  et  l*on  ne  sait 
comment  ni  d'où  ils  viennent.  Mais  on  peut  éviter  la  pratique  du 
masochisme  en  s'abandonnant  aux  images  concrètes  et  cohérentes 
ou  du  moins  on  peut  Tendiguer  en  quelque  sorte. 

A  l'heure  qu'il  est,  ma  situation  a  changé.  Je  me  dis  :  Quoi  !  tu 
t'enthousiasmes  pour  des  objets  que  réprouve  non  seulement  le 
sens  esthétique  des  autres,  mais  aussi  le  tien  !  Tu  trouves  beau  et 
désirable  ce  qui,  d'après  ton  jupt^menl,  est  vilain,  bas,  ridicule 
et  en  mèaïc  temps  impossible!  Tu  désires  une  situation  dans 
laquelle  en  réalité  tu  ne  voudrais  jamais  entrer!  Voilà  les  contre- 
motifs  qui  agissent  comme  entraves,  dégrisent  et  coupent  court 
aux  fantaisies.  En  effet,  depuis  la  lecture  de  votre  livre  (au  com- 
mencement de  cette  année),  je  ne  me  suis  pas  une  seule  fois  laissé 
aller  aux  réTertes,  bien  que  les  tendances  masochistes  se  mani- 
festent A  intervalles  réguliers. 

Du  reste,  je  dois  avouer  que  le  masochisme,  malgré  son  carac- 
tère pathologique  très  prononcé,  non  seulement  ne  peut  pas  gftter 
le  bonheur  de  ma  vie,  mais  n'a  pas  non  plus  la  moindre  action 
sur  ma  vie  sociale.  Pendant  la  période  exempte  du  masochisme^ 
je  suis  un  homme  très  normal  en  ce  qui  concerne  mes  actions  et 
mes  senlinH'iiN.  Au  moment  de  mes  accès  masochistes,  il  se  pro- 
ilmL  iHii'  :^ran(ie  rfvohition  dans  le  monde  (ie  mes  sentiments, 
mais  nia  vie  exlérienre  ne  change  en  rien.  J'ai  une  profession 
qui  e\if;e  que  je  me  montre  beaucoup  dans  la  vie  pul>iiqne.  Or, 
j  exerce  ma  profession,  pendant  L  état  masochiste,  aussi  bien 
que  pendant  d'autres  périodes. 

L*auteur  de  ce  mémoire  m*a  encore  envoyé  les  notes  sui- 
vantes ; 

I.  D*après  mon  expérience,  le  masochisme  est  dans  tons  les  cas 
congénital  et  n'est  jamais  créé  par  Tindividu.  Je  sais  positivement 
que  je  n'ai  jamais  été  battu  sur  les  fesses,  que  mes  idées  maso- 
chistes se  sont  manifestées  dès  ma  première  jeunesse,  et  que  j'ai 


iNËUilU-PSVCUOPATHOLOGlË  GÉiNÉHALE 


443 


caressé  de  pareilles  idées  depuis  le  moment  où  j*ai  commencé  à 
peoser.  Si  l'origine  de  ces  idées  étail  dae  à  un  conp  reçu,  je  n'en 
aurais  pas  assurément  perdu  le  souvenir.  Ce  qui  est  caractéris- 
liqtie,  c*e8t  que  ces  idées  étaient  là  bien  avant  Texistence  du  libido. 

Mais  alors  les  représentations  élaienl  lout  à  fait  sans  sexe,  le 
De  rappelle  qu*étant  enfant,  j'ùtais  très  exctlé  (pour  ne  pas  dire 
sigité)  lorsqu'un  garçon  plus  â.gé  quo  moi  me  tutoyait,  tandis  que 

lui  dirais  :  «  vous  ».  Je  recherchais  les  conversations  avec  lui 
etj  uvai-;  soin  d'arrnnger  les  choses  de  telle  façon  que  ces  tulnif- 
ineiits  revirMineiil  le  plus  souvent  possible  au  cours  iiu(n 
entif  tien.  Plus  lard,  quand  je  fus  plus  avancé  au  poitil  de  vue 
sexuel,  co^  clioses  n'avaient  de  cfiarmo  ]»')ur  in(»i  que  lorsqu  elles 
avaient  lieu  avec  une  femme  relativement  plus  âgée. 

llJesuis,  au  point  de  vue  physique  et  psychique,  d'un  caractère 
lotit  &  fait  viril.  Très  barbu  et  le  corps  entier  très  poilu.  Dans 
Jses  rapports  non  masochistes  avec  la  femme»  la  positiou  domi- 
nante de  rhomme  est  pour  moi  une  condition  indispensable,  et  je 
repousserais  avec  énergie  toute  tentative  qui  y  porterait  atteinte. 
Je  suis  énergique  bien  que  médiocrement  brave,  mais  le  nuuiqiu' 
de  bravoure  disparaît  surloul  quand  mon  orguril  a  ('lé  blessé.  Eu 
présence  des  événements  do  la  nature  (orage,  tempête  sur  la 
uier,  etc.),  je  suis  tout  à  fait  caluio  «. 

Mes  penchants  masochislcs  n'Diit  pas,  non  plus,  rien  de  ce 
'lu  011  pourrait  appeler  de  lënuuiu  (lu  d^ilVeiuiné.  Il  est  vrai 
4u'alors  domine  le  penchant  à  tMre  sollicité  et  recherché  par  la 
femme;  ccpeiuiaut  les  rapports  avec  la  «  Souveraine  j»,  rapports 
laot  désirés,  ne  sont  pas  les  mêmes  que  ceux  qui  existent  entre 
femme  et  homme  ;  mais  c*est  la  condition  de  Tesclave  vifr-à-vis 
da  maître,  de  Tanimal  domestique  vis-à-vis  de  son  propriétaire, 
fin  tirant  les  conséquences  extrêmes  du  masochisme,  on  ne  peut 
conclure  autrement  qu'en  disant  que  Tidéal  du  masochiste  c^est 
d'avoir  une  situation  analogue  à  celle  du  chien  ou  dii  cheval.  Ces 
deux  animaux  sont  la  propriété  d'un  maître  qui  les  maltraite  à 
Si  guise  sans  qu'il  doive  en  rendre  compte  à  qui  que  ce  soit. 

C'est  précisément  ce  pouvoir  absolu  sur  la  vie  et  sur  la  mort, 
comme  on  ne  le  possède  que  sur  l'esclave  et  sur  l'animal  dômes- 

l.  Cette  différence  de  bravoure  eu  présence  des  (;lûiueiUa  de  la  n&turc  d'uii 
eftté,  et  en  présence  des  conflits  de  la  volonté  de  Tantre,  est  en  tout  eas  bien 
frappante  (comparez  Observation  44);  bien  que,  dans  ce  COS,  elle  Constitue 
Is  seule  marque  d'effeminalio  dont  il  a  ûté  fait  mention. 


i44 


PSÏCUOI'ATHU  SEXUALIS 


lique,  qui  constitue  Talpha  et  roméga  de  toutes  les  représenta* 
tions  masochistes. 

ni.  La  base  de  toutes  les  idées  masocliistes  c'est  le  Hbido,  Dès 

qu'il  y  a  flux  ou  reflux  dans  ce  dernier,  le  ni^me  phénomène  se  pro- 
duit dans  les  fantaisies  du  masochisme.  D'autre  part,  les  images 
évo(|U(^ef5,  anssiltM  (ju'elles  se  présentent  à  l'esprit,  renforcent 
considérableuienl  le  libido.  n'ai  pas  naturellement  de  grands 
besoins  sexuels.  Mais,  quand  les  rfprt'senlalions  masochistes 
surgissent  dans  mon  imagination,  je  suis  poussé  au  coït  à  tout 
prix  (dan»  lu  plupart  des  cas  jo  huis  alors  entraîné  vei-s  kb  fcujiiius 
les  plus  viles),  et  si  je  ne  cède  pas  assez  tôt  à  cette  poussée»  le 
Hàido  monte.en  peu  de  temps  jusqu'au  satyriasis.  On  pourrait  à 
ce  propos  parler  de  cercle  vicieux. 

Le  liùido  se  produit  ou  parce  que  j*ai  laissé  passer  un  certain 
laps  de  temps  ou  par  une  excitation  particulière,  quand  même 
elle  ne  serait  pas  de  nature  masochiste,  par  exemple  par  un  baiser. 
Malgpré  celte  orig^ine,  le  libido,  en  vertu  des  idées  masochistes  qu'il 
évoque,  se  transforme  en  un  libido  masochiste,  c'est-à-dire  impur. 

Il  est  du  reste  incontestable  que  le  désir  est  con^^idérablemeol 
rcnfnrré  par  les  impressions  accidentelles,  et  surtout  par  le?éjonr 
dans  les  rues  d'une  grande  ville.  La  vue  de  belles  femmes  impo- 
saulos  ai  natitra  da  mvmc  (]»  in  rf/t(ji,-  produit  de  l'excitation.  Pour 
celui  qui  est  sous  le  coup  du  ujasuciiihmu,  toute  la  vie  des  phc- 
nomènes  extérieurs  est  empreinte  de  masochisme,  du  moins  pen- 
dant la  durée  de  Taccès.  La  gifle  que  la  patronne  donne  à  Tap» 
prentifle  coup  de  fouet  du  cocher,  tout  cela  produit  au  masochiste 
de  profondes  impressions,  tandis  que  ces  faits  le  laissent  froid 
ou  lui  causent  même  du  dégoût  en  dehors  des  périodes  d*accès. 

IV.  En  lisant  les  romans  de  Sacher-Masoch,  je  fus  déjà  frappé  par 

l'observation  que,  chez  le  masochiste,  des  sentiments  sadisles  se 
mêlent  de  temps  en  temps  aux  autres  sentiments.  Chez  moi  aussi 
j'ai  découvert  parloir  des  sentiments  sporadiques  de  sadisme.  Je 
dois  cependant  faire  (d)Sfr\('r  que  les  sentiments  sadisles  ne  sont 
pas  aussi  niari|u«'s  que  les  scnlirnenls  masochistes,  et,  outre 
(ju  ils  ne  se  nianiieslent  qu.'  rarement  et  d'une  façon  accessoire, 
ils  ne  sortent  jamais  du  cadre  de  la  vie  des  sentiments  abslraib, 
et  surtout  ils  ne  revêtent  jamais  la  forme  des  représentations  con- 
crètes et  cohérentes.  Toutefois,  Teffet  sur  le  Uàido  est  le  même 
dans  les  deux  cas. 


.NEUR0.PSYCHOPATH0L0r.IE  GÉNÉRALE  143 

Ce  cas  est  reniai  qiiable  |,ar  l'oxposd  complet  des  faits  psy- 
chiques qui  constituent  le  masochisme. 

Le  cas  qu'on  va  lire  plus  loin,  l  est  aussi  par  rexlravagance 
particulière  des  actes  émanant  de  la  perversion.  Ce  cas  est 
parliciiJièremenl  de  nature  à  montrer  nettement  les  rapports 
qui  existent  entre  la  soumission  h  la  femme,  Thumiliation 
par  la  femme  et  l*étrangc  effet  sexuel  qui  en  résulte. 

Observation  50.  -  Masochisme.  M.  Z...,  fooclionnaire,  cin- 
yiante  nns,  grand,  musculeux,  bien  portant,  prétend  être  né 
parents  sains;  cependant,  à  sa  naissance,  le  père  avait  trente 
an:>depliis  que  la  mère.  Une  soeur       deux  ans  plus  âgée  que 
^ est  atteinte  de  la  monnmanie  de  la  perséeuUon. 

L'exiériéur  de  Z...  n'ollre  rien  d'étrange.  Le  squelette  est  tout 
«failvuil,  la  barbe  est  forte,  mais  In  for^o  na  pas  de  poil  du 
tottl.  Il  dit  lui-même  qu'il  est  un  homino  ^MitiiiH-nlal  qui  no  ppul 
ïwo  refuser  à  personne;  toutelois  il  est  emporté,  brusque,  mais 
«se  repent  aussitôt  de  ses  mouvements  de  colère.  Z...  prètfînd 
Jiafoir  jamais  pratiqué  Tonanisme.  Dès  sa  jeunesse,  il  avait  des 
poUulions  nocturnes  dans  lesquelles  racle  sexuel  n'a  jamais  joué 
an  rôle,  mais  toiyours  la  femme  seule.  Il  rêvait,  par  exemple, 
qttttne  IVmrae  qui  lui  éUît  sympathique,  8*appuyait  fortement 
wnire  lui  ou,  qu'étant  couché  sur  Therbe,  la  femme  par  plaisan- 
terie montait  sur  son  dos.  De  tout  temps,  Z...  eut  horreur  du 
avpc  une  femme.  Cet  acte  lui  paraissait  bestial.  Malgré  cela, 
'UesenUul  attiré  vers  la  femme.  Il  ne  se  sentait  à  son  aiso  et 
à  sa  place  que  dans  la  compapni,^  dp  hoHes  fiUes  el  de  belles 
femmes.  Il  était  très  galant  sans  .  !r<.  importun. 

Ue  femme  plantureuse,  avec  do  bcllt  s  lormns  et  surlout  un 
beau  pied,  pouvait,  quand  il  lu  voyait  assise,  le  un  tire  dans  la 
plas grande  excitation.  11  sentait  alors  le  désir  violent  de  s'offrir 
Pwr  lui  servir  de  siège  et  pouvoir  «  supporter  tant  de  splcu- 
denr».  Un  coup  de  pied,  un  soufflet,  venus  d'eUe,  lui  auraient  été 
te  plus  grand  bonheur.  Vidée  de  faire  le  coït  avec  elle  lui  faisait 
wneur.  Il  éprouvait  le  besoin  de  se  mettre  au  service  de  la 
fenime.  Il  lui  semblait  que  les  femmes  aiment  à  monter  à  cheval. 
Il  délirait  à  l'idée  délicieuse  de  se  fatiguer  sous  le  poids  d'une 
belle  femme  pour  lui  procurer  du  plaisir.  Il  se  dépeignait  une 
mnie  situation  dans  tous  les  sens;  il  voyait  dans  son  imagi- 
iialiun  le  beau  pied  muni  d'éperons,  les  superbes  mollets,  les 

F8YCU0PATBIA  ftUDAUt.  |0 


146 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


cuisses  rondes  et  molles.  Toute  dame  de  belle  taille,  tout  bena 
pied  de  dame  excitait  fortement  son  imagination,  mais  jamais 
il  ne  laissait  voir  ces  sensations  étranges  qui  lui  paraissaient  & 
lai>mémc  anormales,  et  il  savait  toujours  se  dompter.  Mais, 
d'autre  part,  il  n'éprouvait  aucun  besoin  de  lutter  contre  elles; 
au  00  11  traire,  il  aurait  regretté  d'abandonner  ces  sentiments  qui 
lui  soni  devenus  si  chers. 

A  l'Age  (lo  (rente-deux  nn*;,  '/...  fil  par  hasard  la  connaissance 
d'une  femme  dp  vingt-sept  ans  (\m  lui  était  très  sympathique, 
qui  était  dîvorc('>e  de  son  mari  cl  qui  se  Irouvail  dans  la  misère. 
Il  s'intéressa  à  elle,  Iravailla  pour  ell<' pciidaiil  des  mois  et  sans 
aucune  intention  éj^oisle.  Un  soir  elie  lui  demanda  impérieuse- 
ment une  satisfaction  sexuelle;  elle  lui  fit  presque  violeoce. 
Le  coït  eut  lieu.  Z...  prit  la  femme  chez  lui,  vécut  avec  elle, 
faisant  le  coït  avec  modération  ;  mais  il  considérait  le  coït  pIulAt 
comme  une  charge  que  comme  un  plaisir;  ses  érections  devinrent 
faibles  ;  il  ne  put  plus  satisfaire  la  femme  et,  un  jour,  celle-ci 
déclara  qu'elle  ne  voulait  plus  continuer  ses  rapports  avec  lui 
puisqu'il  Texcitait  sans  la  satisfaire.  Bien  qu'il  aimât  profondé- 
ment cette  femme,  il  ne  pouvait  renoncer  à  ses  fanlai>ies 
étranges.  11  vécut  donc  en  camarade  avec  pHp,  regrettiinl  beau- 
coup do  no  pouvoir  la  servir  do  la  façon  qu'il  aurait  ilé^iré. 

La  rraintc  que  si"^  prnjiosiliruis  soirut  mal  accueillies,  ainsi 
qu'un  senliinent  do  lioiil<\  l'onipèchaienl  de  se  révéler  à  elle. 
Il  trouvait  iiiio  cunipL'Usalion  dans  ses  rêves.  Il  rêvait  tulre 
autres  être  un  beau  coursier  fougeux  et  être  monté  par  une  belle 
femme.  Il  sentait  le  poids  de  la  cavalière,  les  rênes  auxquelles 
il  devait  obéir,  la  pression  de  la  cuisse  contre  ses  flancs,  il  enten- 
dait sa  voix  belle  et  gaie.  La  fatigue  lui  faisait  perler  la  sueur, 
rimpression  de  Téperon  faisait  le  reste  et  provoquait  parfois 
l'éjaculation  au  milieu  d*une  vive  sensation  de  volupté. 

Sous  l'obsession  de  pareils  rêves,  Z...,  il  y  a  sept  ans,  sur- 
monta ses  craintes  et  chercha  à  reproduire  dans  la  réalité  une 
scène  analogue. 

II  réussit  à  trouver  des  «  occasions  convenables  ». 

Voif!  ce  qu'il  rnpporto  ;1  ro  sujet  :  «  —  Te  savais  toujours 
m'arrangor  do  farou  que,  dans  uue  occasion  donnée,  elle  s'jis«ît 
sponlaii  êmciit  ?ur  mon  dos.  Alors  je  m'efforrais  de  lui  reudre 
celte  siluatinn  aussi  agréable  que  possible,  ol  je  faisais  lanl  et 
si  bien  qu'à  lu  prochaine  occasion  c'élait  elle  qui  me  disait  : 
«  Viens,  je  veux  cîievaucher  sur  loi.  »  Étant  de  grande  taille,  jo 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  U7 


Hi  appuyais  deux  mai  as  sur  une  chtiisp,  ji'  iii(>U;(is  mon  dos 
dans  iinf»  position  hoii/onlal«'  et  elle  i'enrourchail  coiuim*  les 
hoiiiints  ftnt  l'Ii.thitude  de  mouler  il  cheval.  Jo  rnulrelaisais 
alors  autant  que  possible  tous  les  mouvemenls  d  un  cheval  et 
j'aimais  à.  èlre  traité  par  elle  comme  une  monture  et  sans  aucun 
égard.  Elle  pouvait  me  batlre,  piquer,  gronder  caresser,  tout 
fiûie  selon  son  bon  plaisir.  Je  pouvais  su^ipoi  U  r,  pendant  une 
demi-heure  ou  trois  quarts  d^heure,  des  personnes  pesant 
00  à  80  kilogrammes.  Après  ce  laps  de  temps,  je  demandais 
toujours  un  moment  de  repos.  Pendant  cet  entr*aGte,lcs  rapports 
entre  ma  «  souveraine  »  et  moi  étaient  tout  u  t'ait  looffeosits,  et 
nous  ne  parlions  pas  m^me  de  ce  qui  venait  de  se  passer.  Un 
quart  d  heure  aprôs,  j'étais  complètement  reposô,  et  je  mo  met- 
lais  de  nouveau  à  la  disposition  de  ma  «  ^otiveraiur  -  .  (Juaud  le 
temps  el  Ic^  circonslinir.*  le  permettaient,  je  continuais  ce 
manège  trois  ou  ijualre  lois  de  suite.  Il  arrivait  que  je  m  y  livrais 
dans  la  matinée  et  dans  l'après-midi  du  uii-ine  jour.  Après,  je 
ne  sentais  aucune  fatigue  ni  aucun  malaise,  seulement  j  avais  peu 
(i  uppt  lit  dans  ces  journées.  Quand  c'était  possible,  je  préférais 
stoir  le  torse  nu  pour  mieux  sentir  les  coups  de  cravache.  Ma 
"  seaveraine  i»  était  obligée  d*étre  décente.  Je  la  préférais  avec 
de  belles  bottines,  de  beaux  bas,  des  pantalons  courts  et  serrant 
genoux,  le  torse  complètement  habillé,  la  téte  coifTée  d*un 
chapeau  et  les  mains  gantées.  » 

M.  Z...,  rapporte  ensuite  que,  depuis  sept  ans,  il  na  plus  fait 
lo  coit,  mais  qu'il  se  sentait  tout  de  mémo  puissant. 

If»  chevauchage  par  la  femme  remplace  complètement 
l"ur  lui  cet  acte  «  bestial  »,  même  lorsqu'il  ne  parvient  pas 
à  I  cjaculalion. 

Depuis  huit  mois,  Z...  a  fait  le  vœu  de  renoncer  A  son  sport 
masochiste,  et  il  a  tenu  parole.  Toutefois,  il  avoue  que  >i  une 
femme  un  peu  belle  lui  disait  sans  ambage  :  «  Viens,  je  veux 
Veofourcher!  »  il  n'aurait  pas  la  force  de  résister  à  cette  tenta- 
tioB.  Z...  demande  à  èlre  éclairé  et  &  savoir  si  son  anomalie  est 
gnérissable,  s'il  doit  être  détesté  comme  un  homme  vicieux  ou  s'il 
a'est  qu'un  malade  qui  mérite  de  la  pilié. 

Le  cas  que  voici  ressemble  beaucoup  au  précédent. 

Observatioh  51.  —  Un  homme  trouve  sa  satisfaction  sexuelle 
(le  la  manière  suivante.  Il  va  de  temps  en  temps  chez  une  puella 
f^Uea,  Il  fait  serrer  son  pénis  dans  un  anneau  de  porcelaine, 


148 


PSÏCHOPATHIA  SEXUALIS 


le!s  qu*on  en  emploie  pour  suspendre  les  rideaux  des  fcnêlre?. 
On  allachc  sur  cet  anneau  deux  ficelles  qu'on  passe  entre  ses 
jambes  par  derrière  et  qu'on  attache  ensuite  au  lit.  Alors  rhomme 
prie  la  femme  de  le  fouetter  sans  miséricorde  et  de  le  traiter 
comme  un  cheval  rétif.  Plus  la  femme  le  pousse  à  tirer  par  ses 
cris  et  parles  coups  de  fouet,  plus  il  sent  augmenter  en  lui  Texci- 
lation  sexuelle;  il  a  une  érection  probablement  favorisée  méca- 
niquement par  la  compression  des  vena  dorsalh  pénis  qui  sont 
serrées  par  l'anneau  lors((ue  les  ficelles  sont  trop  tendues. 
T/éreciion  augmentant,  le  nipinhre  est  comprimé  par  Tanneau, 
et  enfin  réjaculation  se  produit  avec  une  vive  sensation  de 
volupté. 

Dt'jà.  ilans  les  obscî'valioiis  précédentes,  l'action  «l'rtre 
foulé  aux  jti(>(U  joue  lui  rôle,  à  côlc  d'autres  j)ln'n<>m»"'ne>.  {luiir 
exprimer  cliez  le  masochiste  la^  situations  d'iiuuiiiic  cl  de 
souffre-douleur.  Ou  voit  l'emploi  exclusif  et  étendu  dans  la 
plus  grande  mesure  de  ce  moyen  dans  le  cas  classique  sui- 
vant que  Dammond  (op.  cit.,  p.  28),  cite  d*après  uneobser- 
vation  du  D' Cox  \  de  Colorado. 

Ces  cas  forment  un  degré  intermédiaire  entre  un  autre 
genre  de  perversion  et  constituent  un  groupe  spécial. 

Oh-<i:rvaiio>'  m.  —  X...,  mari  uKulcIe,  avec  des  principes 
moraux  rigoureux,  père  de  pliisi»>urs  enfuiits,  est  pris  par 
monieals,  ou  pour  mieux  dire  par  accès,  do  i  L-avie  d'aller  au 
bordel,  d'y  choisir  deux  ou  trois  des  plus  grandes  filles  et  de 
s  enfermer  avec  elles.  Alors  il  met  son  torse  à  nu,  se  couche  par 
terre,  croise  les  bras  sur  Vabdomen,  ferme  les  yeux  et  fait  mar- 
cher lapiie//a  sur  sa  poitrine  nue,  sur  son  cou  et  sa  figure,  en  la 
priant  d  enfoncer  vigoureusement  à  chaque  pas  les  talons  dans  sa 
chair.  A  Toccasion,  il  demande  des  filles  encore  plus  lourdes  ou 
quelques  autres  exercices  qui  rendent  le  procédé  encore  plus 
cruel.  Au  bout  de  deux  ou  trois  heures,  il  en  a  assez,  paie  son 
compte  et  va  à  se«  affaires  pour  revenir,  une  semaine  après,  se 
procurer  de  nouveau  ce  plaisir  étrange. 

Il  arriv»'  aussi  quelquefois  qu'il  fait  mouler  une  de  ecs  lilles 
sur  sa  poiUiue,  cl  les  autres  doivent  alors  la  prendre  et  la  taire 

I.  Transactions  of  the  Colorado  Slate  médical  «teittg  quoted  in  fAe  Menitt 
and  Neuroiogùt,         April,  p.  34). 


iNEURO-PSYCHOPATHOLOGIË  GÉNÉRALE 


140 


toiiroer  sur  ses  talons  comme  une  toupie  jusqu'à  ce  que  la  peau 
de  M.  X...  sajgne  sous  les  talons  des  bottines. 

Souvent  une  des  filles  est  obligée  de  se  placer  de  façon  ft  ce 
qu'elle  Uenne  la  bottine  snr  ses  deux  yeux  et  que  le  talon  presse 

m  peu  la  pupille  de  Tun  des  yeux  tandis  que  laulrc  pied  chaussé 
est  sur  le  cou.  Dans  cotte  position,  il  soutient  le  poids  d'une  per* 
sonne  d'environ  ir)0  livres  pendant  quatre  ou  cinq  minules. 

L*auteur  pnrlo  d'nnr»  douzaine  de  cns  nnnlopno*:  tlont  il  a  eu 
ponnais^ance.  ilamniMnd  suppose  avec  raison  que  cet  lioniine, 
etaiil  devenu  iinpiussanl  dun^^  ses  rapports  avec  les  lemmes, 
cherchail  et  trouvait,  par  ce  procédé  rtrango.  un  écjiiivaltMit  du 
coït;  pendant  qu'il  laissait  piétiner  son  corps  jusqu'à  en  saigner, 
il  éprouvait  d'agréables  sensations  sexuelles  accompagnées  d  éja- 
culâtion. 

Les  neuf  cas  de  masochisme  que  nous  avons  cités  jusqu'ici 
et  beaucoup  d'autres  cas  analogues  dont  les  auteurs  font  men- 
tion, constituent  Topposé  du  groupe  des  cas  sadistes  dont  nous 
avons  donné  la  description  plus  haut.  De  même  que,  dans  ce 
groupe  des  sadistes,  des  liommos  pervers  clierehonl  une  exci- 
lalioii  et  trouvent  une  salisfucliou  eu  iiiallraitaiit  lu  leinmo. 
de  même,  dans  le  masochisme,  ils  cherc  lient  à  obtenir  uuetïct 
semblable  en  endurant  des  mauvais  traitements. 

Mais,  fait  curieux,  le  groupe  des  sadistes,  celui  des  assas- 
sins môme,  n'est  pas  sans  avoir  un  pendant  correspondant 
à  celui  du  masochisme. 

Dans  ses  extrêmes  conséquences,  le  masochisme  devrait 
aboutir  au  vif  désir  de  se  faire  donner  la  mort  par  une 
personne  de  l'autre  sexe,  de  même  que  le  sadisme  atteint  son 
plus  haut  degré  dans  l'assassinat  par  volupté.  Mais  contre 
cette  exlrôrae  conséquence  se  dresse  l  inslinct  de  la  conser- 
vation, (le  sorte  queTidée  extrême  n  arrive  jamais  à  être  mise 
à  exécution. 

Quand  tout  l'édifice  du  masochisme  n'est  échataudé  qu  m 
peito,  rimagination  des  individus  atteints  peut  môme  aller 
jusqu'aux  idées  extrêmes,  ainsi  que  le  prouve  le  cas  suivant. 

Obsekvatio.x  od.  —  Un  homme  d  âge  moyen,  marié  et  père  de 


m 


PSYCHÛPATUU  SEXUALIS 


famille,  qui  a  toujours  mené  une  vita  sexuedit  normale,  mais  qui 
prétend  être  né  d'une  famille  très  nerveuse,  me  fait  les  communU 
cations  suivantes.  Dans  sa  première  jeunesse»  il  était  sexuelle- 
ment très  excité  toutes  les  fois  qu'il  voyait  une  femme  qui  égor- 
geait un  animal  avec  un  couteau.  A  partir  de  cette  époque,  il  fut 
pendant  des  années  plongé  dans  ce  rêve  voluptueux  que  des 
femmes  artii'Vs  de  couteaux  le  piquaient,  le  blessaient  el  même 
le  fuaiiMil.  IMtis  tard,  qnand  il  rommonra  A  avoir  dos  rapports 
sexuels  normaux,  ces  idées  perdirent  pour  lui  loul  leur  charme 
pervers. 

II  faut  raj)|»ro(  lier  ce  dernier  cas  des  observations  citées 
plus  bani  cl  d  aprcs  lesquelles  il  y  a  des  hommes  qui  trouvent 
une  j(>ui-<an(  ('  ^(.'xiirlli'  à  se  laisscM-  lilc-^^or  Ic^'g^rement  par 
des  ftMimn's  et  ù  ùtrc  iiicuacc^s  de  tiiorl  par  elles. 

Ces  tautaisies  donneront  peut-<>trc  rexpliculion de  l'étrange 
fait  qui  va  suivre  et  que  je  dois  à  une  communication  de 
M.  le  D'  Kœrber,  de  Hankau  (Silésie). 

Observation  54.  —  Une  dame  m*a  raconté  Ttiistoire  suivante. 
Jeune  fille  ignorante,  elle  fut  mariée  à  un  homme  d*environ 
trente  ans.  La  première  nuit  du  mariage,  il  lui  mit  presque  par 
force  un  petit  bassin  avec  du  savon  dans  les  mains;  il  voulut 
alors,  sans  autre  marque  d*amour,  qu'elle  lui  savonnât  le  menlos 
et  le  cou  eittiiiiie  s'il  devait  se  faire  la  barbe.  La  jeune  femme, 
tout  a  fait  inexpérimentée,  lit  ce  que  son  mari  exigeait, et  fut  très 
étonnée  de  n'avoir,  pendant  les  premières  semaines  de  son 
mariatro,  appris  rien  nuire  chose  des  mystère^;  de  la  vie  matrimo- 
iiiali'.  Son  mari  lui  déclara  (|ue  son  plus  };ran<l  plaisir  était  de  se 
taire  '-  ivoinicr  la  ligure  par  elle.  I, a  jeune  femme  ayani  |)lus  tiird 
(  ousiilli-  di;>  amies,  «lecida  son  iviai  i  à  laiie  le  coït  ol,  eumme  elle 
1  afiirme  formellement,  elle  eut  do  lui  pur  la  .suile  trois  enfants. 
Le  mari  est  travailleur,  même  très  rangé,  mais  il  est  brusque  et 
morose.  11  exerce  le  métier  de  négociant. 

Il  est  très  admissible  que  Thomme  dont  il  est  ici  question 
ait  considéré  Tactc  d'être  rasé  (ou  les  préparatifs  par  le 
savonnage)  comme  la  réalisation  symbolique  dldées  de  bles- 
sures et  d  égoigenieiil.  de  fantaisies  sanguinaires,  comme 
les  idées  qui  hantèrent,  dans  un  autre  cas,  un  homme  d'un 


M£UA0-PSYCU0PATU0L0G1£  GÉNÉtiAU 


tSl 


eertam  ùj^e  pendant  sa  jeunesse,  et  que  c'est  cette  sym- 
bolisalicui  qui  lui  a  [)rociir(''  roxcitatiuu  et  la  satisfaction 
sexuelles.  La  parfaite  (•()iitie-{)artie  sadisie  de  ce  ca--  ainsi 
envisagi''  se  trouvu  dans  l'observation  3o  qui  traite  d'un  cas 
de  sadisme  symbolique. 

D'ailleurs,  il  y  a  tout  un  groupe  de  masochistes  qui  se  con- 
tentent des  signes  symboliques  de  la  scène  qui  correspond  à 
leur  perversion.  Ce  groupe  correspond  au  groupe  dessadistes 
«  symboliques  »,  ainsi  que  les  groupes  masochistes  que  nous 
avons  cités  plus  haut  correspondent  aux  autres  groupes  du 
sadisme.  Les  désirs  pervers  du  masochiste  peuvent  (bien  en- 
tendu toujours  dans  son  imagination)  aller  jusquVi  «  l'assas- 
sinat passif  par  vukiptiî  )»,  mais,  d'aiilr.'  {lurl,  ils  peuvent  se 
conleiilof  de  simples  indications  s\ iiibolitjucà  de  celte  silua- 
tion  désirée.  D'habitude  cette  situation  se  traduit  par  des 
mauvais  traitements,  ce  qui,  objectivement,  dépasse  le  rêve 
d'êtie  tu<5,  mais  reste  en  deçà  de  l'idée  subjective. 

À  côté  de  Tobservation  '5i,  nous  tenons  encore  à  citer 
quelques  cas  analogues  dans  lesquels  les  scènes  désirées  et 
arrangées  par  le  masochiste  n'ont  qu'un  caractère  purement 
symbolique  et  ne  servent  que  pour  indiquer  la  situation  tant 
désirée. 

OssERVAnoN  55.  —  (Pascal,  Igiene  dell  Amore.)  Tous  les  trolfi 

mois,  un  homme  d'environ  quarante-cinq  ans,  venait  chez  une 
prosliluée  et  lui  payait  10  francs  pour  faire  ce  qui  suit.  La  puella 
devait  le  drshal)iller,  lui  lier  pieds  et  mains,  hii  bander  les  yeux 
et  en  outre  fermor  les  volets  dt*s  fenèJres  pnui-  l  eiidn'  hi  cliLinibre 
obscure.  Alors  elle  le  faisait  asseoir  sur  un  divan  et  1  abaiidonnail 
dans  cet  état. 

L'qc  demi-heure  plus  lard,  la  lille  devait  revenir  et  délier  les 
cordes.  L'homme  payait  alors  et  s'en  allait  satisfait  pour  revenir 
dans  trois  mois. 

H  paraît  que  cet  homme  en  restant  dans  Tobseurité,  com- 
plétait par  son  imagination  l'idée  qu'il  était  livré  sans  défense 
au  pouvoir  absolu  d  une  femme.  Le  cas  suivant  est  eucore 


152  PSYCUOPAIHIA  SEXUAUS 

plus  étrange  ;  c^est  une  comédie  compliquée  pour  satisfaire 
des  désirs  masochistes. 

Observation  56.  —  l'D""  Pasrnl,  ih'id."  .V  Paris,  un  individu  se 
rendait  à  des  soirées  lixres  d'avaiicL'  dan;*  un  a}>]>nrt«Mn»'nt  donl 
la  proprirlnire  étail  disposée  à  se  prêter  ;i  ses  pcncliauts  élran^es. 
Il  onlrait  in  tenue  de  boirée  dans  le  salon  de  la  dame  qui  devait 
le  recevoir  en  ^^rande  toilette  et  d'un  air  ituutain.  Il  l'appelait 
«  marquise  »  el  elle  devait  l'appeler  :  «  mon  cher  comte  ».  Il  par- 
lait cDsuite  du  bonheur  de  la  trouver  toute  seule,  de  son  amour 
et  de  Theure  du  berger.  La  dame  devait  alors  jouer  le  rôle  d^ane 
dame  froissée  dans  sa  dignité.  Le  prétendu  comte  s'enflammait 
de  plus  en  plus  et  demandait  à  la  pseudo-marquise  de  lui  poser 
un  baiser  sur  Tépaule.  Grande  scène  d*indignation  ;  elle  sonne,  uu 
valet  loué  exprès  à  cet  effet,  entre  et  met  le  comte  à  la  porte.  Le 
comte  s'en  va  très  content  et  paie  richement  les  personnes  qui 
ont  joué  cette  comédie  préparée. 

Il  faut  distinguer  de  ce  «  mnsociusme  symbolit^ue  >>  le 
«  masochisme  idéal  »  dans  lequel  la  perversion  psychique 
reste  dans  le  domaine  de  l'idée  et  de  l'imagination  cl  n'essaie 
jamais  de  transporter  dans  la  réalité  les  scènes  rêvées.  On  peut 
considérer  comme  exemples  de  «  masochisme  idéal  »  les 
observations  49  et  59.  On  peut  y  faire  rentrer  aussi  les  deux 
cas  suivants  :  le  premier  concerne  un  individu  taré  physi- 
quement et  intellectuellement,  portant  des  marques  de  dégé- 
néresconce,  et  chez  le(|uel  l'impuissance  physique  et  psy- 
chique s'est  produile  très  loi. 

Observation  57,  —  M.  Z.,.,  vingt>deux  ans,  célibataire,  m*a 
été  amené  pnr  son  tuteur  pour  consultation  mi  dicale,  le  jeune 
homme  étant  très  nerveux  el,  de  plus,  sexuellement  anormal.  Son 
père,  au  moment  dr»  la  conception,  avait  une  maladie  de  nerfii. 

Le  malade  était  un  enfant  vil  et  doué  de  talents.  On  ( onslala 
chez  lui  la  masturbation  dès  l  ùge  de  sept  an*;.  A  partir  de  neuf 
ans,  il  devint  distrait,  oublieux,  ne  pouvant  l'aire  de  progre.s  dans 
ses  études. 

On  était  obligé  de  l'aider  perdes  répétitions  et  par  protection  ; 
c*est  avec  beaucoup  de  peine  qull  put  finir  ses  classes  au  Beal- 
gymnaswm;  pendant  son  année  de  volontariat,  il  se  fit  remarquer 


NEURO-PSYCaOPÀTHOLOGlË  GÉNÉRALE 


p«r  son  iodolence,  son  manque  de  mémoire  et  divers  coups  de 
tête. 

Ce  qui  amena  à  demander  une  consultation  médicale  fut  un 
incident  dans  la  rue.  Z...  s'était  approché  d'une  dame  et,  d'une 
manière  très  importune,  au  milieu  des  marques  d'une  vive  sur- 
excitation, il  avait  voulu  entamer  une  conversation  à  tout  prix. 

Lie  malade  donne  comme  motif  qu'il  a  voulu,  par  la  conversap 
lion  avec  une  honnête  fille,  s'exciter  afin  d'être  capable  de  faire 
le  coït  avec  une  prostituée. 

\jp  porc  âo  Z...  considère  son  lils  commo  irn  garçon  originairc- 
MM-nt  bon  et  moFciI.  ni'us  sans  énergie,  faible,  InniM.'.  souvent 
dt  sespéré  de?  insii<  .  ,  -  Jt-  la  vie  qu'il  a  menée  juxjii  n  i,  c  niiuiK' 
uû  homme  ituUdLnL  (|ai  ne  sinLcresse  qu'ù.  la  musique  pour 
laquelle  il  u  Ijuaucoup  de  talent. 

L'extérieur  physique  du  malade,  notamment  î^on  crâne  plagio- 
céphale,  ses  grandes  oreilles  écartées,  Tinnervation  du  côié  droit 
de  la  bouche,  l'expression  névropathique  des  yeux,  indiquent  un 
névropathe  dégénéré. 

Z...  est  d^une  grande  taille,  robuste  de  corps,  d'une  apparence 
tout  à  fait  virile.  Le  bassin  est  viril,  les  testicules  sont  bien  déve- 
loppés; pénis  très  gros,  morts  Veneris  très  poilu,  le  testicule  droit 
descend  plus  bas  que  le  gauche,  le  réflexe  crémaslérien  d**s  deux 
côtés  est  faible.  Au  point  de  vup  intellectuel,  le  malade  est  au- 
depcous  de  la  moycnno.  Il  sont  lui-même  son  insuffisance,  se 
plaint  de  son  indoloncf  l't  ]ii-ie  qu  oii  lui  rend»"»  la  force  de  carac- 
tère. Son  alliliult'  ^aucln',  embarrassée,  >«»ii  re^nrd  eflaroudié  (;t 
son  maintien  uomhaleut  indiquent  la  niaslurhali  'ii .  l  e  umlade 
convient  que,  depuis  l'Age  de  sept  ans  jusqu'à  il  y  a  un  an  et  demi, 
il  s'est  masturbé  de  8  à  fois  par  jour.  Jusqu'à  cos  dernières 
années,  époque  où  il  devint  neurasthénique  (douleurs  à  la  téte, 
incapacité  intellectuelle,  irritation  spinale,  etc.)»  il  prétend  avoir 
éprouvé  toujours  beaucoup  de  volupté  en  se  masturbant.  Depuis, 
il  n'a  plus  cette  sensation,  et  la  masturbation  a  perdu  pour  lui 
t  nil  son  charme.  Il  est  devenu  de  plus  en  plus  timide,  mou,  sans 
énergie,  lâche  et  craintif;  il  ne  prend  plus  intérêt  h  rien,  ne  vaque 
h  ses  affaires  que  par  devoir  et  se  sent  exténué.  Il  n'a  jamais 
pensé  au  coït  et,  il  son  point  de  vue  d'onanîsfe,  il  ne  comprend 
pas  commenl  les  autres  peuvenl  y  trouver  du  plaisir. 

J'ai  recherché  l'inversion  sexuelle;  j'ai  obtenu  un  résultat 
négatif. 

H  prétend  n'avoir  jamais  senti  de  penchant  pour  les  personnes 


154 


de  son  propre  sexe.  Il  croit  plutôt  avoir  eu  par  ci  par  là  une 
faible  inclination  pour  les  Temmes.  Il  prétend  avoir  été  amené  ^ 
Vonanismc  de  lui-même.  A  l'âge  de  treize  ans,  il  remarqua  pour 
la  première  fois  rémission  de  sperme  à  la  suite  des  manipulations 

ônaniïiles. 

Cp  n*c*ïf  qu'après  avoir  l<iiii;ui'iiipni  insisté  qiin  Z...  ^on*^(:'^lil  ;i 
rt'vOli  r  t  int  «  iiliLTC  sa  vila  stxualts.  Aiii*?i  qu  il  ressort  Ues  reu- 
seifrni  un  tils  qui  suivronl.  on  jwinrrail  («^flass^^r  comme  un  cas  de 
iaasoc!iih.iiie  itlcal  cuuilMiie  à  uu  ^adi^Iue  rudiiiiciitaire.  Le  malade 
se  rappelle  bien  distinctement  que,  dès  1  âge  de  six.  ans,  des 
«  idées  de  violence  »  ont  germé  spontanément  dans  son  esprit.  Il 
était  obsédé  par  Tidée  que  la  fille  de  chambre  lui  écartait  de 
force  les  jambes  pour  montrer  ses  parties  génitales  à  d'autres 
personnes;  qu'elle  essayait  de  le  jeter  dans  Teau  froide  ou 
bouillante  pour  lui  causer  de  la  douleur.  Ces  idées  de  violence 
étalent  accompagnées  de  sensn lions  de  volupté  et  provoquaient 
la  masturbation.  Plus  tard,  c'est  le  malade  lui-même  qui  évoquait 
dans  son  imapnalion  ces  tableaux  afin  de  se  stimuler  à  la  mas- 
turbation. Ils  jouaient  même  un  rûl»>  d  ins  ?e*5  rêves,  mai«  ils 
n'amennionf  janviis  la  pollution,  évidemiiicMl  parce  que  le  malade 
se  ma-lurbaii  outre  mesure  pendant  la  journée. 

.\vee  J"  l'  iiips  se  joignirent  à  ces  idées  masochisti's  de  violence 
des  itlèes  sa'lirpii's.  D'abord  c'était  l'image  de  garçons  ijui.  par 
violence,  se  iita.slurbaient  mutuellement  et  se  coupaient  récipro- 
quement les  parties  génitales.  Souvent  alors  il  se  mettait  en  ima- 
ginalton  dans  le  rôle  d*un  de  ces  garçons,  tantôt  dans  le  réle 
actif,  tantôt  dans  le  rôle  passif. 

Plus  tard,  son  esprit  Kit  préoccupé  par  Timage  de  filles  et  de 
femmes  qui  s'exhibitionnaient  Tune  devant  l'autre;  i\  se  présent 
lait  à  Sun  imagination  des  scènes  où  la  fille  de  chambre  écarUiil 
de  force  les  cuisses  d'une  autre  iille  et  lui  lirait  les  poils  du  pubis; 
ensuite  c'étaient  des  garçons  cruels  qui  piquaient  des  filles  et  leur 
pinçaient  les  parJies  génitales. 

Tons  i  1?^  tableaux  pr'ivo(}uaient  chez  lui  des  excitations  sexuel- 
les ;  mais  il  n'eut  janiai-^  do  penejiants  à  jouer  un  nMe  actif  dans 
ces  Sirènes  ou  df  ]  -  -uliir  passivciui^nt.  11  lui  suflisail  de  se  servir 
de  ces  représenlalii>u>  pour  l'autouia^lurbatiou.  Depuis  un  an  et 
deuii  ces  scènes  et  ces  désirs  sont  devenus  plus  rares,  à  la  suite 
delà  diminulion  du  libido  et  de  Timaginalion  sexuelle,  mais  leur 
sujel  est  resté  toujours  le  même.  Les  idées  de  violence  masochiste 
prévalent  sur  les  idées  sadistes.  Depuis  ces  temps  derniers,  quand 


NEURO'PSYCliOPATUÛLOGlË 


155 


il  aperçoit  UD6  dame,  il  lui  vieot  toujours  Fidée  qu^elle  a  les 
mêmes  idées  sexuelles  que  lui.  Gela  explique  en  partie  son  embar- 
ras dans  son  commerce  avec  le  monde.  Comme  le  malade  a 
entendu  dire  qu*il  serait  débarrassé  de  ses  idées  sexuelles  qui  lui 
sont  devenues  importunes,  s'il  s'habituait  à  une  satisfuclion  nor- 
male de  son  instinct,  il  a,  au  cours  des  demie i  -^  liix-huiL  mois, 
lenl»^  deux  fois  d'accomplir  le  coït,  bien  que  cet  acte  lui  répugnât 
et  qu'il  ne  «e  promit  aucun  succ»''s.  Aussi  l'essai  s'est-il  terminé 
chaque  fois  par  un  écher  complet.  ],n  «oconde  f'ni'5  il  ('•prouva,  au 
moment  de  sa  tenlalive,  une  telle  rcpuguaucc  qu'il  repoussa  la 
tille  et  se  sauva  à  loules  jambes. 

Lesocondcas  est  Tobservation  suivante  qu'un  collègue  a 
mise  à  ma  di^^ixisilion.  Iticii  ([n'a[tliorisliqiie  elle  est  do  iiulure 
àmoiiln  r  le  caractère  du  luasocliisine,  la  conscieucc  de  la 
soumissiou. 

Observation  58.  —  Masochisme.  Z...,  vingt-sept  ans,  artiste, 
de  vigoureuse  constitution  physique,  d'extérieur  agréable,  pré- 
tend n'être  pas  taré;  bien  portant  pendant  son  enfance;  est  depuis 
rftge  de  vingt-trois  ans  nerveux  et  enclin  aux  idées  hypocondria- 
ques. Au  point  de  vue  sexuel,  il  a  un  penchant  à  la  fanfaronnade, 
mais  toutefois:  il  n'est  pas  capable  de  grands  exploits.  M.ilgré  les 
avances  que  lui  font  les  femmes,  ses  rapports  nvec  elles  se 
borripnt  à  des  caresses  iiiiiocenlc^ .  Avec  eeht,  il  a  un  peiicliant 
curieux  a  eoavoiter  les  f(>iMines  qui  se  iiirnilreut  farouches  avec 
lui.  Depuis  l'Age  de  viugt-cinq  ans,  il  ii  lail  lui-même  la  constata- 
lion  que  les  femmes,  fussent-elles  les  plus  laides,  provoquent  en 
lui  une  excitation  sexuelle  aussitùl  qu'il  aperçoit  un  Irait  impé- 
rieux et  hautain  dans  leur  caractère.  Un  mot  de  colère  de  la 
bouche  d'une  femme  suffit  pour  provoquer  chez  lui  les  érections 
les  plus  violentes.  11  était  un  jour  assis  au  café  et  entendit  la 
caissière,  femme  d'ailleurs  très  laide,  gronder  vertement  et  d'une 
voix  énergique  le  garçon.  Cette  scène  lui  causa  une  violente  émo- 
lion  sexuelle  qui,  en  peu  de  tem]>s,  aboutit  à  l'éjaculation, 
Z...  exige  des  femmes  avec  lesquelles  il  doit  avoir  des  rapports 
sexuel<  qîi'elles  le  ni^poussent  et  lui  fassent  des  misères  de  toutes 
sortes.  Il  (lit  (jue,  seules,  les  femiues  qui  ressemblent  aux  héroïnes 
des  romans  de  Sacher-Masoch  pourruicul  l'cxciler. 

Ces  faits  où  toute  la  perversion  de  lu  tita  sexuaHa  ne  se 


1S6 


PSYCUOPATUIA  S£Xt'AUS 


manifeste  que  dans  le  domaine  de  l'imagination  et  de  la  vie 

inlérieui'c  des  idt^eset  de  l'instinct,  et  n'arrive  que  rarement 
h  la  connaissance  d'aiitrui,  paraissent  être  assez  fréquents. 
Leur  signilication  |>rali(|ii(%  comme  en  ^^m'ikm-uI  cclU'  du  maso- 
chisme qui  n'offre  pas  un  aussi  grand  intérêt  médico-légal  que 
le  sadisme,  consiste  uniquement  dans  l'impuissance  psy- 
chique dans  laquelle  tombent  ordinairement  les  individus 
atteints  de  cette  perversion;  leur  portée  pratique  consiste  en 
outre  dans  un  penchant  violent  à  la  satisfaction  solitaire  sous 
rinfluence  d'images  adéquates  et  dans  les  conséquences  que 
ces  pratiques  peuvent  entraîner. 

Le  masochisme  est  une  perversion  très  fréquente,  cela  res- 
sort suffisamment  de  ce  qu'on  en  a  déjà  cilé  scientifiquement 
des  cas  relativement  très  nombreux;  les  diverses  observations 
publiées  plus  luiul  en  prouvent  aussi  la  grande  extension. 

Les  ouvrages  qui  s'occupent  de  la  prostitution  des  grandes 
villes  contiennent  également  de  nombreux  documents  sur 
cette  mati?'re 

Un  fait  intéressant  et  digne  d'être  noté,  c^est  qu'un  des 
hommes  les  plus  célèbres  de  tous  les  temps  ait  été  atteint  de 
cette  perversion  et  en  ait  parlé  dans  son  autobiographie  bien 
qu'avec  une  interprétation  quel([ue  peu  erronée. 

II  ressort  des  Confessions  de  Jcan-Ju(  ([ue<^  Rousseau  que 
ce  grand  homme  était  atteint  de  ma«orhisme. 

Housseau,  dont  la  vii?  et  la  iiialado*  uni  été  analysées  par 
Mo-hius  iJ.-.l.  iii>us\r(ii(  l\run/i/irh<ijrschirhtes^\j9\\yf.\^^  1889"! 
ni  par  Châtelain  [La  folie  de  J.-J.  Iknisseau,  Neuchàtel  i8i^0) 
raconte  dans  ses  Confessions  (f*'  partie  T""  livre)  combien 
M"*  Lambercier,  alors  âgée  de  trente  ans,  lui  en  imposait 
lorsque,  à  l'âge  de  huit  ans,  il  était  on  pension  et  en  appren- 
tissage chez  le  frère  de  cette  demoiselle.  L'irritation  de  la 
dame,  quand  il  ne  savait  promplement  répondre  à  une  de  ses 

1.  Lvu  Taxil  [op.  cit.,  p.  2:^8},  donne  la  tlescriplion  de  scènes  masochistes 
dans  les  bordels  de  Pvis.  LÀ  aussi  on  appelle  esclave  »  Tboiuiue  aUeinl 
de  cette  perversion. 


._.  I      I  ,  1  ^      o    l_.  _(  1. 


.NELHO-PSYCUOPATUOLOGIE  GL.NEllALE 


137 


questions,  ses  menaces  de  le  fouctler,  lui  faisaient  la  plus 
profonde  impression.  Ayant  reçu  un  jour  une  punition  cor- 
porelle de  la  main  de  M""  L...^  il  éprouva,  en  dehors  de  la 

douleur  ol  de  la  honte,  une  sensation  voluptueuse  etsensuollo 
i^ui  lui  donna  une  envie  violente  de  recevoir  encore  d'juilrcs 
corrections.  Seule  lacruiiilc  do  faire  de  la  jM'iiio  ù  la  dame, 
rrnpèchait  Itousseau  de  [)rovo(]uer  les  occasions  pour  (^prou- 
v«»r  celte  douleur  voluptueuse.  Un  jour  cependant  il  s'attira 
malgré  lui  une  nouvelle  punition  de  la  main  de  M"' L...  Ce 
fut  la  dernière,  car  M^'^Lambercierdut  s'apercevoir  de  Teffet 
étrange  que  produisait  cet  acte  et,  à  partir  de  ce  moment, 
elle  ne  laissa  plus  dormir  dans  sa  chambre  ce  garçon  de  huit 
ans.  Depuis  R...  éprouvait  le  besoin  de  se  faire  punir  de  la 
même  façon  qu*avec  M*'*  Lambercier,  par  des  dames  qui  lui 
plaisaient,  bien  qu'il  affirme  n'avoir  rien  su  des  rapports 
Foxuels  avant  d'être  devenu  jeune  homme.  On  sait  (jiie  ce  ne 
lui  qu'à  l'Age  de  trente  ans  <|ue  Uou.sscau  fut  inili('  anx  vrais 
mv-ilères  de  l'amour  par  M""  de  Warens  et  qu'il  pou  lit  alors 
sua  ioDocence.  Jusque-là  il  n'avait  que  des  sentiments  cl  des 
lanceurs  pour  les  femmes  en  vue  d'une  llagellation  passive 
et  d'autres  idées  masochistes. 

Rousseau  raconte  m  extenso  combien,  avec  ses  grands  be- 
soins sexuels,  il  a  souffert  de  cette  sensualité  (étrange  et  évi- 
demment éveillée  par  les  coups  de  fouet,  languissant  de 
désirs  et  hors  d'état  de  pouvoir  les  manifester.  Ce  serait  cepen- 
ihint  une  erreur  de  croire  que  Rousseau  ne  tenait  qu'à  la  fla- 
l^'ellation  seule,  ('.t  lle-ci  n'éveillait  en  lui  (in  une  sphère 
d'i«lées  appartenant  au  domaine  du  masochisuic  (  l  oei  là  que 
^«e  trouve  en  tout  cas  le  noyau  i)sycholop:ique  de  son  intéres- 
f'ante  auto-observalion.  L'essentiel  chez  Rousseau  c'était 
l'idée  d'être  soumis  à  la  femme.  Cela  ressort  nettement  de 
ses  Confessions  où  il  déclare  expressément  : 

«  Être  aux  genoux  d'une  maîtresse  impérieuse,  obéir  à  ses 
ordres,  avoir  des  pardons  à  lui  demander,  étaient  pour  moi 
de  tr6s  douces  jouissances.  » 


458 


PSYCIIOPATHIA  SEXUAUS 


Ce  passage  prouve  donc  que  la  conscience  de  la  soumission 
et  de  l'humiliation  devant  la  femme  était  pour  lui  la  princi- 
pale chose. 

Il  est  vrai  que  Rousseau  lui-môme  était  dans  Terreur  en 
supposant  que  ce  penchant  à  s'humilier  devant  la  femme 
n'avait  pris  naissance  que  par  la  représentation  de  la  flagel- 
lation qui  avail  donné  lieu  à  une  associalion  d'idées. 

«  iN'osant  jamais  déclarer  mon  çioftt,  je  l'amusais  du  moins 
par  des  rapports  qui  m  en  conseï  vaient  i  idée. 

Pour  pouvoir  saisir  compRdemfiif  !e  cas  de  Rousseau  et 
découvrir  Terreur  dans  laquelle  il  a  dù  tomlier  fatalement 
lui-même  en  analysant  son  état  d'Ame,  il  faut  comparer  son 
cas  avec  les  nombreux  cas  établis  de  masochisme  parmi  les- 
quels il  y  en  a  tant  qui  n*ont  rien  à  faire  avec  la  flagellation 
et  qui  par  conséquent  nous  montrent  clairement  le  caractère 
originel  et  purement  psychique  de  l'instinct  d'humiliation. 

C'est  avec  raison  que  Binet  {Hcvue unthropoIogique^WW , 
p.2'>6)  qui  a  analysé  à  font!  le  cas  de  Rousseau,  attire  ralleu- 
lion  sur  la  -i;:,n)lii  alioH  nia^ochisle  de      cas  ru  disant  : 

«  Ce  qu  aime  Rousseau  dans  les  femmes,  ce  n'est  pas  seu- 
ement  le  sourcil  froncé,  la  main  levée.  le  regard  sévère, 
l'altitude  impérieuse,  c'est  aussi  l'état  émotionnel  dont  ces 
faits  sont  la  traduction  extérieure  ;  il  aime  la  femme  lière, 
dédaigneuse,  Técrasant  à  ses  pieds  du  poids  de  sa  royale 
colère.  »i 

L'explication  de  ce  faiténigmalique  de  psychologie  a  été 
résolue  par  Binet  par  Thypothèse  qu'il  s'agissait  de  fétichisme, 

à  celte  différence  près  que  Tobjectif  du  félischisnie,  l'objet 
d'attiail  iiidividui-l  (le  fétiche;,  ne  doit  pas  toujours  èlre  iiiio 
cli<»s(>  Miair-rirlle  comme  la  main,  le  pied,  mais  (ju'il  peut  tMie 
au^si  (piaiité  inhdiecluelle.  il  appelle  ce  genre  d  enthou- 
siasme w  amour  spirilualiste  »  en  opposition  avecT  «  amour 
plastique  »,  comme  cela  a  lieu  dans  le  fétichisme  ordinaire. 

Ces  remarques  sont  intéressantes,  mais  elles  ne  font  que 
donner  un  mot  pour  désigner  un  fait  ;  elles  n'en  fournissent 


NEURO-PSYaiOPATHOLO(aE  GÉNÉRALE 


189 


aneune  explication.  Est-il  possible  de  trouver  une  explication 
de  ce  phénomène?  G*est  une  question  qui  nous  occupera  plus 
loin. 

Chez  Baudelaire,  un  auteur  français  ct^lèbre  ou  plulùl 
mal  ii'iaiti-  et  qui  a  fini  ilaiis  rnliriialioii  mentale,  on  trouve 
(les  éléments  de  masocliismc  et  de  sadisme.  Baudelaire  est 
au^fi  i'î'îu  d'une  famille  d'aliénés  et  d'exaltés.  Il  était  dès  son 
enlance  physiquement  anormal.  Sa  vita  sexttalis  était  certai- 
nement morbide.  Il  entretenait  des  liaisons  amoureuses  avec 
des  personnes  laides  et  répugnantes,  des  négresses,  des 
naines,  des  géantes.  Il  exprima  à  une  très  belle  femme  le 
désir  de  la  voir  suspendue  par  les  mains  pour  pouvoir  baiser 
ses  pieds.  Cet  enthousiasme  pour  le  pied  nu  se  montre  aussi 
dans  une  de  ses  poésies  enfiévrées  comme  un  équivalent  de 
la  jouissance  sexuelle.  Il  déclarait  «[ue  les  femmes  sont  des 
animaux  (pi  il  faut  enfermer,  baltre  et  bien  nourrir,  (-et 
liNmmc  qui  avouait  ses  penchanis  uiasocliistes  et  sadisles,  a 
linidaus  I  idiotie  paralytique  (Lombroso  :  Lhomiuf  de  yénie). 

Dans  les  ouvrages  scienti(i(^ues  on  n'a,  jusqu'à  ces  temps 
derniers,  prêté  aucune  attention  aux  faits  qui  constituent  le 
masochisme.  On  doit  rappeler  cependant  que  Tainowsky 
{Die  kran&haflen  Erseheintmgen  des  Geschleehtmnm^  Ber- 
Im,  186$)  a  rencontré  dans  sa  pratique  des  hommes  intelli- 
gents, très  heureux  en  ménage,  qui  de  temps  en  temps  éprou- 
vaient le  désir  irrésistible  de  se' soumettre  aux  traitements  les 
plus  brutaux  et  les  plus  cyniques,  de  se  faire  injurier  et 
battre  par  des  Cynèdes,  des  pédérastes  actifs  ou  des  pros- 
titu(^es. 

A  remarquer  aussi  le  fait  observé  par  Tarnow.«ky,  (jue, 
cbiez  certains  individus  adonnés  à  la  flagellation  passive,  les 
coups  seuls,  quand  même  ils  font  saigner  le  corps,  n*amè> 
nent  pas  toujours  le  succès  désiré  (puissance  ou  du  moins 
éjaculalion  au  moment  de  la  flagellation).  «  11  faut  alors 
déshabiller  de  force  Tindividu  en  question,  lui  ligoter  les 
mains,  rattacher  à  un  banc,  etc.  ;  pendant  ces  manœuviNss,  il 


IGO 


PSYGHOPATHU  SEXUAUS 


fuit  semblunl  d'opposer  une  résistance  et  de  proférer  des 
injures.  Seuls,  daas  ces  conditions,  les  coups  de  fouet  ou 
de  verge  produisent  une  excitation  qui  aboutit  à  réjacuU- 
tion.  » 

L'ouvrage  d'O.  Zimmermann(Di>  Wowm  desLeids,  Leipzig, 
1885)  renferme  bien  dos  documents  sur  ce  sujet,  puisés 
dans  l'histoire  de  la  lillcratiire  et  de  la  civilisation'. 

Plus  récemment  ce  sujet  a  attiré  rallentiou. 

A.  Moll,  dnn^  son  ouvrage  «  Les  perversions  de  rinstinel 
génital»  (édition  française,  Paris, Carré,  1893  .cite  une  «érie 
de  cas  de  masochisme  qu'on  a  observés  chez  des  individus 
atteints  d'inversion  sexuelle,  entre  autres  le  cas  d'un  maso- 
chiste  à  inversion  sexuelle  qui  donne  à  un  hommne  habitué 
à  cela  une  instruction  détaillée  en  vingt  paragraphes  pour 
se  faire  traiter  en  esclave  et  torturer. 

Au  mois  de  juin  4891 ,  M.  Dimiiri  von  Stefanowsky,  actuel* 
lemenl  substitut  du  procureur  impérial  à  laroslaw.  en  Rus- 
sie, m'a  dit  que  depuis  trois  ans  dt^j?»  il  a  porté  son  atten- 
tion sur  [diémunt'nt'  de  perversion  de  la  vila  scxua/l\  t]uc 
j'ai  décrit  sous  le  nom  de  masochisuio,  mais  qu'il  a  désij^uc 
par  le  mot  de  «  passivisme  ».  Il  y  a  un  an  et  demi  il  a  fait 
présenter  par  le  professeur  Kowalewsky  de  Gharkow  un  tra- 
vail sur  ce  sujet  dans  les  Archives  russes  de  pstjchiàlrie,  et, 
au  mois  de  novembre  1888,  il  a  fait  à  la  Société  juridique  de 
Moscou  une  conférence  sur  ce  sujet  au  point  de  vue  juri- 
dique et  psychologique  (reproduite  dans  \e  Juridischen  Boien^ 
organe  de  la  société  en  ({uestion). 

1.  Il  faut  cependant  bien  sr-parcr  le  nmsocliîsme  de  la  thèse  principale 

soutenue  dan?  n  i  dui,  i  !<:»■,  ipie  rniiunu-  contient  loujimr-;  une  part  de  dou- 
leui*.  De  tout  temps  «ni  a  dépeint  les  langueurs  de  l'amour  nuu  parUig^ 
comme  pleines  de  délices  et  de  souffranees  à  la  fols,  et  les  poètes  ont  parlé 
lies  "  tortures  (h  lioicuses  »  de  la  •  \  olupl»!  douloureuse  ».  Il  ne  faut  pas  con- 
fondre  cela  avec  ie«  phénomènes  du  luosochisiue,  aiusi  (|ue  le  fait  Zinioier* 
niann.  De  m^me  on  ne  peut  comprendre  dans  cette  catégorie  les  cas  oh  Von 
appelle  CI  ir  Ho  l  atnanlc  qui  ne  veut  pas  se  livrer.  Toutefois,  il  est  curieux 
de  remarquer  que  Hamerliog  i^Àmor  uitd  Psyché,  4<  chaut),  pour  exprimer 
ce  senlhnent,  a  choisi  des  images  tout  à  fait  masochistes,  telles  que  la 
flagellation,  etc. 


.NEUHO-PSIGUOPATUOLÛGIE  GÉNÉRALE  161 

V.  Schrenk-Notring  consacre,  dans  son  ouvrage  ri^cem- 
ment  paru  {Die  suggestions-thérapie  bei  krankhaficn  crs- 
cheimmgen  des  (jeschlechtssinncs^  etc.,  StuUgarl,  liS92),  au 
masochi<ime  ainsi  qu'au  sadibuie  quelques  chapitres  et  cite 
plusieurs  observalious*. 

B,  ~  PÉnClUSHE  W  PUCD  ET  DES  GUAUS5QRKS. 
IMS0CU18MB  LARVft 

Au  groupe  des  masochistes  se  rattache  celui  des  fétichistes 
da  pied  et  des  chaussures,  dont  on  compte  des  exemples 
nombreux.  Ce  groupe  forme  une  transition  avec  les  phéno- 
mènes d'une  autre  perversion  distincte,  le  fétichisme,  mais 
il  est  plus  près  du  masochisme  que  du  fétichisme,  voilà  pour- 
quoi nous  Tavons  foit  rentrer  dans  celui-là. 

Par  fétichistes  j'entends  des  individus  dont  Tintérét  sexuel 
se  concentre  exclusivement  sur  une  partie  déterminée  du 
corps  de  la  femme  ou  sur  certaines  parties  du  vêtement  fémi- 
nin. 

Une  des  formes  les  plus  fréquentes  du  fétichisme  consiste 
dans  ce  fait  que  le  pied  ou  le  soulier  de  la  femme  sont  le 
fétiche  qui  devient  l'unique  objet  des  sentiments  et  des  pen- 
chants sexuels. 

Or  il  est  fort  probable,  et  cela  ressort  déjà  de  la  classiÛcation 
logique  des  cas  observés,  que  la  plupart  des  cas  de  féti- 
chisme des  chaussures,  peut-être  tous,  ont  pour  base  un 
mstinct  d*bumiliation  masochiste  plus  ou  moins  conscient. 

I.  D.iiis  la  littérature  nouvelle,  dans  les  romans  et  les  contes,  lu  perver- 
tioa  psycho-sexuelle  qui  fait  le  sujet  de  ce  clmpitre,  a  élé  traitée  pur  Sacber- 
Uasoeb,  dont  tes  éerita,  plusieuri  fois  cU^s,  ooutieonent  des  deseripUoiis  de 

IVlut  d"cliiic  iii'irbide  de  ces  iinlividus.  Beaiu'oup  de  gfii?  atteints  de  cette 
p4;rterjioii  signalent  les  ouvrages  de  Sacher-Masoch  comme  une  description 
typique  de  leur  propre  état  psychique. 

Zola  a,  dans  sa  S'ana,  une  scène  innsdchisle,  de  iiiènic  que  dans  Ku()?iie  ' 
Bougon.  Le  décadentisme  littéraire,  plus  moderne,  en  France  et  en  Alle- 
magne, fi'oc<-upe  beaucoup  de  masoctiisuie  et  de  sa  lisme.  Le  roman  moderne 
russe,  s'il  faut  en  croire  Stcfanowski,  traite  aussi  ce  sujet  ;  mais,  d'après 
les  coumiuoicatioDs  du  voyageur  Johaun-Georg  Forster  (en  1151-94),  cet  état 
Jouait  déjà  un  rôle  dans  la  chanson  populaire  raaie. 

rstCUOPATHU  SIXDALia.  Il 


162  PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 

Déjà,  dans  le  cas  de  Hammond  (observation  52),  le  plaisir 
d'un  masochiste  consiste  à  se  faire  piétiner  sur  le  corps.  Les 
individus  des  observattonf  44  et  48  se  laissent  aussi  fouler 
aux  pieds  ;  celui  de  Tobrervation  58,  equus  eroticus,  est  en 
extase  devant  le  pied  de  la  femme,  et  ainsi  de  suite.  Dans  la 
plupart  des  cas  de  masochisme,  être  foulé  aux  pieds  est  la 
principale  forme  expressive  de  la  condition  de  servitude 

Parmi  les  nombreux  cas  précis  de  fétichisme  dos  souliers, 
le  cas  suivant,  rapporté  par  le  docteur  A.  MoU.  do  l{t'riin,est 
*  particulièrement  apte  à  montrer  la  connexité  qui  existe  entre 
le  masochisme  et  le  fétichisme  des  souliers. 

Ce  cas  offre  beaucoup  d*analogios  avec  celui  que  nous  pré- 
sente Hammond,  mais  il  est  relaté  avec  plus  de  détails  el 
d*ailleurs  très  minutieusement  observé. 

Ubservation  59,  —  u.  L...,  trente  et  un  ans,  comptable  dans 
une  ville  wurtemhergeoise,  issu  d  une  lamiUu  tarée. 

Le  malade  est  un  homme  de  grande  taille,  fort,  avec  Taspecl 
d'une  santé  florissante.  En  ^néralil  est  d*an  tempérament  calme! 
mais,  dans  certaines  circonstanceSt  il  peut  devenir  très  violent. 
Il  dit  lat*mème  qu*il  est  querelleur  et  chicaneur.  L...  est  d*an  bon 
caracldre,  généreux;  pour  ta  moindre  raison  il  se  sent  porté  à 
pleurer.  A  Técole,  il  passait  pour  un  élève  de  talent,  avec  un  don 
d*assimllation  facile.  Le  malade  souffre  de  temps  en  temps  de 
congestions  à  la  t^te,  mais  pour  le  reste  il  se  porte  bien,  si  ce 
n'est  qu'il  se  sent  dt^prinn!'  el  souvcnl  mélanmlique.  par  suite  de 
sa  perversion  sexuelle,  donl  on  lira  jilus  loin  la  description. 

On  n'a  pu  constater  que  fort  peu  de  chose  sur  ses  antécédents 
héréditaires. 

Le  uialade  donne  sur  le  développement  de  sa  vie  sexueUe  les 
renseignements  suivants. 

Dès  sa  première  jeunesse,  quand  il  n'avait  que  huit  ou  neuf 
ans,  il  souhaitait  être  chien  et  lécher  les  bottes  de  sou  maître 
d*école.  Il  croit  qu'il  est  possible  que  cette  idée  ui  ait  été  sug- 
gérée par  le  fait  quMl  a  vu  un  jour  comment  un  chien  léchait 
les  bottes  de  quelqu'un;  mais  il  ne  peut  l'affirmer  formellement 
En  tout  cas,  ce  qui  lui  parait  certain,  c'est  que  les  premières 

1.  Im  désir  <l«  •«  lûMer  pi^er  lur  le  corps  se  ntronre  auui  ches  l«s 
fsnatiqoes  religieux.  Comparée  Taffei^ew  :  Cen^et  étfmttg«$t 


NEURO-PSTCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE  l«3 


idées  sur  ce  sujet  lui  sont  venues  pendant  qu'il  était  à  l'état  de 
veille  et  non  en  réve. 

  partir  de  l'âge  de  dix  ans  et  jusqu  a  quatorze  ans,  L...  cher- 
chait toujours  à  toucher  les  bottines  de  ses  camarades  et  même 
celles  des  petites  filles;  mais  il  ne  cbôisiss&it  que  des  camarades 
dont  les  parente  éteient  riches  on  nobles.  Un  de  ses  con4isciples, 
fils  d'un  riche  propriétaire,  avait  des  bottes  d*écuyer;  L...,  en 
Tabsenoe  de  son  camarade,  prenait  souvent  ces  bottes  dans  ses 
mains,  se  frappait  avec  sur  le  corps  on  les  pressait  sur  sa  figure. 
L...  nt  (le  même  avec  les  bottes  élégantes  d'un  officier  de  dragons. 

Après  la  puberté,  ie  désir  se  porta  exclusivement  sur  les  chaus- 
sures de  femme?.  Entre  autres,  pendant  la  saison  do  patinage,  le 
malade  cherchait  par  tous  les  moyens  Foccasion  d'aider  aux 
femmes  et  aux  iilles  à  attacher  ou  à  ôter  leurs  patins;  mais  il  ne 
choisissait  que  des  femmes  ou  des  filles  riches  et  distinguées. 
Quand  il  passait  duas  la  rue  ou  ailleurs,  il  ue  faisait  que  guetter 
les  botUnes  élégantes.  Sa  passion  pour  les  chaussures  allait  si 
loin  qa*il  prenait  le  sable  ou  la  crotte  qu'elles  avaient  fbulé  et  le 
mettait  dans  son  porte-monnaie  et  quelquefois  dans  sa  bouche. 
Ifayant  encore  qné  quatorze  ans,  L...  allait  au  lupanar  et  fré- 
quentait un  café-concert  uniquement  pour  s^exciter  par  la  vue 
de  bottes  élégantes;  les  souliers  avaient  moins  de  prise  sur  lui; 
sur  ses  livres  d'école  et  sur  les  murs  des  cabinets  il  dessinait 
toujours  des  bottes.  Au  théâtre,  il  ne  regardait  que  les  souliers 
de>  dames.  L...  suivait  dans  les  rups  et  même  sur  des  bateaux 
à  vrippiîi-.  pendant  des  heures  entières,  les  dames  qui  porlait-nt 
dts  bottines  élégantes;  il  songeait  on  même  temps  avec  enchan- 
lement  comment  i!  pourrait  arriver  à  toucher  ces  bottines.  Cette 
prédilection  particulière  pour  les  bottines  s'est  conservée  chez 
loi  jusqu'à  maintenant.  L'idée  de  se  laisser  piétiner  par  des 
daines  bottées  ou  de  pouvoir,  baiser  ces  bottines  procure  A  L... 
la  plus  grande  volupté.  Il  s'arrêta  devant  les  magasins  de  chaus- 
sures, rien  que  pour  contempler  les  bottines.  CTest  surtout  la 
forme  élégante  de  la  bottine  qui  Texcite.         .  . 

Le  patient  aime  surtout  tes  bottines  boutonnées  très  haut  ou 
lacées  très  haut,  avec  des  talons  très  haute;  mais  les  bottines 
moios  élégantes,  même  avec  des  talons  bas,  excitent  le  malade  si 
la  femme  est  très  riche,  de  haute  position,  et  surtout  si  elle  est 
fière. 

A  l'âge  de  vingt  ans,  I^...  tenta  le  coït,  mais  ne  put  y  ri''us-;ir, 
«  malgré  les  plu^  grands  efforts  »,  comme  il  le  dit.  Pendant  sa 


,^4  PSYCHOPATHIA  8BX«AUS 

teOtatiTe  de  coït,  le  malade      son^eail  pîis  aux  souliei-s,  mais  il 
avait  essayé  de  s'excilcr  pr.  .lal  lemeul  par  la  vue  de  chaussures; 
il  prétend  que  sa  trop  grande  excitation  fut  cause  de  son  échec. 
Il  a  l.nt.'.  jusqu'ici  le  coU  quatre  ou  cinq  fois,  ™8  «^^if^^^j; 
vain  ;  dans  une  de  ces  tentatives,  le  maUde,  qui  esl  déj&  très  à 
plaindre,  a  eu  le  malheur  de  coQlracter  une  lues.  Je  lui  demandai 
comment  U  comprenait  la  suprême  volupté;  il  me  déclara  :  .  Ma 
plus  grande  volupté,  c'est  de  me  coucher  nu  sur  le  parquet  et  de 
me  laisser  ensuite  piétiner  par  des  filles  chaussées  de  bottmes 
éléicantes;  bien  entendu,  cela  n'est  possible  quau  iMp  .nar.  . 
D'ailleurs,  le  malade  prétend  que,  dans  bien  des  «  lupanars  «, 
on  connaît  bien  ce  genre  de  perversion  sexuelle  de.  hommes. 
La  preuve  que  cette  perversion  n  esl  pas  très  rare,  c  est  que  les 
«iieWa' appellent  les  hommes  de  ce  genre  les  «  elienlsuux  bulles  «. 
Le  malade  a  rarement  exécnle  l  acle  tel  qu  il  ^rait  pour  lui  le 
plus  beau  et  le  plus  agréable.  Il  n  a  jamais  eu  didées  qui  laienl 
Lus     n,  coll.  du  moins  pas  dans  le  sens  dune  »«mi«io peitu 
in       nam;  il  n  v  pourrait  trouver  aucun  plaisir.  De  plus,  ri 
a,  avec  le  temps,  pris  peur  du  coït,  ce  qui  s  explique  suffisam- 
meni  par  l'échec  de  ses  tentatives;  il  dit  lui-même  que  le  fait 
de  ne  pouvoir  achever  le  coït  l'a  toujours  gêné.  Le  malade  na 
jamais  pratiqué  Tonanisme  proprement  dit.  Sauf  les  quelques 
cas  od  il  a  satisfait  son  penchant  sexuel  par  l'onanisme  avec  des 
bottines  ou  par  des  pratiques  analogues,  il  ne  connaît  pas  ee 
KOnre  de  satisladion,  car,  dans  son  excitation  provo(iuee  par  les 
bottines  il  sen  tient  aux  érections,  cl  c'est  tout  au  plus  si,  par- 
fois, il  a  un  écoulement  lent  et  faible  d'un  liquide  qu'il  croit  are 
du  sperme. 

l'aspeel  d  un  soulier  seul  et  d'un  soulier  qui  n'est  porté  par 
personne  exrile  aussi  le  malade,  mais  pas  dans  la  même  mesure 
que  le  soulier  porté  par  une  lemme.  Desaouliers  tout  neufs  et  qui 
n'ont  pas  encore  été  portés  rexcllent  beaucoup  moins  que  les  sou- 
liers qui  ont  été  déjà  portés,  mais  qui  ne  sont  pas  usés  et  ont  en- 
core  l'aspect  neuf.  C'est  ce  genre  de  souliers  qui  excite  le  plus  le 
malade. 

Le  malade  est  aussi  excité  par  les  bottines  de  dames  quand  elle» 
ne  sont  pas  portées.  Dans  ce  cas,  L...  se  représente  la  dame  pour 
compléter  Timage;  il  presse  la  bottine  contre  ses  lèvres  et  son 
pénis.  L...  «  mourrait  de  plaisir  »  si  une  femme,  honnête  et  fiere, 
piétinaifsur  lui  avec  ses  souliers. 

JlbstracUon  foite  des  qualités  citées  plus  haut,  telles  que  fierlc, 


NKLItO-PSYCHOPATHOLOiilE  GÉNÉIULE 


105 


richesse,  dislinetion  qui,  jointes  à  l'élégance  de  la  bottine,  offrent 
un  charme  particulier,  le  malade  n'est  pas  insensible  non  plus 
aux  qualités  physiques  du  sexe  féminin.  Il  a  de  rentho«<!Îasme 
]Hi>ir  les  belles  feiniiies,  même  sans  j)ens(»r  anx  boUines;  mais 
celle  affectif>ii  ne  vise  aucune  satisfaction  sexuelle.  Mèni»»  Hniis 
leurs  relations  avec  l'idée  des  bottines,  les  ch  n  ines  physiques 
jout'iit  un  rôle;  une  femme  laide  et  vieille  ne  saurait  l'exciter,  ertt- 
elle  les  botlîaes  les  plus  élégantes;  les  autres  parties  de  la  toilette 
et  d'autres  conditions  encore  jouent  un  rôle  important,  ce  qui 
ressort  déjà  du  fait  que  ce  sont  les  bottines  élégantes,  portées  par 
des  femmes  de  distinction,  qui  produisent  un  effet  particulière- 
ment émotionnel  sur  lui*  Une  servante  grossière,  dans  sa  tenue 
de  travail,  ne  Texciterait  pas,  quand  même  elle  serait  chaussée 
des  bottines  les  plus  élégantes. 

A  l'heure  qu'il  est,  ni  les  soliUers,  ni  les  bottines  d'hommes  ne 
produisent  plus  aucun  charme  sur  h>  malade;  il  ne  se  sent  pas 
non  plus  attiré  sexuellement  vers  les  hommes. 

Par  contre,  d'autres  circonstances  provoquent  très  facilement 
une  érection  chez  lui.  Si  un  eui'unl  s'assied  sur  ses  penoux,  s'il 
pose  la  main  pendant  (juehjue  temps  sur  un  chien  ou  sur  un  che- 
val, s'il  est  en  chemin  de  fer  ou  s'il  se  promène  h  cheval,  il  se 
produit  chez  lui  des  érections  qu'il  attribue,  dans  ces  derniers 
cas,  aux  mouvements  du  corps. 

Cihaque  matin,  il  a  des  érections,  et  il  est  capable  d'en  provo- 
quer en  très  peu  de  temps  rien  qu'en  pensant  qu'il  louche  des 
bottes  comme  il  les  désire.  Autrefois,  il  avait  souvent  des  pollu- 
tions nocturnes,  environ  toutes  les  trois  ou  quatre  semaines, 
tandis  que  maintenant  elles  sont  plus  rares  et  n'ont  lieu  que  tous 
les  trois  ou  quatre  mois. 

Dans  ses  rêves  érotiques,  le  malade  est  toujours  excité  sexuel- 
lement par  la  même  pensée  qui  l'excite  à  l'elal  de  veille.  Depuis 
quelque  temps,  il  croit  sentir  un  écoulement  de  sperme  au  mo- 
ment de  ses  érections;  mais  il  n'en  coaciut  ainsi  que  parce  qu'il 
sent  quelque  chose  de  mouillé  au  bout  de  son  pénis. 

Toute  lecture  qui  touche  de  près  à  la  sphère  sexuelle  du  malade 
t'excite  d'une  manière  générale;  ainsi,  en  lisant  Aa  Véntuàla 
fomrure,  de  Sacher'Uasoch,  il  est  si  excité  que  «  le  sperme  ne 
fiut  que  filer  ». 

D*ailleurs,  cette  sorte  d'écoulement  constitue  pour  L...  une  sa* 
tisfaclton  complète  de  son  instinct  sexuel. 
Je  le  questionnai  pour  savoir  si  les  coups  qu'il  recevrait  d'une 


166 


i'SÏCHUPATUIA  SEXUALIS 


femme  TexciU  raient  ;  il  crut  devoir  répondra  par  Taffirmative.  il 
est  vrai  qu'il  n'a  jamais  fait  une  expérience  dans  ce  sens  ;  mais 
quand  une  femme  lui  donnait,  par  plaisanterie,  quelques  coupSt 
cela  lui  produisait  toujours  une  impression  tvAs  agréable. 

Le  malade  éprouverait  surtout  un  ^rand  plaisir  si  une  femme, 
même  déctiau^bee,  lui  donnait  des  coups  de  pied.  Mais  il  ne  croit 
pas  que  les  coups  par  eux-mêmes  produiraient  Tcxcilatiou  ;  c'est 
plutôt  ridée  d'èlre  maltraité  par  la  femme,  ce  qui  peut  se  faire 
aussi  bien  parades  injures  que  par  des  Yoies  de  fait.  Du  reste  les 
coups  et  les  injures  n'auraient  d'eflét  que  s'ils  tenaient  d*une 
femme  orgueilleuse  et  distinguée. 

En  général,  c'est  le  sentiment  de  Thumiliation  et  dn  dévoue- 
ment de  caniche  qui  lui  procure  de  la  volupté,  a  Si,  dit-il,  une 
dame  m'ordonnait  de  Tattendre  même  par  le  froid  le  plus  rigou- 
reux, j'éprouverais,  malgré  la  rigueur  de  la  saison,  une  grande 
volupté.  » 

Je  lui  demandai  si,  en  voyant  la  bottine,  il  était  saisi  d'un  sen- 
timent d'humiliation,  il  me  répondit  :  Je  crois  que  cette  passion 
générale  de  Thumiliation  s'est  concentrée  spécialement  sur  îos 
bottines  de  dames,  parce  qu'on  dit,  sous  forme  symbolique,  qu  une 
personne  «  n'est  pas  digne  de  délier  les  cordons  des  souliers 
d'une  autre  »>,  et  qu'un  subonionni-  doit  être  à  genoux. 

Les  bas  de  la  femme  exercent  aussi  uo  elTel  excitant  sur  le 
•malade,  mids  à  un  d^ré  moindre,  et  peut-être  uniquement  parce 
qn*lls  évoquent  Tidée  de  la  bottine.  La  passion  pour  les  bottines 
de  dames  a  augmenté  de  plus  en  plus,  et  ce  n^est  que  dans  ces 
dernières  années  qu*il  a  cru  s'apercevoir  d*une  diminution  de 
cette  passion.  Il  ne  va  plus  que  rarement  chez  les  filles  pu- 
bliques; en  outre,  il  est  capable  de  se  retenir.  Pourtant  cette 
passion  le  domine  encore  enlièremeo^  et  lui  gâte  tout  autre  plai- 
sir. Une  belle  bottine  de  dame  détournerait  ses  regards  du  plus 
beau  des  paysages.  Actuellement  il  va  souvent,  pondant  la  nuit, 
dans  les  couloirs  d'un  hôtel,  prend  des  bottines  de  dames  élé- 
gantes qu'il  bu i se,  qu'il  presse  contre  sa  figure,  mais  surtout 
contre  son  pénis. 

Le  malade,  qui  a  une  belle  situation  matérielle,  a  iail,  il  y  a 
quelque  temps,  un  voyage  en  Italie  dans  Tunique  but  de  devenir, 
sans  se  faira  connaître,  le  valet  d'une  femme  riche  et  de  haute 
position.  Ce  projet  n'a  pas  réussi. 

Il  est  venu  &  la  consultation  et  n*a  pas  suivi  de  traitement  mé- 
dical jusqu*ici.   


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉIIALE  107 

Le  récit  de  celle  maladie  que  nous  venons  de  reproduire, 
s'étend  jusqu'à  une  période  réceule,  peiidunl  laquelle  L...  m'a 
donné  par  correspondance  des  renseignements  sur  son  état  de 
santé. 

L'hisloice  qa*on  vient  de  lire,  se  passe  de  longs  conunentaires. 
Elle  me  parait  une  des  images  les  plus  exactes  de  la  maladie; 
elle  est  de  nature  à  éclaircir  Taffinité  supposée  par  Kraffl-Ebing 

entre  le  fétichisme  des  chaussures  et  le  masochisme  '. 

Le  principal  plaisir  pour  le  malade  c'est,  comme  il  Ta  déclaré 
toujours  et  sans  que  par  des  questions  on  lui  ait  suggéré  sa 
réponse,  la  soumission  à  la  femme  qui  doit  èlrc  placée  bien 
au-dessus  de  lui  et  par  sa  Ûerté  et  par  sa  grande  position 
sociale. 

Nombreux  sont  les  cas  où,  dans  les  limites  de  la  sphène 
des  idées  masochistes  complètement  développées,  le  pied,  la 
bottine  ou  la  hotte  d'une  femme,  considéi  és  comme  instru- 
ments d'huniiliaiiuu,  devieunent  l'objet  d'un  inlérf^t  sexuel 
tout  à  fait  particulier.  Dans  leurs  gradations  nombreuses 
qu'où  peut  facilement  suivre,  ils  représeiiLcnt  la  transition 
bien  reconnaissable  vers  d'autres  cas  dans  lesquels  les  pen- 
chants masochistes  sont  de  plus  en  plus  relégués  au  second 
rang  et  peu  à  peu  échappent  à  la  conscience,  tandis  que  l'in- 
térêt pour  le  soulier  de  la  femme  reste  vivace  dans  la  cons- 
cience et  présente  un  penchant  en  apparence  inexplicable. 
Ce  sont  de  nombreux  cas  de  fétichisme  de  la  chaussure. 

Les  adorateurs  si  nombreux  des  souliers  qui,  comme  tous 
les  féticliisles,  otïrent  aussi  quelque  intérêt  au  point  de  vue 
médico-légal  (vol  de  chaussures),  forment  la  limite  entre  le 
masochisme  et  le  fétichisme. 

On  peut  les  considérer  pour  la  plus  grande  partie  ou  même 

1.  Le  docteur  Moll  {op.  cit.,  p.  136)  fkît  cependant  remarquer,  contre  cette 
manière  de  voir,  dans  le  fétichisme  du  pied  et  des  chaussures  un  phénomène 
de  masochisme  parfois  latent  et  inexplicable  :  que  le  fétichiste  préfère  sou- 
vent des  bottines  à  hauts  talons,  des  chaussures  d'une  forme  particulière, 
teotM  eelles  à  boutons,  tantôt  les  vernies.  Contre  cette  objection  il  faut 
remarquer  d'abord  que  les  hauts  talons  caracléri^ent  la  bottine  de  la  femme 
et  qu  ensuite  le  fétichiste,  abstraction  f<iite  du  caractère  sexuel  de  son  peu- 
chant,  a  l'habitude  d'exiger  de  son  fétiche  certaines  particularités  de  nature 
•slb^Uque*  Compam  plas  loin,  Obserration  90. 


168 


PSYGHOPATHIA  SBXOALIS 


tous  comme  des  masochistes  larvés  avec  mobile  inconscient, 
chez  qui  le  pied  ou  le  soulier  de  la  femme  est  arrivé  à  une 
importance  par  lui-même,  comme  fétiche  masochiste. 

A  ce  propos  nous  allons  citer  encore  deux  cas  dans  les- 
quels les  chaussures  de  la  femme  forment  le  centre  de  Tin- 
térèt,  il  est  vrai,  mais  où  pourtant  des  penchants  maso- 
chistes manifestes  jouent  encore  un  r61e  important  (Com- 
parez observation  44). 

OusBRVATiON  60.  —  M.  X...,  vingt-cinq  ans,  né  de  parents 
sains,  n'ayant  jamais  eu  de  maladies  sérieuses,  met  à  ma  dispo- 
sition l'autobiographie  suivante. 

A  l'âge  de  dix  ans,  j'ai  commencé  à  me  masturber,  mais  sans 
idée  voluptueuse.  A  cette  époque  déjà,  je  le  sais  perlinf  mmont, 
la  vue  et  raltouchement  des  bottines  de  femmes  eleganles 
avaient  pour  moi  un  charme  particulier;  aussi  mon  plus  vif  désir 
était  de  pouvoir  me  chausser  de  semblables  bottines,  désir  que  jf 
réalisais  à  l'occasion  des  mascarades.  H  y  avait  encore  une  autre 
idée  qui  me  tourmentait:  mon  idéal  était  de  me  voir  dans  une 
situation  humble;  j*anrais  voulu  être  esclave,  battu,  bref  sobir 
tout  à  fait  les  traitements  qu*on  trouve  décrits  dans  les  nom- 
breuses histoires  d^esclaves.  Je  ne  saurais  dire  si  ce  désir  s^est 
•éveillé  en  moi  spontanément  ou  sHl  m*a  été  inspiré  à  la  suite  de 
.la  lecture  d'histoires  d'esclaves. 

A  l'âge  de  treize  ans,  je  suis  entré  en  puberté;  avec  les  éjaca- 
lations  qui  se  produisaient,  mes  sensations  de  volupté  s'accrurent, 
et  je  me  masturbai  plus  fréquemment,  souvent  deux  ou  trois  fois 
par  jour. 

Dès  l'âge  de  douze  ans  jusqu'à  ^cize  ans,  je  me  figurais  tou- 
jours, pendant  l'acte  de  la  maslurbalion,  qu'on  me  forçait  de 
porter  des  bottines  de  fille.  La  vue  d'une  bottine  élégante  au 
pied  d'une  fille  un  tant  soit  peu  belle  me  grisait,  et  je  reniflais 
avec  avidité  Todeur  du  cuir.  Afin  de  pouvoir  sentir  du  cuir  pen- 
dant Tacte  de  la  masturbation,  je  m*aGhetai  des  manchettes  en 
cuir  que  je  reniflais  en  me  masturbant.  Mon  enthousiasme  pour 
les  bottines  de  femme  en  cuir  est  encore  le  même  aujourd'hui, 
seulement,  depuis  l'âge  de  dix-sept  ans,  il  s'y  mêle  aussi  le  désir 
d'être  valet,  de  cirer  des  bottines  de  femmes  distinguées,  d'être 
obligé  de  les  aider  à  se  chausser  et  à  se  déchausser. 

Mes  rêves  nocturnes  ne  me  montrent  que  des  scènes  où  les 


NBURO-PSYGHOPATHOLOGIC  GélfÉRAIiB  1(9 


boUines  jouent  un  certain  rôle  :  tantôt  je  suis  couché  aux  pieds 
d'une  (lame  pour  renitler  et  Ircher  sos  bollincs. 

Depuis  un  an,  j  ai  renoncé  à  ronanisme  el  je  vais  ad  pueUas\ 
le  coït  ne  peut  avoir  lieu  que  lorsque  je  concentre  ma  pensée  sur 
des  bottines  de  dame  à  boulons;  à  l'occasion,  je  prends  le  soulier 
dela/fiie//a  dans  le  lit.  Itt  n*ai  jamais  eu  de  malaises  A  la  suite 
de  mes  actes  d'onanisme  d^aut^fois*  J*apprends  avec  fticililé,  j'ai 
une  bonne  mémoire  et  jamais  de  ma  vie  je  n*at  eu  de  maux  de 
téle.  Voilà  tout  ce  qm  concerne  ma  personne. 

Encore  quelques  mots  concernant  mon  frère.  J*ai  la  ferme 
cOBTiction  que,  lui  aussi,  il  est  fétichiste  du  soulier;  parmi  les 
nombreux  faits  qui  me  le  prouvent  je  ne  relève  que  le  suivant  :  il 
éprouve  un  immense  plaisir  à  se  laisser  pif^tiner  sur  le  corps  par 
une  belle  cousine.  D'ailleurs  je  me  fais  fort  do  dire  d'un  homme 
qui  s'arrête  devant  un  magasin  df  cliaussurf^  pour  regarder  les 
marchandises,  si  c'est  un  «  amant  d<'s  souliers  »  ou  non.  Cette 
anomalie  est  très  fréquente;  quand,  en  compagnie  de  camarades, 
j'amène  la  conversation  sur  la  question  de  savoir  qu'est>ce  qui 
eidlele  plus  chez  la  femme,  j  entends  très  souvent  déclarer  qtte 
c'est  plutôt  la  femme  habillée  que  la  femme  nue;  mais  chacun  se 
garde  bien  de  nommer  son  fétiche  spécial. 

Je  suppose  aussi  qn*un  de  mes  oncles  est  fétichiste  du  soulier. 

« 

ODSERVATioir  61  (Rapportée  par  Manlegazzadans  ses  Étude»  on- 

ikropolo^ues).  — X...,  américain,  de  bonne  famille,  bien  cons- 
titué au  point  de  vue  physique  et  moral,  n'était,  depuis  Tâge  de 
la  puberté,  excité  qnr  par  des  souliers  de  femme.  Le  corps  de  la 
femme  et  même  le  pied  nu  ou  seulement  chaussé  d'un  bas  ne  lui 
faisaient  aucune  impression,  mais  le  i)i(îd  chaussi'  d'un  soulier  ou 
même  le  soulier  seul  lui  «'ausaicnt  des  érections  et  même  des 
éjaculalions,  il  lui  sullisait  seulement  de  voir  des  bottes  élé- 
gantes, c'est-à-dire  des  bottines  de  cuir  noir  boulonnées  sur  le 
côté,  et  avec  de  hauts  talons.  Son  instinct  génital  était  puis* 
samment  excité  lorsqall  touchait  ou  embrassait  ces  bottines 
on  bien  qu'il  s*ett  chaussait  Son  plaisir  augmente  quand  il  peut 
planter  des  clous  dans  les  talons,  de  façon  à  ce  qu'en  marchant 
les  pointes  des  clous  s^nfoncent  dans  sa  chair.  Il  en  éprouve 
des  douleurs  épouvantables  mais  en  même  temps  une  véritable 
volupté.  Son  suprême  plaisir  est  de  se  mettre  à  genoux  devant 
les  beaux  pieds  d'une  dame  élégamment  chaussée  et  de  se  laisser 
fouler  par  ces  pieds.  Si  la  porteuse  de  ces  souliers  est  une  femme 


170  PSTGHOPATHU  SBXUAUS 

laide,  les  chaussures  nn  produîsent  pas  d'effet  et  rimaginalioodu 
malade  se  refroidit.  S  il  n  a  a  sa  dispositiou  que  des  souliers,  il 
arrive  par  son  imagination  à  y  rattacher  une  belle  femme,  et 
alors  réjacalalion  se  produit.  Ses  trêves  noetunies  nVnl  pour 
objet  que  des  bottines  de  belles  femmes.  La  vue  des  souliers  de 
femmes  dans  les  étalages  choque  le  malade  comme  quelque 
chose  de  contraire  à  la  morale,  tandis  qu*mie  conversation  sur 
la  nature  de  la  femme  lui  parait  inoffensive  et  inepte.  A  plusieurs 
reprises,  il  a  tenté  le  coxt,  mais  sans  succès.  Il  n'arrivait  jamais  à 
réjaculation. 

Dans  le  cas  suivant,  réldment  masochiste  est  encore  assez 
distinct,  mais  à  càiS  il  y  a  aussi  des  vélléités  sadistes  (Com- 
parez plus  haut  les  tortureurs  de  bêtes). 

OsSERVATiON  62.  —  Jeutto  homme  vigoureux,  vinglrsix  ans.  Ce 

qui  Texcite  sensucllement  dans  le  beau  sexe,  ce  sont  unique- 
ment des  bottines  élégantes  aux  pieds  d'une  femme  bien  «  chic  », 
surtout  quand  les  l)ottiiies  sont  de  rutr  noir  [avec  un  talon  très 
haut.  La  Ijottine  sans  la  porteuse  lui  suffit.  C'est  sa  supr/^mp  vo- 
lupté de  voir  la  bottine,  de  la  j)alper  et  de  Vembrasser.  Le  pied  nu 
d'une  dame  ou  seulemeiiL  chaussé  d'un  !  ,i>  le  laisse  absolument 
froid.  Depuis  son  enfance  il  a  uu  laihle  pour  les  bottines  de  danses. 
X...  est  puissant;  pendant  Taclc  sexuel,  il  TauL  que  la  per:>oune 
soit  élégamment  mise  et  qu'elle  ait  avant  tout  de  belles  bottines. 
Arrivé  à  Tapogée  de  Témotion  voluptueuse,  des  idées  crudies 
se  mêlent  à  son  admiration  des  bottines.  Il  fout  qu*il  pense  av«e 
délice  aux  doulèurs  d'agonie  qu*a  souffert  Fanimal  dont  la  pean 
a  fourni  la  matière  des  bottines.  De  temps  en  temps,  il  se  sent 
poussé  h  apporter  des  poules  et  d'autres  animaux  vivants  chez  la 
Phryné  pour  que  celle-ci  les  écrase  de  ses  élégantes  bottines  et 
lui  pro«  ure  ainsi  une  plus  grande  volupté.  Il  appelle  ce  procédé 
«  sacrifier  aux  pieds  de  Vénus  o.  D'autres  fois,  la  femme  chaussée 
est  obligée  de  le  piétiner;  plus  elle  l'écrase,  plus  il  éprouve  de 
plaisir. 

Jusqu'à  il  y  a  un  an,  il  sè  contentait,  couimt  il  ne  trouvait  aucun 
charme  à  la  femme  même,  de  caresser  des  bollines  de  femmes 
de  son  goût,  et,  au  milieu  de  ces  caresses,  il  avait  des  éjaculations 
et  une  satisfaction  complète  (Lombroso,  ArcAto.rf>/9mAta/rHi,IX, 
fascic.  3). 

Le  cas  suivant  rappelle  eu  partie  le  troisième  de  cette  série 


NEUaO-PSYCHUPATHOLOGIE  GÉNÉKALE 


i71 


par  rioférèt  que  le  malade  attache  aux  clous  des  souliers 
(comme  causes  de  douleur)  et  en  [wrtie  le  quatrième  cas  en 
ce  qui  concerne  les  éléments  sadiques  qui  se  font  discrète- 

meal  senlir. 

Observation  63.  X...,  trente-quatre  ans,  Tnari(%  issu  de 
parents  névropatl^iques  ;  dans  son  enfance,  a  souffert  de  convul- 
sions graves;  ^étonnamment  prf'cocp  (à  l'â^c  de  Iroh  ans  il  savait 
Vire  !  mais  développé  dans  une  seule  direction,  nerveux  dès 
sa  première  enfance  ;  a  été  saisi  à  !'Af:e  de  sept  ans  du  violent 
désir  dti  s'occuper  de  souliers  de  fenanes  ou  plulùt  des  clous  de 
ces  souliers.  Les  voir,  mais  plus  encore  les  toucher  et  les  compter, 
procurait  à  X...  un  plaisir  indescriptible. 

Pendant  la  nuit,  il  lui  fallait  se  figurer  comment  ses  cousines  se 
font  preadre.mesures  pour  des  bottines,  comment  il  clouait  à  Tane 
d'elles  un  fer  à  chcTal  ou  lui  coupait  les  pieds. 

Avec  te  temps,  ces  scènes  de  souliers  ont  pris  empire  sur  lui 
pendant  la  journée,  et  sans  grande  peine  elles  provoquaient  des 
érections  et  des  éjaculations.  Souvent  il  prenait  des  souliers  de 
femmes  demeurant  dans  le  même  appartement  ;  il  lui  sufOsait  de 
les  toucher  avec  son  pénis  pour  avoir  une  éjaculation.  Pendant 
quelque  temps,  alors  qu'il  était  étudiant,  il  réussit  à  refouler 
ces  idées.  Mais  il  vint  un  temps  où  il  se  sentit  forcé  de  guetter 
ne  fût-ce  que  le  bruit  des  pas  féminins  sur  le  pavé  des  rues,  ce 
qui  le  fçiisail  frémir  de  volupté,  de  même  que  de  voir  planter  des 
clous  dans  des  bottiocs  de  femmes,,  ou  de  voir  des  ctàuussures  de 
femmes  étalées  dans  les  vitrines  des  magasins.  11  se  maria,  et, 
dsns  les  premiers  mois  de  son  mariage,  il  n^eutpas  de  ces  impul- 
sions. Peu  à  peu,  il  devint  hystérique  et  neorasthéniquè. 

A  cette  période,  il  avait  des  accès  hystériques  aussitôt  qu'un 
cordonnier  lui  parlait  de  clous  de  souliers  de  dames  ou  de  l'acte 
de  clouer  les  talons  des  souliers  de  femmes.  La  réaction  était 
encore  plus  violente  quand  11  voyait  une  belle  femme  avec  des 
souliers  à  gros  clous.  Pour  avoir  des  éjaculations,  il  lui  suffisait 
de  découper  en  carton  des  talons  de  souliers  de  dames  et  d'y 
planter  des  clou?,  on  bien  il  achetait  des  souliers  de  dames,  y  fai- 
sait mettre  des  clous  dans  un  magasin,  les  traînaitsur  le  parquet, 
chetiui,  et  entin  les  touchait  avec  le  bout  de  son  pénis.  Mais  spon- 
tanément aussi  il  lui  venait  des  images  voluptueuses  de  souliers, 
et  au  milieu  de  ces  scènes  il  se  satisfaisait  par  la  masturbation. 

X...  estasses  intelligent,  sélé  dans  son  emploi,  mais  il  lutte  en 


172 


PSYGHOPATHIA  SEXUALIS 


vain  contre  sa  perversion.  Il  esl  allcint  de  phimosis:  le  pénis  est 
court  et  incurvé  à  sa  base,  très  peu  apLc  à  l'éreclion.  Uu  Jour  le 
malade  se  laissa  aller  à  se  masturber  en  présence  d'une  dame 
arrêtée  devant  la  boutique  d'un  cordonnier  ;  il  fUt  arrêté  comme 
criminel.  (Blanche,  Arekiwt  de  neurolitgie,  1882*  n*"  2S.) 

11  faut  encore  rappeler  h  ce  propos  lo  cas  (cité  plus  loin, 
observation  111)  dVn  individu  atteint  d'inversion  sexuelle 
et  dont  la  sexualité  n'était  préoccupée  que  de  bottines  de 
domestiques  masculins.  Il  aurait  voulu  se  laisser  piétiner  sur 
le  corps  par  eux,  etc. 

Un  élément  masochiste  se  manifeste  encore  dans  le  cas 
suivant. 

Observation  64  (D*^  Pascal,  /ginie  def  ainore).  —  X...,  négociant, 
a  périodiquement,  surtout  quand  il  fait  mauvai*;  tfmps, 
désirs  suivants.  11  aborde  une  prostituée,  la  preinu*re  venue,  et 
la  pr  if  (Ir*  venir  avec  lui  ehez  un  cordonnier  où  il  lui  achète  une 
belle  paire  de  boUincs  vernies,  il  la  condition  qu'elle  3'en  chausse 
immédiatement.  Cela  fait,  la  femme  doil  lia  verser  les  rues,  aulaal 
que  possible  dans  les  endroits  les  plus  sales  et  les  ruisseaux  pour 
bien  crotter  les  bottines.  Puis,  X...  conduit  la  personne  dans  an 
bdtel  et,  k  peine  enfermé  avec  elle  dans  la  chambre,  il  se  préci- 
pite sur  ses  pieds,  y  frotte  ses  lèvres,  ce  qui  lui  procure  on  plaisir 
extraordinaire.  Après  avoir  nettoyé  les  bottines  de  cette  façon,  il 
fait  un  cadeau  en  argent  à  la  femme  et  s*en  va. 

De  tous  cps  cas  il  ressort  que  le  soulier  esl  un  fétiche  chez 
le  masochisl»',  (évidemment  en  raison  des  rapports  qui  exis- 
tent entre  l'image  du  pied  chaussé  de  la  femme  et  Tidée 
d'être  piétiné  et  humilié. 

Si  donc,  dans  d'autres  cas  de  fétichisme  du  soulier,  la  bot- 
tine de  la  femme  se  montre  comme  seul  excitant  des  désirs 
sexuels,  on  peut  supposer  qu'alors  les  mohiles  masochistes 
sont  restés  à  Tétat  latent.  LMdée  d*âtre  foulé  aux  pieds,  reste 
dans  les  profondeurs  du  domaine  de  Tinconscient,  et  c*est 
ridée  seule  du  soulier,  en  tant  que  moyen  pour  réaliser  ces 
actes,  qui  surgit  dans  la  conscience.  Ainsi  s'expliquent  bieu 
des  cas  qui  autrement  resteraient  tout  à  fait  inexplicables. 


NËLaO-PSYCUOPAmOLOGl£  (iÉNÉUALË 


173 


Il  s*8git  là  d^un  masocliisme  larvé  dont  le  mobile  pourrait 
paraître  inconscient^  sauf  dans  le  cas  exceptionnel  où  il  est 

établi  que  son  origine  est  due  à  une  association  d'iddes  pro- 
voquée par  un  incident  précis  dans  le  passé  du  maluUei  ainsi 
qu'on  le  verra  dans  les  observations  87  et  88. 

Ces  cas  de  penchant  s»'\uel  pour  les  souliers  de  femme, 
sans  motif  conscient  et  sans  qu'on  en  ait  pu  établir  la  cause 
ni  l'origine,  sont  tr^s  nombreux  Nous  citerons  comme 
exemples  les  trois  faits  suivants. 

OBSEavATiON  65.  —  Ecclésiastique,  cinquante  ans.  Il  si*  monire 
de  temps  en  temps  dans  des  maisons  de  prustiluues,  sous  prê- 
tezle  de  louer  une  cbambre  dans  ces  maisons  ;  il  entre  en 
coaTersation  avec  une  puella^  lance  des  regards  de  convoitise 
vers  les  souliers  de  la  femme,  lui  en  ôte  un,  o$eulaiur  et  mordit 
eatigam  UUdine  ceptu$;ad  genitatia  demque  coUgam  prtmU^eJo' 
tulal  temm  semineque  eJaeuUtto  axUim  peetwque  ieritt  revient  de 
son  extase  voluptur^use,  demande  à  la  proprîélaire  du  soulier  la 
liiveur  de  le  garder  quelques  jours  et  le  rapporte  avec  mille 
remerciements  après  le  délai  fixé.  (Cantarano,  La  Piiehiatr'uit 
V.  p.  205.) 

Obsrrvation  66.  —  Z...,  étudiant,  vingt-trois  aus,  issu  d'une 
fkmille  tarée  ;  la  sœur  était  mélancolique,  le  frère  souffrait 
A^kjftteria  vmiit.  Le  malade  fut,  dés  sa  première  enfance,  un  être 
étrange,  a  souvent  des  malaises  hypocondriaques.  En  lui  donnant 
une  consultation  pour  une  «  maladie  de  l'esprit  »,  je  trouve  chez 
M  un  homme  i  rintelligence  embrouillée,  taré,  présentant  des 
symptômes  neurasthéniques  et  hypocondriaques.  Mes  soupçons 
de  masturbation  se  confirment.  Le  malade  fait  des  révélations 
très  intfTCSsantes  sur  sa  vita  scTttnlis. 

A  l  àge  de  dix  ans,  il  s'est  senti  vivement  attiré  par  U;  pied 
d'un  cainarn  il  .  A  Vîi^i)  de  douze  ans,  il  a  commencé  à  s'enthou- 
siasmer pour  les  pieils  de  femmes.  Celait  pour  lui  un  plaisir 
délicieux  de  les  vou-.  A  l'âge  de  quatorze  ans,  il  commença  à  pra- 
tiquer Tonanisme,  en  se  représentant  dans  son  imagination  un 
très  beau  pied  de  femme.  A  partir  de  ce  moment,  il  s*extasiait 

t.  Au  ft-lichisme  (lu  pietl  se  rattachent  f'vidninraont  ces  fails  de  certains 
individus  qui,  non  saUsfoits  par  le  coït  ou  incapables  de  l'accotuplir,  le  rem- 
plteenk  ar  le  tritut  memhri  ïnlcr  pede*  muiMi, 


174 


PSYCHOPATHU  SEXUAUS 


devant  les  pieds,  de  sa  sœur  qui  avait  trois  ans  de  pins  que  lai. 
Les  pieds  d^autres  dames,  en  tant  qae  çeUes-d  lui  étaient  sympa- 
thiques, rexdlaient  sexuellement.  Chez  la  femme,  il  n*y  a  que  le 
pied  qui  Tintéresse.  L'idé6  d*un  rapport  sexuel  avec  une  femme 
lui  fiUt  borreur.  Il  n'a  jamais  essayé  de  faire  le  coït.  A  partir  de 
douze  ans,  il  n'éprouve  plus  aucun  intérêt  pour  le  pied  masculin. 
•  La  forme  de  la  chaussure  du  pied  féminin  lui  est  indiiïrrente; 
ce  qui  f'^f  iin|iott:int  r'cst  que  la  pcr-^nniie  lui  soit  sympathique. 
L'id<^e  de  jouir  des  pieds  de  prostiluees  lui  inspire  du  dégoût. 
Deputs  des  années,  il  est  amoureux  des  pieds  de  sa  «œur.  Rien 
qu'en  voyant  ses  souliers,  sa  sensualité  se  trouve  \ioleniuieul 
excitée.  Une  accolade, un  baiser  de  sa  sœur  ne  produisent  pas  cet 
elEBt.  Son  suprême  bonheur  est  de  pouvoir  enlacer  le  pied  d'une 
femme  sympathique  et  d  y  poser  ses  lèvres.  Souvent  il  fût  lenté 
de  toucher  avec  son  pénis  un  des  souliers  de  sa  sœur;  mais  jus- 
qu*iei  il  a  su  réprimer  ce  désir,  d'autant  plus  que,  depuis  deux 
ans,  sa  laiblesse  génitale  étant  très  grande,  Taspect  d'un  pied 
suffit  pour  le  faire  éjaculer. 

On  apprend  par  son  entourage  que  le  «  malade  »  a  une  «  admi- 
ration ridicule  »  pour  les  pieds  de  sa  sœur,  de  sorte  que  celle-ci 
l'évite  et  tâche  toujours  de  lui  cri«-hor  ses  pieds.  Le  malade  sent 
lui-même  que  son  penchant  sexuel  pervers  est  morbide,  et  il  est 
péniblement  impressionné  de  ce  que  ses  fantaisies  malpropres 
aient  précisément  choisi  comme  objet  le  pied  de  sa  propre  sœur. 
Autant  qu'il  lui  est  possible,  il  évite  les  occasions  et  cherche  à  se 
compenser  par  la  masturbation  au  cours  de  laquelle  il  a  toujours 
présents  dans  son  imagination  des  pieds  de  femmes,  ainsi  que 
dans  ses  pollutions  nocturnes.  Quand  le  désir  devient  trop  vio- 
lent, il  ne  peut  plus  résister  à  Tenvie  de  voir  les  pieds  de  sa  sœur. 

Immédiatement  après  réjaculation,  il  est  pris  d*un  vif  dépit 
d'avoir  été  trop  faible.  Son  afTecllon  pour  le  pied  de  sa  sœur  lui  a 
valu  bien  des  nuits  blanches.  Il  s'étonne  souvent  qull  puisse  tou- 
jours continuer  à  aimer  sa  sœur.  Bien  qu'il  trouve  juste  que  sa 
sœur  cache  ses  pieds  devant  lui,  il  en  est  souvent  irrité,  car  cela 
l'enipèche  d'avoir  sa  pollution  t,o  malade  insiste  sur  le  fait  qu'au- 
trement il  est  d'une  bonne  moralité,  ce  qui  est  confirmé  par  son 
entourage. 

Obskuvation  (î7.  —  S...,  de  New- York,  est  accusé  de  vols  com- 
mis sur  la  voie  publique.  Dans  son  ascendance,  il  y  de  nom- 
breux cas  de  folie;  le  frt^re  et  la  sœur  de  son  père  sont  égale- 
ment anormaux  au  pomt  de  vue  intellectuel.  A  l'âge  de  sept  ans, 


:«EURO-PSYGHOPATHOLO€;iE  GÉNÉBALB 


il  «ut  deux  fois  un  violent  ébranlement  du  cerveau.  A  Và^  de 
treize  ans,  il  est  tombé  d*an  balcon.  A  TAge  de  quatorze  ans,  S... 
eut  de  violents  maux  de  Idte.  Au  moment  de  ces  accès,  ou  du 
moins  immédiatement  après,  il  se  inaoifeslait  en  lui  un  pen- 
chant étrange  à  voler  un  soulier,  jamais  une  paire,  appartenant 
iQX  mpinl»res  féminins  de  sa  famille,  et  de  le  cacher  dans  un 
coin.  Quand  on  lui  fait  dos  reproclies,  il  nie  ou  il  prétend  ne  plus 
se  rappf'lor  cette  al];iirt  L  envie  de  prendre  des  souliers  lui  vient 
périodiquement  tous  let^  Irois  ou  quatre  mois.  Une  fois  i!  a  essa^ré 
de  dérober  un  soulier  au  pied  d'uue  bonne:  une  autre  fois  il  a 
enlevé  un  soulier  de  la  chambre  de  sa  sœur.  Au  printemps,  il  a 
déchaussé  par  force  deux  dames  qui  se  promenaient  dans  la  rue 
et  leur  a  pris  leurs  souliers.  Au  mois  d*aoAt,  S...  quitta  de  bon 
matin  son  logement  pour  aller  travailler  dans  Tatelier  dUmpri- 
merie  où  il  était  employé  comme  typographe.  . 

Un  moment  après  son  départ,  il  arracha  A  nne  fille,  dans  la  rue, 
on  soulier,  se  sauva  avec,  et  courut  à  son  atelier  oti  on  Tarrèta 
pour  vol. 

Il  prétend  ne  pas  savoir  grand*chose  sur  son  action  ;  à  la  vue 
du  soulier,  il  lui  vient,  comme  un  éclair  subit,  l'idée  qu'il  en  a 
besoin.  Dans  quel  but?  11  n'en  sait  rien.  Il  a  agi  avec  absence 
dVsprit.  Le  soulier  se  trouvait,  comme  ill  avoua,  dan*;  une  poche 
dt'son  veston.  En  prison  il  était  dans  un  tel  état  de  surexcitation 
mentale  qu'on  craignit  un  accès  de  folie.  Remis  en  liberté,  il 
enleva  encore  les  souliers  du  sa  femme  pendant  qu'elle  dormait. 
Son  caractère  moral,  son  genre  de  vie  étaient  irréprochables. 
(Tétait  un  ouvrier  intelligent;  seulement  les  occupations  variées 
qni  se  suivaient  trop  rapidement  le  troublaient  et  le  rendaient 
incapable  de  travailler.  Il  fut  acquitté.  (Nichols,  Amerie  J, 
1B59;  Beck,  MedUal  jurUprud.^  1860,  vol.  I,  p.  733.) 

Le  D*  Pascal  [op.  cit.)  a  cité  encore  quelques  observations 
analogues  et  beaucoup  d'autres  m*ont  été  communiquées  par 
des  collègues  et  des  malades. 

C,  —  ACTIS  HAtrBOPHBS  COIOIIS  DANS  LE  BUT  DE  S*HinilLtER 
ST  DE  SB  PHOCURBR  UNE  SATISPAGTIOlf  SBXOEtXB.  ^  MASOCBISMS  LARVÉ 

On  a  constaté  de  nombreux  exemples  d*hommes  pervers 
dont  Texcitation  sexuelle  était  produite  par  les  sécrétions  ou 


176 


PSYCliOPATHIA  SEXUAUS 


même  par  les  exerémeots  des  femmes,  qu'Us  cherchent  à 
toucher.  •  ^  ^ 

Ces  cas  ont  probablement  toujours  comme  base  un  peu- 
chant  obscur  au  masochisme,  avec  recherche  de  la  plus  basse 
humiliation  de  «toi-même  et  efforts  pour  y  arriver. 

Coltc  corrélation  se  dégage  nettement  des  aveux  faits  par 
(les  personnes  atteintes  do  celte  hideuse  perversion.  L'obser- 
vation (ju'on  va  lire  plus  loin  et  qui  concerne  un  individa 
atteint  dUnversion  sexuelle,  est  très  inslrucLive  sous  ce  rap- 
port. 

Le  sujet  de  cette  observation  ne  s'extasie  pas  seulement  i 
ridée  d*ètre  Tesclave  de  Thomme  aimé,  invoquant  pour  cela 
le  roman  La  Vénus  à  la  fourrwfe  de  Sacher-lfasocb,  std 
eiiam  sibi  fmgit  amaiumposeere  ui  crepidas  sudore  diffluentes 
ùlfaeial  ejvsqite  siereore  ve$caiur,  ùeinde  narrai,  g  nia  mm 
kaheat,  quœ  confimjat  et  exopiet,  eorum  loco  suas  crepidas 
sudore  infectas  olfacere  sttoque  siereore  vesct\  inter  quw  facla 
pene  erecto  se  volupUUf  perlurbari  semenque  ejaculari. 

La  signification  masochiste  des  actes  dé[,'oûtanls  existe 
encore  clairement  dans  le  cas  suivant  qu'un  coUè^^ue  m'a 
communiqué. 

ObservahOH  68.  —  H.-R.  G...,  propriétaire,  major  en  retraite, 
qui  est  mort  a  Tège  de  soixante  ans,  est  issu  d'une  famille  où 
la  légèreté,  les  dettes  et  le  relâchement  des  idées  éthiques  soat 
héréditaires.  Dès  sa  jeunesse,  il  s'adonna  aux  débauches  les 
plus  folles.  Il  élail  (  onnu  comme  organisateur  «  des  bals  de  nu  ». 
D'un  caractère  brutal  el  cynique,  mais  sévère  et  exact  dans  son 
service  militaire  qu'il  a  dû  quitter  pour  une  affaire  malpropre 
qui  n*a  jamais  élé  divulgn(^e,  il  vécut  en  particulier  pendant  dix- 
sept  ans.  Insouciant  de  l'adiiiinislralion  de  sa  fortune,  il  s'intro- 
duisait partout  i-iimine  viveur;  mais  on  l'évitait  à  cause  de  sa 
lascivité.  Maigre  su  brusquerie,  on  lui  lit  sentir  qu'il  était  mis 
au  ban  de  la  bonne  société.  Voilà  ce  qui  le  décida  à  fréquenler 
ensuite  de  préférence'  le  monde  commun  des  cochers,  des  ouvriers 
et  le  «  zinc  »  des  cabarets.  . On  n*a  pu  établir  s'il  avait  des  rap- 
ports sexuels  avec  des  hommes;  mais  il  est  bien  certain  que, 
même  à  un  âge  avancé,  il  organisait  avec  un  monde  très  mélangé 


NBURO-PSYGHOPAtHOLOGIE  GÉNÉRALE 


477 


<Ics  symposies,  et,  jnsqu'À  la  ftp  de  ses  jours,  il  garda  la  réputa- 
tion d'uD  débauché. 

Dans  Ips  dernières  anru^es  de  sa  vie,  il  avait  pris  l'Iiabilude  de 
slationuer  le  soir,  près  des  maisons  en  construelion  :  il  choisis- 
sait, parmi  les  ouvriers  qui  qjiiltaieul  le  bâtiment,  les  plus  sales 
et  les  invitait  à  raccompuguer. 

n  est  bien  établi  qnlî  faisait  déshabiller  ces  journaliers,  qu'il 
leur  suçait  ensuite  Torteil,  et  que,  par  ce  procédé,  il  réveillait 
son  libido  qu'il  satisfaisait  ensuite. 

Cantarano  a  publié  aussi  dans  Im  Psichiatria  (V.  Année, 
p.  207)  une  observation  d'un  individu  qui,  avant  de  pratiquer 
le  coîl,  et  pour  la  même  raison,  suçait  et  mordait  1  orteil  de 
la  puella  qui  depuis  longtemps  n'avait  pas  été  lavé. 

J'ai  connu  plusieurs  cas  où  en  dehors  d'autres  actes  maso- 
chistes (mauvais  traitements,  humiliations) »  les  malades 
s'adonnaient  à  ces  penchants  dégoûtants,  et  les  dépositions 
faites  par  ces  individus  mêmes  ne  laissent  plus  subsister 
aucun  doute  sur  la  si^nilicalioii  de  ces  actes  malpropres.  De 
pareils  faits  nous  aident  à  coaipremliv*  d'autres  cas  qui,  si  on 
ne  les  t  ii\ i'^a«;enil  pas  dans  leurs  associations  avec  le  penchant 
masochiste  à  Thumiliation,  deviendraient  absolumeul  ioex- 
plical)Ies 

11  est  cependant  vraisemblable  (jue  l'individu  pervers  n*a 
pas  conscience  de  la  vraie  signification  de  ce  penchant,  et  qn*il 
ne  se  rend  compte  que  de  son  envie  pour  les  choses  dégoû- 
tantes. Par  conséquent,  là  aussi  il  y  a  masochisme  larvé. 

A  cette  catégorie  de  pervertis  appartiennent  d  autres  cas 
obsen'és  par  Cantarano  {;mV/io  et  dans  un  autre  cas  même 
flefcPcatio  j)Uf'(l,v  (l'I  nngnam  vin  anle  acium,  usajro  d'ali- 
mcrits  à  (uleur  leeale  pour  être  puissant  et  enfin  le  cas  sui- 
vant qui  m'a  été  également  communiqué  par  uu  médecin. 

0B8BRV4TION  69.  —  Un  prÎDce  russe  très  décrépit  a  fait  déféquer 

1-  H  y  a,  dans  ces  cas,  analogie  avec  les  excès  du  délire  religi<'iis.  LVxIa- 
ti'|iic  religieuse  Antoinette  Bi^uvignon  <le  la  Porte  mélangeait  sa  nourriture 
avec  des  «fscn-nionls  afin  Je  i'f  mortilicr  (Zinimerniann,  op.  cil.,  p.  12 li. 
Marie  Alacoquc,  béaliiii-c  de|m»»,  léchait,  pour  sa  morlilication,  Ics^dcjectious 
des  malades  et  suçait  leurs  orteils  couverts  de  plaies. 

rsTcoorAtau  snuius.  12 


178 


PSTGHOPATHIA  SEXUALIS 


sa  mal  tresse  sur  sa  poitrine;  e!le  dut  s'accroupir  au-dessus  de 
lui  ea  lui  tournant  le  dos.  De  cette  manière,  il  a  pu  réveiller 
les  restes  de  son  H^do, 

Un  antre 'entrelient  très  généreusement  une  maîtresse,  à  la 
eondition  qu*elle  mange  exclasivement  du  pain  d'épice.  l/t  Hbiii' 
nosus  fiât  et  efaculare  pomt,  exeremenln  feminsB  ore  exdpit*  Un 
médecin  brésilien  m*a  raconté  plusieurs  cas  de  defseeatio  fmvMt 
in  ot  viri  qui  sont  parvenus  h  sa  connaissance. 

De  pareils  faits  aniveat  partout  et  ne  sont  pas  rares. 
Toutes  les  si^crétions  possibles,  la  salive,  la  mucosité  nasale 
et  mônie  le  cérumen  des  oreilles  sont  employés  dans  ce  but 
et  avalés  avec  avidité,  oscuiaad  nates  cl  môme  ad  anum.  (Le 
D' MoU,  op,  €it,t  p.  iS^,  rapporte  des  faits  analogues  chez 
les  homosexuels).  Le  désir  pervers  très  répandu  de  pratiquer 
le  cunnilungits  provient  peut-être  souvent  de  velléités  maso- 
chistes. 

Pelanda  (Arehimo  di  Psîehiaina  X,  /ascicoldS-i)  rapporte  le 
fait  suivant. 

Observation  70.  —  W...,  quarante-cinq  ans,  taré,  était,  dès 
Tâge  de  huit  ans,  adonnt'  à  la  maslurbalion.  .4  decimo  sexto  anno 
{if)i(ih}/*s  fturrx  hibendo  récent''!}}  frmiiififum  itrinam  satinv'tt.  Tanin 
erat  vnbipta.-i  urinam  bibenlis  ul  iiec  aliquid  olfaceret  née  saptrel, 
furr  fac'ipns.  Apres  l'avoir  bu.  il  éprouvait  toujours  du  dégoût, 
avait  mal  au  cœur  et  se  jurait  de  ne  plus  recommencer,  l'ne 
seule  fois  il  éprouva  le  môme  plaisir  en  buvant  l  uriae  d'un 
garçon  de  neuf  ans,  avec  lequel  il  s'était  livré  une  fois  à  la 
feltatio.  Le  malade  est  atteint  de  délire  épileptique. 

Les  faits  cités  dans  ce  groupe  sont  en  parfaite  opposition 
avec  ceux  du  groupe  des  sadisles. 

Il  faut  classer  dans  cette  catégorie  les  faits  plus  anciens  que 
Tardieu  [Étude  médico-légale  sur  les  attentats  aux  mœun^ 
p.  206)  avait  déjà  observés  chez  des  individus  séniles.  Il  décrit 
comme  «  renillcurs  »  c^wx  qui  in  secretos  locos  nimiruin  ihea- 
Irorum  pofiticosconrmicnfrs  r/Ho  complures  femintT  ad  mictU' 
rit'nduni  fesiiiiaiii,  pcr  nares  urina/i  adore  excilati^  illico  se 
invicem  poUuunl. 


NBURO-PSYGROPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


179 


Les  «  stercoraires  »  dont  parle  Taxil  [La  prostitution  con- 
temporaine) sont  uniques  dans  ce  genre. 

Eiilin,  il  faut  encore  donner  place  ici  au  lait  suivant  qui 
m'a  été  communiqué  par  un  médecin, 

Observation  71.  —  Un  notaire,  connu  dans  son  eotourage 
comme  un  origioal  et  un  misanthrope  depuis  sa  jeunesse  et 
qui,  pendant  qa*îl  fiiisait  ses  études,  était  très  adonné  à  Tona- 
nisme,  avait  Thabitude,  comme  il  le  racoute  lui*m6me,  de 

stimuler  ses  désirs  sexuels  en  prenant  un  certain  nombre  de 
feuilles  de  papier  de  iatrine  dont  il  s*était  servi  ;  il  les  étalait  sur 
la  couverture  de  son  lit,  les  regardait  et  reniflait  jusqu'à  ce  que 
lereclion  produisit,  érection  dont  il  se  servait  ensuite  pour 
accomplir  l'acte  de  la  masturbation.  Après  sa  mort,  on  a  trouvé 
pns  d»'  son  lit  un  graud  panier  rempli  df  ces  papiers.  Sur 
riiutjiu-  feuille,  il  avait  soigneusement  nott'  la  date. 

Il  s'agit  ici  probablement  d'une  évocation  imaginaire  d'actes 
accomplis,  comme  dans  les  exemples  précédents. 

/>.  —  LB  HASOCniSMfi  COEÂ  LA  FSMMB 

Chez  la  femme,  la  soumission  volontaire  à  Taulre  sexe  est 
un  pht'nomùne  ptiysiologique.  Par  suite  de  son  rôle  passif 
dans  lacté  de  la  procréation,  par  suite  des  mœurs  des  so- 
ciétés de  tons  les  temps,  ciiez  la  femme  l'idée  des  rapports 
sexuels  se  rattache  en  général  à  Tidée  de  soumission.  Cest 
ponr  ainsi  dire  le  diapason  qui  règle  la  tonalité  des  senti- 
ments  féminins. 

Celui  qui  connaît  rhistoire  de  la  civilisation  sait  dans 
quelle  condition  de  soumission  absolue  la  femme  fut  tenue  de 
tout  temps  jusqu'à  Tépoque  d*unc  civilisation  relativement 
plus  élevée 

In  observateur  attentif  do  la  vie  sociale  reconnaîtra  facile- 

t.  Les  livres  de  droit  du  coinineiicenicnt  du  moyeu  iigc  douuaient  à 
l'h"iiioe  1«  droit  de  tuer  sn  femme  ;  ceux  des  période»  suivantes  lui  occor* 
daieiit  encore  le  droit  de  In  châtier,  f'ii  en  i  fait  tin  ample  usage,  ui^uie 
d«us  les  classes  élevées  (Comparez  Scliuitze,  Lias  hœfische  Leben  lur  Zcil 
4»  Mmneumgg,  Bd  I.  p.  163  f.].  A  côté  on  trouve  le  paradoxal  hommage 
Kndu  aux  femmes  du  moyen  âge. 


180 


PSYCHOPATHIA  SEXDAUS 


ment,  anjourd  Imi  iiièino.  comment  les  coulumes  Je  iiora- 
breuses  générations  jointes  au  rôle  passif  que  la  nature  a 
attribué  à  la  femme,  ontdéveioppé  dans  le  sexe  féminin  la  ten« 
daoce  instinctive  à  se  soumettre  à  la  volonté  de  l'iiomme.  Il 
remarquera  aussi  que  les  femmes  trouvent  inepte  une  accen- 
tuation trop  forte  de  la  galanterie  usuelle,  tandis  qu'une 
nuance  d'attitude  impérieuse  est  accueillie  avec  un  blâme 
hautement  manifesté,  mais  souvent  avec  un  plaisir  secret*. 

Sous  le  vernis  des  mœurs  de  salon,  Tinstînet  de  la  servitude 
de  la  femme  est  j)artout  n^connaissable. 

Ainsi  il  est  tout  indiqué  de  considérer  le  masocliisme 
comme  une  excroissance  patlioloe^îqiio  des  éh-niciU^  jisy- 
chiques,  surtout  chez  la  femme,  comme  une  accentiiatioa 
morbide  de  certains  traits  de  son  caractère  sexuel  psychique; 
il  faut  donc  chercher  son  origine  primitive  dans  le  sexe 
féminin. 

On  peut  admettre  comme  bien  établi  que  le  penchant  à  se 
soumettre  à  T  homme  —  (qu'on  peut  toutefois  considérer 
comme  une  utile  institution  acquise  et  comme  un  phéno- 
mène qui  s*e8t  développé  conformément  à  certains  faits  so- 
ciaux) —  existe  chez  la  femme,  jusqu'à  uu  certain  puiul, 
comme  un  phénomène  normal. 

Que,  dans  ces  circonstances,  on  n'arrive  pas  souvent  h  "  la 
poésie  »  do  i  liommage  symbolique,  cela  tient  en  partie  à  ce 
que  rhomme  n'a  pas  la  vanité  du  faible  qui  veut  faire  osten- 
tation de  son  pouvoir  (comme  les  dames  du  moyen  âge  en 
présence  de  leur  cavalier  servant),  mais  qu'il  préfère  en  tirer 
un  profit  réel.  Le  barbare  fait  labourer  ses  champs  par  sa 
fenune  ;  le  philistin  de  notre  civilisation  spécule  sur  la  dot. 
La  femme  supporte  volontiers  ces  deux  états. 

Il  est  probable  quHl  y  a  chez  les  femmes  des  cas  assez  fré- 

I.  Comparez  ics   prtmlcs  de  Ludy  .Milford  dons  KabaU  und  Lieht  de 
Schiller  :  «  Nous  aulics  femmes,  nous  ne  pouvons  choisir  qucntre  la 
dominalîon  et  la  servitude;  mais  le  jtius  yrand  bonheur  <lii  pouvoir  n'csl 
qu'im  misérable  pis-aller,  si  ce  plus  grand  bonheur  dV^tre  esclaves 
homme  que  nous  aimons  nous  est  refuai^.  «  (Acte  II,  scène  1.) 


NEURO-PSYCilOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  181 


quenls  d'une  accentuation  pathologique  de  cet  instinct  dans 
le  sens  du  masochiemet  mais  la  manifestation  en  est  répri- 
mée par  les  conventions  sociales.  D'ailleurs»  beaucoup  de 
jeunes  femmes  aiment  avant  tout  être  à  genoux  devant 
lenrs  époux  ou  leurs  amants.  Chez  tous  les  peuples  slaves, 
dit-on,  les  femmes  de  basse  classe  s^estîment  malhourooses 
quand  elles  ne  sont  pas  battues  par  leurs  maris. 

Un  eorrespoiitlant  hongrois  m'assure  qne  les  paysannes  du 
comital  iJe  Somogy  ne  croicul  j  as  h  l'amour  de  leur  mari 
tant  (jn  r  llos  n'ont  pas  reçu  de  iui  une  première  gille  comme 
marque  d  amour. 

Il  est  dilTicileau  médecin  observateur «rnpjxM  hM-  des  docu- 
ments humains  sur  le  masochisme  de  la  femme.  Des  résis^ 
tances  internes  et  externes,  pudeur  et  convenances,  opposent 
des  obstacles  'presque  insurmontables  aux  manifestations 
extérieures  des  penchants  sexuels  pervers  de  la  femme. 

De  là  vient  qu'on  n'a  pu  jusqu'ici  constater  scientifique- 
ment qu'un  seul  cas  de  masochisme  chez  la  femme;  encore 
ce  cas  est  entouré  de  circonstances  accessoires  qui  le  ren- 
dent obscur. 

OBSBavATiON  72.  —  M^^*  V.  X...,  treale-ciaq  ans,  née  d^une 
famille  très  chargée,  se  trouve  depuis  quelques  années  dans  la 
phase  initiale  d'une  paranma  perteeuioria.  Celte  maladie  a  eu 
pour  cause  une  neuraslhenia  eerebrospinalis  dont  le  pi)int  de 
départ  doit  être  cherché  dans  une  surexcitation  sexuelle.  Depuis 
l'âge  de  vingt-quatre  ans,  la  malade  était  adonnée  à  l'onanisme. 
A  la  suilf  d'un  espoir  malriinonial  déçu  et  d'unt*  violente  cxcî- 
lution  sensuelle,  elle  en  est  venue  à  la  maslurbalion  et  à  Tona- 
aisinc  p>yehi(jue.  Il  n'y  eul  jamais  chez  elle  d'afTeclion  pour  des 
persoDiieb  de  son  propre  sexe.  Voici  les  dcposilions  de  la  malade  : 
«A  l'âge  de  six  à  huit  ans,  l'envie  ma  prise  d'être  fouettée. 
Gomme  je  n'ai  jamais  été  battue  et  que  je  n'ai  jamais  assisté  &  la 
flagellation  d'autrui,  je  ne  peux  pas  m*expliquer  comment  ce 
désir  étrange  a  pu  se  produire  chez  moi.  Je  ne  peux  que  m'ima* 
giner  qu'il  est  congénital.  J'éprouvais  un  véritable  sentiment  de 
délice  A  ces  idées  de  flagellation  et,  dans  mon  imagination,  je 
me  représentais  combien  ce  serait  bon  d'être  fouettée  par  une 


182 


PSYCHOPATHU  SEXUALIS 


amie.  Jamais  la  fantaisie  ne  m*esl  venue  de  me  laisser  fouetter 
par  un  homme.  Je  jouissais  à  Tidée  seule  et  n'ai  jamais  essayé 
de  mettre  h  exécution  mes  fantaisies.  A  partir  de  Tâge  de  dix 
ans,  j'ai  perdu  ces  idées.  Ce  n  t  sl  qu'à  l'âge  de  Irenle-qualre  an?, 
lorsque  j'eus  lu  les  Confessions  de  Rousseau,  que  je  compris  ce 
que  si^'uitiail  celle  envie  d'ôlre  flagellée,  et  qu'il  s'ap;is«ait  chc7. 
moi  des  mêmes  idées  morbides  que  chez  Rousseau.  Jiiiijai.s, 
depuis  l'ôge  de  dix  ans,  je  n'ai  eu  de  pareilles  tendances.  » 

Ce  cas  doit  évidemment,  par  son  caractère  primitif  ainsi 
que  par  révocation  de  Rousseau,  être  classé  comme  cas  de 
masochisme.  Que  ce  soit  une  amie  qui,  dans  rimagination, 

exerce  le  rôle  do  lla<^ellant,  cela  s'explique  aimplement  par 
le  fait  qu'ici  les  .sentiments  niasorliisles  entrent  dans  la  cons^- 
cienco  d  une  enfant  avant  que  lari/t/  .ycrualis  soi!  eloppée 
et  que  le  penchant  pour  rhomme  se  niunifeste.  L  inversion 
sexuelle  est  absente  dans  ce  cas  d'une  façon  absolue. 

ESSAI  D'EXPLICATION  DU  MASOCHISME 

Les  faits  de  masochisme  comptent  certainement  parmi  les 
plus  intéressants  de  la  psychopathoîo^'ie.  Avant  d'essayer  de 
les  expliquer,  il  faut  d'abord  bien  établir  ce  qui  est  essentiel 
et  ce  qui  est  secondaire  dans  ce  phénomène. 

L'essentiel,  dans  le  masochisme,  c*estp  dans  tous  les  cas, 
Tenvie  d'être  absolument  soumis  à  la  volonté  d^une  personne 
de  Tautre  sexe  (dans  le  sadisme,  au  contraire,  le  règne  absolu 
sur  celle  personne),  mais  avec  provocation  et  accompagne- 
monl  de  sensations  sexuelles  se  traduisant  i)ai'  du  plaisir  qui 
va  jusqu'à  produire  l'orgasme.  Le  secondaire,  c'est,  d  a]»résle 
critérium  précédent,  la  manière  spéciale  dont  cette  condition 
de  dépendance  ou  de  règne  est  manifestée,  que  ce  soit  par 
des  actes  purement  symboliques  ou  qu*il  y  ait  en  même 
temps  désir  de  supporter  des  douleurs  causées  par  une  per* 
sonne  de  Tautre  sexe. 

Tandis  qu'on  peut  considérer  le  sadisme  comme  une 


NEURO-PSYCUOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


excroissance  pathologique  du  caractère  sexuel  viril  dans  ses 
parlicnlaritës  psychiques,  le  masochisme  est  plutôt  une 
excroissance  morbide  des  particularités  psychiques  propres 
à  la  femme. 

Il  existe  sans  doute  aussi  des  cas  très  fréquents  de  masO" 

chismo  chez  Thomme  ;  ci*  sont  ceux  qui  doviennent  pour 
la  plui';u  L  apparents  et  renij)lisscnt  presipie  à  eux  seuls  loutc 
la  cusui^lupio.-Nous  en  avons  doinu^  les  raisons  plus  haut. 

Tout  d'abord,  à  Véi'di  d'excitation  voluptueuse,  chaque 
impression  exercée  sur  l'excité  par  la  personne  qui  est  le 
point  de  départ  du  charme  sexuel,  vient  indépendamment 
du  genre  de  cette  impression. 

C*est  encore  une  chose  tout  à  fait  normale  que  des  tapes 
,  légères  et  de  petits  coups  de  poing  soient  considérés  comme 
des  caresses*. 

liàe  the  looen  }pinch  wich  hurts  and  is  desired. 

(ShukMpaare,  Antonitu  cnrfCfoojMlra.) 

De  là  il  n'y  a  pas  loin  ft  conclure  que  le  désir  d*éprouver 

une  très  forte  impression  de  la  part  du  cotisors  amène,  dans 
le  cas  d'une  accentuation  {lathulog-ique  de  l'ardeur  amou- 
reuse, à  l'envie  de  recevoir  des  coups,  la  douleur  éLaiil  tou- 
jours un  moyen  facile  pour  produire  une  forte  impression 
physique.  De  même  que,  dans  la  sadisme,  la  passif >n  «exueiie 
aboutit  à  une  exaltation  dans  laquelle  l'excl's  «I»-  r(''motion 
psychomotrice  déborde  dans  les  sphères  voisines,  il  se  pro- 
duit de  même,  dans  le  masochisme,  une  extase  dans  laquelle 
la  marée  montante  d*un  seul  sentiment  engloutit  avidement 
toute  Impression  venant  de  la  personne  aimée  et  la  noie  dans 
la  volupté. 

La  seconde  cause,  la  plus  puissante  du  masochisme,  doit 

1.  Notis  trouvons  des  faits  analogues  otic/  ntiiinanx  jnforieiirs.  Les  che- 
nilles du  poumon  {Pulmonala  Cuv.)  possèdent  une  soi-disant  «  flèclic 
d'amour  »,  bugaette  de  chaux  pointue  qttl  ae  trouve  dans  une  poclicile  i>ar- 
ticuliëre  de  leur  rnrits  pf  qu'elles  font  sortir  au  momcnf  de  racrmiploiiuMit. 
Ce»t  un  organe  d'excitation  i»c.\uelle  qui,  d'après  sa  constitution,  doit  èUe 
«a  eidtant  doulouretix. 


184 


PSÏCHOPATHIA  SEXUAUS 


être  cherchée  dans  an  phénomène  très  répandu  qui  rentre 
déjà  dans  lé  domaine  d*un  état  d*àme  insolite  et  anormal, 
mais  pas  encore  dans  celui  d*un  état  perverti. 
JVntends  ici  ce  fait  fréquent  qu*on  observe  dans  des  cas 

très  nombreux  et  sous  les  formes  les  plus  variées,  qu'un 
individu  tombe  d'une  façon  étonnante  et  insolite  sous  la 
dépondarico  d'un  individu  de  l'aiilro  sexe,  jus(nrà  pordrc 
toute  volonté,  dépendance  qui  force  l'assujetti  à  connue ttro 
et  à  tolérer  des  actes  compromettant  souvent  gravement  ses 
propres  intérêts,  contraires  et  aux  lois  et  aux  mœurs. 

Dans  les  phénomènes  de  la  vie  normale,  cette  dépendance 
varie  selon  Tintensité  du  penchant  sexuel  qui  est  ici  en  jeu 
el  le  peu  de  force  de  volonté  qui  devrait  contrebalancer  Tins- 
tinct.  II  n'y  a  donc  qu'une  différence  quantitative,  mais  non 
pas  qualitative,  comme  c*est  le  cas  dans  les  phénomènes  du 
masochisme. 

J'ai  désigné  sous  le  nom  de  servitude  sexuelle  ce  fait  ilc 
dépendance  anoi  iuale,  niais  non  encore  perverse,  d'un  liomme 
vis-à-vis  d'un  individu  de  l'autre  sexe,  lait  <jui  ofl're  un 
grand  intérêt,  surtout  au  point  de  vue  médico-légal.  Je  l'ai 
nommé  ainsi  parce  que  les  conditions  qui  en  résultent  sont 
empreintes  d'une  marque  de  servitude  La  volonté  du  sujet 
dominateur  commande  à  celle  du  sujet  asservi,  comme  la 
volonté  du  maître  à  celle  du  serviteur*. 

Cette  servitude  sexuelle  est,  comme  nous  le  disions,  un 
phénomène  anormal,  même  au  point  de  vue  psychique* 

1.  Comparez  l'essai  de  l'auteur  •>  Sur  la  servitude  sexuelle  el  le  inasocliisme  • 
dans  Pst/cliiatrische  JvlirhiicJier,  t.  \,  p.  1<>9,  OÙ  M  sujet  a  été  traité  a  fond, 
surtout  au  point  de  vue  uit-dico-lfgal. 

'1.  Iiien  (\\Xi)n  !e«  emploie  an  flgur<?  pour  de  pnreillei  situations,  J'ai  cm 
devoir  éviter  ici  1rs  f xprt*??ions  esclave  et  esclnvajrp,  parce  que  cr  smit  des 
termes  qu'on  emploie  de  préférence  pour  ie  masochisme  dont  il  faut  bien 
distinguer  la  «  servitude  ». 

L'exprr«<ir»n  rlr  «r^rvitudc  ne  doit  pas  être  confondue  non  plus  avec  la 
sujétion  de  la  femme  de  i.  St.  Mill.  Mill  désigne  par  cette  oxpresaiou  des 
mœurs  et  des  lois,  des  pbfnomèoes  historiques  et  sociaux.  Mois  ici  nous 
ne  parlons  qti^  de  faits  n**-»  de  mobiles  individuels  particuliers  et  qui  sont 
eu  coutradictiun  avec  les  lois  et  les  ina)urs  en  usa^e.  £a  outre,  il  est  qucs' 
tion  des  deux  sexes. 


Digitiz&L  i_ ,  V. 


KEL'UO-PSYCHOPATUOLUGIE  GÉNÉliALE  185 

Elle  commence  là  où  la  règle  extérieure,  les  limites  de 
la  dépendance  d*une  partie  sur  l'autre  ou  de  la  dépen- 
dance mutuelle,  tracées  par  la  loi  et  les  mœurs,  sont  trans* 
pressées  à  la  suite  d'une  particularité  individuelle  due  à 

rinlensitd  de  mobiles  qui  en  eux-mêmes  sont  tout  à  tail  nor- 
maux. La  servitude  sexuelle  n'est  pas,  du  tout  un  pliéuoniène 
pervers  :  les  agents  moteurs  sont  les  mômes  que  roux  qui 
mettent  eu  mouvement,  quoique  avec  moins  de  vivacité,  la 
vita  sexualis  psychique  renfermée  dans  les  limites  et  les 
règles  normales. 

La  peur  de  perdre  sa  compagne,  le  désir  de  la  contenter 
toujours,  de  la  conserver  aimable  et  disposée  aux  rapports 
sexuels,  sont  ici  les  mobiles  qui  poussent  le  sujet  asservi. 

D*un  côté  un  amour  excessif  qui,  surtout  chez  la  femme, 
Diadique  pas  toujours  un  degré  excessif  de  sensualité  ;  de 
1  autre,  une  iaiblesse  de  caractère  ;  tels  sont  les  premier>i  élé- 
menls  de  ce  processus  insolite  '. 

Le  mobile  de  l'autre  sujet,  c'est  l'égoïsme,  qui  peut  se 
donner  libre  cours. 

Les  faits  de  servitude  sexuelle  sont  très  variés  dans  leurs 
formes,  et  leur  nombre  est  très  grand  ^ 

Nous  rencontrons  à  chaque  pas  dans  la  vie  des  hommes 
tombés  dans  la  servitude  sexuelle.  Il  faut  compter  parmi  les 
gens  de  cette  catégorie  les  maris  qui  vivent  sous  la  domi- 
nation de  leur  femme,  surtout  les  hommes  déjà  vieux  qui 

).  Le  fait  le  plus  important,  dans  cch  en»,  c'est  peuMlre  que  l'habitude 
d'obéir  dév^oppe  nnt  sorte  de  iiu^cnnifinie  d'obéissance  inconsciente  qui 
fonctionne  avec  une  exactitude  automatiiiue  et  qui  n'a  pas  à  lutter  ountro 
des  idC-cs  contraires,  parce  qu'il  est  au  delà  de  la  limite  de  la  conscience  ucttc, 
«t  qu'il  peut  Hvt  nanié  comme  un  instniment  inerte  par  la  partie  régnante. 

2.  Daus  les  littératures  de  tous  le»  priys  f  \  'le  foules  les  rpoqur-^.  h  servi- 
tude sexuelle  jouc  un  grand  rùlc.  Les  phenoniéiies  insolites  mais  non  per- 
vers de  la  vie  de  l'Ame  sont  pour  le  poète  des  sujets  heureux  et  qu'il  lui  est 
permis  do  traiter.  La  doscription  la  plus  cél<'bre  de  la  "  servHndp  "  eV<^t 
I  honime,  est  celle  de  l'abbé  Prévost  dans  sa  Jt/a non  Lescaut.  Une  description 
paifaile  de  la  servitude  ehezla  femme  se  trouve  dans  le  roman  Leonê  Leoni^ 
de  George  Sand.  Il  faut  citer  ici  la  Kirthchen  von  IJeilhrnnn  de  KlfisI,  qui 
lui-même  désigne  cette  pièce  comme  l'opposé  de  sa  l'enthéstlêe  (sadisme), 
enfin  la  Grisetidi»  de  Halm  et  beaucoup  dWres  poésies  analogues. 


186 


PSYCUOPATHU  SEXl  ALIS 


épouseot  de  jeunes  femmes  et  qui  veulent  racheter  leur  dis- 
proportion d'âge  et  de  qualités  physiques  par  une  condes- 
cendance absolue  à  tous  les  caprices  de  Tépouse;  il  faut  aussi 
classer  dans  cette  catégorie  les  hommes  trop  mûrs  qui,  en 
dehors  du  mariage,  veulent  renforcer  leurs  dernières  chances 
d'amour  par  d'immenses  sacrifices,  ol  aussi  les  hommes 
de  fout  àgo  qui.  pris  d'une  violente  passion  pour  une  ffumie, 
se  bonrlc'iiL  à  une  froideur  calculée  ol  doivent  capiluK'i*  dans 
de  dures  conditions;  les  gens  très  amoureux  qui  se  laissent 
entraîner  à  épouser  des  catins  connues  ;  les  hommes  qui, 
pour  courir  après  des  aventurières,  abandonnent  tout,  jouent 
leur  avenir;  les  maris  et  les  pères  qui  délaissent  épouse 
et  enfants,  et  qui  placent  les  revenus  d*une  famille  aux  pieds 
d'une  hétaïre. 

Quelque  nombreux  que  soient  les  exemples  de  servitude 
che»  Phomme,  tout  observateur  un  peu  impartial  de  la  vie 

conviendra  que  leur  nombre  et  leur  iniporlunce  sont  bien 
inf(?rieurs  à  ceux  obscrvé.s  chez  la  femnin.  Ce  fait  est  facile- 
ment explicable.  Pour  l'homme,  l  amour  u  est  presque  tou- 
jours qu'un  épisode;  il  a  une  foule  d'autres  intéri^ls  impor- 
tants ;  pour  la  femme,  au  contraire,  l'amour  est  la  vie  :  jus- 
qu'à la  naissance  des  enfants,  Tamour  tient  le  premier  rang, 
et  souvent  même  après  la  naissance  des  eufants.  Ce  qui  est 
encore  plus  important,  c'est  que  Thomme  peut  dompter  son 
penchant  ou  l'apaiser  dans  des  accouplements  pour  lesquels 
il  trouve  de  nombreuses  occasions.  La  femme,  dans  les 
classes  supérieures,  quand  elle  est  alliée  à  un  homme,  est 
obligée  do  se  conlentei-  de  lui  seul,  et,  mt^nie  dans  les  basses 
couches  s(>r!ale>-,  la  polyandrie  se  heurte  encore  à  des  ob- 
stacles consi(i('rables. 

Voilà  pourquoi,  pour  la  femme,  l'homme  qu'elle  possède 
signifie  le  sexe  tout  entier*  Son  importance  pour  elle  devient 
par  ce  fait  immense.  De  plus,  les  rapports  normaux,  tels 
que  la  loi  et  les  mœurs  les  ont  établis  entre  Fhomme  et 
la  femme,  sont  loin  d'être  établis  d'après  les  règles  de  la 


>EURO-PSïCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


i87 


psiîté  et  destinent  déjà  la  femme  à  une  grande  dépendance. 

Sa  servitude  deviendra  encore  plus  grande  parles  conces- 
sions qu'elle  fait  à  Tamant  pour  obtenir  de  lui  cet  amour  qui 

pour  elle  ne  peut  se  remplacer;  dans  la  nirriic  mesure  s'aug- 
menteront les  prétentions  des  homnios  qui  sont  diVid<^s  ù 
mettre  à  profit  leurs  avantages  et  à  faire  métier  d  exploiter 
1  abnégation  illimitée  de  la  femme. 

Tels  sont  :  le  coureur  de  dot  qui  se  fait  payer  des  sommes 
énormes  pour  détruire  les  illusions  qu'une  vierge  s'était  faite 
de  iuî;  le  séducteur  réfléchi  et  calculateur  qui  compromet  une 
femme  et  spécule  en  même  temps  sur  la  rançon  et  le  chan- 
tage; le  soldat  aux  galons  d*or,  Tartiste  musicien  à  la  cri- 
nière de  lion  qui  savent  provoquer  chez  la  femme  un 
brusque  :  «  Toi  ou  la  mort!  «  un  bon  moyen  pour  payer  les 
dettes  ou  pour  s'assurer  une  vie  facile;  le  simple  Iroupierqui, 
dans  la  cui^iiic,  fait  payer  son  amour  par  la  cuisiuii'rc!  en 
bons  ri'|ias;  rouvrier-compagnoii  qui  mange  les  économies 
de  la  patronne  qu'il  a  épou^(^e;  et  (  uliii  le  souteneur  qui 
force  par  des  coups  la  prostituée,  dont  il  vit,  à  lui  gagner 
chaque  jour  une  certaine  somme.  Ce  ne  sont  là  que  quelques- 
unes  des  diverses  formes  de  la  servitude  dans  laquelle  la 
femme  tomhe  forcément  par  suite  de  son  grand  besoin  d'a- 
mour et  des  difficultés  de  sa  position. 

Il  était  nécessaire  de  donner  une  courte  description  de  la 
servitude  sexuelle,  car  il  faut  évidemment  voir  en  elle  le  ter- 
r.iin  propice  d'où  la  principale  racine  du  masoi  liisme  est 
soilio.  La  scrviludc  ain^i  rpie  le  ma«:oohisnie  con^isliMit  essen- 
tiellement en  ce  ({ue  l'individu  atteint  de  celle  anuiiiaiie  se 
soumet  ah^otumcnt  à  la  volonté  d'une  personne  d'un  autre 
sexe  et  subit  sa  domination'. 

On  pent  cependant  faire  une  démarcation  nette  entre  les 

1.  Il  peut  se  produire  des  cas  où  la  servitude  sexuelle  se  Iraduise  par  les 
mîmes  actes  que  ceux  qui  sont  particuliers  au  masochisme.  Quand  des 
hoiniiies  brutaux  battent  leurs  femmes  et<(tic  >  t  llt^s-ci  le  tolèrent  |i:ir  .imonr. 
sans  cepen(<nnt  avoir  la  nostalgie  des  coups,  il  ^  a  dans  cette  servitude  un 
tiompc-ceii  qui  peut  nous  faire  croire  à  Texistence  du  masocbisme. 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


deux  phénomènes,  car  ils  diffèrent  non  pas  par  leur  gradation, 
mais  par  leur  nature.  La  servitude  sexuelle  n'est  pas  une 
perversion;  elle  n*a  rien  de  morbide.  Les  éléments  auxquels 
elle  doit  son  origine,  Tamour  et  la  faiblesse  de  la  volonté,  ne 

sont  pa*î  pervers;  seule  la  dispro[)ortion  de  leurs  forces  mu- 
tuelles donne  \m  résullal  anoiinal  (jui  souvent  est  opposé 
aux  intérêts  personnels,  aux  mœurs  et  aux  lois.  Le  mobile 
auquel  la  partie  subjuguée  obéit  ei»  subissant  la  domination, 
c'est  le  penchant  normal  vers  la  femme  (ou  réciproquement 
vers  rhomme),  penchant  dont  la  satisfaction  est  le  prix  et  la 
compensation  delà  servitude  subie.  Les  actes  de  la  partie  sub- 
juguée, actes  qui  sont  Texpression  de  la  servitude  sexuelle, 
sont  accomplis  sur  Tordre  de  la  partie  dominante  pour  servir 
à  la  cupidité  de  cette  dernière.  Ils  n*ont  pour  la  partie  assu- 
jettie aucun  but  indépendant,  ils  ne  sont  pour  elle  que  des 
moyens  (roblenir  ou  de  conserver  la  possession  de  la  partie 
doniiiialricr.  ce  qui  est  le  vrai  but  final.  Enfin,  la  servitude 
est  une  (;ons('(jii(Micu  «le  l"anioiii"  ]>our  une  poi-suiuio  déter- 
minée; elle  n  u  lieu  que  lorsque  n  t  nuour  s  est  déclaré. 

Les  choses  sont  tout  autres  dans  le  masochisme  qui  est 
nettement  morbide,  et  qui,  en  un  mot,  est  une  perversion. 
Là,  le  mobile  des  actes  et  des  souffrances  de  la  partie  assu- 
jettie se  trouve  dans  le  charme  que  la  tyrannie  exerce  sur 
elle.  Elle  peut,  en  même  temps,  désirer  aussi  le  coït  avec  la 
partie  dominante;  dans  tous  les  cas,  son  penchant  vise  aussi 
les  actes  servant  d'expression  à  la  tyrannie  comme  objets 
directs  de  sa  sal isfaclion.  Ces  actes  dans  lesquels  le  maso- 
chisme trouve  son  ex|>rossion.  ne  sont  pas  pour  le  subjugué 
un  moyen  d'arriver  au  but  comme  c'est  le  cas  dans  la  servi- 
tude, car  ils  sont  eux-mêmes  le  but  final.  £n(iu,  dans  te  ma- 
sochisme, la  nostalgie  de  la  soumission  se  manifeste  à  f^rtori, 
avant  qu*il  y  ait  une  affection  pour  un  objet  d*amour  concret. 

La  connexité  qu*on  peut  admettre  entre  la  servitude  et  le 
masochisme  vient  du  trait  commun  des  phénomènes  externes 
de  la  dépendance,  malgré  la  différence  des  mobiles  ;  la  tran- 


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NEURO-PSYGHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


189 


silion  (le  l'anomalie  à  la  perversion  se  produit  probablcméol 
de  la  façon  suivante. 

Celui  qai  reste  pendant  longtemps  en  état  de  servitude 
sexuelle  sera  plus  enclin  à  contracter  de  légères  tendances 
masochistes.  L*amour,  qui  supporte  volontiers  la  tyrannie 
pour  Tamour  de  la  personne  aimée,  devient  alors  directement 
un  amour  de  la  tyrannie.  Quand  Vidée  d*ètre  tyrannisé  s*cst 
longtemps  associée  à  une  représentation  de  Fobjet  aimé, 
accompagnée  d'un  sentinicul  de  plaisir,  cette  manifo«îtation 
delà  sensation  de  plaisir  finit  par  se  reporter  sur  la  tyrannie 
même  et  il  se  produiL  de  la  perversion.  Voilà  comment  le 
masochisme  peut  ûtre  acquis'. 

1.  C'est  un  fait  bien  intéressant  et  qui  repo£>c  sur  l'analogie  qui  existe 
•Dtre  la  sujétion  et  le  masochisme,  relativement  à  leur  manifestation  exté- 
rieure, que  pour  tlécrirc  l.i  scrvilude  si-xiit-IIc  oii  emploie  gt-iHTulcinent,  soit 
JMT plaisanterie,  soit  au  figuré,  des  expressious  couioie  celles-ci:  «  criclavage, 
être  enehatné,  porter  des  fers,  agiter  le  fouet  surquelqu'un,  atteler  quelqu'un 
à  son  char  de  triotupfio.  ôtre  aux  piods  de  quelqu'un,  sous  le  rèniie  «le  la 
culotte,  etc.  >,  toutes  choses  qui,  prises  au  pied  de  la  lellre,  sont  pour  le 
nasoebiste,  Tobjet  de  ses  désirs  pervers. 

Ces  locutions  imagt^es  sont  d'un  fré(iui  iit  u>rif(c  dans  la  vie  oiilin.iirc  et 
sont  presque  devenues  triviales.  Elles  out  pris  leur  origine  dans  la  langue 
poétique.  De  tout  temps  In  poésie  a  tu  dans  limage  d'ensemble  d'une  vio- 
lente passion  amoureuse,  l'élnt  de  dt^pcndancc  «le  l'ubjct  qui  peut  OU 
qui  doit  se  refuser,  et  les  phénomènes  de  la  servitude  se  sont  toujours 
présentés  à  l'observation  des  poi'Ies.  Le  poète,  en  choisissant  des  termes 
comme  ceux  que  nous  venons  de  citer,  pour  rr[ir<''8enter  avec  drs  images 
frappantes  la  dépendance  de  l'amoureux,  suit  absolument  le  m^me  chemin 
que  le  masochiste  qui,  puur  se  représenter  d'une  manière  frappante  sa  dé- 
pendance (pli  est  pour  lui  le  but),  cherehe  à  réaliser  des  aituations  corres- 
pondant à  son  (It^sir. 

Ocja  la  poésie  antique  désigne  l'amaute  par  le  mot  domina  et  emphite  de 
préférence  l'image  de  la  captivité  ehargée  de  fera  (Horace,  Od.,  IV,  11).  Déa 
celte  époque  et  jusqu'aux  (omp-^  inf>derne<5.  frrunparez  nrillpar7rf.  Oltokar, 
1V«  acic  :  «  Régner  est  si  doux,  pri;s<iuc  aussi  doux  quubcir;  j  la  )>oésie 
filante  de  tOUa  tes  siècles  est  remplie  de  phrases  et  de  métaphores  scuibla- 
bles.  Sou;  ce  rapport,  iliistoire  de  l'origine  du  mot  «  luattressc  <•  eal  aussi 
très  intéressante. 

N«a  la  poésie  réagit  sur  la  vie.  Ceit  de  cette  façon  qu'a  pu  prendre  nais*> 

sance  le  service  des  dames  fin  '  les  courtisans  du  moyen  â^re.  Ce  service 
avec  adoration  des  femmes  ct/uiaïc  «  maîtresses  •  dans  la  société  aussi  bien 
qae  dans  lea  iiaiaona  d'amour  isolées,  en  assimilant  lea  rapports  entre  finaux 
et  îçffg  avec  les  rapports  entre  le  chevalier  et  «a  dame,  avec  la  soumii^sion  à 
tous  tes  caprices  féminins,  aux  épreuves  d'amour  et  aux  vœux, à  l'engagement 
d'obéisaanee  à  tona  les  ordres  des  dames,  apparaît  comme  un  développement 
ef  un  [K  iTectionncment  svsf éninîiquc  de  la  servitude  nnoureuKC.  Certains 
phénomènes  extrêmes,  comme,  par  exemple,  les  souffrances  d'Liric  de  Lich- 
tenatein  ou  de  IHerre  Vidal  au  fcrvice  de  leurs  dames,  ou  lea  menées  de  la 


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i90  mCUÛPATUIA  SEXLALIS 

Un  faible  degré  de  masocliisme  pent  bien  6tre  engendré 
par  la  servitude  et  peut,  par  conséquent,  être  acquis.  Mais  le 
vrai  masochisme  complet  et  profondément  enractnéf  avec  sa 

noslaljg^ie  brùlaiile  de  soumission  dès  la  première  enfance,  tel 
que  le  dépeignent  les  personnes  mêmes  qui  en  sonl  uLteiutes, 
est  toujours  rong:énilcil. 

La  meilleure  explication  de  rorigiiie  du  masochisme  com- 
piet,  pervei'sion  toutefois  assez  rare,  serait  dans  l'hypothèse 
que  cette  perversion  est  née  de  la  servitude  sexuelle,  ano- 
malie de  plus  en  plus  fréquente,  qui  parfois  se  transmet  par 
hérédité  à  un  individu  psychopathe  de  façon  à  dégénérer  An 
perversion.  On  a  démontré  plus  haut  qu*un  léger  déplace- 
ment des  éléments  psychiques  qui  jouent  ici  un  rôle,  peut 
amener  cette  transition.  Ce  que  peut  faire,  pour  les  cas  pos- 
sibles (le  niasot liisrne  acquis,  l'habitude  associative,  l'he^ré- 
dité  peut  Iti  l'aire  pour  les  cas  hioii  établis  de  masocliisme 
congénital.  Aucun  élément  nouveau  ne  s'ajoute  alors  à  la 
servitude;  au  contraire,  un  élcmont  disparait,  le  raisonne- 
ment qui  rattache  l'amour  à  la  dépendance,  et  qui  constitue 
la  différence  entre  l'anomalie  et  la  perversion,  entre  la  ser- 
vitude et  le  masochisme.  Il  est  tout  naturel  que  ce  soit  la 
partie  d*instinct  seule  qui  se  transmette  par  hérédité. 

Cette  transition  de  Tanomalie  à  la  perversion  par  trans- 
mission héréditaire  s'effectuera  facilement,  surtout  dans  le 
cas  où  la  disposition  psychopullàque  du  descendant  fournit 
un  autre  facteur  pour  le  masochisme,  c'ost-ù-dire  Télcment 
que  nous  avons  appelé  lu  première  cause  du  masochisme  ;  la 
tendance  des  natures  sexuellement  hyperesthésiées  à  assimi- 
ler aux  impressions  sexuelles  toute  impression  qui  part  do 
l'objet  aimé. 

C'est  de  ces  deux  éléments,  la  servitude  sexuelle  d'une 
part,  et  d'autre  part  la  prédisposition  à  l'extase  sexuelle  qui 

coafrérie  des  «  Gaioia  en  France  qui  clicrcbaieut  io  luarlyrc  par  amour  et 
se  sottmettaieat  à  toutes  «ortes  de  tortures,  portent  déjà  une  empreinte  bien 
visible  du  caractère  masochiste,  et  luontrenl  ta  transition  natarelle  d^un  état 

vers  l'autre. 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


m 


accepte  avec  plaif«ir  les  mauvais  trailemoiits,  c'est  de  ces 
deux  éléments,  (lisons-nous,  dont  les  causes  peuvent  c^trc  ra- 
monées jusqu'au  domaine  des  faits  pli ysiologiques,  que  le 
masochisme  tire  son  ori-^inc,  quand  il  trouve  un  terrain  psy- 
chopathiquc  propice  et  que  Thyperesthésie  sexuelle  amène 
jusqu'au  degré  morbide  de  la  perversion  les  circonstances 
physiologiques  et  anormales  de  la  vita  sexuaiis 

En  tout  cas,  le  masochisme,  en  tantque  perversion  sexuelle 
congénitale,  représente  aussi  dans  le  tableau  de  Thérédité  un 
signe  de  dégénérescence  fonctionnelle»  et  cette  constatation 
clinique  a  été  en  particulier  confirmée  parmes  propres  obser- 
vations de  masochisme  et  de  sadisme. 

II  est  facile  de  prouver  que  cette  tendance  iisyclii^uonient 
aiiorniale  et  parfit  iilicie  par  laquelle  le  masocliismc  se  mani- 
feste, représente  une  anomalie  congénitale;  elle  ne  se  greffe 
pas  sur  Tindividu  porté  à  la  flagellation,  par  suite  d'une  asso- 
ciation d'idées,  comme  le  supposent  Rousseau  et  Binet. 

Cela  ressort  de  ces  cas  nombi*eux,  même  de  la  majorité 
de  ces  cas,  où  la  flagellation  n*est  jamais  venue  à  l'idée  du 
masochiste,  mais  oii  le  penchant  pervers  visait  exclusive- 

1.  Quand  on  voit,  ainsi  que  cela  a  clé  démontré  plus  haut,  que  la  «  servi- 
Inde  sexuelle  »  est  un  phénomène  qui  a  été  constaté  bien  plus  firéquemuient 
el  avcr  une  inteti?if  '  [  !n  L'rande  dans  le  sexe  féminin  que  dans  le  sexe 
luasdilin,  la  conciuï»ioii  s  impose  :  que  le  uiasucUtsme  (sinon  toujours,  du 
moios  habitoellement)  est  un  legs  de  la  «  serrltude  »  des  ascendante  fémi- 
nin^. Hi'  celte  fa«;on,  il  entre  <  n  rapport,  bien  qu'éloigné,  avcf  !'invcr?ion 
sexuelle,  en  raison  de  ce  fait  qu'une  perversion  qui  devrait  être  particulière 
i  la  reotme,  se  transmet  à  l'homme.  Cette  manière  d'envisager  le  maso- 
clii«ine  roiiiiué  uno  inversion  st  xtiplle  rudimcnlaire,  comme  une  e/feminalio 
partielle  qui,  dans  ce  cas,  n'atteint  que  les  traits  secondaires  du  caractère 
de  la  vita  teiualîs  (manière  de  voir  que  j'ai  déjà,  dans  la  6*  édition 
«Je  cet  ouvrage,  exprlinri'  (J'iine  façon  très  uettc),  e<\  encart;  corroborée  par 
les  dépositions  des  malades  des  observations  4i  et  A'J,  citées  plus  haut,  et 
dont  les  sujet»  sont  ausil  marqués  d'autres  traits  d'aflémination,  tous  les 
deux  désignant  c«imme  leur  idéal  uno  femme  rolalivement  plus  Igée  qui  les 
aurait  recherchés  et  conquis. 

Il  faut  cependant  noter  le  fait  que  la  sujétion  j<me  aussi  un  rôle  considé- 
rable dans  la  vila  sexuaiis  masculine,  cl  que,  par  conséquent,  le  masocliisme 
peut  «"expliquer  sans  l'hypothèse  de  la  tranf^niission  des  éléments  féuiiuins 
&  1  homme.  11  ne  faut  pas  oublier  non  plus»,  à  ce  propos,  que  le  masochisme  et 
ion  opposé  la  sadisme  se  rencontrent  quelquefois  en  combinaisons  trrégu* 
lièrea  avae  rinversioii  sexuelle. 


192  PSYCHOPATUIA  SEXLALIS 

ment  des  acies  symboliques,  qui  expriment  ia  soumissiou 
sans  causer  de  douleurs  physiques. 

Les  détails  de  l'observation  52  nous  renseignent  à  ce  sujet. 

Mais  on  uiiivo  à  lu  ni6me  conclusion,  c'est-à-dire  à  la 
constatation  (|ue  hi  fla^^'llalion  p  i^^ivo  ne  peut  pas  ^Irc  le 
noyau  qui  réunit  tous  les  autres  éléments  autour  de  lui, 
môme  quand  on  examine  de  plus  près  les  cas  dans  lesquels 
la  flagellation  passive  joue  un  rôle,  comme  dans  les  obser- 
vations 44  et  49. 

Sous  ce  rapport,  Tobservaiion  50  est  particulièrement  ins- 
tructive, car  il  ne  peut  pas  y  être  question  dune  stimulation 
sexuelle  produite  par  une  punition  reçue  dans  Tenfance.Dans 
ce  cas,  il  est  surtout  impossible  de  relier  le  phénomène  à  un 
fait  ancien,  car  Tobjet  du  principal  intérêt  sexuel  n'est  pas 
réalisable, même  avec  un  enfant. 

Enfin  l'origine  purement  psychique  du  masochisme  est 
prouvée  par  la  comparaison  du  masochisme  avec  le  sadisme. 
(Voir  plus  loin.) 

Si  la  flagellation  passive  se  reniîontre  si  fréquemment  dans 
le  masochisme,  cela  s*explique  simplement  par  le  fait  que  la 
flagellation  est  le  moyen  le  plus  efficace  d'exprimer  Fétat  de 
soumission. 

Je  ne  puis  que  répéter  que  ce  qui  différencie  absolument 
la  siniplr  lla^ollalion  passive  do  bi  lla^M'llalion  basée  sur  im 
désir  iiiasochisle,  co'^i  que,  dans  le  premier  cas.  l  actc  est 
un  inr»yt'ii  pour  rendre  [)ossible  le  coït  on  réjaculation,  tandis 
que,  dans  le  dernier  cas,  c'est  un  moyen  pour  obtenir  une 
satisfaction  de  l'âme  dans  le  sens  des  désirs  masochistes. 

Ainsi  que  nous  Tavons  vu  plus  haut,  les  masochistes  se 
soumettent  aussi  à  d'autres  mauvais  traitements  et  à  des 
souflrances  pour  lesquelles  il  ne  peut  être  question  d^une 
excitation  voluptueuse  réflexe.  Gomme  ces  faits  sont  très 
nombreux,  il  faut  examiner  dans  quelle  proportion  existent 
la  douleur  et  le  plaisir  dans  de  pareils  actes,  et  aussi  dans 
la  flagellation  des  masocliisies. 


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NELuo-psvcHopATHOi.o(;in:  GKNÉI5 Al  F.  m 

De  la  déposition  d'un  masochisle.  il  résuKe  le  fait  suivant. 

La  proportion  n'est  pas  telle  que  Tindividu  éprouve  sim> 
plement  comme  plaisir  physique  ce  qui  ordinairement  cause 
de  la  douleur;  mais  l'individu  se  trouvant  en  extase  maso- 
chiste, ne  sent  pas  la  douleur,  soit  que,  grâce  &  son  état  pas- 
sionnel, (comme  chez  le  soldat  au  milieu  de  la  mAlée  et  de 
laliaUiille K,  il  n'ail  pas  la  perception  de  l'impression  physif[ue 
(•iuiluiti'  ^ur  les  nerfs  de  son  (épidémie,  soil  que,  grâce  îi  la 
trop  ^rainle  abondance  de  sensalions  vuhipLuciises  (roinnie 
chez  les  martyrs  ou  dans  Textase  reli|^Minise).  l'idée  des  mau- 
vais traitements  n'entre  dans  son  esprit  que  comme  un  sym- 
bole et  sans  les  attributs  de  la  douleur. 

Dans  la  deuxième  alternative,  il  y  a  pour  ainsi  dire  une 
sureompensation  de  la  douleur  physique  par  le  plaisir  psy- 
chique, et  c*est  cet  excédant  qui  reste  seul  comme  plaisir 
psychique  dans  la  conscience.  Cet  excédant  de  plaisir  est 
encore  renlorcd  soil  par  Tinfluence  des  réflexes  spinaux, soit 
pur  unt' accentuation  particulière  des  impressions  sensibles 
dans  le  seusoiium  ;  il  se  produit  une  espèce  d'hallucinalion 
de  volupté  physique,  avec  une  localisation  vague  de  lasensa< 
tien  projetée  au  dehors. 

Des  phénomènes  analogues  paraissent  se  produire  dans 
rauto-flagellation  des  extasiés  religieux  (fakirs,  derviches 
hurlants,  flagellants),  seulement  les  images  qui  provoquent 
la  sensation  de  plaisir  ont  une  autre  forme.  Là  aussi  on  per- 
çoit Vidée  de  la  torture  sans  ses  attributs  de  douleur,  la  con- 
science étant  trop  remplie  par  l'idée  accentuée  du  plaisir  de 
servir  Dieu  en  subissant  des  tortures,  de  racheter  ses  péchés, 
de  gagner  le  ciel,  etc. 

MASOCHISME  BT  8ADISMS 

Le  sadisme  est  Topposé  complet  du  masochisme.  Tandis 
que  celui-cî  veut  supporter  des  douleurs  et  se  sentir  soumis, 
celui-là  cherche  à  provoquer  la  souffrance  et  à  violenter. 

PSrCBOMTMA  «nCAU».  13 


m  PSYCUOPATUiA  i^XUAUS 

Le  parallélisme  est  complet.  Tous  les  actes  et  toutes  les 
scènes  (jiii  sont  cxdc-Lilés  par  le  sadiste  d'une  façon  active, 
constilucnt  rohjeL  des  désirs  du  masochiste  dan??  son  rôle 
passif.  Dans  les  deux  {ierversn^nsces  actes  passent  graduelle- 
tucut  des  procédés  symboliques  aux  tortures  les  plus  graves. 
L'assassinat  par  volupté  lui-môme,coinblc  du  sadisme,  trouve 
sa  coiitre-partie  passive  dans  le  masochisme,  bien  entendu 
uniquement  comme  imagination,  ainsi  que  cela  résulte  de 
l'observation  53.  Ces  deux  perversions  peuvent,  dans  des 
circonstances  favorables,'  subsister  à  c6té  d'une  mis  sexutûis 
normale  ;  dans  les  deux  cas,  les  actes  par  lesquels  elles  $e 
manifesLcut  serveiiL  Ue  préparatifs  au  coït  ou  bien  le  rem- 
placent *. 

L'analo^Mc  ne  concerne  pa'î  senlemeut  les  symlômes  exté- 
rieurs ;  elle  s'étend  aussi  à  l'essence  intime  des  deux  per- 
versions. 

On  doit  les  considérer  toutes  les  deux  comme  des  psycho- 
pathies  congénitales  chez  des  individus  dont  l'état  psychique 
est  anormal  et  qui  sont  atteints  surtout  d^hyperesthesia  sexwt' 
Its  psychique,  et  habituellement  d'autres  anomalies  acces> 
soires;  dans  chacune  de  ces  deux  perversions  on  peut  établir 
Tcxistence  de  Jeux  éléments  constitutifs  qui  tirent  leur  ori- 
gine de  faits  psychiques  intervenant  dans  la  zone  physiolo- 
gique. 

Ainsi  que  je  l'ai  indiqué  plus  haul,  pour  le  masochisme, 
ces  éléments  consistent  dans  les  faits  suivants  :  1^  Dans  la 
passion  sexuelle,  chaque  action  partant  du  eonsors  provoqûe 
par  elle-même  et  indépendamment  de  la  nature  de  cette  action 
une  sensation  de  plaisir  qui,  dans  le  cas  à*hyperesihesia  sezua- 

1.  Naturellement  toutes  deux  ont  è  eomlMittre  des  eontre-motift  eethé* 

tiques  et  éthiques  dans  le  for  inl«'ricur.  Mais,  lorsqu'il  les  a  vaincus,  le 
sadisme,  en  se  luaoUeatant  dans  le  monde  extérieur,  entre  eo  conûit  arec  le 
Code  pénal.  Tel  n'est  pas  le  cas  du  matooliieiiie,  ce  qui  explique  la  plus 
grande  fréquence  dc%  actes  inasochisles.  Par  rentre,  à  la  réalisation  de  ce? 
derniers  s'opposent  rin»tinct  de  la  conservation  et  la  crainte  de  la  douleur 
physique.  La  slgnifleation  pratique  da  matoeUsma  n'ndsta  que  dans  aet 
(  apports  avec  rimpui<:?ance  psychique,  tandis  que  eelle  du  sadisme  «  surtout 
une  portée  médico-légale. 


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NBURO^PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


m 


/i<.  [KHil  iillcrjusqu'ù  foiiipensor  et  au  dcifi  loulc  sensation  de 
douleur;  2"  La  «  servitude  sexuelle  »  produisaut  daos  la  vie 
p<:ychique  des  phéDom^n(>s  qui  ea  eux-mêmes  ne  sont  pas 
de  nature  perverse,  peut,  dans  des  conditions  pathologiques, 
devenir  un  besoin  de  soumission  morbide  s'accompagnant 
de  sensations  de  plaisir,  ce  qui  —  quand  même  Thypothèse 
d*Qne  hérédité  maternelle  serait  laissée  de  c6të —  indique  une 
dégénérescence  pathologique  de  Tinstinct  physiologique  de 
soumission  qui  caractérise  la  femme. 

Df  mi'^me,  pour  expliquer  le  sadisme,  on  trouve  deux  élé- 
ment'^ constitutifs  dont  l  urigine  peut  è(re  laoïenéc  jusque 
dans  ie  domaine  physiologique  :  1"  Dans  la  passion  sexuelle, 
il  peut  se  produire  une  sorte  d'émotion  psychique,  un  pen- 
chant à  agir  sur  lobjet  aimé  de  la  façon  la  plus  forte  possible 
ce  qui,  chez  des  ihdtvidus  sexuellement hyperesthésiés,  peut 
devenir  une  envie  de  causer  de  la  douleur;  2*  Le  rôle  actif 
de  l'homme,  la  nécessité  de  conquérir  la  femme,  peuvent,  dans 
des  circonstances  patliologiques  données,  se  transformer  en 
désir  d  obtenir  d'elle  une  soumission  illimitée. 

Ainsi  ie  masochisme  et  le  sadisme  se  [irésentent  comme  la 
conlr«vparlie  complète  l'un  «le  l'autre.  Cequi  corrohore  ce  fait, 
c'est  que,  pour  les  individus  atteint^  de  Tune  ou  de  l'autre 
de  ces  deux  perversions,  l'idéal  est  toujours  une  perversion 
opposée  à  la  leur  et  qui  se  manifesterait  chez  une  personne 
de  l'autre  sexe.  Gomme  exemples  à  rappui,il  suCGit  de  citer 
les  observations  44  et  49  ainsi  que  les  Confessions  de 
Rousseau. 

La  comparaison  du  masochisme  et  du  sadisme  peut  encore 

servii'à  écarter  complètement  cette  liyi)othèse  <jue  le  aiaso- 
cbi'îme  tirerait  son  origine  piimilive  de  retlol  réflexe  de  la 
flagellation  passive,  et  que  tout  le  reste  ne  serait  que  le 
produit  d'associalionb  d'idées  se  rattachant  au  souvenir  de  la 
flagellation,  ainsi  que  Ta  soutenu  Binet  dans  son  explication 
du  cas  de  Jean-Jacques  Rousseau  et  ainsi  que  Housseau  lui- 
même  Ta  cru.  De  même  la  torture  active  qui,  pour  ie  sadiste, 


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m 


PSYCBOPATHU  SBXUALIS 


est  le  bul  du  désir  sexuel,  ne  produit  aucune  excitation  des 
nerfs  seiisitifs  ;  par  conséquent  rori^ine  psychique  de  celle 
perversion  no  saurail  èlre  mise  en  doute.  Mais  le  satHsnio  el 
le  masochisme  sont  tellement  similaires,  ils  se  ressemblent 
tellement  en  tous  points,  que  la  conclusion  paranalogie  de  l'un 
è  l*aiitre  est  permise,  et  qu^elle  suffirait  à  elle  seule  à  établir 
le  caraetère  psychique  du  masochisme. 

La  comparaison  de  tous  les  éléments  et  phénomènes  do 
masochisme  et  du  sadisme  étant  faite,  si  nous  résumons  le  ré- 
sultat  de  tous  les  cas  ohservés  plus  haut,  nous  pouvons  établir 
que  :  le  plaisir  à  causer  de  la  douleur  et  le  plaisir  à  la  subir  ne 
sont  que  deux  faces  diiïérentes  d'un  même  processus  psychique 
dont  l'origine  essentielle  est  Tidt'e  de  la  soumission  active  ou 
passive,  taadis  que  la  réunion  de  la  cruauté  et  de  la  volupté 
n'a  qu^une  importance  psychologique  d'ordre  secondaire.  Les 
actes  cruels  servent  à  exprimer  cette  soumission,  tout  d'abord 
parce  qu'ils  constituent  le  moyen  le  plus  fort  de  traduire  cet 
état,  et  puis,  parce  qu^ils  représentent  la  plus  forte  impression 
que,  sauf  le  coït  et  en  dehors  du  coït,  un  individu  peut  pro- 
duire sur  un  autre. 

Le  sadisme  et  le  masochisme  sont  le  l'ésullat  d'associations 
d  idées  dans  le  môme  sens  que  tous  les  phénomènes  compli- 
(|ués  de  lu  vie  psychique.  La  vie  psychique  consiste,  à  part 
la  production  des  éléments  primitifs  de  la  conscience,  uni- 
quement en  associations  et  disjonctions  de  ces  éléments. 

Le  résultat  principal  des  analyses  que  nous  venons  de 
faire,  c^est  que  le  masochisme  et  le  sadisme,  ne  sont  point  le 
produit  d*une  association  de  hasard  due  à  un  incident  occa» 
sionnel,  à  une  coïncidence  de  temps,  mais  qu'ils  sont  bien  nés 
d'associations  dont  la  préformation,  même  dans  les  circons- 
tances normales,  est  très  rapprochée,  ou  qui,  dans  certaines 
l'onditions  (hyperesthésie  sexuelle  ),  se  nouent  très  facilement. 
Lu  instincl  xnel  accru  d  une  façon  anormale  <r  iI('\eloppe 
non  seulement  en  hauteur  mais  aussi  en  largeur.  Ln  débor- 
dant sur  les  sphères  voisines,  il  se  confond  avec  elles  et 


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NEURO-PSYCUOPATUOLOGIË  GÉiNÉUALE 


197 


accomplit  ainsi  Tassociation  pathologique  tpii  est  Tesseocc 
de  ces  deux  perversions'. 
Bien  entendu,  les  choses  ne  se  passent  pas  toujours  de 

cette  manière,  et  il  y  u  des  cas  U'hypcresthésio  sans  perver- 
sion. ho<  cas  (1p  pure  hf/pprœsthesia  serualis,  du  moins  coux 
qui  sont  d'une  inlonsilr  frappante,  snni  plu<  raros  que  les  cas 
de  perversion.  Ce  qui  est  in  ((Pressant,  mais  ce  qui  est  bien 
difficile  à  expliquer,  ce  sont  les  cas  où  le  masochisme  et  le 
sadisme  se  manifestent  simultanément  chex  le  même  individu. 
Telles  sont  les  observations  49  et  57,  mais  surtout  Tob- 
servation  30,  qui  montre  que  c'est  précisément  Fidée  de 
la  soumission  soit  active,  soit  passive,  qui  forme  la  base 
du  désir  pervers.  On  peut,  dans  bien  d'autres  cas,  reconnaître 
aussi  les  traces  plus  ou  moins  nettes  d'un  état  de  choses 

1.  V.  Sclirenk-Nt(t/lDK  qui,  dans  rexpIicatiHii  de  loiifes  les  perversions,  nict 
&a  premier  rang  l'occasion  et  qui  préfère  Ihypollièse  d'une  perversion 
Acqaite  ffrâc»  aux  etreontlane^fl  esUriettres  à  Th^^thète  de  la  pn'  li-poution 
congénitale,  donne  aux  jiliinoniênrs  du  masochisme  et  du  sadisuie  (qu'it 
appelle  «  algolagnie  active  et  passive  une  ptace  intermédiaire  entre  la  per> 
rertion  acquise  et  coDgéoitale.  Cei  phénomènes,  il  est  vrai,  ne  peuvent, 
dans  certains  cas,  s'exjiliquer  que  par  une  prOdisposIlion  cnn^'  nitalc;  mais, 
sjoute-t-ilt  itans  une  partie  des  autres  cas,  l'acquisition  par  une  coïncidence 
de  hasard  doit  évidemment  Jouer  le  rôle  principal  [uy.  cil.,  p.  179). 

La  démonstration  de  cette  dernière  assertion  est  faite  avec  c;i!»uistiqoe. 
L'auteur  reproduit  deux  observalious  de  la  Psychopalhia  sexualii  de  l'édition 
actuelle,  et  il  montre  comment,  dans  cet  cas,  une  coïncidence  occasionnel^, 
Taspect  d'una  fille  saignante  ou  d'un  enfant  fouetté,  d'une  part  une  excitation 
sexuelle  du  spectateur,  d'autre  part,  peut  fournir  la  raison  suflisanie  d'uue 
association  palholugique. 

En  pré-icncc  de  cette  tiypothèse,  il  faut  cependant  considérer  comme  con- 
chumt  fait,  que  chez  tout  individu  hy(>eresthc'9ique,  les  excitations  et  les 
nauuvefuoats  précoces  de  la  vie  sexuelle  ont  coïncidé  au  point  de  vue  du 
temps,  avec  falan  des  éléments  hétérogènes,  tandis  que  les  associations 
pathologique?,  ne  se  relient  qu'à  certains  faits  peu  uonibreux  et  bien  déter- 
minés (faits  sadistes  et  masochistes).  Nombre  d'élèves  se  sont  livrés  aux 
excitations  et  aux  satisfactions  sexuelles  pendant  les  leçons  de  gramnMire, 
de  mathématiques,  dans  la  salte  (!e  rla^tse  rt  dans  des  lieux  secrets,  sans  que 
des  associations  perverses  en  soient  résultées. 

Il  en  ressort  Jnsqn'à  révidance  que  l'aspect  des  aeénes  de  flagellation  et 
d'artes  semblables  peut  bien  faire  sortir  de  sou  état  latent  une  associalnm 
pathologique,  déjà  existante,  mais  qu'il  ne  peut  pas  en  créer  une,  sans 
eompler  que,  parmi  les  fiUls  nombreux  qui  se  présentent,  ce  sont  précisé- 
ment av  r  i  i:v  ([  i  n  irmalement  provoquent  la  déplaisir  que  l'instinct 
sexuel  éveille  se  met  eu  rapport. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  servira  également  de  réponse  à  l'opinion  de 
Binct  qui.  lui  aussi,  veut  explitiucr  par  de»  associatlotts  de  hasard  tous  les 
phénomènes  dont  il  est  ici  question. 


i98  PSTGHOPATUU  SËXL'ALIS 

analogue.  Évidemment  c'est  toujours  Tune  des  deux  per- 
versions qui  remporte  et  de  beaucoup. 

Etant  donnée  cette  prédominance  décisive  île  Tune  des 
deux  perversions  et  leur  manifestation  lardive  dans  ce  cas, 
on  peut  supposer  que  feule  l'une  des  deux,  la  perversion 
prédominante, estcongénitale,  tandis  que  l'autre  a  été  acquise. 
Les  idées  de  soumission  et  de  mauvais  traitements  actifs  ou 
passifs,  accompagnées  de  sensations  de  plaisir,  se  sontprofon- 
d  ément  enracinées  cliez  l*individu .  A  l'occasion,  Timagination  • 
essaie  de  se  placer  dans  la  même  sphère  de  représentation, 
mais  avec  un  rôle  inverse.  Elle  peut  même  arriver  à  une 
réalisation  de  cette  inversion.  Ces  essais,  soit  en  imagina» 
tiou,  soil  en  réalité,  sont,  tlans  la  plupart  des  cas,  bientôt 
abandonnés  connue  n'étant  pas  adéquats  à  la  tendance  pri- 
mitive. 

Le  masochisme  et  le  sadisme  se  trouvent  aussi  combinés 
avec  Finversion  sexuelle  en  des  formes  et  des  degrés  très 
variés.  L'individu  atteint  d'inversion  sexuelle  peut  être 
sadiste  aussi  bien  que  masochiste.  Comparez  à  ce  sujet  Tob- 
servation  48  de  ce  livre,  Tobservation  49  de  la  i*  édi- 
tion et  les  nombreux  cas  d'inversion  sexuelle  qui  seront 
traités  plus  loin. 

Toulos  les  fois  que  sur  la  base  d'une  individualiU:  névro- 
pathique  s'est  développée  une  perversion  sexuelle,  riivjKM-es- 
thésie  Hexuelle.  qu'il  faut  supposer  dans  ce  cas,  peut  aussi 
produire  les  symptOmes  duniasocliisnie  et  du  sadisme;  tantôt 
une  de  ces  deux  perversions,  tantôt  toutes  les  deux  ensemble, 
de  sorte  que  Tune  est  engendrée  par  Vautre.  Le  masochisme 
et  Je  sadisme  se  présentent  donc  comme  les  formes  fondamen- 
tales des  perversions  sexuelles  qui  peuvent  se  montrer  sur 
tout  le  terrain  des  aberrations  de  l'instinct  génital. 


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NEUAO-PSYGHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


199 


3.  —  ASSOCIATIOlf  DB  L'IMAOB  DE  CBSTAINES  PARTIES  DI7  CORPS  OU  Dt 

tAteheut  FÉMinm  avec  la  volupté.  —  fétkbisme 

Dans  nos  considérations  sur  la  psychologie  de  la  vie 
sexuelle  normale,  qui  ont  servi  d*entrée  en  matière  à  ce  livre, 

nous  avons  montré  que,  môme  dans  les  limites  île  l'étal 
physiologique,  l'aUention  |)artiruli»'»remenl  conconlrf'i?  sur 
cerlaines  parties  du  corps  de  i)Cusonnes  de  l'autre  sexe  et 
surtout  sur  certaines  formes  de  ces  parties  du  corps,  peut 
devenir  d*une  grande  importance  psycho-sexuelle.  Qui  plus 
est,  ce  lté  force  d'attraction  particulière  pour  certaines  formes 
et  certaines  qualités  agit  sur  heaucoup  d'hommes  et  même 
snr  la  plupart;  elle  peut  être  considérée  comme  le  vrai  prin- 
cipe  de  rindividualisation  en  amour. 

Cette  prédilection  pour  certains  traits  distincts  du  caractère 
physique  de  personnes  de  raiilro  sexe.  |)i  édilccfion  à  càié  (h* 
laquelle  il  y  a  aussi  (}ucl(|uof()is  mie  préférence  manifeste 
pour  CCI  lains  canicicics  j)<ycliiques,  je  l'ai  désignée  parle  mot 
«  fétichisme  »,  en  m'appuyant  sur  Binet  {Du  fclichisnir  en 
amour.  Bévue  Philosophique^  1887) et  sur  Lombroso  (préface 
de  Tédition  allemande  de  son  ouvrage).  En  effet,  Tenthou- 
siasme  et  ladoration  de  certaines  parties  du  corps  ou  d*unc 
partie  de  la  toilette,  à  la  suite  des  ardeurs  sexuelles,  rappelle 
à  beaucoup  de  points  de  vue  Fadoration  des  reliques,  des 
objets  sacrés,  etc.,  dans  les  cultes  religieux.  Ce  fétichisme 
physiolo<:i<[uv'  a  été  déjà  traité  à  fond  plus  haut. 

Cept'iidant,  sur  le  terrain  ps\(  ho-sex!iel,  il  y  a,  à  c<Mé  du 
féticliisniL»  pliysioloj;i(jue,  un  fétichisme  incontestablement 
pathologique  et  érotique,  sur  lequel  nous  possédons  déjà  de 
nombreux  documents  humains  et  dont  les  phénomènes  pré- 
sentent un  grand  intérêt  en  clinique  psychiâtrique  et  même 
dans  certaines  circonstances  médico-légales.  Ce  fétichisme 
pathologique  ne  se  rapporte  pas  uniquement  à  certaines  par- 
ties du  corps  vivant,  mais  même  à  des  objets  inanimés  qui 


200 


PSYCHOPATHIA  SEXLALIS 


cependant  sont  toujours  des  parties  de  la  toilette  de  la  femme 
et  par  là  se  trouvent  en  connexité  étroite  avec  son  corps. 

Ce  fétichisme  pathologique  se  rattache  par  des  liens  inter- 
médiaires et  graduels  avec  le  fétichisme  physiologique,  de 

sorte  que  —  du  moin?  j)Our  le  fuliclnsme  du  corps —  il  esl  pres- 
que im})ossible  d'indiquer  par  une  ligne  de  démarcation  nelto 
où  lu  perversion  commence.  En  outre,  la  sphère  totale  du  féti- 
chisme corporel  ne  se  trouve  pas  en  dehors  de  la  splière  des 
choses  qui,  dans  les  conditions  normales,  agissent  comme  sti- 
mulants de  rinstinct  génital  ;  au  contraire,  il  y  trouve  sa  place. 
L'anomalie  consiste  seulement,  en  cequ*une  impression  d*une 
partie  de  Timage  de  la  personne  de  Tautre  sexe,  absorbe  par 
elle-même  tout  Tintérêt  sexuel,  de  sorte  qu'à  côté  de  cette 
impression  partielle,  toutes  les  autres  impressions  s'ofiacent 
ou  laissent  plus  ou  moins  inditTércnl. 

Voilà  pourquoi  il  ne  faut  j)as  considérer  le  fétichiste  d'une 
partir  du  cor])s  comme  un  monstruni pcr  crcvssum,  tel  que  le 
sadiste  ou  le  masochiste,  mais  plutOl  comme  un  mouslrum 
per  defectum.  Ce  n'est  pas  la  chose  qui  agit  sur  lui  comme 
charme  qui  est  anormale,  c'est  plutôt  le  fait  que  les  autres 
parties  n'ont  plus  de  charme  pour  lui;  c'est,  en  un  mot,  la 
restriction  du  domaine  de  son  intérêt  sexuel,  qui  constitue  ici 
l'anomalie.  Il  est  vrai  que  cet  intérêt  sexuel  resserré  dans  des 
limites  plus  étroites,  éclate  avec  d'autant  plus  d'intensité,  et 
avec  une  intensité  poussée  jusqu'à  ranunialie.  On  pourrait 
bien  indiquer  comme  un  inoycn  pour  détermim  i  la  Vv^nr  de 
démarcation  du  fétiscliisme  |)athol«*jj;ique  ,  d'examiner  t(nit 
d'abord  si  l'existence  du  fétiche  est  une  conditio  sine  qua  non 
pour'pouvoir  accomplir  le  coït.  Mais,  <>n  examinant  les  faits 
de  plus  près,  nous  verrons  que  la  délimitation  basée  sur 
ce  principe  n'est  exacte  qu'en  apparence.  11  y  a  des  cas 
nombreux  oi!i,  malgré  l'absence  du  fétiche,  le  coît  est  encore 
possible,  bien  qu'incomplet,  forcé  (souvent  avec  le  secours  de 
l'imagination  qui  représente  des  objets  en  rapport  avec  le 
fétiche)  ;  mais  c'est  surtout  un  coït  qui  ne  satisfait  pas  et  même 


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IS£IJH0-PSYCU0PATH0L0G1£  GÉNÉHALë 


201 


iatigue.  Ainsi,  en  examinant  de  plus  près  les  phénomènes 
psychiques  et  subjectifs,  on  no  Irouvo  ([up  dos  cas  intermé- 
diaires dont  une  partie  n'est  caractérisée  que  pur  une  pré- 
férence purement  physiolo^icjue,  tandis  que  pour  lesuutresii 
y  a  impuissance  psychique  on  l'iil)sence  du  fétiche. 

Il  vaudrait  peut-être  mieux  chercher  le  critérium  de  l'éié- 
ment  pathologique  du  fétichisme  corporel  sur  le  terraio  de 
la  subjectivité  psychique. 

La  concentration  de  Tintérét  sexuel  sur  une  partie  déter- 
minée du  coips,  sur  une  partie  —  ce  sur  quoi  il  faut  insister 
—  qui  n'a  aucun  rapport  direct  avec  le  sexus  (comme  les  ma- 
melles ou  les  parties  génitales  externes),  amène  souvent  les 
fétichistes  corporels  à  ne  plus  considérer  le  coït  comme  le  vrni 
but  de  leur  satisfaction  sexuelle,  mais  à  le  remplacer  j>ur  une 
manipulation  quelconque  faite  sur  la  partie  du  corps  qu'ils 
considèrent  comme  fétiche.  Ce  penchant  dévoyé  peut  être 
considéré,  chez  le  fétichiste  corporel,  comme  le  critérium 
de  l'état  morbide,  que  Tindividu  atteint  soit  capable  ou  non 
de  foire  le  coït. 

Mais  le  fétichisme  des  choses  ou  des  vêtements  peut,  dans 
tous  les  cas,  être  considéré  comme  un  phénomène  patho- 
logique, son  objet  se  trouvant  en  dehors  de  lu  sphère  des 
charmes  normaux  de  l'inslinct  j^M-nilal. 

Là  aussi  les  symptômes  pi  éseiilenl  une  analogie  apparente 
avec  les  faits  de  la  rita  se.i tialis  ph\<i(|ucnîent  normale;  mais 
en  réalité  Tensemble  intime  du  fétichisme  pathologique 
est  dénature  tout  à  fait  différente.  Dans  l'amour  exalté  d'un 
homme  physiquement  normal,  le  mouchoir,  le  soulier,  le 
gant,  la  lettre,  la  fleur  «  qu'elle  a  donnée  »,  la  mèche  de  che- 
veux, etc.,  peuvent  aussi  être  des  objets  d'idolfttrie,  mais 
miîqueroent  parce  qu*ils  représentent  une  forme  du  souvenir 
de  Tamante  absente  ou  décédéé,  et  qu'ils  servent  à  recons- 
tituer la  totalité  de  la  j)ersonnaIite  année.  Le  fétichiste 
palhologique  ne  saisit  pas  les  rapports  de  ce  genre.  Pour  lui, 
le  fétiche  est  la  tolalilé  de  sa  représentation.  Partout  où  il 


202  PSYCHOPÂltil  SEX.LALIS 

Taperçoit  il  en  ressent  une  excitation  sexuelle,  et  le  félîchi^ 
produit  sur  lui  son  impression 

D'après  les  faits  observés  jusqu'ici,  le  fétichisme  patholo- 
gique paraît  ne  se  produire  que  sur  le  terrain  d'une  prtklisposi- 
tion  psycliopathiqucet  ht^réditaire  ou  sur  celui  d  une  maladie 
psychique  existante.  De  là  viciil  qu'il  se  montre  combiné 
avec  d'autres  perversions  primitives  de  l'instinct  génital  et 
qui  ont  la  même  source.  Chez  les  individus  atteints  d'inver- 
sion sexuelle,  chez  les  sadistes  et  les  masochistes,  le  féti- 
chisme se  rencontre  souvent  sous  ses  formes  les  plus  variées. 
Gerlaines  formes  du  fétichisme  corporel  (le  fétichisme  de  la 
main  ou  du  pied)  ont  même  avec  le  masochisme  et  le  sadisme 
des  relations  plus  ou  moins  obscures. 

Bien  que  le  fétichisme  se  base  sur  une  disposition  psycho- 
pathiqne  ^a^nr^rale  el  rongénitale.  celle  perversion  eu  eile- 
môme  nv^l  \yà>  priniili\  o  ilo  sa  nnlure  comme  celles  que  nous 
avons  traitées  jusqu'ici;  elle  nest  pas  congénitale,  commo 
nous  Tavons  dit  du  sadisme  ci  du  masochisme.  Tandis 
que,  dans  le  domaine  des  perversions  sexuelles  qui  nous 
ont  occupé  jusquUci,  Tobservateur  n*a  rencontré  que  des 
cas  d*ori^tne  congénitale,  il  trouvera  dans  le  domaine  du 
fétichisme  des  cas  exclusifs  de  perversion  acquise. 

Tout  d*abord,  pour  le  fétichisme,  on  peut  souvent  établir 
qu'une  cause  occasionnelle  a  tait  naître  celte  perversion. 

Ensuite,  on  ne  trouve  pas  dans  le  letichisnie  ces  jjlu'noniènes 
physiologiques  qui,  dans  le  doniaine  du  sadisme  et  du  maso- 
chisme, sont  poussés  par  uae  Uypereslhésie  sexuelle  générale 
jusqu'à  la  perversion,  et  qui  justifient  l'hypothèse  de  leur 
origine  congénitale.  Pour  le  fétichisme,  il  faut  chaque  fois 
un  incident  qui  fournisse  matière  à  la  perversion.  Ainsi  que 
je  Tai  dit  plus  haut,  c*est  un  phénomène  de  la  vie  sexuelle 

1.  Dans  Thérèse  Faquin,  dv  Z<>ld,  «ù  Thoiume  embrasse  plusieurs  fois  les 
boKities  de  l'aïuanle,  il  s'agit  d  lui  ÏmL  tout  différent  de  celui  des  féticbUtei 
du  soulier  ou  des  bottines  qui,  à  l'aspect  de  n'importe  quelle  bottine  au  pied 
d'une  danx»,  on  m''in>-  d  iiii  '  bottine  <eute,  entrent  en  extaee  Toiuptueuee  et 
arrivent  oiéwe  a  I  éjaculatioa. 


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.N£L'BO-PSYCUOPATHÛtX)GIË  GÉNÉilALË  203 

nonnalc,  de  s'extasier  devant  telle  ou  telle  partie  de  la  femme  ; 
mais  cVst  prëciséiaeiit  la  concentration  de  la  lolalil«5  do 
l'ialérôt  sexuel  snr  colto  impiessiun  partielle,  qui  constihic 
Je  point  essentiel,  et  cette  concentration  doit  s'expliquer  par 
un  motif  spécial  pour  ehaque  individu  atteint  de  ce  geure 
d'aberration. 

Ou  peut  donc  se  rallier  à  Topinioii  de  Binet  que,  dans  la 
Tie  de  tout  fétichiste,  il  faut  supposer  un  incident,  qui  a 
déterminé  par  des  sensations  de  volupté  l'accentuation  de 
cette  impression  isolée.  Cet  incident  doit  être  placé  à  l'époc^ue 
delà  plus  tendre  jeunesse,  et  coïncide  ordinairement  avec  lo 
premier  éveil  de  la  vita  sexualis.  Ce  premier  éveil  a  eu  lieu 
simultanénienl  avec  une  impression  scxuolle  provoqure  par 
unenpparifion  parliellc  (car  ce  S(mt  t(»ujuui''^  <les  rliimesqui 
ont  quelque  rapport  avec  la  femme);  il  enregistre  cette 
impression  partielle  et  la  garde  comme  objet  principal  de 
l'intérêt  sexuel  pour  toute  la  durée  de  sa  vie. 

Ordinairement,  l'individu  atteint  ne  se  rappelle  pas 
loccasion qui  a  fait  nattre  Tassociation  d*idécs.  Il  ne  lui  reste 
dans  la  conscience  que  le  résultat  de  cette  association.  Dans 
ce  cas,  c'est  en  généial  la  prédisposition  aux  psychopalhies. 
l*hyperesthésie  qui  est  cong(^nitalo'. 

Comme  les  perversion»  que  nous  uvous  étudiées  jusqu'ici, 

1.  Quand  Bin«(l  f rétoad,  an  contraire.  t\m  toute  perven>ion  scxtielle,  «aut 

exception,  r- pose  sur  on  inciilent  parfil  a^'is-aiit  sur  un  imln  lJu  préiiispoàé 
—  (il  eolend  par  prédiapoùUou  uniquement  l'hypereslbésie  eu  gcuér&i;,  —  il 
fâQt  remarquer  que  cette  hypothèse  n'est  ni  nécessaire  ni  suffisante  pour 
explii^ui.r  les  autres  perversions  sieNuelIt-s,  rvocj»!.''  friichisme,  ainsi  ijuc 
nous  l'avons  démontré  précédeoiment.  On  ne  peut  pas  couipreudrecouiuieat, 
)a  vue  d'un  individu  qu'on  flagelle,  aurait  pn^cisément  pour  effet  d'exciter 
sexoellement  un  autre  individu,  même  très  excital)Ie,  si  l'alliance  physiolo- 
gique entre  la  volupté  et  la  cruatiti'.  cher  cet  individu  anormalement  excitable 
s'avait  produit  un  sadisme  primitif.  Cependant,  les  associations  d'idées  sur 
lesquelles  repose  le  fétichisme  érolique,  ne  sont  pas  tout  a  f  ut  dues  au 
hissrd.  De  ti).*me  que  les  assnclalions  sndistes  et  itiasochiates  sont  priffor- 
inées  par  le  voisinage  d  tlcmtuts  respectifs  dans  1  àiue  du  sujet,  de  mt-me 
la  possibilité  des  associations  fétichistes  est  préparée  par  le^  altrihuls  de 
l  objel  et  s'expllqup  aus?i  p-ir  cette  préparation.  Ce  sont  toujours  les  impres- 
sions d'une  partie  Je  la  femme  (y  compris  le  vêtement)  dont  il  s'agit  dans 
ce  cas.  Los  associations  fétiehistea  dues  au  pur  hasard  n'ont  pu  flre  eonsta- 
Wes  que  (Un*  tfèa  peu  des  cw  qui  seront  cités  plus  loin. 


m 


PSYCHUPATUIA  SEXUAUS 


le  fétichisme  peut  se  manifester  à  rextérieur  par  les  actes 
les  plus  étranges,  les  plus  coniraires  à  la  nature  et  même  par 

des  actes  criminels:  satisfaction  snr  le  corps  de  la  femme 
ioco  indebUo^  vol  et  rapt  d'objets  agissant  comme  iélichos, 
souillure  de  ces  objols,  etc. 

Là  aussi  tout  dépend  do  l'intensité  du  penchant  pervers  et 
de  la  force  relative  des  contro-motifs  éthiques. 

Les  actes  pervers  des  fétichistes  peuvent,  comme  ceux  des 
individus  atteints  d'autres  perversions,  remplir  à  eux  seuls 
toute  la  vita  sexuaiis  externe,  mais  ils  peuvent  aussi  se  mani- 
fester à  côté  de  Tacte  sexuel  normal,  selon  que  la  puissance 
physique  et  psychique,  Texcitabilité  par  les  charmes 
normaux  se  sont  plus  ou  moins  conservées.  Dans  le  dernier 
cas,  la  vun  ou  ratlouchemcnt  du  fétiche  sert  souvent  d'acte 
pri'paratoirn  nécessaire. 

D*u|)r('s  c(?  quo  nous  venons  de  dire,  la  grande  importance 
pratique  qui  se  rattache  aux  faits  de  fétichisme  pathologique 
se  montre  dans  deux  circonstances. 

Premièrement,  le  fétichisme  pathologique  est  souvent  une 
cause  d'impuissance  psychique 

Gomme  Vobjet  sur  lequel  se  concentre  l'intérêt  sexuel  du 
fétichiste,  n'a  par  lui-même  aucun  rapport  immédiat  avec 
l'acte"  sexuel  normal,  il  arrive  wuvent  que  le  fétichiste  ces^e, 
par  sa  perversion,  d'être  sensible  aux  cluu  ines  noiinaux,  ou 
que,  du  moins,  il  ne  peut  faire  le  coït  ([n'en  concenlranl  son 
ima£;^inulioa  sur  le  fétiche.  Dans  celle  perversion,  de  même 
que  dans  beaucoup  d'autres,  il  y  a  tout  d'abord,  par  suile  de 
la  difficulté  à  obtenir  une  satisfaction  adéquate,  une  tendance 
continuelle  à  l'onanisme  psychique  et  physique,  surtout  chez 

i.  On  peut  considérer  comme  une  sorte  de  fétichisme  psychique,  le  fui 
tr»^9  fréqucut,  que  de  jeunes  uiaris  qui  aulr«  f(>i-«  uni  bcaïu-oup  fréquenté  le» 
prostituées,  se  trouvent  ioipuissauts  en  pr6i>cnce  de  la  chasteté  de  leurs 
Jeunes  épouses.  Un  de  mes  clients  n'a  jamais  été  puissant  en  présence  de  sa 
jeune  feuinie,  belle  et  ciiastc,  parce  qu'il  était  bai)itué  aux  procédés  lasdb 
des  prostituées.  S  U  essayait  de  temps  eu  temps  le  coït  arec  led  pvellM,  U 
était  parfaitement  puifsant.  Hantmond  rapporte  un  cas  tout  à  fait  an^logoe 
et  très  intéressant.  Il  est  vrai  que  dans  de  pareils  cas  le  remords  ain«lqiie 
la  crainte  d'être  impuissant  Jouent  un  certain  rôle. 


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MtUaO-PSYUHOPATUULUGlE  GÉMÉUALE 


208 


les  individus  encore  jeunes  et  chez  d'autres  encore  que  des 
cou tre-motifs  esthétiques  font  reculer  devant  la  réalisation  de 

loiirs  âé^'irs  pervers.  Inutile  tic  dire  que  l'onanisme,  soit 
psychique  soit  phy^^ique,  auquel  ils  ont  616  ameiu^«?.  réagit 
d'une  façon  funeste  sur  leur  constitution  physique  et  sur  leur 
puissance. 

Secondement,  le  fétichisme  est  d'une  grande-  importance 
médico-légale.  De  môme  que  le  sadisme  peut  dégénérer  en 
assassinat,  provoquer  des  coups  et  des  blessures,  le  fétichisme 
peut  pousser  au  vol  et  même  à  des  actes  de  brigandage. 

Le  fétichisme  érotique  ja  pour  objet» ou  une  certaine  partie 
du  corps  du  sexe  opposé,  ou  une  certaine  partie  de  la  toilette 
de  la  femme,  ou  même  une  étoffe  qui  sert  à  l'habillement. 
(Jusqu'ici  on  ne  connaît  dos  cas  de  fétichisme  putlioloj^ique 
que  chez  l'homme;  voilà  pourquoi  nous  ne  parlons  que  du 
corps  et  de  la  toilette  de  la  femme.) 

Les  fétichistes  se  divisent  donc  en  trois  groupes. 

A.  —  LE  FÉTICHE  EST  UNE  PARTIE  OU  CORPS  DE  LA  FEMME 

Dans  le  fétichisme  physiologique,  ce  sont  surtout  Tosil, 
la  main,  le  pied  et  les  cheveux  de  la  femme  qui  devien- 
nent souvent  fétiches  ;  de  môme  dans  le  fétichisme  patholo- 
gique, ce  sont  la  plupart  du  temps  ces  mômes  parties  du 
corps  qui  deviennent  l'objet  unique  de  l'intérôt  sexuel.  La 
concentration  exclusive  de  l'intérêt  sur  ces  parties  pendant 
que  toutes  les  autres  parties  do  la  femme  s'effacent,  peut 
amener  la  valeur  sexuelle  de  la  femme  &  tomber  jusqu'à  zéro, 
de  sorte  qu*au  lieu  du  coit,  ce  sont  des  manipulations 
étranges  avec  Tobjet  fétiche  qui  deviennent  le  but  du  désir. 
Voilà  ce  qui  donne  à  ces  cas  un  caractère  pathologique. 

Observation  73  (Bincl,  op.  cil].  — X...,  trenle-S(^pI,  ans,  profes- 
seurde  lycée:  (îanssoii  enCunce  a  soutrert  de  convulsions.  ATâge 
dé  dix  iins  il  commença  à  se  masturber,  avec  des  sensations  volup- 
tueuses se  rattachaul  à  des  idées  bien  étranges.  11  était  enthou- 


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206 


l\SVCUOPATilIA  SEXUALIS 


siasiiii'  pour  les  yeux  de  la  femme;  mais  comme  il  Toulail  A  lovl 
prix  se  faire  une  idée  quelconque  du  coYt  et  qu*il  était  tout  k  fait 
ignorant  in  êexualiàtUt  il  en  arriva  à  placer  le  siège  des  parties 
génitales  de  la  femme  dans  les  narines,  endroit  qui  est  le  plus 
proche  des  yeux.  Ses  désirs  sexuels  Irès  vifs  tournent,  à  partir 
de  i-r>  moment,  autour  de  celle  idée.  U  fuit  des  dessins  qui  repré- 
scuLcnl  des  profils  grecs  très  correcls,  dc«î  t<^los  do  fcintnf»",  mais 
avec  dc*=  narine*;  si  larges  que  Vimrnissi<t  pénis  devient  possible. 

Un  foiir.  il  voit,  dans  un  omnibus  une  fille  ch<>/  hiquellc  il  croit 
recounaitn'  sou  idéal.  Il  la  poursuit  jusque  dans  ^on  logemenl, 
demande  sa  main,  mais  on  le  met  à  la  porte  ;  il  revient  toujours 
jusqu'à  ce  qu'un  le  fasse  arrêter.  X...  n'a  jamais  eu  de  rapports 
sexuels  avec  des  femmes. 

Les  fétichistes  de  la  main  sont  très  nombreux.  Le  cas 

suivant  que  nous  allons  citer  n'est  pas  encore  tout  à  fait 
pathologique.  Nous  le  citons  comme  cas  intermédiaire. 

OasBRVATtoif  74,  —  B...,  de  famille  névropathique,  très  sensuel, 
sain  d'esprit,  tombe  en  extase  à  la  rue  d'une  belle  main  de  femme 
jeune,  et  sent  alors  de  rexcitcition  sexuelle  allant  jusqu*À  rérec* 
tîon.  Baiser  et  presser  la  main,  c'est  pour  lui  le  suprême  bon- 
heur. 

U  se  senl  malheureux  tant  qu'il  voit  cette  main  reconverlc  d'un 
gant.  Sous  prétexte  de  dire  la  bonne  aventure,  il  cherche  à  s'cro- 
parcr  des  mains.  Le  pied  lui  est  inUiHi^renl.  Si  les  belles  mains 
sont  ornées  de  bagues,  cela  augmente  son  plaisir.  Seule  la 
main  vivante,  et  non  l  image  d'une  main,  lui  produit  cet  elîet 
voluptueux.  Mais,  quand  il  s'esl  épuisé  à  la  suite  de  coits  réitérc'>, 
la  main  perd  alors  pour  lui  son  charme  sexuel.  Au  début,  le  soU' 
venir  des  mains  féminines  le  troublait  même  dans  ses  travaux. 
(Binet,  op,  cit.) 

Binet  rapporte  que  ces  cas  d^enthousiasme  pour  la  main  de 
la  femme  sont  très  nombreux. 

Rappelons  à  ce  propos  qu'il  y  a  enthousiasme  pour  la  main 
delà  femme  dans  robservation  24  pour  des  motifs  sadistes  et 
dans  robservation  itl  pour  des  raisons  masochisles.  Ces  cas 
admet  lent  donc  des  intorpréla  lions  multiples. 

Mais  cela  ne  veut  pas  dire  que  tous  ios  cas  de  fétichisme 


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nkuro-psy<:hop\tholo(;ie  gé.néiialk 


207 


de  la  main  ou  même  la  plupart  de  ces  cas  demandent  oh 
nécessitent  une  interprétation  sadiste  ou  masochiste. 

Le  cas  suivant^très  intéressant  et  observé  minutieusement, 
nous  apprend  que,  bien  qu'au  début  un  élément  sadiste  ou 

masochiste  ait  été  en  jfu,  cet  élément  semble  avoir  disparu  à 
l'époque  de  la  m  ituritt^  de  l'individu  et  après  que  la  perver- 
sion ft'lieliisle  se  fui  complètement  développ(^e.  On  peut 
supposer  que,  dans  ce  ca^.  le  fétichisme  a  pris  naissance 
par  une  association  accidentelle  ;  c'est  une  explication  très 
suffisante. 

Obsbrvahon  75.— Cas  de  fétichisme  de  la  main  communiqué 
par  le  docteur  Albert  Holl.  —  P.  L*..,  vingtrhuil  ans,  m'^gociant  en 
Westphalie.  A  part  le  fait  que  le  pôre  du  malade  était  un  homme 
d*une  mauvaise  humeur  excessive  et  d'un  caractère  un  peu  violent, 
aacmie  tare  héréditaire  ne  peut  être  notée  dans  sa  famille. 

A  Técole,  le  malade  n'était  pas  très  appliqué;  il  n*a  jamais  pu 
concentrer  pendant  longtemps  son  attention  sur  un  sujet;  en 
revanche,  dès  son  enfance,  il  avait  beaucoup  d^amour  pour  la  mu- 
sique. Son  lempéramenl  fui  toujours  un  peu  nerveux. 

En  1890  il  t  sl  venu  mp  voir,  se  plaignant  de  maux  de  tète 
et  de  vi-nlre  qui  inVuil  lail  l'effet  do  douleurs  neurasthé- 
niques. Le  malade  avoue  en  outre  qu'il  manque  d'énergie.  Ce  n'est 
qu'après  des  questions  bien  delenuinées  et  bien  précises,  que  le 
malade  ni  a  donné  les  renseignements  suivants  sur  sa  vie  sexuelle. 
Autant  qu'il  peut  se  rappeller,  c'est  à  l'âge  de  sept  ans  que  se 
sont  manifestés  chez  Ini  les  premiers  symptAmes  d*émotion 
sexuelle.  Sipueri  ejusdem  fere  œtatis  mingentis  membrum  adtpexit, 
valde  lihidimbui  esceitatui  est,  L...  assure  que  cette  émotion  était 
accompagnée  d'érections  manifestes. 

Séduit  par  un  autre  garçon,  L...  a  été  amené  à  lonanisme 
à  Tftge  de  sept  ou  huit  ans.  «D'une  nature  très  facile  à  exciter,  dit 
I....,  je  me  livrai  très  fréquemment  à  Tonanisme  jusqu'à  l'âge  de 
dix-huit  ans,  sans  que  j'aie  eu  une  conception  nette  ni  des  consé- 
quences fâcheuses  ni  de  la  signiticalion  de  ce  procédé.  »  11  aimait 
surtout  cum  ïTonnitlii  commilitonibit^  inniunm  masturbationetn  Irac- 
fam ;  mais  il  ne  lui  i  tail  pas  du  tout  iadiU'éreut  d'avoir  tel  ou  tel 
garçon;  au  contraire,  il  n  y  avait  que  peu  de  ses  camarades  qui 
auraient  pu  le  satisfaire  dan^  ce  sens.  Je  lui  demandai  pour  quelle 
raison  il  préférait  un  garçon  à  un  autre  ;  L...  me  répondit  que  ce 


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208 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


qui  le  séduisait  dans  la  masturbation  mutuelle  avec  un  camarade 
dVcole.  c'était  quand  un  de  ses  «mmarades  avait  une  belle  main 
blanche.  L...  se  rappelle  aussi  que  souvent,  nu  commencement 
de  \:\  l'-'-on  de  p^ymnaslique,  il  s'occupait  à  faire  des  exercices 
seul  sur  une  barre  qui  se  trouvait  dans  un  coin  éloi^'né;  il  le  fai- 
sait dans  l'intention  uf  f/uam  di'i.i  hiit:  excitaretur  idque  taninp'  i  t' 
assecuttis  est,  ut  weruhra  ttuuiu  jion  tacto,  sine  ejactilatione  —  jnifi- 
rili  œtoie  erat  —  volupluteni  clare  scnserit.  Il  est  encore  uu  mci- 
dcul  fort  intéressant  de  sa  première  jeunesse  dont  le  malade  se 
rappelle.  Un  de  ses  camarades  favoris  N...,  avec  lequel  L...  prsp 
tiquait  la  masturbation  mutuelle,  lui  lit  un  jour  la  proposilion 
suivante  :  ut  L.»,  memhum  /V...t  apprehendere  eonaretur;  N...  se 
débalterait  autant  que  possible  et  essayerait  d*en  empêcher  L... 
L...  accepta  la  proposition. 

L*Ooanisnie  éUiit  donc  directement  associé  à  une  lutte  des  deux 
garçons,  lutte  dans  laquelle  N...  était  toujours  vaincu*. 

La  lutte  se  terminait  régulièrement  tandem  roactussit  mm- 
brum  masturbari.  L...  m'affirme  ({ue  ce  i^^enre  de  masturbation  lui 
a  procuré  un  plai-ir  tout  A  fait  particulier  de  mi^rnn  qu'à  N...  Il 
se  masturba  fréquemment  jusqu'à  dix-huit  ans.  liivtiuit  par  un 
ami  des  conséquences  de  ses  prali(jues,  L...  fil  tous  les  efforts 
possibles  et  usa  de  toute  sou  énergie  pour  lutter  contre  sa  mau- 
vaise habitude.  Cela  lui  réussit  peu  à  peu,  jusqu'à  ce  qu'il  eut 
accompli  son  premier  coït,  ce  qui  lui  arriva  &  vingt  et  un  ans  et 
demi  ;  il  abandonna  alors  complètement  Tonanisme  qui  lui  paraît 
maintenant  incompréhensible,  et  il  est  pris  de  dégoAten  songeant 
qu'il  a  pu  trouver  du  plaisir  à  pratiquer  l'onanisme  [avec  des  gar- 
çons. Aucune  puissance  humaine,  dil-il,  ne  pourrait  aujourd'hui  le 
décider  à  toucher  le  membre  d*un  autre  homme;  la  vue  seule  du 
pénis  d'autrui  lui  est  odieuse.  Tout  penchant  pour  l'homme  a 
disparu  chez  lui  et  le  uialado  no  se  sont  attiré  que  vers  la  femme. 

11  faut  cependant  rappeler  que  malgré  son  penchant  l)ien  pro- 
noncé pour  la  femme,  il  subsiste  toujours  chez  L...  un  phéno- 
mène  anormal. 

Ce  qui  l'oxcito  surtout  chez  la  lemmc,  c'est  la  vue  d  une  belle 
main;  L...  et^t  de  beaucoup  plus  émotionné  en  touchant  une  hellc 
main  de  femme,  quamti  eamdem  ftnUnam plane  nudatam  adspiceret. 

Jusqu'à  quel  point  va  la  prédilection  de  L...  pour  une  belle 
main  de  femme?  Nous  allons  le  voir  par  le  fait  suivant. 

1.  C'est  ainsi  une  sorte  de  aadiioie  rudiiuentaire  ctaex  L...  et  de  mtio* 
chisme  rudituentaire  chei  N... 


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NEUH0-P5YCH0PATH0L0GIB  GÉNÉRALE 


809 


L...  connaissait  iino  l>elle  jeune  femme,  douée  de  tous  les 
charmes;  mais  sa  main  éUit  quelque  peu  trop  grande  et  n'étail 
peut-èlre  pas  toujours  aussi  propre  que  L...  l'aurait  désir»'.  Par 
suite  de  celle  cireonstance,  il  <^tait  non  seulement  impossiijle  à 
L...  de  porter  ua  iuLérùt  sérieux  à  cette  dame,  mais  il  n'était 
même  pas  capable  de  la  toucher.  Il  dit  qu'il  n*y  a  rien  qui  le  dé- 
goAte  autant  que  des  ongles  mal  soignés;  seul  Taspect  d*ongles 
malpropres  le  met  dans  rimpossibililé  de  tolérer  le  moindre  con- 
tsct  avec  une  dame,  fût-elle  la  plus  belle.  D^ailteurs,  pendant  les 
années  précédentes,  L...  avait  souvent  remplacé  le  coft,  ul  puel- 
Im  wqtie  ad  ejoeulationem  effettam  memhrum  twam  manu  traetare 
jitsserit. 

Je  lui  demande  ce  qui  Tattire  particulièrement  dans  la  main  de 
la  femme,  s'il  voit  surtout  dans  la  main  le  symbole  du  pouvoir  et 
s  ii  éprouve  du  plaisir  à  suliir  une  humiliation  direele  de  In  fcdime. 
Le  malade  nit;  répond  (jue  c'est  uniquement]  la  belle  forme  de  la 
main  qui  rexeil(!,  ()u"ètre  humilié  par  une  femme  ne  lui  procure- 
rait aueune  salisfaelion  et  que,  jusqu'ici,  jamais  l'idée  ne  lui  est 
venue  de  voir  dans  la  main  le  syukholeou  l'instrumenl  du  pouvoir 
de  la  femme.  Sa  prédilection  pour  la  main  de  la  femme  est  encore 
aujourd'hui  si  forte  chez  lui,  ut  majore  voluptaie  a//iciaturn  manut 
feminte  mtmbrum  fraetol,  quant  coitu  in  va^am.  Pourtant,  le 
malade  préfère  accomplir  le  coït,  parce  que  celui-ci  lui  parait  na* 
tnrel,  tandis  que  Tautre  procédé  lui  semble  être  un  penchant 
morbide.  Le  contact  d'une  belle  main  féminine  sur  son  corps 
cause  au  malade  une  érection  immédiate;  il  dit  que  l'accolade  et 
tes  autres  genres  de  contact  sont  loin  de  lui  faire  une  impression 
aussi  puissante. 

Ce  n'est  que  dans  les  dernières  années  (jue  le  malade  a  fait 
plus  souvent  le  coït,  mais  toujours  il  lui  en  contait  de  s'y  décider. 

De  plus,  il  n'a  pas  trouvé  dans  le  eoït  la  sitisfaclion  pleine  et 
entière  qu'il  cliercliaiL.  Mais  quand  L...  se  trouve  près  d'une 
fcmiue  qu'il  désin^  posséder,  sou  émotion  sexuelle  augmente  au 
seul  aspect  de  cette  femme,  au  point  de  provoquer  réjaculation. 
L...  afQrme  formellement  que,  dans  une  pareille  occurrence, 
il  s'abstient  intentionnellemenl  de  toucher  ou  de  presser  son 
membre.  L'écoulement  du  sperme  qui  a  lieu  dans  ce  cas  procure 
un  plaisir  de  beaucoup  plus  grand  que  Taccomplissement 
du  coU  réel*. 

Les  rêves  du  malade,  dont  nous  avons  encore  à  nous  occuper, 

'  1.  Donc  hrperesthésié  usuelle  i  un  très  haut  degré  (comparez  plus  haut). 
mcnorATuiA  broal».  14 


210 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


ne  concernent  jamais  le  coït.  Quand,  au  milieu  de  la  nuit,  i!  a  des 
poilu  lions,  celles-ci  arrivent  sous  l'influence  d'idées  tout  autres  que 
celles  41U  hantent,  d;ins  dos  circonstances  analogues,  les  hommes 
normaux.  Ces  rêves  du  nialadc  sont  des  reconstitutions  des  scènes 
de  son  séjour  à  l'école.  Pendant  celte  période,  le  malade  avait,  en 
dehors  de  la  masinrbation  inutaene  dont  it  a  élé  question  plus 
haut,  des  éjaculations  toutes  les  fois  qu'il  était  saisi  d'une  grande 
anxiété. 

Quandt  par  exemple,  le  professeur  dictait  un  devoir  et  que  L.. 
ne  pouvait  pas  suivre  dans  la  traduction,  il  avait  souvent  une 
éjaculation  *.  Les  pollutions  nocturnes  qui  se  produisent  parfois 
maintenant,  sont  toujours  accompagnées  de  rêves  portant  r^ur  nn 
sujet  analogue  ou  identique  aux  incidents  de  l'école  dont  nous 
venons  df  pnrlor. 

Le  malade  croit  que,  par  suite  de  fou  penclianl  cl  du  ses  sen- 
sations contre  nature,  il  est  incapable  d'aimer  une  femme  lo&g- 
temps. 

Jusqu'ici,  on  n'a  pu  entrepreiulre  un  traitement  médical  de  la 
perversion  sexuelle  du  lualade. 

Ce  cas  de  fétichisme  de  la  main  ne  repose  certainement  ni 
sur  le  masochisme  ni  sur  le  sadisme  ;  il  s'explique  simplement 
par  1  onanisme  mutuel  que  le  malade  a  pratiqué  de  très  bonne 
heure.  Il  n'y  a  pas  là  dliiversion  sexuelle  non  plus.  Avant  que 
l*io8tinct  génital  ait  pu  se  rendre  nettement  compte  de  son 
objet,  la  main  d'un  condisciple  a  été  employée.  Aussitôt  que 
le  penchant  pour  l'autre  sexe  se  dessine,  l'intérêt  concentré 
sur  la  main  en  général  est  reporté  sur  la  main  de  la  femme. 

Chi'z  les  fcLichistes  de  la  main,  qui,  selon  liinet,  sont  trôs 
nombreux,  il  se  peut  que  d'autres  associations  d'idées  arri- 
vent au  môme  résultat. 

1 .  Cela  est  aussi  de  I  Lypcresitiésie  sexuelle.  Toute  ('niolioa  forte,  de  quelque 
nature  qu'elle  soil,  met  la  sphère  sexuelle  en  cbuUitiuti  (Blnet,  Uynamogini* 
générale).  Le  docteur  Holl  me  communique  à  ce  sujet  le  cas  suivant  : 

«  Un  f.iil  aiialntriie  m'est  rapporté  par  M.  E...,  A^é  de  vin?t  huit  «ns. 
Celui-ci,  un  commerçant,  avait  souvent  a  l'école  et  aussi  eo  dehors  de  l  école 
une  djaeulatioii  avec  un  aentiment  de  volupté,  quand  H  était  prfci  dtme  fort» 
an;;nis3c.  En  outre,  presque  toute  doulfur  morale  ou  physique  lui  produit 
un  clfet  oualogue.  Le  malade  E...  prétend  avoir  un  instinct  génital  nonuali 
mais  it  tmEn  dimpuinanee  nenreui^.  » 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  m 

A  càié  des  fétichistes  de  la  main  je  rangerai,  comme  suite 
naturelle,  les  fétichistes  du  pied.  Mais  tandis  que  le  féti- 
chisme de  la  main  est  rarement  remplacé  par  le  fc^lichisme 
du  gant,  qui  appartient,  à  proprement  parler,  au  groupe  du 
fétichisme  d'objets  inaniFm^s,  nous  trouvons  l'enthousiasme 
pour  le  pir  d  nu  de  la  femme,  qui  présente  hien  rarement 
quelques  signes  patliologiques  très  peu  accusés,  mais  qui  est 
remplacd  par  les  innombrables  cas  de  fétichisme  du  soulier 
et  de  la  bottine, 

La  raison  en  est  bien  facile  à  comprendre.  Dans  la  plupart 
des  cas  le  garçon  voit  la  main  de  )a  femme  dégantée,  et  le 
pied  revêtu  d*une chaussure.  Ainsi  les  associations  d'idé  ,io 
la  première  heure  qui  déterminent  chez  les  fétichislcs  la 
direction  de  la  vita  sexualis,  se  rallachent  naturellement  i\  la 
muHi  jino;  mais  quand  il  s'agit  du  pied,  elles  se  rattachent 
au  pied  couvert  d  une  chaussure. 

Le  fétichisme  de  la  chaussure  pourrait  trouver  sa  place 
dans  le  groupe  des  fétichistes  du  vêtement  qui  sera  étudié 
plus  loin  ;  mais  à  cause  de  son  caractère  masochiste  qu'on  a 
pu  prouver  dans  la  plupart  des  cas,  il  a  été  analysé  en  grande 
partie  dans  les  pages  précédentes. 

En  dehors  de  l'œil,  delà  main  et  du  pied,  Ui  Louche  et 
roreille  remplissent  encore  souvent  1p  rôl.'  do  ft^tidius. 
A.  Moll  fait  en  particulier  mention  do  pareils  cas.  i  Comparez 
aussi  le  roman  de  Uelol  La  bouche  de  Madame  X„.  qui, 
d'après  Tasserlion  de  Fauteur,  repose  sur  une  observation 
prise  dans  la  vie  réelle.) 

Dans  ma  pratique  j'ai  rencontré  le  cas  suivant  qui  est  assez 
curieux. 

Observation  7G.  —  Un  homme  très  chargé  m'a  consulté  pour 

S'm  impuissance,  qui  le  pousse  au  désespoir. 

Taut  (ju'il  lut  célibataire,  son  fétiche  était  la  femme  aux  formes 
plantureuses.  Il  épousa  uiin  AMumc  de  complexîon  correspondant 
à  son  goût;  il  était  parfaitement  puissant  avec  elle  et  très  heureux. 
Quelques  mois  plus  tard,  sa  femme  tomba  gravement  malade  et 


SIS 


PSYGHOPATHIA  SEXUAUS 


maifiçril  considérablement.  Quand,  un  jour,  il  voulut  de  nouveau 
remplir  ses  devoirs  conjugaux,  il  fut  loul  à  (ail  impui'^sant  ol  i! 
l'est  resté.  Mais  quand  il  essaye  le  coït  avec  des  lemmes  fortes,  il 
redevient  tout  de  suite  puissant. 

Des  défauts  pliysiques  mômc  peuvent  devenir  des  fétiches. 

Obsbrvation  77.  —  X...,  vingt-huit  ans,  issu  d'une  famille 
gravement  chargée.  Il  est  neurasthénique,  se  plaint  de  manquer 
de  confiance  en  lui-même,  il  a  de  fréquents  accès  de  mauvaise 
humeur,  avec  tendance  an  suicide,  contre  laquelle  il  a  souvent 
une  forte  lutte  &  soutenir.  A  la  moindre  contrariété,  il  perd  la 
téte  et  se  désespère.  Le  malade  est  ingénieur  dans  une  fabrique, 
dans  la  Pologne  russe;  il  est  de  forte  constitution  physique,  sans 
sligmalos  de  dégénérescence.  Il  se  plaint  d'avoir  un<'  -  manie») 
étrange,  qui  souvent,  le  fait  douter  (ju'il  soil  un  fionnnu  sain 
d'esprit,  hepuis  l'âge  de  dix-sept  aix,  il  n'est  sexueliemont  excité 
que  pur  l'aspect  des  difTormiLi  ^  IV  uiimnes,  parliculicrernenl  des 
femmes  qui  boitent  et  qui  ont  les  jambes  déformées.  Le  malade 
ue  peut  pas  se  rendre  compte  des  premières  associations  qui  oot 
attacfté  son  libido  à  ces  défauts  de  la  beauté  féminine. 

Depuis  la  puberté,  il  est  sous  rinfluenco  de  ce  fétichisme,  qai 
lui  est  très  pénible.  La  femme  normale  n'a  pour  lui  aucun  charme; 
seule  rintéresse  la  femme  boiteuse,  avec  des  pieds-bots  ou  des 
pieds  défectueux.  Quand  une  femme  est  atteinte  d'une  pareille 
défectuositi\  elle  exerce  sur  lui  un  puissant  charme  sensuel, 
qu'elle  soit  belle  ou  laide. 

Dans  ses  rêves  de  pollutions,  il  ne  voit  que  des  femmes  boi- 
iHiieps.  De  trinps  h  antrf,  il  ne  peut  pa<  r-'sister  à  TimpulsioD 
(l'iuiilfT  uni' feimue  (jui  boile.  Dans  rel  cLul,  il  est  pris  d'un  vi"I'M>t 
orga-nie  et  il  se  produit  chez,  lui  une  éjaculation,  accompagiuc 
(le  la  plus  vive  sensation  «le  vnliiple.  Le  malade  allirme  être  très 
libidineux  et  souflfrii-  beaucoup  de  la  uuu-salislacliuu  de  ses  désirs. 
Toulclois.  il  n'a  pratiqué  son  premier  coït  qu'à  l'âge  de  vingt- 
deux  ans,  cl,  depuis,  il  n'a  coïté  qu'environ  cinq  fois  en  tout. 
Bien  qu'il  soit  puissant,  il  n'y  a  pas  éprouvé  la  moindre  satisfac- 
tion. S11  avait  la  chance  de  coïter  une  fois  avec  une  femme  boi- 
teuse, cela  serait  pour  lui  bien  autre  chose.  Dans  tous  les  cas,  il 
ne  pourrait  se  décider  au  mariage,  à  moins  que  sa  future  ne  soit 
une  boiteuse. 

Depuis  l'âge  de  vingt  ans,  le  malade  présente  aussi  des  symp- 


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.NEUUO-FSYCHOPATHOLOGIfc:  GÊ.NÉIULE 


213 


lAmes  de  fétichisme  des  vêtements.  Il  lui  suffit  souvent  de  mettre 
des  bas  de  femme  ou  des  souliers  ou  des  pantalons  de  femme.  De 
temps  en  temps,  il  s'achète  ces  objets  de  toilette  féminine,  s'en 
revêt  en  secret,  en  éprouve  alors  une  excilalion  voluptueuse  et 

arrive,  parée  moyen,  h  l'rjaciilntion.  De?  vAleinenls  qui  ont  déjà 
été  portés  par  des  femmes  n'ont  pour  lui  aucun  charme.  Ce  qu'il 
aimerait  le  mieux,  ce  serait  de  s'habiller  en  ienime  aux  uiouu^uts 
de  SCS  excilalion'^  sen-^uelles,  mais  il  n'a  pas  encore  osé  le  faire, 
de  crainte  d'tHre  découvert. 

Sa  viia  sexualû  se  borne  aux  pratiques  sus-nienlionnées.  Le 
malade  affirme  avec  certitude  et  d'une  façon  digne  de  foi  qu'il  ne 
s'est  jamais  adonné  à  la  masturbation.  Depuis  ces  temps  derniers, 
il  est  très  fatigué  par  des  pollutions  en  même  temps  que  ses 
malaises  neurasthéniques  augmentent. 

Un  autre  exemple  est  Descartes,  qui  {Traité  des  Passiom, 
CXXW  i  j  a  lait  lui-môme  des  réilexions  sur  l'origine  des  pen- 
chants étranges  à  la  suite  de  cerlaiiie^^  associations  d'idées.  Il 
a  toujours  eu  dn  goiV  jxiur  les  feinines  (jui  louclient.  parce 
que  l'objet  de  son  premier  amour  avait  ce  défaut  (liinet,  op. 
cit.). 

Lydstone  (A  Lecture  on  sexuai  perversiortj  Chicago  1890), 
rapporte  le  cas  d*aii  homme  qui  a  entretenu  une  liaison 
amoureuse  avec  une  femme  à  qui  on  avait  amputé  une  cuisse. 
Quand  il  fut  séparé  de  celle  femme,  il  rechercha  sans  cesse 
et  activement  des  femmes  atteintes  de  la  même  défectuosité. 
Un  fétiche  négatif  ! 

Quand  la  partie  du  corps  féminin  qui  constitue  le  fétiche 
peut  Mvo  détachée,  les  actes  les  plus  extravagants  peuvent 
se  produire  à  la  suite  de  cette  circonstance. 

Aussi  les  fétichistes  des  cheveux  constituent-ils  une  caté- 
gorie très  intéressante  et  en  outre  importante  au  point  de  vue 
médico-légal.  Comme  ces  admirateurs  des  cheveux  de  la 
femme  se  rencontent  fréquemment  aussi  sur  le  terrain  phy- 
siologique, et  que  probablement,  les  différents  sens  (rœil, 
i*odorat,  Touïe  par  les  froissements,  et  même  le  sens  tactile 
chez  les  fétichistes  du  velours  et  de  la  soie),  perçoivent 


214 


PSYCUOPATHU  SEXl'AUS 


aussi'dans  les  conditions  physiologiques  des  émotions  qui  se 

Iratluisent  par  une  sensation  voluptueuse,  on  a  constaté  par 
coniro  tonte  une  série  de  cas  [ialliulo!ii(|ues  de  forme  >cm- 
bluble,  et  on  a  vu,  sous  l'impuision  puissante  du  Wticliisme 
des  cheveux,  des  individus  se  laisser  entraîner  à  commettre 
des  délits.  C'est  le  groupe  des  coupeurs  de  nattes*. 

Observation  78.  —  Un  coupeur  de  nattes,  quarante 
ans,  ouvrier  serrurier,  célibataire,  né  d'un  père  temporairement 
frappé  d'aliénation  mentale  et  d'une  mère  très  nerveuse.  Il  s'est 
bien  développé  dans  son  enfance,  était  intelligent,  mais  de  bonne 
heure,  il  fut  atteint  de  tics  et  d'obsessions.  Il  ne  s'est  jamab 
masturbé;  il  aimait  platoniquemenl,  avait  souvent  des  projets  de 
mariage,  ne  coïtait  que  rarement  avec  des  prostituées,  mais  ne  se 
sentait  jamais  satisfait  dans  ses  rapports  avec  ces  dernières  :  au 
contraire,  il  en  éprouvait  plutôt  du  dégoût.  11  y  a  trois  ans,  il  eut 
do  i^ros  malheurs  (ruioe  iioanciére);  en  outre,  il  traversa  une 
affection  fébrile,  aggravée  par  des  accès  de  délire.  Ces  épreuves 
ont  gravement  atteint  le  système  nerveux  central  du  malade  qui, 
du  reste,  est  chargé  héréditairement.  ï.e  soir  du  :iH  aoiU  1889, 
P...  a  été  arrêté  en  flagrant  délit,  place  du  Trocadéro,  A  Paris,  au 
moment  où.  dans  la  foule,  il  avait  coupé  la  nalle  d'une  jeune 
fille.  Ou  I  arrêta  ia  natte  en  main,  et  une  paire  de  ciseaux  en 
poche.  11  allégua  un  trouble  moinenlune  des  sens,  une  passion 
fùneste  et  indomptable,  et  il  avoua  avoir  déjà  coupé  &  dix  reprises 
des  nattes  qu'il  gardait  chez  lui  et  qu'il  contemplait  de  temps  en 
temps  avec  délices. 

Dans  la  perquisition  &  son  domicile,  on  trouva  chez  lui 
65  nattes  et  queues  assorties  et  mises  en  paquets.  Déjfl,  le 
iS  décembre  1886,  P...  avait  été  arrêté  une  fois  dans  des  circon* 
stances  analogues,  mais  on  l'avait  relâché,  faute  de  preuves 
suffisantes. 

P...  déclare  que,  depuis  trois  ans,  i!  se  sent  anxieux,  ému  et 
pris  de  vertige  toutes  les  fois  qu'il  reste  le  soir  seul  dans  sa 

1.  Moll  (pp.  cil.i  rapporte  :  «  Le  nommé  X...  ett  très  excité  sexaelleueat 
toutes  les  ibis  qu'il  aperçoit  une  femme  avee  une  natte;  des  cheveux  toaH 
bant  librement  ue  sauraient  produire  sur  lui  la  même  impression,  fosseoMIs 

des  plus  beaux.  » 

Il  n>st  pas  juste,  toutefois,  de  prendre  pour  des  fétichistes  tous  les  cciO- 
peurB  de  nattes;  car,  dans  certains  cas,  l'Âpreté  au  gain  matériel  est  Je 
mobile;  la  natte  est  une  marchandise  et  non  pas  un  féticlie. 


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NEDRO-mCHOPATHOLOGlE  GÉNÉRALE  818 


chambre;  et  c'est  alors  qu'il  l'sl  saisi  de  l'envie  de  loucher  des 
cheveux  de  femme.  Lorsqu'il  a  eu  I  nccasion  de  tenir  efîective- 
mcnt  dans  la  main  la  nalte  d  une  jeune  iille,  libidine  valde  excila- 
tut  est  neque  ampliut  puelta  tacta^ereelh  et  ejaeulatio  evenit.  Ils*on 
élonne  d*aotani  plus  qu'autrefois,  dans  ses  relations  les  plus 
intîaies  avec  les  femmes,  il  n*avail  jamais  éprouvé  une  sensation 
pareille.  Un  soir  il  ne  put  résister  an  désir  de  couper  la  natte 
d*une  fiUe.  Arrivé  chez  lui,  la  natte  dans  sa  main,  Teffet  volup- 
tueux se  renouvela.  R  avait  le  désir  de  se  passer  la  natte  sur  le 
corps  et  d'en  envelopper  ses  parties  génitales.  Enfin,  après  avoir 
épuisé  ces  pratiques,  il  en  avait  honte,  et  pendant  quelques  jours 
il  n'osait  plus  sortir.  Après  plusieurs  mois  do  tranquillité',  il  fut 
de  iituivcau  poussé  à  porter  la  uiaiu  sur  des  cheveux  de  femme, 
de  n'importe  quelle  femme.  Quand  il  arrivait  fi  son  but,  il  se  sen- 
tait comme  possédé  d'un  pouvoir  surnalurel  et  hors  d'état  de 
lâcher  sa  proie.  S'il  ne  pouvait  atteindre  l'objet  de  sa  couvoilise, 
il  m  devenait  profondément  triste,  rentrait  cht  /,  lui,  louillait  dans 
sa  collection  de  nattes,  les  louchait,  les  palpait,  ce  qui  lui  donnait 
un  violent  orgasme  qu'il  satisfaisait  alors  par  la  masturbation.  Les 
nattes  exposées  dans  les  vitrines  des  coiffeurs  le  laissaient  tout  à 
tût  froid.  Il  lui  fallait  des  nattes  tombant  de  la  téte  d'une  femme. 

Au  moment  précis  ob  il  commettait  ses  attentats.  P.-.  prétend 
avoir  été  toujours  saisi  d'une  si  vive  émotion  qu*il  n'avait 
qu'une  perception  incomplète  de  tout  ce  qui  se  passait  autour 
de  lui,  et  que,  par  conséquent,  il  n'en  a  pu  garder  qu*un  soU'» 
venir  fort  vague.  Aussitôt  qu'il  touchait  les  nattes  avec  des 
ciseaux,  il  avait  de  l'érection  et,  au  moment  de  les  couper,  il  avait 
une  éjaculation. 

Depuis  qu'il  n  •'■prouvé,  il  y  a  trois  ans,  des  revcr-^  de  fortune, 
sa  mémoire,  preleud-il,  s'est  alfaihlio :  son  esprit  se  fatigue  vite; 
il  est  tourmenté  d'insouiuies,  de  soubresauts,  quand  il  dort.  P... 
se  repent  viveuient  de  ses  actes. 

On  a  tiuLué  chez  lui,  non  sculcuiL'ut  des  ualles,  mais  aussi  des 
épingle.s  à  cheveux,  des  rubans  et  autres  objets  de  toilette  fémi- 
nine quUl  s'était  fait  donner  en  cadeaux.  De  tout  temps,  il  eut 
une  véritable  manie  à  collectionner  des  objets  de  ce  genre,  de 
même  que  des  feuilles  de  journaux,  des  morceaux  de  bois  et 
autres  objets  sans  aucune  valeur,  mais  dont  jamais  il  n*aurait 
voulu  se  désaisir.  Il  avait  aussi  une  répugnance  étrange  et  qu'il 
ne  pouvait  s'expliquer,  à  traverser  certaines  rues;  quand  il 
essayait  de  le  faire,  il  se  sentait  tout  i  fait  mal. 


216 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


L'examt'ii  des  uiédecins  a  démontré  qu'on  avait  affaire  à  un 
hérédiraire,  (jue  les  actes  incriminés  avaient  nn  caraetèr»  Hiipulsif 
dénué  de  tout  libre  arbitre,  et  qu'ils  lui  étaient  impu>es  j).n  urn' 
obsession  renforcée  par  des  sentinients  sexuels  anormaux. 
Acquittement,  lulerneuient  dans  un  asile  d'aliénés.  (Voisin,  Soc- 
quet,  Moielf  Annafei d'hygiène,  1890,  avril.) 

-  Pour  faire  suite  à  ce  cas,  nous  en  citerons  un  autre  ana-* 
loguc  qui  mdiite  toute  notre  attention,  car  il  a  été  soigneuse- 
ment observé  ;  il  fournit  un  exemple  pour  ainsi  dire  classique 

et  jette  une  vive  lumière  sur  le  futichisnie  ainsi  que  sur 
l'éveil  de  celle  perversion  par  une  association  d'idées. 

Orservation  79.  —  Ud  coupeur  de  nattes.  E...,  vingt-cinq 
ans;  une  tante  du  côté  maternel  épileptique;  un  frère  a  souffert 
de  convulsions.  F...  prétend  avoir  été  bien  portant  pendant  son 

enfance  et  avoir  bien  travaillé  h  l'école.  A  l'âge  de  quinze  ans,  il 
éprouva,  pour  la  première  fois,  une  sensation  voluptueuse  nvpc 
érection,  en  voyant  une  belle  lille  du  villape  se  peigner  les  che- 
veux. Jusque-là  les  personnes  de  l'autre  se\(!  n'avaient  fait  sur 
lui  aucune  impressi(m.  Deux  mois  plus  tard,  à  Paris,  il  se  seuliL 
vivement  excité  à  la  vue  de  jeunes  filles  dont  les  cheveux  flot- 
talent  autour  de  la  nuque.  Un  jour  il  ne  put  se  retenir  de  prendre 
la  natte  d*une  jeune  fille  et  de  la  tortiller  entre  ses  doigts.  Il  (Ut 
arrêté  et  condamné  à  trois  mois  de  prison. 

Peu  de  temps  après,  il  fut  soldat  et  fit  cinq  ans  de  service. 
Pendant  cette  période,  il  n*eot  pas  à  redouter  de  voir  des  nattes. 
Cependant  il  révàit  parfois  de  têtes  de  femmes  avec  des  nattes  ou 
des  cheveux  flottants.  A  Toccasion,  il  faisait  le  coït  avec  des 
femmes,  mais  sans  (jue  leurs  cheveux  agissent  comme  fétiche. 

Rentré  à  Paris,  il  eut  de  nouveau  des  rêves  du  genre  sus-indi- 
(ji).'  et,  de  nouveau,  il  se  sentit  excité  &  la  vue  des  cheveux  de 
leniiiies. 

Jamais  il  ne  rêve  du  corps  entier  de  la  femme  ;  re  ne  sont  (^uc 
des  têtes  à  nattes  qui  lui  apparaissent.  Ces  temps  derniers, 
l'excitation  sexuelle  duc  à  ce  fétiche  est  devenue  si  forte  qu'il 
a  dû  recourir  &  la  masturbation. 

Il  était  de  plus  en  plus  en  proie  à  Tobsession  de  toucher  des 
cheveux  de  femme,  ou,  de  préférence,  de  posséder  des  nattes  pour 
pouvoir  se  masturber  avec. 

Depuis  quelque  temps,  réjaculation  se  produit  chez  lui  aussitét 


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NEUR0-PSYCH0HATHULO(slE  GÉNÉIULE 


qu'il  tient  des  cheveux  de  femine  entre  ses  doîjçts.  Un  jour  il  a 
réussi  à  couper  dans  la  rue  trois  nattes  d'une  longueur  de  vingt- 
cinq  centimètres  sur  la  IHe  de  petites  filles  qui  passaient.  Uno 
tentative  semblable  faite  sur  une  quatrième  enfant  amena  son 
arrestation.  Il  manifesta  un  repentir  priif<ui<l  cl  de  la  honte. 

Depuis  qu'il  est  interné  dans  une  nuii.suii  d'aliénés,  il  en  ost 
arrivi'  à  n'rlie  plus  excité  à  la  vue  des  uatlus  de  femmp.  Il  a  l'in- 
tention, aussitôt  remis  en  liberté,  de  rentrer  dans  son  pays  où  les 
femmes  portent  les  cheveux  relevés  et  attachés  en  haut.  (Magnan, 
Art&ivet  de  tanthropoloffieerimneUe,  t.  V,  n*  28;} 

Nous  citerons  encore  le  fait  suivant,  qui  est  aussi  de 

nature  à  nous  éclairer  sur  le  caractère  psychopalhique  de 
CCS  phénomènes  et  dont  la  curieuse  guérison  mérite  attention. 

OBSBRTATiuif  80.  —  Pélichîsme  des  nattes  de  cheveux, 
li.  X...,  entre  trente  et  quarante  ans,  appartenant  à  une  classa 
sociale  très  élevée,  célibataire,  issu  d*ane  famille  censée  être  sans 
tare;  dès  son  enfam  e,  nerveux,  sans  esprit  de  suite,  bizarre; 
prétend  que  depuis  l'Age  de  huit  ans,  il  s'est  senti  puissamment 
attiré  par  les  cheveux  des  femmes,  particulièrement  lorsqu'il  se 
trouvait  en  présence  de  jrnnes  filles.  Lorsqu'il  eut  neuf  ans, 
nnf^  jr"iri<^  lillc  di^  treize  au>  lit  avec  lui  dfs  actes  d'impudieité. 
}luis  il  n  ri^iit  pris  ù  même  de  comprendre,  et  il  n'y  eut  chez  lui 
aucune  oxcilalujn. 

•  Sa  sœur,  àgt  e  de  douze  ans,  s'occupait  In-aucoup  de  lui  ;  elle 
l'embrassait  et  le  pressait  souvent  contre  elle.  11  se  laissait  faire 
parce  que  les  cheveux  de  cette  jeune  fille  lui  plaisaient  beaucoup. 

A  Tàge  d'environ  dix  ans,  il  commença  à  éprouver  des  sensa* 
tions  voluptueuses  à  Vaspect  des  cheveux  des  femmes  qui  lui  plai- 
saient. Peu  à  peu,  ces  sensations  se  produisirent  spontanément, 
et  aussitôt  s'y  joignait  le  souvenir  imaginaire  de  cheveux  de 
jeunes  filles.  A  TAge  de  onze  ans,  il  fut  entraîné  &  la  masturbation 
par  des  camarades  d'école.  Le  lien  d'association  des  sentiments 
sexuels  avec  l'idée  fétichiste,  était  alors  déjà  solidement  établi  et 
se  faisait  jour,  toutes  !c<^  fois  que  le  malade  pratiquait  avec  ses 
camarades  des  aetes  d'irnpudieité.  Avec  les  aiinér's,  le  fétiche 
devint  de  plus  en  plus  puissant.  Les  fausses  nattes  même  com- 
ineiiçaieiil  l  exciter,  pourtant  il  préférait  les  vraies.  Quand 
il  en  pouvait  loucher  ou  y  poser  sus  lèvres,  il  se  «reniait  tout 
heureux.  Il  rédigeait  en  prose  des  articles,  il  faisait  des  poésies 


218 


PSYGHOPATHIA  SEXUAL1S 


sur  la  beaiiti'  flo*?  chovoux  dos  femmes  ;  il  dessinait  des  nattes  >A 
se  ni.islurbait  en  môme  temps.  A  partir  de  IWpje  de  quatorze  aiisî, 
il  devint  tellement  excité  par  son  fétiche  qu'il  en  avait  des  érec- 
tions violentes.  Contrairement  au  goût  qu'il  avait,  r-i  int  encore 
petit  garçon,  il  n'était  plus  excité  que  par  les  nattes  Itien  touffues, 
noires  et  solidement  tressées.  Il  éprouvait  une  envie  folle  de 
poser  ses  lèvres  sur  ces  nattes  et  de  les  mordre.  L'attouchement 
des  cheveux  ne  lui  donnait  que  peu  de  satisfaction;  c^était  plutôt 
la  vue  qui  Ini  en  procurait,  mats  avant  tout,  le  fait  d'y  poser  les 
lèvres  et  de  les  mordre. 

Si  cela  lui  était  impossible,  il  se  sentait  malheureux  jusqu^au 
tsedium  mto.  H  essayait  alors  de  se  dédommager  en  évoquant 
dans  son  imagination  Tirnage  d*  «  aventures  de  nattes  »  et  en  se 
masturbant  en  même  temps. 

Souvent,  dans  la  rue,  au  milieu  d'une  bousculade  de  la  foule,  il 
ne  pouvait  pas  se  retenir  de  poser  un  baiser  sur  la  tète  de«;  dames. 
Cela  fait,  il  courait  chez  lui  pour  se  masturber.  Parlois  il  réussis- 
sait h  résister  à  (.et  le  impulsion,  mais  alors  il  était  forcé,  oppressé 
d'une  anj^'oisse  vive,  de  prendre  vite  la  fuite,  pour  échapper  au 
cercle  mai^irjiic  du  reliche.  Une  fois  seulement,  au  milieu  delà 
bousculade  d'une  foule,  il  eut  l'obsession  de  couper  la  nulle  d'une 
jeune  lille.  Il  éprouva  pendant  cette  tentative  une  vivo  anxiété, 
ne  réussissant  pas  avec  son  canif,  et  échappa  avec  peine  en  se 
sauvant  au  danger  d*étre  pris. 

Devenu  grand,  il  essaya  de  se  satisfaire  par  le  coYt  avec  des 
pueUU.  Il  provoquait  une  érection  violente  en  baisant  les  nattes, 
mais  il  ne  pouvait  pas  arriver  à  réjaculation.  Voilà  pourquoi  il 
n'était  pas  satisfait  du  coït.  Pourtant  son  idée  favorite  était  de 
coïter  en  baisant  des  nattes.  Cela  ne  lui  suffisait  pas,  puisque  par 
ce  moyen  il  n'arrivait  pas  non  plus  &  réjacuîation.  Faute  de 
mieux,  il  vola  un  jour  à  une  dame  les  cheveux  qu'elle  avait 
laissés  en  se  peignant  ;  il  se  les  mettait  dans  la  bouche  et  se  mas- 
turbait en  évoquant  dans  sou  esprit  en  mémo  temps  l'ima^^e  de  la 
dame.  Dans  l'oh^curité,  il  n'avait  aucun  intérêt  pour  la  femme, 
parce  qu'il  ne  \ oyait  pas  ses  cheveux.  Des  cheveux  défaits 
n'avaient  pour  lui  aucun  charme,  les  poils  des  parties  génitales  non 
plus.  Ses  rêves  erotiques  n'avaient  pour  sujet  que  des  nattes.  Ces 
temps  derniers,  le  malade  était  tellement  excité  sexuellement  qu'il 
tomba  dans  une  sorte  de  satyriasis.  Il  devint  incapable  de  vaquer 
à  ses  affaires,  et,  il  se  sentait  si  malheureux,  qu'il  essaya  de 
sMtourdir  par  l'alcool.  Il  en  consomma  de  grandes  quantités,  fut 


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NEURO-PSYCHOPATHOLO(;iE  GÉNÉRALE 


219 


pris  de  délire  alcoolique  et  dut  être  transporté  à  rbôpital.  Après 
ravoir  çpiér'i  de  l'intoxication,  un  traitement  approprié  lit  dispa- 
raître assi'z  rapidement  son  excitation  sexuelle,  et,  lorsque  le  ma- 
lat.le  fut  ronvoy»'  de  l'hôpital,  il  l'fail  «Idivri'  'le  «h\  idée  fétichiste 
qui  ne  se  iiiaiiiieslait  que  rareineiil  dans  sus  rèvos  nocturnes. 

L'examen  du  corps  a  fait  coiistaler  l'état  normal  des  parties 
génitales  et  l'absence  totale  de  stigmates  de  dégénérescence. 

Ces  cas  de  fétichisme  des  nattes,  qui  mènent  à  des  vols  de 
nattes  de  femmes,  paraissent  se  rencontrer  de  temps  en 

temjis  dans  tous  les  pays.  Au  mois  de  novembre  1890,  des 
villes  entières  des  Etats-Unis  de  l'Amérique  ont  él(''.  au  dire 
des  journaux  américains,  inquiétées  par  un  coupeur  de  nattes. 

B.  —  LE  FértCHB  EST  UNE  PARTIE  DU  VÊTEMENT  rÊHINnf 

On  sait  combien  grande  est,  en  général,  l'importance  des 
bijoux  et  de  la  toilette  de  la  femme,  même  pour  la  vita  sexualis 

normale  de  l'homme.  La  civilisation  et  la  mode  ont  créé 
pour  la  femme  des  traits  artificiels  de  caractf»re  sexuel  1  ut 
l'absence  peut  être  considérée  comme  une  lacune  et  peut  pro- 
duire une  impression  étrange,  quand  on  se  trouve  en  présence 
d'une  femme  nue,  malgré  l'effet  sensuel  que  doit  normale- 
ment produire  cette  vue 

A  ce  propos,  il  ne  faut  pas  oublier  que  la  toilette  de  la 
femme  a  souvent  tendance  i  faire  ressortir,  et  m6me  à  exa- 
gérer, certaines  particularités  du  sexe,  des  traits  de  caractère 
sexuel  secondaires,  tels  que  la  gorge,  la  taille,  les  hanches. 

Chez  la  plupart  des  individus,  l'instincl  génital  s'éveille 
longtemps  avant  de  pouvoir  trouver  l'occasion  d'avoir  des 
rapports  intimes  avec  l'autre  sexe,  el  les  appétits  de  la  pre- 
mière jeunesse  se  préoccupent  habituellement  d'images  du 
corps  de  la  femme  vôtue.  De  là  vient  que  souvent,  au  début 
de  la  viia  sexualis^  la  représentation  de  l'excitant  sexuel  et 

1.  Comparez  les  remarques  de  Gœthe  sur  aon  areature  à  Genève  {Lettres 


220 


PSYCHOPATHIA  SEXL'ALIS 


celle  da  vêtement  féminin  s'associent.  Cette  assoeiation  peut 
devenir  indissoluble;  la  femme  vêtue  peut  être  pour  toujours 
préférée  &  la  femme  nue,  surtout  lorsque  les  individus  en 
question,  se  trouvant  sous  la  domination  d'autres  perversions, 

n'arrivent  pus  à  une  viia  seomalis  normale  ni  à  la  satisfaction 
par  les  charmes  naturels. 

Par  suite  de  celle  circonstance,  il  arrive  alors  que,  chez  des 
individus  psycliopafhes  et  sexuellement  hyperesthe'siques, 
la  femme  habillée  est  toujours  préférée  à  la  femme  nue. 
Ra  ppelons-nous  bien  que,  dans  Tobservation  48,  la  femme 
n'a  jamais  dû  laisser  tomber  ses  derniers  voiles,  et  que 
Vegtiuserotictts dûVohwrvhiion  40  préfîfere la  femme  habillée. 
Plus  loin  encore,  on  trouvera  une  déclaration  de  ce  genre 
faite  par  un  inverti. 

Le  D'Moll  {op.  cit.)  lait  mention  d'un  malade  qui  ne  pou- 
vait faire  le  coït  avec  une  pi/eiia  nuda ;  la  femme  devait  être 
revêtue  au  moins  d  une  cliemi«e.  Le  niciut'  auteur  cite  «n 
individu  atteint  d  inversion  sexuelle  qui  est  sous  le  coup  du 
môme  fétichisme  du  vêlement. 

La  cause  de  ce  phénomène  doit  évidemment  être  cherchée 
dans  Tonanisme  psychique  de  ces  individus.  Ils  ont,  à  la  vue 
de  bien  des  personnes  habillées,  éprouvé  des  désirs  avant 
de  s^être  trouvé  en  présence  de  nudités 

Une  seconde  forme  de  fétichisme  du  vêtement,  forme  plus 
prononcée,  consiste  en  ce  que  ce  n  csL  pas  généralement  la 
femme  huLillée  qu'on  préfère,  mais  c'est  SLulement  un  cer- 
tain genre  d'iiabillement  qui  devient  létielie.  Il  est  bien  con- 
cevable qu'une  forte  impression  sexuelle,  surtout  si  elle  ?e 
produit  de  Ir^s  bonne  bcure,  et  si  elle  se  rattache  au  souvenir 
d*une  certaine  toilette  de  femme,  puisse,  chez  des  individus 
hypéreslhésiques,  éveiller  un  intérêt  inte^^se  pour  ce  genre 

1.  Un  pbéooiuéne  analogue  en  ce  ({ui  concerne  l'objet,  mais  tout  à  fait  diflé* 
r«nt  en  ce  qui  concerne  le  moyen  psychique,  est  le  fait  que  le  corps  à  demi 
revAtu,  produit  souvent  plus  de  charme  que  le  corps  tout  nu.  Cela  tient  aux 
effets  de  coolraslc  et  à  la  passion  de  l'attente  qui  tont  dei  phénomènes 
généraux  et  n'ont  rien  de  palholugtque. 


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^EURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


221 


de  toiletle.  flammond  (op.  cit.,  p.  46)  rapporte  le  cas  suivant 
qu'il  emprunte  au  Traité  de  f  impuissance  do  RoubaïKi. 

Obsbrvatio.v  81.  —  X...,  fils  d'un  général,  a  été  élevé  à  la  cani- 

pajrno.  A  l'Agn  do  (|iiatorze  ans  il  fut  initié  par  une  jeune  darne 
aux  mysti-n-s  »le  î'nmour.  Celte  damo  clail  une  blonde,  qui  por- 
tail h's  cheveux  eu  boucles:  alin  no  pas  iHre  découverte,  elle 
gurdalL  habituellement  ses  vôti'mt  nts,  scsgiKHres,  son  corsetet  sa 
robe  de  soie,  quand  elle  avait  une  conversation  intime  avec  son 
jeune  amant. 

Après  avoir  terminé  ses  études,  X...  fut  envoyé  en  garnison; 
ilvonlut  profiter  de  sa  liberté  pour  se  puyei  du  plaisir  ;  il  constata 
que  son  penchant  sexuel  ne  pouvait  s*exciter  que  dans  certaines 
conditions  déterminées.  Ainsi  une  bruoe  ne  lui  faisait  aucun  effet, 
et  une  femme  en  costume  de  nuit  pouvait  éteindre  complètement 
tout  son  enthousiasme  en  amour.  Une  femme,  pour  éveiller  ses 
désirs,  devait  être  blonde,  chaussée  de  guêtres,  avoir  un  corset 
et  une  robe  de  soie,  en  un  mot  être  vêtue  tout  h  fait  comme  la 
dame  qui  avait  pour  la  première  fois  éveillé  chez,  lui  Tinstinct 
génital.  Il  a  toujours  résisté  aux  tentatives  qu'on  a  faites  poitr  le 
mai  it  r.  snfhnnt  fiu'il  nr  pourrait  s'acquitter  de  ses  devoirs  conju- 
gaux avec  une  femme  en  costume  de  nuit. 

Hammond  rapporte  encore  (page  4â),  un  cas  où  le  coUus 
maritaiis  n'a  pu  être  obtenu  qu'à  l'aide  d'un  costume  déter- 
miné. Lo  Moll  fait  menliou  4p  plusieurs  cas  semblables 
chez  (les  hétéro-  et  homo-sexucls.  (lonimo  caiisi^  primitive,  il 
faut  toujours  supposer  une  association  d  idrcs  (jui  s'est  pro- 
duite à  la  première  heure.  C'est  la  seule  raison  plausible  de 
ce  fait  que,  chez  ces  individus,  tel  costume  agît  avec  un 
charme  irrésistible,  quelle  que  soit  la  personne  qui  porte  le 
fétiche.  On  comprend  ainsi  que,  diaprés  le  récit  de  Coffi- 
gnon,  des  hommes  qui  fréquentent  les  bordels,  insistent  pour 
que  les  femmes  avec  lesquelles  ils  ont  affaire,  mettent  un 
costume  particulier,  de  ballerine,  de  religieuse,  etc.,  et  que 
les  maisons  publiques  soient,  à  cctetret,  munies  de  toute  une 
garde-robe  pour  déguisements. 

ninel  [Op.  cit.)  raconte  le  cas  d'un  nuigislrat,  qui  n*dtait 
amoureux  que  des  Italiennes  qui  viennent  à  Paris  pour  poser 


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PSYGMOPATUIA  SëXUAUS 


dans  les  ateliers,  et  que  cet  amour  avait  pour  véritable  objet 
leur  coslumo  pai  ticuliei .  La  cause  en  a  \m  t'irc  bien  établie  ; 
c  otait  l'effet  de  la  première  impression  au  moment  do  i  cvcil 
de  l'instinct  grnital. 

Une  troisième  forme  du  fétichisme  du  vêtement,  qui  pré- 
sente un  degré  beaucoup  plus  avancé  vers  Tétat  patholo- 
gique, se  présente  plus  fréquemment  à  Tobservation  du  mé^ 
decîn.  Elle  consiste  dans  le  fait  que  ce  n^est  plus  la  femme, 
habillée  ou  même  habillée  d*une  certaine  façon,  qui  agit 
en  première  ligne  comme  excitant  sexuel;  mais  Tintérét 
sexuel  se  concentre  tellement  sur  une  certaine  partie  de  la 
luilotte  de  la  femme,  qiif^  la  représentation  de  cet  objet  de 
loib'lle,  arcciituée  par  un  sentiment  Je  volupté,  se  détache 
coinpK'temeut  de  l'idée  d'ensemble  de  la  femme,  et  acquiert 
par  là  une  valeur  indépendante.  Voilà  le  vrai  terrain  du  féti- 
chisme du  vêlement;  un  objet  inanimé,  une  partie  isolée  du 
vêtement  suffit  par  elle  seule  à  l'excitation  et  à  la  satisfac- 
tion du  penchant  sexuel.  Cette  troisième  forme  de  féti- 
chisme du  vêtement  est  aussi  la  plus  importante  au  point  de 
vue  médico-légal. 

Dans  un  grand  nombre  de  cas  de  ce  genre,  il  s'agit  de 
pièce«  (le  linge  de  femme  qui,  parleur  caractère  intime,  sont 
sui  l<  ut  de  nature  à  produire  des  associations  d'idées  dans  ce 
sens. 

Observation  82.  —  K...,  quar.uilt  -ciiiq  ans,  cordouuier,  prô- 
teod  n'avoir  aucune  tare  héréditaire  ;  il  est  d'un  caractère  bi- 
zarre, mal  doué  intellectaellement,  d'habitus  viril,  sans  stigmates 
de  dégénérescence;  d'une  conduite  généralement  sans  reproche, 
il  fut  pris  en  flagrant  délit  le  3  jnillet  1876,  au  soir,  emportant  du 
linge  volé  quUt  avait  gardé  dans  un  endroit  caché.  On  trouva 
chez  lui  trois  cents  objets  de  toilette  de  femme,  entre  autres, 
des  cliejui^es  de  femme,  des  pantalons  de  femme,  des  bonnets  de 
nuit,  des  Jarretières  et  même  une  poupée.  Quand  on  l'arrêta,  il 
avait  .sur  le  corps  une  chemise  de  femme.  Déjà,  à  l'âge  de  treize 
ans,  il  s'était  livré  A  son  impulsion  fi  voler  du  linge  de  IVuniiie  ; 
puni  une  première  fois,  il  devint  plus  prudent;  il  commetlait  ses 


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PtECRO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


823 


vols  avec  ruse  et  beaucoup  d'adresse.  Quand  celte  impulsion  hu 
venait,  il  avait  toujours  de  l  augoisse  et  se  sentait  la  t«*^t<'  lourde. 
Dans  de  pareils  nioun  uts,  il  ne  pouvait  résister,  coûte  que  coûte. 
Feu  lui  importait  à  qui  il  enlevait  ces  objets. 

La  nuitf  quand  il  était  au  lit,  il  mettait  les  objets  de  toilette 
qu'il  avait  tolés,  eu  mémo  temps  il  évoquait  dans  son  imagina- 
tion rimage  de  belles  femmes,  et  il  éprouvait  une  sensation  vo- 
luptueuse avec  écoulement  de  sperme. 

Voilà  évidemment  le  mobile  de  ses  vols;  en  tous  cas,  il  n*avait 
Jamais  vendu  aucun  des  objets  volés,  mais  il  les  tenait  cachés 
dans  un  endroit  quelconque.  U  déclara  qu'il  avait  eu  autrefois 
des  rapports  sexuels  normaux  avec  des  femmes.  11  nie  avoir 
jamais  pratiqué  l'onanisme  ou  la  pédérastie  ou  d'aulres  actes 
sexuels  anormaux,  A  l'âge  de  vingf-rinq  ans,  il  fut  (iaucp,  mais 
l'engageineut  fut  rompu  par  sa  laut".  !l  tt  i  tait  pas  A  même  de 
comprendre  que  .ses  actes  étaient  cniuiurls,  et  en  outre,  empreints 
d'un  caractère  morbide.  fPassow,  Vif'rlrljnlu  ssr  hi  ifl  fur  ger.  Medi- 
cin.'S.  F.  XXYIII,  p.  61;  Krau^s,  Psychologie  des  Verbrechcfxs^  1884, 
p.  190.) 

Haiiimond  [op.  cit.^  p.  43)  rapporte  un  cas  de  passion  pour 
une  partie  du  vêlement  do  la  femme.  Dans  ce  cas  aussi,  le 
plaisir  du  malade  consiste  à  porter  sur  son  corps  un  t-orset 
de  femme,  de  même  que  d  autres  pièces  de  toilette  féminine, 
sans  qu'il  y  ait  cbez  lui  trace  d'inversion  sexuelle.  La  dou- 
leur que  lui  cause  à  lui  ou  à  une  femme  un  corset  trop  forte* 
ment  lacé,  lui  fait  plaisir  :  élément  sadico-masochiste. 
•  Tel  est  encore  le  cas  que  rapporte  Dieas  {Der  Selèsimord* 
1838,  p.  24).  Il  s*agit  d'un  jeune  homme  qui  ne  pouvait  résis- 
ter à  l'impulsion  de  déchirer  du  linge  de  femme.  Pendant 
qu'il  déchirait,  il  avait  toujours  une  ejiiculalion. 

Une  alliance  entre  le  fétichisme  et  la  manie  de  détruire,  le 
fétiche  (sorte  de  sadisme  contre  ua  objet  inaninif^i,  semble 
se  rencontrer  asseii  souvent.  Comparez  observation  U3. 

Le  tablier  est  une  pièce  du  vêtement  qui  n'a  aucun  carac- 
tère intime  proprement  dit,  mais  qui,  par  l'étoife  et  la  cou- 
leur, rappelle  le  linge  du  corps,  et  qui,  par  Tendroit  oh  il  est 
porté,  évoque  des  idées  de  rapports  sexuels.  (Comparez 


m 


PSYCUUPATUIA  SEXUALIS 


remploi  métonymique  en  allemand  des  mots  tablier  et  jupon 
dans  la  locution  leder  ScA&rse  nachîau/en^  etc.  Ceci  dit, 
nous  arriverons  à  mieux  comprendre  le  cas  suivant. 

Observahon  83. —  C...,  Irenle-scpt  ans,  de  famille  lrèschar« 
gée,  crâne  plagiocéphale,  Iticultés  intellecluelles  faibles,  a  aperçu 
à  l'àjçe  de  quinze  ans,  un  tahlior  qu'on  avait  suspondu  pour  le  faire 
sécher.  Il  se  ceignit  de  ce  tablier  et  «jp  maslurha derrière  une  haie. 

Depuis  il  ne  put  voir  un  lalilicr  sans  répéter  l'acte.  (Juand  il 
voyait  passer  quelqu'un,  feinnu'  ou  hominc,  ceint  d  uu  tablier,  il 
était  forcé  de  courir  après.  Pour  le  guérir  de  ses  vols  répétés  de 
tabliers,  on  le  mit,  à  l'âge  de  seize  ans,  dans  la  marine.  Là,  il  n'y 
avait  pas  de  tabliers  et  par  conséquent  il  resta  tranquille.  Revena 
ft  râge  de  dix-neuf  ans,  îl  eut  de  nouveau  Timpulsiou  de  voler 
des  tabliers,  ce  qui  lui  ameDa  des  complications  ftcheuses.  11  fat 
plusieurs  fois  arrêté  ;  enfin,  il  essaya  de  se  guérir  de  sa  manie  en 
s^enfermant  dans  un  couvent  de  Trappistes.  Aussitôt  sorti  du 
couvent,  il  recommença. 

A  ^'occasion  d'un  vol  récent,  on  Ta  soumis  à  Texamen  de  mé< 
decins  légistes,  et  on  l'a  ensuite  transporté  dans  une  maison  de 
santé.  Il  ne  volait  jamais  autre  chose  que  des  tabliers.  C'était 
pour  lui  un  plaisir  (révoquer  lo  souvenir  du  premier  tablier  volé. 
Ses  lèves  n'uvaiçnl  pour  sujet  que  des  tal)liers.  Plus  tard,  il  se 
servait  de  ces  évocations  de  soiiveuirs,  soit  pour  j>ouvoir  accom- 
plir le  euil  à  l  occasiori  .suit  pour  se  masturber  (Cliarcot-Magnau, 
Arch.  de  Neurologie,  1882,  Nr,  12). 

Lu  cas  analogue  à  cette  série  d'observations  que  nous 
venons  de  citer,  est  raj)}»orté  par  Lonibroso  (Amuri  anonnalt 
precoci  net  jifizzi.  A/  c/t,  di  pst/ch.,  1883,  p.  47).  Un  garçon,  très 
chargé  héréditairement,  avait  déjà,  à  l  Age  de  quatre  ans,  des 
érections  et  une  forte  émotion  <"xnello  à  la  vue  des  objets 
blancs  et  surtout  du  linge.  Le  contact,  le  froissement  de  ces 
objets,  lui  procuraient  de  la  volupté.  A  l'âge  de  dix  ans,  il 
commença  à  se  masturber  à  la  vue  du  linge  blanc  empesé. 
11  parait  être  atteint  de  folie  morale  ;  il  a  été  exécuté  pour 
assassinat. 

Le  cas  suivant  de  fétichisme  du  jupon  est  combiné  à  des 
circgustances  bien  particulières. 


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NEURO-PSTCHOPATHOLOGIE  GÉISÉIIAU- 


223 


Obsekvation  84.  —  M.  Z.,.,  Irenle-cinq  ans,  fonctionnaire,  est 
l'enfant  unique  d'une  nièro  norvcnsn  et  d'un  père  Lion  portant. 
Il  ('fail  nerveux  dès  son  enfance;  à  la  consultation  on  remarque 
î-nii  u'il  névropathe,  son  corps  Huel  et  délicat,  ses  traits  lins, 
sa  voix  grêle  et  sa  baihe  très  clairsemée.  Sauf  des  ttyuiplùme!^ 
d'une  lé{j;èrc  neurasthénie,  ou  ne  constate  chez  le  malade  rien  de 
morbide.  Les  parties  génitales  sont  normales,  de  même  que  les 
foncUoDS  sexuelles.  Le  malade  prélend  ne  s'être  niaslurbé  que 
quatre  ou  cinq  fois,  lorsqu^il  était  encore  petit  garçon. 

Déjà,  à  r&ge  de  treize  ans,  le  malade  était  très  excité  sexuelle- 
ment à  la  vue  de  vêtements  mouilléSt  taudis  que  les  mêmes  vête- 
ments à  Tétat  sec  ne  Texcitaient  nullement.  Son  plus  grand  plai- 
sir était  de  regarder,  par  une  pluie  torrentielle,  les  femmes 
trempées.  Quand  il  enrencontinit,  et  si  la  femme  avait  une  figure 
sympathique,  il  éprouvait  une  volupté  intense,  une  violente  érec- 
tion et  se  sentait  poussé  au  coït. 

Il  prétend  n'avoir  Jamais  eu  l'onvic  de  se  procurer  des  jupons 
trempés  «)u  d''  lîiouillt'r  utu'  rminii-.  Le  malade  n'a  pu  fournir 
aucun  rriiseignemeiU  sur  l  oritriuo  de  su  pica. 

11  est  possible  que  l'inslinct  lifuilal  se  soit  éveillé  |)Our  la  pre- 
mière fois  à  la  vue  d  une  leoune  qui,  par  la  pluie,  a  relevé  ses 
jupons  et  fail  voir  ses  chariues.  Ce  penchant  obscur  et  qui  ne  se 
rendait  pas  encore  bien  compte  de  son  véritable  objet,  s'est  reporté 
sur  les  jupuQS  trempés,  phénomène  qui  a  continué  à  se  produire. 

Les  amateurs  de  mouchoirs  de  femmes  se  rencontrent 
souvent  :  voilà  pourquoi  ces  cas  sont  importants  au  point  de 
vue  médico-légal.  Ce  qui  peut  contribuer  à  la  grande  pro- 
pagation du  fétichisme  du  mouchoir,  c'est  peuUêtrc  que  le 
mouchoir  est  la  pièce  du  linge  féminin  qui  est  le  plus  souvent 
exposée  aux  regards,  même  dans  les  rapports  non  in  limes;  il 
peut  tomber  par  liasai  d  entre  les  mains  d'une  tierce  personne 
en  lui  apportant  le  parl'iini  spr-eial  et  nioile  de  sa  propriétaire. 
C'est  peut-être  pour  cela  que  i  idée  du  mouchoir  s'associe 
si  fréquemment  avec  les  premières  sensations  de  volupté, 
association  qu'il  faut  supposer  dans  ces  cas. 

OBSLKVATioy  85, — Un  garçon  boulanger  de  treuLc-deux  ans, 
célibataire  cl  jusqu'ici  d  antécédents  nets,  a  été  pris  au  moment 
OÙ  il  volait  le  mouchoir  d*une  dame.  Il  avoua,  avec  un  repentir 

l'âTCllUrATIItA  »EXl'AU6.  13 


226 


PSVCHOPATHIA  SEXLAUS 


sincère,  quil  avait  déjà  volé  80  À  90  mouchoirs  de  cette  façon.  U 
ne  recherchait  que  des  inouchoii*s  de  femme  et  exclusivement  de 

femmes  jeunes  et  qui  lui  plaisaient. 

I/i  xliriour  de  Tinculpé  ne  présente  rien  d'inlépessant.  Il 
s'habille  très  soigneusement;  il  a  une  atUlude  bizarre,  craintive, 
déprimée,  avec  un  genre  trop  obséquieux  et  IrAs  peu  viril  qui 
va  souvent  jusqu'au  ton  larmoyant  et  aux  pleurs.  On  reconn.iil 
aussi  en  lui  unr»  maladresse  manifeste,  de  la  faiblesse  de  la  faculté 
d'assimilation,  de  la  paresse  dans  l'orientation  des  idées  et  dans 
la  réflexion.  Une  de  ses  scrurs  est  épileplique.  Il  vit  dans  une 
bonne  situation;  il  n'a  jamais  été  gravement  malade,  et  il  s'est 
bien  développé. 

En  relatant  sa  biographie,  il  fait  preuve  de  manque  de 
mémoire,  de  manque  de  clarté;  faire  du  calcul  lui  est  difficile, 
bien  qu'à  Téeole  il  faisait  des  progrès  et  apprenait  avec  facilité. 
Son  air  craintif,  son  manque  d'assurance  font  soupçonner  Tona- 
nisme.  L'inculpé  avoue  que,  depuis  l'âge  de  dix>neuf  ans,  il 
s'est  livré  avec  excès  à  ce  vice. 

Depuis  quelques  années,  il  a  souffert  des  suites  <le  ce  vice  : 
dépression,  fatigue,  tremblements  des  jambes,  douleurs  dans  le 
dos,  dégoût  du  travail.  Souvent  il  était  en  proie  à  une  dépres- 
sion mélancnlirjuc  avec  peur:  ntors  il  évitait  les  hommes.  Il 
avait  des  idfi's  ç\aL;</r(k's  et  faMtasti'iiii's  sur  les  conséquences 
(les  rapports  sexuels  avec  les  tomuio,  et  vuilà  pourquoi  il  ne 
pouvait  se  décider  au  coït.  Ces  tempâ  derniers  cependant  il  a 
songé  il  se  marier. 

C'est  avec  un  repentir  profond  et  comme  un  débile  qu'il  est, 
que  X...  m*avoua  qu'il  y  a  six  mois,  en  voyant  au  milieu  de  la 
foule  une  belle  jeune  fille,  il  se  sentit  sexuellement  très  excité, 
il  dut  se  frotter  contre  elle  et  éprouva  le  désir  de  se  dédom- 
mager par  une  satisfaction  plus  complète  de  son  désir  sexuel  en . 
lui  prenant  son  mouchoir.  Bien  qu'il  se  rendit  compte  du  carac- 
tère délictueux  de  son  action,  il  ne  put  résister  à  son  impulsion. 
En  même  temps,  il  éprouva  une  angoisse  lerrible,  causée  en 
partie  par  le  désir  génital  qui  l'obsédait,  et  aussi  par  la  peur 
d'être  découvert. 

A  la  suite  de  cet  incident,  nns^sitAt  qu'il  voyait  une  femme 
sympathique,  il  était  saisi  d'une  excitation  sexuelle  violente, 
avec  battement  de  cœur,  érection,  nnpctiis  rofuiidi,  et  il  éprouvait 
l'obsession  de  se  frotter  contre  la  personne  en  question  et,  faute 
de  mieux,  de  lui  voler  son  mouchoir. 


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NËURO-PSYCBOPÂTHOLOGiE  GÉNÉRALE 


887 


T«e  rapport  des  médecins  légistes  fail  trôs  judicieusemeat 
valoir  sa  débilité  d'esprit  coogénitale,  riafluence  démoralisante 
de  Tonaaisme,  et  attribue  son  penchant  anormal  à  un  instinct 
génital  pervers,  dans  lequel  on  trouve  une  connexité  intéressante 
entre  le  sens  génésique  et  le  sens  olfactif»  connexité  observée 
d'ailleui-s  sur  le  terrain  physiologique.  On  reconnut  Tirrésisti- 
bilitë  de  I  impulsion  morbide.  X...  fut  acquitté.  (Zippe,  Wknêr 
med.  Wocketuchrift,  i879,  n«  23.) 

Je  dois  à  l'obligeance  de  M.  le  docteur  Frilscli,  médecin 
légiste  uu  Landesgericht  de  Vienne,  d'autres  renseignements 
sur  ce  fétichiste  du  mouchoir  qui,  au  mois  d'août  1890, 
fut  de  nouveau  arrêté  au  moment  où  il  cherchait  à  tirer  un 
mouchoir  de  la  poche  d'une  dame. 

Une  }>f iquisition  domiciliaire  a  amené  la  découverte  de 
446  mouclioirs  de  dames.  L'accus*'»  piélend  avoir  brûlé  deux 
paquets  de  ces  curpora  delicli.  Au  cours  de  I  cnquête,  on  a,  en 
outre,  constaté  que,  déjà  en  i88.*î,  X...  avait  été  condamné  à 
quinze  jours  de  prison  pour  avoir  volé  27  mouchoirs,  et  que, 
pour  un  délit  analogue,  on  lui  avait  infligét  en  1866,  trois  semaines 
de  prison. 

£n  ce  qui  concerne  ses  rapports  de  parenté,  on  sait  que  son 
père  a  beaucoup  souffert  de  congestions,  et  qu'une  fille  de  son 

frère  est  une  imbécile  de  constitution  névropathiquc. 

X ...  s'est  marié  en  1879,  et  commença  par  s'établir  boulanger. 
£n  1881,  il  lit  faillite.  Bientôt  après,  sa  femme,  qui  était  toujours 
en  mésintelligence  avec  lui  et  qui  prétendait  (ju'il  ne  remplissait 
pas  ses  devoirs  conjugaux  (fait  (■onleslé  par  X...),  demanda  le 
divorce.  U  vécut  ensuite  comme  garçon  boulanger  dans  l'établis- 
sement de  son  frère. 

U  regrette  profondément  son  malheureux  penchant  pour  les 
mouchoirs  de  dames;  mais,  dit-il,  quand  il  se  trouve  dans  son 
état  critique,  il  ne  peut  malheureusement  pas  se  maîtriser.  Il 
éprouve  alors  une  sensation  délicieuse,  et  il  lui  semble  être 
poussé  par  quelqu'un.  Parfois,  il  réussit  à  se  retenir;  mais,  si  la 
jeune  dame  lui  est  sympathique,  il  succombe  à  la  première 
impulsion.  Dans  de  pareils  moments,  il  est  tout  trempé  de  sueur, 
par  suite  de  la  peur  d^étre  découvert  et  par  suite  de  l'impulsion 
&  commettre  son  acte.  11  prétend  avoir  éprouvé  des  émotions 
sensuelles  &  Taspeet  de  mouchoirs  de  femmes  dès  Tége  de  la 


m 


PSYGUOPATHLA  SEXUAUS 


puberlé.  Il  ne  peut  se  rappeler  les  incidents  précis  sous  le  coup 
desquels  Tassociatioa  didées  fétichistes  s^est  établie  chez  lui. 
L*émoUon  sensuelle  A  la  vue  de  dames,  de  hi  poche  desquelles 
sortait  nn  bout  de  mouchoir,  s^est  augmentée  de  plus  en  plas. 
A  plusieurs  reprises  cela  lui  a  donné  des  érections,  mais  jamais 
d*éjaculation.  Il  prétend  avoir  eu,  depuis  sa  vingt  et  unième 
année,  quelquefois  des  velléilés  de  satisfaction  normale  de 
rînslinct  sexuel,  et  avoir  fait  le  coït  sans  difficulté  ol  ?ans 
avoir  recours  h  l'évocation  uieulalc  d'un  mouclioir.  Quand  h 
fétiche  eul  pris  plus  d'empire  sur  lui,  le  vol  des  mouchoirs  est 
devenu  pour  lui  une  satisfaction  hc  iiK  iip  plus  grande.  Le  vol 
du  mouchoir  d'une  dame  syrapalluquc  avait  pour  lui  autant  de 
valeur  que  s'il  avait  eu  des  rapports  sexuels  avec  cette  dame. 
Il  éprouvait  alors  un  véritable  orgasme. 

Quand  il  ne  pouvait  prëndre  un  mouchoir  convoité,  il  en 
ressentait  une  excitation  pleine  de  tourments,  avec  tremble- 
ments et  sueurs  sur  tout  le  corps. 

il  gardait  dans  un  endroit  spécial  les  mouchoirs  de  dames  qui 
lui  étaient  particulièrement  sympathiques  ;  il  était  heureux  de 
les  contempler  et  éprouvait  alors  un  sentiment  de  bien-être. 
Leur  odeur  aussi  lui  causait  une  sensation  délicieuse  ;  mais, 
dît-il,  c'était  l'odeur  particulière  à  la  lingerie  et  non  pas  celle 
des  parfums  artificiels  qui  excitait  ses  sens.  11  prétend  ne  8*étre 
masturbé  que  rarement. 

Sauf  Hp«  innu\  de  d'ic  périodiques  et  des  vertiges,  X...  ne  se 
plaint  d'aucun  uialai^i!.  Il  regrette  profondément  sou  malheur, 
son  penchant  niojbide,  le  mauvais  démon  qui  le  pousse  à  ces 
actes  criminels.  Il  n'a  qu'un  désir,  c'est  de  trouver  quelqu'un 
qui  pubse  Ten  guérir.  Au  physique,  il  présente  de  légers 
ijyuiptômes  de  neurasthénie,  des  anomalies  dans  la  circulation 
du  sang,  des  pupilles  inégales. 

Il  fut  prouvé  que  X...  avait  agi  sous  TinQuence  d*une  obsession 
morbide  et  irrésistible.  Acquittement. 

Ces  cas  de  fétichisme  du  mouchoir  qui  entraînent  l'indi- 
vidu anormal  à  conimetti  c  des  vols,  sont  très  nombreux.  Ils 
se  renconti'cnt  aussi  chez  des  personnes  atteintes  d*inversion 
sexuelle,  ainsi  que  le  prouve  le  cas  suivant,  pris  dans  Touvrage 
de  M.  le  docteur  MoU  que  nous  avons  déjà  plusieurs  fois  cité*. 

1.  Pa^e  1S4  (op»  cU,),  le  docteur  UoU  dit,  à  propos  de  ce  penebant  chei 


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.NEUaO-PSYCHOPATHOLOGIE  GE.NÉUALE 


229 


Observation  861  —  Fétichisme  du  mouchoir  combiné  avec  Tin- 
version  sexuelle.  —  K...,  trente-huit  ans,  ouvrier,  homme  soH« 

dément  bâti,  se  pluinl  do  malaises  nombreux,  tels  que  faiblesse 
des  Jambes,  douleurs  dans  le  doF;,  maux  de  tète,  manque  de 
courajîc  au  travail,  etc.  Ses  plaintes  font  penser  manifestement 
à  la  neurasthénie  avec  tentlaiice  à  riiyporondrio.  Ce  n'f^-^t  qu'après 
avoir  suivi  plusieurs  mois  mon  Iniiluaient,  qu'il  âvuua  qu'il  était 
aussi  anormal  an  point  de  vue  sexiio!. 

K...  n'a  jamais  eu  aucun  potichaiil  pour  les  femmes;  par 
contre,  les  beaux  hommes  oui  exercé  sur  lui,  de  tout  temps,  un 
charme  particulier. 

Le  malade  s^est  beaucoup  masturbé  depuis  sa  jeunesse  jusqu  '& 
fépoque  où  il  est  venu  me  consulter.  K...  n*a  jamais  pratiqué 
ni  Vonanisme  mutuel,  ni  la  pédérastie.  Il  ne  croît  pas  qu'il  y 
aurait  trouvé  une  satisfaction  quelconque,  car,  malgré  sa  prédi- 
lection pour  les  hommes,  le  plaisir  principal  pour  lui  est  d'avoi  r 
un  morceau  de  linge  blanc  d^homme;  mais,  \h  ent  ore,  c'est  la 
beauté  du  propriétaire  qui  joue  un  rôie  important.  Ce  sont  sur- 
tout les  mouchoirs  des  beaux  hommes  qui  l'excitent  sexuelle- 
ment. Sa  plus  grande  volupté  consiste  ii  se  mastiirlicr  dans  des 
mouchoirs  d'hommes.  C'est  pour  f  '!!»-  rnisot!  f^u'il  cnlevaiL  sou- 
vent des  mouchoirs  à  ses  amis  ,  pour  H\iter  d'èlre  di'couvert 
comme  voleur,  le  malade  laissait  toujours  un  de  ses  i)ro[)res 
mouchoirs  chez  l'ami  pour  remplacer  celui  qu'il  venait  de  voler. 
De  celte  façon,  K...  voulait  échapper  au  soupçon  de  vol  et  faire 
croire  à  un  changement  de  mouchoir.  D'autres  pièces  de  linge 
d*homme  ont  aussi  excité  K...,  mais  pas  au  même  point  que  les 
monchoira. 

K...  a  souvent  fait  le  coït  avec  des  femmes  ;  il  eut  des  érections 
suivies  d'éjaculatîon,  mais  sans  aucuoe  sensation  de  volupté. 

De  plus,  le  malade  n'éprouvait  aucune  envie  particulière  de 
pratiquer  le  coït.  I /érection  et  l'éjaculation  ne  se  produisaient 
que,  lorsqu'au  milieu  de  l'acte,  le  malade  pensait  au  mouchoir 
d'un  homme.  Il  y  arrivait  encore  plus  facilement  quand  il  prenait 

lea  hf'tf^ro  -^priîets  :  «  La  passion  pour  les  mouchoirs  peut  fdre  si  violente 
que  1  hoiuuid  se  trouve  tittér&letuent  subjugué  par  ce  petit  objet.  Voici  ce 
qui  me  fut  raeoaté  par  une  femme  :  «  Je  connais  un  moneieur,  me  di^elle; 
il  me  suffit,  quand  je  le  vois  de  loin,  de  (ircr  do  ma  poche  le  cnin  de  mon 
mouchoir  pour  qu'il  me  suive  comme  ua  chien.  Je  puis  aller  n*importe  où, 
il  ne  me  quitte  plus.  Que  ce  monileur  ae  trouva  an  Toiture  ou  mt  oceapè 
par  une  affaire  très  sérieuse,  auesiÛt  qu'il  voit  mon  mouchoir,  il  abandonne 
tout  pour  me  suifre.  » 


m 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


avec  lai  le  mouchoir  d*ua  ami  elle  tenait  en  main  pendant  Tacte. 

Gonfonnément  à  sa  perversion  sexuelle,  ses  pollatioos 
nocturnes  aussi  se  produisent  sous  rinflucncc  de  représenta- 
tions voluptueuses  dans  lesquelles  le  linge  d'homme  joue  le  rôle 
principal. 

On  rencontre  plu*^  fr(^qiinmnicnt  qiio  les  ff^lichistc^  du 
linge  les  fétichistes  du  soulier  de  la  femme.  Ces  cas  sont, 
pour  ainsi  d'ivp,  innombrables,  et  un  grand  nombre  d«'jfi 
ont  été  scientifiquement  analysés,  tandis  que  pour  le  féti- 
chisme du  gant  je  n'ai  que  quelques  rares  communications  de 
troisième  main.  Relativement  aux  causes  de  la  rareté  du  féti- 
chisme du  gant,  voir  plus  haut. 

Dans  le  fétichisme  du  soulier  il  n'y  u  pas  de  rapport  étroit 
entre  Tobjet  et  le  corps  de  la  femme,  rapport  qui  rend  expli- 
cable le  félichisiiio  du  linge.  C'est  pour  cette  raison,  et  aussi 
parce  qu'il  y  a  toute  une  sf^rie  de  cas  soigneusemenl  étudiés, 
dans  lesquels  ladoralion  féticliiste  de  la  chaussure  de  la 
femme  a,  d*une  manière  incontestable  et  bien  établie,  pris 
naissance  dans  une  sphère  d'idées  masochistes;  c'est  pour 
ces  motifs,  disons-nous,  qu'on  peut,  à  juste  titre,  admettre 
rhypothèse  d'une  cause  de  nature  masochiste,  bien  que 
déguisée,  toutes  les  fois  que,  dans  un  cas  déterminé,  on  ne 
peut  trouver  une  autre  origine. 

C'est  ]>onr  ce  motif  que  j'ai  inséré  dans  le  chapitre  sur  le 
masochisme  la  pins  grande  parlie  des  observations  sur  le  féli- 
cliisme  du  soulier  ou  du  j)ied  qui  étaient  à  ma  disposition.  Là, 
nous  avons,  en  montrant  les  diverses  transitions,  déjà  suf- 
fisamment démontré  le  caractère  régulièrement  masochiste 
de  cette  forme  du  fétichisme  érotique. 

Cette  hypothèse  du  caractère  masochiste  du  fétichisme  du 
soulier,  n'est  réfutée  et  infirmée,  que  là  où  Ton  a  acquis  la 
prouve  qu*un  accident  de  hasard  a  amené  une  association 
entre  les  émotions  sexuelles  et  l'image  du  soulier  de  la  femme  ; 
car  la  iV»i-mation  a  priori  d'une  pareille  association  d  idées 
est  tout  à  fait  improbable. 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  231 


Une  corrélation  de  ce  genre  existe  dans  les  deux  observa- 
tions suivantes. 

Observation  87.  —  Félichisme  du  soulier.  —  M.  von  P...,  de 
vieille  noblesse  polonaise,  Ireute-dcux  ans,  m'u  consulté  en  IHÎK), 
an  sujet  de  sa  viia  itxualù  anormale.  Il  {iffirme  être  issu  d'une 
iiuniUe  tottt&  fait  saine,  mais  être  nerveux  depuis  son  enfance  et 
avoir  souffert  à  T&ge  de  onze  ans  de  ehorea  mtftor.  Depuis  Tàge 
de  dix  ans,  il  souffre  beaucoup  d'insomnie,  et  de  malaises  neuras- 
Ihéniques. 

11  prétend  n*avoir  connu  la  différenciation  des  sexes  qu'à  T&ge 
de  quinze  ans;  c'est  de  celle  époque  que  datent  ses  penchants 
sexuels.  A  Tàge  de  dix^sept  ans,  une  instiiulricc  française  l'a 
séduit,  mais  ne  lui  a  pa«  permis  d'accomplir  le  coït,  de  sorte 
qno  stnilo  une  excitation  sensuelli>  masturbation  mnttiollc^ 
a  pli  uv(»ir  lieu.  Au  milien  (î»'  cette  scciio,  son  regard  tomba  sur 
lesbotlinos  très  élégantes  de  celle  femme.  Celle  vue  lui  fil  une 
profonde  impression.  Ses  rela lions  avec  celle  personne  dissolue 
se  continuèrent  pendant  quatre  mois.  Durant  ces  attouchements, 
les  bottines  de  Tinstitutrice  devenaient  un  féliche  pour  le 
mallieureux  jeune  homme.  H  commença  à  s'intéresser  aux 
chaussures  de  dames,  et  rôdait  afin  de  rencontrer  de  belles 
bottines  de  dames.  Le  fétiche  sonlier  prit  sur  son  esprit  un 
ascendant  de  plus  en  plus  grand.  SieuH  ealceoku  mulierU  gallicm 
penm  tetigit,  ttatim  tumma  eum  volupiate  sperma  ejaculavit. 
Qoand  on  eut  éloigné  celle  qui  Pavait  séduit,  il  dut  aller  chez  les 
pmttas  avec  lesquelles  il  avait  recours  au  même  procédé.  Ordinai- 
rement cela  suffisait  pour  le  satisfaire.  Ce  n'est  que  rarement  et 
subsidiairemcnt  qu'il  avait  recours  an  coït.  Sonpendiant  pour  cet 
acte  disparaissait  de  plus  en  plus.  ?  ?'  ■  vr^/'/Z/v  bornait  aux 
pollutions  dues  à  des  rêves,  oii,  seules  1»  >  (  haiissures  de  dames 
jouaient  un  rôle,  et  satisfaire  ses  sens  avec  dps  chaussures  de 
femmes,  a/jposihi  ad  invainiata  ■  mais  il  fallait  que  lu  puella  fit 
celle  manipulation.  Dans  le  commerce  avec  l'autre  sexe,  il  n'y 
avait  que  la  bottine  qui  TexcitÀt  sensuellement,  et  encore  la 
bottine  devait  être  élégante,  de  forme  française,  avec  talon 
d*un  noir  reluisant  comme  Tétait  la  première.  Avec  le  temps  sont 
survenues  des  conditions  accessoires:  souliers  d'une  prostituée 
très  élégante,  chic,  avec  des  jupons  empesés  et  autant  que  pos- 
sible des  bas  noirs. 

Le  reste  de  la  femme  ne  l'intéresse  pas.  Le  pied  nu  lai  est 


238 


PSYCUOPATUU  SEXUALIS 


tout  &  fait  indifférent.  Aussi  au  point  de  vue  de  Tàme,  la  femme 
n*eierce  pas  le  moindre  charme  sur  lui.  Il  n*a  jamais  eu  des 
tendances  masochistes,  comme  de  vouloir  être  foulé  aux  pieds 
d'une  femme.^  Avec  les  années  son  fétichisme  a  pris  un  tel  empire 
sur  lui  que,  dans  la  rue,  s*il  aperçoit  une  dame  d*un  certain  exté- 
rieur et  chaussée  d'une  certaine  façon,  il  est  si  violemment  excité 
qu*il  esl  forcé  de  se  masturber*  Une  légère  pression  sur  le  pénis 
suffit  à  col  individu  très  neurasthénique  pour  provoquer  une 
éjaculalion.  Dos  t  hniis?nres  dans  les  étalages  et,  depuis  quelque 
temps,  la  loctiiio  moriic  d'une  simplo  annonce  de  magasin  de 
chau«:sures  sulUsent  pour  le  mettre  dans  un  état  d'éaiotioa 
violenlc. 

Son  liùido  elaul  tn""^  vif,  il  se  soulageait  par  la  masturbation, 
quand  il  ne  pouvait  se  servir  de  chauRsures.  Le  malade  reconnut 
vile  rincouvcuient  et  le  danger  de  son  étal,  et,  bien  »ju  il  se  puilàl 
physiquement  bien,  sauf  sc^  malaises  neurasthéniques,  il  éprou- 
vait tout  de  même  une  profonde  dépression  morale.  Il  consulta 
plusieurs  médecins.  L*hydrothérapie,rhypnoti8mefurentemployés 
sans  aucun  résultat.  Les  médecins  les  plus  célèbres  lui  conseillaient 
de  se  marier  et  rassuraient  qu'aussitôt  qu  il  aimerait  sérieusement 
une  jeune  fille,  il  serait  débarrassé  de  son  fétiche.  Le  malade 
n*avait aucune  confiance  en  son  avenir;  pourtant  il  suivit  lo  con- 
seil des  njédecin?.  11  fut  cruellement  déeu  dans  cette  espérance 
éveillée  par  l'aulorilé  des  médecins,  bien  qu'il  se  soit  allié  avec 
une  dame  que  distinguent  de  grandes  qualités  physi(jues  et 
iiilellecluelles.  La  première  nuit  de  «on  mariage  fut  terrilde  pnur 
lui;  il  se  sontit  criminel  et  ne  toucha  pas  fi  sa  femme.  Le  lende- 
main il  vil  une  prostituée  avec  le  «  certain  chic  >>  qu  il  aimait.  Il 
eut  lu  iaibiesse  d'avoir  des  rapports  avec  elle,  A  sa  laron  accou- 
tumée. 11  acheta  alors  une  paire  de  bolliues  de  tenime  lié:?  élé- 
gantes et  les  cacha  dans  le  lit  nuptial;  en  les  touchant,  il  put, 
quel(|ues  jours  plus  tard,  remplir  ses  devoirs  conjugaux.  L*éjacn- 
lation  ne  venait  que  tardivement,  car  il  devait  se  forcer  au  coït; 
au  bout  de  quelques  semaines,  Tartifice  employé  n*avait  déjà  plus 
d*effet,  son  imagination  ayant  perdu  de  sa  vivacité.  Le  malade 
se  sentait  excessivement  malheureux,  et  il  aurait  autant  aimé 
mettre  immédiatement  fin  â  ses  jours.  Il  ne  pouvait  plus  salisraire 
sa  femme  qui  avait  sexuellement  de  grands  besoins  et  qui  avait 
été  très  excitée  par  les  rapports  qu'elle  avait  eus  jusqu'ici  avec  Ini; 
il  voyait  cfunbien  tdle  en  souffrait  moralement  et  pliysi(jiH'meiit. 
Il  ne  pouvait  ni  ne.  voulait  révéler  son  secret  à  sou  épouse.  U 


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KEUHO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉiNÉaALE 


S33 


éprouvait  da  dégoût  pour  les  rapporis  conjugaux  ;  il  aTolt  peur  de 
sa  femme,  craignait  les  soirées  et  les  tète-ft'léte  avec  elle.  Il 
arriva  à  ne  plus  avoir  d'érections. 

11  lit  de  nouveau  des  essais  avec  des  prostituées;  il  se  satis* 
faisait  en  touchant  leurs  souliers  et  ensuite  la  fmella  était  obligée 
tale^olù  mmtuiam  tang«re;îl  éjaculait  ou,  si  J'éjaculation  ne  se 
produisait  pas,  il  essayait  le  coït  avec  la  femme  vénale,  mais  sans 
résultat,  car  alors  réjaculalion  se  faisait  subitement. 

Le  malade  vient  h  la  consullalion  loul  désespéré.  Il  regrette 
profondément  d'avoir,  malgré  sa  conviotion  iiilimo,  suivi  le 
conseil  funeste  tlos  médecins,  d  avoir  rendu  iiiallirureuse  uiu' 
tri  >  hrrive  femme  el  de  lui  avoir  causé  un  préjudice  physique 
et  moral.  Pouvnit-il  répondre  devant  Dieu  de  continuer  une 
pareille  viu?  Quand  même  il  se  confesserait  à  sa  femme  cl  qu'elle 
ferait  tout  ce  qu'il  désire,  cela  ne  lui  servirait  ii  rien,  car  il  lui 
faudrait  encore  le  «  parfum  du  demi-monde  n. 

L'extérieur  de  ce  mallieureux  ne  présente  rien  de  frappant, 
sauf  sa  douleur  morale.  Les  parties  génitales  sont  tout  à  fait 
normales.  La  prostate  est  un  peu  grosse.  Il  se  plaint  d'être  telle- 
ment sous  Tobsession  des  idées  de  chaussuresi  qu'il  rougit  quand 
il  est  question  de  bottines.  Toute  son  imagination  ne  s'occupe  que 
de  ce  sujet.  Quand  il  est  dans  sa  propriété  à  la  campagne,  il  se 
voit  souvent  forcé  de  partir  pour  la  ville  la  plus  proche,  qui  est 
enoore  ù  dix  lieues  de  dislance,  afin  do  pouvoir  satisfaire  SOU 
fétichisme  devant  les  étalni,'es  el  aussi  avec  des  /lîtclli^. 

On  ni'  pouvait  entreprendre  .•tucun  traiLcnienl,  nifdii  al  chez  ce 
mallieureux,  car  sa  confiance  d  ui^  les  médecins  était  prolondé- 
ment  ébranlée.  Un  essai  d  h'.p!ii)se  et  de  suppression  des  asso- 
ciations lélichistes  pur  la  suggestion  a  échoué,  par  suite  de 
l'émotion  morale  de  ce  pauvre  jeune  homme  qu'obsède  l'idée 
d  avoir  rendu  sa  femme  malheureuse. 

OssEHVATiON  88.  —  X...,  viiigl-quatru  ans,  de  famille  chargée 
(frère  de  sa  mère  et  grand'père  maternel  fous,  sœur  épi- 
leptique,  autre  sœur  souflfrant  de  migraines,  parents  d'un  tempé- 
rament très  irritable),  a  eu  &  l'époque  de  sa  dentition  quelques 
accès  de  convulsions.  A  l'&ge  de  sept  ans,  il  fbt  entraîné  &  l'ona- 
nisme par  une  bonne.  La  première  fois,  X...  Irouva  plaisir  à  ces 
manipulations  cum  Ula  puella  fwtuilo  pede  eaUeolo  tecto  penem 
teligil. 

Ce  fait  a  sufli  pour  créer  chez  l'enfant  taré  une  association 
dldées,  grAce  à  laquelle,  dorénavant,  le  seul  aspect  d'un  soulier 


PSYCHOPAilllA  Sli.VUALIS 


de  femme  et  ensuite  le  rappel  d*an  soayenir  dans  ce  sens  pou- 
vaient provoquer  de  Térection  cl  de  l'éjaculatiou.  II  se  mastur- 
bait alors  eu  re^rdant  des  souliers  de  femme  ou  en  se  les  repré- 
sentant dans  son  imagination.  K  l'école,  il  était  vivement  e^iciié 
par  los  souliers  de  rinslitulrice.  En  gihiéral,  les  bottines  qui 
étaient  en  partie  cachées  par  une  longue  robe  lui  produisaient 
toujours  cet  effet. 

Un  jour  il  ne  put  pas  s'empêcher  de  saisir  rinstilutrice  par  les 
bottinoc,  (•(>  (jui  lui  causa  une.  vive  émotion  sexuelle.  Malgré 
les  coups  qu'il  reçut,  il  ne  put  s'empêcher  de  réitérer  ce 
manège.  Enfin,  on  reconnut  qu'il  y  avait  là  un  mobile  morbide,  et 
on  le  plaça  sous  la  direction  d'un  maître  d'école.  Il  s'abandonnait 
alors  aux  délicieux  souvenirs  de  la  scène  dos  bottines  avec 
rinstitutrice;  cela  lui  donnait  des  érections,  de  Forgasme  et,  à 
partir  de  Tàge  de  quatorze  ans,  même  des  éjaculations.  En  outre, 
il  se  masturbait  en  pensant  à  un  soulier  de  femme.  Un  Jour  Tidée 
lut  vint  d*augmenter  sou  plaisir  en  se  servant  d'un  soulier  de 
dame  pour  la  masturbation.  Il  prit  souvent  en  secret  des  souliers 
et  s*en  servait  à  cet  effet 

Rien  de  la  femme  ne  pouvait  l'exciter  sexuellement;  l'idée  du 
coït  lui  inspirait  de  l'iiorreur.  Les  hommes  ne  l'intéressaient  pas 
non  pliK. 

A  l'àg»'  (ic  f]i\-!niil  ans,  il  s'établit  comme  marchand  et  lit  entre 
autres  lu  coniaierce  de  cliaussurc'^ .  Il  éprouvait  une  excitation 
sexuelle  toul<^s  Ic^  fois  qu'il  essayait  des  souliers  aux  pieds  des 
dames  ou  qu  il  pouvait  manipuler  des  souliers  usés  par  des 
femmes. 

Un  jour,  il  eut,  au  milieu  de  ces  pratiques,  un  accès  épileplique 
qui,  bientdt,  fût  suivi  d*un  second,  pendant  qu'il  se  masturbait, 
comme  &  son  habitude.  Ce  n*est  qu'alors  qu'il  reconnut  le  dan- 
ger de  ces  procédés  sexuels  pour  sa  santé.  II  combattit  son  pen- 
chant à  Tonanisme,  ne  vendit  plus  de  chaussures  et  s'efforça  de 
se  débarrasser  de  cette  association  morbide  entre  les  chaussures 
de  femmes  et  les  fonctions  sexuelles.  Mais  alors  il  se  produisit 
des  pollutions  fréquentes  sous  rinfluence  de  rêves  éroliques 
ayant  pour  sujet  de«î  chaussures  de  femmes,  et  les  accès  épilf'p- 
tique?  nn  cessèrent  point.  Bien  qu'il  n'eût  pas  le  moindre  jx'ii- 
cliant  sexuel  pour  le  sexe  féminin,  il  se  décida  à  conclure  un 
mariage,  ce  (jui  lui  parut  être  le  seul  remède  possible. 

Il  épousa  une  femme  jeune  et  belle.  Malgré  une  vivo  érection 
produite  en  pensant  aux  souliers  de  sa  temuic,  li  fut  tout  à  fait 


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NEURO-PSTGROPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  S35 


impuissant  dans  ses  essais  de  cohabilalion,  car  le  dégoiU  du  coït 
et  des  rapports  intimes  en  général,  l'emportait  sur  l  inlluencc  de 
]«  représentalioii  du  soulier,  suo  stimulant  sexuel.  Pour  se  guérir 
de  son  impuissance,  le  malade  s^adressa  au  docteur  Hammoud  qui 
traita  son  épilepsîe  par  le  brome,  et  qui  lui  conseilla  de  flxer  ses 
regards  pendant  le  coït  sur  un  soulier  attaché  au-dessus  du  lit 
nuptial  et  de  se  figurer  que  sa  femme  était  un  soulier. 

Le  malade  guérit  de  ses  accès  épileptiques  et  devint  puissant. 
11  pouvait  faire  le  coït  tous  les  huit  jours.  Son  excitation  sexuelle, 
à  la  Tue  des  souliers  de  dames,  s'atténuait  de  plus  en  plus. 
(Haomiond,  Impuissance  sexuelle.) 

Ces  deux  cas  de  fétichisme  du  soulier  qui,  comme  en 
général  tous  les  cas  de  fétichisme,  se  basent  sur  des  asso- 
ciations subjectives  et  accidentelles,  ainsi  qu'on  vient  de  le 
prouver,  n*ont  rien  d'extraordinaire  en  ce  qui  concerne  la 
cause  objective.  Dans  le  premier  cas  il  s*agit  d'une  impres- 
sion partielle  dégagée  de  Tensemble  de  ja  femme  ;  dans  le 
second  cas,  d'une  impression  partielle  produite  par  une 
manipulation  excitante. 

Maison  a  aussi  observé  des  cas  —  il  est  vrai  que  jusqu'ici 
îln  y  en  a  que  deux —  oii  l'association  décisive  n'a  nulle- 
ment été  amenée  par  un  rapport  entre  la  nature  de  l'objet  et 
les  choses  qui  normalement  peuvent  provoquer  une  exci- 
tation. 

Observation  80.  —  I        trenlo-sepl  ans,  employé  de  com- 

mt  rce,  d'une  faniilU!  Irc's  chargée,  a  eu,  a  l'àgo  de  cinq  ans, 
?a  jtiTiTiiére  (Teclion,  i-n  voyant  un  parent  plus  hix*'  qui  couchait 
dans  la  mrme  chamhro.  mcfti  c  son  l)onuet  de  uuil.  Le  incine  effet 
se  produisit  quand,  plu»  lard,  il  vit  un  soir  une  vieille  dame 
mettre  son  bonnet  de  nuit. 

Plus  lard,  il  lui  suffisait,  pour  se  mettre  en  érection,  de  la 
seule  idée  d*une  téte  de  vieille  femme  laide,  coiffée  d  un  bonnet 
de  nuit.  Le  seul  aspect  d*un  bonnet  de  femme,  ou  d'une  femme 
nue,  ou  d*un  homme  nu,  le  laissaient  absolument  froid.  Mais  le 
contact  d*un  bonnet  de  nuit  lui  donnait  une  érection  et  parfois 
même  une  éjaculation. 

L...  n'était  pas  un  masturbateur  et,  jusqu'à  T&ge  de  trente- 


«36 


PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 


deux  ans,  lorsqu'il  épousa  nn«  belle  fille  qu*il  aîmaîl,  il  n^vmï 
jamais  praliqué  aucune  manœuvre  sexuelle. 

Pendant  sa  nuit  di;  noce,  il  resta  insensible  jusqu^à  ce  quo, 
dans  son  embarras,  il  se  vit  obligé  d'évoquer  le  souvenir  de  la 
téte  di>  vieille  femme  laide  coiffée  d'un  bonnet  de  nuiU  Aassil6t 
le  coït  réussit. 

Dans  la  période  qui  suivit,  il  dut  parfois  roconvir  à  ce  moyen. 
Depuis  sou  enfance,  il  avait  de  temps  en  leiu[)s  de  profondes 
dépressions  de  caractère  avec  tendances  au  suicide,  et  quelque- 
fois aussi  des  liallucinations  terriliantes  pendant  la  nuit.  En 
regardant  par  la  fenêtre,  il  était  saisi  de  vertige  et  d'angoisse. 
C'était  on  homme  gauche,  bizarre,  embarrassé,  et  mal  doué  intel- 
lectuellement. (Gharcot  et  Magnan,  Areh,  de  NturoL,  1882,  n*  12.) 

Dans  ce  cas  très  curieux,  une  coïncidence  fortuite  entre  la 
première  émotion  sexuelle  et  une  impression  tout  à  fait  hété- 
rogène, semble  avoir  seule  déterminé  le  caractère  du  pen- 
chant. 

Un  cas  presque  aussi  étrange  de  fétichisme  d^association 

accidentelle  est  rajq»orlé  par  Ilammond  (a;;.  c//.,p.  50).  Un 
homme  marié,  ài;e  de  îronloans,  et  qui  en  somme  était  tout 
à  fait  l)ien  portant  et  psychiquemont  normal,  aurai!  vu  l'im- 
puissance se  déclarer  à  la  suite  d'un  changement  de  loge- 
ment et  disparaître  après  qu*oa  lui  eut  remis  sa  chambre  à 
coucher  dans  son  ancien  état. 

C.      LE  FÊnCHE  EST  UNE  ÉTOFFE 

Il  y  a  uti  troisième  groupe  principal  tle  félicbistes,  dont  le 
félicbe  n  est  ni  une  partie  du  corps  ft^minin,  ni  une  partie 
des  vêtements  de  ia  femme,  mais  une  étoffe  déterminée,  qui 
mémo  ne  sert  pas  toujours  à  la  confection  de  la  toilette 
féminine,  et  qui  cependant  peut,  par  elle-même,  en  tant  que 
matière,  faire  naître  ou  accentuer  les  sentiments  sexuels.  Ces 
étoffes  sont  ;  les  fourrures,  le  velours  et  la  soie. 

Ces  cas  se  distinguent  des  feits  précédents  de  fétichisme 
érotîque  du  vêlement  par  le  fait  que  ces  élolles  ne  sont  pas. 
comme  le  linge,  en  rapports  étroits  avec  le  corps  fémiiim  et 


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iNEliiiO-PSVCUOPATHOLOGlE  GEiNÉHALli 


337 


n'ont  pas,  comme  les  souliers  ou  les  ganis,  une  corrélation 
avec  des  parties  déterminées  du  corps  féminin  ou  ne  sont 

une  signification  symbolique  quelconque  île  ces  parties. 

Ce  fTcnre  de  fétichisme  ne  peut  jias  provenir  uun  plus 
d  une  association  acrirlentolle,  comme  dans  les  cas  tout  à 
fait  particuliers  du  bonnet  de  nuit  ou  des  meubles  de  la 
chambre  h  coucher;  mais  ils  forment  un  groupe  dont  l'objet 
est  homogène.  Il  faut  donc  supposer  que  certaines  sensations 
iactiles  •»  (une  sorte  de  chatouillement  qui  a  une  parenté 
éloignée  avec  les  sensations  voluptueuses)  —  sont,  ehct 
des  bdividus  hyperesthé^iques,  la  cause  première  de  ce 
genre  de  fétichisme. 

A  ce  propos  nous  donnerons  tout  d'abord  une  observation 
personnelle  exposée  par  un  homme  qui  iui-iuème  était 
atteint  de  cet  étrange  fétichisme. 

Observation  90.  —  N...,  trente-sept  ans,  issu  de  famille  né- 
mpathique,  de  constitution  névropathiqae  lui-même,  déclare: 

Depuis  ma  première  jeunesse,  j  ai  une  passion  profondément 
enracinée  pour  les  fourrures  et  le  velours,  parce  que  ces  étofTes 
éveillent  en  moi  une  émotion  sexuelle,  et  que  leur  vue  et  leur 
contact  me  procurent  un  plaisir  voluptueux.  Je  ne  puis  me  rap- 
peler qu'un  incident  quelconque  ait  occasionné  ce  penchant 
étrange  —  (coïncidence  de  la  premièr-'  <'iiu)tî<>n  sf-xurlle  avec 
1  impression  de  ces  t  tollés,  respectivenieuL  pivinii  i»;  excitation 
pour  une  femnu;  vêtue  du  ces  élort'es).  —  En  somme,  je  ne  me  sou- 
viens pas  rouiiiionta  commencé  celle  prédileclioii.  .le  ne  m  ux  [)oinl 
exclui-c  abboluuiunt  lu  possibililé  d'un  pareil  iiuideul,  ^ui  d\iiie 
liaison  accidentelle  de  la  première  impression  qui  aurait  pu  créer 
une  association  d'idées;  mais  je  crois  peu  probable  que  pareille 
chose  ait  pu  se  passer,  car  je  suis  convaincu  qu'un  incident  de  ce 
genre  se  serait  profondément  gravé  dans  ma  mémoire. 

Ce  que  je  sais,  c^est  qu  étant  encore  petit  enfant,  j'aimais  vive- 
ment voir  des  fourrures  et  les  caresser,  et  qu'en  faisant  ainsi 
j'éprouvais  un  vague  sentiment  de  volupté.  Lors  de  la  première 
manifestation  de  mes  idées  sexuelles  concrètes,  c'est-à-dire  quand 
mes  idées  sexuelles  se  dirigèrent  vers  la  femme,  j'avais  déjà  une 
prédilection  particulière  pour  la  femme  vf'ltie  df  cos  ('fofTps. 
Cette  prédilection  m'est  restée  jusqu'à  Tàge  d'homme  mûr. 


238 


PSYGHOPATHU  SEXUALIS 


Une  femme  qui  porte  une  fourrure  ou  qui  est  vêtue  de  velours, 
m'excite  plus  rapidement  et  plus  violonuuent  qu'une  femme  sans 
ces  accessoires.  Ces  étoffes,  il  est  vrni,  no  -îont  p:i<  !n  ron'itda  sine 
qun  non  de  rexcilation  ;  le  désir  se  pitiiliut  au'>si  s;tns  elles  pour 
les  charmes  liabituels  ;  mais  r.ispecl,  et  siu-Loul  le  contact  de  ces 
tissus  letichistes,  constituent  pour  moi  un  iiioyeu,  aident  puissani- 
menl  les  autres  charmes  normaux,  et  me  procurent  une  augmen- 
tation du  plaisir  érotique.  Souvent,  la  seule  vue  d^une  femme  i 
peine  Jolie,  mais  vêtue  de  ces  étoffes,  me  donne  la  plus  violente 
exeilation  et  m*entralne  complètement.  La  simple  vue  de  mes 
tissus  fétiches  me  fait  un  plaisir  bien  plus  grand  encore  que  Tat- 
touchement. 

L^odeur  pénétrante  de  la  fourrure  m^est  indifférente,  plulAl 
dési^réable,  et  je  ne  la  supporte,  qu'à  cause  de  son  association 
avec  des  sensations  agréables  de  la  vue  et  du  lact.  Je  languis 
du  plaisir  de  pouvoir  toucher  ces  étofTi^s  sur  le  corps  d'une  femme, 
de  les  caresser,  de  les  cinhrasser  et  d'y  mettre  ma  ligure.  Mon 
plus  Kiaiid  [»laisirest  de  voir  et  de  sentir  inler  actum  mou  fétiche 
sur  les  épaules  de  la  femme. 

La  fourrure  et  le  velours  isolément  me  produisent  l'impression 
que  je  viens  de  déerire.  L'ellot  de  la  première  est  tle  beaucoup 
plus  fort  que  celui  du  dernier.  Mais  la  combinaison  de  ces  deux 
matières  produit  le  plus  grand  effet.  Des  pièces  de  vêlements 
féminins  en  velours  ou  en  fourrure,  que  Je  vois  et  touche  déta- 
chées de  leur  porteuse,  m^excitent  sexuellement  aussi,  quoiqu'à 
un  degré  moindre,  —  de  même  les  couvertures  confecUonoées 
en  fourrure,  qui  ne  font  nullement  partie  de  la  toilette  féminine, 
le  velours  et  la  peluche  des  meubles  et  des  draperies.  De 
simples  gravures  représentant  des  toilettes  en  fourrures  et  en  ve- 
lours sont  pour  moi  Tobjet  d'un  intérêt  érotique,  et  même  le  seul 
mot  ((  fourrure  »  a  pour  moi  une  vertu  magique  et  me  donne  des 
idées  erotiques. 

I«»  fourrure  est  pour  moi  l'  U^'uient  l'objet  de  rîntérôt  sexuel, 
([u'iin  homni''  qui  porte  une  lourrupo  à  effet,  me  produit  une  ini- 
pres-^ion  tri--^  désagréable,  horripilante  et  scandaleuse,  comme 
l'effet  que  produirait  sur  tout  individu  normal,  un  hoainn  >n  cos- 
tume et  dans  l'iiUilude  d'une  balleriae.  Do  môme  je  trouve  répu- 
gnant l'aspect  d'une  vieille  femme  laide  couverte  d'une  belle 
fourrure;  cette  vue  éveille  en  moi  des  sentiments  qui  s'entre- 
choquent. 

Ce  plaisir  érotique  de  voir  des  fourrures  et  du  velours  est  tout 


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NEUUO-PSYCUOPATHOLOGIE  (.tiNÉliALlù 


239 


à  fait  différent  de  mes  apprcciulions  purement  esthétiques.  J*ai 

un  goiU  1res  vif  pour  les  belles  toilettes  de  femmes,  et  en  môme 
temps  une  prédilection  particulière  pour  les  dentelles,  mais  c'est 
un  goAl  d'une  natuit'  pureiisfMtl  esthétique.  Je  trouve  la  femme 
en  loilelto  de  dentelles  ou  hit  ii  parén  avec  une  autre  belle  foi- 
lelle,  plus  belle  qu'une  autre,  mais  la  femme  vêtue  de  mes 
étoffes  fétiches  est  la  plusth.tinianle  pour  moi. 

La  louirure  n'exerce  sur  moi  l  elTel  duut  j'ai  parlé  que  lors- 
qu  elle*  est  à  poils  fins,  Uuiiiiis,  lisser,  I"nf!:s,  et  se  dressant  en 
haut.  C'est  de  ces  qualités  que  dépend  l'inipiession.  Je  reste  toul 
à  fait  indifférent,  non  seulement  aux  fourrures  à  poils  drus,  em- 
mêlés, espèce  qu'on  estime  comme  inférieure,  mais  aussi  aux  four- 
rures qu'on  estime  comme  très  belles  et  supérieures,  mais  dont 
on  a  enlevé  les  poils  qui  redressent  (castor,  chien  de  mer)  ou  qui 
ont  naturellement  les  poils  courts  (hermine)  ou  trop  long  et  cou- 
chés (singe,  ours).  Les  poils  redressés  ne  me  produisent  l'impres* 
sien  spécifique  que  chez  la  zibeline,  la  martre,  etc.  Or,  le  velours 
est  fait  de  poils  fins  touffus  et  redressés  en  haut,  ce  qui  explique- 
rait l'impression  analogue  qu'il  me  produit.  L'effet  paraît  dépen- 
dre d'une  impression  déterminée  de  l'extrémité  pointue  des  poils 
sur  les  terminaisons  dps  nerfs  sensitits. 

Mais  j«'  ne  ]<(>n\  pas  m'exjiliquer  quel  rapport  cet  efrot  étrange 
sur  les  tierl's  tactiles  peut  avoir  avec  lu  vie  sexuelle.  Le  l'ait  est 
que  Ici  est  le  cas  chez  beaucoup  d'hommes.  Je  fais  encore  remar- 
quer exprcssémcul,  qu'une  belle  chevelure  de  femme  me  plait 
beaucoup,  mais  qu'elle  ne  jouQ  pas  un  rôle  plus  grand  que  tout 
autrecharme  féminin,  et  qu'en  touchant  des  fourrures  je  ne  pense 
nullement  à  des  cheveux  de  femme.  (La  sensation  tactile  dans  les 
deux  cas  n*a  pas  d*ailleurs  la  moindre  analogie.)  En  général  il  ne 
s*y  attache  aucune  idée.  La  fourrure  par  elle-même  réveille  en 
moi  la  sensualité.  Gomment?  Voilà  ce  qui  me  parait  absolument 
inexplicable. 

Le  seul  effet  esthétique  produit  par  la  beauté  des  fourrures 
grand  genre,  à  laquelle  chacun  est  plus  ou  moins  sensible,  par  la 
fourrure  qui,  depuis  la  Fornarinade  Raphaël  et  l'Hélène  Kourmenl 
de  Rubens,  aété  einpioyêo  pur  beaucoup  de  peintres  comme  cadre 
et  ornement  des  charme^  féminins,  et  qui  dans  la  mumIi-,  dans 
l'art  et  la  science  de  la  toilette  féiniaine,  joue  un  si  grand  rùle  — 
cet  effet  esthétique,  dis-je,  n'explique  rien  dans  ce  cas,  ainsi  que 
j'ai  déjà  eu  l'accasiou  de  le  faire  remarquer.  Cet  effet  esthétique 
que  les  belles  fourrures  produisent  sur  les  hommes  normaux, 


240 


PSYCHOPAlUlA  SEXUAUS 


les  fleurs,  les  rubans,  les  pierres  précieuses  et  les  autres  parures 
le  produisent  sur  moi,  comme  chez  tout  le  monde.  Habilement 

employés,  ces  objets  font  mipux  ressortir  la  beauté  féminine  et 
peuvent  ainsi,  dans  rerlaincs  circonstances,  produire  indirer- 
temenl  un  r.iyet  sensuel.  M  iis  ils  ne  produisent  jamais  sur  inoi  le 
môme  eilt'l  sensuel  direct  que  les  étoffes  fétiches  dont  j'ai  parl'\ 

Bien  que  clie^  moi,  comme  peut-être  chez  tous  les  autres  l'eli- 
chistes,  il  faille  bien  distinguer  l'impression  sensuelle  de  l'iin- 
pression  esthétique,  cela  ne  m'empêche  pas  d'exiger  de  mon 
féliclie  une  série  de  conditions  esthétiques  concernant  la  forme, 
la  coupe,  la  couleur,  etc.  Je  pourrais  ro^élendre  ici  longuement 
sur  ces  exigences  de  mon  penchant,  mais  je  laisse  de  côté  ce 
point  qui  ne  touche  pas  le  fond  du  sujet.  Je  ne  Toulais  qu'attirer 
rattention  sur  ce  fait  que  le  fétichisme  érotique  se  complique 
encore  d'un  mélange  d'idées  purement  esthétiques. 

L^effet  particulièrement  érotique  de  mes  étoffes  fétichistes,  ne 
peut  pas  s'expliquer  par  Tassociation  avec  Tidée  du  corps  d'une 
femme  qui  porterait  ces  étoffes,  pas  plus  que  par  un  effet  d'esthé- 
tique quelconque.  Car,  preniiéivMiionl,  ces  étoffes  nip  produismt  r!e 
l'effet,  même  quand  elles  si»nL  isoléos  et  détachées  du  corps, 
quand  elN's  se  présentent  comme  simple  matière;  et,  seconde- 
ment, des  purlies  de  la  toilette  intime  (corset,  chemise)  qui,  sans 
doute,  évoquent  des  associations,  ont  sur  moi  une  action  beaucoup 
plus  faible.  Les  étoffes  fétichistes  ont  toutes  pour  moi  uue  valeur 
sensuelle  intrinsèque.  Pourquoi?  G*est  pour  moi  une  énigme.  Les 
plumes  sur  les  chapeaux  de  femme  ou  les  éventails  produisent 
sur  moi  la  même  impression  fétichiste  que  la  fourrure  et  le 
velours  :  similitude  de  la  sensation  tactile  et  du  chatouillement 
étrange  produit  par  le  mouvement  léger  de  la  plume.  Enfin  Teflet 
fétichiste,  quoiqu'à  un  degré  très  atténué,  est  encore  provoqué 
par  d'autres  étoffes  unies,  telles  que  la  soie,  le  satin,  etc.,  tandis 
que  les  étoffes  rugueuses,  le  drap  grossier,  la  flanelie,  me  produi- 
sent plutôt  un  effet  répugnant. 

Enfin,  je  tiens  encore  à  rappeler  que  j'ai  lu  quelque  part  un 
essai  de  Cari  Vogl  sni*  b's  hommes  microcéphales  :  il  y  est  raconté 
comment  !in  inicnucphalc,  {\  la  vue  <rune  fourrure,  s'v  jtr'Vi- 
pilé  et  racaressi'c  en  nianilVstanl  une  vive  joie.  Je  suis  loin  devoir 
pour  celte  raison,  dans  le  leliciiisuie  très  commun  de  la  Ajurrure, 
uue  ré^jrcssion  atavique  vers  les  goûts  des  ancêtres  de  la  race 
humaine  qui  étaient  couverts  de  peaux  d*animaux.  Le  microcé- 
phale dont  parle  Garl  Yogt  faisait,  avec  le  sans-gène  qui  lui  était 


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N£i;iiU-PâïCHOPATHÛLOGlE  GÊNËBALE 


aftliirel,aii  altoachement  qui  lai  était  agréable,  mais  dont  le  carac 
tère  ii*était  pas  sexuellement  sensael;  il  y  a  beaucoup  d*hommes 
normaux  qui  aiment  à  caresser  un  chat»  &  toucher  des  fourrures, 
du  velours,  sans  en  être  sexuellement  excités. 

Ou  trouve  encore  dans  la  littérature  quelques  cas  de  ce 
genre. 

Observation  91.  —  Un  garçon  de  douze  ans  éprouva  nue  vive 
émotion  sexuelle  en  se  couvrant  un  jour,  par  hasard,  d  uno  cou- 
verture en  fourrure.  A  partir  de  ce  moment,  il  commenta  à  se 
masturber  en  se  servant  de  fourrures  ou  en  prenant  dans  son  lit 
un  petit  chien  à  longs  poils.  H  avait  des  éjaculations  suivies  quel- 
quefois d*aecès  hystériques.  Ses  pollutions  nocturnes  étaient  occa- 
sionnées par  des  rêves  où  il  se  voyait  couché  nu  sur  une  four- 
rure soyeuse  qui  Tenveloppait  (  omplétement.  Les  charmes  de  la 
femme  ou  de  l'homme  n'avaient  aucune  prise  sur  lui. 

11  devint  neurasthénique, -souffrit  de  ha  monomanie  de  Tobser- 
vation,  croyant  que  lout  le  monde  s'apercevait  de  son  anomalie 
sexnf'lle  ;  il  eut,  pour  cette  cause  du  Ledium  vi!:v  cl  devint  fou. 

I!  i  l;iit  trôs  charp»',  avait  les  parties  ^t'iiilales  mal  contormées, 
Ht  (1  autres  signes  de  dégénérescence  anatomique.(Taraowsky,oj»« 
cit.,  p.  22.) 

Observation  Oi.  «G...  est  un  amateur  enra^^'  dp  velours.  11 

se  sent  attiré  d'une  manière  normale  vers  les  belles  femmes,  mais 
il  est  parlicnliérenienl  excite  lorsque  la  personne  de  rencontre 
avec  la(|iiellc  il  a  des  rapports  est  v<^tue  fie  velours. 

Ce  qui  est  frappant  dans  ce  ea^,  c'est  que  cr  n'est  pas  la  vue  du 
velours,  mais  le  contact  qui  produit  l'excitalion.  C. . .  me  disail 
qu'en  passant  ia  uiaut  sur  nue  jaquette  du  l'emiu»,*  ou  velours,  il 
avait  une  excitation  sexuelle  telle  qu'aucun  autre  moyen  ne  sau- 
rait jamais  en  provoquer  une  pareille  chez  lui.  (D''  Moll,  op.  cit., 
p.  127.) 

Un  médecin  ni*a  communiqué  lo  cas  suivant.  Un  des 
habitués  d'un  lupanar  était  connu  sous  le  sobriquet  de 

«  Velours  ».  H  avait  rhal)ilude  de  revôtir  de  velours  une 
fiueUa  ([ui  lui  était  sympallii({UO  et  de  satisfaire  ses  jienelKmts 
sexuels  rieii  qu  en  caressant  sa  liouic  avec  un  coin  de  la  robe 
en  velours,  sans  qu'il  y  ait  autre  cuntact  entre  lui  et  la  femme. 

FSYCllOrATNU  8BXVALI».  16 


24-2 


PSYCIlOPATiUA  SEXLALIS 


Un  mire  témoin  m^assure  que,  surtout  chez  les  maso- 
chistes, Tadoraiion  des  fourrures,  du  velours  ei  de  la  soie  est 

liés  fréquente  (Comparez  plus  haut,  observation  44,  45'). 

Le  cas  suivant  est  un  cas  de  fétichisme  d'étofTe  bien 
curieux.  On  voit  se  joindre  au  fétichisme  l'inijuilsion  à 
détruire  le  fétiche.  Ce  penchant  est,  dans  ce  cas,  ou  un  élé- 
ment de  sadisme  contre  la  femme  (]ui  porte  TétoiTe  ou  un 
sadisme  impersonnel  dirigé  contre  lobjet, tendance  qui  se 
rencontre  souvent  chez  les  fétichistes. 

Cet  instinct  de  destruction  a  fait  du  cas  dont  nous  parlons 
une  cause  criminelle  très  curieuse. 

Observation  03.  — Au  mois  de  juillet  1891,  a  drt  comparaître 
devant  la  seconde  chanihn»  du  tribunal  porrcclionncl  de  Heriio  Le 
garron  serrurier  Alfred  liachmano,  âgé  de  vingt-cinq  ans. 

Au  mois  d'avril  delà  même  année,  la  police avail  reçiiphisit  in:? 
plaintes  :  une  main  méchanlfi  avait,  avec  un  inî^tiiimeiit  l'irii 
tranchant,  coupé  les  robes  de  plusieurs  daines.  Le  soir  du  avi  il, 
ou  réussit  à  prendre  l'agresseur  mystérieux  dans  la  personne  de 
raccosé.  Un  agent  de  la  police  remarqua  Taccusé  qui  cherchait 
d'une  étrange  fayon  'àse  blottir  contre  une  dame  qui  traversait  qd 
passage,  accompagnée  d'un  monsieur.  Le  fonctionnaire  pria  la 
dame  d*examiner  sa  robe,  pendant  qu'il  tenait  Thomme  suspect. 
On  constata  que  la  robe  avait  reçu  une  longue  entaille.  L'accasé 
fut  amené  au  poste  où  on  le  visita.  En  dehors  d'un  couteau  bien 
aiguisé  dont  il  avoua  s'étn>  servi  pour  déchirer  des  robes,  on 
trouva  encore  sur  lui  deux  rubans  de  soie  comme  on  en  emploio 
pour  la  garniture  dos  robes  de  femmes.  L'accusé  avoua  fiti'il  les 
avail  df'IaclK's  îles  ruhcs  dans  une  honsruladf.  Ktiliii,  la  Msdc 
amena  encore  la  découNoi  le  sur  sou  coips  d'un  foulard  de  soiede 
danio.  Quant  àcederiiit  r  ol  jot,  il  pn  Lendil  l'avoir  trouv»'*.  Comme 
on  nn  jtouvail  iuCirnici' >-ou  usscrlioa  i\  ce  sujet,  on  ne  l'accusa  «ous 
ce  chei  4ue  de  fraude  d'objets  trouvés,  taudis  que  ses  deux  aulres 
actes  lui  valurent,  dans  les  deux  cas  où  les  endommagées  deman- 
daient des  poursuites,  une  accusation*pour  destruction  d  objets  et, 

i.  Dans  l<  s  romans  de  P,k-1ut-M;i-;(m-1i  la  ftnirrure  jnuc  aussi  un  nMc  iinpor- 
laut;  elle  icrt  méiuc  de  tiUe  u  ua  de  ses  romaus.  Mais  son  cxplicatioo, 
qui  fait  4e  la  fourrure,  de  l'hermine,  la  symbole  de  la  dominaUon,  et  en  f«it 
pour  la  uièiuc  raison  le  ftMichc  des  bommet  dépeint*  dans  ce  roman/me 
parait  spécieuse  et  peu  {aUsfaisanle. 


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ÎSEUaO-FSYCHOPATUOLOGlE  GÉNÉRALE 


243 


dans  deux  autres  cas,  une  accusation  de  vol.  L'accusé  quia  été  déjà 
plusieurs  fois  condamné,  est  un  homme  à  la  figure  pâle  et  sans 
expression.  II  donna  devant  le  jugo  une  explication  bien  étrange 
de  sa  conduite  énigmatique.  La  cuisinière  d'un  commandant,  dit-il, 
l'avait  jeté  au  has  de  l'escaliVr  alors  qu'il  domniiihiil  ratunône,  et, 
depuis  (0  lomps,  il  avait  uii''  lijuiic  iinplacalik'  conlr»'  le  sexe 
féminin.  Un  douta  de  sa  resixinsahilité,  elonlelit  examiner  par  un 
médecin  atlaché  au  service  de  TAdministralion. 

Anx  débals  judiciaires,  l'expert  déclara  qu'il  n'y  avait  aucune  rai- 
son de  considérer  comme  un  aliéné  l'acousé  dont,  il  est  vrai,  l'in- 
lelligence  était  très  peu  développée.  L'accusé  se  défendit  d^une 
façon  bien  étrange.  Une  impulsion  irrésistible,  dit-il,  le  force  de 
s'approcher  des  femmes  qui  portent  des  robes  de  soie.  Le  contact 
avec  une  étoffe  de  soie  est  pour  lui  tellement  délicieux  que, 
même  pendant  sa  détention,  il  se  sentait  ému,  quand,  en  car- 
dant de  la  laine,  un  fil  de  soie  lui  tombait  par  hasard  dans  les 
mains. 

Le  procureur  royal,  M.  Muller,  considéra  simplement  l'accusé 
comme  un  homme  méchant  et  dnn'^^erpux,  qu'il  fallnil.  pour  un 
cerlain  la|)S  de  temps,  rendre  incapable  di-  nuire.  1!  requit  contre 
lui  la  peine  d'un  an  de  prison.  Le  hibiiual  roiulanina  l'afcusé  à 
six  mois  de  prison  et  à  la  perle  de  ses  droits  civiques  pour  un 
ao. 

U,  —  SENS  SEXUEL  FAIBLE  OU  NUL  POUR  L'AUTRE 
SEXE  ET  REMPLACÉ  PAR  UN  PENCHANT  SEXUEL 
POUR  LX  M£M£  S£X£  (SENS  HOMOSEXUEL  OU  IN- 

Une  t\t'<  parties  constilutivcfî  les  plus  solides  de  lu  cons- 
cience du  moi,i\  l'époque  de  la  plciue  niaturilé  sexuelle,  c'est 
d'avoir  la  conviction  de  représenter  une  individualité 
sexuelle  bien  déterminée,  et  d'éprouver  le  besoin,  pendant  les 
processus  physiologiques  (formation  de  la  semence  cl  de 
l'oeuf),  d'accomplir  des  actes  sexuels  conformes  à  Tindividua- 
lilé  sexuelle,  actes  qui  consciemment  ont  pour  but  la  conser- 
vation de  la  race. 

Sauf  quelques  senliments  et  quelques  impulsions  obscurs, 
le  sens  sexuel  et  1  instinct  génital  restent  à  Tétut  latent 


2U 


PSYCHOPAiHiA  SEXUALIS 


jusqi]*à  Tépoquo  du  développement  des  organes  génitaux. 
L*enfant  est  de  ffeuerh  neuirius.  Quand  même,  dans  cette 
période  où  la  sexualité  latente  n'existe  que  virtuellement  et 
n^estpas  encore  annoncée  par  des  sentiments  organiques  puis- 

sîuits,  ni  enlivo  dans  hi  conscience,  il  se  produirait  préraulu- 
rt'incnt  des  extilalions  des  organes  génitaux,  soit  sponlané- 
menl,  soit  par  une  inlliience  oxlerne,  et  qu'elles  trouveraient 
une  satisfaction  par  la  masturbation,  il  y  a  dans  tout  cela 
absence  totale  de  rapports  îddals  avec  les  personnes  de 
Tautre  sexe,  et  les  actes  sexuels  de  ce  genre  ont  plus  ou 
moins  la  signification  de  phénomènes  spinaux  réflexes. 

Le  fait  de  Tinnocience  ou  de  la  neutralité  sexuelle  mérite 
d^autant  plus  d'attention  que  déjà,  de  très  bonne  heure,  Ten- 
fant  constate  une  difTéreneiation  entre  les  enfants  des  deux 
sexes  par  l'éducation,  les  occupations,  les  vêtements  etc.  Ces 
impressions  toutefois  no  sont  juis  j)orcues  parTàme,  car  elles 
ne  sont  pas  appuyées  sexuellement,  l  organc  central  (récorce 
cérébrale)  des  idées  et  des  sentiments  sexuels  n'étant  pa'' 
encore  développé  et  n  ayant  pas  encore  la  faculté  de  per- 
ception. 

Quand  commence  le  développement  anatomique  et  fone- 
tlonnel  des  organes  génitauxavecla  différenciation  simultanée 
des  formes  du  corps,  attribut  de  l'un  ou  Tautre  sexe,  on  voit 
apparaître  chez  le  garçon,  ainsi  que  chez  la  jeune  fille, les 
bases  d*un  état  d'ftme  conforme  au  sexe  de  chacun,  état  que 
eon(  I  il  iii  liL  puissamment  à  développer  l'éducation  et  les 
iiiiluei)( H  s  externes,  étant  donne  que  Tindividu  est  devenu 
plus  attentif. 

Si  le  développement  sexuel  est  normal  el  n'est  pus  troublé 
dans  son  cours,  il  se  forme  un  caractère  bien  déterminé  et 
conforme  à  la  nature  du  sexe.  Les  rapports  avec  les  personnes 
de  l'autre  sexe  font  alors  nattre  certains  penchants,  certaines 
réactions,  et,  au  point  de  vue  psychologique,  il  est  bien 
remarquable  de  voir  avec  quelle  rapidité  relative  se  forme  le 
type  moral  particulier  au  sexe  de  chaque  individu* 


iNElliÛ-PSYCUÛPATUÛLOGlË  GÉNÉRALE  245 

Tandis  que,  dans  Tenfancc,  la  pudeur,  par  exomple,  n^est 
qu'une  exigence  de  rt^tlucalion  mal  comprise  par  l'enfant  et 
qui,  iiicompiéliensiblepour  lui.  étant  (lonnée  son  innocence, 
ne  peut  arriver  (ju'à  uno  ex  pression  incomplète  ;  la  pudeur 
parait  au  jeune  homme  et  à  la  vierge  comme  une  obligation 
impérieuse  de  restime  de  soi-même  à  laquelle  on  ne  peut 
toucher  sans  provoquer  une  puissante  réaction  vaso-motrice 
et  un  désir  psychique. 

Si  la  disposition  primitive  est  favorahie, normale,  si  Les  fac- 
teurs nuisibles  au  développement  psycho-sexuel  restent  hors 
de  jeu,  il  se  forme  une  individualité  psycho-sexuelle  si  har- 
monique, si  solidement  construite  et  si  conforme  au  sexe 
représenté  par  l'individu,  que  môme  la  perle  des  organes 
génitaux,  h  une  époque  ulftM'ieure  (par  la  castiation,  par 
exemple),  ou  bien  le  climax  ou  \Qi€fùum  ne  la  peuvent  plus 
changer  dans  son  essence. 

Cela  ne  veut  pas  dire  que  l'homme  émasculé,  la  femme 
châtrée,  le  jeune  homme  et  le  vieillard,  la  vierge  et  la  ma- 
trone, rhomme  puissant  et  Thomme  impuissant,  ne  différent 
pas  Tun  de  Taulre  dans  leur  état  d*ftme. 

Une  question  très  intéressante  et  très  importante  pour  la 
matière  que  nous  allons  traiter  est  île  savoir  si  c'est  l'in- 
lluence  périphérique  des  glandes  génitales  le>li( nies  et 
ovaires)  ou  si  ce  sont  les  ronililions  eérébrales  centrales  ijui 
sont  décisives  pour  le  développement  psycho-sexuel.  Un  fait 
qui  plaide  en  faveur  de  Timportance  des  glandes  génitales, 
est  que  Fabsence  congénitale  de  celles-ci  ou  leur  enlèvement 
avant  la  puberté  ont  une  influence  puissante  sur  le  dévelop- 
pement  du  corps  et  sur  le  développement  psycho-sexuel,  de 
sorte  fiue  ce  dernier  est  arrêté  et  prend  une  direction  dans  le 
sens  du  sexe  contraire  (eunuques,  viragines,  etc.). 

Toutefois  les  processus  physiques  qui  se  passent  dans  les 
organes  génitaux  ne  sont  (pie  des  facteurs  auxiliaires,  mais 
non  pas  les  faeleurs  exclusifs  de  la  formation  (l'une  individua- 
lité psycho-sexuelle  ;  cela  ressort  du  fait  que,  malgré  une  consti- 


246 


PSYCHOPATlilA  SEXUALIS 


tution  normale  au  point  de  vue  physiologique  etanatomîque, 
il  peut  se  développer  im  sentiment  sexuel  conlraire  au  carac- 
tère »Ui  sexe  que  l'iiulis  idu  représente. 

La  cause  ici  ne  peut  se  trouver  que  dans  imo  anomuli»'  des 
condîfions  centrales,  dans  une  disposilnni  psyclio-scxui  lle 
anormale.  Cette  disposition  est,  sous  le  rapport  de  sa 
cause  anatomique  et  fonctionnelle,  encore  enveloppée  de 
mystère.  Gomme,  dans  presque  tous  les  cas  en  question, 
rinverti  présente  des  tares  névropathiques  de  plusieurs  sortes 
et  que  ces  tares  peuvent  être  mises  en  corrélation  avec  des 
conditions  dégénérât! ves  héréditaires,  on  peut,  au  point  de 
vue  clinique,  considérer  cette  anomalie  du  sentiment  psycho- 
sexuel comme  un  stigmate  de  dégénérescence  fonctionnelle. 
Colle  <i«  xuulitd  perverse  se  maiiiieste  spoiitanémont  et  sans 
aueiine  inipuUioii  externe,  au  niomoiit  du  d<'velopj)onient  de 
la  vie  s(\\uelle,  couune  plieiioinene  individuel  d'une  dt-j^éné- 
rcscence  anormale  de  la  vita  sexualis;  et  alors  elle  nous 
frappe  comme  un  phénomène  congénital;  ou  bien  elle  ne 
se  développe  qu'au  cours  d*une  vie  sexuelle  qui,  au  début,  a 
suivi  les  voies  normales,  et  elle  a  été  produite  par  certaines 
influences  manifestement  nuisibles  :  alors  elle  nous  apparaît 
comme  une  perversion  acquise.  Pour  te  moment,  on  ne  peut 
pas  encore  expliquer  sur  quoi  repose  le  phénomène  énigma- 
tiijue  du  sens  homosexuel  acquis  et  l'on  en  est  réduit 
aux  livj»'>lht'»ses.  Il  paraît  prohahle,  d'apn"^s  l'exaiiK^n  luinii- 
lieux  «les  cas  dits  actjuis,  <iue  là  aussi  \:\  di- jiosiliou  cuusiste 
dans  une  homosexualité,  du  moins  en  une  bisexualité  latente 
qui,  pour  devenir  apparente,  a  eu  besoin  d'être  influencée 
par  des  causes  accidentelles  et  motrices  qui  Tout  fait  sortir  de 
son  état  de  sommeil. 

On  trouve,  dans  les  limites  de  Tinversion  sexuelle,  des 
gradations  diverses  du  phénomène,  gradations  qui  corres- 
pondent presque  complètement  au  degré  de  lare  héréditaire 
de  l'individu,  de  sorte  que,  dans  les  cas  peu  prononcés,  on 
ne  trouve  qu'un  iieiiuajiluoditismc  psychique;  dans  les  cas 


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NEUR0-PSYCH0PATH0L06IB  GÉNÉRALE 


247 


un  pou  plus  grave?,  les  sentiments  et  les  penchants  homo- 
sexuels sont  limités  à  la  vita  sexualis;  daas  les  cas  plus 
graves,  toute  la  personnalité  morale,  et  mftme  les  sen- 
sations physiques  sont  transformées  dans  le  sens  de  la  per* 
version  sexuelle;  enfin,  dans  les  cas  tout  à  fait  graves, 
Vhaàitus  physique  même  parait  transformé  conformément  à 
la  perversion. 

G*est  sur  ces  faits  cliniques  que  repose  par  conséquent  la 

classiiication  suivante  des  dillérentes  formes  de  celle  anomalie 
psycho-sexuelle. 

ii.  —  LE  SENS  BOMOSEXUBL  COMME  PERVERSION  ACQUISE. 

L'important  ici  est  de  prouver  qu*il  y  a  penchant  pervers 
pour  son  propre  sexe,  et  non  pas  do  constater  des  actes 
sexuels  accomplis  sur  des  individus  de  môme  sexe.  Ces  deux 
phénomènes  ne  doivent  pas  être  confondus;  on  ne  doit  pas 
prendre  la  perversité  pour  de  la  perversion.  Souvent  on  a 
!  occasion  d'ohserver  dos  actes  pervers  soxnols  qui  ne  sont 
i>.tN  basés  sur  la  perv^M-sion.  C'est  surtout  lo  cas  dans  les 
actes  sexuels  ciilr»'  personnes  do  niAmo  <»oxo  et  uotarurnont 
dans  la  pédérastie.  Là  il  n'est  pas  toujours  nécessaire  que  la 
parêdsthesîa  sexuaiis  soit  en  Jeu,  mais  il  y  a  souvent  de 
l'hyperesthésie  avec  impossibilité  physique  ou  psychique 
d'une  satisfaction  sexuelle  naturelle. 

Ainsi  nous  rencontrons  des  rapports  homosexuels  chez 
des  onanistes  ou  des  débauchés  devenus  impuissants,  ou 
bien  chez  des  femmes  ou  des  hommes  sensuels  détenus 
dans  les  prisons,  chez  des  individus  confint^s  à  bord  d'un 
vaisseau,  dans  les  casernes,  dans  les  pensionnats,  dans  les 
bagues,  etc. 

Ces  individus  reprennent  les  rapports  sexuels  normaux 
aussitôt  que  les  obstacles  qui  les  empêchaient  cessent 
d^exister. 

Très  souvent,  la  cause  d*une  pareille  aberration  temporaire 


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•m  PSYCUOPATHIA  SEXUALIS 

est  la  masturba  lion  avec  ses  conséquences  chez  les  individus 
jeunes.  Rien  n'est  aussi  capable  de  troiihlor  la  •^oiiice  des 
sentiments  nobles  et  idr^niix  qm-  fait  iiailiv  le  sinHment 
sexuel  avec  son  dévelof)peni(»iit  normal,  que  Tonanisme  pra- 
tiqué de  bonne  heure  :  il  peut  même  la  faire  tarir  complè- 
tement. 11  enlève  au  bouton  de  rose  qui  va  ?o  développer  et 
le  parfum  et  la  beauté,  et  ne  laisse  que  le  penchant  grossiè- 
rement sensuel  et  brutal  pour  la  satisfaction  sexuelle.  Quand 
un  individu  corrompu  de  cette  manière  arrive  &  ràgc  où  11 
peut  procréer,  il  n  a  plus  ce  earactire  esthétique  et  idéal, 
pur  et  ingénu,  qui  Tattire  vers  Taufresexe.  Alors  l'ardeur  du 
senlinienl  sensuel  estéleinteel  l'inclinalion  pour  l'autre  sexe 
diminue  considérablement.  Cette  défecluosilé  influence  d'une 
façon  défavorable  la  morale,  IVfhique,  le  caracti'rc.  l'imagi- 
nation, Thumeur,  le  monde  des  sentiments  et  des  [)euchants 
du  jeune  onanisfe,  homme  ou  femme;  avec  les  circonstances, 
elle  amène  le  désir  pour  l'autre  sexe  à  tomber  h  zéro,  de  sorte 
que  la  masturbation  est  préférée  à  toute  satisfaction  naturelle. 

Parfois  le  développement  de  sentiments  sexuels  élevés  pour 
Tautre  sexe  est  contrarié  par  la  peur  hypocondriaque  d'une 
infection  vénérienne  ou  par  une  infection  contractée  effectif 
vement,  ou  par  une  fausse  éducation  qui,  avec  intention,  a 
ra[)i)elé  ces  dangers  et  les  a  exagérés,  clioz  les  filles  par  la 
rrainte  légitime  des  suites  du  cnïl  i  jieur  do  devenir  cuceinle\ 
ou  bien  par  le  dégoùlde  l'homme  par  suite  de  ses  défectuosités 
pliy^iqiH  ^  L't  morales.  Alors  la  satisfaction  devient  perverse 
et  le  penc  liant  se  manifeste  avec  une  violence  morbide.  Mais 
la  satisfaction  sexuelle  perverse  pratiquée  de  trop  bonne  heure 
n*atteint  pas  seulement  les  facultés  mentales,  elle  atteint 
aussi  le  corps,  car  elle  produit  des  névroses  de  l'appareil 
sexuel  (faiblesse  irritative  du  centre  d*érection  et  d  éjacula- 
tion,  sensations  de  volupté  défectueuses  au  moment  du 
coït,  etc.),  tout  en  mainlenani  l'imaginaiiun  dans  une  émo- 
tion continuelle  et  m  excitant  le  libido. 

Pour  presque  tous  les  masturbaleurs  il  vient  un  moment 


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iNEUnO-PSYCUOPATUOLOtilE  GEMiHALE 


249 


OÙ,  effnjés  d'apprendre  les  conséquences  de  leur  vice  en  les 
constatant  sur  eux-mêmes  (neurasthénie),  ou  bien  poussés 

vers  Tautre  sexe  soit  pur  séUuclion  soit  par  rexemple  d'autrui, 
ils  voudraient  fuir  leur  vice  et  rendre  leur  vita  sexuaiis 
normale. 

Les  conditions  morales  et  physiques  sont,  dans  ce  cas,  les 
plus  défavorablos  qu'on  puisse  imaginer.  La  chaleur  du  pur 
sentiment  est  éteinte,  le  feu  de  Tardeur  sexuelle  manque  de 
même  que  la  confiance  en  soi-même,  car  tout  masturbaleur 
est  plus  ou  moins  lâche.  Quand  le  jeune  pécheur  réunit  ses 
énergies  pour  essayer  le  coït,  il  en  revient  déçu,  car  la  sen- 
sation de  volupté  manque  et  il  n'a  pas  de  plaisir,  ou  bien  la 
force  physique  pour  acconii»lir  Tacle  lui  fait  défaut.  Cet  échec 
a  la  signification  tl'uno  catasfrojtiui  el  l'auir-nc  à  l'iuipuissancc 
psychique  al)s()lu(\  l'nc  conscience  (jni  nCst  pas  nette,  le 
souvenir  d'échecs  honteux  empêchent  toute  réussite  en  cas 
de  nouveaux  essais.  Mais  le  iiàido  sexuaiis  qui  continue  à 
subsister,  exige  impérieusement  une  satisfaction,  et  la  per- 
version morale  et  physique  éloigne  de  plus  en  plus  l'individu 
de  la  femme. 

Pour  dififérentes  raisons  (malaises  neurasthéniques,  pour 
hypocondriaque  des  suites,  etc.),  Tindividu  se  détourne  aussi 

des  pratiques  de  la  masturbation.  Dans  ce  cas  il  peut  pour  un 
moment  et  passagi-romenl  Atre  poussé  à  la  bcr-tialit»,'.  L'idée 
des  rapports  avrc  les  gens  (1<>  sou  propre  sexe  s'impose  alors 
facilement;  elle  est  amenée  par  l'illusion  de  sentiments 
d'amitié  qui,  sur  le  terrain  de  la  pathologie  sexuelle,  se  lient 
aisément  avec  des  sentiments  sexuels. 

Uonanisme  passif  et  mutuel  remplace  alors  les  procédés 
habituels.  S*il  se  trouve  un  séducteur,  et  il  y  en  a  tant  mal- 
heureusement, nous  avons  alors  le  pédéraste  d*éducation, 
c'est-à-dire  un  homme  (pii  accomplit  des  actes  d^onanisme 
avec  des  persoflïies  de  son  propre  sexe,  et  qui  se  plaît  dans  un 
rùle  actif  coiTespondant  à  son  véritable  sexo.  mais  qui,  au 
point  de  vue  des  scnlimculs  de  l'àmc,  est  indilléreut  non  seu- 


PSYCHOPATUIA  SEXUALIS 


lement  aux  personnes  de  Tautre  sexe,  mais  aussi  à  celles  de 

son  propre  sexe. 

Voilà  le  degré  auqnol  peut  arriver  la  perversité  sexuf»!l<» 
d'un  individu  de  disposition  normale,  oxempt  de  tare  et  jouis- 
sant de  ses  facultés  menlalt  s.  On  ne  peut  citer  aucun  cas 
où  la  perversité  soit  devenue  une  perversion,  une  inversion 
du  penchant  sexuel  ' . 

Tout  autre  est  la  situation  de  Tindividu  taré.  La  sexualité 
perverse  latente  se  développe  sous  rinlluencc  dé  la  neuras- 
thénie causée  par  la  masturbation,  Tabstinence  ou  d'autres 
causes. 

Peu  à  peu  le  contact  avec  des  personnes  de  son  propre 

1.  Garnicr  {Anomalies  sexuelles,  Paris,  pp.  508-509)  rapporte  d«ux  eu 
(Observations  222  et  233)  qui  lemblent  être  en  contradletian  aree  eeit» 

thèse,  surtout  le  premier,  où  le  chagrin  «rprouvé  à  la  suite  de  l'iiifidélité  de 
l'amante  .i  fait  succomber  le  sujet  aux  f éductions  des  hommes.  Mais  il  ressort 
clairement  de  celle  observation  que  cet  individu  n'a  jamais  trouvé  de  plaisir 
aux  actes  homosexuels.  Dans  l'observation  iûll,  il  s'agit  d  un  é§imi»é 
af)  ori'/lnf.  du  moitis  d'un  lu'rmaphrodite  psychique.  L'opinion  d»- ceux  qai 
reuUcul  une  fausse  éducation  et  les  états  psychologiques  exclusivement  res- 
ponsables de  l'origine  det  «entimenlt  et  pencbanta  homosexuels,  est  tout  i 
fait  erronée. 

On  peut  donner  à  un  iuiiividu  exempt  de  toute  tare  l'éducation  la  plus 
efTémiiu-e,  et  à  une  femme  l'éduc^lion  la  plus  virile;  ni  l'un  ni  l'autre  n« 
devienilioiit  homofeTuoI<.  C  .  st  la  disposition  naturelle  qui  est  iiiiin.rt'mf*' 
et  non  pas  1  éducation  et  tes  autres  éléments  accidentels  comme,  par  exeuiplc, 
la  aSduction.  (1  ne  peut  être  question  dtaversion  sexuelle  que  lorsque  la 
personne  exerce  sur  une  autre  tin  m<'mc  sese  un  chnriiie  psycho-^cxticl, 
c'est-à-dire  qu'elle  provoque  le  iihido,  1  orgasme,  et  surtout  lorsqu  cite  pro- 
dnil  Teffet  d'une  attraction  psyebique.  Tout  autres  «ont  les  cas  ob,  par  suite 
d'une  trop  grando  sciisnalitt*  cf  d'unr  ab?prce  de  sens  esthétique,  l'individu 
se  sert,  faute  de  mieux,  du  corps  d  un  individu  de  môme  sexe  pour  pratiquer 
ftTec  lui  un  acte  d'onanisme  (non  le  coït  dans  le  sens  d'un  entrafuement  de 
réine  . 

Moll,  dans  son  excellente  monographie,  signale,  d'une  manière  très  claire 
el  très  convaincante,  Timportanee  décisive  de  ta  prédisposition  hérèdit^re 

en  présence  de  l'iniportniK  li^'  s  relative  dr^  cîm?o>  ociMsionnelles  (Comp^ri'î 
op.  cit.,  pp.  156-1  îi>).  U  connaît  beaucoup  de  cas  u  où  des  rapports  sexueU 
pratiqués  avec  des  hommes  pendant  une  certaine  période  n*ont  pu  ameoer 
la  [icrvi  Tsion  ».  Moll  dit  aussi  d'iuK?  manière  tn's  sii^nilicadve  Jeconnais 
une  épidémie  de  ce  genre  (onanisme  mutuel)  qui  s'est  produite  dans  une 
école  berlinoise  où  un  élève,  aujourd'hui  acteur,  avait  introduit  d'une 
manière  éhonlée  l'onanisme  mutuel.  Bien  que  j'-  connaisse  les  noms  de 
nombreux  uraninte-i  lierlinois,  je  n'ai  pu  établir  avec  probabilité  qu'aucun 
des  anciens  élèves  de  ce  lycée  soil  devenu  uraoiste;  par  contre,  je  sab 
as<ez  exMStement  que  beaucoup  d'entre  eux,  a  l'heure  qu'il  est,  se  compor- 
teut,  au  point  de  vue  sexuel,  d'une  façon  normale.  ■• 


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.NEURO-PSYGUOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


sst 


st'xc  met  riiulividu  on  émoi  ion  soxiiollo.  Os  i<îées  sont  ren- 
forcées par  dos  sensations  <lo  plaisir  et  provoqnont  tics  dôsir? 
correspondants.  Celto  rôaction,  nottcment  dégénéralive»  est 
le  conrnioncemeut  d'un  processus  de  transforniulion  du 
corps  et  de  ràme,  processus  qui  sera  décrit  plus  loin  en 
détail  et  qui  présente  un  des  phénomènes  psycho-patholo- 
giques les  plus  intéressants.  On  peut  reconnaître  dans  celte 
métamorphose  divers  degrés  ou  phases. 

Premier  degré  :  XaversloB  simple  dn  sens  sexuel. 

Ce  degré  est  atteint  quand  une  personne  du  même  sexe  pro- 
duit sur  un  individu  un  effet  aphrodisiaque,  et  que  ce  dernier 
éprouve  pour  Tautre  un  sentiment  sexuel.  Mais  le  caractère 
et  le  genre  dn  sentiment  restent  encore  conformes  au  sexe 

de  1  individu.  Jl  se  sent  dans  un  rAlc  actif,  il  considère 
son  penchant  pour  son  propro  "^oxf  eonuuc  une  aberra- 
tion cl  cherclio  (hentuolloment  un  remède. 

Avec  cette  amélioration  épisodique  de  la  névrose  il  se 
peut  qu'au  début  des  sentiments  sexuels  normaux  se  mani- 
festent et  se  maintiennent.  L'observation  suivante  nous 
parait  tout  à  fait  apte  &  montrer  par  un  exemple  frappant 
cette  étape  sur  la  route  de  la  dégénérescence  psycho-sexuelle. 

Observation  9i.  —  Inversion  acquise. 

Jo  «nis  fonctionnaire:  je  suis  rn",  niitnnt  qii<-' je  sais,  d'une 
famille  exemple  de  lares;  mon  père  osl  nioil  d'une  maladie 
aiguo,  ma  mère  vit:  elle  est  assez  nnrvenso.  l  ue  de  mes  sœurs 
est  devenue  depuis  quelques  aniu  es  d'une  religiobité  exagérée. 

Quant  h.  moi,  je  suis  de  grande  taille  et  j'ai  tout  à  fait  le  carac- 
tète  viril  dans  mon  langage,  ma  démarche  et  mon  maintien.  Je  n*ai 
pas  eu  de  maladies,  sauf  la  rougeole;  mais,  depuis  Tàge  de  treize 
ans,  j*ai  souiTert  de  ce  qu'on  appelle  des  maux  de  téte  nerveux. 

Ma  vie  sexuelle  a  commencé  à  TÀge  de  treize  ans,  en  faisant  la 
conoaissance  d^un  garçon  un  peu  plus  Âgé  que  mol,  quocum  alter 
tUteriut  genilalia  tangendo  deleclubur,  A  l'Age  de  quatorze  ans, 
j'eus  ma  première  éjaculation.  Amené  à  rooanisme  par  deux  de 
mes  camarades  d'école,  je  le  pratiquai,  tanlét  avec  eux,  tantôt 


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2o2 


PSYCHOPATHIA  SEXl'AUS 


solitairement,  mais  toiyonrs  en  me  représentant  dans  mon  ima- 
gination des  êtres  du  sexe  féminin.  Mon  libido  $exuûU$  était  très 
grand  ;  il  en  est  encore  de  même  aujourd'hui.  Plus  tard,  j  ai 
essayé  d*entrer  en  relations  avec  une  servante  jolie,  grande, 
ayant  de  fortes  mammœ  ;  id  $alum  assecutus  sum,  ul  me  prseietite 
tuperiorem  eorporis  sut  partem  enudarei  mihigue  eoaeederd  os  imumi» 
masque  osculai'î,  dum  ipsa  pcncm  meum  valde  erectum  in  manum 
suant  rrcnpit  eumque  trivit.  Ottanrqvnm  v'wlentissime  coilum  rogavi 
hoc  solum  cfnu  essit,  ul  genitalin  rjns  fatuferem. 

Di'vrmi  etudlanl  à  ITniversité,  je  visitai  un  lupauar  et  je 
réus>i.s  le  coït  sjiiis  l'U'orl. 

Mais  un  incident  est  arrivé  (pii  a  produit  en  moi  une  evolulioii. 
Un  soir,  j'accompaj;uai.s  ua  ami  qui  rentrai!  chez  lui  cl.  comine 
j'élais  ua  peu  gris,  je  le  saisis  adgenilalia  en  plaisantant  11  ne  se 
défendit  pas  beaucoup  ;  je  montai  ensuite  avec  lui  dans  sa  cham- 
bre, nous  nous  masturb&mes,  et  nous  pratiquâmes  assez  souvent 
dans  la  suite  cette  masturbation  mutuelle;  il  y  avait  même  immit- 
penU  in  os  avec  éjaculation.  Ce  qui  est  étrange,  c*est  que  je 
n*étais  pas  du  tout  amoureux  de  ce  camarade,  mais  passionné- 
ment épris  d'un  autre  de  mes  camarades  dont  l'approche  ne  m'a 
jamais  produit  la  moindre  excitation  sexuelle  et,  dans  mon  idoe, 
je  ne  mettais  jamais  sa  personneen  rapport  avec  des  faits  sexuels. 
Mes  visilps  au  lujianar.  où  j'i'tais  un  client  bien  vu,  devenaient  de 
plus  ou  plu>  rart's  ;  jo  trouv;n*^  nue  (•(nupousalion  rhr/.  mon  ami  et 
ne  désirais  plus  du  tout  les  rapports  sexuels  avec  les  Iciames. 

iSous  ne  lualujuions  jamais  la  pédérastie;  nous  ne  prououciou- 
pas  même  ce  aïol.  Depuis  le  commencement  de  celle  liaison  avec 
mon  ami,  je  me  suis  remis  u  me  masturber  davantage  :  nalurelle- 
ment  l'idée  de  la  femme  fut  de  plus  en  plus  reléguée  au  second 
rang;  je  ne  pensais  qu'à  des  jeunes  gens  vigoureux  avec  de  gros 
membres.  Je  préférais  surtout  les  garçons  imberbes  de  seize  à 
vingt-cinq  ans,  mats  il  fallait  quMls  soient  jolis  et  propres.  J'étais 
surtout  excité  par  les  jeunes  ouvriers  en  pantalon  d*étoffe  de 
manchester  ou  de  drap  anglais;  les  maçons  principalement  me 
produisaient  celte  impression. 

Les  personnes  de  mon  monde  ne  m'excitaient  pas  du  tout; 
mais,  îl  l'aspect  d'un  fils  du  peuple,  vigoureux  et  énergique,  j'avais 
une  émoliou  sexuelle  bien  prononcée.  Toucher  ces  pant^dons, 
ouvrir,  saisir  le  pénis,  puis  embrasser  le  garçoo,  voilà  ce  qui 
me  paraissait  le  plus  grand  houheur. 

Ma  sensibilité  pour  les  charmes  ieminius  s'est  uo  peu  emous- 


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NEUUO-PSYCHOPATHOLOGIQ  (;£NÉHALi: 


253 


sée,  mais,  daas  les  rapports  sexuels  avec  la  femme,  surtout 
quand  elle  a  des  seins  forts,  je  suis  toujours  puissant  sans  avoir 
besoin  de  me  créer  dans  mon  imagination  des  scènes  excitantes 
Je  n'ai  jamais  essayé  de  séduire  âmes  vils  désirs  un  jeune  ouvrier 
ou  quelqu'un  de  son  monde,  et  je  ne  le  ferai  jamais;  mais  j'en 
ai  souvent  envie.  Quelquefois  je  lixe  dans  ni;t  rn('>aioire  l'image 
d'un  de  ces  garçons  et  je  me  masturbe  chc/.  moi. 

îe  n'ai  aucun  goût  pour  les  occupations  fémiiiiiKS.  Je  n'aime 
pas  trop  à  être  dans  la  société  ilcs  dames:  la  danse  m  est  désa- 
grcalilf.  Je  m'intéresse  vivement  aux  beaux  arts.  Si  j'ai  parfois 
un  senliaieul  d'iiiviTsidii  sexuelle,  c'est,  je  crois,  en  purli»!  une 
conséquence  de  nia  grande  paresse  qui  m'empêche  de  me  dé- 
ranger pour  entamer  une  liaison  avec  une  fiile;  toujours  fré- 
quenter le  lupanar,  cela  répugne  à  mes  sentiments  estliétiques. 
Aussi  je  retombe  toujours  dans  ce  maudit  onanisme  auquel  il 
ra*est  bien  difficile  de  renoncer. 

Je  me  suis  déjà  dit  cent  fois  que,  pour  avoir  des  sentiments 
sexuels  tout  à  fait  normaux,  il  me  faudrait  avant  tout  étouffer 
ma  passion  presque  indomptable  pour  ce  maudit  onanisme,  aber- 
ration si  répugnante  pour  mes  sentiments  esthétiques.  J'ai  pris 
tant  et  tant  de  fois  la  ferme  résolution  de  combattre  cette  pas- 
sion di'  toule  la  force  d**  mn  volonté!  Mais  jusqu'ici  je  n'ai  pas 
réussi.  Au  lit'u  do  chercîicr  uni-  satisfaction  naturelle  (|uan(l  l'ins- 
tinct génital  devenait  trop  violent  chez  moi,  je  préférais  me  mas- 
turber, car  je  sealuis  que  j'en  éprouverais  plus  de  plaisir. 

Et  cependant  l'expérience  m'a  appris  (juc  j'étais  toujuuis  puis- 
sant avec  les  lilles,  sans  difficulté  et  sans  avoir  recours  à  des 
images  des  parties  génitales  viriles,  sauf  une  seule  fois  ou  je  ne 
soi*;  pas  arrivé  à  réjacnlalion,  parce  que  la  femme  —  c*était  dans 
un  lupanar — manquait  absolument  de  charme.  Je  ne  peux  pas  me 
débarrasser  de  Vidée  ni  me  défendre  du  grave  reproche  que  je  me 
lais  à  ce  sujet,  que  Hoveraion  sexuelle  dont  sans  doute  je  suis 
atteint  à  un  certain  degré,  n*est  que  la  conséquence  de  mes  mas- 
turbations excessives,  et  cela  me  cause  d'autant  plus  dedépres* 
sion  morale  que  j^avoue  ne  guère  me  sentir  la  force  de  renoncer 
par  ma  propre  volonté  h  co  vice. 

A  la  suite  de  mes  rapports  sexuels  avec  un  condisciple  el  anii 
de  longue  date,  rapports  qui  n'ont  coiiiinencé  que  pendant  notre 
séjour  à  l'Université  et  après  sept  ans  de  relations  auiicales, 
le  penchant  puur  les  satisfactions  anormjdes  du  Itùido  s'est  ren- 
forcé en  moi. 


251 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


PprmoHoz-nioi  de  vous  racnnlor  encore  UQ  épisode  qui  m'a 
préoccupé  pciidanl  des  mois  enliers. 

L'été  1882  je  fis  la  connaissance  d'un  collègue  de  l'Universilé, 
de  six  ans  plus  jeuno  quo  moi,  ot  qui  nravait  été  rr-commnndé 
par  plusieurs  jeune»  gcus,  à  iiini  t_'L  à  d'uulres  pcrsimm's  do  ma 
connais>.iiiro.  Bientôt  j'éprouvai  un  intérêt  profond  pourcejeuue 
homme  qui  était  tri^  beau,  de  formes  bien  proportionnées,  de 
taille  svelle  el  d'aspect  bien  portant.  Après  des  relations  de 
quelques  semaines  avec  lui,  cet  intérêt  devînt  un  ^enlimenl 
d'amitié  intense  et  plus  lard  un  amour  passionné  entremêlé  des 
tourments  de  la  jalousie.  Je  m'aperçus  bientôt  que  desmouvemenlit 
sensuels  se  confondaient  avec  cett«  affeclion.  Malgré  ma  ferme 
résolution  de  me  contenir  vis-à-vis  da  ce  jeune  homme  que  j'esti- 
mais à  cause  de  son  excellent  caractère^  pourtant  une  nuit,  après 
force  libations  de  bière,  nous  étions  dans  ma  chambiti  où  nous 
vidions  une  bouteille  de  vin  en  l'honneur  de  notre  amitié  sincère 
el  duralde:  je  succombai  à  l'envie  irrésistible  de  le  presser  contre 
moi,  elc,  etc. 

l,e  Iciidi  innin  lorsque  je  le  revis,  j'avais  tellement  honte  que  je 
n'osais  pas  le  regarder  dans  les  yeux.  J  (  prouvais  le  repentir  le  plus 
amer  de  ma  faute  et  me  faisais  les  plus  violeul-^  rcpioclies  d"avu!r 
ainsi  souillé  cette  amitié  qui  aurait  dil  rester  pure  el  noble.  Pour 
lui  prouver  que  je  n'avais  agi  que  sous  le  coup  d'une  impulsion 
momentanée,  j'insistai  auprès  de  lui  pour  quUl  lit  avec  moi  un 
voyage  à  la  fin  du  semestre.  Il  y  consentit,  après  quelques  hési- 
tations dont  les  raisons  étaient  assez  claires  pour  moi.  Nous 
avons  alors  couché  plusieurs  nuits  dans  la  même  chambre,  sans 
que  j'aie  jamais  fait  la  moindre  (cntalive  pour  réptéler  Tacte  de  la 
nuit  mémorable.  Je  voulais  lui  parler  de  cet  incident,  mais  je  neu 
avais  pas  le  courage.  Lorsque,  le  semestre  suivant,  nous  fûmes 
séparés  l'un  de  l'autie,  je  ne  pus  me  décider  &  lui  écrire  sur 
cette  aiïaire,  et  ([uaiid,  au  mois  de  mars,  je  lui  lis  une  visite  fiX.... 
j'eus  la  même  laiblfssc.  Kl  innirlant,  j'éprouvais  le  besoin  iuipc- 
rieux  de  lui  expliquer  ce  (loint  rd)>(  ui\  par  un  «ulretien  franc  el 
loyal.  Au  mois  d'octobre  de  la  même  année,  j'étais  à  X...,  el  l'o 
n*est  qu'alors  que  je  trouvai  le  courage  nécessaire  pour  une 
explication  sans  réserves.  J'implorai  son  pardon,  qu'il  m'accorda 
volontiers;  je  lui  demandai  même  pourquoi  il  ne  m'avait  pas 
alors  opposé  une  résistance  résolue;  il  me  répondit  quHl  m'avait 
en  partie  laissé,  faire  par  complaisance,  que  d'autre  part,  étant 
ivre,  il  se  trouvait  dans  un  certain  état  d'apathie.  Je  lui  exposai 


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.NELUO-PSÏLilÛPATHOLOGlE  GÉNÉRALE 


283 


alors  ma  situaliuu  d'une  inaiiièrc  délailléc,  je  lui  donnai  aussi  ft 
lire  la  Pst/chopathia  sexualiscl  lui  itnai  le  ferme  espoir  que  par 
ma  force  de  volonté  j'arriverais  à  donipler  complètement  mon 
penchant  contre  nature.  Depuis  celto  explication  mes  relations 
avec  cet  ami  sont  diivenucs  des  pîu'^  heureuse!?  ol  <\o^  plus  satis- 
faisantes; les  senlimenls  amiraux  sont  départ  et  d'autre  intimes, 
sincères,  et  j  i-spri-e  durahlcs  aussi. 

Dans  le  ras  ou  ju  n'apeicevrais  pas  une  auiéliuralitm  dans  mon 
olat,  je  luc  déciderais  à  me  soumellre  complètement  à  votre  Uui- 
lemenl,  d'autant  plus  que,  d'après  l'étude  de  votre  ouvrage,  je 
crois  pouvoir  dire  que  je  n'appartiens  pas  &  la  catégorie  des  soi- 
disant  uranisteset  qu*une  ferme  volonté  secondée  et  dirigée  par 
le  traitement  d'nn  homme  compétent  pourrait  faire  de  moi  un 
homme  aux  sentiments  normaux. 

OB'^|■RVAT:o^■  05.  —  lima  S...',  viiVf;l-iu  ul  ans,  non  mariée,  (ilie 
<ie  négociant,  est  issue  d  une  famille  lourdement  tarée. 

Le  père  était  poialor  et  finit  par  le  suicide,  de  ujéme  que  le 
frère  et  la  sœur  de  la  malade.  Une  sœur  souffre  d'hyslci  ia  convul- 
s'ua.  Le  grand-père  du  côté  maternel  s'est  brûlé  la  cervelle  dans  un 
accès  de  folie.  La  mère  était  maladive  et  est  morte  paralysée  par 
apoplexie.  Elle  n*a  jamais  été  gravement  malade;  elle  est 
bien  douée  intellectuellement,  romanesque,  d'imagination  vive  et 
rêveuse.  Réglée  à  dix^huit  ans,  sans  malaises;  les  menstruations 
furent  irrégulidres.  A  Tàge  de  quatorze  ans,  chlorose  et  cata- 
lepsie par  frayeur.  Plus  lard,  kysteria  gravis  et  accès  de  folie 
hystérique.  .\.  l'âge  de  dix-huit  ans,  liaison  avec  un  jeune  homme, 
liaison  qui  n'en  est  pas  restée  aux  termes  platoniques.  Elle  répon- 
dait avec  ardeur  et  chaleur  à  ramf)nrdr'  e«»l  homme.  Des  allusions 
faites  ptir  la  malade  indiquent  (ju'ellc  était  très  sensuelle  et  qui', 
après  le  départ  de  son  amant,  elle  s  esl  livrée  à  la  masturhatiou. 
La  mala<le  un  ua  ensuite  une  vii-  r«)nianes([iic.  Pour  pouvoir 
l^a^uer  Suu  pain,  elle  s  haliilla  eu  huiiime,  devint  précepteur  dans 
une  famille,  quitta  celle  place  parce  que  la  maîtresse  de  la 
mafaK>n,  ne  connaissant  pas  son  sexe,  tomba  amoureuse  dVUe  et 
la  poursuivit  de  ses  assiduités.  Elle  devint  ensuite  employé  de 
chemins  de  fer.  En  compagnie  de  ses  collègues,  elle  était  obligée, 
pour  cacher  son  sexe,  de  fréquenter  les  bordels  et  d*éeouter  des 
propos  malséants.  Cela  lui  répugnait;  elle  donna  sa  démission, 

I.  Comparez  :  E qi'  r'tinenteUe  Sludien  aufdtmGtbiele  des  IlypnoUiinui  ûe 
l'âuleur,  3»  édition,  1893. 


256 


PSYCHOPATHIA  SEXLAMS 


se  rhabilla  en  femme,  el  chercha  dorénavant  à  gagner  son  pain 
par  des  occupations  fcmînines.  On  Ta  nrit'tée  pour  vul  ot.  par 
suite  de  crises  hysléro-épilepliques,  nu  l'a  transporter  à  1  hôpital. 

Là  on  découvrit  chez  cllr  des  pcncluiuls  pour  sou  propre  sexe. 
La  malade  devint  importune  pur  ses  poursuites  après  les  gardes- 
malades  féminines  et  ses  camarades  (rhApital. 

On  prit  son  inversion  sexuelle  poui-  une  perversion  acqui.se.  La 
malade  a  dooné  à  ce  sujet  d'intéressantes  explications  qui  onl 
rectifié  Terreur. 

On  porte  sur  moi,  dit^elle«  un  jugement  erroné,  quand  on  croit 
qu*en  présence  du  sexe  féminin,  je  me  sens  homme.  Au  contraire^ 
dans  ma  manière  de  penser  et  de  sentir,  je  me  conduis  en  femme, 
J*ai  aimé  mon  cousin  comme  une  femme  est  capable  d^aimer  un 
homme. 

Le  changement  de  mes  sentiments  a  pris  naissance  par  le  fait 
qu'à  Hudapest,  déguisée  en  homme,  j'eus  l'occasion  d'observer 
mon  cousin.  Je  vis  couihicu  il  m'avait  trompée.  Cette  constata- 
tion m'a  causé  une  grande  douleur  d  àme.  Je  savais  que  jamais 
je  ne  serais  plus  capable  d'aimer  nu  houuue,  car  je  suis  de  celles 
qui  u  uiineut  (lu'unr  fuis  dans  leur  \ie.  I*uis,  en  couipaguie  de 
mes  collègues  de  chemin  de  fer,  je  fus  obligée  d'écouter  les  cou- 
versations  les  plus  choquantes  et  de  fréquenter  les  maisons  les 
plus  mal  famées.  Ayant  ainsi  pu  entrevoir  les  menées  du  monde 
masculin,  je  conçus  une  aversion  invincible  pour  les  hommes. 
Mais,  comme  je  suis  d*un  naturel  passionné  et  que  j*éprouTe  le 
besoin  de  m'attacher  a  une  personne  aimée  et  de  me  donner 
entièrement,  je  me  sentis  de  plus  en  plus  attirée  vers  les  femmes 
el  les  filles  qui  m'étaient  sympathiques,  et  surtout  vers  celles  qoi 
brillaient  par  leurs  qualités  intellectuelles. 

L'inversion  sexuelle,  évidemment  acquise,  de  cette  malade 

se  manifestait  souvent  d'une  manière  impétueuse  et  très 
sensuelle:  elle  a  p;agné  du  lei  iaui  par  la  masliubalion,  une 
surveillance  permanente  dans  les  hôpitaux  ayant  rendu 
impossible  toute  satisfaction  sexuelle  avec  des  personnes  de 
son  propre  sexe.  Le  caractère  et  le  genre  d'occupation  sont 
restés  féminins.  Elle  ne  présentait  pas  les  caractères  de  la 
virago.  D*après  les  communications  que  l'auteur  vient  de 
recevoir,  la  malade,  après  un  traitement  de  deux  ans  à  Tasile, 
a  g;uéri  de  sa  névrose  et  de  sa  perversion  sexuelle. 


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KEL'UO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÊ.NÉUALE 


257 


Ob^^krvation  90.  —  X...,  dix-neuf  ans,  né  d*une  mère  souf- 
frant d  une  maladie  de  nerfs;  deux  sceurs  du  père  et  de  la  mère 
étaient  folles.  Le  malade»  de  tempérament  nerveux,  bien  doué^ 
bien  développé  au  physique,  de  conformation  normale,  a  «Hé,  à 
Tfigc  de  (Iduze  ans,  amené  par  sou  frère  ainé  à  pratiquer  l'ona- 
nisiae  niulucî. 

Plus  tanl,  le  iiialadi'  pt'rsévfi a  ilaiis  ce  vice,  en  le  pratiquant 
solitaii-ciiinil.  l)f>j)ui><  trois  ans.  Il  lui  vint,  pendant  l'acff^  de  la 
mastiirhalion,  «i'elraiiges  fantaisies  dans  le  sens  d  une  inversion 
sexuelle. 

II  se  figure  être  une  femme,  par  exemple  èire  une  ballerine,  et 
faire  le  coït  avec  un  officier  ou  un  cavalier  de  cirque.  Ces  images 
perverses  accompagnent  Tacte  d'onanisme  depuis  que  le  malade 
est  devenu  neurasthénique. 

II  reconnaît  lui-même  les  dangers  de  la  masturbation,  il  la 
combat  désespérément,  mais  toujours  et  iouijours  il  finit  par 
succomber  à  son  violent  penchant. 

Si  le  malade  réussit  î\  s'<'n  abstenir  pendant  quelques  jours,  il 
se  prodnif  alors  chn  lui  des  impnl'^ions  normales  dans  le  sons 
des  rapjorls  sexuels  avec  des  fciuiaes:  mais  la  crainte  d'une  infec- 
tion arrête  ces  impulsions  el  le  pousse  de  nouveau  à  1%  maslur- 
bation. 

Ce  qui  est  digne  d'être  remarqué,  c'est  que  les  rêves  erotiques 
de  ce  malheureux  n'ont  pour  sujet  que  la  femme. 

Au  cours  de  ces  derniers  mois,  le  malade  est  devenu  neuras» 
thénique  et  hypocondriaque  à  un  degré  très  avancé.  Il  craint  le 
tabès. 

Je  loi  conseillai  de  faire  traiter  sa  neurasthénie,  de  supprimer 
la  masturbation  et  d*arriver  à  la  cohabitation  aussitôt  que  sa 
neurasthénie  se  serait  atténuée* 

Obsbrvation  97.  —  X...,  trente-cinq  ans,  célibataire,  né  d'une 
mère  malade,  déprimée  au  moral.  Le  frère  est  hypocondriaque. 

Le  malade  était  bien  portant,  vigoureux,  de  tempérament  vif 
et  sensuel,  avait  un  instinct  génital  puissant  qui  s'éveilla  de 
trop  bonne  heure  ;  il  s'est  masturbé  étant  encore  tout  petit 
garçon,  a  fait  le  prcniior  coït  à  Vh'^a  de  quatorze  ans  et,  assure- 
t-il,  avec  plaisir;  il  fut  (  oniplèlcnicnt  puissant.  A  l'âge  de  quinze 
ans,  un  homme  a  essayé  de  le  débaucher  et  l'a  manustupré. 
X...  en  éprouva  du  dc^'oùt  et  se  sauva  de  celte  situation  «  (b'goO- 
tanlc  w.  Dovi'iiu  çiiaud,  il  tildes  excès  de  coït  avec  un  libido  in- 

P&YCnOrATHIA  SEXDAUil,  17 


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m 


PSYGHOPATHIA  SBXUALIS 


domptable.  Kn  ISHO,  il  devint  neura-^llii'iiique,  sjuunVit  de  la 
faibli  sse  de  ses  érections  et  â>jacHlulio  pra^cox;  il  di-vinl  en 
même  temps  de  plus  eu  plu>  impuissant  et  cessa  d  éju-ouver  du 
plaisir  à  Tactc  sexuel.  A  celte  époque,  il  eut,  pendant  une  ccrUiDc 
période,  un  pendtanl  qui  lui  était  auparavant  étranger  et  qui  lui 
paraît  encore  aujourd'hui  inexplicable,  pour  les  rapports  sexuels 
cwm  pueilU  non  pubibus  XU  ad  XIH  aimomm.  Son  libido  s'aug- 
mentait à  mesure  que  sa  puissance  s'aibiblissait. 

Peu  A  peu  il  conçut  un  penchant  ^our  les  garçons  de  treite  à 
quatorze  ans.  Il  était  poussé  à  s*approcber  d'eux. 

Quods'i  ei  occasio  data  est,  ut  langere  p<miipuerù$,qtU  eipiaeuere, 
pénis  vehementer  se  erexît  lum  maxime  quum  a'wa  puerorum  lan- 
gere potuisset.  Abhinc  femhias  non  cttpivit.  iVonnnnrfuam  feminas 
ad  coifwn  coegil  %ed  erectio  debilis,  ejaculalio  prxmatura  erai  sine 
ulla  voluptale. 

Il  n'avait  plus  d  inlérèl  qw  pour  les  jeunes  garçons.  Il  en 
rêvait  et  avait  alors  des  pollutions.  A  partir  de  188i,  il  eut  par- 
fois l'occasion,  concumbere  cum  juvenibus.  Il  était  alors  sexuelle- 
ment très  excité  et  se  soulageait  par  la  masturbation. 

Ce  n*est  que  par  exception  qu*il  osa,  tociot  conemnbentes  tangtre 
et  mastuf^tionem  muîuam  adêequi.  11  détestait  la  pédérastie. 
La  plupart  du  temps  il  était  obligé  de  satisfaire  par  la  masturba- 
tion  solitaire  ses  besoins  sexuels.  Pendant  cet  acte,  il  évoquait 
le  souvenir  et  Timage  de  garçons  sympathiques.  Après  les  rap- 
ports sexuels  avec  des  garçons,  il  se  sentait  toujours  ragaillardi, 
frais,  mais  en  même  temps  moralement  déprimé  parTidée  d'avoir 
commis  un  acte  pervere,  immoral  et  encourant  des  peines.  î!  fait 
la  constatation  trè<^  pénible  que  son  penchant  détestable  était 
pluspuissntit  ([uc  su  volonté. 

X...  siijjpose  que  son  amour  pour  son  propre  sexe  a  pour  cause 
ses  excès  des  plaisirs  sexuels  normaux:  il  regrette  profondément 
son  état  et  a  demandé,  au  mois  de  déceuibre  1880,  a  l'occasion 
d'une  consultation,  s'il  n'y  avait  pas  moyen  de  le  ramener  à  hi 
sexualité  normale,  puisqu'il  n'a  pas  d''Aorror  feminse  et  qull 
aimerait  bien  A  se  marier. 

Sauf  les  symptômes  d'une  neurasthénie  sexuelle  et  spinale 
modérée,  le  sujet,  d'ailleurs  intelligent  et  exempt  de  stig- 
mates de  dégénérescence,  ne  présente  aucun  symptôme  de 
maladie. 


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NEURO-PSYCUOPATUOLOGIE  GÉXÉIULE 


259 


Deuième  defié  :  Mratlo  et  dolémiiiatio* 

Si,  dans  l'inversion  sexuelle  développée  de  oette  manière, 
il  n*y  pas  de  réaction,  il  peut  se  produire  des  transformations 
plus  radicales  et  plus  durables  de  Tindividualîté  psychique. 
Le  processus  qui  s'accomplit  alors  peut  être  désigné  sous 
le  simple  mot  A'eviratio.  Le  malade  éprouve  ua  chan- 
g^emcnt  profond  do  caractère,  spécialement  dans  ses  senli- 
moals  et  ses  penchauts,  qui  deviennent  ceux  d'une  personne 
de  sentiments  féminins. 

A  partir  de  ce  moment,  il  se  sent  aussi  femme  pendant 
l'acte  sexuel  ;  il  n  a  plus  de  goût  que  pour  le  rôle  passif  et 
peut,  suivant  les  circonstances»  tomber  au  niveau  d'une 
courtisane.  Dans  cette  transformation  psycho-sexuelle,  pro> 
fonde  et  durable,  Tindividu  ressemble  parfaitement  à  Tura- 
niste  (congénital)  d'un  degré  plus  avancé.  La  possibilité  de 
rétablir  rancienne  individualité  intellectuelle  et  sexuelle 
paraît,  dans  ce  cas,  absolument  impossible. 

L  observalion  suivante  nous  fournit  un  exemple  classique 
d  une  inversion  sexuelle  qui  a  été  acquise  de  cette  façon  et 
est  devenue  permanente. 

OusKKVATiON  —  Sch...,  trente  ;ms,  nn-cit'cin,  m'a  commu- 
ni'jiit'  un  jour  sa  hio^rapliio  et  rhistuiro  (io  sa  maladie,  en  me 
UcmaudiitiL  des  éclaireissemeats  et  des^  couseils  sur  certaines 
aDOinalies  de  sa  o\ta  texualis, 

L*exposé  suivant  s'en  tient  complètement  fcrautobiographie  très 
détaillée  et  ne  comporte  que  quelques  abréviations  à  l'occasion. 

Procréé  par  des  parents  sains,  j'étais  un  enfant  faible,  mais  j*ai 
prospéré  grâce  à  de  bons  soins  ;  à  Técole  je  faisais  de  rapides  pro- 
grès. 

AFI^  de  onze  ans,  je  tus  entraîné  à  la  masturbation  par  un 
camarade  avec  lequel  je  jouais;  je  me  livrais  avec  passion  h  ces 
pratiques.  Jusqu'à  l'àgc  de  quinze  ans,  j'apprenais  facilement.  A 

mesure  que  les  pollutions  devenaient  plus  fn'quentes,  ma  force 
de  travail  pour  l'élude  diminuait;  je  ne  pnuvais  plus  aussi  i)ieu 
suivre  les  leçons  à  l'école.  Quaud  le  professeur  m'appelait  au 


260 


PSÏCUOPATHU  SEXUALIS 


tableau,  j*élais  peu  rassuré  ;  je  me  sentais  oppressé  et  embarrassé. 
Effrayé  de  voir  baisser  mes  facultés  et  reconnaissant  que  les 
grandes  pertes  de  sperme  en  élaient  la  cause,  je  cessai  de  prati- 
quer Tonanisme  ;  touterois  les  pollutions  étaient  fréquentes,  de 
sorte  que  j'éjnculais  deux  h  trois  fois  dans  une  nuit. 

D(>se?p<^ro,  je  ronsullailes  médecins  Tun  après  l'autre.  Aucun 
n'y  pduvail  rien  faire. 

Comiiir  je  devenais  de  plus  en  plus  faible,  exlénué  par  les 
perles  i?«'iiiiiiales  et  que  l'instinct  génital  me  Idurim  nlail  de  plus 
en  plus  violemment,  j'allai  au  lupanar.  Mais  là  je  ne  pus  me  satis- 
faire; rat-,  bien  que  ra«:pert  de  la  femme  nue  nie  réiouit,  il  ne  se 
produisit  ni  orgasme,  iii  trecUon,  et  même  la  auiiiusLupraliun  de 
la  part  de  la  puella  ne  put  amener  d'érection. 

A  peine  avais -je  quitté  le  lupanar,  que  l'iustincl  génital  recom- 
mençait à  me  tourmenter  par  des  érections  violentes.  Alors  j*eu8 
honte  devant  les  filles,  et  je  n'allai  plus  dans  les  maisons  de  ce 
genre.  Ainsi  se  passèrent  quelques  années.  Ma  vie  sexuelle  con- 
sistait en  pollutions.  Mon  penchant  pour  Tautre  sexe  se  refroi- 
dissait de  plus  en  plus.  A  Tàge  de  dix-neuf  ans,  Rentrai  comme 
élève  à  lUniversité.  G*était  le  théAtre  qui  m'attirait.  Je  voulus 
devenir  artiste,  mes  parents  s'y  opposaient.  Dans  la  capitale,  j'ai 
dû,  en  compagnie  de  mes  collègues,  aller  de  temps  en  temps 
chez  les  tilles.  Je  craignais  les  situations  de  ce  genre,  sachant  que 
le  coït  ne  me  réussirait  pas,  que  mon  impuissance  serait  révtMéc 
aux  amis.  C'est  pour  cette  raison  que  j'évitais  autant  que  possible 
le  danger  de  devenir  leur  i  isci*  et  d'essuyer  une  honte. 

Un  soir,  assistant  à  une  représentation  d'opéra,  j'avais  comme 
voisin  un  monsieur  plus  âgé.  11  me  lit  la  cour.  Je  riais  de  tout 
mon  cœur  de  ce  vieillard  folâtre,  et  je  faisais  bonne  grâce  à  ses 
plaisanteries.  Exmopmato  genttalia  mea  prehmdit,  quo  facto 
ttatimpenitmeutte  erexit.  Effrayé  je  lui  demandai  des  explications 
sur  ce  quMl  me  voulait.  Il  me  déclara  être  amoureux  de  moi« 
Comme  dans  la  clinique  j'avais  entendu  parler  d*hermaphrodiles, 
je  crus  en  avoir  un  devant  moi,  curiosus  factu$  yenitaUa  ejui 
videre  volui.  Le  vieillard  consentit  avec  joie  et  vint  avec  moi  aux 
cabinets  d'aisance.  Sicuti  penem  maximum  ejut  erectom  adspext, 
perterritus  c/fugi. 

L'autre  me  guettait,  me  fit  des  propositions  élran^'f^-  que  je  ne 
comprenais  pas  et  que  je  repoussais.  Il  ne  me  laissa  plus  tran- 
quille. Je  lus  renseigné  sur  les  mystères  de  l'amour  homosexuel 
et  sentis  combien  ma  sensualité  en  devenait  excitée;  mais  je 


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NEURO-PSYGBOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


261 


rési-îlai  à  uue  passion  si  lionU'U-i'  (Tapn-s  mes  ifk^es  d'alor*'^  cl 
e  T>  <[m  exempt  pendant  les  Iroi^  aimrcs  cunsûculives  ù  cet  inci- 
dent. Pendant  ce  temps  j'essayai  à  plusieurs  reprises  uiais  vaine- 
ment le  coït  ave*:  des  filles.  Mes  efforts  pour  me  faire  guérir  de 
monimpuissance  par  l'art  médical  n'eureat  pas  non  plus  de  succès. 

Un  jour  que  j'étais  de  nouveau  tourmenté  parle  HàidosexuaUsj 
je  me  rappelai  le  propos  du  vieillard  me  disant  que  des  homo- 
sexuels se  donnent  rendez-vous  sur  la  promenade. 

Après  une  longue  lutte  contre  moi-même  et  avec  un  battement 
de  cœur,  j'allai  à  Tendroit  indiqué  ;  je  fis  la  connaissance  d*un 
monsieur  blond  et  me  laissai  séduire.  Le'  premier  pas  était  fait. 
Cette  sorte  d'amour  sexuel  m'était  adéquat.  Ce  que  j  aimais  le 
plus  c'ét^iil  d'être  entre  les  bras  d'un  homme  vigoureux. 

La  satisfaction  consistait  dans  la  manustupration  mutuelle.  A 
l'occasion  (ncubim  ad  penem  allerius.  Je  venais  d'atteindre  l'Age 
lie  vingt-trois  ans  Le  fait  d'être  assis  h  côté  de  mes  collègues 
dans  la  salle  des  rnurr:  on  sur  les  lits  des  malades  dans  la  clini- 
que, m  excitait  si  violeiiinicul  qu'à  peine  je  pouvais  suivre  le  cours 
du  professeur.  Dans  la  même  année  je  nouai  une  véritable 
liaison  d'amour  avec  un  négociant  âgé  de  trente-quatre  ans. 
Nous  vivions  maritalement.  X...  voulait  jouer  Thomme,  devenait 
de  plus  en  plus  amoureux.  Je  le  laissais  faire,  mais  il  fallait  qu'il 
me  laissât  aussi  de  temps  en  temps  jouer  le  rdie  d'homme.  Avec 
le  temps  je  me  lassai  de  lui,  je  devins  infidèle,  et  lui  devint  jaloux, 
n  7  eut  des  scènes  terribles,  des  réconciliations  temporaires, 
et  nnalement  une  rupture  définitive  (ce  négociant  fut  plus  tard 
Trappé  d'aliénation  mentale  et  mit  flnàses  jours  par  le  sutrlrle). 

Je  faisais  beaucoup  de  connaissances,  aimant  les  gens  les  plus 
communs.  Je  préTérais  ceux  qui  étaient  barbus,  grands,  d'Age 
moyen,  et  capables  do  bien  jouer  le  rûleartif. 

Je  contractai  une  proclitts.  Le  professeur  i^de  la  Faculté  de 
médecine'  était  li  rnis  que  cela  venait  de  la  vie  sédenlaire  h 
laquelle  ji-  m  ctais  condamné  en  préparant  mon  exaajcu.  Il  se 
f*»riiKi  une  listule  qu'il  lallul  opérer,  mai«î  cet  accident  ne  me 
guérit  nullement  de  mon  penchant  ù  prendre  le  rôle  j)assiL  Je 
devins  médecin,  m^établis  dans  uue  ville  de  province  0(1  j'ai  dd 
vivre  comme  une  religieuse. 

J'eus  Tenvie  de  me  montrer  dans  la  société  des  dames;  U  on 
me  vit  d'un  œil  favorable,  car  on  trouvait  que  je  n'avais  pas 
l'esprit  aussi  exclusif  que  les  autres  hommes,  et  je  m'intéressais 
aux  toilettes  des  femmes  et  aux  conversations  qui  traitaient 


262 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


de  ces  sujets.  Cependant  je  me  scnlais  très  malheureux  et  très 
isolé. 

Hcureusemenl  je  rencontrai  dans  celte  ville  un  homme  qui 
pensait  comme  moi,  «  une  soeur  ».  Pour  quelque  temps  mes 
besoins  furent  satisfaits  grâce  &  lui.  Quand  il  était  obli^  de 
quitter  la  ville,  j'avais  une  période  de  désespoir  avec  mélancolie 
allant  jusqu'à  des  idées  de  suicide. 

Trouvant  le  séjour  de  cette  petite  ville  insupportable,  je  me  mis 
m6doc  iii  militaire  dans  une  grande  ville.  Je  respirai  de  nouveau  ; 
je  vivais,  je  faisais  souvent  en  un  jour  deux  ou  trois  connaissances. 
Je  n'avais  jamais  aimé  ni  1ns  garçons  ni  los  jeunes  gens,  mais 
s»Mi1<  \p<  îtrinmos  d'aspect  viril.  C'est  ainsi  quf  j'échappai  aux 
grilles  des  inatircs  cliantours.  L'idée  de  lomlier  un  jour  entre  les 
mains  de  la  police  nri  tait  terrible;  toutefois  je  ne  pouvais  pas 
m  einpt'<:lH'r  de  conlinucr  à  satisfaire  mes  penchants. 

Quelques  mois  plus  tard,  je  devins  amoureux  d'un  fonction- 
naire âgé  de  quarante  ans.  Je  lui  restai  fidèle  pendant  un  an.  Nous 
vivions  comme  un  couple  amoureux.  J*étai8  la  femme  et  comme 
telle  dorloté  par  mon  amant.  Un  jour  je  fus  transféré  dans  une 
petite  ville.  Nous  étions  désespérés.  Per  (otam  wyetem  pattremam 
no»  vidstim  oseulaH  et  itmfilexati  suntm. 

AT...,  j^étais  très  malheureux,  malgré  quelques  «  sœurs  »  que 
j*ai  pu  y  rencontrer.  Je  ne  pouvais  pas  oublier  mon  amant.  Pour 
apaiser  le  penchant  grossièrement  sexuel  qui  exigeait  sans  cesse 
satisfaction,  je  choisissais  des  troupiers.  Pour  de  l'argent,  ces 
pens-là  faisaient  tout  ;  mais  ils  restaient  froids  etje  n'avais  aucun 
plaisir  avec  eux.  Je  réussis  A  mo  faire  transférer  de  nouveau  dans 
la  capitale.  Nouvelle  liaison  tramour,  mais  avec  bien  des  jahm- 
sioR,  car  mon  amant  aimait  à  fréquenter  la  compagnie  «  des 
sœurs  »,  il  était  vaniteux  et  coquet.  Il  y  eut  rupture. 

J'étais  inliniment  malheureux,  et  par  suite  très  content  de  ]>iju- 
voir  quitter  de  nouveau  la  capitale  eu  me  faisant  transférer  daus 
une  petite  garnison.  Me  voilà  solitaire  et  inconsolable  à  C...  Je  ûs 
la  leçon  &  deux  troupiers  de  rinfanterie,  mais  le  résultai  fut  aussi 
peu  satisfaisant  qu'autrefois.  Quand  retrouverai-je  le  véritable 
amour  ? 

Je  suis  de  taille  un  peu  au-dessus  de  la  moyenne,  bien  dévelo]^ 
au  physique;  j*ai  Tair  un  peu  fatigué,  c*esl  pour  cela  que,  quand 

je  veux  faire  des  conquêtes,  je  dois  avoir  recours  à  des  artiOces 
de  toilette.  Le  maintien,  les  gestes  et  la  voix  sont  virils.  An 
physique,  je  me  sens  jeune  comme  un  garçon  de  vingt  ans.  J'aime 


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NEURO-PSYCliOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


263 


le  théâtre  et  les  arts  en  général.  Mon  allenlioa  ait  théâtre  se 
porte  surtout  sur  les  actrices  cher,  qui  je  remarque  et  critique 
tout  mouvement  ou  tout  pli  de  leur  rohe. 

Ett  compagnie  d'hommes  je  suis  timide,  embarrussr  :  dans  la 
société  des  gens  di^  mon  esi)èce,  je  suis  d'une  gaieté  folle,  spiri- 
tuel ;  je  puis  être  câlin  coninic  une  chatte  si  l'homme  m'est  sym- 
pathique. Quand  je  suis  sans  amour,  je  tombe  dans  une  mélan- 
colie très  profonde,  mais  qui  sV  vanouil  tout  de  suite  devant  les 
coDsolations  que  m'offre  un  bel  homme.  Du  reste,  je  suis  très 
léger  et  rien  moins  qu'ambitieux.  Mon  grade  dans  Tarmée  ne  me 
dit  rien.  Les  occupations  d*homme  ne  me  sont  pas  agréables.  Ce 
que  j*ajme  le  mieux  faire,  c*est  lire  des  romans,  aller  au  théâ- 
tre, etc.  Je  suis  sensible,  doux,  facile  à  toucher,  aussi  facile  â 
froisser,  nerveux.  Un  bruit  subit  fait  tressaillir  tout  mon  corps, 
et  il  faut  alors  que  je  me  retienne  pour  ne  pas  crier. 

Epicrise,  —  Ce  cas  est  évidemment  un  cas  d'inversion  sexuelle 
acquise,  car  le  sentiment  et  le  penchant  génital  étai<'nt  au  prime 
abord  dirigés  vers  la  femme.  Par  la  maslurl)alion  Sch...  devient 
oeuraslhéniqn»'.  Comnie  phénomène  parlifl  de  la  névrost-  neu- 
rasthénique, il  se  produit  une  diminution  de  la  force  du  centre 
d'érection  et  ainsi  une  impuissance  relative.  Le  sentiment  pour 
l'autre  sexe  se  refroidit  en  même  temps  que  le  libido  sexualis 
continue  à  subsister.  L'inversion  acquise  doit  être  morbide,  car 
le  premier  attouchement  par  une  personne  du  même  sexe  constitue 
déjà  un  charme  adéquat  pour  le  centre  d'érection  de  l'individu 
en  question.  La  perversion  des  sentiments  sexuels  devient  pro- 
noncée. An  début,  Sch...  garde  encore  le  râle  de  l'homme  peu» 
dant  Tacte  sexuel  ;  au  cours  de  ces  pratiques,  ses  sentiments  et 
ses  penchants  sexuels  se  transforment,  comme  c'est  la  règle  chez 
Turaniste  congénital. 

Cette  éviration  fait  désirer  le  rAle  passif  et  plus  fard  la  pédé- 
rastie passive  .  L'éviralion  s'étend  aussi  au  caractère  d»'  l  indivi- 
dualitH  (|ui  devient  féminine.  Sch...  préfère  la  compagiiic  des 
vraies  iemmes  ;  il  prend  de  pins  on  plus  gortt  aux  ot''  nj)ations 
féminines:  il  a  même  recours  an  lard  el  aux  arlilices  de  toilette 
pour  réparer  ses  «  charmes  »>  eu  baisse  et  pour  pouvoir  faire  des 
conquêtes. 

Les  faits  précédents  d'inversion  acquise  et  d'éviration 
trouvent  une  confirmation  très  intéressante  dans  les  faits 
ethnologiques  suivants. 


264 


PSYGHOPATHIÂ  SEXUALIS 


Ddjù  nous  trouvons,  chez  Hérodolo,  la  description  (V\\i\p 
maladie  étrange  dont  les  Scythes  lurent  atteints.  La  maladie 
consistait  en  ce  que  des  hommes,  elTcminés  de  caractère, 
mettftient  des  vêtements  de  femmes,  faisaient  des  travaux  de 
femmes  et  donnaient  à  leur  extérieur  physique  un  cachet 
tout  à  fait  féminin. 

Hérodote  donne  pour  cause  h  cette  folie  des  Scythes,  la 
légende  mythologique  d'après  laquelle  la  déesse  Yénus«  irri- 
téc  du  pillage  de  son  temple  d'Ascalon  parles  Scythes,  aurait 
transformé  on  femmes  les  s.icriir^'^os  et  leurs  descendants  '. 

Ilippocralo  iic  croit  pas  aux  mahidios  surnaturelles;  il 
reconnaît  que  l'impuissance  sexuelle  joue  dans  ce  cas  un  rùle 
intermédiaire,  mais  il  l'explique  par  l'habitude  qu'ont  les 
Scythes  qui,  pour  se  guérir  des  nombreuses  maladies  con- 
tractées dans  leurs  chevauchées  -continuelles,  se  font  faire 
une  saignée  autour  des  oreilles.  Il  croît  que  ces  veines  sont 
très  importantes  pour  la  conservation  de  la  force  génitale  et 
qu'en  les  tranchant  on  amène  Timpuissance.  Comme  les 
Scythes  considéraient  leur  impuissance  comme  une  punition 
du  ciel  et  par  conséquent  inj^ucrissable,  ils  se  mettaient  des 
vôtements  de  femmes,  et  vivaient  connue  femmes  au  milieu 
des  iViiirnes. 

11  est  bien  remarquable  que,  d'après  Klaproth  {Reisein  dtn 
Kaukasus^t  iterlin,  1812,  V,  p.  235)  et  Chotomski,  niAmc 
dans  notre  siècle,  Timpuissance  soit  encore  souvent  chez  les 
Tartares  la  conséquence  de  chevauchées  sur  des  chevaux 
non  sellés.  On  a  observé  le  même  fait  chez  les  Apaches  et 
Navajos  du  continent  américain,  qui  ne  vont  presque  jamais 
à  pied,  font  des  excès  de  cheval,  et  sont  remarquables  par 
leur  parties  génitales  minuscules,  leur  libido  et  leur  puis- 

1.  Comparez  Spreugel  :  Apologie  des  Uippokrales,  Leipzig,  iT^î,  p.  611; 
Kriedreicb,  Liter&rQnehiehte  der  p»ifeh.  XronlrAeflen,  1S30,  I,  p.  M;  Ulle- 
nnn<!.  Des  pci  trs  séminales,  Pnris,  183fi,  1,  p.  58;  Nyslcn,  Diclionn.  de  Méde- 
cine, H"  édil.,  l'aris,  1858;  (art.  ÈoitxitioHet  Maladie  des  Scythes);  Marandoo» 
De  ta  maladie  dn  Sei/lhes  (Annal,  medico-psychol.,  1817,  mars,  p.  161);  Ham* 
mond,  American  Journal  of  Neurotogy  and  Pepehiatry,  1882,  Augnat, 


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N£URO-PSYCHOPA TUOLOGIE  GÉNÉRALE 


sance  très  restreints.  Déjà  Sprengel,  Lallcmand  et  Nysten 
savaient  que  des  chevauchées  excessives  peuvent  6tre  nui- 
sibles aux  organes  génitaux. 

Des  faits  analogues  et  fort  intéressants  sont  rapportes  par 
Ha  m  moud  à  propos  des  Indiens  de  Pueblo  dans  le  nouveau 
Mexique. 

Ces  descendants  des  Aztèques  élèvent  des  soi-disant  muje^ 
rrrdos  ;  il  en  faut  au  moins  un  pour  chaque  tribut  de  Pueblo, 
afin  qu'il  puisse  servir  aux  cérémonies  religieuses,  de  vraies 
orgies  de  printemps,  dans  lesquelles  la  pédérastie  joue  un 
rtle  considérable. 

Pour  élever  un  mujerado,  on  choisit  un  homme  vigoureux 
autant  que  possible,  on  le  masturbe  avec  excès  et  on  lui  fait 
faire  sans  cesse  des  courses  à  cheval.  Peu  à  peu  il  se  déve* 
loppe  chez  lui  une  telle  faiblesse  d  irritation  des  parties 
génitâks.  que,  pondant  qu'il  est  à  cheval,  il  se  produit  des 
écoulements  séminaux  en  abondance.  Cet  étal  d'irritation 
linil  par  amener  une  impui  ^nnce  paralytique.  Alors  le  pénis 
elles  testicules  s'atrophient,  les  poils  de  la  barbe  tombent, 
la  voix  perd  son  ampleur  et  son  accent  mflle,  la^  force  phy- 
sique et  Ténergie  baissent. 

Le  caractère  et  les  penchants  deviennent  féminins.  Le 
mujerado  perd  sa  situation  d*homme  dans  la  société,  il  prend 
des  allures  et  des  mœurs  féminines,  recherche  la  compagnie 
des  femmes.  Toutefois  on  reslimc  pour  des  motifs  religieux. 
Il  est  probable  que,  en  deliors  des  frles  aussi,  il  sert  aux 
goiils  pédérastes  des  uotubies  de  la  lnl)U. 

Uammond  a  eu  l'occasion  d'examiner  deux  mujerados. 
L'un  Tétait  devenu,  sept  ans  auparavant,  alors  qu'il  avait 
trente-cinq  ans.  Jusqu^à  cette  époque  il  avait  été  tout  à  fait 
viril  et  puissant.  Peu  à  peu  il  constata  une  atrophie  des  testi- 
cules et  du  pénis.  £n  même  temps  il  perdait  le  libido  et  la 
faculté  d'érection.  Dans  ses  vêtements  et  son  maintien  il  ne 
différait  point  des  femmes  parmi  lesquelles  Hammond  Ta 
rencontré. 


m 


PSYCUOPATUU  SEXUAUS 


Les  poils  des  parties  génitales  manquaient,  le  pénis  étaii 
atrophié,  le  scrotum  flasque,  pendant,  les  testicules  tout  à 
fait  atrophiés  et  à  peine  sensibles  à  une  pression  quelconque. 

Le  mujerado  avait  do  grosses  mamelles  comme  une  femme 
enceinte  et  affirma  qu'il  avait  di^à  aliuilé  plusieurs  enfanta 
dont  la  mère  étail  morte. 

L'n  deuxième  mujerado  i\^6  de  trente  ans,  et  étant  depuis 
dix  ans  dans  cet  état,  présentait  les  mêmes  phénomènes; 
cependant  ses  mamelles  étaient  moins  développées.  Gomme 
celle  de  Tautre,  sa  voix  était  d'un  ton  élevé,  grMe,  le  corps 
était  riche  en  tissu  adipeux. 

TMaiime  degré.  Transition  vers  la  aetamorplioeis 
sexnaliB  paraaoioa. 

On  arrive  à  un  second  degré  de  développement  dans  les 
cas  où  les  sensations  physiques  se  transforment  aussi  dans  le 
sens  d*une  iranmuiaiio  sexus. 

L*observation  suivante  est,  à  ce  sujet,  un  cas  véritablement 

unique. 

UuSKBVATlON  W».  —  A  II  t  oliif  »'jTn  ph  ie.  —  Né  en  lîonpric,  vn  1884, 
je  fus,  pen(tant  dv  lon^aies  .intiers,  1  unique  enfant  do  mes  parents» 
mes  sœur  s  et  fièn  s  étaiil  tnoi  ls  de  fait^lcsse;  ce  n'est  que  lardive- 
meiil  qu  au  Irèrc  \iiiLau  monde,  frère  (|ui  vt-cul. 

Je  descends  d'une  famille  dans  laquelle  lus  maladies  psychiques 
et  nerveuses  étaient  très  fréquentes.  Etant  petit  enfant,  j  étais, 
comme  on  me  rassure,  très  joli,  avec  des  cheveux  blonds  t>ou- 
clés  et  une  peau  transparente  ;  j'étais  très  docile,  tranquille,  mo- 
deste ;  on  pouvait  me  mettre  dans  n'importe  quelle  société  de 
dames  sans  que  je  gène. 

Doué  d'une  imagination  très  vive,  —  mon  ennemie  de  toute  ma 
vie,  —  mes  talents  se  sont  très  rapidement  développés.  A  l'âge  de 
quatre  ans,  je  savais  lire  et  écrire;  mes  souvenirs  remontent  jus- 
qu'à l'âge  de  trois  ans.  Je  jouais  avec  tout  ce  qui  me  tombait  entre 
les  main«,  soldais  de  ploiiilî  r.iilloux  et  rubans  pris  dans  un  ma- 
gasin d'articles  d'enlanls.  Si  ul  un  appareil  pour  couper  du  bois, 
douL  on  m  avail  lait  cadeau,  ne  me  plaisait  pas.  Je  n'en  voulais 
pas.  J  aimais,  par  dessus  tout,  rester  à  la  maison  prés  de  ma 


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iNEUHO-PSYCHOPATHOLOGIE  (iÉiNÉRALE 


267 


mère  qui  était  tout  pour  moi.  J'avais  deux  ou  trois  amis  avec  les- 
queis  J*élai8  assez  bien,  mais  j'aimais  autant  rester  avec  les 
sœurs  de  ces  amis  qui  me  traitaient  toi^ours  en  iille,ce  qui  ne  me 
gênait  nuliemeul. 

JYtaîsen  très  bonne  voie  pour  devenir  tout  à  fait  unr  Rîle,  car  je 
me  rappelle  encore  très  bien  que  souvent  on  me  disait  :  *•  Cela  ne 
convient  pas  à  un  gaieon  ».  Sur  ce,  je  in  eiroreais  de  faire  le  gar- 
çon, j'iuiitais  tous  mes  camarades  et  je  chereiiais  uièine  h  les  sur- 
passer en  impétuosité,  ce  qui  me  réussissait;  il  n'y  avait  pour  moi 
ni  arbre,  ni  bàlimenl  assez  haut  pourne  pas  grimper  dessus.  J'ai- 
mais beaucoup  à  juuer  avec  des  soldats  en  plomb,  j'évitais  les 
filles,  puisque  je  ne  devais  pas  jouer  avec  leurs  juujous  et  parée 
que,  au  fond,j*étais  froissé  de  ce  qu^elles  me  traitaient  comme 
leur  semblable. 

Dans  la  compagnie  des  gens  adultes  je  restais  toujours  modeste 
et  j^étaîs  bien  vu.  Souvent  j^étais  dans  la  nuit  tourmenté  par  des 
rêves  Tantastiques  de  bètes  féroces,  rêves  qui  me  chassèrent  une 
fois  de  mon  lit  sans  que  je  me  réveille.  On  m'habillait  toujours 
simplementi  mais  très  coquettement,  et  ainsi  j'ai  pris  goût  à  être 
bien  mis.  Ce  qui  me  paraît  curieux,  c'est  que,  même  avant  d'en- 
trer l'école,  j  avais  un  penehanl  pour  les  gants  de  feinnif.  i'[  en 
secret  j'en  mettais  toutes  les  lois  que  lOccasion  se  prcsculait. 
Aussi  je  protestai  vivement  un  jour,  parce  cjue  nia  mère  avait 
fait  cadeau  de  ses  gants  à  quelqu'un  ;  je  lui  dis  :  .)  aurais  pré- 
féré les  garder  pour  moi-même.  »  On  me  railla  beaucoup,  et  i\ 
partir  de  ce  moment  je  me  gardai  bien  soigneusement  de  faire 
voir  ma  prédilection  pour  les  gants  de  femme. 

Et  pourtant  ils  faisaient  ma  joie.  J'avais  surtout  un  grand  plai- 
sir en  voyant  des  toilettes  de  mascarade,  c^estrà-dire  des  masques 
féminins;  quand j*en  voyais,  j*enviais  la  porteuse  de  ce  déguise- 
ment; je  ftisravi  de  voir  un  jour  deux  messieurs  superbement 
déguisés  en  dames  blanches  avec  de  très  beaux  masques 
de  femmes  ;  et  pourtant,  pour  rien  au  monde,  je  ne  me  serais 
montré  déguisé  en  tille,  lanl  était  grande  ma  crainte  d'être  tourné 
en  ridicule.  A  l'école,  je  faisais  preuve  de  la  plus  grande  njtplica- 
tion,  j'étais  toujours  au  premier  rang:  mes  parents  m'«ml,  dès 
mon  enfance,  appris  que  le  (le\  oir  passe  avant  tout,  et  ils  m'en  ont 
donné  l'exemple  ;  du  reste  aller  eu  classe  m'était  un  plaisir,  car 
les  instituteurs  étaient  doux  et  les  plus  grands  élèves  ne  tour- 
mentaient pas  les  petits.  Un  jour  nous  quittâmes  ma  première 
patrie,  car  mon  père,  à  cause  de  ses  occupations,  fut  obligé  de  se 


m  PSVCIiOPATHIA  SeXLALlS 

séparer  pour  un  an  de  sa  famille  ;  noua  allftmes  nous  fixer  en 
Allemagne.  Danâ  ce  pays  r^ait  une  morgue  brutale  chez  les 
insttluteurs  et  aussi  chez  les  élôves  ;  je  fus  de  nouveau  raillé  à 
cause  de  mes  manières  de  pclite  fille. 

Mes  condisciples  allèrent  jusqu*&  donner  mon  nom  à  une  fille 
dont  les  trails  ressemblaient  aux  miens  et  me  donner  le  sien 
en  échange,  de  sorte  que  je  pris  en  haine  celte  fille  pour  laquelle 
j'ai  eu  (le  rainitié  phis  lard,  quand  elle  fut  mariée.  .Ma  mère 
continuait  à  m'habiller  coquettement,  et  cela  me  déplaisait  à 
cause  des  railleries  que  m'attirait  ma  mise.  Je  fus  content  le  jour 
où  je  pus  ciiliu  mettre  de  vrais  paiilaloiis  et  des  vestons,  comme 
les  hommes.  Mais  ce  changement  de  mise  amena  de  nouvelles 
peines.  Les  vêtements  me  gênaient  aux  parties  génitales,  surtout 
si  le  drap  était  un  peu  grossier,  et  Tattouchement  du  tailleur, 
lorsqu'il  me  prenait  la  mesure,  m*étail  insupportable,  à  cause 
du  chatouillement  qui  me  faisait  frissonner,  surtout  quand  il 
touchait  à  mes  parties  génitales* 

Or,  je  devais  faire  de  la  gymnastique  et  je  ne  pouvais  pas  exé^ 
culer  tous  les  exercices,  ou  je  faisais  mal  les  exercices  que  les 
filles  ne  peuvent  non  plus  exécuter  avec  facilité.  Quand  il  fallait 
se  baigner,  j'étais  gêné  par  la  pudeur  au  moment  de  me  désha- 
biller; cependant  j'aimais  à  prendre  un  bain;  jusqu'à  l'âge  de 
doir/c  ans  j'eus  une  grande  f  iihlcsso  des  reins.  Je  n'appris  à 
na^M:'r  (jue  tard,  mais  en«nile  j  arrivai  à  devenir  un  bon  nageur, 
de  sorte  (jue  je  pouvais  faire  des  tours  de  force.  A  rî\ge  de  treize 
ans,  j  avais  des  poils,  j'avais  environ  si\  ])ii'ds  de  Lailii\  mais  ma 
figure  resta  féminine  jusqa  ù  i  âge  du  dix-liuil  ans,  lorsque  la 
barbe  commença  à  me  pousser  fortement  ;  je  fus  enfin  assuré  de 
ne  plus  ressembler  à  une  femme.  Une  hernie  inguinale,  contractée 
à  Tàge  de  douze  ans  et  guérie  à  Tftge  de  vingt  ans,  me  gênait 
beaucoup,  surtout  quand  je  faisais  de  la  gymnastique. 

A  partir  de  Tàge  de  douze  ans,  lorsque  je  restais  longtemps 
assis  et  surtout  lorsque  je  travaillais  la  nuit,  il  me  venait 
une  démangeaison,  une  brûlure,  un  tressaHleœent  allant  du 
pénis  jusqu'au  delà  du  sacrum,  ce  qui  rendait  difficile  la  station 
assise  ou  debout,  chose  qui  s'accentuait  quand  j'avais  chaud  ou 
froid.  Mais  j'étais  loin  de  me  douter  que  cela  pouvait  avoir  quel- 
que rapport  avec  mes  parties  génitales.  Comme  aucun  de  mes 
amis  n'en  souffrait,  cela  me  parut  tout  à  fait  étrange,  et  il  me 
fallut  toute  ma  patience  pour  supporter  ce  malaise,  d'autant  plus 
que  les  intestins  me  faisaient  souvent  souffrir. 


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NECUO-PSÏCUUPATUOLOGIË  GÉNÉRALE 


269 


J*étais  encore  tout  à  fait  ignorant  m  texuaHbus;  mais  à  Tàge 
de  douze  à  treize  ans  j^eiis  le  sentiment  bien  prononcé  que  je 
préférais  ôtre  femme.  G^est  leur  corps  qui  me  plaisait  le  plus, 
leur  altitude  tranquille,  leur  décence;  leurs  vêtements  surtout 
me  convenaient.  Mais  je  me  gardais  bien  d*en  laisser  transpirer 
un  mot.  Je  sais  toutefois  pertinemmrnt  qu'&  cette  époque,  je 
n'aurais  pas  craint  le  couteau  du  châlrcur  pour  atteindre  mon 
hul.  S'il  m'pût  fallu  dii*e  pourqurù  j'nurnis  préfV'n'»  ô trf  habillé  en 
femme,  je  n'aurais  pu  dire  autre  ciioso  que  c'i-lait  une  force 
impulsive  qui  m'attirait;  peut-Atre  en  élais-je  venu,  à  cause  de  la 
douceur  i)eu  fréquente  de  ma  peau,  A  me  figurer  qu<«  j'étais  une 
fille.  Ma  peau  était  surtout  très  sensible  à  lu  figure  et  aux  mains. 

J'tlaiï.  Ucs  bien  vu  chex  les  tilles;  bien  que  j'eusse  préféré  être 
toujours  avec  elles,  je  les  raiilais  quand  je  pouvais  :  j'ai  dù  exa- 
gérer pour  ne  pas  paraître  efféminé  moi-même;  mais  au  fond  de 
mon  cœur,  j'enviais  leur  sort.  Mon  envie  était  grande  surtout 
quand  une  amie  portait  une  robe  longue,  et  allait  gantée  et  voilée» 
A  l'âge  de  quinze  ans,  je  fis  un  voyage  ;  une  jeune  dame  chez 
laquelle  j^élais  logé  me  proposa  de  me  déguiser  en  femme  et  de 
sortir  avec  elle;  comme  elle  n^était  pas  seule,  je  n'acceptai  pas 
sa  proposition,  bien  que  j*en  eusse  grande  envie. 

Voilà  combien  peu  de  cas  on  faisait  de  moi.  Dans  ce  voyage  je 
vis  avec  plaisir  que  les  garçons  d'une  ville  portaient  des  blouses 
à  manches  courtes  qui  laissaient  voir  leurs  bras  nus.  Une  dame 
bien  attiffée  me  semblait  une  déesse;  si  de  sa  mnin  'j  Mitéo  elle 
me  Louchait,  j'étais  heureux  et  jaloux  ;\  la  fois,  tant  j  auiais  aimé 
•-■(re;\  sa  place,  revêtu  de  sa  belle  tuilelle.  Pourtant  je  faisais  mes 
études  avec  beaui  ou  j)  d'application  ;  eu  neuf  ans,  je  luisais  mes 
classes  d'école  royale  et  de  Lycée,  je  passai  uu  bon  exameu  de 
baccalauréat.  Je  me  rappelle,  ù  1  âge  de  quinze  ans,  avoir  exprimé 
pour  la  première  fois  à  un  ami  le  désir  d*étre  fille;  comme  il  me 
demandait  pour  (juulle  raison  j'avais  ce  désir,  je  ne  sus  lui  répon- 
dre. A  TAge  de  dix-sept  ans,  je  tombai  dans  une  société  de  gens 
dissolus;  je  buvais  de  la  bière,  je  fumais,  j'essayais  de  plaisan- 
ter avec  des  filles  de  brasserie  ;  celles-ci  aimaient  à  causer  avec 
moi,  mais  elles  me  traitaient  comme  si  j'avais  porté  aussi  des 
jupons.  Je  ne  pouvais  pas  fréquenter  le  cours  de  danse;  aussitôt 
cDtré  dans  la  salle,  j'avais  une  impulsion  qui  m'en  faisait  partir. 
\h!  ci  j*avnis  pu  y  aller  déguisé,  r'cAi  été  autre  chose!  J'aimais 
tendrement  mes  amis,  mais  j'en  baissais  un  ijui  m'avait  poussé  à 
l'onanisme.  Jour  de  malheur,  qui  m'a  porté  préjudice  toute  ma 


270  PSYCHOPATHCA  SEXUAtJS 

vie!  Je  pratiquais  l'onanisme  assez  fréquemment:  et  pendant  cet 
acte,  je  me  ligiirais  être  \\n  homme  dédoublé;  je  ne  puis  pns  vous 
décrire  sentiment  que  j'éprouvais,  je  efots qu'il  était  viril,  mais 
mélange^  de  sensations  féminines. 

Je  ne  pouvais  m'approcher  (i  une  tille;  je  craignais  les  lilles  et 
pourtant  elles  np  m'étaient  point  étrangères:  mais  elles  m'en 
imposaient  plus  que  les  hommesj  je  les  enviais  ;  j'aurais  reuoûcé 
à  toutes  les  joies,  si,  après  la  elasse,  j'avais  pu,  rentré  Chex  moit 
être  fille,  el  surtout  si  j'avais  pu  sortir  comme  telle;  la  crinolinet 
des  gants  serrés  :  tel  était  mon  idéal. 

Chaque  fois  que  je  voyais  une  toilette  de  dame,  je  me  figurais 
comment  je  serais  si  j'en  étais  revêtu;  je  n'avais  pas  de  désirs 
pour  les  hommes. 

Je  nie  pa|)pelle,  il  est  vrai,  d'avoir  été  attaché  avec  assez  de 
tendresse  à  un  très  bel  ami,  à  figure  de  fille,  avec  des  boucles 
noires,  mais  je  croîs  n'avoir  eu  que  le  désir  de  nous  voir  filles 
tous  les  deux. 

flinnl  éludiani  i\  rUniversili»,  je  parvins  une  fuis  à  faire  le 
coil  ;  hoc  inodo  sensi,  in<i  Ithfniius  sub  puoUa  concubuisse  et  peneni 
vieu)n  CHui  rii/iJin  inuialum  ma  laisse.  La  lille,  à  son  grand  étonne- 
meul,  dut  m»'  liuiler  eu  fille,  ce  qu'elle  fit  volontiers;  elle  me 
traita  comme  si  j'avais  eu  à  remplir  son  rôle.  Elle  était  encore 
assez  naïve  et  ne  me  ridicalisa  pas  pour  cela. 

Ëtant  étudiant,  j'étais  par  moments  sauvage,  mais  je  sentais 
bien  que  j'avais  pris  cet  air  sauvage  pour  masquer  et  déguiser 
mon  vrai  caractère;  je  buvais,  je  me  i>attais,  mais  je  ne  pouvais 
toujours  pas  fréquenter  la  leçon  de  danse,  craignant  de  me 
trahir.  Mes  amitiés  étaient  intimes,  mais  sans  arrière-pensées; 
ce  qui  me  causait  la  plus  grande  joie,  c'était  quand  un  ami  se 
déguisait  en  femme,  OU  quand  je  pouvais,  dans  un  bal,  examiner 
les  toilettes  des  dames;  je  mV  connaissais  très  bien,  et  je  com- 
mençais ii  me  sentir  de  plus  en  plii«;  femme. 

A  rause  de  cette  silu  tti  ui  maUieurcuse,  je  fis  deux  tentatives 
de  suicide;  je  suis  reste  une  lois  sans  raison  pendant  (|iiiiize 
jours  sans  sommeil;  j'avais  alors  beaucoup  d'iiallueitialions 
visuelles  et  auditives  à  la  (ois;  je  parlais  avec  les  morts  el  les 
vivants,  ce  qui  m'arrive  encore  aujourd'hui. 

J  avais  une  amie  qui  connaissait  mes  piélérences  ;  elle  mettait 
souvent  mes  gants,  mais  elle  aussi  me  considérait  comme  si 
j'étais  une  fille.  Ainsi  j'arrivais  à  mieux  comprendre  les  femmes 
qu*aucun  autre  homme;  mais  du  moment  que  les  femmes  s'en 


V 


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NËURO-PSÏCHOPATHOLOGiË  GÉNÉRALE 


S7t 


apercevaient,  elles  me  traitaient  aussitôt  more  /eminonim,  comme 
si  elles  n'avaient  rencontré  en  moi  qa''ttne  nouvelle  amie.  Je  ne 
poavais  plus  supporter  du  tout  qu'on  tint  des  propos  pornogra* 
phiques  devant  moi,  et,  quand  je  le  faisais  moi-même,  ce  n'était 
que  par  fanfaronnade.  Je  surmontai  bientôt  le  dégoût  que  j*avai8, 
aa  début  de  mes  études  médicales,  pour  le  sang  et  les  mauvaises 
odeurs,  mais  il  y  avait  des  choses  que  je  ne  pouvais  regarder 
san«5  horreur.  Ce  qui  me  manquait,  c'osl  que  je  ne  pouvais 
voir  c  lair  clans  mon  âme;  je  savais  (jue  j'avais  des  penchants 
lémiiiiiis,  cl  je  croyais  pourtant  êlre  un  homme.  Mais  je  doute 
quVn  dehors  de  mes  tentatives  de  coït,  qui  ne  m'ont  jamais  fait 
plaisir  fer»  qiïe  j'attribue  à  l'onanisme),  j'aie  jamais  adiinré  une 
femme  sans  avoir  senti  le  dùsiv  d'être  femme  moi-même  ou  sans 
me  demander  si  je  voudrais  Télre,  si  je  voudrais  paraître  dans 
sa  toilette.  J*ai  toujours  eu  — aiyourd'hui  encore  —  un  sentiment 
de  frayeur  à. surmonter  pour  Tart  d^accoucher,  qu'il  m'était  très  dif- 
ficile d'apprendre  —  (j'avais  honte  pour  ces  filles  étalées,  et  je  les 
plaignais).  Ce  qui  plus  est«  il  me  semblait  quelquefois  sentir  avec 
la  malade  les  tractions.  Je  fus  dans  plusieurs  endroits  employé 
avec  succès  comme  médecin;  j'ai  pris  part  h.  iino  campagne 
comme  médecin  volontaire.  Il  m'était  difficile  de  faire  des  courses 
à  cheval;  l'art  équestre  m'était  tlôj;\  jx'niMo  lorsque  j'étais  encore 
étudiant,  car  les  parties  génitales  me  transmettaient  des  sensa- 
tions féminines  (monter  i\  cheval  à.  la  mode  des  femmes  m'eût 
été  peut-être  plus  facile'. 

Je  croyais  toujours  être  un  lioiame  aux  senlinienls  obscurs; 
quand  je  me  trouvais  avec  des  femmes,  j'iMais  toujours  traité 
cuiiiine  une  femme  déguisée  en  militaire.  Quand,  pour  lu  première 
fois,  j'endossai  mon  uniforme,  j'aurais  préféré  m'atTubler  d'un 
costume  de  femme  et  d'un  voile.  Je  me  sentais  troublé  toutes  les 
fois  qu'on  regardait  ma  taille  imposante  et  ma  tenue  militaire. 
Dans  la  clientèle  privée,  j'eus  beaucoup  de  succès,  dans  les  trois 
branches  principales  de  la  science  médicale;  je  pris  ensuite  part 
k  une  seconde  <»mpl^gQe.  Là  mon  naturel  me  servît  beaucoup, 
car  je  crois  que,  depuis  le  premier  àne  qui  ait  vu  le  jour,  aucun 
animal  gris  n'eut  autant  d'épreuves  de  patience  à  traverser  que 
mui.  Les  décorations  ne  manquèrent  point;  mais  elles  me  lais- 
saient absolument  froid. 

Ainsi  je  gagnais  mavio  aussi  bien  que  je  pouvais;  mais  je  n'étais 
jamais  content  de  moi;  j'étais  pri-'  souvent  entre  la  seulimeiilalité 
et  la  sauvagerie,  mais  celte  dernière  n'était  que  pure  atleclatioa. 


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272 


PSl'CHOPATHIA  5EXUAL1S 


Je  me  trouvai  dans  une  situation  bien  étrange,  quand  je  fus 
fiancé.  J'aurais  préféré  ne  priîs  me  mnrier  du  tout,  mais  (tes  affaires 
de  famille  et  les  intérêts  de  ma  pror'"^-io!i  médicale  m'y  forcè- 
rent. J'épousai  une  femme  aimable  i-l  énergique,  sortie  d'nne 
famille  où,  de  tout  temps,  les  femmes  avaient  porté  la  cu!oltf>. 
J'étais  amoureux  d'elle,  autant  qu'un  homme  comme  moi  pouutil 
l'être,  car  ce  que  j'aime,  je  laiaie  de  tout  mou  cœur  et  je  me  livre 
entièrement,  bien  que  Je  ne  paraisse  pas  aussi  pétulant  qu*aa 
homme  complet  ;  j'aimais  mallancée  avec  touterardeur  fémiaine, 
presque  comme  on  aime  son  fiancé.  Seulement  je  ne  m''avouai  pas 
ce  caractère  de  mes  sentiments,  car  je  croyais  toujours  être  un 
homme,  très  déprimé  il  est  vrai,  mais  qui,  par  le  mariage,  finirait 
pac  se  remettre  et  par  se  retrouver.  Dés  la  nuit  nuptiale  je  sentb 
que  je  ne  fonctionnais  ({ue  comme  une  femme  douée  d'une  con- 
formation masculine;  suà  femina  locum  meum  esse  mihi  visum  est. 
Nous  vécûmes  ensemble  contents  et  heureux  et  restâmes  pendant 
([uelques  années  sans  enfants.  Après  une  grossesse  pleine  dr 
malai^-es,  pendant  laquelle  j'étais  dans  un  pays  ennemi,  en  face 
de  la  mort,  ma  femme,  dans  un  nccouchement  diffîcile,  mil  au 
monde  un  petit  garçon  (|ui,  jusqu'à  aujourd'hui,  a  gardé  un  natu- 
rel mélancolique  et  (jui  est  toujours  d'humeur  triste;  il  eu  viul  ua 
second  qui  est  très  calme,  un  troisième  très  espiègle,  un  qua- 
trième, un  cinquième;  mais  tous  ont  déjà  des  dispositions  à  la 
neurasthénie.  Comme  je  ne  pouvais  jamais  rester  en  place,  je  fré* 
quentais  heaucoup  les  compagnies  gaies,  mais  je  travaillais  ton* 
jours  de  toutes  mes  forces  ;  j'étudiais,  je  faisais  des  opérations 
chirurgicales,  des  expériences  sur  les  remèdes  et  les  méthodes  de 
traitement,  j'expérimentais  aussi  sur  mon  propre  corps.  Je  laissai 
à  ma  femme  le  gouvernement  du  ménage,  car  elle  s'entendait 
très  Iden  ;\  diriger  la  maison.  J'accomplissais  mes  devoirs  conju- 
gaux aussi  bien  (jiie  je  le  pouvais,  mais  sans  en  éprouver  aucune 
satisfaction.  Dès  le  premier  coit  et  môme  aujourd'hui,  la  position 
de  l'homme  pendaul  l'acte  me  répugne,  et  il  m'a  été  diflicile  de 
m'y  conformer.  J'aurais  de  beaucoup  préféré  l'autre  rôle.  Quand 
je  devais  accoucher  ma  femme,  cela  me  fendait  toujours  le  cœur, 
car  je  savais  trop  hien  comprendre  ses  douleurs.  Nous  vécûmes 
longtemps  ensemble  jusqu'à  ce  qu'un  grave  accès  de  goutte  me 
força  à  aller  dans  plusieurs  stations  thermales  et  me  rendit  neuras- 
thénique. En  même  temps  je  devins  tellement  anémique,  que  j*étais 
obligé,  tous  les  deux  mois,  de  prendre  du  fer  pendant  quelque 
temps,  autrement  j'aurais  été  chlorolique  ou  hystérique  ou  tous 


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XEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  (iÉiNÉRALE 


873 


les  deux  à  la  fois.  La  slénocardie  me  tourmcnlait  souvent  ;  alors 
j*avais  des  crampes  semî-latérales  au  menton,  au  nez,  au  cou,  à 
la  gorge,  de  rhémicranie,  des  crampes  du  diaphragme  et  des 
muscles  de  la  poitrine;  pendant  trois  ans  environ,  je  sentis  ma 
prostate  comme  grossie,  avec  sensatioft  d'expulsion,  comme  si 
j'avais  dil  accoucher  de  quelque  chose,  des  douleurs  dans  les 
reins,  des  douleurs  permanenles  au  sacrum,  etc.;  mais  je  me 
défendais  avec  la  rage  du  désespoir  contre  ces  malaises  féminins 
ou  qui  me  paraissaient  fr'>mimn<;,  lorsque,  il  y  a  trois  ans,  un 
accès  d'arllirilis  m*a  complèlement  In-isé. 

Avant  que  ce  Icrrihlê  accAf»  de  goutte  eiM  lifu.  j'avais,  dans 
mon  (ît'-t'spoir  et  pour  la  combattre,  pris  des  bains  cliands  autan! 
que  poM>iijle  il  la  tcmperaltuo  du  corps.  Il  arriva  alors  un  jour 
que  je  iiw  SLiilis  tout  à  coup  chan^é  et  pn>s  de  la  mort;  jt,'  sautai 
hors  du  bassin  d'un  dernier  effort,  niais  je  m'étais  senti  l'enime 
avec  des  désirs  dé  femme.  Ensuite  quand  Vextrait  de  cannabis 
indiea  fut  mis  en  usage  et  fut  même  vanté,  j'en  pris,  contre  un 
accès  de  goutle  et  aussi  contre  mon  indilTérence  pour  la  vie,  une 
dose  peut-être  trois  ou  quatre  fois  plus  forte  que  celle  d*usage; 
j*eus  alors  un  empoisonnement  par  le  haschisch  qui  m*a  presque 
coûté  la  vie.  Il  se  produisit  des  accès  de  rire,  un  sentiment  de 
forces  physiques  et  de  vitesse  extraordinaires,  une  sensation 
étrange  dans  le  cerveau  et  les  yeux  :  des  milliers  d'étincelles,  un 
Iremblernont  ;  jo  j^onlais  mon  c<»rv<''Hi  à  lrav<*rs  l:i  poan;  jo  pouvais 
encore  arriver  à  parler;  tout  «l  iiu  coup  je  me  vis  femme  du  l)oul 
des  pi»^ds  jHsqM'î\  la  poilrin»':  je  sentis,  comnio  auparavant  dans 
le  bain,  que  nies  parties  génitales  s'étaieat  relii  <M  s  dans  l'inté- 
rieur de  mon  corps,  que  mon  bassin  s'élargissait,  que  les  ma- 
melles poussaient  sur  ma  poitrine,  et  une  volupté  indicible 
s'empara  de  moi.  Je  fermai  alors  Jes  yeux  pour  ne  pas  voir  chan- 
ger ma  figure.  Mon  médecin,  pendant  ce  temps,  me  semblait 
avoir,  au  lieu  d*une  tète,  une  énorme  pomme  de  terre  entre  les 
épaules,  et  ma  femme,  une  pleine  lune  en  guise  de  tète.  Et  pour- 
tant, quand  its  eurent  tous  les  deux  quitté  la  chambre,  j'eus 
encore  la  force  d'inscrire  ma  dernière  vol<^t<^  sur  mon  calepin. 

Mais  qui  dépeindra  ma  terreur  quand,  le  lendemain  matin,  je 
me  réveillai  en  me  sentant  tout  à  fait  transformé  en  femme,  en 
m'apercevant,  lorsque  je  marchais  ou  que  j'étais  debout,  que 
j'avais  une  vulve  et  des  seins. 

En  sortant  du  lit,  je  sentis  que  toute  une  métamorphose  s'était 
produite  en  moi.  Déjà,  pendant  ma  maladie,  quelqu'un  ({ui  était 

MTCBOPATBM  MXVAUS.  18 


274 


PSYCHOPATHIA  SEXL  ALIS 


Tenu  nous  voir  avait  dit  :  «  Pour  un  homme  il  est  bien  patient.  » 
Ce  visiteur  me  Ht  cadeau  d'un  pot  de  roses,  ce  qui  mVlonna  et  me 
fltpourlanl  plaisir.  A  partir  de  ce  moment  je  fus  patient,  je  ne 
voulais  plus  rien  enlever  d'assaut  ;  mais  je  devins  tenace  et  têtu 
comme  un  chat,  en  même  tomps  doux,  conciliant,  pas  vindicatif; 
en  nn  mol,  j'étais  devenu  Ii  iiHiii'  do  caractère.  Pendant  ma  der- 
ni'Té  maladif  j>n«s  heniirnu|i  d  liallii('inuli(>n«  de  la  vue  et  tle 
l'ouïe,  je  parl;ii>  avec  niorU,  l'tc;  je  voyai.s  el  j  cutendnis  1rs 
sptf  itm  fa)jtiliarcs  ;  iiïii  cvoydi^  un  ùlre  double  :  sur  iiiuii  grabat 
je  ne  m'apercevais  pas  encore  que  l'homme  en  moi  était  mort.  Le 
changement  de  mon  humeur  fût  une  chance  pour  moi,  car  ua 
revers  de  fortune  me  fra[>pu  alors,  revers  qui,  dans  d'autres  con- 
ditions, m'aurait  donné  la  mort,  mais  que  J'acceptai  alors  avec 
résignation,  au  point  que  je  ne  me  reconnaissais  plus  moi-même. 
Comme  je  confondais  encore  assez  souvent  avecla  goutte  les  phé* 
nomènes  de  la  neurasthénie,  je  prenais  beaucoup  de  bains  jus- 
qu'à ce  qu'une  dématii:  nî^on  de  la  peau,  comme  si  j  avais  la 
gàle,  se  développAl  <'i  la  suite  de  ces  bains  qui  auraient  dû  l'allé- 
nuer;  je  renonçait  toute  In  tlierapeulique  externe  —  j'étais  de 
plus  en  plus  anémié  par  les  l):iins).  Je  commenrai  à  m'f^ntraînfT 
autant  que  je  pouvais.  Mais  Tidro  obsédante  (jue  j'dais  f-Miniie. 
subsistait  «'I  devint  toilu  jju'aiijourd'hui  je  ne  porte  «jut;  le 
masque  d  un  homme;  pour  le  reste,  je  me  sens  femme  à  tous  les 
points  de  vue  et  dans  toutes  mes  parties  ;  pour  le  moment,  j  ai 
même  perdu  le  souvenir  de  Pancien  temps. 

Ce  que  la  goutte  avait  laissé  intact  fui  achevé  complètement 
par  rinfluenza. 

Etat  présent.  —  Je  suis  grand;  cheveux  très  clairsemés; 
ma  barbe  commence  à  grisonner;  mon  maintien  commence  à 
être  courl>é;  depuis  Vinfluenza,  j'ai  perdu  environ  un  quart 
de  ma  force  physique.  La  figure  a  un  peu  rougi  par  suite  de 
troubles  circulatoires;  je  porte  ma  barlrâ  entière;  conjonctivile 
chronique  ;  plutôt  musculeux  que  gras;  au  pied  gauche  appa- 
raissent des  veines  variqueuses,  il  s'engourdit  souvent,  n'est 
pas  encore  enûé  d'une  manière  perceptible,  mais  parait  devoir  le 

devenir. 

Le  ventre  a  la  forme  d'un  vt'ulrc  li  tninin,  lesjarnl»ps  ont  la  posi- 
tion qu*fd!e<  ont  riiez  les  feiinnc-,  les  njoUels  sont  CDunne  chez 
ces  dcniii  ri  <  :  il  on  est  de  même  dos  bras  et  des  uuiin<.  Jt^  i>eux 
porter  de.>  Las  de  leniuicà  cl  des  gunls  1  3/i  à  7  1/2;  de  même  je 
porte  sans  être  gêné  un  corset.  Mon  poids  varie  entre  l(i8  et 


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NEUBO-PSYCaOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  27S 


181  livres.  Urinf  <:ans  alliumino,  sans  sucre,  mais  contient  de 
l'acide  iiri«iiio  (l'iine  fai'on  anormale  ;  elle  est  tn'?;  claire,  presque 
commt'  «11'  Vvnn,  toutes  les  fois  que  j'ai  eu  une  grande  émotion. 
Le?  Sfll»'s  sitnt  rcguliùres,  mais,  quand  rll«'<  ne  le  sont  pas, 
j'éprouve  tous  les  malaises  de  la  cousUpaliuu  de  la  femnje.  Je 
dors  mal,  souvent  pendant  des  semaines  entières;  mon  sommeil 
ne  dure  qoe  deux  ou  trois  heures.  L'appétit  est  assez  bon, 
mais  mon  estomac  ne  supporte  pas  plus  que  celui  d'une 
forte  femme,  et  réagit  contre  les  plats  pimentés  par  un  exan- 
thème de  la  peau  et  des  sensations  de  brûlure  dans  le  canal 
uréthrat.  La  peau  est  blanche,  très  lisse;  la  démangeaison  insup- 
portable qui  m'a  tourmenté  depuis  deux  ans,  s'est  atténuée  ces 
semaines  dernières  et  ne  se  manifeste  plus  qu'à  la  jointure  des 
genoux  et  au  scrotum. 

Dispositi  on  aux  sueurs;  autrefois  presque  pas  de  transpira- 
tions; maintenant  j'ai  toutes  les  nuances  des  mauvaises  transpi- 
rations féminines,  surtout  t]nns  le  !>as  du  foriis.  fie  sorto  que  je 
ohIii;<'  tjf  HH-  tenii-  «micoit  plus  |iMi|)n'  (ju  iine  femme.  Je 
iie't-  (Ir-^  iiarfums  mou  mouchoir,  je  me  sers  de  savons  par- 
fumes cl  d  eau  ilu  Coloi^ae. 

Etat  fjénéral.  —  Je  me  seh>  comme  m«t;  feniiiif  ayant  la  forme 
d'un  homme;  bien  f|ue  je  sente  encore  une  conformation 
d'homme  en  moi,  le  membre  viril  me  parait  une  chose  féminine; 
ainsi,  par  exemple,  le  pénis  me  parait  un  clitoris,  Turèthre  un 
vagin  et  l'entrée  vaginale;  en  le  touchant,  je  sens  toujours 
quelque  chose  de  moite,  quand  même  il  serait  aussi  sec  que  pos- 
sible; le  scrotum  me  parait  des  grandes  lèvres,  en  un  mot  je  sens 
toujours  une  vulve  et  seul  celui  qui  a  éprouvé  cette  sensation, 
saurait  dire  ce  qu'elle  est.  I^a  peau  de  tout  mon  corps  me  semble 
féminine;  e!!  [»  noit  toutes  les  impressions,  soil  les  attouche- 
ments, soit  la  chaleur,  soit  les  ellels  contraires,  comme  une 
fVniMic,  et  j  ai  les  sensations  d'une  forîHne;  je  ne  peux  pas  sortir 
les  mains  dc^stnli*es,  car  la  chaleur  et  froid  me  font  également 
mal;  quand  la  saison  où  il  est  permis  même  aux  messieurs  de 
porter  (h's  ombrelles  est  passée,  je  suis  en  grande  peine  à  l'idi  e 
que  lu  peau  de  ma  ligure  pourrait  soulfrir  jusqu'à  la  prochaine 
saison.  Le  malin,  en  me  réveillant,  il  se  produit  pendant  quel- 
ques minutes  un  crépuscule  dans  mon  esprit,  comme  si  je  me 
cherchais  moi-même;  alors  se  réveille  Tidée  obsédante  d'être 
femme  ;  je  sens  l'existence  d'une  vulve  et  salue  le  jour  par  un 
soupir  plus  ou  moins  fort,  car  j'ai  peur  déjà  d*être  obligé  de 


276 


PSYCHOPATHIA  SËXUAUS 


jouer  la  comédie  IkuIc  l.i  journée.  Ce  n't'st  pas  une  pelile  aiïaire 
(jue  de  se  sentir  reiniiie  et  pourtant  d ïlre  obligô  d'agir  en 
homme.  J'ai  dû  tout  étudier  d»»  nouvraii,  les  lancctlt'^,  les  his- 
louris,  les  appareils.  Car  d«'i>ui>  Irois  ans  je  no  louclir  itlus  à 
ces  objets  de  la  même  laron  qu'auparavani  ;  mes  seiKsuliuiis  mus- 
culaires ayant  changé,  j  ai  dû  tout  apprendre  <le  nouveau.  Cela 
m'a  réussi;  seul  le  maniement  de  la  scie  et  du  ciseau  à  os  me 
donne  encore  des  difQcuUés;  c'est  presciue  comme  si  ma  force 
physique  n'y  suffisait  plus.  Par  contre,  j'ai  plus  d'adresse  au  tra- 
vail de  la  curette  dans  les  parties  molles;  ce  qui  me  répugne, 
c*est  qu'en  examinant  des  dames,  j  ai  souvent  les  mêmes  sensa- 
tions qu'elles,  ce  qui  d'ailleurs  ne  leur  semble  pas  étrange.  Le 
plus  désagréable  pour  moi,  c'est  quand  Je  ressens  avec  une 
femme  grosse  les  sensations  causées  par  les  mouvements  de 
reniant.  Pendant  qtielque  temps,  et  parfois  durant  des  mois,  je 
suis  lourmenlf        It  s  liçeurs  de  pcnsTes  des  deux  sexes  ;  du  coté 
des  femmo^  Je  supporte  enrore  i|u'on  cherche      scruter  mes 
pensées,  mais  de  la  part  des  hommes  cela  me  répugne  absolu- 
ment. Il  y  a  trois  ans  je  ne  me  rendais  pas  encore  claireiucnt 
compte  que  je  regarde  le  monde  avec  des  yeux  de  femme;  celle 
métamorphose  d'impression  optique  m'est  venue  subitement  sous 
forme  d'un  violent  mal  de  tétc.  J'étais  chez  une  dame  atteinte 
d'inversion  sexuelle;  alors  je  la  vis  tout  d'un  coup  toute  changée, 
comme  je  m'en  rends  compte  maintenant,  c'est-à-dire  que  je  la 
voyais  en  homme  et  par  contre,  moi  en  femme,  de  sorte  que  je  la 
quittai  avec  une  excitation  mal  dissimulée.  Cette  dame  n'avait 
pas  encore  une  conscience  nette  de  son  étal. 

Depuis,  tous  mes  sens  ont  des  perceptions  féminines,  de  même 
que  leurs  rapports.  Après  le  système  cérébral  ce  fut  presque 
immédiatement  le  système  végétalif.  de  sorte  que  tous  mr-^ 
mnlaises  se  iiianifesl<>trl  sous  une  forme  leiiiiiiine.  La  seu^ihilitt' 
des  iiri'l-.  ^urloiiL  celle  des  ueris  audilii,  optique  et  IrijunK-aii. 
s'est  accru''  jusqu'à  la  m-vrosc.  Quand  une  fenôtre  se  ferme  avec 
bruit,  j'ai  au  soubresaut,  uu  soubresaut  intérieur,  car  pareille 
chose  n'est  pas  permise  a  un  liumme.  Si  un  mets  n'est  pas  frais, 
j'ai  immédiatement  une  odeur  de  cadavre  dans  le  nez.  Je  n'aurais 
jamais  cru  que  les  douleurs  causées  parle  trijumeau  sautent  avec 
tant  de  caprice  d'une  branche  à  l'autre,  d'une  dent  dans  l'œil. 

DeiKiis  ma  métamorphose,  je  supporte  avec  plus  de  calme  les 
maux  de  dents  et  la  migraine;  j'éprouve  aussi  moins  d'angoisse 
de  la  sténocardie.  Une  observation  qui  me  semble  bien  curieuset 


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NELUO-PSYCHÛPATHOLOGIE  GÉiNÉlULE 


277 


c'est  que  maîntenanl  je  me  sens  devenu  un  être  timide  et  faible, 
et  qu^au  moment  d*un  danger  imminent  j'ai  plua  de  sang-Droid  et 
de  calmei  de  même  dans  les  opérations  très  difiiciles.  Mon  esto- 
mac se  venge  du  moindre  croc-en-jambe  donné  au  régime 
—(régifne  de  femme)  —  d'une  manière  inexorable,  par  des  malaises 
féminins,  soit  par  des  éruclalions,  soit  par  d'autres  sensations. 

C'est  surtout  Tabus  de  Talcool  qui  se  fait  sentir;  le  mal  aux 
cheveux  chez  un  homme  (fui  se  sent  femme  est  l)ien  pItH  atroce 
que  le  plus  formidable  mal  de  eheveux  que  jamais  un  ctiuliant 
ait  pu  ressentir  après  ses  libations,  fi  me  semble  presque  que, 
quand  on  se  sent  femme,  on  est  tout  ù  fait  sous  le  règne  du 
système  végétatif. 

Quelque  petits  soient  les  bouts  de  mes  seins,  il  leur  faul 
de  la  place,  et  je  les  sens  comme  s'ils  étaient  des  mamelles;  dcjii 
au  moment  de  la  puberté  mes  seins  ont  gonflé  et  m^ont  fait  du 
mal;  voilà  pourquoi  une  chemise  blanche^  un  gilet,  un  veston  me 
gênent.  Je  sens  mon  bassin  comme  s'il  était  féminin,  de  même  du 
derrière  et  des  mle$;  au  début  j'étais  troublé  aussi  par  Tidée 
fémtDÎne  de  mon  ventre  qui  ne  voulait  pas  entrer  dans  les  pan- 
talons; maintenant  ce  sentiment  de  féminité  du  ventre  persiste. 
J'ai  aussi  l'idée  obsédante  d^une  taille  fémitiine.  U  me  semble 
qu'on  m'a  dérobé  ma  peau  pour  mo  mettre  dans  celle  d'une 
femme,  une  peau  qui  se  prête  h  tmil,  mais  qui  sent  tout  comme 
«i  elle  était  d'une  femme,  qui  taif  pf'iK'f nT  lotis  ses  sentiments 
dans  !<■  corps  luasculin  renferint'-  sous  celte  enveloppe  et  en  elia^se 
les  senlimeiils  masculins.  Les  teslieule'-,  bien  qu'ils  no  soient 
ni  atrophiés  ui  dégénérés,  ne  sont  plus  de  vrais  testicules;  ils 
me  causent  souvent  de  la  douleur  par  une  sorte  d'impression  qu'ils 
devraient  rentrer  dans  le  ventre  et  y  rester;  leur  mobilité  me 
tourmente  souvent. 

Toutes  les  quatre  semaines,  à  Fépoque  de  la  pleine  lune,  j'ai, 
pendant  cinq  jours,  tous  les  signes  du  molimen,  comme  une 
femme,  au  point  de  vue  physique  et  intellectuel,  à  cette  excep- 
tion près  que  je  ne  saigne  pas,  tandis  que  j'éprouve  une  sensation 
comme  s'il  y  avait  écoulement  de  liquide  et  comme  si  les 
parties  génitales  et  le  bas- ventre  étaient  gonflés;  c'est  une 
période  très  agréable,  surtout  si,  quelques  jours  après  ces  phéno- 
mènes, se  manifeste  lesentimeul  plivsiolop;iquc  et  le  besoin  d'ac- 
conplemeiit  avec  toute  la  force  dont  il  {lénètre  la  femme  à  ces 
munienis  :  le  corps  enliru-  est  alor.s  salure  de  ce  sentiment,  de 
même  qu  uu  morceau  de  sucre  mouillé  ou  une  éponge  sont 


278 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


imbibés  d'eau;  alors  on  devient  avant  tout  une  femme  qui  a 
Ix  sdiii  d'aimer,  et  on  n'est  plus  homme  qu^en  seconde  ligne.  Ce 
besoin  est,  ii  me  semble,  plutôt  une  langueur  de  concevoir  que  de 
coïter.  I/immensc  instinct  naturel  ou  plutôt  la  lubricité  iVuninine 
refoule,  dans  ce  cas,  la  pudeur,  de  sorte  qu'on  d(^sire  Indirectement 
le  coït.  Comme  homme,  je  n'ai  (l(''siré  le  cdit  que  tout  au  ])]iis 
trois  fois  dans  ma  vie,  si  louletois  c'éluil  cela;  les  autre^  lois 
j'étais  II  IHTérenl.  Mais  dans  ces  trois  dernières  années,  je  le  désire 
d'une  Miaiâiei  e  passive,  en  femme,  et  quelquefois  avec  la  sensation 
d^éjaculalion  féminine  ;  je  me  sens  alors  toujours  accouplé  et 
fatigué  comme  une  femme;  quelquefois  je  suis,  après  Tacle,  un 
peu  indisposé,  ce  que  Thomme  n*éprouve  jamais*  Plusieurs  fois  il 
m*a  fait  tant  de  plaisir  que  je  ne  puis  comparer  à  rien  celle 
jouissance;  c*est  tout  simplement  le  plus  grand  bonheur  de  ce 
monde,  une  puissante  sensation  pour  laquelle  on  est  capable  de  < 
sacrifier  tout;  dans  un  moment  pareil,  la  femme  n'est  qu*une 
vulve  qui  a  englouti  toute  l'individualité. 

Depuis  trois  ans,  je  n'ai  pas  perdu  un  seul  moment  le  senlimenl 
que  je  suis  femme.  (îrâce  à  l'habitude  prise,  ce  sentiment  m'est 
moins  péni!)le  maintenant,  bien  que  je  sente  depui-^  celle  époque 
ma  valeur  diminuée;  car  se  sentir  femme  sans  désirer  la  jouis- 
sance, cela  peut  se  supporter,  inrnie  par  un  lionime,  niais  quand 
les  besoins  se  font  sentir,  alors  t^iitc  plaisanterie  (  t'ssi'  :  j'éprouve 
uue  sensation  cuisante,  de  la  chaleur,  le  senlimenl  du  turgescence 
dans  les  parties  génitales.  (Quand  le  pénis  n*est  pas  érigé,  les  parties 
génitales  ne  sont  plus  dans  leur  tù\b.)  Aycc  cette  forte  impulsion, 
la  sensation  de  turgescence  du  vagin  et  de  la  vulve  est  terrible; 
c'est  une  torture  d'enfer  de  la  volupté,  à  peine  peut-on  la  sup- 
porter. Quand,  dans  cet  élat,  j*al  Toccasion  d'accomplir  le  coït, 
cela  me  soulage  un  peu  ;  mais  ce  coït,  puisqu'il  n*y  a  pas  con- 
ception sufDsante,  ne  me  donne  pas  une  satisfaction  complète; 
la  conscience  de  la  slérililé  se  £ait  alors  sentir  avec  toute  sa 
dépression  humiliante  ;  on  se  voit  presque  dans  le  rAle  d'une 
proslituiM".  La  raison  n'y  i»ent  rien  l'aire;  l'idée  obsédante  de  la 
IV'iuinilé  domine  el  lorce  tnui.  On  comprend  facilement  fouihieii 
il  esl  dur  de  travailler  h  son  métier  dans  un  part-il  étal;  mais  un 
pcuL  s'y  mettre  en  se  viulenlant.  il  esl  vrai  qu'alors  il  est  presque 
impossible  de  rester  assis,  de  marcher,  d'élre  couche  :  du  moins 
on  ne  peut  supporter  longtemps  aucune  de  ces  trois  positions; 
au  surplus,  il  y  a  le  contact  continuel  du  pantalon,  etc.  C'est 
insupportable. 


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NEL'UÛ-PSYCUOPATUOLOGIE  279 

Le  mariage  fait  alors,  en  dahors  du  moment  du  coït  où  l'homme 
doU  86  sentir  comme  couvert,  reffet  de  la  cohabitation  de  deux 
femmes  dont  Tune  se  sent  déguisée  en  homme.  Quand  le  molimeo 
périodique  ne  se  manifeslc  pas,  on  éprouve  le  sentiment  de  la 
grossesse  ou  de  la  saturation  sexuelle,  qu'ordinairemenl  rhuinme 
ne  connaît  pas,  mais  qui  accapare  toute  rindividualité  aussi  bien 
que  chpz  la  femme,  ù  celle  difTi^renre  près  qu'il  est  désagn'ahle, 
de  sorte  qu'on  aimerait  mieux  supporh  i'  le  molimen  régulier. 
Quand  il  se  produit  des  r^ves  ou  îles  idr-es  erotiques,  on  se  voit 
dans  kl  lorme  qu'on  aurait  i?i  I  on  etuil  lemme  ;  on  vdII  des 
membres  en  «érection  qui  se  présentent,  et  comme  par  derrière 
aussi  on  se  sent  femme,  il  ne  serait  pas  diflicile  de  devenir 
cynéde  ;  seule  rinterdiction  positive  de  la  religion  nous  en  em- 
pêche, toutes  les  autres  considérations  s'évanouiraient. 

Comme  de  pareils  états  doivent  forcément  répugner  à  tout  le 
monde,  on  désire  être  de  sexe  neutre  ou  pouvoir  se  faire  neutra- 
liser. Si  j'étais  encore  célibataire,  il  y  a  longtemps  que  je  me 
serais  débarrassé  de  mes  testicules  avec  le  scrotum  et  le  pénis. 

A  quoi  sert  la  sensatioa  de  jouissance  féminine,  quand  on  ne 
conçoit  pas?  A  quoi  bon  les  émotions  de  Tamour  féminin  quand 
pour  les  satisfaire  on  n'a  &  sa  disposition  qu'une  femme,  bien 
qu'elle  nous  fasse  sentir  comme  homme  l'accouplement? 

Quelle  honte  terrible  nous  cause  l'odeur  féminine  !  Combien 
l'homme  est  abaissé  par  la  joie  que  lui  causent  les  robes  et  les 
bijoux!  Diuis  sa  métamorpliuse,  quand  même  il  ne  pourrait  plus 
se  souvenir  (le  son  ancien  in-linel  p^énilnl  masculin,  il  voiidrail 
n'être  pa^  forcé  de  se  seulir  iemuie;  il  sait  très  bien  qu'il  y  eut 
une  époque  où  il  hp  sentait  pas  toujours  sexuellement  qu'il  était 
simplement  un  liomnie  sans  se.ve.  El  voilà  que  tout  d'un  coup  il 
doit  considérer  toute  son  individualité  comme  un  mas<|ue,  se 
sentir  toujours  femme  et  n^avoir  de  changement  que  toutes  les 
quatre  semaines,  quand  il  a  ses  malaises  périodiques  et  entre 
temps  sa  lubricité  féminine  qu'il  ne  peut  pas  satisfaire!  S'il  lui 
était  permis  de  s'éveiller  sans  être  obligé  de  se  sentir  immédiate- 
ment femme  1  A  la  Un  il  languit  après  le  moment  où  il  pourra 
lever  son  masque  ;  le  moment  n'arrive  pas.  Il  ne  peut  trouver  tm 
soulagement  à  sa  misère  que  lorsqu'il  peut  revêtir  en  partie  le 
caractère  féminin,  en  mettant  un  bijou,  une  jupe:  car  il  ne  peut 
pas  sortir  habillé  en  feiiiine;  ce  n'est  pas  une  petite  tâche  que  de 
remplir  ses  ilevoirs  professionnels  pendant  qu'on  se  sent  eomme 
une  actrice  déguisée  en  homme,  et  qu  on  ne  sait  pas  où  tout  cela 


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280 


PSYGHOPATHIA  SEXUAUS 


doU  aboutir.  La  religion  seule  nous  préserve  d'une  grande  faute, 
mais  elle  nVmpèche  pîi«  Ips  peines  (|ue  l  individu  qui  se  snnl 
leinme  ••prouve  quand  In  ffittation  s'approche  »lo  !ni  comme  d  une 
vraie  fenuiie,  et  quand  il  esL  comme  celle-ci  lorci^  de  l'éprouver 
et  de  la  traverser.  Quand  nn  homme  de  haute  considération,  qui 
jouit  dans  le  public  d  une  rare  eonfiauce,  est  obligé  de  lutter 
contre  une  vulve  imaginaire;  quand  on  rentre  après  un  dur  tra- 
vail el  qu'on  est  forcé  d^examiner  la  toilelle  de  la  première  dame 
venue,  de  la  critiquer  avec  des  yeux  de  femme,  de  lire  dans  sa 
figure  ses  pensées,  quand  un  journal  de  mode — (je  les  aimais  déj& 
étant  enfant)  —  nous  intéresse  autant  quun  ouvrage  scientifique  l 
Quand  on  est  obligé  de  cacher  son  état  à  sa  femme  dont  on 
devine  les  pensées,  parce  qu'on  est  aussi  femme,  tandis  qu'elle  a 
nettement  deviné  qu'on  s'est  transformé  d'âme  et  de  corps!  Ei  les 
tourments  que  nous  causent  les  combat-^  que  nous  avons  à  soute- 
nir pour  surmonter  la  mollesse  féminine  1  On  réussit  quelquefois, 
•^iirldut  quand  ou  est  en  contré  st^-ul,  à  vivre  (|uelque  temps  en 
f(  ihiiie,  par  exemple  à  porter,  notamment  In  nuit,  des  vélemeuU» 
de  ieuuue,  <le  garder  ses  tuants,  de  prendre  uu  voile  ou  un  manque 
pendant  qu't)n  est  iian>  ^a  eiianibre;  on  réussit  alors  à  avoir  uu 
peu  de  tranquillité  du  c6lé  du  libido^  mais  le  caractère  féminin 
qui  s*est  implanté  exige  impétueusement  qu'il  soit  reconnu.  Sou^ 
vent  il  se  contente  d*une  modeste  concession,  telle  que,  par 
exemple,  un  bracelet  mis  au-dessous  de  la  manchette,  mais  il 
exige  inexorablement  une  concession  quelconque. 

Le  seul  bonheur  est  de  pouvoir  sans  honte  se  voir  costumé  en 
femme,  avec  la  (Igure  couverte  d'un  voile  ou  d'un  masque  : 
ce  n'est  qu'alors  qiron  se  croit  dans  son  état  naturel.  On  a  alors, 
comme  une  «  oie  éprise  de  la  mode  >»,  du  goiU  pour  ce  qui  est  en 
vogue,  tellement  on  est  tranformé.  Il  faut  beaucoup  de  temps  el 
beaucoup  d'efforts  pour  s'habituer  h  Vidée,  d'un  côté,  de  n»'  «-l'nlir 
que  comme  une  femme,  et  de  l'autre  de  garder  comme  une  rcuii- 
niscence  <le  ses  anciennes  manières  de  voir,  afin  de  pouvoir  se 
montrer  eonun»'  homme  devant  le  monde. 

l'iiuriauL  il  arrive  pai-ei  par-là  qu'un  sentiment  féminin  vous 
échappe,  soit  qu'on  dise  qu  on  éprouve  in  sexualiùus  telle  ou  telle 
chose,  qu'un  être  qui  n'est  pas  femme  ne  peut  pas  savoir,  ou 
qu'on  se  trahisse  par  hasard  en  se  montrant  trop  au  courant  des 
alTaires  de  la  toilette  féminine.  Si  pareille  chose  arrive  devant  les 
femmes,  il  n'y  a  là  aucun  inconvénient;  une  femme  se  sent  tou- 
jours  flattée  quand  on  montre  beaucoup  d^ntérét  pour  ce  qui  la 


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XËLRO-PSYCHOPATHOLOGIË  GÉNÉRALE 


281 


loQclieet  qu'oo  s'y  connaît  bien:  seulement  il  ne  faut  pas  que 
cela  se  produise  devant  sa  propre  épouse.  Combien  je  fus  effrayé 
un  jour  que  ma  femme  disait  à  une  amie  que  j'avais  un  goût  très 
distingué  pour  les  articles  de  dames  1  Combien  fut  surprise  une 
dame  à  la  mode  et  très  o^;ueil(euse  qui  voulait  donner  une 
fausse  éducation  à  sa  fille,  lorsque  je  lui  analysai  en  paroles  et 
par  écrit  tous  les  seatimenls  et  toutes  les  sensations  d'une 
femme!  (Je  fis  un  mensonge  en  lui  alléguani  que  j'avais  puisé 
chns;  des  lettres  ros  ronnaissaiices  fl'iin  criraetpro  si  intime.)  Main- 
tenant cette  dame  u  une  grande  coiilirtme  en  moi,  et  l'enfant  qui 
était  sur  le  point  de  devenir  folle,  est  re^^lée  sen^^ce  et  Uès  gaie. 
Elle  ui  avail  confessé,  comme  si  c  elaient  des  péchés,  toutes  les 
iiiaiiileslalions  des  sentiments  féminins;  maintenant  elle  sait  iw 
qu'elle  doit  supporter  comme  fille,  ce  qu'elle  doit  maîtriser  par 
sa  volonté  et  par  dévouement  religieux  :  elle  se  sent  comme  un 
être  humain.  Les  deux  dames  rieraient  beaucoup,  si  elles  savaient 
que  je  n'ai  puisé  que  dans  ma  propre  et  triste  expérience. 
Je  dois  ^jouter  encore  que,  depuis,  j'ai  une  sensibilité  beaucoup 
plus  vive  pour  la  température;  à  cela  s'est  joint  encore  le  senti- 
ment. Inconnu  auparavant,  d'avoir  la  peau  élastique  et  d*'  eum- 
prendre  ce  que  les  malades  éprouvent  dans  la  dilatation  des 
intestins.  Mais,  d'autre  part,  quand  je  dissèque  un  corps  ou  fais 
unf  opi'iation.  les  liquides  pénétrent  plus  facilement  ma  peau. 
CluKpie  dissi'clion  nie  cause  de  la  douleur;  chaque  examen  d  une 
ftiiiuie  ou  d  une  prostituée  avec  fluor  ou  odeur  de  crevetle,  etc., 
m'agace  lioi  l  ildenient.  Jo  suis  mainlonaiit  très  accessible  à 
l'influence  de  1  anlipalhie  et  de  la  sympathie,  qui  se  manifestent 
même  par  suite  de  relTel  de  certaines  couleurs  aussi  bien  que  par 
l'impression  totale  qu'un  individu  me  fait.  Les  femmes  devinent 
par  un  coup  d'œil  l'état  sexuel  de  leurs  semblables;  voilà  pour- 
quoi les  femmes  portent  un  voile,  bien  qu'elles  ne  le  Ifaissenl  pas 
toigours,  et  pourquoi  elles  se  mettent  des  odeurs,  ne  fût-ce  que 
dans  les  mouchoirs  ou  dans  les  gants,  car  leur  acuité  olfaclive  en 
présence  de  leur  propre  sexe  est  énorme.  En  général,  les  odeurs 
ont  line  influence  incroyable  sur  l'organisme  féminin;  ainsi,  par 
*'XL'mple,  je  suis  calmé  par  l'odeur  de  la  rose  ou  de  la  violette; 
d'autres  odeurs  me  donnent  la  nauséf.  l'ylang- ylani:  me  cause 
tant  d'excitation  sexuelle  (lueje  ne  imis  plus  y  ienir.  t.e  eontact 
avec  une  femme  me  parait  homogèuo;  le  coït  avec  ma  femme  ne 
m'est  possible  que  si  elle  est  un  peu  plus  virile,  a  la  peau  plus 
dure;  et  pourtant  c'est  plutôt  un  awor  lesbkus. 


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282 


rSYCUOHATHIA  SKXI  AUS 


Du  reste,  je  me  sens  loiyours  passif.  Souvenl  la  nuil,  quand  je 
ne  pais  pas  dormir  h  cause  de  rcxcilation,  j'y  arrive  pourtant,  it 

femora  m^'n  dï'iffns'i  h  ilipo,  struf  uiudev  cum  vh'o  ro)i<rum6ens,ott  en 
me  rntirharit  sur  un  eùlé  ;  mais  alors  il  ne  faut  pas  qu'un  bras  on 
une  pièce  de  literie  vienne  loucher  jV  mci?  seins,  sinon  c'en  est 
fait  du  sommeil,  il  ne  laul  juis  non  plus  que  rien  me  pèse  ou 
presse  sur  le  ventre.  Je  dors  mieux  (iiiaml  jo  mets  um.'  clioiaise  de 
femme  et  une  camisole  de  nuit  de  datuc,  on  (^a.iud  ju  ijarde  mes 
gants,  car  la  ouit  j'ai  très  facilement  froid  aux  mains;  je  me 
trouve  aussi  très  bien  en  pantalons  de  femme  et  en  jupes,  car 
alors  les  parlies  génitales  ne  sont  pas  serrées.  J*aime,  plus  que 
toutes  les  autres,  les  toilettes  de  Tépoque  de  la  crinoline.  Les 
vêtements  de  femme  ne  gênent  nullement  l'homme  qui  se  seol 
femme  ;  il  les  considère  comme  lui  appartenant  et  ne  les  sent  pas 
comme  des  objets  étrangers.  La  société  que  je  préfère  (\  tontes,  est 
celle  d*unc  dame  qui  souffre  de  neurasthénie,  et  qui,  depuis  son 
dernier  aer  oueliement,  se  sent  homme,  mais  qui,  depuis  que  je  lui 
ai  fait  des  allu^ion^  à  re  «>ii  jet,  se  résigne  à  son  sort,  coi'///  abft'tn^t, 
ce  <iui  ne  m  est  pas  permis,  il  moi,  "homme.  Cette  femme  m  aide, 
par  son  exemple,  h  supporter  mon  sort.  Klie  se  rappelle  eneor-» 
bien  clairement  ses  sentiments  féminins,  et  elle  m'a  donné  maints 
bons  conseils.  Si  elle  el^iil  homme  et  moi  jeune  lî lie.  j'essaierais  de 
faire  sa  conquête;  je  voudrais  bien  qu  elle  me  traite  en  femme. 
Mais  sa  photographie  récente  diflâre  tout  &  fait  de  ses  anciennes 
photographies;  c  est  maintenant  un  monsieur,  très  élégamment 
costumé,  malgré  les  seins,  la  coiffure,  etc.  ;  aussi  a*t-elle  le  parler 
bref  et  précis,  elle  ne  se  plait  plus  aux  choses  qui  font  ma  joie. 
Elle  a  une  sorte  de  sentimentalité  mélancolique,  mais  elle  sup> 
porte  son  sort  avec  résignation  et  dignité,  ne  trouve  de  oon-ola- 
tion  que  dans  la  religion  et  l'accomplisseraent  de  ses  devoirs;  à 
lî>  pfVinilc  (](:^  menstrues  elle  souffre  à  en  mourir;  elle  n'aime 
plus  la  compagnie  des  fciniiie-i,  ni  leurs  coaversalions,  de  même 
qu'elle  n'aime  plus  le«  choses  siierees. 

Un  de  ine^  amis  de  jeunesse  se  seul,  depuis  son  enlaiice,  comme 
lille;  mais  il  a  de  ra(reelir»n  pour  le  sexe  masculin  ;  eht>z  sa  sœur, 
c'était  le  conlrairc  ;  mais  lorsque  l'utérus  réclama  ses  droits  quand 
même  et  qu'elle  se  vit  femme^aimante  malgré  son  caractère  viril, 
elle  trancha  la  difficulté  en  se  suicidant. 

Voici  quels  sont  les  changements  principaux  que  j'ai  constatés 
chez  moi  depuis  que  mon  effémination  est  devenue  complète  : 

1*  Le  sentiment  continuel  d*étre  femme  des  pieds  à  la  tête  ; 


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NEUnO-PSYGHOPATHOLOGIB  GÉNÉBALB 


283 


2"  Le  senliiuenl  coutinuel  d'avoir  des  parlies  gOuilales  fémi- 
nÎDês  ; 

3*  La  périodicité  du  moliaiem  toutes  les  quatre  semaines  ; 

4*  De  la  lubricité  féminine  qui  se  manifeste  périodique- 
meot,  mais  sans  que  j'aie  une  préférence  pour  un  homme  quel- 
conque  ; 

5'  Sensation  féminine  passive  pendant  Vacte  du  cott; 

6''  Ensuite  sensation  de  la  partie  qui  a  éiéfutuée; 

7^  Sentiment  féminin  en  présence  des  images  qui  représentent 

le  coït; 

8'  Sentiment  de  solidarité  à  l'aspect  des  femmes  et  intérêt 
féminin  pour  elles; 

9"  Intérêt  féminin  à  raspoct des  iiio'ssieurs; 

10'  11  en  est  (le  nu'Tue  à  la  vue  des  eulaiils; 

Il   Humeur  changée,  —  une  plus  grande  palienee  ; 

12*  Enfin,  résignation  à  mou  sort,  résigaation  que,  il  est  vrai, 
je  ne  dois  qu*à  la  religion  positive,  sans  cela  je  me  serais  déj& 
suicidé,  il  y  a  longtemps. 

Car  il  n*est  guère  supportable  d*étre  homme  et  d*étre  forcé  de 
sentir  que  chaque  femme  est  fuiuée  comme  elle  désire  Tétre. 

L  autobiographie  très  précieuse  pour  la  science  qu*on 
vient  de  lire  était  accompagnée  de  la  lettre  suivante,  qui  ne 
manque  pas  non  plus  d^intérèt. 

.If  dois,  font  d'nhorrl.  vous  demander  pardon  de  vous  impor- 
tuin  r  par  iiuiiellre  ;  j'av.ii- perdu  tout  appui  nf  jr  mr  considérais 
cujuîue  un  monstro  qui  m'inspirais  du  dt'^DÙl  ;i  mui-aii'me.  Alors 
la  lecture  de  \os  ccrils  m'a  rempli  d'un  nouveau  iourai^e,  el  j'ai 
décidé  d'aller  au  toud  de  la  ehose,  de  jeter  un  roup  d'ceil  rétros- 
pectif sur  ma  vie,  quoi  qu'il  en  arrive.  Or,  j'ai  considéré  comme 
an  devoir  de  recoanatesance  envers  vous  de  vous  communiquer 
le  résultat  de  mes  souvenirs  et  de  mes  observations,  car  je  n*ai 
trouvé  cité  dans  votre  ouvrage  aucun  cas  analogue  au  mien.  Enfin 
j*ai  pensé  aussi  qu*il  pourrait  vous  intéresser  d'apprendre  par  la 
plume  d'un  médecin  quelles  sont  les  pensées  et  les  sensations 
d'un  être  humain  masculin  complètement  manqué  et  se  trouvant 
sous  l'obsession  d'être  femme. 

Peut-être  tout  cela  ne  s'accorde  pas;  mais  je  n'ai  plus  la  force  de 
fair*^  d'antres  reflexions,  et  je  ne  veux  pas  approfondir  davantage 
cette  matière.  Bien  des  choses  sont  répétées,  mais  je  vous  prie  de 


2Ô4 


PS\CHOPATHU  SEXUAI-IS 


bien  songer  qu*on  peul  avoir  des  défaillances  dans  un  rdle  doat 
le  dégaiseoieni  tous  a  éU>  imposé  malgré  tous. 

J*espère,  après  avoir  lu  vos  ouvrages,  que,  en  continuant  à 
remplir  mes  devoirs  comme  médecin,  citoyen,  père  et  époux,  je 
pourrai  loMjours  me  coinpior  ;ni  nombre  de  ceux  qui  ne  méritent 
pas  (l'tHre  méprisés  enliéreiueuL 

Knfinj'ai  tenu  vous  présenter  le  résnUiil  de  mes  souvenirs 
el  de  mes  mrdilalions,  alin  de  prouver  (ju'on  peut  èlre  médecin 
malgré  la  ualure  féminine  de  ses  pensées  et  do  ses  sentiments.  Je 
crois  que  c'est  un  grand  toi  t  de  fermer  à  la  femme  la  carrière 
médicale  ;  une  femme  découvre,  grâce  &  son  instincti  les  signes 
de  certains  maux  que  Thomme  scrute  dans  robscurtté,  en  dépit 
de  tout  diagnostic  ;  en  tout  cas,  il  en  est  ainsi  lorsquHl  s*agit  de 
maladies  de  femmes  et  d*enfanls.  Si  on  pouvait  le  faire,  chaque 
médecin  devrait  être  forcé  de  faire  un  stage  de  trois  mois  comme 
femme;  il  comprendrait  el  estimerait  alors  mieux  cette  partie  de 
Thumanilé  d'où  il  est  soi;ti;  il  saur.iil  alors  apprécier  la  grandeur 
d'àme  des  femmes  el,  d'autre  part,  la  dureté  de  leur  sort. 

Epicriip.  —  Le  maladp,  très  ehar^é,  est  prigiiiairem<»nl  anor- 
mal au  point  de  vuf  psycho-sexuel;  car  itendanl  l'acte  sexne!  i!  a 
une  sensation  féminine  caraclérislique.  Celle  sonsalioii  aiioriii:ile 
demeura  pnn-nicut  une  anomalie  psychique  jusqu'à  il  y  a  trois 
ans,  anomalie  basée  sur  une  neurasthénie  grave,  el  puissamment 
accentuée  par  des  seusaltons  physiques  dans  le  sens  d'une 
tran$muiatio  sexualis,  sensations  suggérées  par  obsession  à  sa 
conscience.  Le  malade,  &  sa  grande  frayeur,  se  sent  alors  aussi 
physiquement  femme  et,  sous  le  coup  de  l'idée  obsédante  d'élie 
femme,  il  croit  éprouver  une  métamorphose  complète  de  ses  pen- 
sées, de  ses  senlinu  nts  et  de  ses  aspirations  d'autrefois,  et  même 
de  sa  vita  sexualis  d.invi  le  sens  d'une  éviration.  Toutefois  son 
«  moi  »  est  capat)le  de  conserver  son  empire  sur  ces  processus 
mf»rhidos  do  l'Arne  el  du  corps,  et  dn  se  sauver  de  la  parnnoin. 
Voilà  un  ex»'inj)li'  remar(jiial)lr  do  sensations,  d'idées  obsédantes 
ha<îées  sur  de.>  tires  nerveuses,  un  ca*;  d'une  grande  valeur  pour 
arriver  à  étudier  comment  la  transformation  psycho-sexuelle  a  pu 
s'accomplir. 

Quatrième  degré.  Hétamorphose  sexuelle  paranoïq,ae. 

Le  dernier  degré  possible  dans  le  processus  de  Ja  maladie 
est  la  monomanie  de  la  métamorphose  sexuelle.  Elle  se 


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NELIlO-PSVCHOPATIIOLOlilE  (;É.NÉHALE 


développe  sur  la  base  d*unc  neurasthénie  sexuelle  qui  dégé- 
nère en  neunnihema  uniûersaiis  dans  le  sens  d'une  maladie 

psychique,  la  paranoïa. 

Les  observations  nous  montrenl  le  ildv(!lop[)oiiiont  inWres- 
sant  (lu  processus  névrotico-psycliologique  jusqu  à  son  point 
culminant. 

Observation  100.  —  K...,  trente-six  ans,  célibatatrei  domeslique 
agricole,  reçu  ft  la  clinique  le  20  février  1889,  présente  un  cas 

typique  de  ueuraslhema  sexualis,  dégt'nért'c  en  paranoia  perfeeu- 
toria  avec  hallucinations  olfactives,  sensations,  etc. 

Il  e9>\  is«ïu  d'une  f.i'nille  charj^ée.  Plusieurs  dn  ses  sœurs  et 
frères  claicnl  psychopathes.  Le  malade  a  un  crâiir  Iiydroccphale, 
enfoncé  au  niveau  delà  ibntanelle droite;  l'œil  est  nevropalhique. 
De  tout  temps,  le  malade  eut  de  grands  besoins  sexuels;  il  s'est 
adonné  à  Tàge  de  onze  ans  à  la  masturhalion  ;  il  a  l'ait  le  coït  i\ 
l'âge  de  vingt-lrols  ans;  il  a  procréé  trois  enfants  illégitioies  et  a 
cessé  ensuite  tout  rapport  sexuel  de  peur  de  faire  encore  des 
enfants  et  d*élre  trop  chargé  de  pensions  alimentaires.  L*absti- 
nence  lui  était  très  pénible  ;  il  renonça  aussi  à  la  masturbation  et 
eut  h  la  suite  des  pollutions  abondantes.  II  y  a  un  an  et  demi^  il 
est  devenu  sexuellement  neurastbôniqtie;  il  avait  alors  aussi  des 
pollutions  diurnes;  il  fut  Urès  afTaibli  et  déprime;  cet  état  de 
choses  durant,  il  a  fini  par  contracter  une  neurasthénie  générale 
et  être  attiMîit  do  jrnrnuovj. 

Depuis  un  an.  il  a  eu  des  sensations  pare'îth('?if|ues  ;  il  lin" 
sembla  avoir  une  grande  pelolle  à  la  place  di-  ses  parlii  s  gi'iii- 
lales;  ensuite  il  se  liguraqiic  son  pénis  et  son  scroluui  lui  man- 
quaient, et  que  ses  parties  génilules  s'étaient  transformées  en  par- 
ties génitales  féminines.  Il  sentait  des  mamelles  lui  pousser,  une 
natte  de  cheveux,  et  des  vêtements  féminins  se  coller  ft  son 
corps.  11  se  figurait  être  femme.  Les  passants  dans  les  rues  lui 
semblaient  tenir  des  propos  comme  ceux-ci  :  «  Voyez  donc  cette 
garce,  cette  vieille  drôlesse!  » 

Dans  son  sommeil  accompagné  de  rêves,  il  avait  la  sensation 
d'un  homme  qui  accomplissait  le  coïl  sur  lui  devenu  femme.  Il 
en  avait  de  l'éjaculation  avec  un  vif  sentiment  do  volupté. 

Pendant  son  séjour  à  la  clinique,  il  s'est  produit  une  interrup- 
tion dans  ?,B.  paranrna  et  en  même  temps  mit'  atm  lioration  notable 
de  sa  neura<îtht'iiie.  Alors  disparurent  momentanément  les  senti- 
ineots  et  les  idées  d'une  métamorphose  sexuelle. 


266 


PSYCUOPAillJA  SEXUAUS 


Yoici  un  autre  cas  d^éviration  avancée  sur  le  chemin  de  la 
transformaiio  sexm  paranoïca. 

Observation  101. —  Franz  St...,  Irfiite-lroisans,  instituleurdans 
une  écol»'  primaire,  félibatairo,  prohablcmeni  ISSU  d'une  famille 

charg<'i»,  tH  \  lopalhe  de  tout  temps,  émotif,  peureux,  ne  pouvant 
supporter  l  alcool,  a  commencé  à  -^e  mnsturber  à  de  dix- 

huit  ans.  A  l  Age  de  trente  aM«  se  produisirent  <  In  /,  lui  des 
symptômes  de  nevrmihrnia  sim  u/i/is.  ,  l'olliilious  iivci-  faiblesse 
conhéculive,  pollutions  (jui  se  produisaient  aussi  daiis  la  journée, 
douleurs  dans  la  région  du  plexus  sacré,  etc.).  Il  s'y  ajouta 
encore  de  l'irritation  spinale,  des  pressions  sur  la  téle  et  de  la 
Gérébrasihéflie. 

Depuis  le  commencement  de  1885,  le  malade  s'est  abstenu  du 
coït  qui  ne  lui  proeurait  plus  aucune  senstalion  de  volupté.  IL  se 
masturbait  souvent. 

En  1888,  commença  chez  lui  la  monomanie  de  la  persécution. 

Il  remarquait  qu'on  révilait,  qu'il  répandait  une  odeur  infecte, 
qu'il  puait  (hallucinations  olfactives);  il  s'expliquait  de  celte  façon 
le  changement  d'altitude  des  gens  &  son  égard,  de  même  que 
leurs  éternuemcnts,  leur  toux,  etc. 

Il  sentait  des  odeurs  de  c.KhiM  o,  d  urine  corrompue.  Il  attri- 
buait la  cause  de  sa  mauvaise  odriir  î\  des  pollutions  à  rinlé- 
ricur.  Il  les  percevait  par  une  sensation,  comme  si  un  liquide 
montait  du  pubis  à  la  poitrine. 

Le  malade  quitta  bientôt  la  clinique.  En  1889,  il  revint  pour  y 
être  reçu  ;  il  était  déj&  dans  un  état  avancé  de  parantiia  matlvrba' 
(i»ia  pertecutorm  (monomanie  de  la  persécution). 

Au  commencement  du  mois  de  mai  1889,  le  malade  éveilla 
Tattcntion  parce  qu*il  protestait  violemment  toutes  les  fois  qu'on 
rapi>clait  :  c  Monsieur  ». 

Il  proteste  contre  <elte  apostrophe,  car,  prétend'il,  il  est 
femme.  Des  voix  te  lui  disent.  U  s'aperçoit  que  des  manif  lit  s  lui 
poussent.  Il  y  a  une  semaine,  les  autres  malades  lui  ont  fait  des 
al («uirlicmcnts  voluptueux.  Il  a  entendu  dire  qu'il  est  une  put:un. 
Ces  teniiis  iltM  iiiers  il  a  ou  di-s  rêves  d'accoupleinent.  Il  rèvaitqu  un 
praliquaiLle  coït  sur  lui  <  omiiir  sur  une  femme.  Usenlait  V'nnmhsio 
pénis,  et  a  eu  la  sensation  d'une  ejaciilalion  au  milieu  de  sua  réve. 

Le  crâne  est  pointu,  la  face  est  longue  et  étroite;  bosses  p;irié- 
tales  proéminentes.  Les  parties  génitales  sont  normalement  déve* 
loppées. 


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iNEURO-PSYCHOPATHULOGIE  GÉNÉRALE 


2b7 


L«  cas  suivant,  observé  dans  Tasile  d^IUenau,  est  un  exemple 
miinifeste  dMnversion  durable  et  maniaque  de  la  conscience 
sexuelle. 

Observation  102.  —  Metmnorphosis  sexualis paranoha. 

N...,  vingl-irois  ans.  célibataire,  piaiiistf.  a  viî-  re«;ii  vers  la  fin  du 
mois  rroclobre  lH<î."  a  la  maison  fie  sanN' (l'illciiau.  11  i"-t  in' (rime 
laiiiille  rensée  «''lit'  exemple 'le  larcv  iiéredilaircs,  mais  tuher- 
<'iileuse.  le  iM  iu  et  le  fr«»re  onl  .sucioinbé  à  la  phtisie  pulmo- 
iiaiie.  Lf  inaiatir,  éluiiL  cnlunl,  était  faible,  mal  doué,  uiais  avait 
un  talent  exclusif  pour  la  musique.  De  loul  temps  il  eut  un 
caractère  anormal,  t&cilurne,  renfermé,  insociablc,  avec  des 
maQièrcs  brusques. 

A  partir  de  l'âge  do  ({uinxe  ans,  il  se  livra  à  la  masturbation. 
Quelques  années  plus  tard,  des  malaises  neurasthéniques  se  pro- 
duisirent (battements  de  cœur,  faiblesse,  douleurs  de  té  le  pério- 
diques, etc.)»  en  même  temps  que  des  velléités  hypocondriaques. 
L^annéc  dernière,  le  malade  travaillait  beaucoup  et  durement. 
Depuis  six  mois,  sa  neurasthénie  s  est  accentuée,  il  se  plaignit 
alors  de  battements  de  coMir,  congestion  de  la  tète,  itisumnic,  il 
devint  très  irritable;  parai'J'^ait  sexuellement  très  excité,  et  pi'é- 
lendail  (ju'il  lui  fallait  se  iiiaviiT  le  nhi'J  possible,  jKuir raisons 
de  santé.  II  tomba  amoureux  tl'uiic  arli>li',  iiinis  |ii.'-((ir(  ii  lui'ine 
temps  (sept»  lubre  1HL»5),  il  deviiil  maUide  de  jnuanini  j'i-rsccu- 
toriu  ■  voyait  des  actes  hostiles,  entendait  des  injures  dans  iaruc, 
trouvait  du  poison  dans  su  nourriture,  on  tendait  une  corde  à 
travers  le  pont  pour  qu^il  ne  puisse  pas  aller  chez  son  amante). 
A  la  suite  de  son  excitation  croissante  et  de  conflits  avec  son  entou- 
rage qu*il  considérait  comme  ennemi,  il  a  été  reçu  dans  Tasile 
d  aliénés.  A  son  entrée,  il  présentait  encore  Hmage  typique  de  la 
paranoïa  ptrseeutoria  avec  les  symptômes  de  la  neurasthénie 
sexuelle  (jui  devint  plus  tard  générale  ;  mais  sa  monomanio  de 
la  persécution  iw  s'échafaudait  point  sur  ce  fond  nerveux. 
Ce  n'est  (ju'accidentellement  (|ue  le  malade  entendait  dire  à  son 
entourage  :  c  Voilà  qu'on  lui  enlève  le  sperme,  voilà  quW  lui 
enlève  la  vessie.  >» 

Au  cours  des  années  de  I8(»0à  IHlîH,  la  manie  de  la  per-ri  ulion 
l'ut  reléguée  de  plus  en  plus  au  second  ran^'  et  lui  n  inpI.H  i  e  en 
grande  parlii»  par  des  idées  érotiques.  La  base  soiuali*  o-pliysiiiue 
t  tail  une  excilaLion  violenlf»  et  continuelle  de  la  sphuro  sexuelle. 
Le  malade  s'amourachait  de  chaque  dame  qu'il  voyait;  il  euteu- 


288 


PSYCUUPAHIIA  SEXUAUS 


dait  des  voix  qui  r(ticourageaienti&  s'approcher  d'elles;  il  dt-man- 
dait  impérieusemenl  le  consentement  au  mariage  et  prélendail 
que,  si  on  ne  lui  procurait  pns  unn  fomme,  il  mourrait  de  coosomp- 
Uon.  GrAco  à  sa  prat,i((ii(,!  coiilinuclle  de  la  mnslurbalion,  les 
signes  d'une  prochaine  éviratioii  se  iiioiilrcnt  déjà  en  f8B9.  Il 
disait  que  si  on  lui  donnait  une  femme,  il  ne  raimeruil  «lue 
«  plaloniquement  ».  Le  malade  devient  de  plus  en  plus  hi/arre,  il 
ne  vil  que  dans  une  sphère  d'idées  éroliques,  voit  parlouL  faire 
dans  Tasile  de  la  prosUtation,  entend  par-ci  par-lÀ  des  toîx  qui 
Taccusent  d'avoir  une  altitude  indécente  vis-&-vis  des  femmes.  U 
évite  donc  la  société  des  dames,  et  ne  consent  à  faire  de  la  mu- 
sique  devant  les  dames  qu*à  la  condition  d*avoir  deux  hommes 
comme  témoins. 

Au  cours  de  l'année  187^,  l'étal  neurasthénique  prend  un  déve- 
loppement considérable.  Alors  la  panmoia  perHeuioria  aussi 
reparaît  de  plus  en  plus  au  premier  plan  et  avec  une  couh  ur  cli- 
nique particulière  due  à  l'étal  nerveux  fondamental.  Des  halluci- 
nations olfactives  se  produisent;  il  osl  ititlLiencé  par  l'action  du 
magnétisme.  Il  dit  que  des  «  ondulations  magnétiques  agissent 
sur  lui  ».  (Fausse  interprélatiun  de  malaises  spinaux  aslhéni- 
ques.)  Sous  le  coup  d'une  excitation  violente  et  continuelle  et 
d'excès  de  maslurbalion,  le  processus  de  l'éviralion  progresse 
de  plus  en  plus.  Il  n'est  plus  qu'épisodiquement  homme,  il  est 
consumé  du  désir  d^étre  femme,  et  se  plaint  amèrement  que  la 
prostitution  éhontée  des  hommes,  dans  cette  maison,  rende  impos- 
sible la  venue  d*une  femme  vers  lui  ;  Tair  empoisonné  de  magné- 
tîsme,  Tamour  non  satisfait  Tout  rendu  mortellement  malade;  il 
ne  peut  pas  vivre  sans  amour;  il  est  empoisonné  par  un  poison  de 
lubricité  qui  agit  sur  l'inslinci  génital.  La  dame  qu*il  aime  c^t 
ici,  au  milieu  de  la  plus  basse  débauche.  Les  prostituées,  dans 
cette  mai<on,  ont  des  «  chaînes  de  félicité  »,  c'ofsl-^i-dire  des 
cliaint's  dan■^  le-i(iuelles  on  est  enchaîné  sans  pomoir  bouger  et 
dans  ies(|ui'll('s  on  éprouve  do  la  volupté.  Il  est  prèl,  inainlenaiit. 
à  se  conlenler  d'une  prostituée,  il  possède  nu  admirable  rayoïi- 
nemeul  des  pensées  par  les  yeux  qui  \uul  ±i)  millions.  Ses  compo- 
sitions valent  ôOO,OOU  francs.  A  cAté  de  ces  symptômes  de  mono- 
manie  des  grandeurs,  il  y  a  des  symptômes  de  monomanie  de  la 
persécution;  la  nourriture  est  empoisonnée  par  des  excréments 
vénériens;  il  sent  le  poison,  il  entend  des  accusations  infimes,  et 
il  demande  une  machine  &  boucher  les  oreilles. 

A  partir  du  mois  d'aoAt  1873,  les  signes  de  réviratton  devien* 


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NBURO-PSYGHOPATHOLOCIB  GÉNÉRALE  m 


nent  de  plus  en  plus  nombrt'uv.  Il  se  comporte  avec  beaucoup 
d'afféterie  et  déclare  (ju'il  ne  pourr.iit  plus  vivre  au  milieu  des 
hommes  qui  iioivont  et  qui  fumetil.  Il  peose  et  sent  tout  à  fait 
en  femme.  On  doit  le  traiter  dorénavant  en  femme,  et  le  mettre 
dans  la  section  des  femmes.  11  demande  des  confitures,  des  gù» 
teaux  floB.  Pris  de  lénesme  ol  de  spasme  de  la  vessie,  il  demande 
t  éire  traosporlé  dans  un  hApitat  d'accouchement,  et  à  Ôtre 
traité  comme  une  malade  enceinte.  Le  magnétisme  morbide  des 
hommes  qui  le  soignent  a  une  action  nuisible  sur  lui. 
,  Pa^HSgèrement,  il  se  sent  encore,  par  momentSt  homme,  mais 
il  plaide  d'une  manière  Irùs  signilicative  pour  son  sens  sexuel 
morbide,  inverti;  il  veut  la  salisfaetion  par  la  masturbation,  le 
mariage  sans  coït.  Le  mariage  est  une  institution  de  volupté.  La 
fille  t]u"\\  *'[)Oiiserail  devrait  éfre  onaniste. 

A  partir  du  mois  de  déceiiilii  f  1872,  la  conscience  de  sa  person- 
nalité se  Iransfornie  dcliniliveiut  nl  (»n  une  conscience  féminin»». 
Il  a  été  de  tout  temps  une  feinme.  mais,  entre  un  et  trois  ans,  un 
empirique,  un  charlatan  IVaniuis,  lui  a  grelle  des  parties  génitales 
masculines  et  a  empêché  le  développement  de  ses  mamelles  en 
lui  frottant  et  en  lui  préparant  le  thorax. 

Il  demande  énergiquement  k  être  interné  dans  la  section  des 
femmes,  à  être  protégé  contre  les  hommes  qui  veulent  le  prosti- 
tuer et  être  habillé  en  femme.  Eventuellement  il  serait  disposé 
&  s'occuper  dans  un  magasin  de  jouets  d'enfants,  à  faire  de  la 
couture  on  du  découpage,  ou  à  travailler  pour  une  modiste.  A 
partir  du  moment  de  ta  trantformatio  nxus,  commence  ])nur  le 
malade  une  ère  nouvelle.  Dans  ses  souvenirs,  il  considère  son 
individualité  d'autrefois  coinnie  cello  d'un  rnusin  à  lui. 

Pour  le  moment,  il  parle  île  lui-inëdic  m  In  troisième  personiio; 
il  déclare  être  la  comtesse  V...,  la  incilleui  e  liuiie  de  l'impératrice 
Eugénie,  demande  des  parfuujs,  des  corsets,  etc.  Il  prend  les 
autres  hommes  de  l'asile  pour  des  femmes,  essaie  de  se  tresser 
une  Italie,  demande  uu  cosmétique  oriental  pour  Tépilation,  atlu 
qu'on  ne  mette  plus  en  doute  sa  nature  de  femme.  II  se  plaît  à 
faire  l'apologie  de  l'onanisme,  car  «  il  était,  dès  TAge  de  quinze 
ans,  onaniste,  et  il  n*a  jamais  cherché  de  satisfactions  d'un  autre 
genre  ».  Occasionnellement  on  observe  .encore  chez  lui  des  ma- 
laises neurasthéniques,  des  hallucinations  olfactives,  des  idées  de 
persécution.  Tous  les  faits  de  sa  vie  qui  se  sont  passés  jusqu'au 
mois  de  décembre  1872,  reviennent  à  la  personnalité  du  cousin. 
Le  malade  ne  peut  être  dissuadé  de  son  idée  lixc  qu'il  est  la 

mCKOTATHtA  SKOAU».  19 


290 


PSYCUÛPATUIÀ  SEXUALIS 


comtesse  V...  Il  iovoque  qu*il  a  été  examiné  par  la  sage-femme 
qui  a  constaté  son  sexe  féminin.  La  comtesse  ne  se  mariera  pas, 
parce  qu'elle  méprise  les  hommes.  Comme  le  malade  n'obtient  pas 
d'avoir  des  vêtements  de  femme  ni  des  snuliers  à  hauts  talons, 

il  préfère  rester  toute  la  journée  au  lit;  it  se  comporte  en  femme 
noble  et  soutTranlo.  fait  la  douillette,  la  pudique,  demande  des 
bonbons,  etc.  Autant  qu'il  pont,  W  fait  de  ses  cheveux  des  nattes, 
il  s'arrache  les  poils  de  la  barbe,  et  il  se  fait  avec  des  petits  pains 
un  buste  de  reinme. 

En  1877,  il  se  produit  une  carie  à  l;i  jniiilure  du  genou  gauche, 
et  bientôt  s  y  ajoute  une  phtisie  jnilinotiaire.  Le  malade  meurt  le 
2  décembre  1874.  Crâne  normal.  Le  lobe  frontal  est  atrophié,  le 
cerveau  anémié.  Examen  microscopique  (D'  Schiile)  :  sur  la 
couche  superflcielle  du  lobe  frontal,  les  cellules  ganglionnaires 
sont  légèrement rétrécies  ;  dans  la  tunique  adventice  des  vaisseaux 
beaucoup  de  granulations  graisseuses;  le  ^lia  n'est  pas  changé; 
parcelles  de  pigment  et  granulations  colloïdes  isolées.  Les  couches 
profondes  de  t'écorce  cérébrale  sont  normales.  Les  parties  géni- 
tales sont  très  grosses,  les  testicules  petits,  flasques;  à  la  coupe, 
aucun  changement  macroscopique. 

Ce  cas  de  liioiionianie  de  la  traasl'ormation  sexuelle  que 
nous  venons  de  décrire  dans  ses  origines  et  les  diverses 
phases  de  son  développement,  est  un  phénomène  d'une 
•rareté  étonnante  dans  la  pathologie  de  Tosprit  humain.  En 
dehors  des  cas  précédents  que  je  dois  à  mon  observation 
])er^onnelIe,  j*en  ai  observé  un  eas,  comme  phénomène  épi- 
sodiquc,  chez  une  dame  invertie,  un  autre  comme  phénomène 
permanent  chez  une  fillo  atteinte  de  paranoïa  primitive,  et 
enfin  un  autre  chez  une  dame  atteinte  de  paranoïa  primitive. 

Dans  la  litiéraliire  je  n'ai  pas  ronconlriî  d'observations  sur 
la  monomanie  de  la  transformation  sexuelle,  sauf  un  cas 
traité  brièvement  par  Arndt  dans  son  Manuel  (p.  172),  un 
cas  étudié  assez  superficiclloment  par  Sérieux  (Recherches 
cliniques^  p.  33),  et  les  deux  cas  bien  connus  d'Ësquirol. 
Nous  reproduisons  ici  sommairement  le  cas  d' Arndt,  bien 
que,  pas  plus  que  ceux  d'Esquirol,  il  n*oflre  aucun  rensei- 
gnement sur  la  genèse  de  la  monomanie. 


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NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


OBSKRVATtoN  103.  —  Une  femme  d'âge  moyen,  internée  dans 
l'a«ii!p  de  (îroiffswnldpr,  se  prenait  pour  un  homme  et  se  comportait 
en  consr'qiiciicc.  Hlle  se  coupait  le'^  rhf^veux  lr6s  courts,  se  friisait 
une  rail'  sur  le  coté,  à  la  mode  des  lui  II  tairas.  Un  profil  bien  [)ro- 
noni't',  un  nez  un  peu  fort  el  une  certaine  grossièreté  de  Irails 
tionnaient  à  sa  ligure  un  cachet  bien  caractéristique  ;  des  cheveux 
courts  et  collés  aux  oreilles  achevaient  de  donner  à  sa  tête  une 
ex2>re9sion  tout  à  fait  virile. 

Elle  était  de  fj^nde  taille^  maigre;  sa  voix  était  profonde  et 
laaqne;  lai>omaie  d*Adam  anguleuse  et  proéminente;  son  main- 
tien était  raide,  sa  démarche  et  ses  mouvements  pesants  sans  être 
lourds.  Elle  avait  Tair  dVn  homme  déguisé  en  femme.  Quand  on 
lui  demandait  commentlui  était  venue  Tidi-c  dr  so  prendre  pour  un 
homme,  elle  s'écriait  presque  toujours,  pleine  d'irritation:  Eh  bien, 
regardez-moi  donc!  Est-ce  que  je  n'ai  pas  l'air  d'un  homme? 
Au««i  je  sons  que  je  suis  homme.  .!'ai  toujours  eu  un  sentiment  de 
(■«■  ^ieiit'!'',  mais  re  n'est  qui)  p<'u  h  peu  que  je  suis  parvenue  :i  m'ini 
rendre  (Mimple  cluircnient.  L  liomme  qui  est  censé  être  mou  mari 
a  est  pus  un  vrai  honiiue  ;  j'ai  procréé  mes  enfants  toute  seule. 
J'ai  toujours  senti  en  moi  quelque  chose  de  pareil,  mais  ce  n'est 
<|ue  plus  lard  que  j'ai  vu  clair.  Ei  dans  mon  ménage,  esl-ce  que  je 
n'ai  pas  toujours  agi  en  homme?  L^homme  qui  est  censé  être  mon 
mariy  n*était  qtt*un  aide.  Il  a  exécuté  ce  que  je  lui  ai  commandé. 
Dès  ma  jeunesse,  je  fus  toujours  plutôt  portée  vers  les  choses 
viriles  que  vers  les  affaires  des  femmes.  J*ai  toujours  mieux  aimé 
m*occuper  de  ce  qui  se  passe  dans  la  ferme  et  dans  les  champs 
que  des  affaires  du  ménage  et  de  la  cuisine.  Seulement,  je  n'avais 
pas  reconnu  à  quoi  cela  tenait.  Maintenant  je  sais  que  je  suis  un 
homme;  aus-^i  je  veux  me  comporter  comme  tel,  et  c'est  une  honte 
de  me  tenir  toujours  dans  des  vêtements  de  femme 

nB*ir:BVATioN  lOi.  —  \...,  vinp^l-'six  ans,  de  haute  taille  el  de 
beîlo  prestance,  aiinail,  dès  son  enl'anre.  h  mottre  des  v(^t»'ments 
(if  femme.  Devenu  grand,  il  savait, à  roccasloii  des  rcprcscnlations 
Ihi'âlrales  par  des  amateurs,  toujours  si  bien  arr  Mif;er  les  chosos, 
«|u'on  hii  donnait  des  rôb'S  ib*  Il  iuuk^  à  jouer.  Après  avoir  eiirouvé 
une  forlc  dépression  méluncoUque,  il  s'imagina  être  réellement 
une  femme,  et  essaya  d'en  convaincre  son  entourage.  Il  aimait  à 
se  déshabiller,  à  se  coiffer  ensuite  en  femme  et  à  se  draper.  Un 
jour  il  voulut  sortir  dans  cette  tenue.  Sauf  cette  idée,  il  était  tout 
k  fait  raisonnable.  Il  avait  Thahitude  de  se  coiffer  pendant  toute 


1 


293  PSYCHOPATHIA  SEXUAUS 

la  journée,  de  se  regarder  dans  la  glace,  et,  à  Taido  de  sa  robe  de 
chambre,  de  se  costumer  autant  que  possible  en  femme. 

Un  Jour  qu'Esquirol  faisait  mine  de  lui  soulever  son  jupou,  il 
se  mit  en  colère  et  lui  reprocha  son  insolence  (Esquirol). 

OiiSKKVATioN  105.  —  Madame  X...,  veuve,  fut.  par  suite  de  ia 
niorl  de  sou  mari  el  tic  la  perle  de  sa  fortune,  en  proie  à  de  vives 
émotions  et  au  chagrin.  Elle  dcviul  folle;  après  avoir  commis  udc 
tentative  de  suicide,  elle  fut  transportée  à  la  Salpètrière. 

Madame  X...,  svelte,  maig;re,  continuellement  en  excitation 
maniaque,  sMmaginait  être  un  homme  et  se  mettait  toujours  en 
colère  quand  on  rappelait:  «  Madame  ».  Un  jour  qu*on  mit  &  sa 
disposition  des  vêlements  d*homme,  elle  fui  transportée  de  joie. 
En  ISOS,  elle  est  morte  d'une  maladie  de  consomption,  et  elle  a 
manifesté,  peu  de  temps  encore  avant  son  décès,  sa  manie  d'être 
un  homme  (Esquirol). 

Dans  un  précédent  cliupilrt',  j'ai  fait  mention  des  rapports 
intéressants  qui  existent  entre  ces  faits  de  la  mélaraorphose 
sexuelle  imaginaire  el  la  soi-disant  folie  des  Sc\  llies. 

Marandon  (Annales  médico-psychologiques,  1888,  p.  160) 
a,  comme  beaucoup  d'autres,  accepté  riiypotht'se  erronée 
que,  chez  ces  Scythes  de  Tantiquité,  il  s'agissait  d'une  véri- 
table monomanie  et  non  pas  d'une  simple  éviration.  D'après 
la  loi  de  l'empirisme  actuel,  cette  monomanie,  si  rareaujour^ 
d*hui,  a  dû  être  non  moins  rare  dans  l'antiquité.  Gomme  U 
est  impossible  de  l'admettre  autrement  que  basée  sur  une 
paranoïa,  il  n"a  jamais  pu  èlro  question  d  iino  nianif('<l;ition 
endémique  de  ce  piiénomènc,  mais  soiilomenl  de  rinlerprc- 
tation  supiTstitipu'^e  d'une  ('viration  (dans  le  sens  d'un  chà- 
timenl  (1  une  décsscj,  ainsi  que  cela  ressort  des  allusions 
d'Hippociate. 

Le  fait  qui  ressort  de  la  soi-disant  folie  des  Scythes  ainsi 
que  des  observations  modernes  relevées  chez  les  Indiens  de 
Pueblo,  reste  toujours  remarquable  au  point  de  vue  anthro- 
pologique; avec  l'atrophie  des  testicules,  on  a  constaté, en 
même  temps  celle  des  parties  génitales  et  en  généra!  une 
régresrâon  vers  le  type  féminin  au  point  de  vue  physique  et 


NeUUU-PSYCUOPATUOLOGlE  (iÉNÉOALE 


293 


moral.  C'est  d'autant  plus  frappant  qu'une  pareille  réaction 
est  aussi  insolite  chez  rhomme  qui,  à  Tâgc  adulte,  a  perdu 

ses  organes  génitaux,  (juo  chez  la  fenime  aUuUc  après  la 
ménopause  arlilicielle  ou  na(urellc. 

B.  —  LE  SENS  HOMOSEXUEL  COMME  PUÊNOMÈNE  MOR^DE 

ET  congénital'. 

L'ossenfiol,  dans  i)liéuoinc'iie  étrange  de  la  vie  sexuelle, 
c'est  la  Irigiililé  sexuelle  poussée  jusqu'à  i'tiorrcur  pour 
Tautre  sexe,  tandis  qu'il  y  a  un  sens  sexuel  et  un  penchant 
pour  son  propre  sexe.  Toutefois,  les  parties  génitales  sont 
normalement  développées,  les  glandes  génitales  fonctionnent 
tout  à  fait  convenablement,  et  le  type  sexuel  est  complète- 
ment différencié» 

Les  sentiments,  les  pensées,  les  aspirations  et  en  général 
le  caractère  répondent,  <|uand  ranonialic  est  complètement 
d«»vr'lo|ijtée,  à  la  sensation  sexuelle  parliciilit  i  *  .  non 
pas  au  sexe  que  l'individu  atteint  repri'-^t  iile  aiiulumique- 
ment  et  physiologiqucinent.  Ce  sentiment  anormal  se  mani- 
feste aussi  dans  la  tenue  et  dans  les  occupations;  il  va  jus(|u  à 
donner  à  l'individu  une  tendance  à  s'habiller  conformément 
aurAle  sexuel  pour  lequel  il  se  sent  doué. 

Au  point  de  vue  clinique  et  anthropologique,  ce  phéno- 

1.  Ouvrages  (eu  deliorii  de  ceux  qui  serout  lueiitiuiiix-s  plus  Urdj  :  Tcir- 
dieu,  De»  attentat»  aux  mœur»,  7«  édit.,  IS78,  p.  210.  —  Iloffmana,  Uhrb.  d, 

ger.  Mai  ,  f-"  ■'  lit  ,  p.  170,  887.  —  Glt-y,  Revue  philosophique,  !SSi.  ir  1.  — 
Magnan,  Annal.  méU.-psychoL,  18ii5,  p.  —  Sliaw  et  Ferris,  Journal  of 
neroou»  ani  mental  di»ea»e^  1883,  Avril  'n*  2.  ~  Bernbardi,  Def  UroHÛmtitf 
Berlin  [VolhJnuIihandlunfj),  188J.  —  f^fi' v  r,  f»;  l'un  vr^ion  d-  l'iKsfiuct 
texuel,  Paris,  l86o.  —  Riili,  Cas.  hebdom.  de  médecine  et  de  chirurgie,  1878, 
4  janvier.  —  Tamaiiit,  Bwuta  *perim„  1818,  p.  91-111.  —  Lombroso,  Archi». 
di  Psychiatr.,  ISSl.  —  Charcct  A  M  ignan,  Archiv.  de  S'eurologie,  1882,  u°»  7, 
12.  —  iloW,  Die  conlrtlre  Sexualempfindung,  Beriio,  18D1.  —  ChiivaUer,  ^'c/tirci 
de  ramthropologie  crimineUe,  t.  V,  n»  il;  t.  VI,  31.  —  Reuss,  Aberra- 
lions  du  sens  génésique  {Aiinriles  d'hi/gicne  pahlit/uf,  18Sf.  .  —  Saury,  Elude 
eitnique  »ur  la  folie  héréditaire,  1886.  —  Brouardei,  Oaz,  des  hôpilauje,  188ti 
et  1887.  —  Tilier,  Virt»tinrl  teruel  chez  Vhomme  et  ehex  le»  animauT,  1889.  — 
Carlier,  I^es  deux  prostitutions,  1887.  —  Lacassaf-nc,  Ari.  !'r,!i'r^iylir  in 
Dictionn.  encyclopédique.  —  Vibert,  Art.  Pédérastie  iu  iJicttonnaire  de  méd» 
et  de  chirurgie. 


294 


PSYCHOPATHIA  SEXLAUS 


mène  anormal  présente  divers  degrés  dans  son  développe- 
ment, c*e8l-à-dire  diverses  formes  et  manifestations. 

1)  A  côté  du  sentiment  homosexuel  prédominant  il  y  a  des 
traces  de  sentiments  hétéro'Sexuels  (hermaphrodisme  psycho- 
sexuel)  ; 

2)  Il  n'y  a  de  peiicliant  <|ue  pour  son  liroprc  sexe  ^homo- 

sexualilé); 

3)  Tout  Tôtre  psychique  se  conforme  au  senliment  sexuel 
anormal  (oITéniination  et  viraginité); 

4)  La  conformation  du  corps  se  rapproche  de  celle  qui 
répond  au  sens  sexuel  anormal. 

Cependant,  on  ne  rencontre  jamais  de  vraies  transitions  & 
rhermaphrodisme;  au  contraire,  les  organes  génitaux  sont 
parfaitement  différenciéSi  de  sorte  que,  comme  dans  toutes 
les  perveraions  morbides  de  la  vie  sexuelle,  il  faut  chercher 
la  panse  tlu  j)h<^nomènc  dans  le  cerveau  (audrogyuie  et 
gyuHiitirio'!. 

Lo*^  premiers  renseipriicraonts  un  jieu  exacis*  sur  ces  phé- 
nomènes do  nature  ('nii^rnatique  nous  viennent  de  Casper 
{Vbcr  Noihsuc/U  und  Pftderastie,  Caspfrs  Vierteljahrsschr.^ 
1852, 1)  qui  les  confond  avec  la  pédérastie,  c'est  vrai,  mais 

1.  11.  te  docteur  Moll,  de  Berlin,  attire  mon  attention  sur  le  fait  qu'oa 
trouve  d^à  des  allusions  à  l'inTerston  sexuelle  concernant  des  bonnufs, 

dans  le  Moritz's  Magazin  f.  Erfahrunffseelenkunde,  t.  VIII,  Berlin,  1791.  En  cffel, 
on  y  cite  les  liiograplnos  Je  deux  iiommes  pris  d'un  amour  délirant  poar 
des  personnes  de  leur  ^iropre  sexe.  Dans  le  deuxième  cas,  qui  est  parlicu* 
lièrcment  remnrquable,  le  malade  cxpli(|ue  l'origine  de  son  ■  atierration  » 
par  le  fait  qu'étant  enfant,  il  n'a  été  caressé  que  par  des  personnes  adultes, 
et  à  r.i(fe  de  dix  &  douze  ans  par  ses  camarades  d'école.  •  Cela  et  la  prirs- 
tion  de  la  »<>i  u  të  des  personnes  de  l'autre  sexe  ont  eu  pour  conséqueuce 
cbex  moi  de  (U-tourner  le  penchant  naturel  pour  le  sexf  féminin  et  M  le 
reporter  sur  les  hommes.  Maintenant  encore  les  femuies  iue  &uul  iu.iiiïé- 
renles.  » 

On  ne  peut  pas  dire  s'il  s'n^issnit  d'nn  cas  d'inversion  con>îéuitale  henna- 
pbrodisme  psycho-sexuel)  ou  acquise.  Le  cas  le  plus  aucicu  d'iuversiOQ 
sexuelle  qu'on  connaisse  jusqu'ici  en  Alietua»;!!»  concerne  une  femme  qui 

était  tnnriée  avec  une  autre  femme  et  <  (.h.ihitait  ;ivec  fon  ronsorf  an  moyen 
d'un  priape  en  cuir.  L'n  cas  de  viraginité  «jui  s  est  prcseulc  au  cuuimencc- 
ment  du  siècle  passé,  et  qni  est  très  intéressant  aus^si  au  point  de  vue  juri- 
dique et  lii.itHri(|Uft,  a  éf«?  piiiFi'  dan?  lis  dossiers  ofUciels  cl  ritr  [tarie 
docteur  Mulier  d'AlexaudersliHii  dans  tnedreichs  hlœlter  f.  ger.  MedictH 
cahier  4. 


V 


ISEUllO-PSYCHOPATHOLOGlE  GÉNÉUALE 


295 


qui  déjà  fait  celte  juste  remarque  que,  dans  la  plupart  des 
cas,  cette  anomalie  est  congénitale  et  doit  être  considérée 
comme  une  sorte  d'hermaphrodisme  intellectuel. 

Il  y  ajà  un' véritable  dégoût  des  attouchements  sexuels  avec 
des  fommes,  tandis  que  riuiui^iiiation  se  réjouit  à  la  vue  des 
beaux  jouin'S  hommes,  des  statues  et  des  luldcaux  qui  en 
représeiUt  iil.  Ce  fuit  n'a  pas  échappé  à  Casper  que,  dans 
ces  cas,  Vimmissio  pénis  in  (inum  pédérasliei  n'est  pas  la 
règle,  maïs  ces  individus  reclierc lient  et  obtiennent  des  satis^ 
factions  sexuelles  par  des  actes  sexuels  d'un  autre  genre 
(onanisme  mutuel). 

Dans  ses  Kiinigehen  noveilen  (1863,  p.  33),  Gasper  cite 
la  confession  intéressante  d^un  homme  atteint  de  cette  per* 
version  de  Tinstinct  génital,  et  il  n'hésite  pas  à  déclarer  que, 
abstraction  faite  des  imaginations  corrompues,  de  la  dénio- 
rulisalioa  proJuiti'  pur  la  satiété  «les  jouissances  sexuelles 
normales,  il  y  a  di  ii  MnI  ieux  cas  où  la  <<  jM'ilérastie  »  provient 
d  une  impulsion  congénitale,  étrange,  inexplicable,  mysté- 
rieuse. Vers  1860,  un  nommé  Uirichs^  qui  lui-môme  était 
atteint  de  cet  instinct  perverti,  a  soutenu  dans  de  nombreux 
écrits',  publiés  sous  le  pseudonyme  de  Numa  Numantius,  cette 
thèse  que  la  vie  sexuelle  de  l'âme  est  indépendante  du  sexe 
physique,  et  qu'il  y  a  des  individus  masculins  qui,  en  pré- 
sence de  l'homme,  se  sentent  femmes  (anima  muHeàris  in 
corporeviriii  inciusa). 

Il  désignai!  ces  gens  sous  Je  nom  d'uranisles  (Urniiig  ,  et 
réclamai t  lien  moins  que  1  uulorisaliun  Je  TÉtat  et  de  la 
société  pour  l'amour  sexuel  des  uranisles.  comme  un 
amour  congénital  et  par  conséquent  légitime,  ainsi  que 
Vauionsaiion  du  mariage  entre  eux.  Seulement,  UJrichs 

5.  Vindex,  lnclu<a,  Vlndicla,  Fonriatrir,  .ir  t  spei,  Gladius  fui"n9  ISfii  et 
1865,  LKÏpzig,  H.  Mattbes,.  Llriclis,  Ki  itische  Pfetie,  lJj"39,  eu  coinuiission  ciiez 
H.  CNtntein,  Stuttgart,  Aui^i'tcnitnuiM,  5.  L'auteur  qui  combat  «ans  se 
décourager  les  préjugés  dnnt  ses  seinblnhk's  ont  à  souffrir,  a  puhlié  dan?  ce 
but,  «tepuis  ISIt'J,  4  Àquila  degli  Abruzzi  ^Italie),  un  journal  ^crit  en  lalia 
vm  le  titre  :  Uperiodieo  hlino. 


296 


PSYCHOPATHU  SKXUALIS 


nous  doit  encore  la  pi  euv  o  (jiic  ce  sou  liment  sexu^l  para- 
doxal, «]ui  est  en  tout  cas  (  (>nut%ital,  soit  un  piiénomène 
physiologique  et  Doii  pas  pathologique. 

Griesinger  a  jctd  une  première  luniifMc  anthropologico- 
clinique  sur  ces  faits  {Archiv  f.  Psyehialrie^  1,  p.  Gol  ),  eu 
montrant^  dans  un  cas  qu'il  avait  observé  personnellement,  la 
lourde  tare  héréditaire  de  Tindividu  atteint. 

Nous  devons  à  Westphal  [Archiv  f,  Psychiairie^  II,  p.  73} 
le  premier  essai  sur  le  phénomène  qu*il  appelle  «  inversion 
sexuelle  congénitale,  avec  conscience  du  caractère  morbide 
de  ce  phénomène  ».  11  a  ouvert  la  discussion  :  le  nombre 
des  cas  a  atteint  jusqu'ici  le  cbilîVe  de  107.  sans  compter 
ceux  qui  sont  rapportés  dans  notre  monographie 

1.  Cuiicr-iiiaitl  )fs  individus  du  fexc  n«nsculin  :  1°  Casptr,  A7i/j.  ^loiellen, 
|).  30  [Lehrh.  d.  (jer.  Med.,  7»  édil.,  p.  1"6):  2"  ^Vcstphal,  Archii^  f.  Psydt.^ 
il,  p.  73;  :{«  Siliuiiuki.',  d  ins  le  ni»*tiie  jfHiiri  iî,  III,  jk  22";  4^  Si^holz,  Vier- 
teljiihtsscht .  f.  ga:  Medtcm  XIX;  5°  Gock,  Arch.f.  i^syvh..  V,  [>.  50  S;  (i»  Ser- 
vacs,  ou  même  endroit,  VI»  p.  384;  7*  Westpbal,  dan»  la  in^ioe  feuille.  VI, 
[..  020;  8»,  9^  IQo  St  uk,  Zeiitehr.  f,  l*9ychiairie,  t.  XXXI;  11"  I-intati  Cu?- 
pers,  Lehrb.  d.  ger.  Med.,  6*  édit.,  p.  509,  p.  2^2; ;  120  Le^rand  du  Saulle, 
AnnaL  méd.-ptychol.f  1B16,  mai;  13*  8tcn,  JaAr5. Payehialriê,  III,  cahier  S: 
1^"  Kiuf;;.  ZvUschr.,  Drtiin,  1884,  ocl.  ;  11"  Cli.ircot  ot  .Mn-Tian,  Arcfi.  rlf  Stv- 
rolofj.,  1S»2,  u«  9;  16»,  il»,  18°  Kirii,  Zeitsihr.  f.  Ps'jckudr.,  t.  AXXIX, 
p.  216;  19*  Rabovr,  Brlenme^erg  CentralùL,  1883,  n*  8;  SHI*  Bluuier.  Amerie. 
Inunt.  o/  iii.sanit'/.  Î8S2,  juillet  ;  •2\''>  ^vrwi'jc,  Jotn'nfd  of  t>icnl'il  <n>nrr.  1S?5, 
octobre;  22«  Scholz,  Vterleijahmschr.  f.  yer.  Med.,  N.  h\,  t.  XL,  fascicule  î; 
23*  Magnaii,  Ann.  med.-ptychol.,  1885,  p.  461  ;  24*  Chevalier,  Dt  finvênion 
de  l'insHiirf  sr.riir!,  Paris,  IS.S.'i,  p.  1-*';  25"  Morselli,  Lu  liiforma  niedica, 
4«  anacc,  mars;  IQ"  Lcuupacher,  Friedreich»  BlûlUr^  1888,  U,  4;  27<»  Hol- 
Iftnder,  Allg.  Wienermed.  Zeitung  1882;  S6«  Krieat,  Erlennieyen  Cenirat6t., 
1888,  no  l'J;  2,>«,  3l)\  :]!<»,  32"  v.  Kiallt-Ebinj;,  Pstjchoi>alhui  sexunlh, 
3«  édil.,  Obaervatiuus  32,  3(5,  42,  4;»;  33»  lioleuku,  Russ.  Ai-chiv  f,  tty- 
ehiatrie,  I.  IX,  11,  3  (cil»-  par  Rotbe  dlo»  Zeiiichr.  f.  Psychiatrie;  34»  v. 
Ki  nin,  Inlvritaliuiiales  Centmlblall  /'.  </.  Physiol.  und  Palholopir  der  llarn  und 
Hesuulorfjane,  t.  l,  fasc.  4;  3>  Ganlarauo,  La  Ptychialria,  1881,  îi"  année, 
p.  19a;  36*  S^rienic,  Recherches  cliniquet  sur  le»  ttnomtttinde  PiruUnel  sexuel, 
Pétris,  1S8«,  01»s.  13;  87"-i2»  Kieinaii,  The  medic.  St'iud, IS-îS.  7  cas; 
43<>-46«  llabow.  X'-tttchr.  /'.  KUa.  Uedicin,  t.  XVII,  Suppl.;  il'-'^l"  v.  Krafll, 
Neue  Porschitnijen,  observallons  1.  3.  4,  ."i,  8;  52»-61«  v.  Krafft,  Ptycho- 
pathia  sejualis,  édil.,  Obset  v.  .';3,  01,  «4,  G«,  13,  "IS.  84.  8,">,  81  ;  62«-fio« 
Lemèuie,  Aewe  Forschutiym,  2«  édit.,  Observ.  3,  4,  5,  6;  Uaïuinond,  impuis- 
satwe  sexuelle,  p.  30,  30  ;  GS'-Tl*  Gamler,  Anomalie»  sexuelle»,  1889,  Obsenr. 
227,  228.  2i;),  2.!(};  12»  y.  Kraffl.  Friedreichs  liiûUn,  ISi-l,  fascicule  G;  730-8Î 
V.  Kmllt,  Psychopathia  sexmdis,  édit.,  Obsen-.  18,  81,  82.  84.  85,  86,  87^ 
89,93.  94,96,  97,  î)8,  101,102;  H^<>  Fvavixkd,  Medic.  Zeitung  d.  Verein»  f.  lleil- 
kundc  in  l'revssni,  i.  p.  102  (/(omo  ;  S9''-91«' Bcrnbeini, //y/J'jo- 

tisme,  Paris,  1891,  Obs  38  et  suivantes;  92«  Wettentnuid,  Der  Hupnotismu», 


iNEUnO-PSYCIlUPAlHOLUGlE  GÉNÉUALE  297 

Westphal  ne  touche  pas  la  question  de  savoir  si  Tinver- 
sîon  sexuelle  est  le  symptôme  d*un  état  névropathique  ou 
{)syclio|)alhique,  ou  bien  si  elle  constitue  un  phénomène 
isolé.  Il  maintient  avec  formelé  que  cet  éUii  est  cougi^nital. 

Mo  foiiilauL  sur  les  cas  quo  j'ai  juibliés  jusqu'en  1877,  j'ai 
signalé  cet  étrange  Miiliiin  nl  &oxiit  l  ronuno  un  sligmalede 
dégénérescence  fonctionnelle,  <'t  comme  un  phénomène 
partiel  d  un  état  névro^psycho-pathologique  ayant  pour 
cause,  dans  la  plupart  des  cas,  l'hérédité.  Celte  supposition 
a  été  confirmée  par  l'analyse  des  cas  qui  se  sont  présentés 
depuis.  On  peut  citer,  comme  symptômes  de  cette  tare  névro- 
psycho-patliologique  les  points  suivants. 

i*  La  vie  sexuelle  des  individus  ainsi  conformés  se  mani^ 
feste  régulièrement  bien  avant  la  périodi'  ^normale  et  bien 
après,  d'une  fac.'on  très  violente.  Souvent  elle  présente  encore 
d'aulres  [)tiénomèncs  pervers,  en  «Icliors  de  cullf  direction 
anormaie  imiu  iniéc  par  l  élrange  seulinient  sexuel. 

2"  L'amour  psychique  de  ces  individus  est  souvent  roma- 
nesque et  exalté;  de  môme  leur  instinct  génital  jic  manifeste 
dans  leur  conscience  avec  une  force  particulière,  obsédante 
même. 

3*  Â  côté  du  stigmate  de  dégénérescence  fonctionnelle 
de  Tinversion  sexuelle,  on  trouve  encore  d'autres  symp- 
tômes de  dégénérescence  fonctionnelle  et  souvent  aussi 
anatomir[ue. 

4"  Il  existe  lies  névroses  (liystérie.  neurasthénie,  étals 
épileptoides,  elc.K  Presque  toujours  on  peut  constater  de 
la  neurasthénie  temporaire  ou  permanente.  Cette  neuras- 

IMI;  93*  Mflller,  Hythrùthirapw^  1890,  p.  309  ;  94*  à  96»  v.  Scbreok-Notsinir, 

Suggestionsthérapin.  1892,  cas  63,  68,  :  'H  l.n  Intii",  Kevite  de  l'fniprfflsme, 
I8é9, 1er  septembre;  ggp  y.  Krafft, /n/er/ia/.  CenlrulUaU  f.  d.  Krtmkfieiten  der 
Barn  vnd  Getehleehtmr^ne,  t.  I,  fa«c.  4  ;  99»  à  tOO«  Wacbhoix,  Priedreicht 
miter  f.  (jcrkhlll.  Med..  JSDi',  fa-finilf 

Cfinctruanl  des  irniividus  f(?iuiuins  :  1"  Westphal,  Arch.  (.  l'sych.,  Il, 
p.  73;  2»  Gock.  Op.  cit.,  n»  !  ;  3«  Wïîse.  The  Atienht  and  Neurotogist,  1883, 
janvier;  4»  Canlanaro,  La  Ps'jrhùtlrla,  I88:t.  S  M  ;  S  rinix,  0.  .  ri/..  Observ. 
14;  6«»  kiernan,  op.  c»/.;  >  MUller,  friedreidu  lihUlcr  f.  yer .  Aied.,  1891, 
faieieule  4. 


298  PSYCHUPAiiliÀ  hEXLALIS 


thénie  est  ordinairement  constitutionnelle,  c'est-à-dire 
qu'elle  est  produite  par  des  causes  congénitales.  £Ue  est 
réveillée  et  maintenue  par  la  masturbation  ou  par  Tabsti- 
nence  forcée. 

Chez  les  individus  masculins,  la  netiraslhenia  sexua/isî^o 
développe  sur  ce  terrain  morbide  ou  piédi?po<;é  congéni- 
lalement.  Elle  se  manifosie  alors  surtout  par  la  faiblesse 
irrifative  du  centre  d'éjaculalion.  Ain'^i  s'explique  !e 
fait  que,  chez  la  plupart  des  individus  aUeiiitâf  une  simple 
accolade  ou  un  baiser  donné  à  la  personne  aimée,  quelque- 
fois même  ie  simple  aspect  de  cette  dernière,  provoquent 
réjaculation.  Souvent  réjaculation  est  alors  accompagnée 
d*une  sensation  de  volupté  anormalement  forte,  qui  va 
jusqu'à  la  sensation  d'un  courant  k  magnétique  >»  à  travers 
le  corps. 

5°  Dans  la  majorité  des  cas,  on  rencontre  des  anomalies 
psychiques  (talents  brillants  pour  les  beaux-arts,  surtout  pour 
la  musique,  la  poésie,  elc.  »,  en  niAme  temps  que  de  lu  fai- 
blesse des  facultés  intellectuelles  esprits  faux,  bizarres  .  et 
môme  des  états  de  dégénérescence  psychique  très  prononcée 
(imbécillité,  folie  morale). 

Beaucoup  d'uranistcs  en  viennent  temporairement  ou 
pour  toujours  aux  délires  caractéristiques  des  dégénérés 
(états  passionnels  pathologiques,  délires  périodiques,  para- 
noïa, etc.). 

6"  Dans  presque  tous  les  cas  oîi  il  fut  possible  de  recher^ 
cher  l'état  physique  et  intellectuel  des  ascendants  et  des 

proches  parents,  on  u  cuiislalé  ilaiis  ces  familles  des  né- 
vroses, des  psychoses,  dos  sti^ni.(le>  Ji'  dégénéreseciiee.  ofc.'. 
L'inversion  sexuelle  congénitale  est  bleu  profonde  et  bieu 

1.  L'inversion  sexuelle,  comme  plu  nomène  partiel  de  la  dégénéresceOM 
nerveuse,  peut  se  produire  aussi  chez  les  descendant»  de  [i  ireuta  exempt» 
de  ucvrose.  Cela  res8»trt  d'une  obscrvatiou  de  Tarnowskv  (up.  cit.,  p.  i^) 
dans  laquelle  le  lues  du  procréateur  était  enjeu,  aiusi  que  d'uu  cas  du  méine 
genre  rapporté  par  Scholz  {Vierleljdli» ssdn  lit  f.  ijpr.  Metlichr  où  la  ten- 
dance perverse  de  l'instinct  génital  vljil  lice  ù  un  arrêt  dv  dt-veloppeuieot 
physique  d  origine  Irautnatique. 


iXEUaO-PSYCUOPATHOLUt.lE  GÉiNÉIULE  2W 

enracinée;  eela  ressort  déjà  du  fait  que  les  rêves  érotiques 
de  Turaniste  masculin  n'ont  pour  sujet  que  des  hommes,  et 
ceux  de  l*bomosexuel  féminin  des  individus  féminins. 

L'observation  de  Westpliul,  que  la  conscience  de  la  défec- 
tuosité congénitale  de?*  senlimeiits  sexuels  pour  l'autre 
si'xc  et  du  penchant  pu  m-  son  propre  sexe,  est  ressentie 
pL'Uibiemont  par  l'individu  atteint,  ne  se  continue  que  dans 
ou  certain  nombre  des  cas.  Heaucoup  d'individus  n  ont  pas 
m^me  conscience  de  la  nature  morbide  de  leur  état.  La 
plupart  des  uranistes  se  sentent  heureux  avec  leurs  senti- 
ments sexuels  pervers  et  la  tendance  de  leur  instinct  ;  ils 
ne  se  sentent  malheureux  que  par  Tidée  que  la  loi  et  la 
société  ont  élevé  des  obstacles  contre  la  satisfaction  de  leur 
penchant  pour  leur  propre  sexe. 

L'élude  de  l'inversion  sexuelle  montre  nettement  les 
anomalies  de  rorL;anis;»tion  cérébrale  des  in<lividus  aUeints 
de  celte  perversion,  (iiey  {Revue  philo^<>]iln</Ki\  ISHi.  jan- 
vier) croit  pouvoir  donner  le  mot  de  l'énigme,  en  supposant 
que  ces  indivi  lii'^  ont  un  cerveau  féminin  avec  des  glandes 
génitales  masculines,  et  que,  chez  eux,  c'est  la  vie  cérébrale 
morbide  qui  détermine  la  vie  sexuelle,  contrairement  li 
l'état  normal  dans  lequel  les  organes  génitaux  déterminent 
les  fonctions  sexuelles  du  cerveau. 

Un  de  mes  clients  m*a  exposé  une  manière  de  voir  très 
intéressante  et  qui  pourrait  être  admise  pour  explicpier  l'in- 
version congénitale  primitive.  Il  pn'ud  conirne  point  de 
départ  la  bisexualité  réelle  telle  (ju'elle  s<'  présente  aualo- 
miquenienl  chez  tout  lœtus  jusqu'à  un  certain  âge. 

Ou  devrait,  dit-il,  prendre  en  considération  qu'au  ca> 
ractèrc  originairement  bermaplirodile  des  parties  congé- 
nitales correspond  probablement  aussi  un  caractère  origi- 
nairement hermaphrodite  avec  des  germes  latents  de  tous 
les  traits  secondaires  du  sexe,  tels  que  cheveux,  barbe, 
développement  des  mamelles,  etc.  L'hypothèse  d*un  herma> 
phrodisme  latent  des  traits  secondaires  du  sexe  subsistant 


300 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


chez  chaque  individu  pendant  toute  la  vie  est  justifiée  par 
les  phénomènes  de  régression  partielle  d*un  type  sexuel 
dans  Tautre,  même  après  le  développement  complet  du 
corps,  phénomènes  qu'on  a  pu  constater  chez  les  castrâtes, 
les  mujeradoSf  et,  à  la  ménopause,  chez  les  femmes,  elc. 

La  partie  cérébrale  de  Tappareil  sexuel,  le  centre  psycho- 
sexuel  masculin  ou  féminin  représenic  un  des  Irails  secon- 
daires les  plus  importants  du  sexe;  il  t'st  môme  égal  en 
valeur  h  l'autre  moitié  de  Tapparoil  sexuel.  Quand  il  v  a 
déveloi>pement  loul  à  lait  normal  de  l'individu,  les  organes 
génitaux  hermaphrodites  du  l'œtus,  c'est-à-dire  les  glandes 
des  germes  et  des  organes  de  copulation,  forment  d'abord 
des  organes  qui  portent  le  caractère  prononcé  d*un  seul 
sexe;  ensuite,  les  traits  secondaires  du  caractère  sexuel 
—  physiques  et  psychi({ucs  —  subissent  la  même  transition 
de  la  conformation  hermaphrodite  à  la  conformation  mono- 
spxuelle  (en  tout  cas,  pendant  qu'ils  sont  à  l  état  latent  ;  ou 
bien  pciidanl  la  vie  l'étalé,  simul laiiédical  avec  les  ur^uues  de 
1h  <xén<'ralioii  :  ou  encorr,  plus  tard,  quand  ils  sont  sur  le  point 
dc^nrlirde  leur  état  latrntV  'rroi<'i<''nierii('nt,  jieiidaut  cette 
transition,  les  traits  secondaiies  du  caractère  scxuci  suivent 
révolution  opérée  sur  Tun  des  deux  sexes  par  les  organes 
génitaux,  pour  rendre  possible  le  fonctionnement  harmo- 
nique de  la  vie  sexuelle. 

Cette  évolution  uniforme  de  tous  les  traits  du  caractère 
sexuel  se  fait  régulièrement,  par  suite  d'une  disposition  spé- 
ciale dans  le  processus  du  développement.  Uorigine  et  le 
maintien  de  celle  disposition  s'expliquent  suflisamment  par 
leur  nécessité  absolue. 

Mais,  daiàs  dc.>  conilitioiis  an(u  rnales  ;  dégénérescence  hé- 
rédilaii  c.  etc.),  celle  harmonie  de  développement  peut  être 
troublée  de  diiïérentes  façons.  Non  seulement  révolution 
des  organes  génitaux  de  Tétat  hermaphrodite  vers  l'état 
monosexuel  peut  faire  défaut,  mais  le  même  fait  peut  aussi 
se  produire  pour  les  traits  secondaires  du  caractère  sexuel, 


:«EURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE  301 

pour  les  tmil?  physiques  ot  plus  encore  pour  les  Uails 
ps^Vi  liifiur-^.  Knim,  riianuonit'  du  dévelopjM'nicul  de  l'appa- 
reil sexuel  peut  vive  lellenient  IrouhhV  (lu'unr  |)artie  suive 
l'évolution  vers  un  sexe  et  l'autre  vers  le  sexe  opposé. 
-  Qualrc  types  principaux  d'hermaphrodisme  sont  donc 
possibles  (il  y  a  des  types  secondaires,  comme  les  hommes  à 
mamelles,  les  femmes  à  barbe):  l' l'heiinaphrodisme  pure- 
ment physique  des  parties  génitales  avec  monosexualité 
psychique;  2* Thermaphrodisme  purement  psychique,  avec 
parties  génitales  monosexuelles;  3**  l'hermaphrodisme  par- 
fait, physique  et  intellectuel,  avec  tout  l'appareil  sexuel 
bisexucllement  coaslitué;  4"  riierniaplirodisme  croisé  où 
la  partie  psychique  et  la  partie  physique  sont  monosexuelles, 
mais  chacune  dans  un  sens  opposé  à  l'autre. 

Eu  y  i-e^ardant  de  plus  près,  la  première  forme  physique 
d'hermaphrodisme  peut  Atre  considérée  comme  croisée,  car 
les  glandes  génitales  répondent  à  un  sexe  et  les  parties 
génitales  externes  à  un  sexe  opposé. 

La  deuxième  et  la  quatrième  forme  d'hermaphrodisme 
ne  sont,  au  fond,  rien  autre  chose  que  de  Tinverslon 
sexuelle  congénitale  ' . 

La  troisième  forme  paraît  être  très  rare.  Cependant,  le  droit 
canonique  de  TÉglise  s*en  est  occupé;  car  il  exige  de  Therma- 
phrodile  avant  son  mai  (ay;e  un  sernienL  sui-  lu  manière  dont  il 
se  comportera  (Voir  l*hillip.Aïrc/<e7irec///,  p.  633  de  la  7"  édit.). 

l.  Fmok  Lydston  (Ph'tUidelph.  vied.  and  smgical  Reporter,  sept.  I8SS)  et 
Thiermau,  (  V'-t^'v/^  SVaru/flrrf,  novembre  ÎSS8),  essaient  <r<  \|<liquer  d'une 
oiaaière  analogue  une  partie  des  ras  de  Paranoïa  sexuelle  cuugcnilalc  en  les 
pla^t  dans  une  catéf^orte  subordonnée  de  rhcrmaphrndisme.  Kicrnan, 
pnnr  rompltVrr  «on  c^plit  atiuii,  suppose  que,  chez  le»  in«!iviiins  tarés,  il  se 
produit  plus  facilement  des  r(-gres$ions  vers  les  foraues  primitives  de  Ther- 
Oiftptarodisroe  ùt  la  série  animale  :  «  Tke  oritfinal  bi-*exuatily  of  the  ances- 
tort  of  the  rare,  y'»  hi  the  rt/dimrnfarj/  fernnie  orr/ans  of  the  innJf,  could 
ml  faii  lo  occasion  funclionai,  if  not  organtc,  reversions,  ivhen  mental  or 
fhfrieal  manifuttatiùm  votre  interfered  with  by  dheas*  or  eenyenilal  defect. 
Il  teems  certain  Ihnt  a  femmel'j  fuiictionat'nt;/  hraln  cun  orcufiy  a  rnnh  body 
Md  vice  versa.  Maies  may  be  borne  with  femaie  externat  genxtais  and  vice 
versa.  The  tmoett  aiumaU  an  iiteamal^  and  the  variùut  typt»  of  karmaphro' 
ditism  are  morp  or  lésa  comptett  nvcnion»  to  the  ûneê*tnd  tffpe,  »  (Op.  cit., 
p.  9.  Note  de  l'auteur.) 


302 


PSYCHOPATlllA  SEXUALLS 


Par  appareil  génital  psychique  monosexuel  dans  un  corps 

nionosoxiiel  appartenant  au  sexe  opposé,  il  ne  faul  pas 
conii)r  eii(lre  «  uno  \mo  fôminine  dans  un  eorveaii  masculin  »> 
ou  vire  versa,  iii;mi<'r<'  do  voir  qm  s«Mail  en  contra Jidiou 
manifeste  avec  toulcs  les  Ut-es  scionlifiques.  Il  ne  faudrait 
pas  non  plus  se  ligurer  qu'un  cerveau  féminin  puisse  exister 
dans  un  corps  masculin,  ce  qui  contrediiiùi  tous  les  faits 
anatomiques'  :  mais  il  faut  admettre  qn*un  centre  psycho- 
sexuel féminin  peut  exister  dans  un  cerveau  masculin,  et 
vice  versa. 

Ce  centre  psycho-sexuel  (dont  il  est  nécessaire  de  supposer 
roxistence,  ne  fftf^ce  que  pour  expliquer  les  phénomènes 
pliysiolo-^iques)  ne  peut  t^tre  autre  chose  qu'un  point  de 
concentration  et  d  entrecroisement  des  nerfs  conducteurs 
qui  vont  aux  appareils  moteurs  et  sensidfs  des  or|:aues  géni- 
taux, mais  qui,  d'autre  part,  vont  aussi  aux  centres  visuel, 
olfactif,  etc.,  portant  ces  phénomènes  de  conscience  qui, 
dans  leur  ensemble,  forment  Tidée  d'un  ôlre  «  masculin  » 
ou  «  féminin  ». 

Comment  pourrions-nous  représenter  cet  appareil  génital 
psychique  dans  Télat  d'hermaphroditisme  primitif  que  nous 
avons  supposé  plus  haut?  Là  aussi,  nous  devrions  admettre 
que  les  futures  voies  conductrices  étaient  déjà  tracées,  bien 
que  fort  lé^treiiient,  ou  préparées  par  le  groupement  des 
éh'mcnts. 

t.cs  '<  voies  latentes  »  hermaphrodites  sont  projetées  pour 
relier  les  organes  de  copulation  (qui  eux-mêmes  sont  encore 
àTétat  hermaphrodite)  avec  le  siège  futur  des  éléments  de 
représentation  des  deux  sexes.  Quand  tout  l'organisme  se 
développe  d'une  manière  normale,  une  moitié  des  ces  voies 
doit  plus  tard  se  développer  pour  devenir  capable  de  fonc- 
tionner, tandis  que  l'autre  moitié  doit  rester  &  Tétat  latent; 
et,  dans  ce  cas,  tout  dépend  probablement  de  Fétat  du  point 
tl  entrecroisement  que  nous  avons  supposé,  comme  un 
centre  subcortical  intercalé. 


NëUUO-PSYCHOPATUOLOGIë  générale  303 

Cette  hypothèse  très  compliquée  ne  contredit  pas  forcé- 
ment ]e  fait  que  le  cerveau  fœtal  n'a  pas  de  structure.  Celte 
absence  de  structure  n'est  admise  que  grâce  à  rinvullisanre 
de  nos  moyens  d'investiiratioii  acluels.  Mais,  d  .iiilic  juu't, 
celle  hypothèse  repose  à  sou  leur  sur  une  supposition  Lien 
risquée  :  elle  admet  une  localisation  déjà  existante  pour  des 
représenta  lions  qui  n'existent  pas  encore,  en  d'autres  termes 
une  différenciation  (quelconque  des  parties  du  cerveau  qui 
sont  en  rapport  avec  les  représentations  futures.  Nous  ne 
sommes  donc  pas  trop  éloignés  de  la  théorie  si  déconsidérée 
ft  des  représentations  innées  ».  Hais  nous  sommes  aussi  en 
présence  du  problème  général  de  tous  les  instincts,  pro- 
blème qui  nous  pousse  toujours  à  de  senil  laliles  hypothèses. 

Peut-être  s'ouvriru-l-il  niiiiult'uant  nue  voie  par  laquelle 
nous  pourrons  faire  un  pas  vers  la  solution  de  ces  problèmes 
d'hérédité  psychique.  En  nous  appuyant  sur  les  connais- 
sances modernes  beaucoup  plus  étendues  sur  les  faits  de  la 
génération  dans  toutes  les  séries  des  organismes  et  sur  la 
connaissance  de  la  connexité  de  ces  faits  que  la  bio1<^ie 
commence  à  nous  donner,  nous  pourrons  jeter  un  coup 
d*usii  plus  profond  sur  la  nature  do  Thérédité  physique  et 
psychique. 

Nous  connaissons  actuellement  le  processus  4e  la  généra- 
tion, c'est-à-dire  la  traiislorniulioii  îles  individus  dans  sa 
manifestation  la  plus  simple.  Elle  nous  monti  e  l'amibe  qui 
se  scinde  en  deux  cellules  Uiles  qui  qualitaLivemeut  sont 
identiques  à  la  cellule  mère. 

Nous  voyons,  en  allant  plus  loin,  le  détachement  dans  le 
bourgeonnement  d'une  partie  réduite  quantitativement,  mais 
identique  en  qualité  avec  rentier. 

Le  phénomène  primitif  de  toute  génération  n*est  donc 
pas  une  reproduction,  mais  une  continuation.  Si  donc,  à 
mesure  que  les  types  deviennent  plus  grands  et  plus  compli- 
qués, les  germes  des  or:j:anismes  paraissent,  eu  comparaison 
de  i  organisme-mère,  non  seuienieut  diminués  quantitative- 


304 


PSYCaOPATHU  SEXUAUS 


ment,  mais  aussi  simplifiés  qualitativement,  morphologique- 
ment et  physiologiqiiemcnt,  la  conviction  que  la  génération 

est  une  continuation  et  non  pas  une  reproduction  nous 
amène  h  la  supposition  générale  d'une  coTitiiuialion  lalenle 
mais  ininlenompuc  de  !n  vio  dos  parents  dans  leurs 
descendants.  Car,  dans  1  inliiiiment  petit,  il  y  a  place 
pour  tout,  et  ii  est  aussi  faux  de  se  figurer  que  la  réduc- 
tion du  volume  progrossant  à  Tiniini,  déduction  qui  n'est 
toujours  qu'un  rapport  comparé  à  la  grandeur  du  corps  de 
Fétre  humain  qui  observe,  arrive  quelque  part  à  une  limite 
infranchissable  pour  la  différenciation  de  la  matière,  qa'il 
serait  erroné  do  croire  que  la  grandeur  illimitée  de  l*espa6e 
de  l'univers  arrive  quelque  part  à  une  limite  do  remplissage 
avec  des  formations  indiviiliialisées.  Ce  qui  me  par  aît  avoir 
besoin  d'être  expliijur,  c'est  pliilùt  le  fait  que  ce  ne  sont  pas 
toutes  les  qualités  dos  paronis,  soif  niorphologiques  en 
volume,  soit  physiologiques  avec  le  mode  des  mouvomonts 
des  particules,  qui  se  manifestent  spontanément  dan^^  h 
descendance,  après  le  développement  du  germe.  Ce  fait, 
dis-je,  a  plutôt  besoin  d*ètre  expliqué  que  Thypothèso  d*uiie 
différenciation  héréditaire  de  la  substance  du  cerveau  qui 
a  des  relations  fixes  avec  les  représentations  qui  n*ont  pas 
été  perçues  par  Tlndividu,  hypothèse  sans  laquelle  les  instincts 
restent  inexplicables. 

Maunan  [Ann.  niéd.-psijdiol i88o,p.  458)  parlo  tics  sérien- 
seniont  d'un  cerveau  de  femme  dans  un  corps  d'homme,  et 

vice  rrrsfi^. 

L'essai  d'explication  de  Turanismc  congénital  donné,  par 
exoni{>le,  pur  Ulrichs  qui,  dans  son  Memnon,  paru  en  i868, 
parle  d'une  anima  mulieùns  virili  corpore  inclusa  {viriii 
eorpori  innata)^  et  qui  cherche  à  donner  la  raison  du  carac- 
tère congénital  féminin  de  sa  propre  tendance  sexuelle  anor- 

1.  CcHe  iijpolhiîse  (onibe  d'elle-uK^me  devant  l'autopsie  cilce  dans  taoD 
observation  il 8,  autupsic  qui  a  constaté  que  le  cerveau  peisit  1,15(1  gnm- 
mes  et  cr]]>-  de  Tobeervation  130»  où  l'on  a  constaté  que  le  cerveau  pesait 

i,i"îi>  gramuicB. 


.NËURO  PSïGUÛPATilOLOrUE  GÉNÉRALE  305 

maie,  ii*est  pas  plus  satistaîsant.  La  manière  de  voir  du 
malade  de  l'observation  124  est  très  originale.  Il  ost  pi  obuble, 
tlil-il,  que  soa  père,  en  le  procréant,  a  voalu  iaiic  une  fille; 
mais,  au  lieu  de  cela,  c'est  un  garçon  qui  est  venu  au  mondo. 

Une  des  plus  étranges  explications  de  l'inversion  sexuelle 
congénitale  se  trouve  dans  Mantegazza  (op.  1880,  p.  106). 

D'après  cet  auteur,  il  y  aurait  des  anomalies  anatomiques 
chei  les  invertis,  en  ce  sens  que,  par  une  erreur  de  la  nature, 
les  nerfs  destinés  aux  parties  génitales  se  répandraient  dans 
Hnlestîn,  de  sorte  que  c*esi  do  là  que  part  Texcitation  volup- 
tueuse, qui,  d'habitude,  est  provoquée  par  Texcitation  des 
parties  génitales.  GommenI  Tauteur,  d'habitude  si  perspicace, 
s'explîquerait-il  alors  les  cas  nombreux  où  la  pédérastie  esl 
abliorrée  par  ers  invertis?  La  iialure  ne  fait  d'ailleurs  jamais 
de  pareils  soubie>auts.  Manleuazza  iuviHjue,  en  faveur  de  son 
hypothèse,  les  cominuincations  d'un  ami,  écrivain  remar- 
quable, qui  lui  assurait  n'être  pas  encore  Lien  iixé  sur  le  fait 
de  savoir  s'il  éprouvait  un  plus  grand  plaisir  au  coït  qu'à  la 
défécation  ! 

L'exactitude  de  cette  expérience  admise,  elle  ne  prouverait 
pas  que  l'homme  en  question  soit  sexuellement  anormal,  et 
que  chez  lui  la  sensation  voluptueuse  du  coït  soit  réduite  au 
minimum. 

On  pourrait  peut-être  expliquer  l'inversion  congénitale  en 
disant  qu'elle  représente  une  particularité  spéciale  de  lu  des- 
cendance, mats  ayant  pris  uais<«ance  par  voie  d'héi  édité. 

L'atavisme  serait  le  penchant  morbide  pour  son  propre 
sexe,  penchant  acquis  par  l'ascendant,  et  qui  se  trouverait 
fixé  comme  phénomène  morbide  et  congénital  chez,  le  des- 
cendant. Cette  hypothèse  est,  en  somme,  admissible,  puisque, 
d'après  Texpérience  des  attributs  physiques  et  moraux 
acquis,  non  seulement  les  qualités,  mais  aussi  et  surtout  les 
défectuosités,  se  transmettent  par  hérédité.  Gomme  il  n'est 
pas  rare  que  des  invertis  fassent  des  enfants,  que  dans  tous 

les  cas  ils  ne  sont  pas  toujours  impuissants  (les  femmes  ne 
psYcnoPATniA  «nroiu.w.  20 


306 


PSYUUOPATHU  SEXUAUS 


le  sont  jamais),  une  hérédité  par  voie  de  procréation  serait 
possible. 

L'observation  124  dans  laquelle  la  lille  d'un  inverti,  âgée 
de  huit  ans,  ju atique  dT'jîi  ronanismc  mutuel,  —  acte  sexuel 
qui,  ('tant  <l<)nn<H"AL'-('.  f";n{  supposer  une  inversion  sexuelle, 
—  pluide  évidemment  en  laveur  de  cette  hypoth^se. 

La  communication  qui  m'a  été  faite  par  un  inverti  de  vingt- 
six  ans,  classé  dans  le  groupe  3,  est  non  moins  significative. 

II  sait  positivement,  diUil,  que  son  père,  mort  il  y  a  plur 
sieurs  années,  a  été  également  atteint  d*inver8ion  sexuelle.  Il 
affirme  connaître  encore  beaucoup  d'hommes  avec  lesquels 
son  père  avait  entretenu  «  des  liaisons  ».  On  n'a  pu  établir 
s'il  s'agissait  chez  le  père  d'une  inversion  congénitale  ou 
acquise,  ni  à  quel  groupe  appartenait  sa  perversion. 

L'hypothèse  sus -indiquée  paraît  d'autant  plus  acceptable 
que  les  trois  premiers  deiirt's  de  l'inversion  couf^énitale  cor- 
respondent parfaitement  aux  degrés  de  développement  qu'on 
peut  suivre  dans  la  genèse  de  l'inversion  acquise.  On  se  sent 
donc  tenté  d'interpréter  les  divers  degrés  de  l'inversion  con- 
génitale comme  les  divers  degrés  d'anomalies  sexuelles 
acquises  ou  développées  d'une  autre  manière  ches  TasceB- 
dance,  et  transmises  par  la  procréation  à  la  descendance: 
encore,  fiiu(-il  rappeler,  à  ce  propos,  la  lot  d'hérédité  progres- 
sante. 

D'autres  ont,  faute  de  mieux,  reeours  à  l'onanisme  pour 
les  munies  raisons  multiple-  ^^ui.  souvent,  font  repousser  lt> 
coït  raémc  par  les  non-urnuistes.  Oie/  les  uranistes  doué': 
d'un  système  nerveux  originairement  irritable,  ou  qui  a  été 
détraqué  par  l'onanisme  (faiblesse  irritable  du  centre  d'éja- 
culation),  de  simples  accolades,  des  caresses  avec  ou  sans 
attouchement  des  parties  génitales,  sufiRsent  pour  provoquer 
réjaculation,  et  procurer  par  là  une  satisfaction  sexuelle. 
Chez  des  individus  moins  excitables,  l'acte  sexuel  consiste  ea 
manustupration  accomplie  par  la  personne  aimée,  ou  ea 
onanisme  mutuel,  ou  en  une  contrefaçon  du  coït  interfemora* 


MELRO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÊNÉUALE 


307 


Chez  les  nnuiistes  de  moralité  perverse  et  puissants  qwmd 
enetionem^  Timpulsion  sexuelle  est  satisftûte  par  la  pédé- 
rastie, acte  qui  répugne  aux  individus  sans  défectuosité 
morale  autant  qu*aux  hommes  hétérosexuels.  Fait  digne 
d*attentîon,  les  uranistes  affirment  que  Tacte  sexuel  qui  leur 
plaît  avec  tlos  personnes  de  li'ur  propre  sexo  lour  procure 
uiit^  trraniie  satisfaction,  coiiiinc  s'ils  s'étaient  reln^npi^s, 
tiuuli>  tjiio  la  satisfaction  par  1  onanisme  solitaire  ou  le  coit 
forcé  avec  une  fêmme  les  aliecte  beaucoup,  les  rend  misé- 
rables, et  augmente  leurs  malaises  rtourastlK^niques.  La 
manière  dont  se  satisfont  les  uranistes  féminins  est  peu 
connue.  Dans  une  de  mes  observations  personnelles,  la  fille 
se  masturbait  en  se  sentant  dans  le  r^le  d*un  homme,  et  en 
s*imaginant  avoir  affaire  à  une  femme  aimée.  Dans  un  autre 
cas,  Tacte  consistait  dans  Tonanisatiou  de  la  personne  aimée, 
à  laquelle  elle  touchait  les  parties  génitales. 

11  est  (liflicilc  d'établir  nettement  jusqii  à  i^uel  degré  celte 
anomalie  csl  rrpandue  *,  car  la  plupart  des  individus  qui  en 
sont  allcinls  ne  sortent  que  rarement  de  leur  réserve;  et, 
dans  les  faits  qui  viennent  devant  les  tribunaux,  on  confond 
riiraniste  par  penersion  de  l'iustinct  génital  avec  le  pédé- 
raste qui  est  simplement  un  immoral. 

D'après  les  études  de  Gasper,  de  Tardieu,  ainsi  que 

I.  L'inversion  sexuelle  ne  doit  [>n«  /-tre  rtre;  la  preuve,  c'eni  que  c'est  un 

sujet  souvent  traité  dans  les  romans. 

Chevalier  {op.  cit.)  indique,  dans  la  littérature  française  (outre  les  romans 
de  Bali'TC  qui,  dnns  la  Ptusion  au  df^tol.  fraif.-  de  la  bestialité,  et  dans  Sur- 
razint,  àe  l'aniour  d'une  fi-uiiuc  pour  un  eunuque);  Diderot,  La  Religieuse 
(roman  d'une  femme  adonnée  à  l'amour  lesbien)  ;  Balzac,  Im  Fille  aux  yeua 
d'or  Amor  Ifsfitcun)  .  Th.  Gautier,  MademoiselU de  MaupiH\  Feydeau,  La  eom> 
tette  de  Chahs  ;  KUubeit,  Salammbô,  etc. 

11  faut  aussi  faire  mention  de  Mademoiselle  Giraud  ma  fèmme,  de  Belot. 

Ce  qui  est  intéressant,  c'est  que  les  héroïnps  de  ces  rotunns  (lesbicns)  se 
montrent  avec  le  caractère  et  dans  lo  rôle  d  un  homme  vis-à-vis  de  la  per- 
cooiift  de  leur  propre  sexe  qu'elles  altneol,  et  qne  leur  amour  est  très 
nrdent.  La  base  névropathiquo  de  cette  perversion  sfxucllc  \\':\  p,i-«  rrhtippé 
non  plus  à  l'attention  de  t  es  romanciers.  Dans  la  littérature  allcniande,  ce 
sujet  a  été  traité  par  W'ilbrandt  dans  FridoHm  heimtUàe  Ehe  et  par  lo  comte 
Enif  i  ii-  St  idion  dans  Brick  and  Hmcf:  r  do-  IJrht  Un  Schatlen.  Le  plus  ancien 
roman  urauiste  est  protiablement  celui  de  Pétrone,  publié  à  Rome  à  1  époque 
4e«  Cèaan,  tout  le  titra  de  Aifyrieoji. 


308 


PSYCHOPATUU  SËXUAIJS 


d'après  les  miennes,  cette  anomalie  est  probablement  plus 

friM|uente  <)ue  ne  le  fuit  supposer  le  nombre  minime  des 
cas  observés. 

Ulrichï»  (kridsche  PfrUr,  I SSO,  p.  2)prélend qu'en  moyonno, 
pour  200  hommes  adultes  hétérosexuels,  il  y  a  un  adulte 
inverti,  un  sur  800,  et  que  cette  proportion  est  encore  plus 
grande  parmi  les  Magyares  et  les  Slaves  du  Sud,  affirma- 
tions sur  lesquelles  nous  n'insistons  pas* 

Un  des  sujets  de  mes  observations  personnelles  connatt 
personnellement,  dans  la  commune  où  il  est  nd  (localité 
de  1,300  habitants),  14  uranistes.  Il  afDrme  ^en  connaître  au 
moins  80  dans  une  ville  de  60,000  habitants.  Il  est  à  sup- 
poser «[ue  cet  hoiunu',  d'ailleurs  diyne  de  foi,  ne  fait  pas  de 
diirérencc  entre  rhoniosexuuiité  congénitale  et  acquise. 

i.  UËHMAPURODISM£  rSYCIHQUE 

Ce  degré  dcTinversion  est  caractérisé  parle  fait  que,  outre 
un  sentiment  et  un  penchant  sexuel  prononcé  pour  les  indi- 
vidus de  son  propre  sexe,  il  y  a  encore  un  penchant  pour 
1  autre  sexe,  mais  que  ce  dernier  eî«L  beaucoup  plus  faible 
que  le  premier,  et  ne  se  manifeste  qu'épisodiquement, 
tandis  que  le  sentiment  homosexuel  tient  le  premier  rang 
et  se  manifeste,  au  point  de  vue  de  sa  durée,  de  sa  continuité 
et  de  son  intensité,  comme  l'instinct  dominant  dans  la  vie 
sexuelle. 

Le  sentiment  hétérosexuel  peut  exister  &  Tétat  rndimen- 
taire,  éventuellement  ne  se  manifester  que  dans  la  vie 
inconsciente  (les  rêves)  ou  éclater  vivement  au  jour  (du. 

moins  épisodiquenient). 

Les  sentiments  sexuels  pour  l'aulre  sexe  peuvent  ôtrt* 
cousuiulés  e(  renforcés  parla  forcede  la  volonté,  la  discipline 
de  soi-même,  par  le  traitement  moral,  par  l'hypnotisme,  par 

1.  Comparez  l'article  de  l'aulcur  :  L'eb-r  psychosexiiales  Zwitterlhttm  dans 
\  hiieinal.   Cenit-nlhlaft  f,  d.  Physiologie  und  Pathoiogit  der  Batn  an-i 

Sdualorgane,  l.  i,  f.  2. 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉRALE 


309 


Tamélioration  de  la  constitution  physique,  par  lu  guérison 
des  névroses  (neurasthénie),  et  avant  tout  par  l'abstention 
de  la  masturbation. 

Mais  il  y  a  toujours  danger  de  céder  complètement  à 
l'influence  des  sentiments  homosexuels,  ces  derniers  ayant 
une  base  plus  forte,  et  dVrriver  ainsi  à  Tinversion  sexuelle 
exclusive  cl  permaneiitt^. 

Ce  danj^er  peut  naître  surtout  sous  l'influence  de  la  mastur- 
bation ^Hinsi  que  c'est  le  cas  dans  riincision  acquise'l,  do  la 
neurasttiénic  ou  de  son  aggravation,  conséquence  de  la 
masturbation,  puis,  par  suite  de  mauvaises  tentatives  de 
rapporta  sexuels  avec  des  personnes  de  raulro  sexe  (manque 
de  sensation  voluptueuse  pendant  le  coit,  échec  dans  le  coït  par 
faiblesse  d*érection,  éjaculation  précoce,  infection). 

D'autre  part,  le  goût  esthétique  et  éthique  pour  des  per- 
sonnes de  Tautre  sexe  peut  favoriser  le  développement  des 
sentiments  hétérosexuels. 

C'est  ainsi  quil  est  possible  que  l'indiviilu,  ^clon  la 
prédominance  des  intluences  favorables  ou  défavorables, 
éprouve  tantôt  un  sentiment  hétérosexuel,  tantôt  un  sen- 
timent liomosexuel. 

Urne  paraît  fort  probable  que  ces  hermaphrodites  tarés  ne 
sont  pas  très  rares  \ 

Gomme,  dans  la  vie  sociale,  il  n'attire  que  peu  ou  pas  du 
tout  Fattention,  et  que  ces  secrets  de  la  vie  conjugale  ne 
parviennent  qu'exceptionnellement  à  la  connaissance  du 
médecin,  on  s'exp!i<{ue  facilement  que  cet  intéressant  groupe 
intermédiaire  de  Tiuversion  sexuelle,  groupe  très  important 
au  poiiil  de  vue  pratique,  ait  jusqu  ici  échappé  à  l'exploration 
scientifique. 

Bien  des  cas  de  frif/iditas  uxons  et  manù  reposent  proba- 

1.  Cette  supposition  cal  corroborée  par  un  rensei;;neuicnt  que  M.  le  doc- 
teur Moll,  de  Berlin,  a  eu  Ift  bonté  de  me  transuieltre  et  qui  concerne  un  ura- 
niste  célibataire.  Celui-ci  a  pu  citer  une  série  de  ca?,  parmi  des  \icu%  de  sa 
cûaaatssiiacf,  d'hommes  mariés  qui  entretenaient  en  uièmc  leuip»  une  liaison  > 
.avec  ua  bomine. 


310 


PSYGHOPATHIA  SGXUALIS 


biement  sur  celte  anomalie.  Les  rapports  sexuels  avec  Tautre 
sexe  sont  possibles.  Dans  tous  les  cas,  dans  ce  degré  d'inrer- 
sion,  il  n'y  a  pas  à'horror  sexus  aiterius.  Un  terrain  bien 
favorable  8*offre  là  à  la  thérapie  médicale  et  surtout  morale. 

Le  diagnostic  différentiel  de  Tinversion  acquise  peut  être 
difficile  ;  car,  tant  «pie  Tinversion  n*a  pas  fait  disparaître  tous 
les  restes  de  Tancien  sentiment  génital  normal,  le  staius 
préesens  donnera  le  niùme  résullal. 

Dans  l'élal  du  premier  degré,  la  s  ilisfaclion  des  penchants 
hornr»sexuels  se  fait  par  1  onanisme  passif  et  mutuel,  coUus 
inter  femora. 

Obskmatiok  iOii  [llermaphrodfsnie  ptychique  chei  unr  dtnnp). — 
M""  M...,  qnarante-quatrn  ans,  est  un  exemple  vivant  de  ce  fail 
que.  dans  un  «'trn,  sdit  ina'^fMilin,  soit  féminin,  des  tendances 
d'inversion  sexuelle  peuvent  subsister  avec  une  vie  sexuelle  nor- 
male. 

Le  père  de  celte  dame  était  Irt's  inu?icioii,  doué  d'un  grand 
talent  d'arliste,  viveur,  grand  admiraleur  de  l'autre  sexe,  el  d'une 
rare  beauté.  11  est  mort  de  démence,  dans  une  maison  de  santé, 
après  avoir  eu  plusieurs  accès  d'apoplexie.  Le  fMre  du  père  était 
névro-psychopathe;  ce  fUl  un  enfant  lunatique;  de  tont  temps 
il  fut  atteint  d*hyperesthésie  sexuelle.  Quoique  marié  et  père  de 
plusieurs  flls  mariés,  il  voulait  enlever  M*"*  M...,  sa  nièce,  qui  avait 
dix-huit  ans  et  dont  il  était  amoureux  fou.  Le  père  du  père  était 
très  excentrique  ;  artiste  remarquable,  tout  d'abord  il  étudia  la 
théologie,  mais,  à  la  suite  d'une  ardente  vocation  pour  l'art  dra- 
matique, il  devint  actt^nr  r  t  chanteur.  Il  fil  des  excès  in  Baccho  el 
Venere  ;  prodigua,  niniani  Ir  luxe,  il  mourut  h.  l'âge  de  quarante- 
neuf  ans  d'apopU'xic  em  braie.  Les  parents  de  la  mère  sont  morts 
de  tuberculose  puluiDnairc 

M""  M...  avait  onze  frères  et  sœurs,  dont  six  seulement  sont 
restés  vivants.  Deux  frères,  tenant  au  physique  de  la  mère, 
sont  morts  de  tuberculose,  Tun  &  l'âge  de  seize  ans,  Tautre  à 
l'âge  de  vingt  ans.  Un  frère  est  atteint  de  phtisie  du  larynx.  Les 
quatre  sœurs  qui  sont  vivantes,  ainsi  que  U"*  M...,  tiennent  du 
physique  du  père  ;  Talnée  est  célibataire,  très  nerveuse,  et  fktit  la 
société.  Deux  sœurs  plus  jeunes  sont  mariées,  bien  portantes,  et 
ont  des  enfants  sains.  Une  autre  est  virgo  et  souffre  des  nerfs. 


nEUIiO-PSYCUOPATUOLOGlE  GluNÉaALË 


311 


II"*  M...  a  quatre  enAintot  dont  plusieurs  sont  très  délicats  et 
névropathes. 

Sur  son  enfonce  la  malade  ne  sait  rien  d'important  &  nous  dire. 
Elle  apprenait  facilement,  avait  des  dons  pour  la  poésie  et 
t*esUiétique,  passait  pour  être  un  peu  exaltée,  aimait  la  lecture 
des  romans,  les  choses  sentimentales  ;  elle  était  de  constitution 
nérropathique,  très  sensible  aux  fluctuatioDS  de  la  température, 
et  allrapail  au  moindre  courant  d'air  un  cutis  aruerina  très  désa- 
gréable, n  est  encore  fi  noter  que  la  malade,  h  l'Age  de  dix  Rn«;, 
euirid*'»'  que  sa  mère  ne  Tainiait  pas,  trempa  un  jour  des  ailu- 
inelics  dans  du  t;afe,  le  but  u(in  de  devenir  bien  malade  et  de 
provoquer  par  ce  moyen  l'an'eclion  de  sa  nnîre. 

Le  développejueut  s  opéra  sans  (iifficuUé  dûs  l'âge  de  onze  ans. 
Depuis,  les  menstrues  sont  n'gulières.  L)éj;\,  avant  l'époque  du 
développemeat  de  la  puberté,  lu  vie  sexuelle  cunuueuça  à  se  faire 
sentir;  d'après  les  déclarattons  de  la  malade  elle-même,  ses  impuU 
sioDs  sexuelles  furent  trop  puissantes  pendant  tonte  sa  vie.  Ses 
premiers  sentiments,  ses  premières  impulsions  étaient  IVanche- 
ment  homosexuels.  La  malade  conçut  une  affection  passionnée, 
mais  tout  à  fait  platonique,  pour  une  jeune  dame;  elle  lui  dédiait 
des  sonnets  et  des  poésies  qu'elle  composait;  c'était  pour  elle 
an  bonheur  suprême  quand  elle  pouvait  admirer  au  bain  ou  pen- 
danl  la  toilette  «  les  charmes  éblouissants  de  l'adorée  »  ou  bien  dé- 
vorer des  yeux  la  nuque,  les  épaules,  et  les  çeins  de  la  belle.  L'im- 
pul!=ion  violente  de  loucher  ces  charmes  physiques  fut  fonjours 
combaltue  et  refoulée.  Etant  jeune  fille,  <'ll>'  devint  ann m  i  use 
des  «  Madones  »  peintes  par  Raphaël  et  tiuid*»  Heni.  Elle  avait 
l'obsession  de  suivre  pendant  des  heures  entières  les  belles  filles 
et  les  belles  Temmes  dans  les  rues,  quel  que  fût  le  temps,  en 
admirant  leur  midntîen  et  en  guettant  le  moment  de  leur  être 
agréable,  de  leur  offrir  un  bouquet,  etc.  La  malade  m'a  afSrmé 
que,  jusqu'à  Tàge  de  dix-neuf  ans,  elle  n'eut  absolument  aucune 
idée  de  la  différence  des  sexes;  car  elle  avait  reçu  d*une  tante, 
noe  vieille  vierge  très  prude,  une  éducation  tout  à  fait  claustrale. 
Par  suite  de  cette  ignorance,  la  malade  fut  la  victime  d'un 
homme  qui  Taimait  passionnément  et  qui  Tavait  décidée  à  faire 
le  coït.  Elle  devint  l'épouse  de  cet  homme,  mit  au  monde  un 
enfant,  mena  avec  lui  «  une  vie  sexuelle  excentrique  »,  et  se 
sentit  complètement  satisfaite  pnr  les  rapports  conjugaux.  Peu 
d'années  après,  elle  devint  veuve.  Licpuis,  les  l' mines  sont  rede- 
venues  Tobjet  de  sou  affection;  en  première  ligne,  dil  la  malade. 


312 


PSYCUOPATHIA  SEXUâLIS 


par  peur  des  suites  que  pourraient  avoir  des  rapports  avec  no 
honmie. 

A  Tftge  de  \ingt-sept  aos,  elle  conclut  un  second  mariage  avec 
un  homme  maladif  et  pour  lequel  elle  n*avait  pas  d*affeclion.  La 

malade  a  accouché  Irois  fois,  a  rempli  ses  devoirs  maternels; 
elle  dépérit  au  physique  el  éprouva  dans  les  dernières  années  de 
sa  vie  matrimoniale  un  déplaisir  croissant  à  faire  le  coït,  bien  qu'il 
y  CM"it  toujours  en  elle  un  violont  désir  de  satisfaction  soM!(41e.  Le 
déplaisir  n  Tairt'  le  cuïl  a  été  en  partie  occasionné  par  l'idée  de  la 
maladie  de  son  mari. 

Trois  ans  a[)rf^s  la  mort  de  son  secoiid  mari,  la  malade  décou- 
vrit que  sa  fille  du  premier  mariage,  âgée  de  neul  ans,  se  livrait 
à  la  masturbation  et  en  dépérissait.  KUe  consulta  le  Dic- 
lionnairc  Encyclopédique  sur  ce  vice,  ne  put  résister  h  l  iuipul- 
siou  de  ressayer  et  devint  elle  aussi  onaniste.  Elle  ne  peut  se 
décider  à  faire  une  confession  complète  sur  cette  période  de  sa 
vie.  Elle  afBrme  avoir  été  en  proie  à  une  terrible  excitation 
sexuelle  et  avoir  placé  hors  de  la  maison  ses  deux  filles  pour  les 
préserver  d*  c  un  sort  terrible  »,  tandis  qu*elle  ne  voyait  aucoe 
inconvénient  à  garder  avec  elle  ses  deux  garçons. 

La  malade  devint  neurasthénique  ex  moMturbatione  (irritation 
spinale,  congestion  à  la  tête,  faiblesse,  embarras  intellectuel,  etc.), 
parfois  même  dystliymique  avec  un  t:vdium  vil.r  In's  pénible. 

Son  sens  sexuel  la  poussait  tanl<^t  vers  la  femme,  lantùt  vers 
l'homme.  Hlli'  savail  sf  dompter,  souffrait  beaucoup  de  son 
abstinence,  d'au  tant  ]»lus  que,  à  cause  de  ses  malaises  neuras- 
théniques, elle  n'essajait  de  se  soulager  par  la  masturbation  que 
dans  les  cas  extrêmes.  A  l'heure  qu'il  est,  cette  femme,  qui  a  déjà 
quarante-quatre  ans,  mais  qui  a  encore  ses  menstruations  régn* 
Itèrement,  souffre  beaucoup  de  la  passion  qu^elle  a  conçue  pour 
un  jeune  homme  dont  elle  ne  peut  pas  éviter  le  voisinage  pour 
des  raisons  professionnelles. 

La  malade,  dans  son  extérieur,  ne  présente  rien  d^extraordi- 
noire  ;  elle  est  gracieusement  bâtie,  d'une  musculature  faible.  Le 
bassin  est  tout  &  fait  féminin,  mais  les  bras  et  les  jambes  sont 
étonnemment  grands  el  d'une  conformation  masculine  très  pro- 
noncée. Comme  aucune  chaussure  féminine  ne  va  à  son  pied  et 
qu'elle  ne  veut  pas  pourtant  se  faire  remarquer,  elle  serre  ses 
pieds  dans  «b  s  hoUines  de  femme,  de  sorte  qu'ils  en  ont  été 
dclonin  s.  Les  p  irtics  génitales  sont  développées  d'une  façon  tout 
a  lait  normale,  el  sans  changements,  sauf  un  descensm  iitcri  avec 


NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE  GÉNÉaALE 


313 


hypertrophie  de  la  portion  vaginale.  Dans  un  examen  plus  appro- 
fondi la  malade  se  déclare  essentiellement  homosexuelle;  le  pen- 
chant pour  Tautre  sexe,  dit-elle,  n^est  chez  elle  qu^épisodique  et 
quelque  chose  de  grossièrement  sensuel.  Il  est  vrai  qu'elle  souffre 
actuellement  beaucoup  de  son  penchant  sexuel  pour  ce  imnv 
homme  de  son  entourage,  mais  elle  esUme,  comme  un  plaisir 
plus  noble  el  plus  élevé,  de  pouvoir  po«:or  un  baiser  sur  la  joue 
tendre  et  ronde  d'une  jeune  fille.  Ce  plaisir  se  présente  «iouvonl, 
car  elle  e«t  trr'<=  aim(^n  parmi  ct's  «  gentilles  croalures  »s  comme 
une  «  tante  complaisaiilr  •>.  pui*^qii'elle  leur  rend  sans  se  décou- 
ra^or  les  «  services  les  plus  chevaleresques  »  et  se  sent  alors 
toujours  être  un  homme. 

Observation  107  [Inoenion  .siMuell»:,  nvr  sutixfnrilnii  p<ir  ra/)- 
ports  /ittttO'sexuels].  —  M.  Z...,  Irenle-six  ans,  rentier,  m  a  con- 
sulté pour  une  anomalie  de  ses  sentiments  sexuels,  anomalie  qui 
lui  fait  paraître  comme  très  risquée  la  conclusion  d*un  mariage 
projeté.  Le  malade  est  né  d*un  père  névropathe  qui  a,  la  nuit, 
des  réveils  subits  avec  angoisse.  Son  grand-pére  était  aussi  névro- 
pathe. Un  frère  de  son  père  est  idiot  La  mère  du  malade  et 
sa  famille  étaient  bien  portantes,  avec  un  état  mental  normal. 

Trots  sœurs  et  un  frère,  ce  dernier  atteint  de  folie  morale. 
Deux  sœurs  sont  bien  portantes  et  vivent  heureuses  en  ménage. 

Etant  enfant,  le  malade  était  nerveux,  souffrait  comme  son 
p(^re  do  «îoubresauls  nof  im  nes,  mais  n'a  jamais  été  atteint  de 
maladies  graves,  saul  une  coxalgie  à  la  suite  de  laquelle  il  est 
resté  boiteux. 

Les  impulsions  sexuelles  se  sont  éveillées  chez,  lui  très  tôt.  A 
l'âge  de  huit  ans,  et  sans  y  être  incité  par  quelqu'un,  il  a  com- 
mencé à  se  masturber.  A  partir  de  l'âge  de  quatorze  ans,  il  a 
éjaculé  du  sperme.  Au  point  de  vue  intellectuel,  il  était  bien  doué; 
il  sintéressait  aux  arts  et  à  la  littérature.  De  tout  temps  il  fut 
d'une  faible  musculature,  et  ne  prit  jamais  de  plaisir  aux  jeux  des 
garçons,  ni  plus  lard  aux  occupations  des  hommes.  Il  portait  un 
certain  intérêt  aux  toilettes  féminines,  aux  attifements  el  aux 
occupations  de  la  femme.  Dès  Tàge  d«  puberté,  le  malade  s'est 
aperçu  de  son  affection  pour  les  individus  du  soxc  masculin. 
C'élaienl  surtout  les  jeunes  gars  de  la  classe  populaire  qui  lui 
étaient  sympathiques.  Les  cavaliers  avaient  pour  lui  uu  attrait 
particulier.  Impctu  llbidonoso  s.i'ji''  offeclus  cv/  ad  talcs  Uuinines 
avfrsos  se  premere.  Quodsi  m  lurùa  populi^  si  occusio  fuerit  bene 


314 


PSYCUOi'AlHiA  SëXUâUS 


sweetiilt  voluptale  erat  perfusus  ;  ab  vigetimê  secundo  amtoinier' 
duM  tatii  oeeaiionibuê  smm  «ijaeutamL  Ab  hoc  tempore  idm  fue- 

tum  est  si  7ut>,  qui  ipn  pheuit.t  manum  ad  femora  posucrat.  Ab 
kinc  metit  it  m  viris  manum  adferret.  Maxime  pericolusus  sibi  Aomt- 
nes  plebeios  fuscit  et  adsfriclis  bracis  tndutos  esxe  putai.  Summum 
gaudiwn  ei  nsset  $i  nrt)s  talcs  amplecii  et  ad  se  Irahere  sibi  ronces^ 
svm  essel;  sed  patrtie  mores  hoc  fturi  vetanf.  P;edernsfia  fi  displa- 
ret  ;  nuiquam  voliifilalrin  grnitalium  virorum  ad>pcclus  ei  affert, 
Viroriiin  orru>-eiit(Hm  gnuilalia  adspict  souper  roaclus  est. 

Au  théâtre,  au  <  in|ue,  etc.,  c'éUueul  les  artistes  masculins  qui 
seuls  l'iolércssaieut.  Le  malade  prétend  u'avuir  jamais  remarqué 
chez  lui  un  penchant  pour  les  femmes.  Il  ne  les  évite  pas  ;  à  Toc- 
casion,  il  danse  même  avec  elles,  mais,  en  le  faisant,  il  ne  ressent 
pas  la  moindre  émotion  sexuelle. 

A  Tftge  de  vingUbuit  ans,  Im  malade  était  déjA  neurasthénique, 
peut-être  bien  &  la  suite  de  ses  excès  de  masturbation. 

Ensuite  ce  furent  de  fréquentes  pollutions  pendant  le  sommeil, 
pollutions  qui  raffaiblissaient.  Dans  ces  pollutions  il  ne  rêvait 
qiir  trùs  rarement  des  hommes,  et  Jamais  des  femmes.  Une  fois 
la  pollution  fut  provoquée  par  un  rêve  lascif  dans  lequel  il  com- 
mettait un  acfc  de  pédérastie.  Sauf  ce  cas,  ses  rêves  df»  poHiilions 
lui  reprr>-eutai»'nl  des  scènes  de  iiiorl.  des  attaques  par  des 
chiens,  fLc.  Le  malade  continuait  de  souHrir  du  plus  violent /iétcfo 
sexualis.  Souvent  il  lui  venait  des  idées  voluptueuses  d'aller  se 
réjouir  a  l'ahaLloir  à  la  vue  des  bètes  en  agonie  ou  de  se  laisser 
battre  par  des  garçons;  mais  il  résistait  à  ce  désir  de  même  qu'à 
l'impulsion  de  mettre  un  uniforme  militaire. 

Pour  se  débarrasser  de  son  habitude  de  la  masturbation  et 
pour  satisfaire  son  libido  nimia,  il  se  décida  à  faire  une  visite  au 
lupanar.  Il  tenta  un  premier  essai  de  satisfaction  sexuelle  avec 
une  femme,  à  Tàge  de  vingt  et  un  ans,  un  jour  qu'il  avait  Gait 
force  libations  bachiques.  La  beauté  du  corps  de  la  femme,  de 
même  que  toute  nudité  féminine,  lui  était  à  peu  près  indiffé- 
rente. Mais  il  était  capable  de  pratiquer  le  coït  avec  plaisir,  et  il 
fréquenta  dorénavant  régulièrement  le  lupanar,  «  pour  raisons  de 
santé  »,  comme  il  disait. 

A  partir  de  celle  époque,  il  trouvait  au^^^i  un  grand  plaisir  A 
se  faire  raconter  pai*  des  hommes  leurs  rapporls  sexuels  avec  des 
femmes. 

Au  lupanar,  des  idées  de  flagellation  lui  vienueul  très  souvent, 
mais  il  n*a  pas  besoin  de  fixer  ces  images  pour  être  puissant. 


NEURO-PSVCHOl'ATHOLOGlE  GÉNÉRALE 


Il  considère  les  rapports  sexuels  au  lupanar  seulement  comme 
des  expédienis  contre  son  penchant  à  la  maslurbalion  et  k  Tamour 

hommps,  commp  une  sorte  de  soupape  do  sArotô,  afin  de 
ne  pas  se  compromettre  un  jour  devant  un  lioiiune  syinpallitqiic. 

Le  malade  voudrait  se  marier,  mais  il  craint  do  ne  pas  avoir 
d'amour  cl.  par  conséquent,  do  n'èlre  pa^  puissant  devant  une 
honnête  femme.  Voilà  pourquoi  il  a  des  scrupules  et  pourquoi  il 
consulte  un  médecin. 

Le  malade  est  un  personnage  très  cultivé  et  d'un  extérieur  tout 
à  fait  viril.  Il  ne  présente  rien  d'étrange  ni  dans  sa  mise,  ni  dans 
son  attitude.  Sa  démarche  et  sa  Toix  ont  un  earaetâre  tout  à  fait 
viril,  de  même  que  son  squelette  et  son  bassin.  Ses  parties  géni- 
tales sont  normalement  développées.  Elles  sont  Irés  poilues,  de 
même  qoe  la  ligure.  Personne  dans  Tenlourage,  ni  dans  les  con- 
naissances du  malade,  ne  se  doute  de  son  anomalie  sexuelle.  Dans 
ses  fantaisies  d'inversion  sexuelle,  dit-il,  il  ne  s*est  jamais  senti 
dans  le  r6le  de  la  femme  vis-A^vis  de  Thommc.  Depuis  quelques 
années,  le  malade  est  resté  presque  tout  à  fait  exempt  de  malaises 
neurasthéniques. 

Il  ne  saurait  dire  s'il  se  ciuisid-  iH-  comme  inverti  congénital.  Il 
semble  que  son  failde  penchant  cf»  origine  pour  la  femme,  à  côté 
de  son  penchant  très  lorl  pour  I  honime,  a  élé  affaibli  encore  par 
une  masturbation  précoce,  et  au  prolit  de  l'inversion  sexuelle, 
mais  sans  avoir  été  complètement  réduit  à  zéro.  Avec  la  cessation 
de  la  masturbation  le  sentiment  pour  le  sexe  féminin  a  augmenté 
quelque  peu,  mais  seulement  dans  le  sens  d'une  sensualité  gros- 
sière. 

Comme  le  malade  déclarait  être  obligé  de  se  marier  pour  des 
raisons  de  famille  et  d'affaires,  on  ne  pouvait  éluder  au  point  de 
vue  médical  celte  question  délicate. 

Heureusement  le  malade  se  Immait  à  la  question  de  savoir  s'il 
serait  puissant  comme  mari.  On  dut  lui  répondre  qu'en  réalité  il 
était  puissant  et  qu'il  le  serait  selon  toulcs  prévision*-  avec  une 
femme  de  son  choix,  dans  le  cas  où  elle  lui  serait  au  moins  intel- 
lectnelletnent  sympathique. 

D'ailleurs,  en  ayant  recours  à  son  imagination,  il  pourrait  tou- 
jours améliorer  fa  puissance. 

La  principale  chose  c<msisterait  (i  renforcer  ses  penchants 
sexuels  pour  les  femmes,  penchants  qui  n'ont  été  qu'arrités  daus 
leur  développement,  mais  qui  no  lui  manquent  pas  absolument.  Il 
pourrait  atteindre  ce  but  en  écartant  et  en  refoulant  tout  senti- 


316 


PSYCHOPATHIA  SEXUAIJS 


mont,  loLile  impulsion  hoinosexiiHlo.  nK^mo  avoc  lo  concours  des 
infliif'iu  es  artificielles  el  inhibitivcs  df  la  suggestion  hypnotique 
(suggestion  contre  les  sentimen!-  !ioinos('xneI«!^.  ensuite  en  s'in- 
cilunl  avec  effort  aux  senlimcnlN  m'wicIs  normaux,  par  l'ah^^ti- 
nence  comph^le  de  toute  luafelurbatiou,  et  en  faisant  disparaiLrL' 
les  derniers  vestiges  de  l'état  neurasthénique  du  système  nerveux 
par  remploi  de  Thydrothérapie  et,  éventaeUement,  de  la  fara^ 
disalion  générale. 

Je  dois  à  un  collègue,  âgé  de  trente  ans,  Tautobiographie 
suivante  qui,  à  d'autres  points  de  vue  encore,  mérite  toute 
attention. 

Observation  108  {Hermaphrodisme  /tsi/rhique;  inversion  avor- 
tée). —  Mon  ascenflnncc  est  assez  lourdement  chargée.  Mon 
grand-père  du  côté  paternel  était  un  viveur  gai  et  un  spécula- 
teur; mon  père,  un  homme  de  caractère  intègre,  mais  qui,  deptîis 
trente  ans,  est  atteint  de  folir  circulaire,  sans  être  scrieuseiuénl 
empêché  de  vaquer  à  ses  alVain-s.  Ma  mère  ■^oiifTro,  comme  son 
père,  d'accès  sléuocardiaques.  Le  père  de  ma  uièro  cl  le  frère  dema 
mère  auraient  été  des  sexuels  hyperesthésiquos.  Ma  sœur  unique, 
qui  est  de  neuf  ans  plus  âgée  que  moi,  fut  atteinte  deux  fois 
d^accës  éclaroptiques  ;  elle  était,  à  Tâge  de  la  puberté,  exallée  au 
point  de  vue  religieux  et  prol>ablement  aussi  hyperesthésique  an 
point  de  vue  sexuel.  Pendant  des  années,  elle  eut  h  combattre  une 
grave  névrose  hystérique  ;  mais  maintenant  elle  est  très  bien  por- 
tante. 

Comme  fils  unique,  venu  lardiveniciit  au  monde,  jo  fus  le  chéri 
demamére,  et  je  dois  à  ses  soins  infaligahles  d'être,  î\  l'âge  de 
jeune  homme,  bien  poi  iant.  après  avoir  enduré,  enfant  et  petit 
garçon,  tontes  sortes  de  maladies  infantiles  '^hydrocf'phalie,  rou- 
^rolc,  croup,  variole;  A  l'âge  de  dix-huit  ans,  catarrhe  intesti- 
nal (  hrouique  pendant  un  an).  Ma  mère,  qui  avait  des  principes 
religieux  très  rigoureux,  m'a  élevé  dans  ce  sens,  s^ms  me  gàler,  et 
elle  m'a  toujours  inculqué  comme  principe  suprême  de  morale  un 
sentiment  de  devoir  inflexible  qui  a  été  développé  jusqu^à  la  rigi- 
dité par  un  maître  d*ëcole  que  je  considère  encore  aujourd*bni 
comme  mon  ami.  Gomme,  par  suite  de  mon  état  maladif,  j'ù 
passsé  la  plus  grande  partie  de  mon  enfance  dans  le  lit,  j*en  tas 
réduit  &  des  occupations  tranquilles  et  nolammentà.la lecture.  De 
cette  manière,  je  suis  devenu  un  garçon  précoce,  mats  non  blasé. 


NEUaO-PSVCHUl'AiHuLOGIB  GÉ.NliUALE 


317 


Déjà,  ù  Vh^e  de  huil  h  neuf  ans,  les  passages  des  livres  qui  m'inté- 
ressaient le  plus  étaient  ceux  où  il  était  question  de  blessures  et 
d'opérations  chirurgicales  que  de  belles  filles  ou  des  femmes  avaient 
dû  subir.  Entre  aiifres.  un  récit  où  il  est  racont»''  comment  une 
jeune  lille  s'cut'onca  une  épine  dans  le  pied,  et  comment  cette 
épine  lui  lui  retirée  pur  un  garçon,  me  mil  dans  une  ovcitaliuu 
très  violente  ;  de  plus,  j'avais  une  érection  toutes  les  fois  que  je 
regardais  la  gravure  représentant  cette  scène,  qui  cependant 
n  avait  rien  de  lascif.  Autant  qu'il  m'était  possible,  j'allais  voir 
luer  des  poulets,  et,  quand  j'avais  manqué  ce  spectacle^  je  regar- 
dais avec  an  frisson  voluptueux  les  taches  de  sang,  je  cares- 
sais le  corps  de  l'animal  encore  tout  chaud.  Je  dois  faire  remar- 
quer ici  que,  de  tout  temps,  je  fus  un  grand  amateur  de  bétes, 
et  qne  Tabatage  de  plus  grands  animaux,  même  la  vivisection 
des  grenouilles,  m'inspiraient  du  dégoût  et  do  la  pitié. 

Aujourd'hui  encore,  Tégorgement  des  poulets  a  pour  moi  un 
Krand  charme  sexuel,  surtout  quand  on  les  étrangle  ;  j'éprouve  des 
battements  de  cœur  et  une  oppression  précordiale.  Fait  intéres- 
sant, mon  père  avait  la  passion  de  ligolter  les  deux  mains  à  des 
lilles  mi  à  des  jeunes  femmes. 

Je  crois  (Qu'une  autre  de  mes  anomalies  sexuelles  doil  encore 
être  raUa<diée  à  celle  libre  cruelle  de  mon  c;»raelere.  Ainsi  (|ue  je 
le  raconterai  plus  loin,  un  de  mes  jeux  favoris  etail  un  Ihéùtre 
de  poupées  que  j  improvisais  et  ou  j  indiquais  le  sujet  aux  exé- 
cutants. 11  y  avait  dans  la  pièce  une  jeune  fille  qui,  sur  Tordre 
sévère  de  son  père  — c'était  toujours  moi,  —  devait  se  soumettre 
à  une  opération  douloureuse  du  pied  exécutée  par  le  médecin. 
Plus  la  poupée  pleurait  et  se  désolait,  plus  ma  satisfaction  était 
grande.  Pourquoi  ai-je  toujours  désigné  le  pied  comme  lieu  de 
Topération  chirurgicale?  Cela  s'explique  par  le  fait  suivant.  Klanl 
petit  garçon,  j'arrivai  par  hasard  au  moment  où  ma  sœur  al  née 
changeait  de  bas.  En  la  voyant  vite  cacher  ses  pieds,  mon  atten- 
tion fut  éveillée,  et  bientôt  In  vue  de  ses  pieds  nus  jusqu'aux  che- 
villes devint  l'idéal  de  mes  désirs. 

Bien  entendu,  cela  lit  que  ma  Mi-ur  redoubla  de  précautions  ;  td 
c'est  ainsi  (ju  il  s  engagea  une  lutte  continuelle  où  j'employais 
toutes  les  armes  :  la  ruse,  la  llaLlerie  et  les  explosions  de  colère, 
et  que  je  soutins  jusqu'à  l'âge  de  dix-sept  ans.  Pour  le  reste, 
ma  sœur  m'était  indifTérente  ;  les  baisers  qu'elle  me  donnait 
m'étaient  même  désagréables.  Faute  de  mieux,  je  me  contentais 
des  pieds  de  nos  bonnes;  mais  les  pieds  masculins  me  laissaient 


3i8 


PSYCHOPAiUlA  SEXUALIS 


froid.  Mon  plus  vif  désir  aurait  été  de  pouvoir  couper  les  ongles 
ou,  s'il  venta  ver^o,  les  œils-de-perdrix  d^un  beau  pied  de  femme. 
Mes  rêves  éroliques  tournaient  toujours  autour  de  ce  sujet;  ce 
qui  plus  psl,  je  ne  me  suis  consarrt'  h  l'f^tude  de  la  médecine  que 
dans  I  f  spoir  d'avoir  l'occasion  de  satisfaire  mon  penchant  ou  de 
ni'tn  guérir.  Dieu  merci!  r'v>\  <  p  dernier  moyen  qui  m'a  réussi. 
Quand  j'eus  fait  rua  premi»  rc  dissection  des  extrémités  inférieures 
de  la  femme,  le  charme  funeste  était  rompu;  je  dis  funeste,  car 
eu  moi-même  je  rougissais  de  ces  penchants.  Je  crois  pouvoir 
omettre  d'autres  détails  sur  cette  passion  étrange  qui  m'a  même 
enthousiasmé  jusqu*&  faire  des  poésies,  et  qui  a  été  déjà  décrite 
souvent  en  d'autres  endroits. 

Passons  à  la  dernière  page  de  mes  aberrations  sexuelles. 

J'avais  environ  treize  ans  et  commençais  &  changer  de  voix, 
lorsqu'un  camarade  d'école,  qui  était  incidemment  chez  nous 
comme  hiHe,  m*agaça  un  soir  en  me  poussant  avec  son  pied  du 
qu'il  sortait  de  la  couverture.  J'attrapai  son  pied,  et  aussitôt  je  fus 
pris  d'une  excitation  très  violente  qui  fut  suivie  d'une  pollution, la 
première  qnn  j'eus.  I.r»  parrnn  avait  une  structure  de  fdle  à 
s'y  méprendre,  et  sesdisjmsitions  inlellecluelles  étaient  conformes 
à  celle  particularité  de  son  corps.  L'n  autre  camarade,  qui  avait 
des  pieds  et  des  mains  li  és  petits  et  très  délicats  et  que  je  vis  un 
jour  au  hmii,  me  causa  une  très  violente  excitation.  Je  considé- 
rais comme  un  très  grand  bonheur  de  pouvoir  coucher  avec  l'an 
ou  avec  Tautre  dans  le  même  lit,  mais  je  n*ai  nullement  pensé  k 
un  rapport  sexuel  plus  intime  et  qui  aurait  dépasié  une  simple 
accolade.  D'ailleurs,  je  repoussais  avec  horreur  de  pareilles  idées. 

Quelques  années  plus  tard,  à  l'âge  de  seize  à  dix-huit  ans,  je 
fis  la  connaissance  de  deux  autres  garçons  qui  ont  réveillé  mon 
sentiment  sexuel.  Quand  je  me  colletais  avec  eux,  j'avais  immé> 
diatement  des  érections.  Tous  les  deux  étaient  des  garçons  éne^ 
giques,  gais,  d'une  conformation  délicate,  d'habilus  enfantin. 
Lorsqu'ils  atteiguirent  rôgc  de  puherlé,  aucun  d'eux  ne  put  plu? 
m'inspirer  un  intérêt  profond,  bien  qtie  j'eusse  conservé  pour  tou» 
les  deux  un  intérêt  amical,  .le  ne  me  serais  jamais  laissé  entraioer 
à  des  pratiques  d'impudicile  avec  eux. 

Quand  je  me  suis  l'ail  iiiscrire  à  l  Uaiversilé,  j'oubliai  complè- 
tement ces  phénomènes  de  mon  tibido  sexualis;  mais,  par  prin- 
cipe, je  me  suis  abstenu  jusqu  a  l'âge  de  vingt-quatre  ans  de  toot 
rapport  sexuel,  malgré  les  railleries  de  mes  collègues.  Comme 
alors  les  pollutions  devenaient  trop  fréquentes,  que  j'avais  A 


.NEUIIO  PSYCHOPATUULUI  JE  GÉNÉRALE 


310 


craindre  de  la  sorte  de  contracter  éventuellement  une cérébralas- 
tbénie  ex  aitttinmtiat  je  me  jetai  dans  la  vie  sexuelle  normale,  et 
ce  fut  pour  mon  bien,  malgré  que  j'en  aie  fait  un  assez  gtand 

usage. 

Si  je  suis  prpsqiio  im piiissjinl  l'ii  fai'f  «les  pudhv  piifilh'.f^et  si  le 
corps  mi  do  la  femme  me  dégoùli'  y>Iulnf  (jn'il  no  in  attire,  cpIîi 
lient  prol)al)l('mf ni  aux  branches  spéciales  de  la  mÉdecine  que 
j'ai  «'ludiees  pendant  dos  années. 

L'acle  me  satisfait  toujours  mieux  quand  je  peux.cn  le  luisant, 
fixer  ridée  de  la  tU  ;  mais,  comme  d'autre  part^  l'idée  m'est  insup- 
portable que  cette  fille  est  satisfaite  par  d'antres  que  par  moi, 
j'ai  résolu,  depuis  des  années,  comme  une  nécessité  pour  l'équi- 
libre de  mon  àme,  de  me  payer  une  femme  entretenue  et  autant 
que  possible  une  vinfo^  bien  que  ces  sacrifices  matériels  me 
grèvent  lourdement.  Autrement  la  jalousie  la  plus  absurde  me 
rendrait  incapable  de  travailler.  Je  dois  encore  rappeler  que,  à 
l'Age  de  treize  ans,  je  devins  pour  la  première  fois  amoureux, 
mai^  plaloniqucnnent.  et  depuis  j'ai  souvoni  soupiré  avpc  des 
langueurs  de  tronvoro.  Ce  qui  distingue  mon  cas  de  tous  les 
autres,  c'est  quo  je  no  nio  suis  jamais  masturbe  do  ma  vie. 

Il  y  a  quolipu  -  s( mnino-i.je  fus  ofTrayo  :  [M'iidant  mon  somnioii, 
j'avais  rêvé  do  ptn-fi.^  uioif,  et  je  Fn'olais  «'voilir-  avec  une  érection. 

Enfin,  je  vais  enlrepreadro  la  làelie  touj<Jurs  délicate  de  vous 
dépeindre  mon  état  actuel.  De  taille  moyenne,  élégamment  bâti, 
crâne  dolichocéphale  de  5d  centimètres  de  circonférence,  avec 
bosses  frontales  très  proéminentes;  regard  un  peu  névropathique, 
pupilles  moyennes,  mâchoire  très  défectueuse.  Musculature  forte. 
ChCTelure  forte,  blonde.  A  gauche,  varicocèle;  le  frein  était  trop 
court,  me  gênait  pendant  le  coït;  je  le  coupai  moi*méme,  il  y  a 
trois  ans.  Depuis,  l'éjaculation  est  retardée,  la  sensation  de 
volupté  diminu<^e. 

Tempérament  coléreux,  don  d'assimilation  rapide  ;  bonnes  facul- 
tés pour  combiner  avec  énergie;  pour  un  héréditaire,  je  suis  très 
tenace;  j'apprends  facilement  les  langues  étrangères,  j'ai  l'oreille 
musicale,  niais  aulroinont  pas  de  talents  arli>tiques.  Zélé  pour 
mes  devoirs,  niais  Inujonis  rempli  du  t;eduim  vilfp,  tendances 
au  suicide  auxquelles  ji'  n'ai  résiste  que  par  religion  et  par  égard 
pour  ma  uière  adorée.  Du  reste,  candidat  typique  au  suicide. 
Ambitieux,  jaloux,  paralysophobe  et  gaucher.  J'ai  ries  idées 
socialistes.  Chercheur  d'aventures,  car  je  suis  très  brave;  j*ai 
résolu  de  ne  me  jamais  marier. 


320 


P5YCH0PATHIA  SEXUALIS 


Observation  iOf)  '  fffi  Dinpfirodisine  jjs>jc/ii(/ue  ;  niifnfnoffrnpkif  . 
—  Je  suis  né  en  IHiiH.  Les  latnilles  de  mes  deux  parents  sont 
saines.  Dans  tous  les  cas,  il  n  y  eut  chez  eux  aucune  maladie 
mentale.  Mon  père  élail  cuinnierçant;  il  a  maintenant  soixanU^ 
cinq  ans,  est  nerveux  depuis  des  années  et  très  enclin  à  la  mélao- 
colie.  Avant  son  mariage,  mon  père,  dît-on,  aurait  été  un  vaillant 
viveur.  Ha  mère  est  bien  portante,  quoique  pas  très  forte.  J*aî 
une  sœur  et  un  frère  bien  portants. 

Moi-même  je  me  suis  développé  sexuellement  de  ti'ès  bonne 
heure  ;  h  Tâge  de  quatorze  ans,  j*avais  tellement  de  pollutions 
que  j*en  fus  effrayé.  Je  ne  puis  plus  dire  dans  quelles  circon- 
stances ces  pollutions  se  manifestaient  ni  par  quel  genre  de  rèves 
elles  étaient  provoquées.  Le  fait  est  que,  depuis  des  années,  je  ne 
me  sons  attiré  sexuellement  que  vers  les  hommes  et  que,  mnlj^r»- 
toute  mon  rncrgif»  et  malgré  une  lutte  tcrriM".  je  ne  i)uis  |kis 
vaincre  ce  penclianl  contre  nature  «jui  nie  répugne  tant.  Dans  les 
premières  années  de  ma  vie,  dil-un,  j'aurais  enduré  beaucoup  de 
maladies  graves,  de  sorlo  qu'on  craiguil  pour  ma  vie.  De  là  vient 
aussi  que  plus  tard  ou  m'a  gàlé  et  trop  choyé.  Je  luis  con- 
liné  souvent  à  la  chambre  ;  J'aimais  mieux  jouer  avec  des  pou- 
péesqu*avec  des  soldats;  je  préférais  en  général  les  jeux  tran- 
quilles  de  la  chambre  aux  jeux  bruyants  de  la  rue.  A  Tàge  de  dix 
ans,  on  me  mit  au  lycée.  Bien  que  je  fusse  très  paresseux,  je 
comptai  parmi  les  meilleurs  élèves,  car  j'apprenais  avec  une 
facilité  extraordinaire,  et  j'étais  le  favori  de  mes  professeurs. 
Depuis  mon  âge  le  plus  tendre  (sept  ans),  j'eus  plaisir  à  être 
avec  les  petites  filles.  Je  me  rappelle  que,  jusqu'à  l'Age  de  treize 
ans,  j'entretenais  avec  elles  des  liaisons  d'amour,  que  j'étais  ja- 
loux de  ceux  qui  parl  iieut  à  l'ohjet  de  mon  amour,  (jue  j'avais 
plaisir  à  regarder  >ou>  les  jupons  des  amies  de  ma  sœur  et  des 
bonnes,  et  que  j  avais  des  érections  quand  je  louchais  le  corps  de 
mes  petites  cumurade-  «le  jeux.  Je  ne  puis  pas  me  rappeler  avec 
exactitudes!,  à  cet  àgc  précoce,  les  garçons  avaient  pour  moi  un 
aussi  puissant  attrait  et  m  emotionnaient  sexuellement.  J*ea9 
tou^jours  beaucoup  de  plaisir  t  la  lecture  des  pièces  de  théâtre  : 
j*avais  un  théâtre  de  poupées,  je  contrefaisais  les  artistes  que  je 
voyais  au  grand  théâtre  et  surtout,  cherchant  pour  moi  les  rdies 
de  femmes,  je  me  plaisais  alors  à  m'affubier  de  vêtements  de 
femmes. 

Quand  l'éveil  de  ma  vie  sexuelle  est  devenu  plus  fort,  le  peu* 
chaiil  pour  les  garçons  l'emporta.  Je  devins  tout  à  fait  amoureux 


NËUHO-PSÏCUOPATilULOGIR  GÉNÉRALE 


381 


de  mes  camarades;  j'éprouvais  un  sentiment  voluplueux  quand 
l'un  d'eux,  qui  me  plaisait,  me  touchait  le  corps.  Je  devins  très 
forouehe,  je  redisais  d*allerà  la  leçon  de  gymnastique  et  de  nata- 

lion.  Jo  cr.naîs  être  fait  aulromont  que  mes  camarades,  cl  j'étais 
gàné  quand  je  me  déshabillais  devant  eux.  J'avais  plaisir  & 
adsf'icere  menlulam  commilitum  meortnn,  j'avais  des  érections 
très  radies.  Je  ne  me  suis  masturbe  qu'une  fois  dans  ma  jeiinfîsse. 
I  n  ami  me  raconta  qu'on  pouvait  avoir  du  plaisir  sans  une  femme  ; 
jeu  essayai,  mais  je  n'y  epromai  aucune  jouissance.  A  cette 
époque,  le  hasard  me  lit  loniber  ualre  les  mains  un  livre  qui  pré- 
venait contre  les  conséquences  funestes  de  l'onanisme.  Je  ne 
revins  plus  &  mon  premier  essai.  A  Tftge  de  quatorze  ou  quinze 
aoSt  je  fis  la  connaissance  de  deux  garçons  un  peu  plus  jeunes 
que  moi,  mais  qui  m'excitaient  sexuellement  à  un  très  haut 
degré.  Cétail  surtout  de  Tun  d'eux  que  j'étais  amoureux.  A  son 
approche,  j'étais  ému  sexuellement;  j'étais  inquiet  quand  il  n'était 
pas  là,  jaloux  de  tous  ceux  qui  lui  parlaient  cl  embarrassé  en  sa 
présence.  Celui-ci  ne  se  doutait  pas  du  tout  de  mon  état.  Je  me 
sentais  très  malheureux,  je  pleurais  souvent  et  volontiers,  caries 
pleurs  me  soulageaient.  Pourtant  je  ne  pouvais  pns  eomprendre 
ee  setitinienl,  et  j'en  sentais  bien  le  earaelère  irr<'guliei'.  qui 
ne-  rendait  particulièreaiejU  malheureux  alors,  e'est  «jue  ma 
lacuUé  pour  le  travail  sembla  disparaiLn'  (oui  d'un  coup.  Moi  qui 
autrefois  apprenais  avec  la  plus  grande  facilite,  j'éprouvai  subite- 
ment la  plus  grande  difticuUé  :  mes  idées  n'étaient  jamais  à  la  ques- 
tion, mais  vagabondaient.  C'était  par  le  déploiement  de  toute  mon 
énergie  que  j'arrivais  à  faire  entrer  quoique  chose  dans  ma  tète. 
J'étais  obligé  de  répéter  ft  haute  voix  ma  leçon  afin  de  maintenir 
mon  attention  en  éveil.  Ma  mémoire^  autrefois  si  bonne,  me 
trahissait  souvent.  Je  restais,  malgré  tout,  un  bon  élève;  je 
passe  encore  aujourd'hui  pour  un  homme  bien  doué  ;  mais  j'ai 
une  difticulté  terrible  à  me  graver  quelque  chose  dans  la  mé- 
nioiro.  J'employai  alors  toute  mon  énerpjie  pour  f^ortir  tlo  cet  état 
pitoyable.  J'allais  fous  les  jonr^  faire  de  lu  gymnastique,  de  la 
iialalion  et  des  promenades  à  cheval  ;  je  fréquentais  assidûment 
la  salle  d'armes,  et  je  trouvais  beaucoup  de  plaisir  i\  tous  ces 
exercices.  Aujourd'hui  encore,  je  me  sens  très  à  mon  aise  quand 
je  suis  à  cheval,  bien  que  je  ne  m'entende  pas  bien  en  fait 
d'èquitalîon  et  que  je  n'aie  pas  un  don  particulier  pour  les  exer* 
dcea  de  corps.  Les  relations  avec  mes  camarades  me  faisaient  beau- 
coap  de  plaisir,  je  ne  manquais  à  aucune  «  beuverie  »;  je  fumais 

PSYUiOPATlIIA  «KXtAl.iS.  Si 


322 


PSYCHOPATHÏA  SEXUALIS 


etj^étais  très  populairo  parmi  eux.  Je  fréquentais  beaucoup  les 
brasseries,  j'aimais  à  m'amuser  avec  les  filles  de  brasserie,  sans 
cependant  en  «^tre  sexuellemcnl  ^mu.  Aux  yeitx  de  mes  amis  et  de 
Tiiec^  professeurs,  je  passais  pour  un  homme  débauchét  un  g;raud 
court  ur  do  femmes.  Malheureusement,  c'était  à  tort. 

A  l'âge  de  dix-nouf  nus,  je  devins  élève  de  1  1  ■niversiU'.  Je  passiii 
'  mon  premier  semestre  à  l  Université  de  B...  J'en  ai  gardé  jusqu'à 
aujourd'hui  uo  souvenir  terrible.  Ues  besoins  sexuels  se  ftisaienl 
sentir  a^ec  une  violence  extrême  ;  je  courais  toute  la  nuit,  sur- 
tout (]uand  j'avais  beaucoup  bu,  pour  chercher  des  hommes.  Hea- 
reusemeni  je  ne  trouvais  personne.  Le  lendemain  d'une  pareille 
promenade,  j'étais  toujours  hors  de  moi-même.  Le  deuxième 
semestre,  je  me  flsiiiscrire  à  l'Université  de  M...  :  co  fut  Tépoqne 
la  plus  heureuse  de  ma  vie.  J'avais  des  amis  gentils;  iait  curieux, 
je  commençais  à  avoir  du  ^of\\  pour  les  femmes,  et  j'en  étais  h\cn 
lnMirt'iix.  .le  nouai  une  liaison  d'amour  avec  une  lille  jeuno  mais 
il('l)au(  li('i',  avec  laquelle  je  passai  bien  des  nuits  échevelées: 
j'étais  extraordinairement  apte  aux  joutes  amoureuses. 

.\près  le  cuil  jf  me  sentais  dispos  cl  aussi  bien  que  possible. 
Outre  cela,  moi  qui  avais  toujours  été  chaste,  j'avais  beaucoup  de 
relations  avec  des  femmes.  Chez  la  femme,  ce  n'était  pas  le  corps 
qui  me  charmait,  car  je  ne  le  trouvais  jamais  beau,  mais  un  cer- 
tain je  ne  sais  quoi  ;  bref,  je  connaissais  les  femmes  et  leur  seul  con- 
tact me  donnait  une  érection.  Cette  joie  et  cet  état  ne  durèrent 
pas  longtemps;  je  commis  la  béiise  de  prendre  une  chambre  com- 
mune avec  un  ami.  C'était  un  jeune  homme  aimable,  doué  de 
talents  et  redouté  des  femmes;  ces  qualités  m'avaient  vivemeot 
attiré.  En  général,  je  n'aime  que  les  hommes  inslruils,  tandis  que 
les  hommes  vicfourenx  mais  sans  éducation  ne  peuvent  m'exciter 
vivement  qu*'  pour  ua  moment,  sans  jamais  m'atLachor.  Bientôt 
je  devins  amoureux  de  mon  auii.  Alors  arriva  la  pério<lt'  terribli' 
qui  a  détraqué  ma  santé.  Je  couchais  dans  la  même  chambre  que 
mon  ami  ;  j'étais  obligé  de  le  voir  tous  les  jours  se  déshiibiller 
devant  moi  ;  je  dus  rassembler  toute  mon  énergie  pour  ne  pas 
me  trahir.  J'en  devins  nerveux  ;  je  pleurais  facilement,  j'étais 
jaloux  de  tous  ceux  qui  causaient  avec  lui.  Je  continuais 
toujours  &  avoir  des  rapports  avec  des  femmes,  mais  ce  n'était 
que  difficilement  que  je  pouvais  arriver  &  faire  le  coTl,  qui  me 
dégoûtait  ainsi  que  la  femme. 

Les  mêmes  Temmes,  qui  autrefois  m'excitaient  le  plus  vivement, 
me  laissaient  froid.  Je  suivis  mon  ami  à  W...  où  Û  rencontra  no 


NEURO-PSÏCUOPATUOLOGIE  GË^tiEUALË 


323 


ami  d*aulrefois  avec  lequel  il  prit  une  chambre  commune.  Je 
devins  jaloux,  malade  d^amour  et  de  nostalgie.  En  même  temps 
je  repris  mes  rapports  avec  les  femmes;  mais  ce  n'est  que  rare* 
ment  et  avec  beaucoup  de  peine  que  j'arrivais  à  accomplir  le  coït. 

Je  devins  lerribleinenl  déprimé,  et  je  fus  près  de  devenir  fou.  Du 
Iravail,  il  n'en  était  plus  question.  Je  menais  une  vie  insensée  et 
fatigante  ;  je  déppn«;îiis  dos  sommes  énormes;  je  jetais  pour 
ainsi  dire  l'arj^enf  par  les  feni  lrcs.  Un  mois  ot  demi  plus  tard  je 
tombai  malade,  et  on  dut  me  transporler [dans  un  elablis^emcnt 
d'hydrothérapie,  où  je  pusâui  plusieurs  mois.  Là  je  me  suis  ressaisi; 
hienlôt  je  devins  très  aimé  de  la  société  ;  car  je  puis  t*^tre  In'  s  gai 
et  je  trouve  beaucoup  de  plaisir  dans  la  société  des  dames  ins- 
truites. Pour  la  eonversaUon,  je  préfère  les  dames  mariées  aux 
jeunes  demoiselles,  mais  je  suis  aussi  très  gai  dans  la  compagnie 
des  messieurs,  à  la  table  de  la  brasserie  et  au  jeu  de  quilles. 

Je  rencontrai,  dans  rétablissement  hydrothérapique,  un  jeune 
homme  de  vingt-neuf  ans  qui  évidemment  avait  les  mêmes  pré' 
dispositions  que  moi.  Cet  homme-là  cherchait  à  se  fourrer  contre 
moi,  voulait  m'embrasser;  mais  cela  me  répugnait  beaucoup,  bien 
qa*il  m'excitât  et  que  son  contact  me  donn&l  des  érections  et 
même  de  l'éjaculation.  Un  soir  cet  homme  me  décida  à  faire 
de  la  mnsturbatio  mutna.  Je  passai  ensttitc  une  nuil  terrible, 
sans  sommeil;  j'avais  un  dégortL  iionihhi  de  celte  allaire  et  je 
pris  la  résolution  ferme  de  ue  plus  jamais  pratiquer  pareille 
chose  avec  un  homme.  Pendant  des  jours  entiers,  je  ne  pus  me 
Iranquilliser.  Cela  m'épouvuulailque  cet  homme,  malgré  tout  et  eu 
dépit  de  ma  volonté,  pût  m^exciter  sexuellement;  d*autre  part, 
j  éprouvais  une  satisfaction  à  voir  qu'il  était  amoureux  de  moi 
et  que,  évidemment,  il  avait  à  traverser  les  mêmes  luttes  que 
moi.  Je  sus  le  tenir  à  Técart. 

Je  me  fls  inscrire  dans  diverses  Universités  ;  je  fréquentai  encore 
plusieurs  établissements  hydrothérapiques,  obtenant  des  guéri* 
sons  momentanées,  maisjamais  durables.  Je  m^amourachai encore 
par-ci  par-là  d'un  ami,  maisjamais  pins  je  n  eus  une  passion  aussi 
violenleque  celle  quej'eus  pour  l'ami  de  M...  Je  n'avais  plus  de  rap- 
ports sexuels,  ni  avec  des  femmes,  car  j'en  étais  incapal)1e,  ni  avec 
des  hommes,  car  je  n'en  avais  pas  roccasion.  et  ji-  m'elTon-Mis  de 
me  détourner  d'eux.  J'ai  ronconlré  encore  souvent  l'ami  de  M...  ; 
nous  sommes  mainlenaul  plus  amis  que  jamais  ;  sa  vue  ne  m'ex- 
cite plus,  ce  dont  je  suis  bien  aise.  Il  en  est  toujours  ainsi  ; 
quand  j'ai  perdu  de  vue  pour  quelque  temps  une  personne 


324 


l»SYt;U01»ATUIA  SëXUAUS 


qui  m'avait  excité  sexuellement  «  Tinfluence  sexuelle  disparaît. 
J*ai  passé  mes  examens  brillamment.  Pendant  la  deraière 

anné(%  avant  mos  examens,  j'ai  rommeocé  à  pratiquer  l'onanisme^ 
4*/est-4-dire  à  l'Aj^^o  de  vingl-lrois  ans,  ne  pouvant  satisfaire  autre- 
ment mon  instinct  génital  qui  devenait  Irrs  ^ônant.  Mais  je  ne  me 
livrai  ;\  la  masliirbnlinn  que  rarement,  car.  aprôs  l'arto,  i'H(ai«  rem- 
pli d*'  di'i^oiM  l't  je  [tassais  une  niiil  blanche.  Quand  j'ai  beaucoup 
bu,  je  perds  loute  [iinn  énergie.  Alors  je  cours  des  heures  ♦•nlières 
<i  la  recherche  des  htjmmes  et  Unis  par  on  arriver  la  nuislurlia- 
tion  pour  me  réveiller  le  lendeinaiti  la  lète  lourde,  avec  le  dégoût 
de  moi-même,  cl  pour  rester  en  proie  à  une  profonde  mélancolie 
les  jours  suivants.  Tant  <iue  j'ai  de  l'empire  sur  moi,  je  cherche  à 
combattre  mon  naturel  avec  toute  l'énergie  dont  je  dispose.  C'est 
horrible  de  ne  pouvoir  entrer  en  relations  tranquilles  avec  aucun 
de  ses  amis,  et  de  tressaillir  à  la  vue  de  tout  soldat  ou  de  tout 
garçon  boucher.  C'est  horrible,  quand  la  nuit  vient  et  que  je 
guette  à  ma  fenêtre  si  au  mur  d'en  face  il  n'y  a  pas  quelqu'un 
qui  pisse  et  me  fournisse  l'occasion  de  voir  ses  parties  génitales. 
Ils  sont  horribles  ces  rêves,  et  surtout  la  conviction  de  riiumora- 
lilé.  du  earaetèro  criminel  de  mes  désirs  el  d»^  tth's  scntimeols. 
.('ai  de  moi-même  un  dcfïnTit  (ju  nn  ne  peut  p;ut're  déeriro.  Je  con- 
sidère mon  état  comme  uiorijïde.  Je  ne  peux  i>as  le  prendre 
pour  congénital,  je  crois  pluhH  que  ce  pcnchauUm  a  ulé  inculqué 
à  la  suite  d'une  éducation  mauquée.  Ma  maladie  me  rend  égoïste 
et  dur  pour  les  autres  ;  elle  étouffe  chez  moi  toute  bonhomie  el 
tout  égard  pour  ma  famille.  Je  suis  capricieux,  souvent  excité 
jusqu'à  la  folie,  souvent  triste  ;  de  sorte  que  je  ne  sais  pas  coin- 
ment  me  sortir  d'embarras  ;  alors  j'ai  les  pleurs  faciles.  Et  pour- 
tant j'ai  un  dégoût  pour  les  rapporû  sexuels  avec  les  hommes.  Un 
soir  que  je  revenais  du  cabaret,  ivre  et  excité,  et  quej'avais  perdu 
À  demi  conscience,  l'àme  pleine  de  libido,  je  me  promenai  daas 
un  scjunre  public  ;  je  rencontrai  un  jeune  homme  qui  me  décida  à 
faire  un  acb»  de  masturbation  mutuelle.  Bien  qu'il  m'excifAI.  je 
fus  après  l'acte  toulîi  fait  hors  de  moi  Aujourd'hui  même,  quand 
je  passe  devant  ce  square,  je  suis  pris  de  d*''goût  ;  récemment 
encore,  coiume  j'y  passai-^  à  cheval,  je  tombai  .sans  aucune  raison 
de  ma  monture  docile,  tellemenl  le  souvenir  do  cette  villenie 
m'avait  révolté. 

J'aime  les  enfants,  la  famille  et  la  société,  et  je  suis,  grâce  à 
ma  position  sociale,  en  état  de  fonder  et  de  diriger  un  ménage. 
Je  dois  renoncer  à  tout  ceUt  et  pourtant  je  ne  peux  pas  renoncer 


NEURO-PSYCHOPATHOI.0<ËIE  GÉNÉRALE 


à  l'espoir  de  guérir.  Ainsi,  je  suis  halanr«!>  entre  la  joie  de  l'espt- 
raDce  et  un  désespoir  terrible;  je  néglige  mon  métier  et  ma 
famille.  Je  ne  désire  même  pas  arriver  à  me  marier  et  fonder 
une  famitle.  Je  serais  content  si  je  pouvais  dompter  cet  horrible 
penchant  pour  le  sexe  masculin,  si  je  pouvais  communiquer 
tranquillement  avec  mes  amif  et  reprendre  Testime  de  moi- 
même* 

Personne  ne  peut  se  faire  une  idée  de  mon  état;  je  passe  pour 
un  «  vert  galant  »  el  je  cherche  à  nie  maintenir  celte  réputation. 
.r«»>saie  souvent  de  nouer  tle<  !îni*îons  avof  dos  fiUrs,  cnr  !'oc«'a- 
sii>n  sp  présente  souvent.  J  eu  ai  déjà  connu  plus  d  une  (|ui  m'ai- 
mait el  qui  m'aurait  sacridé  son  ht>mie!ir;  mais  je  ne  puis  lui 
offrir  de  l'amour,  je  ne  puis  rien  lui  donner  sexuellement.  ,Ie 
pourrais  bien  aimer  un  homme:  je  ne  suis  excité  que  par  des 
hommes  très  jeunes,  des  jouvenceaux  de  dix-sept  à  vingt-cinq  ans, 
qui  ne  portent  pas  de  favoris  ou,  ce  qui  est  mieux  encore,  qui  ne 
portent  pas  de  barbe  du  tout.  Je  ne  puis  aimer  que  ceux  qui  Sont 
très  instruits,  convenables,  et  de  manières  aimables.  Moi-même  je 
suis  de  petite  taille,  très  vaniteux,  très  étourdi,  très  exalté  aussi; 
je  me  laisse  racîleinont  guider  par  des  per-onnes  qui  me  plaisent 
et  que  je  cherclie  ù  imiter  en  finit,  mais  Je  suis  aussi  très  suscep- 
tible et  facile  à  froisser.  J  attache  une  très  grande  valeur  aux 
apparences  :  j'aime  les  heanx  jneuhlesel  les  beaux  vêtements,  et 
je  m'en  laisse  imposer  par  des  manières  aristocratiques  et  une 
mise  élégante.  Je  suis  malheureux  <le  «  e  que  mou  t  tal  neurasthé- 
nique m'empêche  d  éUniier  el  de  cultiver  loul  ce  que  je  voudrais. 

J  ai  tail  la  connaissance  d'un  malade  pendant  l'automne  dernier. 
Il  n'a  pas  de  stigmates  de  dégénérescence;  il  est  d*un  habitus 
tout  à  fait  viril,  bien  que  d'une  constitution  délicate  el  frêle.  Les 
parties  génitales  sont  normales.  L'extérieur»  distingué,  n*a  rien 
d'étrange.  Il  maudit  sa  perversion  sexuelle  dont  il  voudrait  se 
débarrasser  A  tout  prix.  Malgré  tous  les  efforts  du  médecin  ainsi 
que  du  malade,  on  n'a  pu  obtenir  qu'un  degré  d'hypnose  très  léger 
et  insuffisant  pour  un  traitement  par  suggestion. 

Observation  110  [ffermaphrodistne  psychique;  fétiekùme  de  la 
bouche),  —  J*aî  trente  et  un  ans  ;  je  suis  employé  dans  une 
fabrique.  Mes  parents  sont  bien  portants  et  n'ont  rien  de  maladif. 
On  dit  que  mon  grand-père  paternel  a  soulTert  du  cerveau;  ma 
grand'mère  maternelle  est  morle  mélancolique;  un  cousin  de  ma 
mère  était  un  alcoolique;  plusieurs  autres  parents  proches  sont 
anormaux  au  point  de  vue  psychique. 


326 


PSYCHOPATHIA  SEXUALIS 


J*avai8  quatre  ans  lorsque  mon  instinct  génital  commença  à 
s^éveiller.  Un  homme  de  vingt  et  quelques  années,  qui  jouait  avec 
noua  autres  enfants  et  qui  nous  prenait  sur  ses  bras,  me  donna 
renvie  de  l'enlacer  et  de  Tembrasser  violemment.  Ce  penchant  à 
embrasser  sensueilement  sur  la  bouche  csl  Irè»  caraclérislique 
dans  mon  t'iat,  car  ceWo  manière  d'embrasser  est  chez  moi  le 
charmo  principal  f!f*  ma  salisfaclion  sexuelle. 

J'ai  éprouve  un  mouvrinciit  analogue  à  1  âge  tie  neuf  ans.  T'n 
hommo  lai<l,  môme  saie,  à  barbe  rousse,  m'a  donné  cette  envie 
il"  embrasser. 

Alors  se  montra  chez,  moi,  pour  la  première  fois,  uu  symp- 
tôme qu'on  retrouve  encore  aujourd'hui  :  par  moments  les  choses 
viieSf  même  les  peraonnes  en  vêtements  sales  et  communes  dans 
leurs  manières,  exercent  un  charme  particulier  sur  mes  sens. 

Au  lycée  je  fus,  de  onze  à  quinze  ans,  passionnément  amoureux 
d'un  camarade.  Là  aussi  mon  plus  grand  plaisir  aurait  été  de 
l'enlacer  de  mes  bras  et  de  l'embrasser  sur  la  bouche.  Parfois 
j'étais  pris  pour  lui  d'une  passion  telle  que  je  nVn  ai  jamai's  eu 
depuis  de  plus  forle  pour  les  personnes  aimées.  Mais,  aulanl  que 
je  me  rappelle,  je  n'eus  des  érections  que  vers  l'Age  de  treize  ans. 

Durant  ces  année*:,  je  n'eus,  eomme  je  viens  de  le  dire,  qn? 
l'envie  d'cnlaeer  de  mes  bras  et  d'embrasser  sur  la  bouche;  cupi- 
dilus  videndi  vel  Inngeiidi  alionnn  ijonltuUa  rnihi  plam'  dcnut. 
J'élais  un  garf^'on  tout  à  fait  naïf  et  innocent,  et  j'ignorai,  jusqu  a 
l'âge  de  quinze  ans,  l<mL  à  lait  la  signification  de  l'érection:  de 
plus,  je  n'osais  pas  même  embrasser  l'aimé,  car  je  sentais  que  je 
faisais  I&  un  acte  étrange. 

Je  n'éprouvais  pas  le  besoin  de  me  masturber,  et  j'eus  la  chance 
de  ne  pas  y  avoir  été  entraîné  par  des  camarades  plus  âgés.  En 
général,  je  ne  me  suis  jamais  masturbé  jusqu'ici  ;  j'ai  une  certaine 
répugnance  pour  cela. 

A  l'âge  de  quatorze  A  quinze  ans,  je  fus  pris  de  passion  pour 
une  série  de  garçons  dont  quelques-uns  me  plaisent  encore  aujour- 
d'hui. Ainsi,  je  lustrés  amoureux  d'un  garçon  auquel  je  n'ai  jamais 
parlé  ;  pourtant,  j'étais  heureux  rien  qu'en  le  rencontrant  dans 
la  rue. 

Mes  [tassions  étaient  ilc  nature  sensuelle;  cela  ressort  déjà 
du  lait  que,  rien  qu'en  pre.Hsant  la  main  de  l'individu  aimé  et  en 
le  caressant,  j*a\ais  de  violentes  érections. 

Mais  mon  plus  grand  plaisir  a  été  toujours  am/)/ecffelofoscu/art; 
je  ne  demandais  jamais  autre  chose. 


NELHO-PSYCHOPATUULOGIE  GÉiNÉIULE 


327 


J'ignorais  qae  le  sentiment  que  j^éprouvais  était  de  Tamour 

sexuel,  seulement  je  me  disais  qu'il  était  impossible  quej*éprouve 
seul  de  pareilles  délices.  Jusqu'à  l'à^e  de  quinze  ans,  jamais 
femme  ne  m'avait  excité  ;  un  soir  que  j'étais  seul  avec  la  bonne 
dans  ma  rhnmhre,  j'éprouvai  la  ïiiéino  onvie  que  j'avais  jusqu'ici 
pour  l.'s  gan  oiis;  je  plaisantai  d'abord  avec  elle,  et  quand  jo  vis 
qu'ellt'  se  laissait  faire  volontiers,  je  la  couvris  dp  baisers:  rolu/i- 
tafem  S'-nsi  iantam  quanlam  nnnc  rnrhslnie  si^nt  'io.  Alier  aitertus  os 
osculaii  sumus  et  posi  X  mtnulas  iiollulio  evettit.  C  est  ainsi  que  je 
me  satisfaisais  deux  à  trois  fois  par  semaine:  bientôt  je  nouai  une 
liaison  analogue  avec  une  de  nos  cuisinières  et  d'autres  bonnes 
encore.  Ejaeutatio  smper  evenitpostquam  X/ere  minuta»  no»  oieu- 
Ittti  «umtM. 

Entre  temps,  je  pris  des  leçons  de  danse:  c'est  alors  que,  pour  la 
première  fois,  je  fus  épris  d'une  demoiselle  de  bonne  famille.  Cet 
amour  disparut  bientôt;  j'aimai  encore  une  autre  jeune  Aile  dont 
je  n'ai  jamais  fait  la  connaissance^  mais  dont  la  vue  exerçait 
sur  moi  la  même  force  d'atlraclinn  (;ue  la  vue  des  jeunes  gens; 
j'épn>iivai  pour  elle  plus  que  celte  chaleur  sensuelle  que  je  sentais 
en  d'autres  occasions  pour  los  filles.  Mon  penchant  pour  les  filles 
était,  il  celle  époque,  arrivé  à  son  poinl  (  ulininanl:  les  tilles  me 
plaisaient  à  peu  près  autiinl  que  les  gardons.  Je  salisfciisais  ma 
sensualité,  ainsi  que  je  l  ai  dit  plus  haut,  en  embrassant  la  bonne , 
ce  qui  provoquait  toujours  une  pollution.  C'est  ainsi  que  je  passai 
ma  vie,  de  l'âge  de  seize  ans  jusqu'&  dix-huit.  Le  départ  de  nos 
bonnes  me  priva  de  l'occasion  de  satisfaire  mes  sens.  Vint  alors 
une  période  de  deux  à  trois  ans,  pendant  laquelle  j'ai  dû  renoncer 
aux  jouissances  sexuelles;  en  général,  les  filles  me  plaisaient 
moins;  devenu  un  peu  plus  grand,  j'eus  Iionte  de  me  com- 
mettre avec  des  servantes.  Il  m'était  impossible  de  me  procurer 
une  maîtresse,  car,  malgré  mon  âge,  j'étais  rigoureusement  sur^ 
veillé  par  mes  parents;  je  ne  fréquentais  que  peu  les  jeunes  gens, 
de  sorte  que  je  n'avais  qui;  très  pou  d'esprit  d'iuilialive.  A  mesure 
<|U"  lo  peuchant  pour  les  femmes  dimiuuuit,  l'attrait  pour  les 
jcuiK'S  j^'ens  aiipncnlait. 

Comme,  «It-puis  l'Ape  de  seize  ans,  j'avais  Ix-aui-ruip  de  pi^ilu- 
lions  en  rêvant  tanlol  de  lemnies,  tantôt  d'honuiies,  pnllulions 
qui  m'affaiblissaient  beaucoup  et  «léprimaient  complèlemeuluion 
humeur,  je  voulus  absolument  essayer  du  coït  normal. 

Cependant,  des  scrupules  et  l'idée  que  des  ûlles  publiques 
.ne  pourraient  m'exciler,  m'empêchèrent,  jusqu'à  l'àge  de  vingt 


328 


PSYCIIOI'ATHIA  SEXLAI.IS 


et  un  ans,  d'aller  au  bordel.  Je  soutins,  pendant  deux  ou  trois 
ans,  un  eombat  quotidien  (s'il  y  avait  eu  des  bordels  d'hommes, 
aucun  scrupule  n'aurait  pu  m'enipéchcr  d'y  aller).  Enlin,  j'allai  un 
jour  uu  lupanar;  je  n'arrivai  pas  même  à  l'érection,  d'abord 
parce  que  la  iille.  bien  (jue  jeune  et  assez  fraîche  pour  une  pros- 
tituée, n'avait  pa>.  de  chunne  pour  moi,  eii»uile  parce  qu'elle 
ne  voulut  pas  m'embrasser  sur  la  bouche.  4e  fus  très  déprimé  et 
je  me  crus  impuissant. 

Trois  semaines  après,  je  visitai  aUam  meretrieem  qwp  tùUim 
oseulù  ereelionem  effeât;  erat  robutto  ewpore,  habuU  erasta  tabia^ 
muito  libidinorior  quam  prier,  Jam  poH  tre$  mhutût  ùicula  $ola  in 
09  data  ejaculatianem  antepertam  effectntnL  J*8llai  sept  fois  chez 
des  prostituées,  pour  essayer  d*arriver  au  coït. 

Parfois,  je  n'arrivais  point  &  avoir  d'érection,  parce  que  la 
fille  me  laissait  froid;  d'autres  fois,  j*éjaculais  trop  t^t.  En 
somme,  les  premières  fois,  J*eus  quelque  répugnance  à  penem 
mlroducerc ,  el  mAme.  après  avoir  réussi  k  faire  le  coït  normal,  je  n'y 
éprouvai  ;\ncun  eliaiine.  I.a  satisfaction  voluptueuse  est  produite 
par  des  baisers  sur  la  bouche,  e  est  pour  mot  le  plus  important; 
le  coït  n'est  (jue  i|uel(jue  ehu<e  d'accessoire  qui  <h»il  servir  à 
rendre  plus  étroit  renlacenient.  I.e  coït  seul,  quand  même  la 
femme  aurait  pour  moi  les  plus  grands  ehamies,  me  serait  iudil- 
férent  sans  les  baisers,  et  même,  dans  la  plupart  des  cas,  l'érec- 
tion cesse  ou  elle  n*a  pas  Heu  du  tout  quand  la  femme  ne  veut 
pas  m'embrasser  sur  la  bouche.  Je  ne  peux  pas  embrasser  n  im- 
porte quelles  femmes,  mais  seulement  celles  dont  la  vue  m'excite; 
une  prostituée  dont  l'aspect  me  déplaît  ne  peut  me  mettre  eo 
chaleur,  malgré  tous  les  baisers  qu'elle  pourrait  me  prodiguer  et 
qui  ne  m'inspireraient  que  du  dégoût. 

Ainsi,  depuis  quatre  ans,  je  fréquente  tous  les  dix  à  quinze 
Jours  le  lupanar;  ce  n'est  que  rarement  que  je  no  réussis  pas  à 
coYler,  car  je  me  suis  étudié  à  fond,  et  je  sais,  en  ehoisissanl  la 
pueUd,  si  elle  m'excitera  ou  si  elle  me  laissera  froid.  11  enivrai 
que,  ces  temps  derniers,  il  m'est  arrivé  de  nouveau  de  croire 
qu  uiie  femme  m'exciterait  et  que  pourtant  aucune  érection  ne 
s'est  produite.  Cela  se  produisait  surtout  quand,  les  jours  précé- 
dents, j'avais  dCi  faire  trop  d'efforts  pour  étouffer  mon  peuchaul 
pour  les  hommes. 

Dans  les  premiers  temps  de  mes  visites  au  lupanar,  mes  sen- 
satioDS  voluptueuses  étaient  très  minimes;  je  n'éprouvais  que 
rarement  un  vrai  plaisir  (comme  autrefois  par  les  baisers). 


N£UR0-PSYCH0PATU0L0C*1E  GÉiNÉRALË 


320 


Haîntenant,  au  contraire,  j'éprouve,  dans  la  plupart  des  cas,  une 
forte  sensation  de  volupté.  Je  trouve  un  charme  particulier  aux 
lupanars  de  basse  espèce;  car,  depuis  ces  temps  derniers,  c*est 
l'avilissement  des  femmes,  rentrée  obscure,  la  lueur  blafarde  des 

lanternes,  en  un  mot  tout  1  entourage  qui  a  pour  moi  un  attrait 
particulier;  la  principale  raison  en  est.  probablement,  que  ma 
sensualité  est  inconsciemment  stimulée  par  le  fait  que  ces  endroits 
sont  trôs  fréqiiont»>«s  par  des  militaires,  et  que  cette  circonstance 
revêt  pour  ainsi  dire  l;i  IVimiih'  d'un  rcrtfiin  charme. 

Ouand  je  trouve  alors  imc  feinuie  dont  la  ligure  m  excite,  je 
suis  capable  d  éprouver  une  très  grande  volupté. 

En  dehors  des  prostituées,  mes  désirs  peuvent  encore  être 
excités  surtout  par  des  filles  de  paysans,  des  servantes,  des 
filles  du  peuple  et,  en  général,  par  celles  qui  sont  habillées  gros- 
sièrement et  pauvrement. 

Un  fort  coloris  des  joues,  des  lèvres  épaisses,  des  formes 
robustes:  voilft  ce  qui  me  plaît  avant  tout.  Les  dames  et  lesdemoi* 
selles  distinguées  me  sont  absolument  indifférentes. 

Mes  pollutions  ont  lieu,  la  plupart  du  temps,  sans  me  procurer 
aucune  sensation  de  volupté;  elles  se  produisent  souvent  ({uand 
je  rêve  d'hommes,  très  rarement  ou  pre^^qm*  jamais  quand  je  réve 
de  femmes.  Ainsi  qu'il  ressort  de  cette  dernière  circonslancc. 
mon  penchant  pour  Ips  jeunes  hommes  subsiste  tou  jours,  maltîré 
la  pratique  régulière  du  coït.  Je  peux  même  dire  qu  il  a  augmenté, 
et  cela  dans  une  inclure  considérable.  Quand,  imniédiatement 
après  le  cuit,  les  filles  n  oat  plus  de  charme  pour  nài>i,  le  l»aiser 
d'une  femme  sympathique  pourrait,  au  contraire,  me  mettre  tout 
de  suite  en  érection;  c'est  précisément  dans  les  premiers  jours 
qui  suivent  le  coït  que  les  jeunes  hommes  me  paraissent  le  plus 
désirables. 

En  somme,  les  rapports  sexuels  avec  les  femmes  ne  satisfont 
pas  entièrement  mon  besoin  sensuel.  11  y  a  des  jours  ob  j'ai  des 
érections  fréquentes  avec  un  désir  ardent  d'avoir  des  jeunes  gens; 
ensuite  viennent  des  jours  plus  calmes,  avec  des  moments  d'une 
indifférence  complète  à  l'égard  de  toute  femme  et  un  penchant 
latent  pour  les  hommes. 

Une  trop  grande  accalmie  sensuelle  me  rend  pourtant  triste, 
surtout  quand  cceahne  suit  des  moments d  oNcUntion  supprimée: 
ce  n'est  que  lorsque  la  pensée  des  jeunes  gens  aime>  me  donne  de 
nouvelles  érections  que  je  me  scii.s  de  nouveau  le  moral  relevé. 
Le  calme  lait  alors  brustiuemenl  place  à  une  grande  nervosité;  je 


PSYCU01»ATlllA  SEXUAUS 


me  sens  déprimé,  j*ai  parfois  des  maux  de  tête  (surtout  après  avoir 

refoulé  les  érections  ;  crUv  n*'rvosilé  va  souvent  jusqu'à  une  agi- 
tation violente  que  je  cherche  alors  à  apaiser  par  le  coït. 

Un  changement  essentiel  tians  mii  vie  sfxnolle  s'est  opéré 
l'annt'p  passfM'.  quand  j'eus  pour  la  première  l'ois  l'occasion  de 
goulcr  à  r.iumur  des  hoinnios.  Malprc  le  eoil  avec  les  fommo'?. 
qui  lue  IViisail  plaisir —  (à  vrai  dire  c'étaient  les  baisers  qui  me  fai- 
saieul  plaisir  et  provoquaient  l'éjaculation),  —  niou  pcachaul  pour 
les  jeunes  gens  ne  me  laissait  pas  tranquille.  Je  résolus  daller 
dans  UD  lupanar  fréquenté  par  beaucoup  de  militaires  et  de  me 
payer  un  soldat  en  cas  extrême.  J*eus  la  chance  de  tomber  bien- 
tôt sur  un  individu  qui  pensait  comme  moi  et  qui,  malgré  la  très 
grande  infériorité  de  sa  position  sociale,  n'était  pas  indigne  de 
moi  ni  par  ses  manières,  ni  par  son  caractère.  Ce  que  j*éprouvai 
pourcejeunehomme— (et  je  réprouve  encore),  — c'est  bien  autre 
chose  que  ce  que  j'éprouve  pour  les  femmes.  La  jouissance  sen- 
suelle n'est  pas  plus  grande  que  celle  (jue  me  procurent  les  prosti- 
tuées, dont  l'accolade  cl  les  bai'^ers  m  excitent  beaucoup;  avec 
lui  je  peux  toujours  éprouver  une  sensalion  de  vf>lupté  et  j*ai 
pour  lui  un  sentiment  que  je  n'ai  {>a^  pour  les  leuinies.  Malheureu- 
semenl.  je  n'ai  pu  l'embrasser  qu'à  liuil  reju  ises  dilVerentes. 

Bien  que  nous  soyons  séparés  l'un  de  l'autre  depuis  plusieur> 
mois  déjà,  nous  ne  nous  sommes  pas  oubliés  et  nous  enlretenoos 
une  correspondance  très  suivie.  Pour  le  posséder,  j'osai  aller 
dans  un  lupanar,  Tembrasser  dans  cet  endroit,  au  risque  d'être 
trahi. 

Au  début  de  notre  liaison,  il  y  eut  une  période  pendant  laquelle 
je  n'entendis  plus  parler  de  lui  ;  il  ne  me  croyait  pas  digne  d'as- 

sez  de  confiance. 

Pendant  ces  semaines,  j'ai  souffert  de  chagrins  et  de  peines 
qui  m'ont  mis  dans  un  état  de  dépression  et  d'inquiétude  anxieuse 
conune  je  n'en  avais  jamais  éprouvé  auparavant.  Avoir  fi  peine 
trouvéuu  ani.uil  rl  être  déjà  oblige  de  renoncer î\  lui.  voilà  ce(|uime 
paraisbuil  le  luurment  le  plus  all'i'eux.  Quauil,  grâce  âmes  etrorts, 
nous  nous  relrouvAmes,  njajoie  lut  iuuueiise,  j'étais  uièiue  telle- 
ment excité,  i^u'à  la  première  accolade,  après  sou  retour,  je  ne 
pus  arriver  à  réjaculation,  malgré  mon  plaisir  sensuel. 

Unis  texuatis  in  oseuUf  et  amplexionibut  solis  constidt,  pene  mw 
ludert  ei  licebat  {dum  ferre  non  potsum  mulierêm  penem  manu  lan- 
gere  nequemulieri  tangere  eum  concéda)*  Il  est  à  remarquer  d'ailleurs 
qu'en  présence  du  bien-aimé  j'ai  immédiatement  une  érection  : 


N'EURO-PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


331 


une  poignée  de  muiu,  même  sa  vue  me  suffit.  I»eB  heures  entières 
je  me  suis  promené  avec  Ini  le  soir,  et  jamais  je  ne  me  lassais  de 
sa  compagnie,  malgré  sa  position  sociale  fort  inférienre  à  la 
mienne  ;  c^est  avec  lui  que  je  me  sentais  heureux;  la  satisfaction 
sexuelle  n*élait  que  le  couronnement  de  notre  amour.  Bien  que 
j'eusse  enfin  trouvé  Tâme-sœur  tant  cherchée,  je  ne  devins  pas  pour 
cela  insensible  aux  femmes,  et  je  fréquentais  comme  autrefois  les 
bordels,  q II M nd  l'instinct  me  tourmentait  trop.  J'espérais  passer 
cet  hiver  dans  la  ville  où  se  trouve  mon  ainrinl;  maHuMinnisomonl, 
cela  m'est  impossible,  ol  je  suis  maintenant  Un-cv  de  rester  séparé 
de  lui  jusqu'à  une  époijuc  indéterminée.  Cependant,  nous  essaye- 
rons de  nous  revoir,  ne  tiït-ee  que  pn«satj;èi  oinenl,  quand  même 
ce  ne  serait  qu'une  ou  deux  fois  par  au  ;  en  toul  ca,s,  j'espère  qu'à 
l'avenir  nous  pourrons  nous  retrouver  et  rester  plus  longtemps 
ensemble.  Ainsi  cet  hiver  j*en  suis  de  nouveau  réduit  à  rester  sans 
on  ami  qui  pense  comme  moi.  J*ai  bien  résolu,  par  crainte  du 
danger  d'être  découvert,  de  ne  plus  me  mettre  en  quête  d'au* 
tres  uranistes,  mais  cela  m'est  impossible,  car  les  rapporta  sexuels 
avec  les  femmes  ne  me  satisfont  plus;  par  contre,  Tenvie  d'avoir 
des  jeunes  gens  va  toujours  croissant.  Parfois  j'ai  peur  de  moi- 
môme  ;  je  pourrais  me  trahir  par  l'habitude  que  j'ai  de  demander 
aux  prostituées  si  elles  ne  connaissent  pas  un  homme  avec  mes 
U'ii'hMiees;  malgré  cela,  je  ne  |uiis  renoncer  A  rhcreher  un  jeune 
liiiuime  |inrf;ip'nnt  mes  sentiments  ;  je  crois  méino  qu'au  besoin 
je  prendrais  le  parti  de  m'acheter  un  soldat,  bien  que  je  nie 
rende  parfaitement  compte  du  risque  t]uuje  ccmrs. 

Jeue  puis  plus  rester  sans  l  aniuurd  un  homme,  sans  ce  buuiieur 
je  serai  toujours  en  désharmonie  avec  moi-même.  Mon  idéal  serait 
d'entrer  en  relations  avec  une  série  de  personnes  ayant  mes  goûts, 
bien  que  je  me  trouve  déjà  content  de  pouvoir,  sans  empêchement, 
communiquer  avec  mon  amant.  Je  pourrais  facilement  me  passer  de 
femmes  si  j'avais  régulièrement  des  satisfactions  avec  un  homme; 
cependant,  je  crois  que,  par  moments  et  à  des  intervalles  plus 
espacés,  j'embrasserais  aussi,  pour  me  changer,  une  femme,  car 
mon  naturel  est  absolument  hermaphrodite  au  point  de  vue  psy- 
cho-sexuel (les  femmes,  je  ne  les  peux  désirer  que  sensuellement; 
•  mais  les  jeunes  gens,  je  puis  les  aiînf^r  et  les  désirer  à  la  fois). 
S'il  existait  un  mariage  entre  honnnes,  je  crois  que  je  ne  recule- 
rais pas  devant  une  vie  commune  "|ui  me  paraîtrait  impossible 
avec  une  femme.  Car,  d'un  côte,<juand  même  la  femincMu'exc ité- 
rait beaucoup,  ce  charme  se  perdrait  bienl«jt  dans  les  rapports 


332 


l»SYCHOPATHiA  SEXLALIS 


réguliers,  et  alors  tout  plaisir  sexuel  deviendrait  un  scie  saos 
jouissance,  bien  que  non  impossible  A  accomplir  ;  d*autre  part,  il 
me  manquerait  le  véritable  amour  pour  la  femme,  a  lirait  que 
j'éprouve  en  face  des  jeunes  gens  et  qui  me  foit  paraître  désirable 

un  commerce  avec  eux,  même  sans  rapports  sexuels.  Mon  plus 
grand  ImiuTiput  serait  une  vie  comnninf»  avec  nn  jeune  homme  qui 
me  plairait  au  pJiysique,  mais  qui  s  accordcrail  avt^<-  mui au  point 
de  vue  inlcllectnol,  qui  comprendrait  tous  mes  senlinienls  et  qui, 
en  même  temps,  iiai'ta^'crail  Ine^  idées  el  mes  désirs. 

Pour  me  jdairt'.  les  jeiiiu^  p-ns  devaient  avoir  entre  dix-Uuilet 
vingt-huit  ans;  quaii<l  j  avaii«;ai  en  àf^c,  la  limite  des  jeunes  gens 
capables  de  m'exciler  fui  également  reculée.  Du  reste,  les  tailles 
les  plus  diverses  peuvent  me  plaire.  La  flgure  joue  le  principal 
r61e,  bien  que  ce  ne  soit  pas  tout.  Ce  sont  plutAt  les  blonds  que 
les  bruns  qui  m'excitent  ;  ils  ne  doivent  pas  être  barbus  ;  ils  doi- 
vent porter  une  petite  moustache  peu  épaisse,  ou  pas  de  moustache 
du  tout.  Pour  le  reste,  je  ne  puis  dire  que  certaines  catégories  de 
figures  me  plaisent.  Je  repousse  les  visages  à  nez  grand  et  droit, 
aux  joues  pAles,  bien  qu'il  y  ail  là  aussi  des  exceptions.  Je  Tois 
avec  plaisir  des  régiments  de  soldats,  et  bien  des  hommes  me  plai- 
sent en  uaiforme,  qui  me  laisseraient  froid,  s'ils  étaient  eu  bou^ 
geois. 

Do  m("'rne  que  chéries  iemmes. c'est  une  ini'-e  eoinmiinf»  'surtout 
les  ja<|uettes  claires)  qui  m'excite;  le  ('(»sluiiie  naliiaire  exerce  un 
attrait  sur  moi.  Dans  les  salles  de  danse,  dans  des  cabarets  fré- 
quentés par  de  nombreux  militaires,  me  mêler  dans  la  foule  aux 
troupiers  et  décider  ceux  qui  me  plaisent  à  me  donner  raccolade 
et  à  m*embrasser,  —  bien  qu'au  point  de  vue  intellectuel  etsodsl 
toute  grossièreté  de  propos  et  de  manières  me  répugne, — me  mê- 
ler, dis-je,  aux  soldats,  constituerait  une  stimulation  naturelle  de 
mes  sens. 

En  présence  de  jeunes  gens  des  meilleures  classes,  l'envie  sen- 
suelle se  manifeste  moins.  Ce  que  j'ai  dit  deTatlrait  qu'exerce  sur 

moi  le  (  ftstiime.  ne  doit  pas  être  pris  dans  ce  sens  que  ce  sont 
les  vêlements  qui  m'oxritenf.  ('ehi  vent  dire  que  le  vAfement  p^^^l 
contribu(>r  à  n^nlon  er  i  l  à  mieux  laire  ressortir  rellet  qu'-  ine 
produit  la  Hi^ure  qui,  dans  d'autres  circonstances,  ne  m'attirerait 
pas  avec  autant  de  fon  e.  Je  puis  m  dire  autant,  seulement  dans 
un  autre  sens,  de  1  odeur  et  de  la  liimée  des  cigares.  Chez  les 
hommes  qui  me  sont  indifTérents,  l'odeur  de  cigare  m'est  plutét 
désagréable  ;  mais  chez  les  gens  qui  mo  sont  sexuellement  sym- 


NE UR0-PSYCII0PATHOL()<;iE  (.K.NKUALfc; 


333 


pathiques.  elle  m'excilc.  Les  baisers  d'une  proslUuée  qui  sent  le 
cigare  augmentent  ses  charmes  (d'abord  pour  celte  raison  parti- 
culière qno  cela  me  fait  peiiser,  hir'ii  qu'inconsciemment,  au» 
bai^^ers  <i  un  hoiniuf  .  Ainsi,  j'aimais  parlicuiièrenieutîX  embrasser 
mon  amant  quand  il  venail  <!<'  funu'r  un  cigare  fil  est  à  remar- 
quer à  ce  propos  ((ue  je  n'ai  jamais  fumé  ni  un  cigare,  ui  une 
cij^'arette  :  je  ne  l  ai  pas  même  essayé). 

Je  suis  de  grande  taille,  mince  ;  la  ligure  a  une  <"X pression  vi- 
rile ;  l'udl  est  mobile  ;  l'ensemble  de  mon  corps  a  quoique  chose 
de  féminin.  Ha  santé  laisse  à  désirer,  elle  est  probablement  très 
influencée  par  mon  anomalie  sexuelle;  ainsi  que  je  l'ai  déjà  men- 
tionné,  je  suis  très  nerveux  et  J'ai  par  momenL)  tendance  à  œ'ab- 
sorber  dans  la  méditation,  J*ai  aussi  des  périodes  terribles  de 
dépression  et  de  mélancolie,  surtout  quand  je  songe  aux  diffi- 
cultés que  j*ai  à  me  procurer  une  satisfaction  homo-sexuellecor- 
respondant  à  ma  nature,  mais  surtout  quand  je  suis  très  excité 
sexuellement  et  que,  devant  l'impossibilité  de  me  satisfaire  avec 
un  homme,  je  dois  domptor  mon  instinct.  Dans  cet  étal,  il  se  pro* 
duil,  conjointement  à  la  mélancolie,  une  absence  totale  de  désirs 
sexuels. 

Je  sui>  très  courageux  au  travail,  luai-^  --ou vent  >u|H'rlicit'I, 
étant  porle  aux  travaux  très  rapides  avec  uni:  arhsilr  dcsoranle. 
Je  m  iidércsse  beaucoup  ù  l'art  et  îi  la  littérature.  Paruii  le» 
poètes  et  les  romanciers,  je  suis  le  plus  attiré  par  ceux  qui  dépei* 
gnenl  des  sentiments  raffinés,  des  passions  étranges  et  des 
impressions  insolites;  un  style  flgnolé,  affecté,  me  plaît.  De 
même  en  musique,  c'est  la  musique  nerveuse  et  excitante  de 
Chopin,  Schumann,  Schubert,  Wagner,  etc.,  qui  me  convient  le 
mieux.  Tout  ce  qui  dans  Tart  est  non  seulement  original,  mais 
bizarre  aussi,  m'attire^ 

Je  n'aime  pas  les  exercices  du  corps  et  je  ne  les  cultive  pas. 

Je  suis  bon  de  caractère,  compatissant;  malgré  les  peines  que 
nie  cause  mon  anomalie,  jr  ne  me  sons  pas  malheureux  d'aimer 
les  jetinos  gens;  mais  je  regarde  comniL'  un  malheur  que  la  satis- 
faction de  cet  amour  «oit  considérée  comme  inadmissible  et  que 
je  ne  puisse  ol)tenir  sans  obstacles  celte  .satisfaction.  Il  nr  mo 
.semble  pas  que  l  amour  pour  i  liouune  soit  un  vice,  mais  je 
comprends  bien  pourquoi  il  passe  pour  tel.  Comme  cet  amour 
est  considéré  comme  un  crime,  je  serais,  en  le  satisfaisant,  en 
harmonie  avec  moi-même,  c'est  vrai,  mais  jamais  avec  le  monde 
de  notre  époque;  voilà  pourquoi  je  serai  fatalement  et  tou.- 


334 


PSYCHOPATHIA  SEXUAIJS 


jours  un  peu  déprimé,  d'autant  plus  que  je  Buis  d'un  caractère 
franc  qui  déteste  tout  mensonge.  Le  chagrin  que  j'ai  d'être 
obligé  de  tout  cacher  dans  mon  for  inlérioiir,  m'a  décidé  à 
avouer  ninn  MTiom.ilio  h  quelques  amis  dont  la  discrétion  ot 
Vinlclligciice  s<iul  al)solumenl  sûres.  Bien  que  parfois  ni.i  bilua- 
tioii  me  paraisse  triste,  à  cause  do  la  difficulté  que  j  ai  à  me 
satisfaire  et  du  mépris  général  qu  uiï^pii  t  1  .luiour  pour  1  homme, 
j'ai  souvent  des  moments  où  je  lire  presque  vanité  de  mes  seoli- 
ments  anormaux.  Je  ne  me  marierai  jamais,  cela  est  entendu; 
je  n'y  vois  aucun  mal,  bien  que  j'aime  la  vie  de  famille  et  que 
j*aie  passé  jusqu'ici  ma  vie  dans  ma  famille.  Je  vis  jlans  Tespoir 
d'avoir  à  Tavenir  un  amant  masculin  pour  toujours  ;  il  faut  que 
j*en  trouve  un,  sans  celaTavenir  me  paraîtrait  sombre  et  mono- 
tone, et  toutes  les  choses  auxquelles  on  aspire  ordinairement, 
honneurs,  haute  position,  etc.,  ne  seraient  que  vanité  et  choses 
sans  attraits. 

Si  cpI  espoir  ne  devait  pas  se  réaliser,  je  sens  que  je  ne  serais 
plus  capable  de  nie  consacrer  il  mon  métier;  je  serais  capable 
de  reléguer  tout  au  secom!  rang  pour  obtenir  l'amour  des 
hommes,  .le  n'ai  plus  de  scrupules  moraux  au  sujet  de  mon 
anomalie;  en  général,  je  ne  uie  préoccupe  guère  de  ce  fait  que  je 
suis  attiré  par  les  charmes  des  jeunes  hommes.  Du  reste,  je 
juge  la  moralité  et  l'immoralité  plutôt  d'après  mes  senUmenls 
que  d'après  des  principes  absolus,  étant  toujours  enclin  à  un 
certain  scepticisme  et  n'ayant  pu  encore  arriver  à  me  former  use 
philosophie  arrêtée. 

Jusqu'ici  il  me  semble  qu'il  n^y  a  de  mauvais  et  d*îmmoral  que 
les  faits  qui  portent  préjudice  à  autrui,  les  actes  que  je  ne  vou- 
drais pas  qu'on  me  Ht  à  moi-même  ;  mais,  je  puis  dire  à  ce 
sujet  que  j'évite  autant  que  possible  d'empiéter  sur  les  droits 
d'autrui  ;  je  soin  capable  de  me  révolter  contre  toute  injustice 
qui  serait  (oiiiinise  envers  un  tiers.  Mais  je  ne  vois  pas  comment 
ni  pounjuoi  l'aïuour  pour  k  s  hommes  serait  contraire  à  la  morale. 
Une  aclivilc  aexut  lli"  sans  hul  —  i^si  l'on  voit  l'immoralité  dans 
l'absence  du  but,  daus  le  lait  contre  nature)  —  existe  aussi  dans 
les  rapports  avec  les  prostituées,  même  dans  les  mariages  oti  l'on 
se  sert  de  préservatifs  contre  la  procréation  des  enfants.  Voilà 
pourquoi  les  rapports  sexuels  avec  des  hommes  doivent,  A  mon 
avis,  être  placés  au  même  niveau  que  tout  rapport  sexuel  qui  n's 
pas  pour  but  de  faire  des  enfants.  Mais,  il  me  parait  bien  douteux 
qu'une  satisfaction  sexuelle  doive  être  considérée  comme  moralCi 


NELUO-I»SYCHOPATH0LOiilE  GÉLNKRALE 


335 


parce  qu'elle  se  propose  le  but  Bus^iodiqué.  Il  est  vrai  qu'une 
snlisfaclion  sexuelle  qui  ne  vise  pas  la  procréalion,  est  contraire 
à  l.i  lia  tare;  mais  nous  ne  savons  pas  si  elle  neserl  pas  à  d'autres 
buts  qui  sonl  cnrnrf  pour  nous  un  mystôre  :  et  quand  même  elle 
serait  sans  but,  on  non  pourrait  point  conr*lure  qu'il  faut  la 
réprouver,  car  il  n'est  pas  prouvf  que  la  mesure  d'après  laquelle 
on  doit  juger  une  action  morale  suit  sua  uLililé. 

Je  suis  convaincu  et  certain  que  le  préjugé  actuel  disparaîtra 
et  que,  un  jour,  on  recotthattni,  à  Juste  raison,  le  droit  mx 
homosexuels  de  pratiquer  sans  entraves  leur  amour. 

En  ce  qui  concerne  la  possibilité  de  la  liberté  d*un  pareil  droit, 
qu*on  se  rappelle  donc  les  Grecs  et  leurs  amitiés  qui,  au  fond, 
n'étaient  pas  antre  chose  que  de  Tamour  sexuel  ;  qu*on  songe  un 
peu  que,  malgré  cette  impudicité  contre  nature,  pratiquée  par  les 
plus  grands  génies,  les  Ore<:«  sont  considérés,  encore  aujourd'hui, 
au  point  de  vue  intellectuel  et  esthétique,  comme  des  modèles 
qu'on  n'a  pas  pu  encore  atteindre  et  qu'on  recommande  d'imiter. 

J'ai  déjà  songé  i\  guérir  mon  anomalie  par  l'hypnotisme.  Quand 
HK^mc  il  pourrait  Hotiner  un  rt'suitat,  ce  dont  je  doute,  jn  voudrais 
ëlre  sur  que  je  deviendrais  réellemenlel  pour  toujoui*s  un  houiuif 
qui  aimerait  les  femmes;  car,  bien  que  je  ne  puisse  pas  me 
sali^-faire  avec  les  hommes,  je  préférerais  pourlauL  conserver 
celte  aptitude  à  l'amour  et  à  la  volupté,  quoique  inassouvie,  que 
d'être  tout  à  fait  sans  sentiment. 

.Ainsi,  il  me  reste  Tespoir  que  je  trouverai  Toccasion  de  satis- 
foire  cet  amour  que  je  désire  tant  et  qui  me  rendrait  heureux; 
mais  je  ne  préférerais  nullement  à  mon  état  actuel  une  désug' 
gestion  des  sentiments  homosexuels  sans  trouver  une  com- 
pensation dans  des  sentiments  hétérosexuels  équivalents. 

Finalement,  je  dois,  contrairement  aux  diverses  déclarations 
des  uranistes  que  je  trouve  citées  dans  les  biographies  publiées, 
faire  remarquer  que,  pour  ma  part  du  moins,  il  m'est  très  difÛ- 
cilo  (le  reconnaître  nu;s  semblables. 

Hien  que  j  aie  di-crit  d  une  manière  assez  délaillét!  mes  ano- 
malies bexuelles,  je  crois  que  les  remarques  suivantes  seront 
encore  importantes  pour  la  compréhension  complète  de  mon  étal. 

Ces  temps  derniers,  j'ai  renoncé  &  rtmniMttb^itiV,  et  je  me  suis 
contenté  du  eoUu»  inter  femora  puelU, 

L'éjacnlation  s^est  alors  produite  plus  rapidement  que  par  la 
eonjunetio  twmh'innm  et,  en  outre,  j'éprouvai  une  certaine 
volupté  au  pénis  même.  Si  cette  façon  de  rapport  sexuel  me  fut 


336  PSYCHOPAïaiA  SËXUALIS 


ûaseï  agréable,  ceU  doit  être  en  partie  attribué  au  fait  que,  dans 
ce  genre  de  jouissance  sexuelle,  la  diflTéreDee  de  sexe  est  tont  i 
fait  indifférente,  et  quMnconsciemment  cela  me  rappelait  racco- 
lade  d'un  homme.  Hais,  cette  réminiscence  était  absolument  incon- 
sciente, bien  que  perrue  vagucmenl;  car  je  n'avais  pas  un  plaisir 
dûà  ma  force  d'imagination,  mais  causé  directement  par  les  baisers 
sur  la  bouche  de  la  femme.  Je  sens  aussi  que  le  charme  que  le 
lupanar  el  h-s  nif^rétrioes  oxercent  sur  moi  commence  à  s  eiïacer: 
main  jo  i«;iis  pertinemment  que  certaines  femmes  pourront  tou- 
jours m'excilor  par  leurs  bnisors. 

Aucune  lemme  uc  aie  semble  di  sirable  au  point  d'être  capable 
de  surnutiiier  quelque  obstacle  pour  la  posséder  ;  aucune  ne  le 
sera  jamais,  tandis  que  la  crainte  d'être  découvert  et  livré  à  la 
honte  ne  peut  que  difQcilement  me  retenir  dans  la  recherche 
des  étreintes  des  hommes. 

Ainsi}  je  me  suis  laissé  entraîner  dernièrement  h  me  payer  un 
soldat  chez  une  mérétrice.  La  volupté  fut  très  vive  et  surtout, 
après  la  satisfoction  obtenue,  je  tas  remonté.  Les  jours  suivants 
je  me  sentais,  pour  ainsi  dire,  réconforté,  ayant  à  tout  moment 
des  érections;  bien  que  je  n'aie  pu  jusqu'ici  retrouver  ce  soldat, 
l'idée  de  pouvoir  m'en  payer  un  autre  me  procure  une  certaine 
inquiéftidf;  rependant,  je  ne  serais  parfaitement  satisfait  que  si 
je  trouvais  uu'^  à  nie-sœur  parmi  les  gens  de  ma  position  sociale 
et  de  mou  iuslnir i ion. 

.!»•  n  ui  pus  encore  mentionne  que,  tandis  qu  iia  corps  de  femme, 
saut  la  ligure,  me  laisse  absolument  froid,  le  toucher  avec  la 
main  me  dégoûterait,  tneméritm  virUe  me  tangere  dum  ot  meum 
os  ejus  oseuialw%  mîAi  exoptalum  esse;  de  plus^  je  n'éprouverais 
iiucun  dégoût  à  poser  mes  léyres  sur  celles  d'un  homme  qui  me 
i^crait  très  sympathique. 

La  masturbation,  ainsi  que  je  l'ai  dit,  m'est  impossible. 

Obskhvation  111  {Hevmaphrùdisni»'  }>^'jch'iqwe;  sentiment  kitno' 
Mxuel  dêoeloppé  de  bonne  heitre^  à  la  suite  de  masiutbation  êpiso- 
diquCf  mais  pumanlf:  sentiment  homosexuel  pervers  ab  originel 
f'xcitatiort  Ki^nsuelle  par  !es  boff^^s  d'hommpx  .  —  M.  X  ..,  vingt-huiL 
ans,  esl  venu  ebez  moi  au  mois  de  se|>t»'mbre  1887,  tout  déses- 
père, pour  me  coii'^nller  sur  la  perversion  de  sa  vita  sexualii.  qui 
lui  rend  la  vie  pre>((ue  insupportable  et  qui,  à  plusieurs  reprises, 
l  a  <léjà  poussé  au  suicide. 
.  Le  malade  esl  issu  d'une  famille  où  les  ne  vrostca  et  les  psychoses 


NEL'aO-PSYCHOPATilUl.ui.U.  (.lîXEUALE 


337 


sont  lrt<s  fréquentes.  Dans  la  famille  ilu  côté  paternel,  des  ma- 

rin^'C's  entre  cousins  onl  eu  lieu  «iepiiis  trois  générations.  Le  père, 
dil-on,  est  l)ien  porlunl,  et  est  heureux  en  ménage.  Le  fils, 
cependant,  fut  frai>p(''  par  la  pr(''dîl(  (  Hoii  do  son  père  pour  les 
beaux  valets,  La  laiiiille  du  ('«Ue  inaleniel  passe  pour  être  com- 
posée d'originaux,  L«;  grand-père  I  an'iil  di-  la  uièn»  «ont  morts 
mëlaiii  (di(jues;  la  su'ur  de  la  mèn'  i  lail  lullr.  { m-  tilU;  du  frère 
du  J4I .liid-père  était  hystérique  ut  nyuijdiouiane.  I)i*s  douze  frères 
et  sœurs  de  la  mère,  trois  seulement  se  sont  mariés,  parmi  les- 
qitelii  un  frère  qui  était  atteint  d'inversion  sexuoLlo  et  d*une  ma- 
ladie de  nerfs,  par  suite  d'excès  de  masturbation.  La  mère  du 
malade  était,  dit-on,  bigotte,  d'une  intelligence  bornée,  nerveuse, 
irritable  et  portée  &  la  mélancolie. 

Le  malade  a  un  frère  et  une  sœur  :  le  premier  est  névropathe, 
souvent  en  proie  à  uim'  di  pression  mélancolique;  bien  qu'il 
soit  déjà  adulte,  il  n'a  jamais  montré  trace  de  penchants  sexuels; 
la  fO'ur  est  une  beauté  connue  e!  pour  ainsi  dire  cèlèl>rc  dans 
!e  monde  di's  hoinrucs.  V.o\[  '  damo  (''<\  niaricc,  niais  sans  t'uranls; 
<>n  pn  iriul  ijue  c  <îst  a  <uiusc  dr  riuipui>'-aii('(»  du  tnari.  Kllr*  resta, 
de  t«iuL  temps,  froide  aux  liumniat^es  que  lui  i  Midaicnt  les 
hommes;  mais  elle  est  ravie  par  la  Im  anté  féminine  et  presque 
amoureuse  de  quelques-unes  de  ses  amies. 

Le  malade,  en  venant  à  sa  personnalité,  nous  raconta  qu'à 
rftge  de  quatre  ans  déjà,  il  rêvait  de  beaux  écuyers,  chaussés  de 
belles  bottes.  Quand  il  fut  devenu  plus  grand,  il  ne  rêvait  jamais 
de  femmes.  Ses  pollutions  nocturnes  ont  toujours  été  provoquées 
par  des  «  rêves  de  bottes  ». 

Dès  l'âge  de  quatre  ans,  il  éprouvait  une  étrange  affection 
pour  les  hommes  ou  plutôt  pour  les  laquais  <|ui  portaient  des 
bottes  bien  cirées.  Au  début,  ils  ne  lui  paraissaient  que  sympa- 
thiques; mais,  à  mesure  que  sa  vie  sexuelle  commenta  h  se  déve- 
lopper, il  éprouvai!,  à  leur  aspect,  «le  violentes  éree|i»H>s  et  une 
émotion  v«jluplueuse.  Les  hottes  ideii  rcliiisanlev  n»;  revi  ilaienl 
ijiie  (juand  elles  élaieiil  (■haussée'^  par  ties  (|iiiiii  s!ii[ues;  sur  les 
pieds  des  personnes  de  son  monde,  elles  l  auraient  laissé  absolu- 
ment froid. 

A  cet  étal  de  choses  ne  se  rattachait  aucune  impulsion  sexuelle 
dans  le  sens  d'un  amour  d'hommes.  La  seule  idée  de  cette  possi- 
bilité lui  faisait  hori'eur.  Mais  il  lui  vint  à  l'esprit  des  idées,  ren- 
forcées par  des  sensations  voluptueuses,  d'être  le  valet  de  ses 
valets,  de  pouvoir  leur  Mer  leurs  bottes,  de  se  laisser  fouler  aux 

PSTCIIOPATHIA  SUUALIS.  22 


338  PSYCHOPATHIA  SEXUAMS 


pieds  par  eux.  d'ohlenir  la  permission  du  cirer  leurs  bolles.  Sa 
morgue  d  arislocnile  se  révoltait  contre  celte  idée.  En  général, 
ces  idées  de  bottes  lui  étaient  pénibles  et  le  dégoûtaient.  Les 
sentiments  sexuels  se  développèrent  chez  lui  de  bonne  heure  et 
pttissaromenl*  Ils  trouvèrent  alors  leur  expression  dans  ces  idées 
voluptueuses  de  bottes,  et,  à  partir  de  la  puberté,  dans  des  réve» 
analogues,  accompagnés  de  pollutions. 

Du  reste,  le  développement  physique  et  inlelleclucl  s'accom- 
plissait sans  trouilles.  Le  malade  apprenait  avec  facilité;  il  ter- 
mina ses  études,  devint  officier,  et,  grâce  à  son  apparence  virile 
et  distinguée,  ainsi  qu'à  sa  haute  position,  un  personnage  très 
bien  vu  dnn';  le  moiHlc. 

11  se  (It-p^'iiil  liii'iiiéiue  couime  un  homnir'  cle  hou  co'ur,  d'un** 
grantle  IVtrfc  dti  volonln.  niais  d'un  l'sprit  superticiel.  Il  afliriiM' 
cire  un  (  liasseur  et  un  casalier  passionne,  etnejamais  uvou  eu»ie 
goùl  pour  les  occupations  féminines.  Dans  la  société  des  dames, 
il  fut,  comme  il  l'assure,  toujours  un  peu  timide;  dans  les  salles 
de  bal,  il  s*est  toujours  ennuyé.  Il  n'a  jamais  eu  d'intérêt  pour 
une  dame  du  monde.  Parmi  les  femmes,  c'étaient,  seules,  les 
paysannes  robustes,  comme  celles  qui  posaient  chez  les  peintres  de 
Rome,  qui  Tiotéressaienl,  niais  jamais  une  émotion  sensuelle, 
dans  la  vraie  acception  du  mot,  ne  lui  vint  en  présence  de  ces 
représentantes  du  sexe  féminin.  An  théâtre  et  au  cirque,  il  n  avait 
d'veux  que  pour  les  artistes  hommes.  11  n'éprouvait  aucune  evcî- 
talion  s<>nsuelle  même  pour  ceux-ci.  Chez  rhornnn'.  ee  sont  sur- 
tout les  botles  qui  rintéressent,      encore  faut-il  (|u«'  le  porlenr 
de  ce  genre  de  chaussures  appartienne  à  la  classe  dt»iii(  siiiiue  et 
soit  un  bel  h<Mjuue.  Ses  égaux,  quand  même  ils  porteraient  les 
plus  belles  bottes,  lui  sont  absolument  indidéreiils. 

Le  malade  n'est  pas  encore  clairement  lixé  sur  la  natui*e  de  se* 
penchants  sexuels,  et  il  ne  saurait  pas  dire  si  ralTccliou  l'emporte 
chez  lui  pour  l'un  ou  pour  l'autre  sexe. 

A  mon  avis,  il  a  eu  primitivement  plutôt  du  goût  pour  la  femme, 
mais  cette  sympathie  était,  en  tout  cas,  très  feible.  Il  afRrme  avw 
certitude  que  Vadspeetus  eiri  nudi  lui  était  antipathique,  et  celui 
des  parties  génitales  virih's  lui  serait  même  répugnant.  Ce  n  étail 
précisément  pas  le  cas  vis-à-vis  de  la  femme;  mais  il  restait  sans 
excitation  même  devant  le  |>!u>  beau  corpus  feminimuin.  Quand  il 
était  jeune  oHi^'ier.  il  était  obligé  d'accfunpagner  de  temp»^  ("n 
temp'^  '^es  catnarade»  au  bordel.  1!  s'y  lai'ssaîl  d«''rider  volimlier--. 
car  il  espérait  su  débarrasser,  de  cette  layon,  de  ses  idées- 


NEIMIO-PSYCHOPATHOLOGIB  GÉNÉRALE 


33U 


II  était  impuissant  tant  qu'il  n'avait  pas  recours  A  ses  idées 
de  bottes.  Alors  le  cuit  avait  lieu  d  une  Tacon  Iniit  à  fait  normale, 
mnis^^anslu'  ])r(>cunM' lo  moindr»*  ^^enlimonl  de  volupti*.  ma- 
lade n  éprouvait  aucun  pcnrhanl  à  avoir  des  rapports  aveo  les 
femmes;  il  lui  fallait,  ixdir  i  i  la,  luic  iiniml^ion  extérieure.  A  vra 
dire  une  séduction.  Ahaiidoiiiic  à  lui-nu'iiie,  sa  viln  sextutlis  con- 
sistait dans  le  plaisir  de  peu>cr  ù  des  hulLes  et  en  rêves  analogues 
avec  pollutions.  Comme  chez  lui  l'obsession  d'emhrasser  les  bottes 
de  ses  iralels,  de  les  leur  ôter,  etc.,  s'accentuait  de  plus  en  plus, 
le  malade  résolut  de  faire  tous  les  efforts  possibles  pour  se  débar- 
rasser  de  celte  impulsion  dégoûtante,  qui  le  blefisaît  dans  son 
amour-propre.  Il  avait  vingt  ans  et  se  trouvait  A  Paris;  alors 
il  se  rappela  d*une  très  belle  paysanne,  laissée  dans  sa  lointaine 
patrie.  Il  espérait  pouvoir  se  délivrer,  avec  eette  fille,  de  ses  ten- 
dances  sexuelles  perverses:  il  partit  aussitôt  pour  sa  patrie  et 
sollifiia  les  faveurs  de  la  belle  campagnarde.  Il  parait  que,  de  sa 
nature,  le  malade  n'était  pourtant  pas  tout  A  fait  prédisposé  à 
rinviTsion  sexuelle.  Il  altirme  qu'à  cette  t'[).»(jue  il  tomba  réelle- 
nu  nt  amoureux  de  lajeum'  pay^ann»'.  qm-  son  aspect,  le  contact 
le  S'in  jupon  lui  donnaient  un  liisson  voluptueux:  un  jour  qu'elle 
lui  accorda  un  baiser,  il  eut  une  violente  émotion.  Ce  n'est 
qu'après  une  cour  assidue  d'un  an  et  demi  que  le  malade  arriva  à 
son  but  auprès  de  la  jeune  fille. 

11  était  puissant,  mats  il  éjacnlait  tardivement  (dix  à  vingt 
minutes),  et  u*avait  jamais  de  sensation  voluptueuse  pendant 
racle. 

Après  une  période  d*un  an  et  demi  de  rapports  sexuels  avec 
celte  fille,  son  amour  pour  elle  se  refroidit,  car  il  ne  la  trouvait 
pas  «  aussi  pure  et  fine  »  qu*il  Taurail  désiré.  A  partir  de  ce 
moment,  il  a  dû  de  nouveau  recourir  &  révocation  des  images 

de  bottes  pour  rester  puissant  dans  ses  rapports  avec  sa  paysanne. 
A  mesure  que  sa  puissance  diminuait,  ses  idées  de  bottes  reve 
naient  sponlanémenl. 

Plus  tard  le  malade  lit  aussi  le  coil  avec  d'autre'?  fenimes. 
Pî»r-ci,  par-là,  quand  la  femme  lui  était  sympathique,  la  chose  se 
l-a^^sait  sans  révocation  des  idées  <\o  holles. 

L  uc  lois  il  est  même  arrivé  au  malade  de  se  n-ndre  coupable  do 
iiuprum.  Fait  curieux,  cette  .seule  fois  cet  acte  —  qui  était  cepen- 
dant forcé  —  lui  procura  un  sentiment  de  volupté. 

A  mesure  que  sa  puissance  baissait,  et  qu*elle  ne  pouvait  plus 
se  maintenir  que  par  les  idées  de  botlf^s,  le  Ubido  pour  Taulre 


340 


PSYCHOPATHIA  StiXL'ALlS 


sexe  IjaisBnit  aussi.  Chose  significative,  mal|pré  son  faible  degré  de 
lUndo^  son  faible  penchant  pour  les  femmes,  k;  malade  en  arriva 
A  la  masturbation  pendant  qu'il  ciitrotpnail  dos  rapports  sexuels 
?ivr>r  la  filin  de  paysans.  Il  appi'it  ces  iiratitjuos  par  la  lerlurc 
des  «  Confessions  »  de  J.-J.  liousseau.  ouvrit^»'  qui  lui  tomba 
par  Jiasard  entre  les  mains.  Aux  impulsions  tlaus  le  sens  se 
joignirent  des  idées  de  bottes.  Il  enliuil  alors  dans  des  ér»^i- 
lions  violentes,  se  masturbait,  avait  pendant  réjuculatiou  une 
volupté  très  vive  qui  manquait  pendant  le  coït;  il  se  sentait  aux 
.  commenceroenl  ragaillardi  et  stimulé  intellectuellement  par  la 
masturbation. 

Avec  le  temps  cependant  les  symptômes  de  la  neurastbéaief 
sexuelle  d*abord,  ensuite  générale,  avec  irritation  spinale,  firent 
leur  apparition.  1(  renonça  pour  un  moment  h  la  masturbatioa  et 
alla  trouver  son  ancienne  maltresse.  Mais  elle  lui  était  devenue 
tout  i\  fait  indifférente  et.  comme  II  ne  réussissait  plus,  mémeavec 
l'évocation  des  images  de  bottes,  il  s'éloigna  de  la  femme  et 
retoinl^n  de  nouveau  dans  la  masturbation  qtii  le  mettait  à  l'abri 
de  l'impulsion  de  baiser  et  de  cirer  des  buttes  de  valol?.  Toiit»'- 
fois,  sa  situation  sexuelle  reslail  bien  pénible.  l*arfois  il  essayait 
encore  le  coït  et  réussissait  quand,  dans  son  imagination,  il  pen- 
sait à  des  bottes  cirées.  Après  une  longue  abstinence  de  la  mas- 
turbation, le  coït  lui  réussissait  quelquefois,  sans  qu'il  eût  besoin 
de  recourir  à  aucun  artifice. 

Le  malade  déclare  qu*il  a  de  très  grands  besoins  sexuels. 
Quand  il  n*a  pas  éjaculé  depuis  un  long  laps  de  temps,  il  devient 
congestif,  très  excité  et  psychiquement  tourmenté  par  ses  horri" 
pilantes  idées  de  bottes,  de  sorte  qu*il  est  forcé  de  faire  le  coït  ou, 
ce  qu'il  préfère,  se  masturber. 

Depuis  un  an  sa  situation  morale  s'est  compliquée  d'une  façon 
fftcheuse  par  le  fait,  qu'étant  le  dernier  rejeton  d'une  famille  riche 
et  noble.  <:urle  désir  pressant  de  ses  parents,  il  doit  enttn penser 
au  mariage. 

I.a  nanrée  qui  lui  est  dolitiee  est  d'une  rare  beauté  et  elle  lui 
est  tout  à  fait  .sympathique  au  jioinl  de  vue  intellectuel.  Mais 
comme  fiîuune  elle  lui  est  indiilerenle,  cumuie  toules  les  femmes. 
Elle  le  satisfait  au  poinl  de  vue  esthétique  comme  n  importe  quel 
«  chef-d'œuvre  de  Tart  ».  Ëlle  est  devant  ses  yeux  comme  unidéal. 
L'adorer  platoniquement  serait  pour  lui  un  bonheur  digne  de 
tous  ses  efforts;  mais  la  posséder  comme  femme  est  pour  lui  une 
pensée  pénible.  Il  sait  d'avance  qu'en  face  d'elle  il  ne  pourra  être 


.NEUU0-1»SYCH(U»ATHUI-0G1E  GÉNÉHALE 


341 


puissant  qu*&  l'aide  de  ses  idées  de  bottes.  Hais  sa  haute  estime 
pour  celle  pcnionne,  ainsi  que  son  »enB  moral  et  esthétique, 
se  révolleraienl  contre  l  emploi  d'un  pareil  moyen.  S'il  la 
souillait  avec  ces  idées  de  boUes,  elle  perdrait  à  ses  yeux  môme 
sa  valeur  p^ilhélique,  et  alors  il  rioviondrait  tout  à  fait  impuissant; 
i!  la  {in-adrait  en  horreur.  Le  malaLlt!  croit  (|ue  sa  situation  est 
desesperf-n,  p(  il  avoue  que  ces  temps  derniers  il  lut  à  plusieurs 
reprises  tente  de  se  suicider. 

C'est  un  homme  d'une  haute  culture  intellectuelle,  tVfmhitiis 
tout  ù  lait  viril,  a  la  barbe  fortement  développée,  à  la  voix  grave 
et  aux  parties  génitales  normales.  L'œil  a  l'expression  nôvropa- 
thique.  Aucun  stigmate  de  dégénérescence.  Symptômes  de 
neurasthénie  spinale.  On  a  réussi  à  rassurer  le  malade  et  à  lui 
inspirer  confiance  dans  Taventr. 

Les  conseils  médicaux  consistaient  en  moyens  pour  combattre 
In  neurasthénie  :  interdiction  de  continuer  la  masturbation  et  de 
s  abandonner  à  ses  idées  de  botif^,  afllrmation  qu'avec  la  guéri- 
son  de  la  neurasthénie  la  eoliahilalion  serait  possible  sans  le 
secours  des  idées  de  bottes,  et  qu'avec  le  temps  le  malade  serait 
apte  au  mariage  moralo menf  ni  physiquement. 

Vers  la  fin  du  mois  d  octobre  1888,!»^  malade  m'écrivait  qu  il  avail 
rési^ti-  victorieusement  à  la  mastnrhalion  et  aux  idées  <\v  holles. 
Il  li  a  réve  qu'une  seule  foi-'  di  bottes  et  il  n'a  presque  plus 
eu  de  pollutions.  Il  est  atlVauchi  des  tendances  homosexuelles, 
mais,  malgré  de  fréquentes  et  puissantes  émotions  sexuelles,  il 
n*a  aucun  tihido  pour  la  femme.  Dans  cette  situation  fatale,  il  est 
forcé  par  les  circonstances  de  se  marier  dans  trois  mois* 

2.  UOMOSKXUELS  OU  IfUMSTES. 

Conlraiienient  au  groupe  précédent,  c'esl-à-dirc  celui  dos 
hermaphrodites  psychosexucls,  il  va  ici,  ah  origine^  un  senti- 
ment et  un  penchant  sexuels  cxclusils  pour  les  pers(»niies  du 
même  sexe  ;  mais,  coolrairemenl  au  groupe  qui  suit,  Tano- 
malie  des  individus  se  borne  uniquement  à  la  vita  sexualts 
et  n'excrco  pas  un  effet  plus  profond  et  plus  grave  sur  le 
caractère  ni  sur  la  totalité  do  la  personnalité  intellectuelle. 

La  viia  sexualis  est,  chez  ces  homosexuels  (uranistcs), 
muiatis  mtiiandis,  tout  à  fait  semblable  à  celle  de  Tamour 


342  PSYCllOPATHU  SEXUALIS 

normal  hétérosexuel  ;  mais,  comme  elle  est  contraire  au 
sentiment  naturel,  elle  devient  une  caiicahire.  dautiiiit 
|vlu«que  ces  individus  sont  en  jrénéral  atteints  A' hifuriw^ihf^ia 
sexuali^  cl  (]ue.  par  consrijucni.  Ii'ur  amour  pour  leur  pro[»re 
sexe  est  un  amour  ardent  et  extatique. 

L'uranisle  aime,  idolâtre  son  amant  masculin,  de  mémo 
que  rhomme  qui  aime  la  femme,  idol&tre  sa  maîtresse.  Il 
est  capable  de  faire  pour  lui  les  plus  grands  sacrifices;  il 
éprouve  les  tortures  de  Tamour  malheureux,  souvent  non 
payé  de  retour,  de  Tinfidélité  de  Tamant,  de  la  jalousie*  etc. 

L'attention  de  Thomme  homosexuel  n'est  caplivée  que  par 
le  «lanseur,  l'acteur,  ralldète,  la  statue  d'homme,  etc.  L'as- 
|H'ct  des  iliarnu's  féminins  lui  est  iudilléicuL  .Ninon 
ijnant  ;  une  femme  une  lui  puraîl  dégoûtante.  Ia!i(li<  <|ut' la 
vue  des  parties  génitales  viriles,  la  vue  des  cuisses  de 
l'homme,  ctr..  i(>  fuit  tressaillir  de  joie. 

Le  contact  chariud  avec  un  homme  qui  lui  est  sympa- 
thique lui  donne  un  frisson  de  volupté;  et,  comme  de  pareils 
individus  sont  souvent  neurasthéniques  sexuellement,  soii 
de  naissance,  soit  par  suite  de  la  pratique  de  Tonanismo  ou 
d'une  abstinence  forcée  de  tout  rapport  sexuel,  il  se  produit 
facilement  dei^  éjaculations  qui,  dans  les  rapports  les  plus 
intimes  avec  la  feniiiu'.  n  auraient  pas  lieu  du  tout  ou  ne 
pourraient  iMre  forcément  |)rov(»(iuées  que  par  des  moyeii> 
mécani<ju»'s.  L  adc  sexuel  de  n'importe  (|uel  genre,  accompli 
avec  l'homme,  procure  du  |daisir  et  lai-îse  derrière  lui  un 
sentiment  de  bien-ôtre.  (juand  l'uraniste  est  capable  de  se 
forcer  au  coït,  le  dégoût  agit  régulièrement  comme  idée 
d'entrave  et  rend  Tacle  impossible  ;  il  éprouve  ii  peu  près  b 
même  sentiment  qu'un  homme  qui  serait  forcé  de  goûter 
à  de  ta  nourilure  ou  à  des  boissons  nauséabondes.  Toutefois, 
l'expérience  nous  a[)prend  que  souvent  des  invertis  de  ce 
second  degré  se  marient  pour  des  raisons  éthiques  ou 
sociales. 

Ces  malheureux  sont  relaiivcmeut  puissants,  quand,  au 


NBURO'PSYCUOPATHOUOGIE  GÉNÉRALE  343 

milieu  de  1  élreinle  conjugale,  il  [uuelli'iil  leur  iniaginîi- 
lion  el  se  fi^Mironl  lenir,  au  lieu  de  l'épouse,  un  homme 
aimé  onfi'c  leur  l)ras. 

Mais  le  coït  est  pour  eux  un  lourd  sacrifice,  et  non  un 
plaisir  ;  il  les  rend  pour  des  journées  entières  faibles,  énervés 
et  soufTranls.  Quand  ces  uranisles  ne  sont  pas  capables  de 
contrebalancer  les  idées  el  les  représentations  d'entrave,  soit 
par  Teffort  énergique  de  leur  imagination,  soit  par  Temploi 
de  boissons  alcooliques  excitantes,  soit  par  des  érections  arti- 
ficiel lement  créées  à  Taidc  de  vessies  pleines,  cic. ,  ils  sont  com- 
pîMement  impuissants,  tandis  que  le  seul  conlarld'tm  homme 
peut  leur  (luimer  »les  érections     laèmi'  <K'  réjanilali  jn. 

Danser  avec  une  femme  est  désajçréable  ii  rur;i!iislc.  La 
danse  avec  un  homnie,  surtout  avec  un  lioramc  de  iormcs 
sympathiques,  lui  parait  i>lrc  le  plus  grand  plaisir. 

L'uraniste  masculin,  quand  il  est  d'une  classe  bi(M)  élevée, 
n*a  pas  d'antipathie  pour  les  rapports  non  î^exucls  avec  les 
femmes,  quand  leur  conversation  et  leur  goût  artistique  lui 
paraissent  agréables.  11  n'abhorre  la  femme  que  dans  son  rôle 
sexuel. 

La  femme  homosexuelle  présente  ces  mônics  phénomènes, 

mutalis  mutmidis.  A  ce  degré  de  l'aberration  sexuelle,  le 
cai  aetère  et  It  s  occupations  resfonl  conformes  au  sexe  que 
l'iutlividu    représente.   La  pc  i  \ im  sexuelle   l  une 

anomalie  isolée,  mais  ([ui  laisse  des  traces  |)rohindes  dans 
rexi«ilonce  sociale  et  intellectvielle  de  lu  personne  en  ques- 
tion. Conformément  à  ce  fait  elle  se  sent,  dans  n'importe 
quel  acte  sexuel,  dans  le  r6le  qui  lui  échouerait  dans  le  cas 
d'une  tendance  hétérosexuelle. 

Il  y  a  cependant  des  cas  intermédiaires,  formant  une 
transition  vers  le  troisième  groupe,  dans  ce  sons  que  la 
personne  s'imagine,  désire  on  rAve  le  rôle  sexuel  qui  corres- 
pondrait à  ses  sentiments  homosexuels  et  (ju'il  se  manifeste 
incomplt'lenient  des  penchants  à  dt's  o('(  U(ial inn^^.  des  ten- 
dances de  goût,  qui  ne  sont  pas  conformes  au  sexe  que  iïndi- 


344  PSYCIIOPATHU  SEXUAIJS 

vidu  ropn'?:onlo.  D;iiis  certains  cas  on  a  1  iai[)ios;>ion  (pic  ces 
phétjuiiii'iios  ont  été  arliliciclUMiiciil  itro(lui(s  |iar  i"iulluenc<i 
de  l'éducation,  dans  d'autres  <ju  ils  représentent  dos  dégé- 
nérescences i)lus  profondes  et  produites,  dans  les  limites  du 
degré  en  question,  par  une  activité  sexuelle  perverse  (mas- 
turbation) ;  ces  derniers  cas  présentent  des  phénomènes  de 
dégénérescence  progressive  analogues  à  ceux  que  nous 
avons  observés  dans  les  inversions  sexuelles  acquises. 

£n  ce  qui  coiicerne  la  façon  de  se  satisfaire  au  point  de 
vue  sexuel,  îl  faut  remarquer  que,  chez  beaucoup  d'uranistes 
hommes.  <jui  sont  atlcintsde  tuihlesse  sexuelle  irritable,  la 
seule  accohulc  suffit  |)oiii'  provotjnor  une  éjaculalion.  Lt> 
persoiuies  buxucHeiiient  liyperesllicsiques  et  all<'iiile5  de 
pareslliésie  des  sentiments  esthétiques,  ont  souvent  un  plus 
grand  plaisir  à  se  commettre  avec  des  individus  saies  et 
communs,  pris  dans  la  lie  de  la  populace. 

Sur  le  même  terrain  se  produisent  des  désirs  pédérastes 
(naturellement  actifs)  et  d autres  aberrations;  mais  il  est 
rare,  et  évidemment  c'est  seulement  chez  des  personnes 
d'une  moralité  défectueuse  et  très  cupides,  que  le  iiàido 
nimia  amène  aux  actes  de  pédérastie. 

Conlrairemenl  aux  vieux  débauchés  coi  rompus  (|ui  préfè- 
rent de