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Full text of "Le pot aux roses, ou Correspondance secrete et familiere de l'Honorable Thomas Boot, cordonnier royal, avec Sa Majesté George III. roi de la Grande-Bretagne, et ses ministres, les lords Stormont, Sandwich, Germaine et North; sur les affaires présentes de l'Europe [microforme]"

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IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 




1.0 



1.1 



11.25 



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Sf là» 12.0 

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ISU |,.6 




I%olDgra[M: 

Sciences 

Corporation 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTER, N.Y. MSSO 

(716)872-4503 







CIHM/ICMH 

Microfiche 

Séries. 



CIHIVI/iCIVIH 
Collection de 
microfiches. 




Canadian Inttituta for Hittorical Microraproductions / Institut canadian de microraproductions historiquas 





T«chnie«l and Bibliographie NotM/NotM tachniqiM* «t bibllographiquM 



Tha Instituta haa attamptad to obtain tha baat 
original copy avaiiabla for fllming. Faaturaa of thia 
copy which may ba bibilogrcphioally uniqua, 
whieh may altar any of tha imagaa in tha 
raproduction. or whioh may «igniflcantly ehanga 
tha uaual mathod of fllming. ara ehaekad balo«v. 



□ Colourod eovara/ 
Couvartura da coulaur 



□ Covara damagèd/ 
Couvartura andommagéa 

□ Covara raatorad and/or laminatad/ 
Couvartura raatauréa at/ou palliculéa 

□ Covar titia miaaing/ 
La titra da couvartura manqua 

□ Colourod mapa/ 
Cartaa géographiquaa an eoulour 

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n 
n 



n 







Colourod ink (i.a. othar than blua or black)/ 
Encra do eoulour (I.a. autra qua Maua ou noira) 



Colourod piataa and/or llluatrationa/ 
Planchoa at/ou llluatrationa tn eoulour 

Bound wlth'othor matarial/ 
Rallé avec d'autraa documonta 

Tight binding may eauaa chadowa or diatortion 
along intorior margin/ 

Larolluro 9»rrém pout eauaar da l'ombra ou do la 
diatoraion lo ktng do la margo intiriouro 

Blank laavaa addad during raatoration may 
appaar within tha taxt. Whanavar poaaibla. thaaa 
hava boon omittod from fllming/ 
Il aa poût qua cartainaa pagaa blanehaa ajoutéoa 
lora d'uno raatauration apparaiaaam dana la taxta, 
maia. loraqua cala était poaaibla. eaa pagaa n'ont 
paa été f llméaa. 



to 



L'InatHut a microfilmé la maillaur axamplaira 
qu'il lui a été poaaibla da sa procurer. Las détails 
da cet axamplaira qui sont pout-étra uniquaa du 
point da vue bibliographique, qui peuvent modifier 
une image reproduite, ou qui peuvent exiger une 
modification dana la méthode normele de filmege 
aont indiquée cl-daeeoua. 



pn Coloured pagaa/ 



Pagao do eoulour 

Pagaa damagad/ 
Ptfgaa andommagéaa 



□ Pagaa reetored and/or laminatad/ 
Pagaa reetauréee et/ou pelliculées 

r~7\ Pagaa discoloured, stained or foxed/ 
bLJ Pagae décolorées, tachetées ou piqu< 



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Pagaa détachées 

Showthrough> 
Tranaparance 



piquées 



□ Pagae dotachad/ 
Pagaa 

Pyl Showthrough/ 



F~1 Quailty of print varias/ 



Qualité inégala da l'impression 

Includee supplementary matériel/ 
Comprend du matériel supplémentaire 



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Only édition avaiiabla/ 
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Pagaa wholly or partielly obseured by errata 
slips, tissuee. etc.. hava been refiimed to 
enaura tha beat possible image/ 
Lee pagea totalement ou pertiellement 
obacurciaa par un feuillet d'erreta. une pelure, 
etc.. ont été filmées é nouveeu de façon à 
obtenir la meilleure image possible. 



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Commentairee supplémentairee: 



WrinkiMi pagn may f iliTMd ilightiy out of focui. 



Thia item ia filmed at tha réduction ratio checked below/ 

Ce document eat filmé au taux da réduction indiqué ei'daaaoua. 

10X 14X 18X 22X 



28X 



30X 

















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12X 



16X 



20X 



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28X 



32X 



Tha copy fllfntd h«r« has b««n r«produe«d thanks 
to tha ganarosity of : 

National Ubrary of Canada 



L'axamplaira filmé fut raproduit grêca à la 
généroaité da: 

BIbliothèqua natlonala du Canada 



Tha Imagaa appaaring hara ara tha baat quality 
poaaibla conaidaring tha condition and iagibility 
of tha original copy and in Icaaping with tha 
filming contract apacif icationa. 



Original copia* in printad papar covara ara filmad 
baginning with tha front covar and anding on 
tha last paga with a printad or llluatratad impraa- 
alon, or tha baclc covar whan appropriata. Ali 
othar original coplaa ara filmad baginning on tha 
firat paga with a printad or llluatratad Impraa- 
aion, and anding on tha iaat paga with a printad 
or llluatratad impraaaion. 



Laa Imagaa auivantaa ont été raproduitaa avac la 
plua grand aoin, compta tanu da la condition at 
da la nattaté da l'axamplaira filmé, at an 
conformité avac la* conditiona du contrat da 
fllmaga. 

Laa axamplalraa originaux dont la couvartura «n 
paplar aat Impriméa aont fllméa an commançant 
par la pramiar plat at an tarminant aoit par la 
darniéra paga qui comporta una ampralnta 
d'impraaaion ou d'Illuatratlon, aoit par la aacond 
plat, aalon la caa. Toua iaa.autra* axamplairat 
originaux aont filmé* an commançant par la 
pramiéra paga qui comporta una ampralnta 
d'impraaaion ou d'Illuatratlon at an tarminant par 
la darniéra paga qui comporta una talia 
ampralnta. 



Tha latt racordad frama on aach microfiche 
ahall contain tha aymbol ^»> (maaning "CON< 
TINUED"). or tha aymbol V (maaning "END"), 
whichavar appliaa. 



Un daa aymboia* auivanta apparaîtra sur la 
darniéra Imaga da chaqua microfiche, salon la 
cas: la symbola »»> aignifla "A SUIVRE", la 
aymbok ▼ aignifla "FIN". 



Maps, plataa, charta. atc, may ba filmad at 
différant réduction ratios. Those too large to be 
entirely included in one expoaura are filmed 
beginning in the upper ieft hand corner, left to 
right and top to bottom, as many frames as 
required. The foliowing diagrams iliustrate the 
method: 



Les cartes, planches, tableaux, etc.. peuvent être 
filmée é des taux de réduction différente. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché. Il est filmé é portir 
de i'engie supérieur gauche, de geuche é droite, 
et de haut en baa, en prenent le nombre 
d'images nécessaire. Les diagrammes suivants 
illustrant la méthode. 



1 


2 


3 




1 


2 


3 


4 


5 


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ROSES 



CORRESPONDANCE 

SECRETE 






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FAMILIERE. 






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^ . L*HONORABLE THOMAS BOOT, CoRDONNtfià 

V Royal, avec Sa Majesté' GEORGE III. 
, Roi de la GRANDE-BRETAGNE, 
ET SES Ministres > les LoRûfr 
STORMONT, SANDWICH, 
? yr GERMAINE ET NORTH; 

SUR LES AFFAIRES PRE'sENTBS DÉ L*EuRO*B» 



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' LONDRES* ^ 


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POT AUX ROSES, 






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CORRESPONPANCE r 

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F A M I L I E RE, &c. 



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' PREMIERE LETTRE ; 
.^ ;~DE THOMAS BOOT au ROL ,« i 



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■ . s I R. E • . . 

C'eft en qualité de Cordonnier de votre 
gracieufe Majefté que j'ufe de la faculté 
de vous faire de très humbles, très ingénues, 
& très libres remontrances. Ne vous fâchez 
pas , Sire , fi j'ofe vous dire la pure pure vérité: 

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Elle ne peut vous être fufpefte de ma part; 
elle coule de ma plume auffi tranfparente qu'un 
criilal , auili claire qu'eau de roche. Ecoutez 
la , Sire , & Dieu veuille qu'elle vous con- 
vertifle I 

Vous êtes né fous une bonne étoile ^ fous 
une conftellation bienfaifante, & vous en avez 
reçu les imprellions à quelques égards. Fait 
pour être l'objet de l'amour & de l'eftime des 
trois Royaumes par la bonté ^ la pureté , la 
faihteté de vos mœurs , jamais Roi n'eut été 
plus chéri , ni plus digne de l'être , fi votre 
aveuglement , votre ignorance , plus enco- 
re votre confiance tenace placée dans des 
Miniftres dévoués à la haine publique & à l'in- 
famie , n'éclipfoient à tous les yeux , n'ef- 
facoient de tous les cœurs votre bonne-hommie 
& vos autres vertus. Qiiel malheur , Sire , 
qu'ayant l'ame bonne comme vous l'avez , 
vous n'ayez avec cela l'efpfit de Charlotte! 
mais ignare , aveugle , têtu , comme vous 
êtes , vous êtes , chaque jour , néceflîté à deà 
^bévues, à des écarts qui, font votre perte & 
celle de l'Empire. 









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Vous êtes né fiijet& citoyen, comme moi. 
Sire. Le droit d'hérédité vous a appelle au 
trône, & c'eft la nation qui, de fonbmplaifiry 
l'a établi & confacré. C'efl le choix librie du 
peuple Anglois qui a mis le fceptre^de la Grande^ 
Bretagne entre les mains de vos pères , & c'eft 
lui qui vous le conferve gracieufement. Sachez 
donc que, comme la première fourcede votre 
autorité viet^t de nous^ vous ne devez en faire 
ufarge que pour nous, Rapellez-vous. nos droits, 
vos devoirs , vos fermens , ne foyez point 
parjure* rit 'id c'ifjyq -j' i^:)^^-^^^-'! :^i- ;!!ty^:;îTî 

Quand nous difons que vous êtes notre Sou- 
verain Lord le Roi , nous ne prétendons pas 
dire que vous foyez notre maître ^ autrement 
dit que nous foyons vosEfclaves; nous favons 
trop bien qu'en woms & non en vous y réfîde la 
Majefté & fupréme puiflance , & que quansl 
nous fléchiflbns. le genou devant l'idole du 
trône, c'eft moins pour l'honorer, :que pour 
nous honorer nous-mêmes. lU-b 

Voilà des vérités. Sire, qu'on devroit fans 
cefle faire fonner à vos oreilles , la nuit ,"^16 
jour, le foir, le matin & à toute heure. On 

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dcvroit fur-tout ne pas vous laiilfer ignorer que 
nos pères ayant , pendant des fiécles , com- 
battu pour le choix de leurs tyrans ; ayant, 
pendant des fiécles, verfé des torrens de fang; 
ont acquis à leurs enfans, en fe les choifiiTant, 
Ik faculté de les abattre, de les punir, ou de 
kschafler. 

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" Je vous dis la vérité telle qu'elle eft. Sire : 
Encore un coup , ne efl vous fâchez pas. Ma 
façon de penfer vous connue: je fuis bon hom- 
me, comme vous favez.; je penfe bonnement j 
j'agis bonnement , j'écris de même. Je fuis , 
Sire , amoureux fou de votre perfonhe. J'ai 
pour votre Majeilé la paflion la plus forte. 
Votre honneur , votre gloire , vos intérêts 
véritables , & ceux de votre Royale & Elefto- 
lale Famille , font l'unique objet de ma pen- 
fée; vous voir régner en grand Roi; vous 
comporter en digne Monarque de la très 
grande Grande-Bretagne, eft le but de tous mes 
defirs ; vous voir riche , puiffant , heureux, 
formidable à l'univers, eft ma feule ambition. 






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' Ceft d'après ce principe & l'aTeftioh tendre 
que je vous porte» que je vous parle. Sire. 



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Encore une fois, ne vous choquez donc pas fi 
je vous fais, en ami, ces petites remontran- 
ces. Elles font poui*^ votre bien; Elles partent 
du fond du cœur ; foulfrez que je pourfuive. 



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J*al donc dit, ou voulu dire, Sire, que vous 
n'êtes pas notre tiM/^re, mais que nous fommes 
le votre, & que nous ne vous avons mis fur le 
trône que pour procurer le bien public. De 
nous, & de notre gracieux plaifir, vous tenez 
votre dignité & la Couronne. Vous êtes King 
Anglois , & non King Efpagnol, ou King Fran- 
çois. Il s*en faut bien que vous puifliez vous 
mefurer à leur aune ! A vous défendu de dire 
comme difent d'autres de vos confrères ^* que 
„ vous ne tenez votre Couronne que de Diei; 
„ & de votre épée. " L'épée eft bien le fon- 
dement de l'autorité des defpotes Afiatiques & 
Européens, mais non des Rois de la Grande- 
Bretagne , qui , par nos conllitutions', font 
toujours réputés élus. Nous ne préfentons 
point , nous Anglois , comme le refte des au- 
tres individus de l'efpécè humaine ^ im encens 
impur aux idoles du defpotifme. Nous fomr 
mes n peuple libre , un peuple de Souverains y 
un peuple cent «aillions de fois plus jaloux de fa 

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Kherti è de (bs îoiï , que det Rois qui ont Yhoh^ 
neur de le commander, * ^ 



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Comprenez, Sire, que nous ne (bmmes ni 
Turcs , ni Cliinois , ni Rufles. A vous vrai- 
ment défendu de prendre la vigne de Nabotti » 
>d'envoyer le cordon , ou de faire palTer par 
leis oubliettes, comme font, tous les jours ^ 
les defpotes de Tunivers. ^ ' -P^^i ^" '^ ^"^' - 

Î-' 'Nous ne tommes point de ce nombreux trou* 
peau de bétes à qui leurs maîtres mettent un 
mors à la bouche, une felle fur le dos, mon- 
tent defilis, & les font marcher, troter, ga* 
loper à leur volonté , Et par terre ^ par merf 
^ par monts 6f p^r vaux ,* 

'^^ Ceftri-dire , fi vous Tentendez mieux. 
Sire , que nous ne vous regardons point com- 
me tenant de la race de ces Rois qui croyént 
que le refte des hommes eft à leur égard ce 
que les cheva^ux , les ânes & autres bétes de 
de charge font à Tégard des hommes, c*efl-à- 
dire, des animaux dont on ne fait cas qu'au- 
tant qu'ils rendent de fervice , & qu'ils dçn^ 
l^ent des commodités, :<■•'■, , : v ^ 









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( 9 ) 

Qfxand le Peuple Anglois, Sire 9 met fa cou^ 
ronne (br la téce d'un Roi ^ c*eft k la façon d'un 
mattre de bergerie qui mec la boulotte entre 
les mains d'un berger pour pattre ion trou« 
peau. Lorfque celui-d s'endort au pied d'un 
hêtre , ou d'un ormeau 5 & que le loup rapace 
enlevé un tendre mouton, ou un ftyible agneau^ 
alors au mattrede la bergerie permis de cbafTee 
à coups de trique le pâtre indolent, ou lâche, 
qui néglige le foin du troupeau qui lui eft con- 
fié, & ne s'occupe point de ià garde, t .^ i^^^^ 



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/•'Vous deve* (kvoir, Sire, que nous ne Tom- 
mes point vos fujîets , mais que vous êtes le 
notre ; que nous ne fommes point faits pour 
vous, mais vous l)ien pour nous; que vous vous 
devez tout entier à nous; que vous devez être 
chargé de touâ nos befoins; Enfin que vous 
êtes l'homme du peuple. L'autorité que vous 
avez n'eft point la votre , mais bien la notre: 
plutôt votre autorité eil celle de nos loix: il 
faut que vous leur obéïfliez aufli bien-que le 
dernier goujat des trois Royaumes. A propre- 
ment pallier, nous ne vous conflituons notre 
Roi , que pour leé défendre & les faire régner, 
plfons mieux: votre unique foin doit être de 

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veBler & de travailler poarjespamtenir. »Si 
vousivous connoifEeZ) Ske;. fi vous faviezce 
que vous êtes dans Iç fait & dans le droit ; vou^ 
conviendriez que vouç devez être; Thomme 1q 
moins libre, éc le moins tranquille de vos pré-^ 
tendus Royaumes* Difpns plus : vous convien- 
driez que: Voïis êtes un Efclave Mt po}^r faori. 
fier fans ceiTefon repos & fa liberté po^r la j^r 
lerléà félicité publique. . ; u,,.;.| ,; , .^ ,^ 

Voilà , Sire , ce que Bute eut dû vous ii^. 
culquer de bonne heure ; ce qu'il eut dû même 
fourrer dans votre tête à grands coups de mar- 
teau. Nous favonsi bien que ce miferable Bu-* 
te vous a gâté Tefprit » empoifonné Je 
cœur , vous a préparé d'avance à ce funefte 
gouvernement qui ternira à jamais votre méy 
moire. Il eut mieux fait» Dieu me pardonne, 
& nous lui aurions de Tobligation , de vous 
avoir plutôt donné Téducation d'un enfant dq 
meunier, ou de vous avoir appris à faire une 
bonne paire de fouliers., comme je fais,, que de 
vous avoir foufflé aux oreilles les rêveries, les 
foirées & les matinées du delpote de la PrulTe, 
qui ne vous conviennent nullement, à vous« 
Sire» lorfque vous humez l'air pur que nQU$ 










humons fur cette terre 4e liberté. Que dans 
vos bicoques & cahutes de Hanovre » vous 
ufiez de votre puiiTance en Sultan de Conftan- 
tinople, ou de Maroc va vous permis tout-Uu . 
I()as. Mais ici, nos Sultans font nos Efclavesi 
nous fommes leurs maîtres. S'ils ne font pas 
leur devoir ; s'ils nous déplaifent ; nous leur • 
envoyons le fatal cordon. L'affaire faite ^'oo 
n'en parle jpSLS plus> qu'on ne parle des veilles 
claques, vieilles favates qui fe trouvent dans 
ma boutique. Si nous célébrons par après l'an- 
niverfaire de leur funefle trépas» ce n'efl que 
pour rapeller à leurs fucceffeurs qu'auiant leur 
en pend à l'oreille , s'ils marchent fur les traces 
de leurs prédéceffeurs. 



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Votre Majefté, Sire, regardera peut-être 
comme dur & auflère ce que j'ai l'honneur de 
lui dire, mais c'eft pourtant la vérité. . 






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Depuis deux iîécles nous avons eu fix révo- 
lutions. Prenez bien garde. Sire, qu'en ne 
vous conduifant que d'après les confeils perfi- 
des de ce méchant, & béte brute Bute, & de 
fa damnable féquelle, la feptieme n'arrive en 
vous : de quoi vraiment , moi perfonnelle- 



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merit^ je feroistrès fâché, car je perdrois vo- 
tre Royale pratique ; & le cas venant que vous 
foflîez, renvoyé en Hanovre, Dieu me damne I 
fi j*y courois vous prendre méfurc de fouliers à^ 
vous, ni àperfonne de yofre;faraîllé. Je crois, 
par ma foi , q^e fi votre femme Charlotte por- 
toit culotte , & vous. Sire, cOtillons, c*eft.à- 
dire, û vous m'entendez, fi voUs étiez notre 
Reine, &, elle notre Roi,Je5 chofesn'iroient. 
pas fi.bêtemen(;:,=iii fi pitoyablement en An-* 

gleterrev.;«. ,q srro-iauivj^ c*»«ii 'n^'- ..*fjjj.--;,.^.:î »uï 

t.; Oui, Sirè^ à Stfélitz, Charlotte,'' faut croi^î 
sev^n^a pas eu des Bute pôut* gouvernantes:,; 
car elle a plus de fens commun que votre Ma*) 
jefté; & je parie bien, que fi les payfans, Sa- 
voyards ^ porteurs d*eau, Galfatrès Mecklen- 
bourgeois, venoient lui faire des remontrances 
pareilles è celles que vous font chaque jour 
les Grâces , les Seigneuries & les honorables 
des trois Royaumes, fans compter' les Gazet- 
tes, je penfe vraiment qu'elle leur feroitplus 
de raifon, qu'elle feroit moins. têtue, moins 
Qpiniatre que vous^ Stre. Votre Majefté, fi 
çjle me permet de le dire, a vraiment la tête 
dlun mulet. Lvi.Puta, le§ North ^ tout© 



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l'infernale phalange vous donnent ufte pâture 
fi friande, que duffies-vous, je crois, perdre 
tout ce que vous avez vaillant au monde , qui 
xi'eft pas grand' chqfe, & duffiez-vous enfuite, 
comme les Stuart, aller demander l'aumône au 
Roi François & au Pape, vous aimeriez mieux 
le facrifier, que de livrer toute la maudite en* 
geance, maudite canaille qui vous entoure, à la 
vindiéle publique. .3^^'*.-^ *;,fii;v ^i^v c^i^u | „n ^^ 

^& Reprocher à Bute de ne vous avoir donti?» 
aucune contioiflance ni de l'Etat, ni du peu- 
ple, ni de vous-même, eft le moindre des cri- 
mes à lui imputer. Mais vous avoir fait un 
fyftême de chercher à changer là conftitution, 
à anéantir le droit & l'état de la nation, & 
toujours vous boucher l'oreille au cri & à la 
réclamation de vos maîtres, voilà qui eft cent 
fois plus crimi&el.'^&'»5'A^%- 1^^^ ^i^'^^nj:',^ . 

r-* Permettez, Sire, qu'avec tout le refpeft & 

la vénération que je vous dois, toute la can- 

. deur & franchife dont je fiiîs capable , je vous 

rapelle votre origine, puifque perfonne ne fe 

met en peine de vous la rapeller, peut-être 

. cela vous fera-t-il rentrer un inftant en vous- 



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même. Votff ëtez, vous le favez bien , un de 
ces petits Principiauz de Germanie que la mifère 
oblige de fe louer, ou de fe vendre aux riches 
PuifTances; du nom & de la race de cet Antoi- 
ne Brunswick que la Czarine a envoyé planter 
des choux en Sybérie avec toute la famille ; un 
homme dont nous avons fait la fortune aux 
pères 9 & besHicoup d'honneur en les payant 
pour porter la couronne de la Majeilueufe Gran- 
de-Bretagne. Voilà ce que vous êtes , Sire: 
y-a't*il doue là de quoi s*enâer ii fort, & de 

faire comme font ces nouveaux parvenus qui \ 
affectent des airs de Seigneur, parce qu'ils ont 
ramalTé des écus au fervice-de leurs Maîtres, 
fouvent en les pillant, volant^ &les réduifant 
à la fin eux-mêmes à la bélace ? , i . ^ , :- . 



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La plus grande fotife que la nations Angloife 
ait jamais faite, efl de s'être choifi un Roi dans 
une Cour médiocre , dans une maifon telle que 
la votre, Sire, la quelle, quelqu'un a dit être 
.fi roturière que le trône même de la grande ^ 
majeftueufe Grande-Bretagne n*a pu r anoblir» 
Nous euffions mieux fait de reprendre à nos 
gages les enfans de Jaques II. ce Chevalier de 
la Vierge, même ce bêta de Prétendant : il eut 



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été à la meiïè dans fa chapelle ; il eut {)û (à 
bouteille à Ton aife^ & ne lui fut peut-être pas 
tombé en tête de troubler l'Etat par des pro- 
jets d'ambition ; mais il efl mort fans lignée» 
n*en parlons plus. Pourtant .; fi Ton frère au 
bonnet rouge écoit plus capable de progénitu- 
re, & vouloit échanger une calotte pour une 
couronne ; ferions nous donc tant mal de 1» 
prendre chez nous ? Je vous le demande.,' Sire? 



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' On ne doit pas vous cacher qu'on apperçoît 
clairement dans les Hanover & dans vous fur- 
tout. Sire 9 une tendance fenfible à une auto- 
rité "illimitée* & defpotique. Vos pères ont 
commencé à ourdir la toile; & vous lapour- 
fuivez. George I. lî je ne me trompe, jetta 
un coup d*œil fur l'Angleterre, & entrevit de- 
loin les fers du defpotifme; George IL fit ua 
pas de plus, il chercha à les faire porter à fa 
Nation. Vous Sire , vous George III. vous 
cherchez, à ce que je vois, à fi bien l'enchaî- 
ner , que de fa vie elle ne fe puiffe dépêtrer. 
Serez- voqs affez fin pour réulfir? C'eft ce 
que je ne fais pas. Mais , Sire ,. n'oubliez 
de vos jours que Charles I. périt fur un écha 
faud. 



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4^ Encore un coup, Sire, ne vous fâchez pas: 
je parle > comme St. Paul, la bouche ouverte. 
L*amour ardent que je vous porte, m'engago 
à vous ouvrir mon cœur & à ne rien vous ca- 
cher. Vous ne trouverez pas mauvais, je pen- 
fe, que je continue à vous parler avec la même 
franchifè. _ .. v . ,- 

On vous diilimule la nature de Tautorité 
Monarchique Angloife : on étouife la voix 
refpeélable de la nation déjà depuis trop long- 
tems vouée à un honteux & dangereux mé- 
pris, & on vous préfente fous les couleurs les 
plus traîtreiTes les attraits féduâeurs du defpo- 
tifme: on vous fait illufion; on vous féduit; 
on vous tend des pièges par les faux points 
de vue qu'on vous préfente; on vous entraî- 
ne invinciblement avec la nation dans un laby- 
rinthe inextricable , peut-être dans un abyme 
profond ; £h ! Sire , vous ne vous en apper- 
cevez pas! , - . • : , 



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. O bon Sire ! ô pauvre George ! Quelles vi«' 

pères tu réchauffes en tonxfein ! Quels mon- 

lires, uels Miniflres fiégent dans ton confeill 

ils t'aviliiTent, te deshonorent & deshonorent 

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là nation: ils écrafent le peuple, le pillent, 
le volent , lui préparent des chaînes. & des 
impots i t^expofent toi & les tiens à tous les 
dangers imaginables , en te trompant fur tkt 
devoirs , fur tes droits & fur ceux de la na- 
tion. £ft-il poflible que tu ne puiflTes t'arra- 
clier à la féduétion , & que tu boives à grands^ 
traits le poifon funefte? 

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-;l II y a, à préfent, trente-fix heures & tjïi 
^uart, montre en main, qu'un Shésif d*un 
gros bourg vous a préfenté , Sire , au Palais 
de Charlotte, Bute, Stormont & Compagnie 
préfens , une adrefTe comme on vous en pré- 
fente tant. Avez- vous pris la peine de la lii 
re ? Crainte que vous n*y ayez pas jette le* 
yieux, je vaià vous en citôr quelques traits à 
la volée. Prêtez attention, Sire^ peut-être 
vous 'comprendrez ! , , , ' ' ;*';«; 5'- '^'f^:4^'i'^ :^.. 

^ikt^%,ii^ i^^h:*îi^:^-'m,u;^^M^pS)-:mtJi Skî> 'ih- *)'> 

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^-«« Sous le règne des quatre Princes de là 
fiinede maifon Stuart , il a été fait par ces 
Monarques , foibles comme vous , ambitieux 
comme vous , de tentatives fréquentes pouf 
rénverfer nos loix, abolir les Parlemens, & 
s'attribuer par la force uiie autorité fans fre|o> 
un pouvoir fans bornes. 

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** Leurs fuccefleurs inftruits par les revers 
répétés , & la perte finale dc; cette famille , 
])aroi(renc avoir adopté, à l'époque «de la ré* 
volution , un fyflême d'attaque plus doux » 
mais non moins dangereux. Depuis ce tems, 
aux ufurpations violentes, aux hoililicés coi^- 
tre le Parlement, la politique dominante à 
été de Tubltituer les arts de la féduélion, ^ 
en introduifant dans les afTemblées nationales 
une dépendance cprrompue , d'émat^çiper vir- 
tuellement la couronne & de la fouilraire ^ 
(oute efpéce de reftrainte. ,;,^^; ^ gjjjt^, ,i., . ^ 

^^** Depuis que nous avons appelle les Hario- 
vèr au trône , à irès peu d'exceptions & de 
tTjès courts intervales près , la corruption a 
été ouvertement le principe de notre gouver- 
nement. Il y a long-tems que la partie fa^ 
.& vertueufe ^ la nation a entrevu la tendan- 
ce de ce funefte fyftême , & qu'elle en gémit. 
Mais auin long-tems que la reftauration de la 
' lignée Stuart a été un événement à peu près 
. probable, le retour du defpotisme démafqué 
étoit un danger imminent contre le quel l'in^- 
prudence ij^'envifagea de remède que dans le 
parti qu'elle prit de fomenter rinfluence de^ 

la Cour. ■_<.^,-À■' .-;-;•- TV''-! .■■: 



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'^ Dans les derniers tems». dans ces joura 
de fuccès où la vanité & la profpérké natio 
nales étoient portées à leur comble , arrêter 
le torrent de la corruption eut été une ten- 
tative vaine fSc infruélueufe. Mais aujourd'hui 
que, par la fotife & Tinfatuadon ihexprefH* 
blés de vos confeils, ce preltige cefle; aùjouf» 
d'hui que nos provinces de TAmérique font, 
fan^ efpérance de retour, démembrées. de VEmr 
pire ; aujourd'hui que\nos propriétés , notre 
liberté pl|is chère que la vie , font expoféej 
à toutes fortes de dangers; que nos anciens 
ennemis^ nos irréconciliables rivaux > aidés 
par l'allié qui étoit jadis notre ami, encoura- 
gés par prcfque toutes les PuiiFances de l'Eu- 
rope, infultent hautement & bravent orgueil- 
jeufemèqt ce malheureux pays; où courbés 
. fous le faix 'inormt^ des dettes publiques , ïa^ 
fubllancc nationale s'évapore rapidement & à ' 
vue- d'oeil ; aujourd'hui que notre population 
diminue ; que notre agriculture , notre indusr 
trie, notre commerce, notre navigation, ce^ 
quatre alimens fi nécefTaires à notre profpéri- 
té & même à notre exiftence , font réduits 
à rien & prefque étouffés; que nous voyons 
le défordrç^ la confufion, la corruption, la 
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mifôre , la ddfolation , en uû mot tôutW Icf 
calamités prêtes à fondre fur nous & con- 
fommer notre ruine ; aujourd'hui où nous ap- 
percevons clairement les chaînes du defpôtif* 
me le plus accablant fe préparer de tous cô- 
tés , & s'avancer à grands pas. . . II cil évi- 
dent, Sire, que le fyflômc de corruption cfl 
parvenu à fon dernier degré de maturité, dt 
<jue la crife de notre coiiftitution viciée, ou 
bien une dilTolution politique fera l-ctFct iné- 
vitable de notre négliccncc & Ic-réfoltaC afTiird 
du fyftême odieux que vous ont perfidement , 
traitreufement, Jéfuitiquement fuggéré les a- 
mcs damnées de votre Confcih" "P 'Ji^ ri*4) , 

-H Qiiel tableau, Sire que celui de notre fitua- 
tion aâuellel Quel elt le vrai -Anglois qui 
•Çeut Texaminer fans frémir? ^ ^ J;^' -^^ * -'A 

"^ Confidérez avec moi la Grande - Bretagne 
dans fon vrai point de viie. Ce n'eft plus 
cettte fière & noble PuilTance, qui, n'a guù* 
ré la première fur toutes les mers jfe croyoit 
en état de balancer feule par Ces forces na- 
vales toute la marine de l'univers ; d'être le 
levier du monde; de préparer les révolutions; 



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de promener fur Tes flottes le deftin des fia^ 
lions. Mais une Puiflfance qui dans ce mo- 
ment fe trouve précifément marquée pour la 
chalTc , détournée par le limier du troupeau 
qui l'abandonne , comme vous l'a dit confi-' 
demment, n'a guère long-tems, votre ami 
Lord Shclburne; une PuifTancc» qui, à cette 
heure , danfe la danfe de mort ; une . Puiflance 
dont l'Empire ell reiferré, la fuprématie éclip- 
fôe; dont les flottes ne font plus dominatri- 
ces des mers; dont les armes ne font pas in- 
vincibles fur^tcrre; une Puiflancc écraféefous 
'le fardeau d'une dette immenfe; environnée > 
preiTéc de légions d'ennemis; fans un feul ami, 
un feul allié ; une Puiflànce dont l'honneur des 
confeils eft flétri , ainfi que celui de fes armes; 
une PuiflTance enfin a la deftruéHon de la quelle, 
vos Miniftres, Sire, ont appelle & provoqué 
Tanathême & la vengeance de toutes les nations. 

Il y a long-tems qu'on les accufe d'ôtrc mal 
intentionnés pour la patrie ; de le réjotiir dans 
le fond du coeur des défafl:rcs publics ; de ne 
chercher qu'à entraîner la ruine de la Gran- 
dc-Betagne ; d'être non fulement des organes 
ineptes d'un Roi qu'ils fubjuguent, mais des 

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traîtres qui vendent ce m£me prince, après 
ravoir aveuglé, & ne profitent do fa con- 
fiance & de fa foiblefTe, que pour s'enrichir, 
en le précipitant lui & Tes peuples dans des 
dangers que Tinfamie ne peut que rendre en- 
core plus douloureux. 

Il y a long'tems aulli. Sire, qu*on dit que 
le Parlement & vous, avez de beaucoup ou- 
trcpaflfé votre pouvoir depuis la malheurcu- 
fe contcftation de TArnérique, que le Parle, 
ment fiir-tout compofé des repréCentans du 
peuple Anglois jouoit la farce odieufe des va- 
lets maîtres , & facrifioit l'intérêt de fes com- 
métans à votre ambition , Sire , & à celle de 
vos Miniftres; que dans le cas d'un pareil a- 
bus, le peuple avoit droit de rct.ier un pou- 
voir auflî mal adminiftré , parce qu'à lui feul 
appartient la décifion d'une guerre comme cel- 
le de l'Amérique, & de tout autre événe- 
ment qui intérffe l'Empire , en fa qualité de 
légiO:: :eur fupréme & de premier fondateur 
de la conflitution Angloife. Mais il faut, 
Sire, que la fotife âc l'aveuglement de la na- 
tion foient à leur comble , pour ^ dans la plus 
extrême détre0*e, donner tâte balifce dans les 



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pièges que lui tend Taviditd, TorgUcii, rîm- 
pt^ritie de Tes adminiftrateurs. 



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Quelle farce fe joUe à cette heure à nos 
dépens dans le monde 1 Quels Aé^eurs ! & vo^ 
tre Majcfté y f;iit le premier rôle , Sire I 

Dfisl» no.t's piif une guerre inteftine; hu- 
miliés pai I «s défaites honteufes; mépriféspar 
nos .nnemJs; délaifTës par nos alliés; honnis 
par toute r£urope à qui nous fervons de 
Speélacle ; afFoiblis , ruinés , accablés fous le 
poids des dettes publiques, nous n'entrevo* 
yons de reflburce que dans une révolution 
qui écrafera à jamais la nation, la difcrédi- 
rera pour toujours aux yeux de l'univers, & 
accélérera peut-être la difîblution entière de 
l'Empire. 



On diroit , Sire , qu'il entre dans les plans 
de vos perfides & inconfidérés Miniftres de 
ternir votre gloire & celle de la nation, en 
lui attirant fur les bras une guerre prcfque 
univcrfelle ; . en lui fefant perdre des batail- 
le? nrendie fes flottes; & l'entraînant invin- 
ciUcmcnt dans la cruelle ncceflité de faire à 

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jamais ûné paix honteufe. Le cri eft univcr- 
fel contre eux : qu'on les livre aux loix : qu'on 
févifle contr*eijx en toute rigueur : que leur 
tête foit le prix de leur perfidie, de leur tra- 
hifbn, de leurs coucuffions. : . Mff * /; 

Depuis plus de quatre ans, ils bercent traî- 
treufement la nation du plus chimérique & 
plus abfurde efpoir fur la rcduftion de l'A- 
mérique , & en fomentant la révolte & le 
trouble, la jettent dans un labyrinthe, une 
détreife, une mifère inexprimables. Témé- 
raires & criminels qu'ils font, au moment où 
la raifon , la prudence , la force des événe- 
mens, & par deflus tout, le foin de notre pro- 
pre fureté , de notre exiftence même , nous 
obligent, fous peine d'en être viâimes, à gar- 
der la modération la plus Itrifte , ils vont nous 
montrer ouvertement fous un autre afpcft; 
ils vont rompre perfidement en vifière avec 
nos plus chers & plus anciens aliiés. Quelle 
témérité criminelle! quelle imprudence puniA 
iable! 



Qiie vous. Sire, ou plutôt vos perfides Mi- 
^ niftres prennent fur eux de redrelTer à coups 



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de canon les prétendus griefs de la Grande-Bre- 
tagne ; que par l'abus le plus inconcevable de 
la faine raifon , ou plutôt par un efprit de 
colère & de vindiâe perfonelle, ils s'efforcent 
à rendre toutes les Puiffances ennemies de 
l'Angleterre; une pareille conduite doit être 
envifagée comme un des plus grands abus du 
pouvoir, comme la fubverfion totale desloix 
conftitutives, & l'ufurpation la plus dangereu- 
fe pour la liberté & propriété Britanniques. 




O de grâce, réfléchiffez férieufement une 
fois , Sire , fur la conduite de cbs lâches com- 
plaifans, mercenaires valets, vils efcaves, fa- 
bricateurs de tous les maux que nous fouf- 
frons, devenus, au vu & fû de la nation in- 
dignée, les fléaux de la patrie , les deftrufteurs 
de leurs concitoyens , les coopérateurs perfides 
de l'affreux defpotifme fous le quel ils cher- 
chent baffement à nous courber , contraints 
de dévorer en fecret tout ce que l'opinion pu- 
blique a d'amer, tout ce que le jugement na- 
tional & étranger a de flétriffant ; ils vous ra- 
viffent l'amour du peuple, vous expofent à 
tous les dangers; j'ajoute: vous aviliffent, vous 
deshonorent aux yeux de toutes les nations! 

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- Je vous Tai dit, Sire, je vous le repette: 
Vous feriez digne de l'amour & de reftimc 
des trois Royaumes, fi vous n'étiez, ni fi a> 
veugle, ni fi têtu, & fi, au lieu de laifTer le 
timon de TEtat entre les mains de gens traî- 
tres , ignares , ambitieux & avides , vous le 
confiez à des perfonnes qui méritent à jufte 
titre rhommage de la plus faine partie de la 
nation, par leur intégrité, leur défintéreffe- 
ment, leurs lumières. Ce n'eft par des North 
& des Butes, mais des Richmond, des Roc- 
kingbam qu'il vous faut , Sire. 



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Toutes les mains, tous les pieds, tous les 
bras, tout le corps des Bretons, & leur cœur, 
& leur ame & leur bourfe, tout eft au fer- 
vice de leur King , îorfqu'il a le bon fens , 
la fagefle, le patriotifme qu'on requiert en lui , 
& qu'il convient qu'il ait ponr conferver la di- 
gnité & la fuprêmatie de l'Empire. Mais, 
lorfque toutes fes vues , & tous fes plans , 
comme les vôtres , Sire , ou plutôt ceux de 
la corruption de vos Miniftres , ne tendent qu'à 
l'ufurpationj la fubverfion des conflitutions , 
des droits de tous les ordres, des droits ef- 
fentiels de la nation , de fes vœux , de fes 



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(*7) 

loix fondandentales : alors le cri d'autant do 
millions de voix qu'il y a d'ames dans la Gran- 
de-Bretagne fe fait entendre : cri puiflant! c'eft. 
la voix du tonnerre. Le King a beau cher- 
cher à l'étouffer, il faut qu'il ait l'oreille bien 
dure s'il n'en eft pas frappé! 



. 1 



V Je finis, Sire, cette lettre déjà trop longue 
pour que vous ayez aflèz de patience & de 
courage pour la lire tout au long, d'une fois, 
en vous aflurant de rechef que j'ai pour vo- 
tre perfonne l'afFeftion la plus tendre, que 
je brûle de zélé pour votre fervice, & que 
je prens le plus vif intérêt à tout ce qui vous 
regarde. Tous les jours, je fais des vœux 
au ciel pour qu'il touche, qu'il remiie votre 
cœur , qu'il éclaire , qu'il illumine votre ef- 
prit, fur-tout poui* qu'il vous infpire la falu- 
taire penfée de chafler loin de vos yeux tous 
ces traîtres de Miniftres, corrompus, gâtés, 
& qui ne valent feulement pas la peine que 
le Diable les emporte. • v 



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Que Dieu, que la nation leur pardonne: 
mais il eft tems & très tems, Sire, de les ô- 
ter de place, fi vous voulez élever un autel 



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^ ? V. ;: 



fc votre gloire, (htisfaire, tranqullifcr les ef-" 
prits, calmer reffervefcence du peuple, re- 
gagner enfin dans les cœurs la confiance qu'il 
eft naturel de placer en vous, en vous confi- 
dérant comme le gardien né de la liberté & 
félicité publiques î'iv. *• • i -"* ■'•-■'■ ' ' ^^'^^ 

Craignez les regrets , craignez les remors , 
Sire: redoutez fur-tout la malédiélion de la 
nation: qu'elle ne vous accompagne pas dans 
la tombe! ■ •;>^(D'i.w4- i- ^.ii :;-';;^:.;t:- '^^z-' '> 



-►iMi 



Il S*' '■, 



'ff^i^-'J^f'^ „ l'fX- 



De votre gradcufe Majcftë, ^l érxi ^ 

h :^•'^ s,: Sire, ^i u.oï" .V^. /•■ 



...y^- 



Le très humble Serviteur 
'. Thomas Boot Cordonnier-Royal. 

' ' ^ ' I ....... 

P. S. Je fouhaite de tout mon cœur que 
votre Majcfté faflb fon profit de ce que j'ai 
pris l'ingéniie & franche liberté de lui dire. 
Si je n'ai pas tout-à-fait le malheur de lui 
plaire, & fi elle veut gracieufcment entrete- 
nir une correfpondance familière avec moi , 
j'aurai l'honneur de lui faire part de tems en 



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tems de mes petites lumières & de mes foi- 
bles confeils. £n récompeniè, je ne deman- 
de autre chofe ^ fi non que , ma femme fe 
trouvant grofle de fon premier enfant & prê- 
te à accoucher à teinte heure, il plaifé à vo- 
tre Majefté, Sire, lorfqu*il fera venu au mon- 
de, de le tenir au batéme avef votre digne 
femme, l'aimable Charlotte. Cette faveur a- 
joûtée à celle que vous m*avez faite d'être 
votre Cordonnier Royal, ^le pourra que me» 
porter enfuite, en qualité 4e. votre compère , 
à époufer vos intérêts au/H chaudement que 
le plus chaud tenant de votre Miniftère. Vous 
me devez cela, Sire. Il y a cinq ans que je 
vous fais crédit, & dix que je travaille pour 
vous. Cette graçe me fera cent fois plus pré- 
cieufe que il vQtre NIajcflé me fefoit Duc & 
jMarquis, & Lord Chancelier, &.Loïd Tré- 
ibrier.&^JLord de l'Amirauté. i^vi.i,. «n.? 

Adieu, Sire, Dieu Sauvb tç Roi & - 
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e» SECONDE LETTRE ; 

- Dû RÔi A THOMAS BOOT/'' 







M Boàti ta me dis dâiis ta lettre dei 
chofes choquante»', auftèfes , féthës , dures à 
l'oreille; dés chofes capables ^ fi f aVois de là 
bile , de mè donner la jauniflfe , de me met* 
ti*e en furieufè colère contre toi, 15 je né 
cortnôilTois à' fond ton^ingémrtté, ta franchi- 
ie, & ne favôis vraiment que tu parles de Fa- 
bondancé du cœtir. Non obftant, je ne mé 
fâchei'ai pas, pùifque tu m'en' pries: rtaife-, 
une autre fois pourtant, ne fois ni fi tran^* 
parent, ni fi clair: on ne dit pas des fotifes 
fi ouvertement aux gens, - ' '^'^"^ t^ 



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Après tout, que je fois né fous une bonne 
ou mauvaife étoile, qu'efl:-ce que cela te fait ? 
Que je fois têtu, opiniâtre, ça ne regarde 
perfonne, chacun a fa tête dans le monde: 



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(31 ; 



Que je n*aye pas autant de génie que toi, 
ça peut être : Qu'à ma bonne -hommie il man- 
que , comme tu dis , l'efprit de Charlotte , à 
la bonne heure : elle Ta excellent à la véri^ 
té , & tel que je le fouhaiterois à tout An- 
glois & Angioiiè de TAngleterre. : vif 

Que je fois fournis aux loix comme toi^ 
fujet aux loix comme toi^ c*eft ce qu'un tas 
d'impertinens barachent tous les jours dans 
des comités & fur les traiteaux Parlementai'' 
res, & viennent enfuite me baracher en fa* 
ce : mais jamais aucun de ces baracheurs ne 
me. l'a (i impertinemment baraché comme tii 
me le baraches. Jamais perfonne n'a eu l'ef- 
frontrie de dire, comme tu dis 9 que le Sou- 
verain Lord George Jîl. ait des maîtres,' qu'il 
foit leur valet , tu dis plus : leur efclave. Je 
fais comme toi que, d,u bon plaifir du peuple 
Anglois , mon grand "grand père a été appel- 
lé au trône: mais en vertu de cet appel, j'ai 
droit par ma nailTance à la Couronne, & on 
ne peut me l'ôtcr. Tu dis que les Angloi^ 
ont la faculté de punir, d'abattre, ou de chaf- 
fen le Souverain Lord le Roi, c'étoit bon au- 
tre fois, & ,du.tems des imbéciles Stuart: 4nai& 



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lujourd^hui c*eft toute autre chofe. Tu diê 
que je MsKing Anglois, je le faiâ bien» 
puifque c*eft mon pays: va, fi j'étois King 
de tout autre endroit, je t'aflbre que je don- 
nerois de bons coups d'efcourgées à ces fa.- 
quins de rOppofition qui ne criaillent fi fort, 
fans cefie, contre moi & mon adminiitration, 
que parce que je n'id pas , chaque jour un 
Marquifat, où cent. mille livres Sterling à 
leur donner* 'Tu te mets en frais inutilement 
pour me ptouver ce que je fuis & ce que je 
ne fuis pas: je fais comme toi que je ne fuis, 
ni Roi de PrufiTe, ni Sultan, ni Çzar; mais 
le tems eft un grand maître qui apprendra 
toutes chofes. . . - ': .. . , 

Tu dis que Loi-d Bute m'a empoifonné, gâ-. 
té ; tu te trompes : j'ai de grandes & de très 
grandes obligations à cette homme; ce que tu 
dis de lui me déplait infiniment: je Taime de 
tout mon cœur; c'eft la plus belle ame, le 
plus brave, le meilleur citoyen des trois Ro- 
yaumes*..-; Ji4j» p^W >y..:>, .,; <^'-^> S.^^^^.IS':;*-, *'•■■ 

Tu te déchaînes comme un enragé fiir mes 

Miniftres & mon Confeil: mais tu ne conhois 

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ptti eomme ihoi le rare iriérite & les talétll 
llipérieurs des porfonnages à qui je donne m& 
confiance. Ce font tous , chacun des Phéno*^. 
menés en leur genre ^ dés miroirs de fidélité ^ 
de fagelTe, de prudence^ de défintèreflèmcnt^ 
Bute ) par exemple , de qui tu dis tant de 
mal, eft la eandôur, la probité, la fimplîcité 
mêmck Stormont eft à la fois le plus fage Mi* 
niftre , le plus grand politique , l'homme le 
plus verfé dans les intérêts des Cours qu'on 
puifle trouvôf. Sandwich eft la perfonne la 
plus capable qni exiftc pour menet la marine 
de la Grande-Bretagne , & fraper de grands 
coups fur celle de nos ennemis. Germaine , 
àh 1 Âmi , le grand perfonnage 1 Si les trou* 
pes Britanniques ont honteufemeht mordu là 
pouilière en Amérique > je fuis bien fur que 
ce n'cft pas fa faute , mais bien celle de ce 
lâche Burgoyne qui i mis lâchement les ar- 
mes bas , parce qu'il n'ii pas de cœur. ï*our 
North cet incomparable, ce génie profond/ 
ce favant calculateui* , c'éft bien le nec plus 
ultra de tous les gens à trouver pour être 
placés avec gloire à la tête d'une tréforerie. 
C'eîl bien, mon ami, le Gibraltar delà Finan- 
ce, comme Sandwich l'eft de la Marine, Ger-. 



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(34) 

iilaine de la Guerre , & Stormont de la Politi- 
que. Ah! les grands tiommes, tous tant qu'iU 
font; ceux qui en difent du mal, ont bien tort! 
& toi^ Thomas , je vois bien que tu n'es que 
l'ëcho des pamphlets, des mauvalfes langues & 
d'un tas d'impertinens , gens mal famés , qui 
voudroient les voir porter la t£te à l'échafaut. 
I|iais l'échafaut n'eit point pour de fi braves 
Minières > qui me font fi attachés, qui ont 
des intentions fi pures & qqi font toujours de 
fi bon accord. Ils font de leur mieux pour 
mon fcrvice & l'établilfement de ma famille |. 
je leur ferai dévoué jufqu'à la mort» u 

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Rafiure tpi) Mon ami, la boufible de l'Etae 
se peut être entre de meilleures mains que cel- 
les à qui je l'ai coùfîée. Mes Minières font 
des Phœnix de capacité , de lumières. Heù« 
reufe la Grande-Bretagne d'être gouvernée» 
par eux & parmoi 1 ahl que nous faurons bien 
terraifer, pulvérifer nos nombreux ennemis, <Sc. 
remplir Tanivers de ia terreur Britannique ! 
nous giémiffons en ce moment des défaftres, 
des malheurs, de la décadence & même de l'a- 
néantiiFement total qui femble menacer l'Em- 
pire^ mais ce n'eit qu'un nuage paiTage ,.^^ 



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ifui nous tàt cfà'ndre & qui te diffîpefa de- 
main» Avec l'aide de Dieu & Tafliilance des 
bons confeils de mes dignes Miniftrej , j'efpèi'J 
bien retirer la Grande-Bretagne de rhiimilia* 
tion 6c Topprobre oti une nuée d'ennemis li- 
gués eofemble Veulent méchament la plonger. 
Je me flatte d'avanee du fuccès, comme auifi 
de faire grandement repentir Ceux de nos 
plus acharnés qui cherchent à nous porter le 
coup de grâce. Je me propofe bien de les mener 
comme de petits garçons le fouet à la main* 
Us préparent de^ verges 9 mais c'eft pour euXàj; 



Un autre fois, Ami Thomas, je reviendrai aut 
divers textes de ta prolixe lettre. £n atten- 
dant^ croiS; que j'ai les meilleures difpoiltions 
pour la Patrie ;> que moncceur naturellement 
droit & fenfible brûle du plus pur zélé pour 
les vrais intérêts de l'Etat; qu'en qualité de 
premier Citoyen d'une nation libre $ je ne m'in- 
tèrelTe qu'à fa dignité, fa félicité, fa gloire; 
& que lohi de chercher à lui forger des fers» 
& à élever fur les débris de la liberté un trône 
au despotifme & à la tyrannie, perfonne n'a 
plus d'horreur que mpi pour une autorité fans 
bornes , pareille à celle qu'exercent enRuQîe ^ 
& en Turquie les Czars & les Sultans. , , , ../ 

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• ( 36 ) 

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Avant de finir , je dois te dire que nous ve- 
nons de conclure un Traité en bonne règle nvcc 
la Cour de Vienne « & que nous tenons TEm- 
percur dans notre manche. Nous lui promet- 
tons un iubfide d'un million Sterling pan an- 
née : & lui , de ion côté , nous promet d'atta- 
quer la France par les parties les plus ibnfiblcs , 
par TAIfacc, la Lârrainc, par exemple. Il 
nous promet en lus de retirer les barrières des 
Pays-Bas des mains des Mynheer^, & de nous 
prêter vingt-mille hommes de Tes troupes, qui 
joints à cinquante mille Hanovriens , j'enverrai 
fondre à l'improvifte fur ce chenil de Hollande. 
Je veux jettcr ce morceau de terre dans la mer. 

r Je dois t*avifer de plus que cette impudente 
neutralité armée dont toutes nos Gazettes ont 
tant parlé, s'en va en fumée: j'ai toujours bien 
dit que c'étoit de la crame foUettée. Je n'en 
ai jamais eu peur, au moins! & à l'heure qu'il 
eft , je la crains moins que jamais. J'ai reçu 
Dimanche une lettre très belle de la Czarine 
dans la quelle elle me fait mille complimens , 
mille politelTcs , & promet de m'envoyer des 
pelleteries fuporbes , & une peliiTe charmante 
pour l'hiver prochain*- -, 



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, " . ■'". (37) ; 

Le Roi de Danncmark a invite mon ûh TE- 
véque d'Ofnabruck à aller pallbr les premiers 
jours du Princcms h fa cour. Le Roi de Suéde 
fur un fimplc petit billet que je lui ai écrit de 
ma main , a frappé de Tépée & décoré du cor- 
don d'un de mes ordres le Chevalier Wroug- 
thon mon Miniftre chez lui. Par tout, mon 
tmij égards, amitié, politefles pour moL 



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Autre chofe : TECpagnole, la vieille Doiia- 
rièrc de Portugal eil palTée dans l'autre monde. 
C*e(l elle qui a cherché a dénouer le fil de Tal- 
liance étroite qui cil entre nous & la Majcfld 
Fidèle , à fon grand avantage. La Cour do 
Lisbonne n^étant plus foufflée par celle du Par- 
do, rentrera dans nos rets, il n'y a pas de doute. 

La Hollande tremble de peur: lejuif Pinto, 
l'un des Efpions de Lord Stormont , à la Haye, 
mande dans fa dernière dépêche que les Myn- 
hecrs font dans des tranfes affrcufcs , & prcts 
à nous offrir, tant que durera la guerre avec 
la France, trente tonnes d'or par mois, û nous 
voulons les laiflbr en paix* ^;T \ v ï -jh'hf^ 't^ 



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Voilîi, mon ami, le fruit de la fageffe, des 
grands talcns & de la politique profonde de mes 

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( 3.8 ) ' T 

Mihiftrcs. Conviens tlonc avec moi qu'on côu- 
reroit tout le monde , & qu'on nô trouveroit 
pas des liommes du même acabit. Ah! lesin* 
comparables! North fera Marquis^ écStormont 
Pue, bien fur , au premier jour, -, uh:r , 

: Ëxcufe , cher ami Boot , fi je n'ai pas mis 
plus d'ordre à ma lettre^ Le tems me prefTe : je 
vais te quiter. Les malles étrangères arrivent 
en ce moment: Lord Stormont m'avife que fes 
Efpions qui lui coûtent trois mille trois cent li* 
vrcs Sterling par femaine , ont fait de furpre, 
nantes découvertes outre mer. Indépendamment 
de ce qu'il va fe tenir un Gonfeil Extraordinai^ 
re, & que je dois vîte m'y rendre, j'ai deux 
garnitures de boutons à finir , l'une pour lo 
Gouverneur Elliot qui tient ferme comme un 
roc à Gibraltar 5 & Tautre pour l'ambafladeur 
Yorke qui a réfîdé trente ans en Hollande , &i 
qui y a fait des merveilles. Avant fon départ 
de la Haye , il a conclu & terminé avec le 
Stadliouder Guillaume d'Orange , un double 
mariage ; l'un de mon fils Galles avec la fille 
de Guillaume ; l'autre du fils aine de Guillaume 
avec ma fille ainée Charlotte ; c^eft un aflfez 
bon parti: d'ailleurs, quand on a quatorze En, 
fans nés au monde, on les place o(i on peut ^ 



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* (39) 

comme on peut. Encore un coup, excufemoi,' 
mon ami , une autre fois , je t'en écrirai plus 
^u long. Adieu, Thomas à revoir. 

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^ A propos, aye foin, je t'en prie , de tenir 
prêtes , pour le premier jour , les douze-dou- 
. zaines de paires de fcarpins que je t*ai comman- 
dées pour mon fils l'Evoque d'Ofnabruck. Ne 
crains rien pour ton argent : crédit elt bon 
chez moi. Quand j'aurai touché le premier 
quartier de ma lifte civile, je te payerai les 
cinq années de fournitures que tu m'as faites. 

> Tu es heureux au prix de moi, Ami Tho- 
mas : tu n'as que ton petit ménage & ta femmc^ 
& moi, j'ai deux ménages, deux femmes, qua- 
torze Enfans. Le premier ménage, comme tu 
fais, va aflez mal, à caufe que la première de 
mes deux femmes eft une dévergondée qui me 
cafle la tête, qui fait enrager tout le monde & 
qu'il n'eft pas poffible de mettre à la raifon. La 
féconde eft des plus braves, des plus gentilles^ 
elle fait tout ce que je veux, elle eft l'objet 
de mes amours. Toi, l'ami, tu as feulement 
«ne femme qui eft douce comme un agneau; 
elle t'aime , & tu l'aimes auflî parce qu'elle le 

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mërîte ; tu es tranquille & heureux auprès de 
ton petit foyer; tu travailles à ton métier 
de Cordonnier ; tu aç de bonnes pratiques ; 
tu gagnes de Targent à pleines mains; on ne 
te çafTe pas continuellement la tOte comme à 
moi ; tq es cent fois plus fortuné que je ne 
le fuis, moi qui aiplu3 de rçvenu que toi, ^ 
en fus ma fat)rique qui va encore j à préfent, 
aiTçzbien, mais qui) je crains, tombera bien^ 
tôt, fi la pajx ne fç fait, parce que tous les 
débouchés me vont êt^-e fermés pour l'étran- 
ger. Mais, patience! c'eft une mQrte f^ifon^ 
qui , peut-êtrç, ne dyrer^ pas, 

Adieu donc , TAmi , & , fi tu le defîrcs fi 
fort , je tiendrai ton enfant fur les fonds de 
J)atêmo avec mon époufe Charlotte ; & puis- 
que ta femme, comme tu dis, cft prête d'ac- 
coucher , fais moi avertir de l'heure & mo^ 
ment, je me rendrai à l'inftant chez toi. En-, 
core une .fois, adieu, bonjour, bon foir» 
bonne lancé, Ami Thpmas, ,.-^ -^^^ i\x^M-h-yy. 



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TROISIEME LETTRE 



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De THOMAS BOOT au Lord 



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JOravôl bravo! Viftoire, viéloire, & qua- 
tre pages de viftoires, My Lord ! Vous avez 
déniché Sir Jofeph Yorke de la Haye; vous 
avez, en grand homme que vous êtes, ouvert 
la tranchée avec l'ingrate & perfide Hollande ^ 
& votre iSeigneurie s'apprête tout de bon à 
faire bravement la guerre à tout le genre hu- 
main. Que de lauriers n'allez-vous pas ajouter 
à ceux dont vous vous êtes déjà couvert, My 
Lord ! Négotiateur éprouvé , politique con- 
fommé , Miniftre univerfellement vénéré, la 
toute récente, levée de bouclier que vient de 
faire votre Seigneurie , va mettre le jfceau à ià 
réputation, i-;-'-;.; m .■.; •,. .■^■■.C. ... \:.-\': i" '.., 



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O grand Stormont! tu auras la gloire d*à- 



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voir fauve l'honneur du Roi , de la Patrie : , 
d'avoir arraché la Grande-Bretagne à l'oppro- 
bre & à rinfamie ! • . . 



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Admirez, admirez, Anglots, fe fage Mini- 
lire que le génie d'Albion a fufcité pour notre 
falut en ces jours de détreiTe & d'alarmes 1 O 
mes Compatriotes, enfle» vo* voix, faites re- 
tentir les airs de vos applaudiflTemens 1 Après 
que les troupes Britanniques ont honteufement 
mordu la pouflière, & ont été ignominicufe- 
ment captives au delà àà l'Atlantique ; au mo- 
ment où le canon ennemi qu'on annonçoit aufH 
fort que Je toimerre paroilToit ébranler les 
Ibndemens de l'Angleterre; au plus fort de 
la honte & du danger , apparoit Sormont pour 
faire avorter les deffeins tyranniques & en- 
vieux des ennemis du non Breton, & procu- 
rer à la Grande-Bretagne la vengeance due k 
la Reine de la mer & à la Souveraine de la 
terre. Oui , à lui étoit réfervé d'abattre la 
tête de l'hydre formidable, & d'élever la 
grandeur de l'Angleterre fur les ruines de tous 
les Trônes & Empires du monde! 

Oui, My Lord, l'univers efl un champ trop 



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(43) : 

étroit pour rétendiie de vos talens. Vouf 
foutiendrez, bien alTuré, les ailkuts de toutes 
les Puiflances de l'Europe qu'on verra tour- 
à-tour venir échouer contre les rochers de 
votre politique. Tous vos projets font bien 
conçus: ils portent l'empreinte de ce vafte gé* 
nie qui vous caraÀérife. .Le rappel fubit do 
TAmbaiTadeur du loi à la Haye e& le pi 
grand coup de politique poflîble. L'Europe 
fpeâatrice d'un événement fi imprévu , ne 
peut qu'admirer Cette audace que <lonne la 
force & la fupériorité du génie. La généra- 
tion préfente & future ne fera point difficul- 
té, My Lord, d'aflimiler votre Miniftère à ce- 
hii du grand Ximenès, du grand Hichelieu, 
du grand Chatham, enfin à tout ce que l'u- 
nivers a produit de plus grand dans le globe 



4 




politique. 









• Qiie nos ennemis roulent des pierres fur nos 
têtes, ils en feront les premiers écrafés. Que 
l'orage gronde; que les flots mugilTent; que 
ks vents, les tempêtes & tous les Diables fe 
déchaînent avec fureur, notre vaiflbau y ré- 
fiftera, & c'eft avec une certitude aflurée, 
My Lord , que je goûte d'avaiicc la joye du 



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(44) 

tryoftiphe que remportera finalement, fous là 
conduite de votre Seigneurie, la Grande-Bre- 
tagne.^Tj',v no i^> v<v■y■r'.'^ : ut> ;^:oFîArir:}. ■'•A 



ab' j^îfb'?*! M'A 






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tâCeà à votre gloire que je cônfeffe, My 
Lord, que vous êtes ua génie rare, admira^ 
ble, unique en vos opérations: que vous va-^ 
lez, vous feul, quatre SufFolcki Bon Dieu! 
Si voué aviez dans le Miniftère trois partners 
de votre force; fi un Lord George Germaine, 
par exemple , avbit votre tête, & un Comte 
Sandwich votre expérience; ah! que nous fe- 
rions bien une autre figure dans le monde! 
C'eft avec raifon que je vous compare , My 
Lord, : au fécond tome de Chatham: mais Dieu 
veuille que comme lui vous ne portiez pas û 
tôt de béquilles ! 

Oui, My Lord, ceci n'eft pas dit pour rire: 
mais, fi depuis déjà quatre ans paffcs , le ti- 
mon de l'Empire eût été mis en vos mains ; li 
vous euffiez été le limonier en chef; ah 1 que 
vous euffiez bien mieux mené la brouette! 
Votre Seigneurie eût déployé toute la bouti- 
que de fa politique; elle eût dérouté tous les 
cabinets ; formé des alliances par ci , des al- 



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liances par là ; cette impertinente Neutralité 
armée n*eût jamais vu le jour^ à Theure qu'il 
eft , les rébelles goujats de l'Amérique fe- 
roient réduits au devoir, & François & Efpa- 
gnols battus à plate couture, poufTés, repous^ 
fës jufqu'à leurs derniers rétranchemens : Ja 
Grande-Bretagne eut tryomphé» mait de la 
bonne façon.'' i: -'^rrèitv^ '' nï ^^^î^' ■^'J4\^^■^■r^^ 

Au lieu de ce, My Lord, en votre abfen* 
de , & pendant que votre Seigneurie s'amu- 
foit à battre le pavé de Paris, ce bôta dé 
Germaine, & ce crâne de Sandwich ont ^âtd 
la befogne ; nous ont laiiTé tailler des crou- 
pières de tous côtés; & par ma foi, fi votre 
Seigneurie n'étoit arrivée à point , c'en étoit 
fait! nous périflions» ^. ^ - ■■■~-^^--, ■'*- - • '- 

L'heureux jour , My Lord, où il tomba k 
la tête de Lord Bute de vous faire afTeoir 
fur le banc Miniftèriel ! ^. naflêlle de l'Etat 
étoit fans pilote: elle cingloit en pleine mer 
au milieu de la tempête : quelle main plus ca- 
pable que la votre d'en prendre, le gouver- 
nail & de"' la conduire heureufement au port 1 
Vraiihçnt, My Lord, je puis bieij croire que 



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Votre noih retentira dans la poftdritë la plus 
tcculéç y & que les races - futures , en ap- 
prenant le»: hauts faitj de votre politicjuq, & 
les grands coupât que vous aurez fVapés pen-i 
dant le règne, de votre glorieux Miniftère, 
ne : pourront: guère sVm|>dcher de dire de 
rbu^, comme de cet autre: a SUuit terra in 
ix confpéSlu ejus > la terre fe tût «n fa pré-* 

- : • Vous iroyez^ par ce petit mot de Jatîrf, M/ 
Lord| xjuo je n'ai pas oublié 'tôut4>-faittle pe* 
tit bout que nous avons appris^ enfemble à 
WniverOté dé Cambridge^ J'étois Votre maître 
là*: & âiijdmd'hni-) bon Dieii! que les carte» 
ont' changé l vous éteslo mien:, je: fuis votre 
ferviteur, je vous fais des foulièris^ des botes, & 
votre Seigneurie d*un coup de pouce donne le 
branle à TuniverSé Que le contrûfle ell grand! 

If, Après' ce' tfoujît préambule, & ce petit graîit 
d'encenis que-^oUs méritez bien j My Lord> je 
vais donc entamer une correfpondance avec vo» 
tre Seigneiirief puifque vous m'en avez tant de 
fois } & (i inâament prié. Votre iSeigneurio 
tiept pouT' pridcipe de politique ^Wil eji tm 



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jouri à propos pour un Miniftre d*Btat de voir fif 
. ^entendre par autant d^yeux &* d^oreilki ^u pojf" 
ble: vous avez raifon, My Lord. Conféqiie* 
ment donc» autant par devoir , que par rami^ 
tié & rentier dévouement que je vous ai juré 
, pour la vie , j'entrepens une tâche au delTus $ 
peut-être y de la portée de mo^ petit génie » 
mais non du zélc qui m'anime. •*-— Je corn* 
mence. c ,im'tù-timb'-:iri.:,:r<yvi'î[ znv'r:% ■ m--fj 

^' .Que ces criards, ces cliiens â'àboïeurs dQ 
rOppofîcion qui glapilTent fains ceiTe contre nos 
fages Miniflres , & qui , n'a guère difoient 
de vous, My Lord, que vous aviez, la berliie^ 
que la tête Vous tournoit , que vous n*éticz 
habile que pour donner à gauche, mettre la 
nation au cri, & renvoyer à l'hôpital, quMls 
fe taifent, qu'ils ne foufflent plus le mot, qu'ils 
aillent fe cacher les calomniateurs, les impo- 
ileurs, les mal faiJTansj . 






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Moi ,, Politicomane dans toute la force du 
terme, homme d'eiprit, grand génie, comme 
vou5>My Lord, je penfeqù'entre deux maux, 
il faut toujours choifir le moindre : 2 comme 



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Vous, je croîs que la guerre eft un grand mal* 
heur, mais qu*il feroit bien plus grand enco^ 
re , fi la nation BriCanniique étoic alTez là* 
che pour avaler , comme une pillule , les 
traitemens honteux qu'on cherche à lui hU 
te elTuyer de toutes parts. Là Réputation d'une 
nation en fuit la force , comme vous dites fort 
bien : ' & , comme vous » je fuis perfuadé que 
nous devons afronter le danger qui nous me*- 
nace avec un courage mâle , & une intrépidité 
ù toute éprieuve, // -jaut mieux avoir un en* 
nemi déclaré de plus ^ qu'un ennemi fecr et de mmsi 
comme vous dites encore excellomment bien< 
Comme vous , js ne doute nullement , My 
Lord 5 que nous ne foyons en étae de faire 
face à un ennemi de plus ou de moifl6« L'ef» 
fcntiel, comme le penfe ingénieufement votre 
Seigneurie , cft de les connoître tous. Un 
coup de main, ouxleux, ou trois, ou quatre^ 
vigoureufement frapcs; f râpés aux parties fenfu 
blés , pourront ramener les nombreux ennemis 
que nous avons fur le corps à une appréciation 
plus vrai de leiu-s intérêts, & leur apprendre 
à qui ils ont à faire, & avec qui ils ofent in^ 
confidérànent fe mefurer. - ,' .; . .^ ,. 

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(49) 

Ceft de fi vrais & de fi juftes principes qui 
vous ont fait lever hardiment, My Lord> l'é- 
tendart de la guerre contre l'inique & perfi- 
de Hollande , & qui vous font encore bra- 
ver hautement cette ligue infenfée , con- 
cile par l'intrigue & l'envie , enfantée par le 
délire & la fotife. C'cft une fi faine politique 
que la votre» qui arme nos bras, qui aide 
?ëir notre foiblefle , qui nous infpire ce coura- 
!^..V .ge avec lequel nous défions fièrement la mul- 
titude de nos antagoniftcs. Votre Seigneurie 
a admirablement bien conçu qu'il feroit dés- 
honorant & infâme pour des Bretons de fe 
laifler eff'rayer par leur nombre , ou intimider 
par leurs efforts. Elle a parfaitement bien 
fenti que la nation Britannique préféreroit de 
s'enfevelir vivante dans le gouffre, plutôt que 
de lâcher ignominieufement le pied. 









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Noble My Lord , quelle ame eft la votre ! 
les coups que vous frappés, & ceux que vous 
frapperez encore, faut croire , ramèneront bien 
furement la foule de nos ennemis à la raifon. 
Déjà les Bataves rentrent dans l'ufage de leur 
fens. Ils font à vos pieds : baifent vos genoux ; 
fupplient votre Seigneurie d'arrêter fon cour- 
roux: lui crient: miféricorde! ■' >' 

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Quel engourdifTement ! quel engoUetncnt ne 
leur avez- vous point caufé, My Lord! Ohl 
vous l'aviez bien dit! . . A la vérité , vous 
n'avez point précipité leur St. Euftachc dans 
l'abyme, comme vous le vouliez faire d^abord, 
mais, vous l'avez fournis glorieufement aux 
armes du Roi. C'eft pour le coup , que vous 
allez écrafer l'indépendance Américaine , que 
vous l'allez faire rentrer dans le néant d'où 
elle n'eut jamais dû fortir. C'cfl pour le coup , 
que vous allez rouer , piler , froifler , pulvérifer, 
exterminer nos implacables ennemis, ms éternels 
rivaux, ôc que vous allez rudement donner d.e 
la verge au cû jde ces Neutres impudens qui 
ont voulu fotement nous faire peur. . , 

'' '( 'i 

Approchez Richmond, approchez Rocking- 
ham & vous auifî Monfieur Shelburne, ^ dj. 
tes-nous fi, de votre vie, vous euffiez pu fai- 
re, ce qu'a fait prefque en un clin d'oeil l'Au- 
gufte Stormont ! Ah ! vive fa Seigneurie \ An- 
glois, criez avec moi: Huza! Huzal •■r. \ 

Crainte de blefler votre modeflie, My Lord, 
j'arrête les nombreux torrens qui coulent de 
ma plume, & qui furement ne tariroient pas 
d'ici à demain , fi je voulois leur laifler leur 



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( 51 ) 

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libre cours. Je l'ai dit: le génie d'Albion a 
Aifcité 1; ^otre. Nous allions tous périr, fî 
vous, My lord, notre dcfcnfcur, notre ven- 
geur, euflîcz tardé plus long-tems à paroître* 

i Vous le difiôz bien que, lorfquô votre Sei- 
gneurie fonncroit une fois la grolTe cloche, 
qu'elle donneroit le mot de l'ordre à Sir Jo- 
feph, les pleutres Hollandois trembleroient de 
tous leurs membres. En effet, Sir Jofeph n'é- 
toit pas à un demi mille de la Haye, que tou- 
te la Hollande étoit en deuil: on voyoit, fur 
toutes les faces Bataves comme un crêpe fu- 
nèbre. Une douleur fombre, mais poignan- 
te , mais profonde , affedoit tous les cœurs. 
Depuis le dernier portefaix jufqu'au premier 
^ourgmeilre, tous étoient en allarme & dans 
les tranfes. Tous paroiflbient redouter la 
tempête formée fur leurs tête; , & qu'ils fen- 
toient bien être incapables de pouvoir conju-. 
rer. Oui, My Lord, jamais on ne vit nulle 
part , pareille afHiélion , pareille conilernation. 
Ce fatal jour de Noël fera furement bien écrit 
en bonnes & groffes lettres fur le Calendrier 
?ioir de la République. Le regard de ces hom- 
mes qui 9 la veille , paroiflbit furieux contre tout 

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ce qui étoit Anglois, étoit des plus timides; 
leur bouche qui à la nouvelle de la prife du 
plus petit navire que nous leur efcamotions 
joliment, pour lui éviter la peine d'aller plus 
loin; .leur bouche, dis-je, qui n'étoit contre 
nous q^e blafphêmes, qui lan^oit des éclairs 
& des tonnerres à faire grincer les dents & 
drcfler les cheveux de la tête; leur bouche, 
oui leur bouche,' My Lord, vous crie, à cet- 
te heure, comme je vous 1^1 déjà dit, Mi- 
féricorde! o,*;*^: h ^»- '-^r,. v '^ .^-,^' -;. ;, .i. •■', 

O admirable ! Cent fois admirable My 
Lord ! que votre Seigneurie a bien fçu faire 
baifler les yeux & le caquet à ces hommes de 
beure & de fromage! Voilà ce que c'eft que 
d'être grand homme, prophète, forcier, grand 
politique , d'avoir de la dextérité & de fâvoir 
la déployer à propos. J'ai toujours bien dit," 
•comme je vous l'ai dit , que le navire de l'E- 
tat ne pouvoit être mieux mené dans ces con- 
jonélures critiques que par les mains de vo- 
tre Seigneurie. Vous étez. Dieu me damne , 
le meilleur pilote-cotier des trois Royaumes: 
votre pareil n'eft même pas à trouver à Bollon, 
ni en Canada! jugez un peu! — Non, My 



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Lord , jartfàis perfonne n'a fi bien apprécié 
que moi cette prudence & cette habileté con- 
fommées qui font le fond de votre tête. AIi ! 
que ^ingrate & perfide Hollande, comme votisVj 
l'appeliez, My Lord, voudroit bien à l'heu-' ^i 
re qu'il eft fe dépêtrer de vos ferrez ! Si quel-- ;: 
ques tonnes d'or pouvoient faire plaifir à vo- 
tre Seigneurie, ainfi qu'à vos Confrères, pour 
la laiiTer fpeélatrice tranquille des combats du 
monde, & la laifTer ramafTer à fon aife tous 
les picaillons de l'univers , ah ! qu'elle vous les 
bailleroît bien volontiers! Oui, ma foi, fi par 
l'entremife & la proteftion de votre Seigneu- 
rie, fon antique chère fœur la Grand Breta- 
gne vouloit encore lui donner une petite pla- 
ce dans fon cœur, & arrêter les brigandages 
multipliés de fcs voleurs & forbans, je parie 
ma tête à couper, veux même être étranglé, 
pendu, fi elle ne fait les plus grands facrifices en 
or, argent, toile des Indes, porcelaine de la 
Chine , canelle, girofle, mufcade, poivre, ta- 
bac, thé, fucre & caffé; — -«-encore par def- 
fus le marché, fi elle ne fe laifle pas dor^ner 
cent coups d'efcourgées-, cent coups d'étriviè- 
res fur le cû, fi tel eft le bon plaifir de vo- 
tre Seigneurie, y ... . W . 

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Les HoUandois fots, mais malins, "My Lord, 
favent sm parfait ce qu'ils ont à redouter de 
notre courroux & de notre vengeance. Vo- 
yez comme ils fê font laifTés patiemment pil- 
ler , voler 9 fouetter ; & , tout récemment , 
comme ils fe font encore laifTés Chrétienne- 
ment mettre à la porte de leurs maifons à St. 
Euftache. Comme ils tremblôient, MyLord, 
lorfque Sir Jofeph leur remettoit vos Mémoi- 
res Diplomatiques! je dirai en palTànt, & com- 
me par parentéfe, qu'ils font fupérieuremen& 
bien frappés & bien dignes d'un Miniftre de 
la Grande-Grande-Bretagne! on voit bienclai- 
rcment , My Lords,> par ces petits morceaux 
de Rhétorique achevée, que votre Seigneurie 
n'a pas mal profité pendant fon féjour à Pa- 
ris, des leçons de l'Académie Françoife d'où 
partent chaque jour tant de chefs-d'œuvre d'é- 
loquence. Si à l'aide de ces pièces tonnantes 
& du dernier fublîme, les Bataves n'ont pas 
à l'Heure même obtempéré à vos ordres, ce 
n'eft pas leur faute, mais bien la votre. Vo- 
tre Seigneurie a été trop vite en befogne; 
Elle a trop tôt fonné la grojfe cloche : falloit en- 
core attendre trois jours, Sir Jofeph vous le 
dira^ ^ vous eufliez vu, My Lard, ce que 






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vous n'avez pas vu, c*eft-à-dire que les Myn-j 
heers, pieûs-plats qu'ils font, vous euffent li- 
vré à St. Jamais, vifs ou morts les chefs dé- 
V infernale^ effrénée cabale Amfterdamoife: au 
moins y à l'heure qu'il eft, les Van der Capel- 
\àti, les Bçrkel, les Neufvilles, tous bâtards 
de la France, traîneroient la brouette à Berg-, 
op-zoom, ou à Bréda. On ne doute pas en« 
core, My Lord, qu'ils ne la traînent un jour^ 
û votre Seigneurie l'exige abfolument, & fl 
ça peut appaifer fa t:olère & faire tomber fon 



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courroux. 



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Je vous le rep : . My Lord, les Mynheers 
font prêts à fe ioumettre à tout ce^que vo- 
tre Seigneurie exigera d'eux. Ils ne font pas 
à s'appercevoir qu'ils font les dupes de la 
France, qui, dans des vues baifes qu'il eitai* 
fé de comprendre, a joué vis-à-vis des habi- 
tans de la République, ainfi que vis-à-vis les 
Infurgens de l'Amérique, le rék de Satan ou du 
Serpent dans le Paradis, Les bons Mynheers, 
les vieu^r, ceux de l'antique roche, fur-tout, 
ont gémi amèrement , lorfqu'ils ont vu de 
certains audacieux, poufTés par leur ambition, 
& gagnés par \<6& Louis François > s'avifer d'en^ 

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; ;, tamer une négotiation clandeftine & fourde 

,^' - avec les fujets révoltés de TAngleterre leur an- 

cienuè Alliée & Sœur en Religion. .Ils ont 

déploré dans î componftion de leur cœur, de 

' . I Voir qu'une a.iiiire auflî infâme, auffi déshon- 

; : .' norante pour des gens auffi recommendables , 

^" de tout tems, pour la bonne foi & la fincé- 

y, rite, les ait mis en guerre ouverte avec nous. 

« '-, Ils fe font rappelle, en frappant fortement leur 

.: poitrine, combien de fois nous les avons fau- 

■- ; . vés des dangers les plus preflans, arrachés de 

^ ^Tabyme.où Ton vouloit tyranniquement les 

' plonger. Ceft, enfin, en pleurant à chaudes 

* larmes, qu'ils ont renouvelle le tem& au quel, 

^ y ' protégés par leur Allié naturel, ils ont pre- 

'^ fcrit des bornes au defpotifme & à l'efclava- 

, ge dont ce Tyran le fier Louis XIV. les me- 

^ • . ;♦',_ naçoit autrefois (*). ;îir*'nvK;h ci,m:.. .>:.^%^s -, 

«^vUne preuve frappante, My Lord, que les 
Mynheers, fentent à merveille que nous fom- 
mes leurs amis, alliés & frères ués: que de 
nous feulement dépend leur exiftence, leur Re- 



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C*5 Voyez un* feuille incendiaire: Dt/cours à la 'Nation 
Hollandoife en général ^ & à la viV/e d'Amfterdam enfa> 
ticuliêr, 1780. Page 5. Note de PËdlteur. 



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Irgion^ leur liberté ^ leur profpéritë; & qu'ils 
faifiront avidemment toutes les voyes prati- 
cables , poilibles , pour renouer avec nous: 
c'eft qu*ils fe laiflent tondre comme des mou- 
tons, qu'ils fe contentent de bêler, comme 
le brebis : c'eft encore/, que ce n'eft qu'à 
contre-cœur , maigre eux , avec toute la répu- 
gnance imaginable, & parce que la France & 
les perfides fuppots de cette PuilTance, leur 
pouflbient l'épée aux reins , leur me|:toient le 
couteau fous la gorge, & qu'ils ne pouvoient 
plus reculer vraiment, qu'ils fe font laiffés en- 
traîner à Tadhéfion du plan phantaftique de la 
ridicule ^ bête Neutralité armée. Ils voyent 
bien clair wU'cnf à préfent la fotife & l'impru- 
dence d'une fi foie démarche. Ah ! qu'ils vou- 
droient bien de tout leur cœur pouvoir reve- 
nir fur leurs pas, retirer leur épingle du jeu, 
au facrifice même de quelques trentaine de mil- 
lions de Guldex. Ils connoiflent à cette heure 
l'infuffifance & la nullité de cette ligue Mofco- 
vienne,foudoyée desPiftoles de Verfailles,pour, 
comme on à très bien dit, faire peur aux Corneilles. 
Je vous dirai plus au long, une autre fois, My 
Lord , ce que je penfe perfonnellement de cet- 
te équipée, ou plutôt de cette cacade Rufle. 
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Je vais , un inïhmt , vous détailler comment 
s*eft fait ce pfm/«rt de Traité Amfterdamois avec 
les r(niés de Bofton. Peu de perfonnes favent , 
& Sir Jofeph a rarement ignoré & ignore en- 
core comment le fait s*eiï pafîë. Le voici. 

Votre Seigneurie a connu^fans doute à fond, 
pendant fon AmbaiTade à Paris l'antique Me* 
nin du Dauphin , le nommé Paul-François Qiie- 
len, dit La Vauguyon, par leis femmes. Son 
Père, vrai cagot, par conféquent vrai imbécil- 
le, étoit, comme vous favez. Gouverneur du 
Roi aétueL II elt mort le pauvre homme, 
& n'a emporté avec lui que les regrets des 
enfans d'Ignace (♦). Son fils, ce Sr. Paul 
dont je vous parle, a tté éduqué par un des 
Coriphées de la fociété. Auifi > en poiTéde- 
t-il au fupréme degré le génie, la malice, l'as- 
tuce & toutes les rubriques- Il n'en diffère 
feulement, qu'en ce qu'il affeéle, en fa figu- 



(*) Ce La Vauguyon , père, a paffé, en fon tems, pour 
Pun des plus fameux fanatiques du parti Jéfuitique. S'il 
n'a pas , ouvertement, autant cabale que TArchi^véque 
Beaumont, c'cflr qu'il n'avoit , ni fon front ni fon auda- 
ce, & qu'il éîoit encora cent fois plus bête. Note de 



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rô rebondie , une hauteut & une morgue in- 
dicibles , bien éloignées vraiment de la modef- 
cie apparente & du patelinage reconnu des' „ 

difciples de Jefus. .,, -^^. . ^ 

. ..... , , ■ • ' .■^-. . . ■ 

. t.Ehl bien, My Lord, c'eft ce même Paul, 
qui , mû par un Sf . Marchand , expulfé du 
Noviciat pour quelques petites peccadilles Jé- 
lliitiques, & entré au fervice du père du fus- 
dit Paul , pour lui faire la leéhire pietife de la 
vie de la bienheureufe Marie Alacoque; , * 
c*eft lui même qui a filé & tiffé cet animal de 
Traité , qui , avec raifon & juftice a excité 
une rupture entre nous & les Mynheers. '* ^^^ 

< Nommé, tout neuf, Anjf)afladeûr à la Haye , 
par la faveur de Mademoifelle de Pons, fa 
femme, très digne & aimable perfonne, favo- 
rite de Madame, (belle Sœur du Roi) ou plu- 
tôt de fa G)ufine la Comtefle de Maurepas ; 
ce Paul en queflion , foufflé par fon Ex-Jé- 
fuite Marchand , a voulu fignaler l'ouverture 
de fa carrii^'-e Diplomatique par de grands 
coups, & a débuté par nous porter une bot-- 
te fecrete. /U a voulu imiter fon confrèrç 
Vergennes dans les grands coups que cet hom- 



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Ine. a frappés, en fon tems, tant en Turquie, 
en Suéde, qu'ailleurs. Mais, My Lord, Paul 
Quelen n'a pas la caboche fi capace que Char- 
les Gravier *. Ce dernier qui eft vtaiment le 
Stormont François, le fécond Tome, ne vous en 
dé^laife, de votre Seigneurie, a blanchi trente 
ans fous le harnois; le premier, c'eft-à-dire , Paul, 
a été dix ans valet de pied des £nfans de Fran- 
ce, aporté des talons rouges, fait des courbet- 
tes, &c. fâchant donc, parce qu'on lui avoit dit, 
que notre Chevalier Yorke, après une réfîden- 
ce de 27 ans avoit, à jufte titre, acquis tout le 
crédit imaginable fur l'efprit du Stadhouder, 
fur celui du Duc Louis de Brunswick, [le men- 
tor du Stadhouder] & généralement fur les ef- 
prits des hauts|Mynheers &des hautes Vrouwes^ 
lui Paul, gros malin qu'if eft, & frère Mar- 
chand , grand forcier ,ont tourné d'un autre cô- 
té leurs batteries. Ils ont dirigé leurs machines 
vers les Kopmans de la grande Cité , gens altiers, 
bourrus, entichés au poflible de leiu's tonnes, 
ne refpirant que pour la fraude, la contre- 
bande , par conféquent pour l'or & l'argent. 
Paul les a pris par l'hameçon du lucre, & les 

(*) Nom propre du C»mte de Vergenncs. Nofe de r£- 
iiteur. ■ ■.'^^-- fp - ;'■ :'■' ^^^ '■' ■ •- ' ''''■ * 



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a tiré dans Tes fîlcts. Ces KoprnàhSy \û\ font 
vraiment les matadors de tous les Kopmans des 
fept Provinces, ont Tonné le tocfîn^ fait tinta- 
mare , bacanal > tapage. On les a laifTés fe de^ 
mener dans les rets de Paul, & de fon fouf- 
fleur Marchand; . . . h?ais, fâchés, piqués» 
de voir qu'on ne tenoit cv^mpte de leuir chari' 
yari, ils ont noblement imaginé de tompre 
en vifière avec leurs frères & confrères, & 
fe font fuperbement portés à ces aéles inouis 
de Souveraineté, introuvables dans les annales de 
la République, & qui lui ont mérité l'animad- 
verdon de la Grande-Bretagne, curatrice & 
PROTECTRICE née des Provinces des Pays-Bas. 
C'eft à ce Paul , My Lord , & à fon frère 
Marchand, que votre Seigneurie doit attribuer 
le plan de cet infolite Traité dont les confé- 
quences font devenues & deviendront pour 
des millions de Hécles fi fatales aux Batavesw 

■ ' -r- iB*. ■ . 

Pour vous dérider le front, My Lord, & 
vous faire connoître la malice Jéfuitique, jô 
vais vous rapporter une anecdote que vous 
jugerez bien digne de Tafluce infernale des 
dîfciples d'Ignace. Le trait eil certain: n*eiY 
doutez pas. -. ....... i.^. .*-.-, , .^ * . 



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rf. CelidansleCftlfc François d'Am(t:rdam, j'en- 
tens le nouveau , car le vieux n'eil f équenté 
que par des Juifs & des Anglois ; oui, c'eft dans 
ce Cojfie-houfe que fe font faites les premières 
entrevues de Paul 9 de fon Jéfuite âc du rouû 
péputé de Boflon , avec le Penfionnaire Ber- 
kel) le Marchand Jean de Neufvillc, Capel. 
len & Compagnie; — &, c'eft dans un des 
lieux les plus honpôtes , dans ce que nous ap- 
pelions ici un Brofthel ^ & ce qu'on appelle 
en HoUande un Muftco, qu'ont été drelits les 
articles du fanatique Traité. Les Capellen, 
les Neufville 6c, les Berkel étolent déguifés en 
matelot^, feignant dVriver des Indes ^ <& con<> 
trefefai^t l'ivrogne; le Foiié A: pepdart Amérit 
cain étoit habi}lé à la Françoife: habit de bou- 
racan, vefte blanche, culotte noire , une ba- 
dine à la main^ & un crapaud à fa perruque; -« 
Paul ayoit un habit plat, un air plat, les 
cheveux plats à la Jéfuite} à fon aii* niais, 
on ,eût dit qu'il ne pouvoit dire deux : on l'eut 
aifément pris pour fon père dont tout le mé- 
rite en fon vivant, étoit d'écrire à la Vierge 
& de fervir la mefle aux Capucins (*). L'Ex- 

C) Voyez les mémoires du tems. Ntte de F Editeur^ 



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JiCaitQ Marchand rclTembloit à un Fiacre : les 
moucheurs de chandelles du J^ufico avoicnt 
meilleur^ mine que lui. ... . yoi^àn.JWy.Lord^ 
comme ^ été £ait À;Cf^clu ce Diabolique 'fm-- 
té. Jamais rEnfer^ comme. vour, avez bien 
diC^.Fautre jour| n'^n a machin^ un pareil. 
Il en eu^ fallu bien çipins vraim€|i()t) MyLordj 
pour aigrir votre bile &,attirc;r ;a>i:q,^yoljeer^ 
le juile rciTcntimcnt de votre Seigneufie^ ^4ai$ 
les erprits de travers, les mauvais fujets de 
l'Oppofition furtout, trouvent mai|v^js,tiuovous 
ayez fait gronder la foudre pouf^c^, qu'ils ap- 
pellent une .peccadille nation(\k: ils, regardent 
comme le comble de la plus haute impruden- 
ce de , ce que V. S. a lailTé entrevoir un û fu- 
rieux pench^pt à la vengeance , ppuir un pro- 
cédé, difent«i)s , de fi pe^ d'j^ippprtance. Ehj 
Qiipl mal, ajoutent-ils, ont fait; aux.Anglo|$ 
des lettres écri;t|es p^ un Marcliand , du Zui- 
derzée à un ^gent di^^Çongrè^l J-e projet d'un 
traité de commerce k former entre, rAnjéri- 
que Angloife &; la Hollande, qui ,nie pouvoit 
fe confommer fans le concours des Etats-Gé- 
néraux , ni s'effedluer qu'après rindépendan- 
ce bien reconnue, l^en affermie des infurgensy 
étoit-il capable d'empêcher' les armées & les 



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flottes Britanniques de battre^yde remettre les 
Américains fous le joug de la mère patrie? 
Ce ne font certainement pas des ouvertures 
éventuelles , des propofitions préparatoires > 
qu*on ne doit réalifer qu*après> & en confé- 
quence de févénement qui infhient fur le fuc- 
ces, qui décident du fort d'une querelle, dont 
fa décifion dépend des canons & des fufils. 
5*il n*y avoit pas de grandeur à s'occuper de 
ces détails mercantilles , pendant que TAmé- 
riqué n*efl pas encore libre, il y avoit au 
moins beaucoup de petitefTe à s'en plaindre , 
pendant qu'elle n'eft plus efclave. 

Que le Marchand & le Penfîonnaire d'Am- 
flerdam foient répréhenfibles aux yeux de la 
confédération Batavique pour avoir autorifé, 
fans l'aveu, fans la participation de leurs Co- 
aflbciés , une négotiation clandefline , cela 
n'eft pas incompréhenfîble : c'eft aux Etats 
de Hollande à apprécier leur conduite, à les 
réprimander ou punir , fi elle eil jugée inéga- 
le, ou inconftitutionelle.... Voilà, My Lord, 
comme raifonnent vos antagonides, tous les 
ennemis de votre gloire & du fuccès profpère 
de vos fublimes Négotiations. Les plumes 



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vénales vous taxent de mauvaîfe f jî, MyLorcî| 
il y a plus : elle difent que vous avez agi 
comme un Sot, en éventant la mine. Indé- 
pendamment , foutienton , des autres motifs 
qui dévoient engager votre Seigneurie à dif* 
fimuler des affronts réels, fi vraiment nous 
en avions reçus, la politique exigeoit de vo- 
tre part, dan« cette conjonélure, un filence 
ahfolu fur cette infidélité prétendue de nos 

alliés. ; ^ ^-^^■>;-: • _ -^,y;''-.V-^ 

j . . ' '11." 'i 

Si réellement ï'ajoûte-t-on, la négotiation Am- 
llcrdamoile pouvoit être envifagée par l'An- 
gleterre comme une trahifon de la part de 
les voifms , elle auroit pu en tirer un meilleur 
pirti en diffimulant, qu'en faifant un fi fu- 
rieux tapage. Dès que la conclufion du Trai- 
té que ces liaifons clandeitines préparoient, 
pouvoit lui paroître allarmante, dangereufe; 
ne devoit elle pas bénir le hazard heureux 
qui lui a découvert un complot, dont, fans 
lui, elle n'auroit pu avoir que des foupçons 
ou des indices? iljui afTuroit les moyens de 
difliper cette efpèce de conjuration, & d'en 
éluder l'effet. En enfeveliflant dans un pro- 
fond fccret , les pièces qui en conflatent l'éxi- 

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ftence, on potivoît travailler efficacement en 
Hollande, à déconcerter les conjurateurs , & 
à prévenir leurs mauvais deffeins. Ces ren- 
feignemens précieux, en apprenant ce qu'on 
avoit à ' craindre ou à efpèrer , à diftinguer 
les amis des mal intentionnés , foumiflbient 
des lumières fur Ja conduite qu'on devoit 
tenir pour augmenter fon parti, & alFoiblir 
le parti contraire. H 



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Mais cette découverte une fois rendue pu- 
blique , n'eft plus qu'une mine éventée qui 
devient inutile, pour ne pas dire nuifible. En 
fonnant le tocfin , comme vous avez fait My 
Lord , pour des paperafles de peu de confé- 
quence , votre Seigneurie s'eft ôtée la poffi- 
bilité d'en faire ufage. Vous avez forcé le 
parti qu'elles intéreffent à, les juftifier, & ce- 
lui qu'elles choquent à relier muet. 

'D'ailleurs, en faifant un bruit épouvanta- 
ble pour fi peu de chofe, en fonnant la gref- 
fe cloche, félon vos expreflîons, My Lord, 
vous avez ruiné fans reflburce le parti de 
l'Angleterre en Hollande. Votre Seigneurie 
à fait cOnnoître que Ja Grande-Bretagne cher- 






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ttiott à allumer le flambeau de là diCùotâû 
dans le fein d'un pays allié, qu'elle avoit un 
intérêt preflant de ménager, & qu'elle fei* 
gnoic de vouloir conferver. Elle a réduit fea 
partifans à la néceilîté d'abandonner fes inté" 
rétS) & fes adverfaires à Tobligation de les y 
contraindre. Les uns ne peuvent plus défen- 
dre fa cailfe fans honte, ni les autres le foiif'. 
frir fans indignation» Après l'éclat fcanda- 
leux qu*a fait V. S. qui oferoit encore , dit- 
on, My Lord, pancher pour la Grande-Bre- 
tagne? la moindre difpofition à l'excufer fe- 
roit une lâcheté , & le zèle pour la fervir 
une trahifon (*). . ; " "^ ' >;:i nv 



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On finit par dire, My Lord, que la tête 
a tourné à votre Seigneurie dans cette occa- 
lîon ; que rien n'égale la mal adrcffe que vous 
avez montrée dans cette conjonélure délicate , 
que les bévues d'un côté , & la fermentation 
de l'autre qu^elle a occafionnée en Hollande. 



Quoiqu*en difent les détrafteurs de votre 

(*) Lifez , My Lord ; on plutôt ne life/. pas le nou- 
veau Journal Politique.^ Civil '& Littéraire t car V. S. 
aiiroit, je pcnfo, urt grand crcvc-cœur. ., , .,, .>j ,.; i 

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mérite, My Lord, la voix pulîique eft en fa- 
veur de Votre Seigneurie, & la plus faine 
partie de l'univers ne peut s'empêcher de recon- 
nottre en vous le plus grand homme d'Etat 
qui exifte dans tous les cabinets. Qu'on ne 
nous parle pas d'un Maurepas; ce n'eft qu'u» 
ne vieille cervelle farcie de bons mots , de 
quolibets & de calembours; — Qu'on ne 
nous parle pas non plus du gobe-mouche (•) de 
Vergennes, c'eft un homme piifillanime & foi- 
ble , qui ne fait que de l'eau claire ; — Qu'on 
ne mette pas non plus en parallelle avec vo- 
tre méritante perfonne un cagot de Kaunitz, 
un hipocondre de Panin, un pituiteux Schef- 
fer, un Robinocrate de la Floride-blanche : ce 
font My Lord , tous petits garçons qui de- 
vroient aller apprendre leur A. B. C. à votre 
école. Le Roi de Pruife môme qu'on fait 
paffer pour la fleur des politiques du fiécle 
devroit venir prendre des leçons de votre 
Seigneurie. Les Gazetiers falariés de la France 
qui vous déchirent à belles dents , qui fe jet- 



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(*) Rien de plus injufte que cette épitliete, iîr(ie d'u- 
ne Satyre, intiluk^e: Les éfonnemett^ des Chartreux; M. 
de Vergennes eil furemenr )e meilleur Minîftre qui exiliez 
Kote de l^diteur. 



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tent ihr votre pcrfonne comme les corbeaux 
fe précipitent fur les corps morts pour les 
dévorer , reconnoîtront un jour , (ils le re- 
connoiflent déjà , mais ils (ont payez pour ne 
le pas dire) que votre Seigneurie polFéde au 
fupréme degré les talens rares d'un adminiflra- ' 
teur d'un grand Empire. Ils voyent à leur 
grand creve-cœur, My Lord, que vous tenez 
11 bien en bride toutes les PuifTanccs du mon- 
de, qu'aucune n'ofe broncher. Ils voyent 
que la Czarine qui s'étoit donnée les airs de 
,prop«fer faftueufcment cet imbécille & vim- 
lent fyftôme de Neutralité ^ & qui, comme 
un fécond Phaëton prétendoit, non mener le 
char du Soleil, mais celui de tout l'univers, 
ils voyent, dis-je, comme elle fe tient toute 
coite, depuis que votre Seigneurie lui à mon* 
tré les dents. Ils favent encore que le petit 
Marquis de Brandebourg, qui voudroit bien 
avoir fur mer, autant d'influence qu'il en a 
fur terre, ayant eu l'audace d'écrire , l'an paf- 
fé, à Sa Majefté, au fujet de quelques petits 
navires que nous lui avions faifis, " que le 
*' Roi de la Grande Bretagne auroit labon- 
*' té de payer les frais caufés aux propriétai- 
*' rcs de tel & tel vaifleau, fuivant le comp- 

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** te qu'il plaifoit au dit Marquis de lui cn- 
•' voycr; au défaut de quoi, il menaçoit Sa 
** Majefté de tirer fur elle une lettre à vïic 
*' fur l'Elcétorat de Hanovre," Tous ces 
gens favent, dit-je encore comment Frédé- 
ric a rabattu de fon caquet 9 & baiiTé le ton, 
lorfque votre Seigneurie a commencé à lui 
parler. Comme vous avez auilî bellement re- 
lancé, My Lord, ce Rodomont de Comte de 
Welderen qui, en partant, vous menaçoit, 
vous & la Grande Bretagne , de fon courroux 
& de celui de fa République qu'il annoncoit 
comme allant devenir notre plus plus mortel- 
le, plus implacable, & plus acharnée ennemie. 
Enfin, incomparable My Lord, comme vo» 
trç Seigneurie en impofe hautement à la Fran- 
ce, il l'Efpagne, à l'Amérique, à tout l'uni- 
vers, dans UH tems où toutes les Puilîanccs ne 
femblent s'occuper qu'a nous forger des fers, 
nous aby mer, nous détruire. ' - ' - 

z En bravant , comme vous faites , tous les 
dangers, My Lord, & en devant hardiment 
toute l'Europe, prefque entièrement liguéû 
pour nous humilier, vous préfentez dans le peu- 
ple Bnton un fpcc^açle que n'offroient pas U 






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C70 

Majefté, la grandeur & la fortune du peuple 
Romain dans les conjeélures les plus allarmantes 
de fbn hiiloire. Rome incendiée par les Gau- 
lois, prête à l'être par Annibal, ne montra pas 
plus de réfôlution , de courage , d'héroifme 
que la Grande-Bretagne n*en fait paroître au^ 
jourd'hui. Nos ennemis font forcés d*en conr 
venir , à leur honte , & c'eft ce qui fait leuç 
défefpoir & votre gloire, MjrLord. -, ., ,• 



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Je fuis obligé de m'interrompre. Le Che- 
valier Yorke qui eft fur fon départ, me man- 
de à l'inllant pour prendre raefurc de fes bot- 
tes de Campagne, de fes fouliers d'entrée , de' 
fes efcarpins de bal , pour lui & toute fa màifon. 
Dieu veuille, My Lord, qu'il falfe de bonnes 
affaires à Vienne , & qu'il juftifie dignement 
le choix honorable que votre Seigneurie a fait 
de fa perfonne. Sir Jofeph que je connois 
parfaitement, eft un homme du plus grand 
mérite, juftemeni: eftlmé & refpcfté dans tou- 
te l'Europe. Le Roi d'Angleterre, com- 
me dit Martin Sherlock 5 eft bien repréfenté 
dans toutes les Cou'*?; mais iî n'a certaine- 
ment aucun Repréfcntant qui lui ait fait plus 
d'honneur que cet Ambalfadeur. Son mérite 

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feul me commande fon Eloge, dit Sherlock, 
& à i^oi (*) ) c'eft la reconnoiiTance qui mo 
le diéle. 

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^ Ne vous en dëplaife. My Lord, fi Sir Jo- 
feph ne vaut pas plus que votre Seigneurie , il 
en vaut toujours autant. Votre fulminante 
éloquence , ou plutôt celle du fulminant fra- 
fer , ce petit vil Commiffaire de Dunkerque v6- 
tre Secrvcaire, Vu un peu mis en difcrédit dans 
ie nioLde; mais on île Ton aime & refpefte pas 
moins. Je vouslt djs airicalement, My Lord,» 
vos brûlots diplomatk'ji'! (ont terribles. Ne vous 
fâchez pas, s'il vou;; piuit, ou ii vous vous fâ- 
chez > vous aur-wZ deux peines : car je dis la vé- 
rité tout cru, comme elle me vient à la bouche. 



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Quand j^aura? pris mefure de mes fouliers & 
de; mes bottes, je vous parlerai- plus amplement, 
My L*>rd; -i— adieu l'ami, Vale^ careCondif. 



(*) Je faifis de miîrae ici avec plaifir l'occafion de faire 
A M, le Cliçvalier Yorlce mes fincères rcmercinicns , & de 
rifllirer de ma rcçonnoifTance c'terneUc. Note de f Editeur* 



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; THOMAS BOOT Au Lord 
^,.,,; ^,:STORMONT.^^., , ^^i; 

,,,-,. ,1». i •• . I, 

I e quitte à l'inftant Sir Jofeph & mon tire- 
pied , My Lord ; foudain je reprens la plu- 
& le fil de l'hiftoire. Il s'agit de vous dire 
ici fuccintement ce que je penfe du fyllôme 
politique, des vues, des intérêts des diverfes 
Puiflances; & l'idée que j'ai de leurs richcf- 
fes j tréfors , armées , forces de terre & de mer; 
de là grandeur , petiteflTe , efprit , ignorance 
de chaque Empereur, Roi, Monarque, Po- 
tentat , & généralement de tous ces petits pe- 
tits Princes, fi petits, petits, qu'il faudrbit 
bien le micro fcope dHcrvey pour les voir. 
Cette Ppitre, je penfe, paroitra bien digne à 
vos yeux de tenir place dans les premières 
poches de votre porte-feuille. 

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( 74 ) 

Parlons crabord, MyLord, de cette Ruflie, 
de cet Empire liypcrboréen fi C'tcndii îk fi vas- 
te que le foleil fe levé & Ce couche dans fcs 
Etats; Gouvernement ambitieux , pauvre, très 
peu politique ; qui ayant h moitid du mon- 
de fous la domination, porte enfcorc (es rc- 
gartls fur l'autre j & dont chaque vidoire ell 
poiir lui un degré vers fa chute ; dont le 
trône a été , n'a guère , renverfé ; dont une 
femme a pris la Couronne du tambour, du 
matelot , du Chai pentier Pierre , & l'a mjfe 
fans façon fur fa tête. Cette f "nme, comme 
on dit, eft une maîtrelTe - f n:n c- : e^'» joue 
le petit Solon , le peti.t Lit-uri^ue , h petite 
Hénilramîs. Elle nous uimpit . autrerois , elle 
ne nous aime plifs aujourd'hui: elle étoit ja- 
dis notre très humble fervânte , & à cette 
heure elle veut que nous foyon* fes très hum- 
bles ferviteurs. Ils ne faut pas ça, My Lord! 
Catherine s'cft vendue à la France pour d^s 
colifichets , des bi inborions : clic a envoyé dans 
les Dunes une flotille payée des beaux de- 
niers des François. Catherine tout bel efprit 
qu'elle eft , ne connoit pas cet axiome f;i- 
fTieux .de ce fage Grec: Rcfpice fmem. Votre 
tscjgncuric eut bien fait vraiment de le lui a^ 



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(75) 

prendre. Elle a fait une grande fotife en ne 
fefant pas prendre ou détruire, l'an paffé, 
ces galères Mofcoviennes , & fourer Palibin 
& Borriflbw à la Tour. Ce coup hardi eut 
été applaudi de toute l'Europe; & un nou- 
veau fleuron de laurier ou de myrte eut été 
ajouté à la Couronne de votre Seigneurie. :ïi 

î? Je penfç moi, My Lord, que vous étiez 
brouillé alors avec votre beau génie. Le bon 
Monfieur Joly de St. Valier vous difoit pour» 
tant bien: 1°. que V. S. anéantiroit dans un 
inftant la Stulte ligue qui s'étoit formée dans 
le Nord , fous prétexte de la Neutralité, & 
fous les aufpicCs des Puifl^ances ennemies. Vous 
deviez bien préfumer, My Lord, comme vous 
le difoit ce Monfieur, que la Czarine qui fil 
le chef de cette ligue, & très peu riche, 
ayant perdu la meilleure partie de fés forces; 
les autres PuifTances auroient été fort peu uif- 
pofées à bazarder les leurs ; & que fi eWes 
l'eufient fait, 11 eut été très aifé à V. S. de 
les détruire. La chofe eut été d'autant plus 
facile qu'il eft impoflible, comme vous ajou^ 
toit ce Monfieur Joly , qu'il y ait jamais une 
grande harmonie cntr'elles, , '^\ Votre Sei, 



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gnc'urie eut entrave la Hollande. 3 . Elle 
eut oté à la Czarine les moyens de former 
par la fuite une pareille lU iij" . car M. Joly cro- 
yoit, qu'outre la per^,; de {es navires , il lui 
fcroit impoflîble J" trouver un nombre fuffi- 
fant de matelots expérimentés, encore moins 
de roubles, pour former de pareilles ^\^:i:es» 
4^. Votre Seigneurie eut 6té à nos enncnis 
des fecour.s puifiTans dont ils ne peuvent fe 
pafler. $0 Débarraifés de cet^e inquiétude pa- 
nique , ne cu; euflîons pu faire agir librement 
nos flottes contre nos ennemis , & frapper de 
grands coups. 6\ Enfin , votre politique , 
My Lord, eut brouillé à Taife la France, l'Ef- 
pagne & l'Amérique avec les Puiflances de la 
fdte ligue du Nord qui n'euflent pas manqué, 
comme remarque fort bien M. Joly, d'attri- 
buer cet échec, à ce que la France n'a fait 
l'année dernière aucun mouvement pour con^ 
tenir la flotte Britannique-, fz qui l'euflTent 
accuféc d'avoir ainfi facrifié fes alliés, ce qui, 
croit le même Monfieur, les eue éloignées de 
faire dans la fuite aucun mouvement en fa fa- 
veur. D'après ce qu'e'xpofoit à V. S. M. Jo- 
ly de St. Valier, My Lord, la deftrufiion des 
RuSqs dcvoit vous paroitrcun coup décifif^ 



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(77) 

que vous n'euflîez furement pas du manquer, 
qui certainement eut fauve l'Angleterre, & 
arrêté pour toujours l'effort dangereux des 
Puiflanccs Neutres. L'Angleterre pouvoit re- 
garder l'arrivée de la flotille Molcovienne dans 
les Dunes , comme un de ces heureux ha^ 
zards » qui faifis à propos changent tout-à-coup 
la face des affaires. Eft-il poffible que V. S. 
n'efl pas apperçu le bon fens, la pénétration» 
les vues vaftes & profondes de ce M. Lieute- 
nant-Colonel Joly de St. Valicr, & que vous 
l'ayez renvoyé comme un péteux j avec 15a 
liv. Sterling, feulement? Vraiment, My Lord, 
cet homme valoit bien votre Frafer, votre 
Cumberland, votre Jéfuite d'Irlande! Après 
tout pourtant, votre Seigneurie peut avoir 
eu fes aifons pour avoir tenu une conduite 
oppofée. Il ne m'appartient pas, My Lord, 
de pénétrer tout à-fait dans la profondeur des 
Myflères de votre inacceffible pohtique. Sû- 
rement que votre Seigneurie a penfé comme 
penle ce fublime politicien qui dit ^' quie les 
*' Moicovites , après s'être monti'és , quelques 
*' mois, fur lesmffrs, retourneront dans leurs 
" glaces, où ils feront bien aifes de retrou- 
ver leurs vaches." ..,,_• 



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Qireil aujourd'hui la Pruflb ? My Lord. 
Frédéric , jadis grand , viéloricux , intrcîpidc 3 
li'eft plus, comme a dit l'honorable M. Na- 
thaniel Wrajtall , ce grand Prince , ce grand 
Général qu*on admirait en lui , Il y a qucl- 
-ques années : ibccombant fowi le poids des 
années & des infirmités > il a vu fa réputa- 
tion décliner : livré aujourd'hui à l'efprit 
d'avarice & de rapacité, devenu capricieux, 
bourru , il a perdu fa popularité : il ne vit 
plus comme il faifoit, au milieu de Ton peu- 
ple : il ^s'en eft éloigné , & s'eft enfermé 
comme un Chartreux dans les fombrcs appar- 
temens de Poftdam : à peine fes foldats l'ap- 
percoivent-ils : il eft devenu méfiant , jaloux 
de fon héritiers arbitraire & tyrannique dans 
les ordres qu'il donne : en un mot , on ne 
trouve plus en lui le héros qui combattoit à 
Liflâ, Rosbach, &c. &c. Non, ce n'eft plus 
ce grand Roi, ce grand guerrier, ce grand po- 
litique 5 qui , de fon Sans-Souci , dans fes vieil- 
les bottes i gouvernoit l'Europe : mais un Prin- 
ce qui ayant perdu fa réputation a fini par alié- 
ner entièrement fes troupes qui s'en plaignent 
prefque univcrfellemcnt , le blument & com- 
me Monarque & comme Général ^ l'acculent 



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(79) 

t!c ne les avoir pas conduites dans la dcrniàre 
guerre avec l'Kmpereur , comme elles écoicnC 
accoutumées de l'ôtre autrefois , & de les 
avoir traitées avec une févérité auffi peu mé- 
ritée qu'inutile. La PrujTe, My Lord, qui a 
étonné un inftant l'univers , va éprouver le 
fort de toutes les grandeurs humaines; cette 
domination qui lui donne l'Empire , eft, com- 
me Va dit un Auteur , à la veille de defcendre 
dans le tombeau avec fon antique Héros, âc 
de s'enfevclir dans le môme caveau. 



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II 



Qu'eft la Suéde ? Un Royaume gouverna 
par un Prince que l'argent de la France a 
porté au trône, & rendu abfolu en 1772 ; une 
Monarchie qui n'a ni foû, ni maille, ni cré- 
dit, ni forces. La Suéde moderne comme l'a 
juftement remarqué l'honorable M. Wraxall, 
n'eft plus cette Puiflance qui fous Charles 
XIL faifait marcher des armées en Saxe , en 
Bohème , & portoit la terreur aux portes de 
Vienne & de Verfaillcs. Elle s'efl donnée en 
fpeélacle à l'Europe par une révolution inoiiie ; 
à l'aide des piftoles de Verfaillcs, Guftave 
s'eft élancé fur le Trône, & s'ell enfoncé la 
Couronne fur la tcte qu'il ne portoit qu'à de- 



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mî» On Ta vu palTer dans un jour d'un pou- 
voir fuborné à une autorité abfolûe^ Mais la 
nation , aéluellement efclave , peut à tout 
moment redevenir libre & récupérer fes droits, 
& fon Roi rentrer fans ia première fphère. - 

Qii*eft le Danemark ? Ecoutez encore l'ho- 
norable Nathaniel , My Lord ; il vous dira : 
que c'eft une nation de voleurs & de pirates ; 
un Prince Idiot qui a fait d'une intrigue d'a- 
mourettes une affaire d'Etat; qui a employé 
le bourreau ; qui a fait defcendre une Reine 
du Trône, à fon éternelle honte; un Gouver- 
nement, un Miniftère & une Régence incapa- 
bles & foibles ; une partie de" l'Empire à peine 
contenue, une armée impuiflante, une marine 
trop foible pour pouvoir nous faire du mal; 
une Puiflance enfin que nous pouvons écrafer 
en un inflanc. 



Qu'efl le Portugal ? un Etat auffi pauvre 
qu'un Etat rempli d'or & qui n'a que de l'or 
doit l'être; gouverné par une PrincelTe bigo- 
te , fans génie , ni mah'ce , qu'on amufe avec 
des Indulgences & des Jgnus Dei. 



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(8i) 

Qii'eft la Pologne ? un Empire mutild , 
làns forces , ni nerfs : ayant pour chef un 
phantôme de Roi , plus heureux cent fois 
lorfqu'il repofoit fous les courtines de Peters- 
bourg, qu'il ne l'eft aujourd'hui qu'il porte le 
Iceptre des Polacres.;!^'^'- v '/^ ^^* ■. %«''•: 

Qu'eft la Sardaigne ? un Royaume de 
nom , un pays de marmotes. — - Naples ? une 
Monarchie fans puiflance militaire, ni mariti- 
me, ni commerçante; régie par un Roi dont 
tout le mérite eft de galoper à Portici, à Ca- 
fer ta, à Nitica, / ' . ' » 

Qti'eft Rome, Venife, laTofcane, Gènes, 
Milan , Modène ? Des fquelettes de Gouver- 
nement qui n'ont que la peau & les os. Des 
images de Princes , des PuilTances de fiftion. 
Des Républiques qui ne figurent que fur la 
carte ; des peuples qui n'aiment que le joug; 
incapables de tout. 

Qu'eft la Hollande ? un Pays , comme on a 
dit, de Canaux, de Canards, des Canailles , ha- 
bité par des magots , d'automates ambulans , 
avares, injuftes, durs, fans Religion, fanspref. 



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(80 

que aucun feiitiment humain, l'objet du mé- 
pris univerfel , dont le feul Dieu adoré cil 
Plutus. Une marine foible , une milice peu 
nombreufe , fournie d'hommes , h lie de la 
terre, par les Démoniaques manœuvres des 
Zielen-Verkoopers i (*) des Amiraux, des Géné- 
raux , fans expérience ni valeur ; une politi- 
que étroite , guidée par un intérêt fervile ; des 
établiiremens fans défenfe , prêts à ouvrir leurs 
partes au premier gros de flibuftiers qui vou- 
dra les attaquer. Une Puilfance qui fe forge i 
elle-même des fers plus peiàns que ceux dont 
elle étoit chargée fous le fceptre d'airain de 
Philippe II. fe précipitant par une funefte fer- 
mentation devant les horreurs qui doivent la 
flétrir. •,.::.■, . • ' ; . 

Qu'eft la France ? une Empire à reflburces 
à la vérité, grand corps politique, fort, vigou- 
reux & bien conilitué; mais des campagnes dé- 

(*) ZieiFerkooper revient à vendeur de chair humai- 
ne. La plus vilerufe, la fuperchede la plus condamnable 
guident cette efpèce de monftres qui ne s'enrichiiîcnt qu'en 
railbn du nombre de malheureux qu'ils ont fait. On ne 
doit pas rougir de dire qu'ils font protég(ii par les Ma- 



^ .*»-,.*-, .^-S-f^-, .,^ 



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C83) 

fertcs , des Provinces pauvres , un peuple gd- 
miflant fous le poid des malheurs publics, des 
charges , taxes & impôts multipliés qui l'acca* 
,blent, mourant de faim , (*) gouverné parun 
Prince fans tcte , des Miniftres fans grandes 
vues , fans principes réfléchis , fefant beau- 
coup de bruit & peu de befogne; un Empire 
engagé avec des dettes énormes dans une guer- 
re défaftreufe, dans une alliance ruineufe, & 
qui doit trouver fon humiliation & l'accroifle- 
ment de fes malheurs dans la révolution qu'elle 
a inconfidérément projette d'opérer. 

Qircfl l'Efpagnc ? L'image de la pauvreté 
& de la mifère ? Un Etat fertile , mais incul- 
te ; des GrandelTes dans l'opulence & des peu- 
ples dans rindigence, fans bas, ni fabots aux 
pieds; Gouverné par un Prince foible, moidé 
imbécille , uniquement occuppé de la chalîe, 
& laiflant le timon de l'Empire entre les mains 
de Miniftres préiomptueux & ignares; entraî- 
né par les intrigues de la France dans une 



(*) Il y a dix ans qu'on coiiiptoit dans la Marche & 
Je Liinjulio plus de quatre mille perlbunes luirres dt fa- 
Biinc. 

Fa 



■ / 



(84) 

guerre où il ne peut que perdre , & qu'il ne 
pourra terminer qu'aux dépens de grands 
tréfors. ..,,,., 

Qu'eft l'Amérique ? un vafte tombeau ; des 
contrées dépeuplées & défertes ; des Colons 
Indigens , trahis , vendus, efclaves de petits 
tyrans ; livrés à toutes :C' horreurs de la guer- 
re y iorgcant eux mêmes dans leurs foyers les 
chaînes du plus dur defpotifme; courbés déjà 
fous le faix des dettes publiques. Ravagée par 
fcs ennemis , ruinée par fcs défenfeurs , 6c fes 
nouveaux maîtres , cette terre fortunée fc voit 
à cette heure couverte du fang de fes habî- 
tans. 

Tel eft en raccourci , My Lord , le tableau 
que j'ai cru eifentiel de tracer à votre Seigueu- 
rie pour fon inftruélion. Parlons un peu à pré- 
fent de la Maifon d'Autriche , cette Puiflance 
qui nous doit tout ce qu'elle eft , & qui a au- 
tant d'intérêt à nous ménager que nous pou- 
vons en avoir à la fortifier dans nos intérêts. 
Ecoutons encore un inftant, MyLord, l'élo- 
quent Nathaniel M. Wraxall. Cet honorable, 
le feul peut-être des Bretons , qui , dans la 



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( 8s ) 

plus forte des cri fes , n'a pas non plus que 
votre Seigneurie ddfefpéré du falut de 
l'Empire. ^ . , i 

II a dit à la face des trois Royaumes, "que 
le génie tutelaire de la Grande Bretagne , avoit 
rappelle dans fon fein une grande Princefle 
dont le cœur étoit le foyer de toutes les ver- 
tus & de toutes les grandes qualités, mais qui 
fur le déclin de fa carrière étoit devenue à peu 
près inutile à fes Etats : fon grand âge , beau- 
coup de dévotion, plus que tout encore trois 
Archiduchefles , fes chère? filles , mariées à 
des Prinfeiïes de la maifon de Bourbon , tout 
concouroit à la rendre pacifique : fa mort â 
t'hangé tout-à-coup le fyfleme du Cabinet de 
/ienne: Jofeph II. héritier de fes ver- 
tus & de fes valles Domaines , ayant de 
plus les vertus particulières de fon fexe, plein 
de feu 5 d'aélivité , d'ambition, de courage, 
dévoré par la foif de la gloire , connoiffant 
parfaitement , non feulement les peuples qui 
lui fontfoumis, mais une grande partie de TEu- 
rope , particulièrement la France , voifin in- 
quiet qu'il ne voit point fans jaloufie ; ayant 
une prédileélion murquée & connue pour l'An- 

F 3 



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C 80 

glcterre : s'occupant fans relâche des moyens 
d'illuftrcr fon nom , & d'ajouter à la profpé- 
rite de fes Etats , ep les fefant participer aux 
richcfles du commerce : aux quels on fait qu'il 
S déjà ouvert quelques canaux : fupérieur aux 
préjugés religieux , à l'influence qui dérive des 
connexions de famille : adoré de fes fujets qui 
révt'rent en lui la juftice du Monarque & les 
talcns du Général : Jofeph enfin qui dans la 
courr.e guère de 1778 a eu un afcendant fi mar- 
rjue fur, la Prufle : qui dans ce mommt-ci a fur 
pied 3^4 cent mille hommes des plus belles çf 
des nrilleures troupes qui exijîent fur terre, trou- 
pes qui n'ont, pofé les armes qu'avec un re- 
gret marqué & qui n'ont pas diffimulé dans 
le tems combien leur coûtoit le ficrifice que 
faifoit leur Prince aux difpofitions pacifiques de 
feue Marie-Thérèfe ; tel eft l'allié puiflant 
dont la Grande-Bretagne doit à finftant même 
rechercher l'amitié : nous y avons des droits , 
nous avons foutenu les prétentions de fon 
tyeul à la Couronne d'Efpagne ; nous avons 
affermi le trône chancelant de fa mère : voilà 
du moins des réminifcences qui conduifent i 
des ouvertures. — 



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. («7 ) 

' Mais , direz- vous peutêtre, My Lord, qu'el- 
les feront ces ouvertures ? Que propoferon» 
nous à l'Empereur pour l'engager à nous affi- 
lier ? L'honorable M. Nathaniel vous l'ap- 
, .^nd : 

Premièrement , pour le mettre en état d'entrer 
en Campagne, la Chambre, commencera avant tout 
pour voter en fa faveur un million Sterling : (c'eft 
peu de chofe) en fécond lieu , on ouvrira le port 
cf' Anvers qui fera déclaré libre : (rien n'eft plus 
facile) troijîémement , comme on fait qiCil dejîre 
quelques établijfements dans VInde, on lui offrira 
Malacca, Ceylan, Cochin, Negapatam. 

L'avance d'un million Sterling eftindifpen- 
fable, il eft notoire que l'Empereur a befoin 
d'argent : fi l'on objeéle la detrelTe nationale, 
fi l'on dit que dans les circonflances pré fentes 
on n'eft pas en état de lacriiier un million à 
l'acquifition d'un allié fi puiflant , au nom de 
Dieu, My Lord , dès l'inftant même, tom- 
bons à genoux , & demandons la paix com- 
me le fit Louis XIV. en 1709. à Gcrtruy- 
«icnberg, 

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C88) 

/ Ouvrir îè port d'Anvers , &; le rendre libre , 
€*ejl à la fois obliger un allié précieux , (s* nuire à 
un ennemi : fi le port d'Anvers eft: rétabli dans 
fin ancienne fplendcur , Amfterdam eft ruiné. 
La fituation de /'Efcaut efi. infiniment fupérieure 
à celle du Tcxel , ^f bien plus favorable au com- 
merce ; je fais que les Hollandois ont pris beaucoup 
àt peine (f dépenfé beaucoup d''argent pour gêner 
la navigation de /'Efcaut , que non feulement ils y 
cnt même confiruit des ouvrages en maçonnerie : 
e'eft de Vargent quHl en coûtera pour fupprimer 
ces obfiacles. à l'égard des Etablifiemens qu'il efl 
convenable d'offrir à f Empereur dans l'hide, il 
fera fingulierement fenfible à cette attention , fi 
Von peut en juger par V application avec la quelle 
il s'efi attaché à s'en procurer , en s'tmparant des 
Iles de Nicobar. Un quatrième moyen de Vinte- 
reffer feroit de diminuer les droits fur les dentelles 
de Flandres âf fur d'autres articles exportés des 
Pays-Bas Autrichiens. 



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Si par ces moyens , My Lord , on reufliiToit, 
comme dit l'honorable à l'obtenir l'alliance de 
l'Autriche , les avantages qui en rcfulteroient 
pour nous fe préfentent d'eux-mêmes en fou- 
le. Quelle diverfioû en notre faveur, fi coni- 



C 89 ) 

me îe fît en 1744, le Prince Charles de Lon 
raine , TEmpereur fe portoit fur le Rhin pour 
redemander comme fon patrimoine, le Duché 
de Lorraine, & l'Alface comme dép': idante de 
l'Empire ; le Roi de Prufle n^eft pas en étai de 
porter fur le Rhin une armée de 50 mille hommes : 
V armée Impériale s'y recrut sroit avec facilité, ^ 
tous fes mouvemens feraient fi rapides que dès le 
l^\ Juin prochain on la verroit aux portes de 
Strasbourg; il faudrait alors que la Franco port:^*- 
une armée de 50 mil!: homme à 50 mille de fes 
frontières: qu'acné s' occupât de fes troupes de terre. 
Adieu fa Marine fi vantée. Ses Finances dpui- 
fées par le Bureau de la guerre ne feroient plus 
verfées dans la caifle du Bureau de la Marine : 
on ne verroit plus les chariots chargés d'elpè- 
ccs prendre la route de Breft & de Toulon:, 
TEfpagne & la Hollande fe reffentiroient du 
même coup : leur marine tomberoit en déca- 
dence : ,nous aurions rempli notre objet ! un 
noble Lord a récemment dit & répété en Par- 
lement le mot célèbre : delenda ejf Carthago , il 
faut détruire la marine de France : on ade- 
mandé comment on s'y prendroit pour efFeélucr 
cette deftruftion ; l'honnorable vient de ré- 
pondre à cette queftion : formez une alliance 

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( 90 ) 

ivec rEmpcreiir, & la marine de la maifoh de 
Bourbon eft détruite. 

Quel grand homme! quel profond politique 
que ce Monfieur Wrdxall , My Lord 1 La Na- 
tion lui doit une fuperbe llatue ; & à fa mort, 
il mérite bien d'être enterré à Wesminftcr avec 
le grand Chatham & votre grand Seigneurie. 

TAmérique, la France, TEfpagne, la Hol- 
lande s'étant ouvertement déclarées nos enne- 
mis ; les Puiflances neutres ayant formé une 
ligue dont l'objet, s'il eut été bien fuivi , étoit 
vifîblement de fournir à leur gré des armes & 
des munitions à nos ennemis déclarés ;, les têtes 
foibles qui compoferjt notre foible oppofition, 
fe font plaintes dc> ce que nous n'avions pas un 
feul allié h oppoîcr cet univers conjuré; bien 
des gens bien ou mal intentionnés avoient la 
foibleflb de les croire & de fe livrer au décou- 
ragement, lorfque fortant des nuages comme 
un aftre brillant, M. Wraxall, comme on a 
dit , a rendu la lumière à cet hémifphère 
obfcurci : a montré du bout du doigt dans le 
lointain un torrent de gloire à venir, qui 
échappoit à rinfirmité de ma viie & de la vo- 



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( ?I ) 

tre, My Lcrd ; a enfin prëfenté à ft>us nos 
yeux étonnv^s un allié plus puiflant à lui feul 
que le refte de l'univers cl lemble, l'Empereur 
d'Allemagne ! pour échauffer encore l'éclat 
qui l'environne , avec quel déluge de folido 
éloquence ; avec quel favant pinceau n'a-t 1 
pas diftribué les ombres fur tous les objet 
litiques qu'il a d'abord paffés en revue a 
fon profond difcour» ? 



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Tout ce qu'on peut raifonnablement repro- 
cher à M. Wraxall , My Lord , c'eft un peu 
plus de générofité. Pourquoi ne pas donner 
annuellement un million à l'Empereur ? La 
conquête ou l'anéantiflement de la France , de 
l'Efpagne , de la Hollande : l'Amérique à ren- 
trer dans l'allégeance , tous les projets de la 
Neutralité armée déconcertés; tout cela, My 
Lord 5 ne vaut-il pas bien 11 million annuel ? 
& il effedivement l'Empereur a confié à l'hon- 
norable M. Nathaniel Wraxall qu'il avoit be- 
foin d'argent, pourquoi ne pas lui en comptet 
deux pour la première année? 

Si M. Wraxall eft le plus grand , il n'clt 
pourtant p'as le leul fpéculateur dont fe glori- 



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fient nos troié Hoyaum'-s : <& mot àu^ je fuis 
peintre y oferai-je lui dire humblement. Voici, 
My Lord quelques-unes de mes efquifTes : 
Votre Seigneurie, ou M. Wraxall peut en ré- 
clamer ridée. 

■ ' ■ ■ . ^ ' , ^ . , ■ ' 

Si en ouvrant des ports à tous les Princes, 
qui dans l<%s diverfes parties de l'univers , fe- 
roient bien aifes de devenir de grandes PuifTan* 
ces maritimes j nous pouvons nous aflurer leur 
alliance, pourquoi fe borner à un feul ? Pour- 
quoi ne pas ouvrir, par exemple, une douzai- 
ne de ports à rEmpereur du Mpnomotapa? Il 
efl: clair, comme on Taflure, que nous pour-^^, 
rions lui confier les clefs de Tlnde ; donnons, 
lui gracieufement un million, My Lord, il va 
mettre en campagne loo mille Nègres doiit la 
couleur feule jettera la terreur parmi nos enne> 
mis; il s'arrangera des îles de Madagafcar, de 
Maurice , de Bourbon, & de quelques autres 
bagatelles femblables ; nous lui enverrons à cet 
efiTet Sir Hughes Pallifer avec 30 vaifTeaux de 
ligne feulement: car il n'a befoin que devais- 
féaux: ou aura foin de mettre à bord grande 
provifîon de petits miroirs , de coutellerie 
commune & joujous, ce que l'on peut fepro-: . 



V, 



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(93) 

curer par contrât : cette affaire arrangée ^ 
pourquoi négligerions nçr^ enfuite FEinperejir 
d'Ëtiopic ; on fait qu*il convoite la polTeffipn 
de quelques ports fur ia mer rouge ^ Sir Hu- 
ghes , chemin faifant» lui en.ouvriroic une 
vingtaine : alors l'Egypte eft comprife > & de 
TEthiopie fi célèbre par des arbres immenfes & 
antiques, nous tirerions tout le bois de con« 
ftruéion» dont nous aurions befoin pour quatre 
marines^ comme celle quQnous avons à fréfent 
& que npfis ne manquerions/pas. de ^uadni* 
pler; on fait que le tout arrive commodément 
per le Nili nous formerions un dépôt à Alexan- 
drie , & de là nous dominerions enfin fur la 
Méditerranée. 



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Eh 1 Pourquoi encore , Nfy Lord , ne fe-; 
rions-npus pas un bel & bon .traité d*amitié avec 
TEmpereur desTartares? Donnons lui le port 
de Canton: les Chinois nefouffleront pas: ou- 
vrons-lui en quelques-uns fur les mers du 
Nord , le plus près polfible de la nouvelle 
Zemble: delà, fi nous lui donnons un million, 
il tiendra les RuflTes en refpeâ. 



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Rei^cnt les Hottentots, qui gémilTent depuis 



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V, 



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(94) 

longtems fous le joug Hollandois: rendons leur 
la liberté & laiflbns les faire; vous verrez leurs 
Tirans rapidement chalTés du Cap-de-bonne- 
Efpérance ; & , è'eft alors , que pour le coup 
nous pourrons dire nous en Tommes venus à 
nos fins. ' 






- Après Texpérîmenté & fcientîfique Sir Jofeph 
Yorke» & votre profonde & impénétrable Sei- 
gneurie , My Lord , perfonne de plus propre 
que le grand M. Wraxall à faire trembler les 
nombreux ennemis de T Angleterre; à allumer 
^ une nouvelle guerre partout le monde; à ren» 
' verfer enfin tout lefyftôme de la politique Eu- 
ropéenne. Pourquoi votre Seigneurie n*en fai6 
elle pas tout de fuite un Miniilre Plénipoten- 
tiaire, un Ambaffadeur extraordinaire? Pour- 
quoi? pourquoi? ... je m*arrêce: ... je mV- 
tête... Je reviens à mon fujet. « 

Les Turcs , anciens & cohftans alliés de Fran- 
çois, font des maudits mécréant qu'il faut ex- 
tirper de delfus la face de la terre. £n con- 
féquence, (M. Wraxall ne Ta pas penfé) nous 
devons abandonner au fuccelTeur des Céfars , à 
Jofeph TEmpereur, l'héritage des Ottomans. 



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•■•>_r«' ', 



( w ) 

Cette libéralité , My Lord y fervira à parût 
comme il faot Tingrate Ruilie, que Voltair* 
par complaifance pour Catherine» avoit, il y 
a déjà dix ans, invitée à conquérir randenne 
Grèce ^ à la délivrer de Tefclavage d'une nation 
barbare, & à y rétablir la langue & les beaux 
arts des Praxitèle & des Démofthène. 



JV 



-Pour achever d^humilier les Succeflèurs on 
Succejijfres dePierre-le Grand, le eharpantier, le 
tambour, on ne feroit pas mal d'envoyer des 
émiflàires auprès des hordes ambulantes de la 
Tartarie. Leur habileté déjà bien connue à 
foule ver dans T Amérique, & dans les Indes» 
les Sauvages, ou les barbares contre des Chré* 
tiens, leur viendroic fort à propos, & leur don* 
neroit les plus grandes efperances de fuccès. 
Ils pourroient même leur porter des callè-têtes, 
Iss iuftruire à enlever des chevelures fanglantes 
& à boire le fang de leurs ennemis. De fi grand» 
avantages, un Empire aulfî brillant que celui 
de laRulfîe, & fur tout Talliance denou», An- 
glois , ne manqueroient pas de flatter le Kan 
des Tartares. Puifque tous les peuples policés 
Dèmblent être d'accord pour rejetter l'alliance 
Britannique , celle des Sauvages & des Bar* 






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bares n*eft donc point à méprifer. — Un 
grand Koaupe a prédite que les Hordes de la 
Tattarie renverrcroient Fouvrage de Pierre L 
&'iè'placéroîent (iir Ton trône., avec autant de 
facilité qu'elles avoient ufurpé celui des Dina< 
ities Chinoifesk;. (ça pourra arriver fans mira^ 
de) Les Régences d'Afrique également fufpec- 
tes , furtout depuis la dernière affaire de notre 
(onful à Tanger ne méritent pas moins d*êtro 
châtiées. Nous pourrions à Taifey M^Lord, 
d'après un plan à donner par rhonnorab|e M. 
Wraxall > nous emparer de ce nid de pirates. . . 
Et, puifque fembl^ble à TAlexandré de la Sué- 
de, M. Nathaniel ne conquier des Royaumes 
que pour les autres, il ne faut pas oublier de 
donner ces vaAes contrées à notre allié ûdele 
& confiant, le Portugal. 



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9\\ 



Nous pouflorons plus loin la générofîtd: nous 
offrirons la Hollan4e elle-même, & les fîx au^ 
très Provinces de Tunion Belgique à quelque. 
Prince qui voudra sWocier à rEmpéréur en 
notre faveur , ou à TEmpèrcur lui-même. Jo* 
feph qui aime tant à voyager fera encore plus 
flatté d'une acquifition , qu'il pourra aifément 
vifiter,. qui arrondira fi bien fes domaines dea[ 

Pays- 



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''7'»Wm'»''"V;ll! 



Psiy^fias, & lui aflùrera inrëvçcableittent U 
pofîbilîôn des Molucques'^^clolit rhonôrable M» 
NathaniekWUliam Wraxall la généreufement 
gratifié*' ^ 



^5 



' Voû pûUrroit aller pliis loin, My Loid: 11 
y a bien rl'autres chofes' à fa|re aux quelles 
V. S. & rhonôrable M. Wràxall n^ont jamais 
fohgé i; je ' vôUis lés détaîllertd une autf )^ foisv 
Le tems tne prafSs : ma femidé d^ entnWi 
d*enfi^nt : elle vai bieâtdt aéCôucber. : George 
LE ROI m*a prdnisd'être Pardn,& fafeminA 
Charlotte Mareine. Je vais touc {Hréparef pour 
le batême. -^ — Adieu , My Lord > je ûikôt 
ferai toute ma vie votre ami» & ;;^7Ji^ 



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> Humble Servîteut il 
T H Q M A S B O T. 






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C98) 

CINQUIÈME LETTRE ^ 
Du'Lotd STORMQNT à THOMA$ BOOT. 



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e ns pourrai que te tracer ici quelques, 
lignes , cher ami. Je fuis fi embarraiTé^ fi af- 
fairé y que je ne puis que courir au plus prefTé» 
AinA donc ne te fâches pas , fi je ne te réponds 
que jtràs fuccinélement. J*aurois plaifir à m'en- 
treteiiir avec toi 9 Imais les affaires d'Etat vont 
avant tout. " . 

Je fje t0 croyois paâ fi profond , Mafter Tho- 
mas : tu voles dans les régions les plus hautes 
de la politique ; tu difcutes à merveilles les in- 
térêts des Souverains : tu pefes jufte leurs for- 
ces , leur puifiance. Je croirois à t*entendre 
que tu as dans ta poche la clef de tous les 
Cabinets. Âh ! Que n'ai-je plutôt connu tes 
lumières , ta capacité, ton grand génie? il y 
a dix ans pafTés que je t'eufle pris pour mon 
premier Confeiller d'Ambaflfade. Tu m'euifes- 



\ 



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été d'un merveilleux fecoucs, à parid iUttoufii 
où j'ai caRt travaille, tant faé» & où Fràn<« 
klin & Confortis m'onc donné tant deofii ^ 
retordre. 






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Je n*ai pourtant pas à me plaindre:^ cfiei; 
Thoiiias ; grâce ^à mes travaust & ^ ma: foUk 
citudc pour TEtatf aufQ àla haute faveur 'ju* 
ftcment méritée de mon Oncle Afatisfield., je 
fuis devenu Tuti des Principaux Miniilres du 
Roi. Je fers fa Majefté; je fers la Patrie ; je 
fais de mon mieux : janjiàis.) j'eipere > Ton 
n'aura le plus petit reproche . à me faire. 

'Tu m*aflîmiles , ^mi Thomas, au fécond 
Tome de feu Lord Chatham :. ah ! que ii*efi 
fuis-je le cent & unième ! je me croirois bieii 
heureux, deuirai-je,:même, à mon âgef-por^» 
ter fes béquilles, & expirer ^ comme ce grand 
homme, à la porte de Weûminfterl 

Je fuis, comme je te Tai dit tant defois, amou*» 
reux'fpu de la patrie. La t$te m'en tourne ;oui ^ 
la tête m'en tourne. Les rigueurs, les clameurs 
des abpïeurs de TOppoiltion contre moi, & m^ 
dignes Confrères , ne font qu'augmenter md 

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vive paflionppur elle. Son honneur, fa gloire, 
la profpéritë ,' Tes droits, fes internes véritables 
ont toujours été l'unique objet demapenfée; 
la voir rétablie dans Ton ancienne fplendcury 
la voir riche & fortunée, le but de tous mes 
defîrs ,; & le bonheur de pouvoir contri- 
buer plus qu'un autre à une révolution fi né- 
celTaire , ma feule ambition. C'eil d'après ce 
principe que mes ennemis doivent juger ma 
conduite & la fuivre , cher ami* 

l\ Dès qu'il m'a été permis de porter les yeux 
fur les rônes du Gouvernement, combien de 
fois n'ai-je pas intérieurement gémi des défor- 
4rcs, des détartres 9 de la décadence , &méme 
de la ruine totale qui menaçoit l'Etat? Qiielle 
fecrette indignation n'ai*je. pas conçue dans 
mon ame, en voyant la Grande-Bretagne, no- 
tre chère patrie, n'a guère fi fortunée, fi glo- 
rieufe , fi fiorifiÀnte , tombée dans l'humilia-' 
tion & l'opprobre , devenue l'objet de la haine 
& du reflentiment de l'univers entier ? Mon 
fein, cher ami, étoit devenu la proye de mille 
petits ferpents qui s'entre- difputoient l'avanta- 
ge de le déchirer. ''m^c^M-^'^yy^n^^'iA :jiv 



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( loi ) 

Je me fuis toujours bien promis de chercher 
quelque moyen d'opérer Ton heureufe ddlU 
vrance , & de faire retomber fur Tes pcrfëcu-) 
teursy fur nos ennemis & nos rivaux» tqus les 
maux dont. ils ëtoicnt caufe. Mile fois' j*aifa-^ 
tigué le Ciel par des vœux importuns , afin 
d'en obtenir le bonheur d'ôtre choifi pour le 
libéraCeur de notre patrie , & pour l'indru- 
ment d« fes ivengeances. > •:i\rM 

^ *Voilà , chtr ami , quelle a été mon ambi- 
tion , noble comme moi dans fèsi principes^ 
vafte dans fcs projets , féconde éh i reflburces y 
ardente k faifir tous les moyens qui do'vofene 
m'appracher du tr6ne, aupied du quel jcifuis 
maintenant a/fis. .- 



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Si mon heiireufe::(5toile , ami Boot , m'eut 
ëIev(S » il y a un luftre, au pofte que j'occupe; 
ah.î comme tu dis fort bien, que j'euflfe bien 
autrement mené les affaires ! J'eulTc fait ram- 
per la Hollande à mes pieds : j'euife humillié 
la France: abailTé,: atterré l'Efpagne: fait de- 
mander pardon à l'Amérique : tenu en refpefk 
dans leurs glaces les Puiffances du Nord: tout 
l'univers eut tremblé. . . Tu vois encore com- 



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( 102 ) 

me les chofcs à trois quarts dërefpdrdes, lors 
de mon apparition au Confeil , je les ai réta- 
tabiics au point de pouvoir efpércr fur nos 
ENNEMfs & nos RIVAUX le plus glorieux tryom<« 
phe. Ce n'eft encore rien: laifTe faire,' Tamiy 
& tu verras beau jeu. > , î-»'-^ >l »*^r 

r". Voie! comme je penfe : je connois la Franco 
fur le bout des doigts; ainfi jeraifonne: ainfl 
ai-je toujours raifonné avec un grand politi- 
qijis de mes aniis:(*) — „CettoPui fiance s'eft 
mife'par un traité inconfldéré dans les fers du 
Congrè&r L'Europe qui a toujours les yeux 
fixés ilir fon audace & Ton ambition , a vu du 
premier cpup d'œ^l un grand dcflein, & nul- 
les démarches concertées 5 a vu dans fes arfe« 
naux & dans fes ports des préparatifs immen- 
fes, & nulle exécution; a vu des flottes me- 
naçantes , & cet appareil rendu prefque inu- 
tile; la témérité & la valeur dans les particu- 
liers, la molcife & Tirréfolution dans les chefs; 
tout ce qui annonce d'un côté, la force & le 
pouvoir impofant d'un grand peuple , tout ce 
qui annonce de l'autre, la lenteur & la foiblefTQ 
qui tiennent aux çaraâères «Sç aux vues. 



C) C\'a le ç<;içbre Abbé Rayml, 



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(103) 

C*eft par cette contradiftion frappante etilft 
les projets & les démarches des François, en- 
tre les moyens & refprit qui les employé, 
que le génie Anglois, un moment étonné a re- 
pris fa vigueur ; & jufqu'à préfent , c'eft , com- 
me a dit mon ami , un problème à ré foudre 
pour l'Europe, fî la France, en fe déclarant 
pour les Rebelles de r Amérique, n*a pas elle- 
même relevé les forces Britanniques. . '"î^^fr 

Ah! ami Boot, que j*aî admirablement I^ien 
faifi , pendant mon féjour à Paris , l'efprit des 
French âog : que j*ai dans une bien fine balan- 
ce pefé leur puiflance & leurs reflburcès ! Je 
n'ai jamais défefpéré de ma vie que nous ne 
puiflions les battre à platte couture , & les 
réduire avec le tems à nous demander la paix 
à mains jointes. ;^ ;^^' ^^'^ ^■y-t' ■> iu^; • 



{• !• 



J'ai finement détaché Cumberland à la Cour 
du Pardo pour lui tâter le pous : j'ai vu fon 
aveuglement , fbs incertitutes , fes lenteurs ; & 
je fuis prefque fur de fon infidélité vis-à-vis de 
lu Cour de Verfailles: je fais de bonne part 
qu'elle n'eft pas à fe repentir d'avoir époufé fa 
querelle, & par conféquent celle des Américains. 

G4. 



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( 104) 



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: Pour la Hollande contre qui j'ai fiiît hau- 
tement une levée de bouclier: tu vois, l'ami, 
fon indolence , fa foiblcfle , fa nullité. Les 
Hollandois font nos amis, depuis un Odclc; ils 
favent que nous tenons dans nos colîrcs leurs 
tréfors ; que d'un coup de griffe nous pouvons 
les réduire fur la paille, je plarle des hauts & 
PuiiTans Seigneurs de la République qui tien« 
, ncnt dans leurs mains le timon de l'Etat. Nous 
avons pour intimes le Prince Stadhouder, le 
Duc de Wolfenbuttcl: tous deux nous ont juré 
fidélité jufqu'à h mort. Nous tomberons à 
corps perdu fur les Hollandois : ils feront fem* 
blant de fç revenger , mais ils fe laîfferonç 
prendre comme des fouris dans la trappe. Nou^i 
chargerons nos Canons avec des morceaux do 
verre, de bouteille & dç porcelaine, & ils ti- 
reront fur nous avec de la poudre blanche, 
C'eft un accord fait , mon ami : tu as vu , 
avant la déclaration des hoftilités , l'Amiral 
Hollandois Ryland rendre les armes au Com> 
modorc Fielding, au premier coup de pidolet 
tiré î tu as vu un autre Byland , parent du 
prçmiçr , ^bailTer humblement pavillon à St, 
Euftache, k la première réquifition de l'Amiral 
Roducy ; il en ira toujours 4q même, fpi^-Qn 



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( 105 ) 

(iir , ami Thomas. Nous avons plus d*amis 
dans la République que les Fnnch-Dog n'en 
pourront jamais avoir. . 

Quand au fot Syftôme de Neutralité- Ar- 
mée formé par la politique hyperborécn- 
ne, c'eft un rèvç aftuellement diffipé. Je fa- 
vois bien que je parvicndrois à enchaîner de 
chaînes d'or le Cabinet Moscovite , foufflé d'a- 
bord, comme tu dis fort bien» amiBoot, par 
les Louis de Verfailles. La Czarine a voulu 
fe donner un ton. Elle avoit contre nous 
un peu d'humeur. Mon prédéceiTeur SufFoJçk 
l'avoit un peu fâchée.: je lui ai fait entendre 
raifon : je l'ai racommodée avec nous. Elle 
a vu de fes yeux que de tous lcs^ frais énor- 
mes que dévoient néceflairement occafionner 
les armemens de fon plan , elle n'en retirer oit 
au plus qu'un écaille. Elle a dit ; f ai fait um 
faujfe combinai/on, & elle s'eft tUe. Si elle eut 
poulTé plus loin , je lui eufle bellement fuit, 
mordre les pouces, ainfi qu'à fes autres Confé-»' 
dérés. Ami Poot, ... 4 r; î; 



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Nous avons à cette heure un AUid puiflant. 
Marie-ÏWrcfe a bien fait de moiiiir. Son 

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fils Jofeph cil tout à nous. Ceft un jouné 
homme plein de feu ; qui ne refpire que pour la 
gloire , qui couve dans fon cœur unreflèntiment; 
mortel contre la France. Je le connois de 
longue main : il eft capable de grandes cho- 
fes : il eft aébif, entreprenant; & c*eftce qu'il 
nous faut. J'ai confeillé au Roi de lui en- 
voyer fon frère aine le Duc de Glocefter pour 
le complimenter aux Pays-Bas, & l*inviter à 
faire un tour chez nous. Il l'a promis. Pen- 
dant fon féjour noui traiterons de grandes af- 
faires, & je té donne ma parole, ami'Boot, 
que je ferai li Iwen que nous conclurerons en- 
fcmblc une alliance indilToluble. Il y aun million 
Sterling tout prêt pour lui pour une paire de 
gants. Nous ne laifferons pas l'Empereur s'en 
retourner à Vienne , lès poches vuldes , je 
t'en aflure. Nous avons tout l'intérêt poffible 
de le bien foigner; car, fans lui, nous pour- 
rions nous dire feuls contre tous dans le mon- 
de. Ce n'eil pas que , feuls , nous ne puiilîons 
faire face à l'univers entier; mais un ami n'eft 
jamais, de trop dans la vie. L'an prochain , 
je te protefte , on verra beau jeu. L'Améri- 
que réduite; l'Efpagne aux abois; la Hollande 
à fôii ^ à fang ; la France à nos pieds j h 






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Grande-Bretagne tryomphante & gîorieufe ; 
voila, ami Boot, ce quej'efpère, ce que j*at- 
tends 9 ce que je crois. ' 

Adieu, Thomas; je n'ai pas fermé Tocil de- 
puis trois jours: il y en a huit que je n'ai pas 
couché avec My Ladi. Elle tempête fort con- 
tre la guerre, contre les Américains, contre 
les François, contre tout le monde. Adieu, 
Boot, adieu, une autre fois je t'entretiendra^ 
plus au long. 






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'- De THOMAS BOOT au Lord ^^ 

■•" • ^''■-^'' '■■' SANDWICH.*" --^''^^ '■■'•'T' 

C ne puis, en commençant cette Lettre, quô 
vous féliciter, My Lord; que féliciter la Gran- 
de-Bretagne fur la bonne contenance , qu à 
l'aide de votre politique confommée , de vos 
travaux affidus, nous faifons vis-à-vis de tou- 
tes les Puifîances du monde. Tous contre 
nous , feuls contre tous , nous tenons hardi- 
ment tctc à l'univers entier. Grâces immortel- 
les foicnt rendues à votre Seigneurie, My 
Lord ! entraînés , plongés dans une guerre mal- 
hcureufe ; l'Empire Britannique injuftement , 
perfidement provoqué , attaqué , aflaflîné par 
des ennemis cruels & atroces , une ligue fe 
préfcntant fous l'afpeft le plus formidable, pour 
arracher de nos mains le fceptre des mers ; tous 
les maux de la bocte à Pandore prêts à fondre 
fur nous, conjurés, diffippés par la fagelTe de 



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( ro9 ) 

votre Seigneurie , ah ! My Lord, quelle louan- 
ge ! quelle gloire pour vous! Ânglois, faites 
entendre vos voix , redoublez vos fons juf- 
qu'à ce que l'écho ait pouffé jufqu'aux nues 
le nom du grand , de l'immortel Sandwich I 
Vils reptiles , qui diftillez fur fa perfonne le 
venin de l'afpic , rentrez dans le néant tout 
à l'heure I .(à 



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Dans rinftant de la plus forte criie; dans un 
moment où tous les refforts de l'Etat font for- 
cés ; où tous les mufcles du corps politique^ 
éprouvent à la fois une tenfion violente , font 
en quelque manière fortis de leur place ; con- 
tribuer encore à la défenfe, à la fpJendeur mê- 
me de la patrie ; quelle fcience , quel génie & 
quel art ne faut-il pas avoir pour cela! per- 
fonne de julte & de raifonnable parmi tous 
les graves & fenfés perfonnages Anglois, ne 
vous en côntefte le mérite, My Lord. De- 
puis fept ans, vous tenez captifs dans vos fer- 
res les rebelles Infurgens de l'Amérique; depuis 
quatre , vous enchaînez la France ; depuis 
trois , vous battez l'Efpagne ; vous avez ré- 
duit en poudre la ligue du Nord; vous avez 
fait mettre culotte bas au Lion Belgique^ 



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^ •■•■:-• ( 110 ) :^x-- , < 

Vôtis lui avez bellement peigné fa crinière?*/ 
à cette Jieure , vous faites trembler • tout le 
monde. . . * Quel miraculeux miracle, My 
Lord! ... On appelloit le fameux Duc de 
Choifeul , d'après un( bon mot de la Czarine 
régnante , le fouffleur des Cabinets , le coclief 
de rEunpe^ le boute-feu de Vunivers» . . Ahl 
puilTe aller à tous les Diables, My Lord, ce 
cruel ennemi de l'Angleterre, auteur de tous 
nos maux l Et votre Seigneurie puilTe-t-cUe 
éprouver, à préfent & toujours, toutes les 
bénédiâions du Ciel pour fon zélé & fcs ta» 
lens à défendre les intérêts & à cenferver 
l'honneur de l'Empire contre fes forcenés en- 
nemis 1 Vous méritez bien autrement que ce 
Dog, My Lard, un bon tribut d'éloges. .'''' 



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^ C'eft ce rogne , oui ce rogue de Choifeul 5' 
My Lord, c'eft lui qui eft la première cau- 
fe de la malheureufe révolution de l'Améri- 
que , de la guerre funefte qui nous aiflige , de 
toutes les calamités grandes qui nous peignent. 
Vous ne favéz peut-être pas comment cet in- 
fernal génie s'y eft pris pour nous porter des 
coups; je vais vous le dire: un peu de patien- 
ce , My Lord. Je l'ai connu au parfait: je 



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•lui ai fait des fouliers, des pfcarpîns & des mu- 
les à Paris. C'eft un bien vilain Monficui', 
mais farci d'efprit & de malice. 
, ;.. . ■■ . . ■ ' -if. 

* Que je vous raconte en ràccouçi fon his- 
toire : çlle pourra diftraire, égayer votre Sei- 
gneurie, lorfqu*elle reçoit de mauvaifes nou- 
velles dans ces Bureaux ;ia voici. 

/ Pour commencer , faut vous dire , My Lord » 
que ce Choifeul étôit lïn pauvre Gentleman i, 
mais de bonne maifon , alliée , dit-oti , à la fa^ 
mille Lorraine. Une de fes proches paren- 
tes (*) encore vivante a été pendant 40 ans 
maîtrefle du feu Prince Charles à Bruxelles. 
Brillant de jeunefle & de fanté , orné des gra- 
des du langage & de Teiprit, mais repouiTant 
par fa dégoûtante figure, ce rogMe fembloit 
B*exercer déjà dans les cercles ' à l'art d'intri- 
guer qu'il a pofTédé depuis fi éminemment y 
&^ développé fi bien dans les objets les plus 
importans de la politique. Il appliquoit cet 
ftpt, non feulement aux circonftances délicates 
où il falloit commencer par l'afluce & la rufe 

(♦) Madame" de Choîfeul-kcjft. V:^«b^.i~ii^ *^ 



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une n5da6lion amoureufc, à la quelle jie f)r^« 
toit pas fon extérieur rébutant, mais, comme 
par un preflentiment fecret , fe Tentant né 

,. pour travailler plus en grand , il s'en faifoit 
une occupation devenue bientôt un jeu pour 

'• lui. ■■ j •' ■"•.■■' .-•■....■,... 

,^' Un jour, My Lord, il paria de brouiller 
douze femmes çntr'elles & il reuffit. On vou- 
lut diminuer fa gloire: on trouva que la cho- 
>^,fe n'étoit pas difficile, & croyant lui propo- 
fer une Négotiation impoiIil;>le , on lui dit que 
l^^Ic chef • d*œuvre du génie feroit do les rac- 
^ commoder. Il accepta le défi & gagna de 
,1 môme (•). ,4^1;;^^$'^. ■)5^rîi;.4^*^:'i^\ ^lm%^ 

C'eft ce même rogue, My Lord, qui parvenu 
depuis au Miniftère par le crédit de la Mar- 
quife de Pompadour, & trouvant la France 
plongée dans une guerre malheureufe dont 
elle ne pouvoit^ fe tirer par la force des ar? 
mes , tâcha d'oppofer, le génie de la politique 

^ (•) Voyez le àéfaht Cours de poUiiqiiei i'ûfSige des Da- 
mes Aliemandes & autres, par l'Abbt^ Jacobi, Chanoine 
de Dufleldorf; , . . , ..^,, ,-.,,,. ^c.:.).v<.;^^...4;n. ^ ^ 



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au génie de la vifloire aliénée ) & parfbnpae* 
ce de famille fit partager adroitement à l'EPpa- 
gne & les pertes de Ton Souverain Se une honte 
qui , autrement , auroit rejailli toute eutière 
Airelle. Mais ce coup d^adrelTe n'eut été rien, fi 
dès lors méditant une vengeance lente & combi- 
née f il n*eut auilî préparé les moyens de Tezé- 
cutcr. C'eft dans cet efprîc que cherchant à 
afFoiblir l'Angleterre par des troubles conti- 
nuels , tandis que fa patrie réparoit dans une 
paix profonde Tes forces épuii^es , il fomen- 
toit à Londres les diviflons excitées par Wil- 
kcs; il excitoit les tracaiTeries entre les Colo- 
nies & l'Empire ; il lui foulevoit jufques dans 
l'Inde un Ennemi formidable dans la perfonne 
de Hider-Ali-Kan ; & du même coup d'œil em- 
braflant tout le Nord, il attachoit à la France 
la maifon d'Autciche par l'efpoir d'une allian-', 
ce ; il enchaînoit l'a^ivité du Roi de Pruflè 
par la crainte de cette union ; il amufoit l'Im- 
pératrice de Ruilîé, occupée à calmer un Royau- 
me agité par des cabales qu'il favorifoit four- 
dcment ; il allumoit la guerre entr'elle & le 
Grand-Seigneur , perfuadé que c'étoit indirec- 
tement fr«)per l'Angleterre , placée dans l'ai» 
ternativc*cruelle de perdre fort commerce du ' 



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Levant où celui avec la Ruflie. Enfin, My Lord » 
étant parvenu par une chaîne de combinaifons 
éloignées à voir cette PuifTance rivale fe dé- 
garnir de la meilleure partie de fi marine pour 
recourir Ton allide , il alloit de concert avec 
rEfpagne , faire éclater leurs communs projets 
de reflèntiment ,- lorfqii*une femme (♦) , plus 
adroite que lui» le renverfa avec fes deflfèins. 

A la culbute que cette îf^hore fit faire à ce 
Rogue , My Lord , le fyftôme des Cours chan- 
gea prodigieufcment. Ce n'étoit plus le Con- 
feil de Verfaillcs qui gouvemoit le Confeil de 
Madrid ; c'étoit celui-ci qui vouloit avquerir 
de Tafcendant fur le premier. L'Efpagne im- 
patiente de combattre & de fc refaire de fes 
pertes, fe plaignoit de Tefprit de paix qui diri. 
geoit le dernier Miniftre des affaires étrangè- 
res fous le feu Roi C1)> & qui femble être le 
môme fous le règne aftuel. .^..^a ..^^ „ 

' ? Au refte, l'impulfion donnée par le Duc de 
Choifeul à toute l'Europe étoit fi forte , que 
l'ébranlement en fubfifte encore. 11 eft vrai 

(*) Madame Du Barri. ;^- ■ '* ■ • 
(t) Le Duc d'Aiguillon, 






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( i>5 ) 

que Tes intentions & Tes vues valles n*ont pu 
été remplies; il en a refaite des effets bien oppo* 
fés k fa politique: les troubles de la Pologne en 
ont occaûonné le démembrement j la guerre 
déclarée par les Turcs à^la RuiCe, n'a fait qu*ac« 
croître la gloire & la puilTance de cette der- 
nière: les efforts pour noys chaffer de Tlnde 
ont tourné à notre avantage & nous y ont plus 
fondement affermis; & grâces à vos profondci 
vues , à vos, brillans talehs , à votre pré- 
voyance , à votre aélivité étonnantes , il n'eft 
pas à douter, My Lord, que votre Seigneurie 
ne faffe rentrer fous le fceptre d'Albion ^'in-. 
grate Amérique, ne porte le fer & la flamme 
chez nos ennemis, ne faffe gronder fur leurs 
têtes le tonnerre, & ne les écrafe de fa foudre. 



Û 



Pardonnez cette difgréfHon au rapport de ce 
rogue de Choifeul, My Lord, je l'ai cruené- 
ceffairc pour faire briller davantage aii grand 
jour la fageffe de vos projets, & diffîper cette 
nuée ténébreufe de corbeaux qui croaffent fans 
ceffe au tour de vous, & dont Tunique objet 
efl d'obfcurcir la gloire de votre Seigneurie* 
Oh ! que vous paroiffez grand ft mes yeux » 
My Lord! quel courage! quelle intrépidité l 



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( ri6 ) ,^^^'-' ■' 

quelle audace, j*admire, moi , en votre perfon- 
ne ! Inférieurs en inftrumcns de guerre , & 
être fuperieurs à nos ennemis ; provoqués , af- 
Tafllis , pour ainfi dire , par toutes les PuifTan- 
ces de la terre, & faire face à tout l'univers; 
quelle belle chofe ! Que vos aétioni; étonnent 
grandement nos petites âmes ! Ah ! fi vos con- 
frères Stormont, North, Germaine, avoient 
la même trempe <l*ame de votre Seigneurie, 
My Lord; s'ils avoient votre capacité, vos lu- 
mières ; oh ! qu'il y a lon^tcms que nous enf- 
ilons vomi la terreur , foudroyé les rivages 
des deux mondes 1 mais , grand My Lord 1 
vous êtes le feul tenant du conleil du Roi qui 
voyez clair; qui ayez des yeux & de la tôte. 



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Si vos Confrères cuUbnt eu le feos commun; 
s'ils eufient eu fculemenc quelques petits grains 
du génie de votre Seigneurie , ils eulTcnt com- 
pris, comme Ta dit un certain French Ab- 
bot (•), que le môme délire qui les entrairoit, 
malgré votre fage confeil à l'attaque des Colo- 
nies révoltées , les rcdoifoit à la nécefTité de 
déclarer à Tinflant la guçrre à la i'i.vr.:e. 



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(117) 

Alon regnoit dans le Confci) dr Verriitlet la 
pufiUanimité qu'infpire toujours un nouveau 
règne ; alors Tes finances étoiert dans la con- 
fufîon , où les avoicnt plongées vingt ans de 
fol)?. Alors le délabrement de fa marine 
rr.ii HiToit d'inqi^iètude toute la France. Elle 
noik; eut paiTé, fans bouche ouvrir, bien des 
croquignoles que nous euffîons pu lui donner 
à notre aife. La France n*eut ofé fe revenger. 
Nous-eùt-elle déclaré la guerre ? point du tout. 



T- A la tête de fon Cabinet étoit» comme eft 
aujourd'hui, un vieillard (f) prefqué o6logé- 
naire , nullement inquiet , remuant, ni ambi- 
tieux ; homme aimable , & véritable Epicu- 
rien , ne cherchant qu'à jouir; furementi ee 
n'eut pas été lui qui eut foufflé le feu de la 
difcorde. Il avoit beaucoup d'égards , comme 
toujours , aux avis de fa femme , & celle-ci 
étoit dirigée , comme elle l'eil encore , par un 
certain Abbé de Veri. Or , My Lord , pen- 
fez-vous qu'un fage , une femme & un Abbé 
foient fort redoutables pour nous ? 



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(t) Le Coiiîte de Maurepni. 



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; (118) 

" Lé Comte de Vergennes étoit trop bonipoli- 
*'lqiïé quoiqu'il ait fouvent donné à gauche* 
pour ne pas- adopter le fyftême du vieux men- 
tor du Roi, Il eut confeillé à négocier & non 
îi batàillier. S'il eut été fage, comme on le 
prétend , il fe fut attaché à tirer le meilleur 
parti poflible de notre défunion, en traitant 
alternativement avec nous & avec les Rebel- 
iés, ou même h la fois ; mais il n'eut pas opiné 
pour Une rupture qu'il n'eut été bien fur que 
nous étions hors d'état de réfifter , ou dans 
rinipofîibilité d'une réconciliation , & avant 
-qu'il eut vu cela, les Américains fe feroient 
•infailliblement foumis. . 

'""'- L'homme le plus à redouter pour nous dans 
le Confeil du Roi , étoit peut-être le Comte 
'Ue- Sti Germain , s'il eut été plus jeune & plus 
.'ancré dans la confiance du Monarque; mais il 
•^cômitiençoit à s'attirer de facheufcs affaires fur 
les bras par le bouleverfement progreffif qu'il 
faifoit dans le militaire. Il étoit lui-même dans 
Ja nécefljté de délirer la continuation de la 
paix au dehors , afin de pouvoir tenir tcte 
aux ennemis qu'il Çq faifoit , (Se appaifer les 
troubles du dedans , afin d'avoir le tcms non 



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( "9 ) 

feulement d'èxëcuter fon plan à loifir , mais 
de le maintenir & de le confolider. Comptez ^ 
My Lord , qu'on ne lui eut pas donne cartt 
blanche, que même on ne luiauroitpas laiffê 
entamer Tes opérations , fî l'on eut eu quel- 
ques projets hoftiles. MM^ :^/; i; ::> ;/ ,*: 

- ^ ' « ' ; •, . _* 

. M. De Sartine ëtoit dans le même cas. Il 
rouloit de grands defleins dans fa tête; tran- 
chant du petit Colbert, il vouloit refondre la 
marine , ou plutôt la créer à fa guife fur un 
nouveau plan. Comme il étoit tout neuf daa^ 
le miniflère dont il étoit chargé, il étoit trop 
adroit pour vQuloir fe commettre dan* des 
opérations de guerre, où la moindre faute lui 
eut coûté fort cher , eut trahi fon ineptie , 
fait jetter les hauts cris contre lui , & eut 
obligé le Roi de le renvoyer. Cet homme 
étoit trop timide pour fe hafarder à nous pro- 
voquer. ^ ,. , , ..^ 

■^- ' ' '-' ■ ■ -" " » •■-'■>•■'-■ 

Vous ne penfez pas non plus , My Lord , 

que M. Turgot opinât dans le Confeil pour 

nous attaquer. Outre que c'étoit une efpèce 

de Qiiaker, ennemi de toute efTufion de fang, 

regardant la guerre comme un état contre na- 

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.-),; :.#....- 



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( 120 ) 

tttffe-, c'eft que dépofitaire & difpenfateur da 
fifë- public 5 de ce nerf de toutes les opérations 
militaires, il ferttoit mieux que pcrfonne la dif- 
licultti & peut-être l'impollibilité, de fubvenir 
à des dépenfca extraordinaires , comme celles 
qu'eut entrainccs une rupture avec nous. 
D'ailleurs , occupé lui-même à réalifer les fpé- 
(iulaelons du bien public dont il avoit la tCte 
remplie, à combiner les reviremens, les bou- 
leverfcmens qu'il vouioit tenter dans les finan- 
ces, il en eut été abfolumcnt détourné, & ne 
ih fut plus occupé , au contraire , qu'à prelFu- 
rer la nation pour fubvenir à des befoins ur. 
gens , prêts à renaître fans c^flb & toujours 
plus prelTés & plus forts. 

Reftoient dans leConfeil,le furkimeraire Mi- 
niftre d'Etat Bertin, & le valeureux Maréchal 
de Soubife. Quand même ces deux Miniftres 
de la vieill© Cour n'cuflent pas contrafté l'a- 
pathie & l'indolence; le premier d'un carac- 
tère doux & tranquille, chargé de détails qui 
ne peuvent fe foutenir & fleurir que dans la 
tranquillité d'une paix profonde ; il devoit la 
dcfîrer, & prêcher pour la paix. Le fécond 
;ivoit trop bien appri^ <i fcs dépens à Rosbach 



/ 



( ( 121 ) 

qu*il n*étoit pas propre à la guerre, pou^ 
fouhaiter qu'elle renaquit. ^^ /. 

Reftoit enfin l'Ambafladeur d'Efpagne (0> 
plein d'un génie bouillant , ne refpirant que la 
veOgeance & la guerre. Sans doute fes infi- 
nuations auroient pu faire beaucoup d'efet» 
fuivant Tinfluence de la Cour de Madrid fur 
celle de Verfailles; mais cette influence étoit 
heureufement bien diminuée, ou prefquc nul- 
le , depuis Texpulfion du Duc de Chpifeul. 
On fait qu'on a remué dans le tems ciel & 
terre pour ramener ce redoutable ennemi de 
kl Grande-Bretagne ; mais on a fyu auifî que 
c'étoit le feul point fur le quel Louis XVI. 
s'efl montré inflexible; qu'il ne peut fans in- 
dignation entendre prononcer le nom d'un 
homme contre le quel on lui a donné les inU- 
jiuations les plus finiftres (t). " : •: 



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• Pcut.on réfifter , My Lord, à cette foule 

(*) Le Comte d'Arandt-, •.'>:,* 

••(t) On prt'tend que le feu Duc de la Vàiiguyon n dit 
à fon Royal clc-ve, que le Duc de Choill'ul étoit l'auteur 
dç h mort d^ feu Daupbin. ' .■',,.; 

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C 12^ ) 

dé probabilités pour la continuatioti de la paix^ 
tirées du caraélère des perfonnages intérefTés à 
^ la chofe , ou ayant voix pour en décider ? 
Ajoutons quelque chofe de plus; c*eft que 
j)arnii tous les Princes de la Cour de Verfail- 
les , on ne voyoit que le Comte d'Artois qui 
la defiroit, excité par ce tempérament de feu 
qui le dévore. Monfimr , pour qui le Roi a 
une fbrtc de v énération , eft d'un flegme & 
d'un bon fens trop oppofé à Timpétuofité àG& 
guerriers^ Le Duc d'Orléans- étoit dans la dé- 
\ votion , & tout occuppé de fa Marqùife de 

Monteflbn; le Pfince de Conti femouroit; le 
Comte de la Marche avoit paffé l'âge de fe 
diilinguer dans les champs de Mars; il n'a rien 
fait de brave de fa vie; tous fes exploits font 
des exploits de C. le Prince deCondé, ainfî 
que fon fîls , le Duc de Bourbon » étoient fans 
confiftance : il n*y avoit que le Duc de Char- 
tres qui fcmbloit vouloir fuivre le métier des 
armes; encore falloit-il plutôt attribuer fes 
petites campagnes de mer, à fon defir de voya- 
ger , à fon inquiétude naturelle , qui ne "lui 
permet pas de refler en place , à l'efpoir de 
fuccéder à fon bênet de beau père , le Duc 
de Penthièvre , plus qu'à un goût d'héroïf- 






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( 123 ) 

ffld véritable, à iin amour invincible de^k 
-gloire, '^vif^'^m c?, 'y.:a'i ^^d^ .>:jm juv^/h 

' Enfin , My Lord, pour faire la guerre, il 
ne fuffit pas , comme vous favez , qu'un Roi 
ou fes Miniflres en ayent le defîr ; il faut y 
joindre les facultés, s'y préparer d'avance, 
avoir ^ des munitions , des foldats , de l'argent 
fur tout, & la France n'avoit rien de tout ce^ 
la dans le tems. Votre Seigneurie fait quel étoit 
le mauvais état de fes finances , qui , loin de s'amé- 
liorer, nefaifoit qu'empirer réellement, tandis 
qu'on feperdoit en vaines théories , en réformes 
imaginaires. Les troupe&étoient prefqueen auS 
mauvais ordre. On comptoit tout au .plus loo 
mil!le hommes effeélifs , à caufc des défertions 
innombrables commencées feus le Duc de 
Chôifeul, & continuées depuis 'à raifon des 
changemens continuels d'exercice fatiguant, d. 
dégoûtant le foldat. L'artillerie étoit dans le 
plus mauvais état , depuis la divifion furvenue 
dans ce corps à raifon des deux fyllêmes qui le 
partageoient & des réformes qu'avoit occafion- 
nées le nouveau fyflême, avidemment & aveu- 
glement adopté fuivant le génie François. Les 
variations du Minière à l'égard des vivres &; 



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t^I$rovifibnnèfnèns concernant, les troupes» 
avoient mis cette partie en foufFrance & em- 
pêché de prendre des précautions que la pré- 
Voy^ànce; exige & exigeoiènt mieux encore, 
en cas de mouvémens extraordinaires. ' •;: 

■ La marine, département le plus eflentiel, 
puifque cette guerre eft furtout une guer- 
re maritime, n'étoit pas dans un meilleur 
«Jtat. En j 771 il y avoit dans les ports 64. 
vaiffeaux. de ligne alTez bien conditionnés. En 
1776. ils étoieht prefque touà pourris (*) , 
ou avoient beibin d'être refondus, ou d'un 
radoub confidérable: les magafins étoient fan$ 
fourniture, leA àrfenaux fans mulnitions: on 
commençoit feulement à s'en occuper» Il y 
avoit ordre à Breft & à l'Orient d'armer des 
batimens pour aller chercher dans le Nord des 
mâts, des chanvres, du goudron: M. de Sar- 
tine foUicitoit vivement des fonds pour ces 
fournitures extraordinaires. ; ■:.^,:. 

Jugez, My Lord, s'il y avoit là de quoi nous 

(*) Il y a dans la rade de Breft de vers qui piquent 
les vaifteauz & les minent four(}ement, fnns qu'on pui(S$ 
y remédies autrement qu*en les fairant naviguer, "^j n;. ' 



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fhire trcmblei' beau(ioup alors 5 &: fî un ccf* 
tain Lord n'avoic pas raifon d'avancer dana, 
le Parlement qu'on n'avoit rien à redouter de 
la France , d'après ce qu'il avoit remarqué du 
génie d'inquiétude, d'inftabilité , de puiillani- 
mité, qui fe caraélérifoit même dans les ef- 
forts qu'elle faifoit. . m^- 






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Indépendamment de ces faits , quels adver« 
faires eulHons-nous eu à combattre en cas de 
rupture, My Lord? de pauvres lires, vrai- 
ment. Votre Seigneurie en jugera par l'é- 
chantillon que je lui tranfmets. 

A le tcte, de la marine de France fe trou- 
▼oient deux Vice -Amiraux, le Maréchal de 
Conflans & le Comte d'Aché. Le premier, 
perfonnage vain, emporté, foible, capricieux, 
fe laiffoit conduire par de jeunes cerveaux. 
Le fécond avoit beaucoup d'acquit, de cou- 
rage, d'ambition, mais n'étoit pas heureux. 
Tous deux nous avoient été encore plus uti- 
les que l'Amiral Bing ne l'avoit été à la Fran- 
ce. Au premier, nous devions la perte entiè- 
re de la marine Françoife , & au fécond nos 
prodigieux fuccès 4ans Tlnde, la profpérité de 



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Bos ëtabUfTetnens , la deilruAion de ceux de 
nos ennemis, if.n.»» iijiq .)r«u'.,^-!i v, .-;.i. i ... 

: Qui comptoît-on après eux, My Lord? le 
Comte d'Ëftaing ; homme d'un grand nom à 
la vérité, mais entaché de ce péché originel 
que rien ne peut effacer , parce qu'il eft 
intrus. Odieux à tous les marins pour 
avoir paffé fur le corps à nombre d'Officiers 
de diftinélion , & les avoir reculés de leurs 
rang. ".^-!' inv-,^ 



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Qui comptoit-on après lui ? un M. de Beaui 
fremont, Prince de Liftenois, perfonnage qui 
n'a jamais étudié fon métier , d'une ignoran- 
ce crafTe. Il commandoit une divifion dans 
l'efcadre de M. de Conflans , & prenant pour 
fignal de chafle celui de ralliement , il fe mit 
à fuir à pleines voiles , jufqu'à ce qu'il eut at- 
teint la rade de l'île d'Aix. 



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Qui comptoit-on encore ? un Comte d'Au- 
bigny, homme fans tête; un Comte de Ro- 
quefeuil homme fans principes de l'art, fans, 
expérience; un Marquis de St. Aignan, pau-: 
vrc homme, n'ayant que fon nom pour lui; 



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un Comte de Coufige- la ^Rochefoucauld, 
de môme ; un Prince de Montbazon , franc 
étourdi, fort libertin, en un mot, comme on 
a dit, grand Seigneur dans toute la force du 
terme , en ayant les travers & les vices ; un 
Vicomte de Morogues, appelle dans les ports 
par déridon le Vicomte de Morgue, bon ar- 
tilleur, mais encore plus grand intriguant: c*é- 
. toit un des Confeillers de Boyne (•) ; il étoit 
de fes parties fines , & lui faifoit faire tout 
ce qu'il vouloit, c*e(l-à-dire , bien des fotti- 
fes; du relie ayant été peu à la mer<$ ne s*y 
étant nullement fignalé; n*ayant par devers 
lui aucune adion, aucune campagne mémo- 
rable ou connue. 






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En voici un autre, My Lord, qjui n*a pas 
inventé la poudre ^ mais qui prouve que dans 
le métier de la guerre ^ le cœur eft la partie 
eflentielle ; qu'il peut fuppléer à la tête. Si 
tous fes camarades avoient comme lui payé 
de leurs perfonnes dans la dernière guerre, 
nous n'euflions pas eu tant de vaifTeaux aux 
François & tant d'autres chofes vraifembla- 



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(*) Miniftre de la marine avant M. de Sanine. 



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^■iMittSimrâf ii " ":l"! ' âi ! f ii. jii« à |'. 



blement. Il a perdu un bras dans un com^ 
mandement (*)• ^«^ ^' ^® Maurville. 

Voilà, My Lord 9 tous les Lieutenants -Gé- 
néraux qui 9 à les apprécier à leur jufte va- 
leur, fe réduifoient à un, d?'gne à tous points 
de remplir les fonélions d*un grade auifi fu- 
périeur. Mais M. de Sartine en a fait de fa 
façon, & on a pu juger de fon choix. ,, 

Les François étoient-ils mieux en Chefs 

d'Efcadre, My Lord? Vous l'allcz voir. L» 

* premier qui fe préfente fur la ligne , c*eft le 

., . ,. ... .. , , ;. , Bailly 

(*) Relation du combat de P^lquilon , du 20 Mai 17^6.^ 
grand courage de M. de Maurville, qui, le Cl.trir(^ien vou< 
lant lui couper le bras, s*écroit: il eft inutile; coupez ce 
qui refte, mettez l'appareil & qu'en me monte fur le 
gaillard. ... Il ne pût monter , mais il s'écria de non- 
veau : Courage , grand feu ! je défem d'amener. ... H 
ajoutoit qu'<?vtff de Pintrépiditi on vair.croit. ... On 
ne connoifToit plps de fabords à rAqulkn. i . . Notre 
Commandant Anglois avoit fini par envoyer ces cuillers 
Ca fourchettes , faute de munitions. . . . U Aquilon avoit 
tiré I, 100 •& plus de boulets de 12, ... On prétend 
qu'on n'a jamais vu de vaiiTeau dans Tctat oîi étoit le 
notre, My Lord. On doutoit qu'il pût gagner nos côtes* 



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( 129^) 



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fur le 
non* 
II 
On 
Notre 
niillers 
avoic 
rtitcnd 
oit le 
côtes* 



Bailly de Raimond d'Eaux, excellent Officier 
en tems de paix» Vient enfuite' le Comte 
d'Orvilliers, dévot & point hypocrite, confé* 
qucmment faifant bien fon métier qu'il a tou- 
jours mis au rang de fes devoirs ; borné du 
relie , &. fans aucune aélion d'éclat qui annoni> 
ce des talens fupérieurs. Suit le Comte Du 
Chaffault, Officier de diftinftion, très expéri- 
menté , prudent , réfléchi , bien capable de 
défendre l'honneur de fon pavillon. Vient 
M. Mercier, bon à accoupler au Bailly de Rai^ii 
mond d'Eaux ; le Comte de Breugnon , de piè- 
tre mine , peu impofant dans le commande» 
ment , ayant beaucoup fervi dans la dernière 
guerre & même depuis , mais fans que cela 
veuille dire grand chofe ; de la Touche , Uii 
homme au quel nous devons des aélions de 
grâces, My Lord. Oui, ce perfonnage figu- 
re dans les tableaux de notre Wauxhall. C'eft 
à lui que nous fommcs redevables de la con- 
quête de la Martinique. 

■ .' / 'à - I 

Le Sieur Dabon , un des meilleurs marins du 
déi artement de Toulon, peu fertile en habi- 
les gens. — Chevalier Fouquet, Vicomte de 
Roquefeuil, ces deux gens n'ont encore point 

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C 130 ) 

iîgurd en chef. — - la Jonquière TafTancf i 
grand pacocillcur, comme prcrquetous les Of- 
ficiers du dëpartemnt de Rochcfort. — V^ou* 
tron , idem. — De Brovcs, parvenu là par rang 
d'ancienneté, n'a jamais fuit parler de K.i, n'a 
jamais commandé. On ignore abfolumcnt Ton 

mérite. O .j; i^^/f, .--i ;;.,•. -^qy! ■'..i'j;kj t ! "J 

• Ainfi, My Lôrd, votre Seigneurie voit que 
tous les chefs d'efcadre François, du tcms dont 
je vous parle, fe rcduiloicnt à i M. Du Chaf- 
fault, mais qui ne vaut pas le plus mince de 
nos Lieutenans-Généraux. mi w- ,^q..î - 



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î ,■ «"JifR', . *.'ii l\ 



Au nombre de ceu'a qui prérendoient îi l'hon- 
neur de la cornette, on comptoit M. de Gui- 
chen, le rival de notre Rodney, My Lord; 
la Touche-Treville , annonçant beaucoup de 
chofes, & en ayant fait peu de bien; - — le 
Chevalier du Dresney-dcs- Roches, l'homme le 
plus un, c'eil-à-dire , le plus fourbe de la ma* 
rine. Il a été Gouverneur de l'île de Fran- 
ce, & ne s'y eft fait connoitre que par de« 
tracafleries & des querelles , dont l'afluce 
& la faveur l'ont tiré, fans qu*il foit juf- 
lifié véritablement aux yeux des honnêtes 






gsiflsi •*^— le Chevalier de Fabry s'ckoit em- 
paré du Miniilrc , avoit de grandes prêtent» 
tions , mais n'a pas été loin , par ce qu'il n'a 
aucun mérite perfonnel; — ^ le Vicomte de 
Rochcchouart , n'ayant guère qu'un beau nonl 
pour lui (*); — ^ Le Chevalier de Ternay 
dt TQfficier qui s'eft fignalë le dernier dans la 
, guerre de 1757, & a confervé Thonneur du 
pavillon, lorfque tout étoit perdu. 



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. ; 



Entre la foule des autres qui n'étoient pas 
fi près d'ctre Officiers -Généraux, on rcmar- 
quoit, My Lord, un RioufFc) forti du port, 
parvenu , par fon mérite. On difoit qu'il n'i- 
roit pas loin , & fcs talons mômes étoient cir- 
confcrits dans des mi (fions particulières. — - 
On remarquoit encore un Comte de Grafle, 
qui a beaucoup fervi , plus pour exifter que 
pour acquérir de la gloire; bon fubalterne» 
parcequ'il eft fouplc ; incapable de comraan» 
dcr, parcequ'il cil infolent & n'a point 4e t^* 

. ■ w.,v; . ;.:-.. . ... •; . . ... ! •■ :. 

(*) C!eft un homme vain, psurcequ'il s'occupe trop de 
ce qiril eH-y e.xccflivcnienc fVoid & timide. Son malheur 
eft d'avoir ét<; élevé dans le fond de la Gafcogne, de 
n^avoir pas connu de bonne heure le monde & la Cour» 
4j; d'ivoîr pris l'un & fautre è rebours. 

I2 






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te; Le nom de cet homme eft connu de tout 
tems de la marine, mais fur les liftes feule- 
ment. Aucun de fes ancêtres ne s'y eft fig- 
nalé par des faits mémorables dignes de paf- 
fer à la poftérité. L'amour de l'argent lui a 
fait époufer la fille d'un premier Commis & 
faire une méfalliance, plus rare en fa Pro- 
vince que dans les autres. . ^\. . 

On remarquoit de plus, My Lord , un Hec- 
tor, plus digne de deicendre du valet de Carreau 
que du héros de Troye ; Chevalier de Mon- ■ 
tell qui a. beaucoup commandé , mais qui a fait 
des fottifes; — - Bougainville , fils d'un No- 
taire; pourvu d'un grand fond d'audace & 
d'impudence, grand voyageur, grand menteur 
cohféquemment , étourdi., fans principes, dé- 
voré d'ambition, intrus, ayant fait beaucoup, 
de métiers, ne répugnant à aucun moyen de 
parvenir; - — Bigot, mal vu, comme frère 
de l'Intendant du Canada, déshonoré; n'a- 
yant pas d'ailleurs un de ces mérites tranfcen- 
dans qui efi'acent toutes les tâches ; — Mar- 
quis de Vaudreuil, d'un nom refpefté dans la 
^ marine, fait pour parvenir à tout, mais n'a- 
yant aucune de$ granue^ a6tio'ns pas devers. 



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C 133 ) 

lui; Tfonjoiy, celui-là, My Lord, Officier 
de mérite, eil plein d'ardeur, d'imagination, 
& fans ceflTe occupé de fon métier; — La 
Poype-Vertrieux eft connu par une mauvai- 
fe brochure fur la marine; - — le Marquis de 
Chabert , de TAadémie des Sciences , eft bon 
la plume à la main; — Comte Dumaitz de 
Goimpy, celui-là, My Lord, peut aller loin; — 
Comte d'Amblimont, le plus bête de la ma- 
rine, & c'eft beaucoup ,direl — Saulx de 
Rosnevet, celui-ci s'occupe de fon métier, a 
du talent pour le conflruélion , de l'imagina^ 
tion, & brûle de fe faire connoître. -i ; b 

Reftent, My Lord, les Lieutenans & En- 
feignes de vailFeau , Keredern de Trobriant , 
de Fleurieu , Gornic, de Borda, de Margue- 
ry, de la Coudraye, d'Asnieres, de Flotte, 
de Rofilly, de Rochegude, de Bonnaventure; 
&c. &c. &c. tous ces Meilleurs trop jeunes & 
trop peu expérimentés pour s'annoncer autre- 
ment qu'en donnant de^ efpéranccs , ne peu- 
vent , My Lord , que menacer nos defcendans. 
C'eft au tems & aux circonftances à dévelop- 
per leurs talens. . .:.. 



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I3 






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( 134 ) 

j; Voilà le tableau au naturel da tous Ces pe« 
tits Meffieurs 4e là marine Françoife , My 
Lord 5 je Icis connois furement . mieux que vov 
tre Seigneurie, car moi Thomas, Cordonnier 
Royal, dans mon tour de France, ai eu Thon, 
neur de chauflTer le jdus grand nombre d'eiï- 
tr*eux. Je me fuis trouvé, il y a dix ans, 
dans une belle palTe; j*ai ct^ à portée, mieux 
qu'aucun Efpion: Salarié de votre Seigneurie, 
•de cionnoîti^ à. foftds la trempe d'ame, le gé- 
nie, leis talens de tous les Officiers,, non bleuis 
&; bleus, de la marine Marchande & Royab 
du Roi TrèsXhretien, J'ai connu de même 
le Signor Dono Antonio -Raimondor Jeannot- 
GuaIberto-Gabrielo-del-$artino. C'eft Un joli 
petit homme , bien frifé , bien musqué , por- 
tant au doigt une fuperbe bague j jettant des 
ffeux prodigieux, un diamant merveilleux , ef- 
timé looooo livres Tournois; fur fa t^te une 
perruque; oh dam! la belle perruque! c'eft 
«ne perruque kla SaxHne: c'eft. tout dire, . , 



ïv 



Ce petit homme, My Lord, comme je vous 
Tai déj^ dit * rouloit en lui-même de grandes 
chofes. Il ne vifoit à rjen moins , fi on l'eut 
]*9iir<J faire, qu'à partager la Grande-Brctagng 



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entre la Ffance, TEfpagne & le Congrès de 
rAmériqué. Jamais le cerveau de Richelieu 
enfanta- t-il un tel projet? . . Partagtr VAnJ 
gleterre entre le Roi de France, celui ffEfpagne 
6? le Conàrh Ainéricaînî ce projet peut-il tom- 
ber en la ttt.e d'4in homme, direz- vous peut- 
être , My Lord ?^ ~ -Oui biisn. . , Voici pom- 
me on devoit s'y prendre. 

• A Taide quelques mille niîlle de bateaux 
plats, on ;eut débarqué à la fourdine dansles 
trois Royaumes quatre-à-cinq-cent mille hom- 
mes,' bien montés, bien alrmés,- bien équipés; 
après s'être emparé de toute la Grande Bre- 
tagne, & pour ne plus entendre parler de cet-' 
te Puiflance fi formidable fur mer, on l'eut 
divifee en trois parties; le Roi de France eut 
eu rAngletepi*è propi-ement dite , l'Efpagne 
eut eu l'Irlande y & rEcôfle eut été le lot de* 
Meffieurs d« Congrès. 'JJî:fti<>*!q vn 



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:>ù{ii^iH vL- ■t^fui^ih Z'jrdVi\\ï'.iff\ ^ 



i^i^r-rî 



Après s'être aflurés du Roi, de la Reiqe', 
& de toute la famille Royale, on eut conduit 
leurs Majeftés, avec tous les honneurs dus à 
leur ancienne dignité, à St. Germain en Laye, 
oU ils callent eu'une Cour telle Que leurs re*! 

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Vénus rçuflent pemiis. Il n'çut tenu qu'à eux 
d'être amis du Roi Très-Chrétien ^ &.de venir le 
voir à Verfaillesi & dans fes autres châteaux. 

Le Roi leur eut accordé de fa pure bonté 
trois millions de rente , qui eufTent été payés 
très exaélemçiit, tous les trois mois. ,/ ..,,:. 

/.-.l r:f, -;'r. \hynh ■■>.■ :-'^. 
Le Roi George fe fut ddfifté de fon côté 
de TEIcftorat d'Hanovre en faveur du Prince 
de Galles fon fils, à condition i?.; que ce jeu- 
ne Prince eut renoncé à fa PriAcipauté de, 
Çalles , n'en eut plus porté , J§ nom. 2°. qu'il 
eut toujours refté en France où il eut dépenfé 
les revenus de Ipn .Eleéloratt:. ium:à^,v'-',:.-^ 



1 



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I 



Les autres enfans mâles du Roi George fuf*. 
Cent tous entrés dans l'Etat Eccléliaflique » 
après avoir préalablement changé de Religion; 
on leur eut procuré les meilleurs Archevê- 
chés & les meilleures Abbayes de France ; on 
leur eut fait avoir des chapeaux de Cardi* 



nauxt 



• li'jtjfi »<■; -j^û. 



Les filles fe fuirent mariées à des Princes 
FfWoi'a fi elles en euflent prouvé j ^ le Roi 



. >-: ,..,/. 



i 



de France fe fut obligé de donner à chacune 
d'elles une dot d'un million. -r.ityf,. , ,.■..[ 

■%•.,.. . ... ' -.••( n * . - ..-■' ■ ji «I. iw, «*/>vV»« r»/>>:i ^0t^j%'- 

Ces arrangemens faits pour éviter toutes fé- 
ditions & révoltes , on eut nommé un Viceroi 
de l'Angleterre : on eut établi le Gouverne- 
ment Monarchique, comme étant le plus con- 
y^nabW au bonjieur d^s, peuples, ,., ru? ^^ ii.. 

- Pour fe rendre propice la nation , on eut 
f^it faire le procès à tous les Miniflres aéluels 
comme Criminels de Leze-Majeste' du peu- 
ple Anglois , & on les eut tous envoyés à 
Tiburn , où ils eulTent été exécutés aux ac- 
clamations & cris de joye de tous les ailî- 



ftans (*). 



- • VI *»^- 



;;,•> iX.:'.ii.-i:t , Ji 



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Toutes les taxes & impôts aébuellement fiib- 
fjflans en Angleterre eulTent été continués dans 
leur état aftuel, jufqu'à ce que fa Majellé eut 
pu, pour le bien de fes nouveaux. fujets en di-, 

(*) Quel impudent article que celui-ci , My Lord ! Quoi 
envoyer à Tiburn un aulïï grand , fi int«îgre, fi vertueux" 
Miniftre que votre Seigneurie? fii fi! priflepour Stormont, 
Germaine, & North! ceux-là méritent bien d'y danfemof 
bonne danCe au fon d'un bon violop ! ' 

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rhihuer le poids; à rexception des droits d'en* 
trée en Angleterre fur les ïèuls vinsde Fram 
ce , étant naturel que les peuples d'une mûmq 
dominaltiôhy jouîffent du produit rèfpefHif dQ 
lûùti) terroirs'/' ••''^'' — --''.■^'-' t*w-»-- r'^ '^. su^r.yii} 

On eut fait fortifier la tour de Londres; 
on y eut conftruit des cafemates , des ou-' 
bliettes : enfin on l'eut mife à Vinflar de U 
Baftîllé à Paris, le tout pdtu: maintenir plus 
furement l'autorité du Roi;- '^'^'^'^I -Vp!*^' J^v^ 

'■ Les lettreT^dcr-çachet euflïtit eu lieu en An^ 
gleterre comme eh France ; étant chbfe la pluà 
elTentielle, l'invention la plus utilç pour lo 
bonheur & le rçpos des peuples. 



n 



Quant à la Religion, comme les hommes ne 
croyent plus à toutes les fuperftitions des der* 
niers fiécleé, toutes les feftes euflbnt été to^^ 
lérées en Angleterre, avec la feulé différence' 
ijue perfonne n'eut pu exercer aucun pofte 
public fans être de l'^glife Romaine, comme 
la plus jufiie, la plus tolérante, la plus pa-i* 
ciUque de toutes les £glifes du monde. 



^r-s—r-rv -j»^-- 



. Il n'y eut plus eu de Parlement d'Angleterre 
dans la forme de celui d'aujourd'hui ; ce qui 
eut dû ôter toute idée de révolte & conferr 
ver la paix intérieure, en prévenant toutes 
les diiTeniîons & les guerres, civiles; on eut 
établi dans les différentes provinces du Royaur 
me, divers Parlemens dont les charges eufTent 
été vénales, i^ amQvibles k )a dirpontiondé Sa 

Majefté, .. ^;.| 4^...jQ ..■->■■ --.a.; ,'J^,i.;su^;;.i^u..;.; ..; 



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Tous ces Parlemens cufTeilt jugé feulement 
les procès des particuliers, & fe fuffent con- 
tentés d'enrégiftrer purement & fimpîementy. les 
Ëdits & Déclarations du Roi , à ia.premiè]:i9 
fommation qui leur en eut été faite, S'ils euf^ 
fent jugé à propos pour le bien des. peuples 
& le contentement de leurs coufciences, de 
faire quelques remontrances, ce n'eut été qu'a- 
prèfs l'enrégiftrement. S'ils éulîbnt contreve- 
nu à cet ordre ,. on les eut Supprimés , leurs 
charges euflent ; été conftsquéQs au profit de 
Sa Majefté, & l'on eut créé d'autres Parle, 
mens qui eufleilt été plus raifonnable? ^plu» 
fournis, û- mû^-v^Hî. ' % ,'I? '-'i.vrfon ^:£:, 

Le Roi eut nommé de fon bon plaifîr à t.0Ur 



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tes les charges tant civiles que militaires. — • 
Il eut entretenu habituellement en Angleter- 
re 50000 hommes de troupes réglées , non 
compris les milices; elles euflent été toujours 
prêtes à marcher à fcs ordres, ou à ceux de 
Ces Mihiftres. "^ 



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^1J. 



Enfin, pour qu'il n'y eut plus eu d'antipa* 
lie ni d'animofité entre les deux peuples , An^- 
gloîs & François , & qu'il n'y eut point de pré- 
dileélion marquée , dans tous les Aéles qui 
euffent été faits en Angleterre, au nom de 
fa Majefté Trks-X^hrétienne , elle eut été quali- 
fiée de Roi d'Angleterre, de France & de 
Navarrr, .& la Villç de Londres eut été dé- 
fignée fous le titre deyà hmne ville y ainfî.que 
l'eft celle de Paris. .; ,...,,. ... . 






Tel eft en fubftance, My Lord, le projet 
qu'avoit inraginé dans un moment d'Ëntoufias- 
me, cet homme à belle perruque, qui fe cro- 
yant un fécond Albéroni, s'étoit flatté avec 
de petits talens de donner à l'Angleterre une 
face nouvelle. Il eft intéreffant de vous le 
faire connoîtrc 






[ 



( 141 > 

Cet homire , d'abord <'niple Confeiller a« 
Châcdet , moyennant une finance de 1 25 Louis ^ 
étoit parvenu au grade de Lieutenant de Po-' 
lice , c'eft-à-dire , de troifiéme commis du Pré- 
vit de Paris; il eut bien fait de relier dans 
ce polie qu'il remplifToit alTez bien aux dé- - 
pcns des bandits & des liloux. Quoique d'o-' 
rigine Efpagnolc , . il n'avoit point la fierté 9 
ni Tarrogance de ce peuple; il étoit au con- 
traire Toupie , pufillanime , bas & rampant. Il 
s'étoit enrichi dans fa place de Lieutenant de 
Police par toutes fortes d'intrigues & demal- 
verfations qu'il pouvoit facilement voiler fous 
un règne corrompu. Il étoit fous différens 
prête-noms, & fans débourfer un foû, afTocié 
à des communautés de marchans & de fabri- 
cans, à des entrepreneurs » ^ qui il faifoit avoir 
des privilèges ; & c'efl par toutes ces voyes 
ténébreufes qu'il étoit devenu Seigneur fuze- 
rain de plus de 400,000 liv. de rente, tandis 
qu'avant fa Lieutenance de Police, ilnejouif- 
ibit pas de 1200 liv. de revenus. Tel eH le 
pcrfonnage qui , ne connoiflant que les tours 
des filoux & la manière d'avoir des efpions > 
efl devei)^ tout*à-coup Miniflre de la marine, 
fans avoir jamais vu d'autres navires que dans 



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( 142 ) 

des tableaux & des gravures. Tel cft l^hotA* 
inc, My Lord, auteur du Projet que je vous 
tranfmctsi * ., 



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D'après le méttic plan « My Lord > îe Roi 
d'Efpàgne, maître de l'Irlande > eut publié la« 
Déclaration que voici. 

v:t.. i.r;î ?i.:::.iïoi Le Roi, ■ ' •'""• ' ■'• 

■ . , \ . 

. .,..»*.'^..,i... .■« .1 . ' ; .' i! > . - 

^f/. I. II n'y aui*a que la feule Religion 
Catholique dans toutes les parties dii Royau- 
me d'Irlande \ tous les Hugenots feront tenus 
dans les huit premiers jours de mon règne de 
fe convertir à la Foi de l'Eglife Romaine ? fi- 
ron feront chalTés de tous mes Etats Irlan- 
dois,& tous leurs biens faifis & confisques. 

Art. 2. Il y aura dans toute l'Irlande dix 
Evêques que je ferai nommer par lé St. Père 
le Pape, ainfi qu'un Archevêque dont le fiége 
ièra à Dublin. • ' ** ' *■-' " '■■ z^- t^ - 

fai,.'-» ^ t 'J ' , ^t • \ .1.1 ■' .i * à *^ : . ' 



An» 3. La Sainte Inquisition fera établi© 
dans les principales villes du Royaume, & la 
Tribunal fupéricur fera dans la Capitale; le 



-^y :i^ 






C 143 ) 

tout t)6ur la propagation de la Toi & la tfatî- 
quillité de ces nouveaux Etats ; car > c*eft à 
ce faint étaWiircment que je dois le repos de 
mes autres Royaumes qui n'ont jamais éprou- 
vé de guerres civilcj pour fait de Religion, 
ainfi qu'il y en a eu tant, en France , en An- 



gleterre & ailleurs. •. ■" *- - V*' ^....J — , 

Aru 4. Les Irlandois auront la liberté du 
commerce dans toute l'Europe, ainfî & de la 
même manière qu'en jouillbnt mes autres fujets 
des difl'érens Royaumes. ■" = •, ** '-. '- 

-^;^. 5. Comme l'Angleterre proprement di» 
te va apparcenir k mon cher neveu & frère le 
Roi de France , les Irlandois pourront égale- 
ment commercer dans ce pays , fans aucunes 
taxes, ni impôts; je les relève des à préfenC 
de tous les droits établis fur leurs manufaflu- 
res & leurs fabriques. ^i^'S;) . /■. '' 

Art. 6, II n'y aura plus de Parlement en Ir- 
lande ; je cafTe dès a préfent celui qui y exifte. 
Quand|mes fujets de ce Royaume aurotit quel^ 
ques grâces à demander , ou quelques repré- 
fentatioos à faire , ils s'adrelTeront direâe* 



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( 144 ) 

ment & moi , & ma bontd pouvoira à tous 
leurs bcfoins. .'.r.' . » ,♦ 1 . • - 






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leurs bcfoins. .".r." 

::. JT' 'r'?^' ••■.■> 

^rf. 7. Je nommerai pour le Gouverne- 
ment , un Viceroi. Sitôt Ton inllailation, il 
fera dans tout ce Royaume la recherche la 
plus exa£le de tous les livres contre la Reli- 
gion , & les fera brûler en place publique, par 
main de bourreau , dans chaque Ville où ils 
auront été trouvés. Il n'y en aura d*autret 
dans toute l'Irlande que ceux qui font approu- 
vés par la Sainte Inquifition dans tous mes 
Etats ; iSc pour cet edct , on les traduira fur 
le champ dans la langue du Pays. '^ 

Ce Savtine, My Lord, fe croyoit fi fur de 
fon coup , il en avoit fi bien enfariné le Confeil 
du Pardo , que les Miniflres Caftillans avoicnt 
déjà dreflii le Décret de Prife de Poffelfion du 
Roi d'Efpagne. Cette pièce, étant très rare, 
& furcmcnt inconnue à votre Seigneurie, je 
vous renvoyé, My Lord. 

Don Carlos , par la Grâce de Dieu , Roi 
de CalHlle, de Léon, d'Arragon, de Jérulalem, 
de Gibraltar, de Minorquc, (ici le nom de 50 

eu- 



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C M5 ) ^ 

autres Royaimcs') &c. &c. — - A ceux de mort 
Cunfi'il , au Préfidcnt , & aux Auditeurs de 
mes Audianccs & Chancelleries, aux Alcades 
& Alguufils de mes maifon & Cour, aux Cor- 
régidors , Alcades Majors & Ordinaires tant 
de mes Couronnes , que des Seigneuries & 
ordres, & h toutes autres perfonnes de quelque 
état , qualité & condition qu'elles foient dans 
les cités , villes & lieux de mes Royaumes & 
domination ; savoir faisons que j'ai jugé a 
propos d'adrclicr à mon Confeil un Décret 
figné de ma main , Ha conçu en termes : 

" Ayant , par la miféricorde Divine , réuiù 
fous ma Domination le Royaume d'Irlande avec 
toutes les cités, villes^ forts, châteaux & ilps 
en dépendant : Le prdmier de mes devoirs e(t 
de commencer par Vs mettre fous la protcélion 
immédiate de h Très Sainte Trinité; & le fe* 
cond, de les gouverner en bon père, ainfi que 
j'ai fait jufqu'ici pour mes autres fujets. 

" J'ai donc cm , en premier lieu , devoir 
n'y établir que la Sainte Eglife Catholid'u, 
Apoftoliquc & Romaine , dans la quelle nous 
Vivons, & hors de la quelle il n'y a point d© 

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1 1 




( I40 

falùt. — En Confëquence , j'ordonne à tous 
les Infidèles, Hérétiques & Schifmatiques, qui 
fe trouvent aftuellement en Irlande, & qui 
ne voudront pas fe couvertir à la Foi , de for- 
tir de ce Royaume dans huit jours au plûtard 
à compter de celui de la notification qui y fe- 
ra faite du préfent Décret. 



t> 



" Je déclare tous leurs biens confisqués à 
mon profit, & j'ordonne qu'ils feront vendus 
dans fix mois, comme ceux des Révérends Pè- 
res Jéfuites, pour, les deniers provenant delà 
vente qui en fera faite , être féqueftrés , & 
enfuite employés à l'établifllement des Cou- 
vents, tant d'hommes que de femmes qui vou-» 
dront , pour la plus grande gloire de Dieu , 
s'y retirer & fervir , tant par leurs travaux , 
que par leurs exemples, à l'édification de leurs 



frères. 



r.o:.: h- ■■ 



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'V -1 • , 



*' J'établis auffi dans tout ce Royaume la 
Sainte Inquifition , ainfî qu'elle exifte , à la 
fatisfaélion générale^ dans mes autres Etats. 

** En fécond lieu , l'Adminiflration civile & 
militaire fera auffi de même que dans mes au- 



■.,■• . .j&i'.-i.'. 



j, ... 



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tous 

qui 

qui 

for- 

itard 

y fé- 



Liés à 
;ndus 
îsPe. 
:clela 
:s, & 
Cou- 
i vou* 
>ieu , 
vaux y 
; leurs 



ime la 
à la 
;tats. 

Ivile & 
les au- 






(147) 

très Royaumes. Je fupprime le Parlement cTIr- 
lande , comme contraire au Gouvernement 
Monarchique, & capable de pouvoir fomenter 
des divifions & des troubles. 



-i. 



* ' I»" VI • ••-V T- • ... 



j' t'i.' 'Jl'i 






" ir>^ atirh 'toujours un Vice R6i qui fera' 
fa rcfidence à Dublin , & qui maintiendra dans 
tout ce Royaume , fous mon nom , l'ordre & 



la tranquilKtë 'qui doivent y régner. 



■JX 



" J-entends & ordonne que tous mes Sujets 
le reconnoTlTent pour tel eh Irlande, & qu*bn 
obéifTe à fes Décrets, comnie s'ils étoient éma- 



nes de moi^méme.^^"-^.^^ ,•UVî.;:^; ;fK)iOlurv; 

*' T'accorde ^à tous - léé' Irlandois les mêmes 
privilèges qù^à mes autres Peuples ; je fuppri- 
me dè!s' à iDréfént tous les droits précèàieni-' 
ment établis, fur leurs fabriques & manufac* 
turds.' ''""'■ 



'- ;■j;;:■■r^^','^S■ ^HOflFL;'""''? ' 



■\\ 






" Le Corifeil aura foin d'expédier les ordre»; 
& les atvîs néceflaires pour que tous mes Su- 
jets foient informés de ma préfente réfoludùn 
Royale.'* ..----- . . ;: .. 



:!Vai.; J.I^.? 'Â-li 



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k/:^^:^^ jiitf.ÏAl - _„^-. - ■ ■ 



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(148), 

Aranjuez , le premier jour^cJe-mon Règne 
on Irlande , ,,^., ..,,,. 

':i7km^.iT^. Signé, Moi le Ror.fi^^ .^) ': 

\e voilà -t- il pas une pièce curieufe , My 
Lord ? En voici une autre qui ne Tefl: pas 

RésOLUTIONS DU CONGRès AMéRICAlN. 

■:v .-. ^ ,' .. En CoNGRès. " A^-^'-j. 

. " La juftice de notre caufe nous ayant re- 
levé du jpug fous le quel les Anglois nous 
vouloient aflervir, la' Bénédiftion Divine s'eft 
répandue fur nous & fur nos armes. Ce lion 
ri^giffant qui clierchoitjà nous.. dévorer eft ter- 
ralTé ; la mer devînue libre , le commerce de 
rUnÏYers entier va, fe f^ire d'un bout du mon- 
de à l'autre fans trouble, fans craindre aucu- 
ne fupériorité. Les peuples ci devant aflervis 
fous le Gouvernement despotique de la Gran- 
de Bretagne s'en /font heureufement retirés, 
pivifés en trois contrées différentes & trop 
foibles par fe foutenir par eux mêmes, un tiers 
s'eft mis fous la proteftion du Roi de France , 
NOTRE Glorieux ALLié, un autre tiers s'eil 



.'":*:^■^*^-■-:■ c^'r ..V.. iL'M.' 



A.-.-^iMM*:rj <. ■;.:■ *: 



I 



(149) 

donné h Sa Majefté Catholique, & le troifië- 
me & dernier nous a fait demander à le réunir 
à nous , à partager nos droits qui font ceux 
des hommes , nos privilèges , nos prérogatives 
& notre liberté. 



t .. . \ 

*■ - • . ^ ^ . • ^ . ^ .1 ^ 

" Nous nous y fomfties prêtés d'autant plus 
-volontiers qu'en accordant à nos frères les 
EcofTois tous les fecours qu'ils implorent, 
nous en faifons des amis qui feront aufiî dans 
le cas de nous défendre 4c de nous aider en 
cens de néceffité & de détreffe. ;; ' 

... , ■ v, t.. *« t t 1 r) 

, ! , ■ ... » • #- r »v*' .• V J - ' I » '■•- i ..■ f^i **.<• *• -' 

\ ^ ■. ' - ; ■ 

" En Conféquence après avoir mûrement 
réfléchi fur une affaire de cette importance, 
& avoir pris les avis de nos Coinpatriotes ; 

RésoLu , que nous donnons toute proteftion 
aux habitans d'Ecolfe que nous regardons dès 
ce moment comme nos frères, & comme fai- 
fant partie de notre République. 



• ■■''t'*!'' • '■" 



étendu que les EcoflTois doivent jouir des 
mcmés privilèges que nous, 



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-Rêfoluy qu'ils auront dans notre préfent 









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Ç<^pg^'§ autant dç Députés QVi^(» Province de 
P^n(i'.v;an.ic ; que ces D^pTutés prendront leurs 
w: ^-ê^ dans les affaires d'Etat, de même que 
ii l-i^coiTe faifoit partie du préfent continent. 

Attendu qu'étant incorporés à notre Gou- 
yisrnement, iU ne peuvent en ctreféparés en 
aucune circonftance que ce foit, furtout dans 

les occafions les plus brillantes, , . >.-; .'- 

■•-.■_, •» ■ . ' i '■ ' f-''' ■' •• 

RésoLu ,1". Qu'à tous les feftins & fêtes 
publiques, on boira une finté de plus en l'hon- 
neur de nos nouveaux frères. 2o. Qu'il fera 
célébré tous les ans l'anniverfaire de cette 
elprieufe réunion par le Congrès affemblé. 

Attendu que les Ecoflbis n'ont point parta- 
gé avec nous les frais énormes de la guerre 
.que nous avons été obligés de foutenir jufqu'à 
cç jour pour élever notre Gouvernement Ré- 
publicain, & dont cependant ils vont goûter 
avec nous les fi'uits & les avantages , 



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u .; >i .y 



Ré S o LU, qu'ils feront tenus ^e payer en 
quatre termes égaux , dans l'efpace de trois 
ans, au Congrès, par forme d'incorporation, 



r;»»^'' ï j<»''«;-^-'îi5>*'5Sv^ 



...Jk. 






Ci5i) 

la fomme de 4 millions Jîerlings en efpeçcs, ôç 
non en papier. ),>j 



\it, ;5mS/' 



if^y, 



• , ' ---1. , 1^; ,, -*<■ 



' •* ^ii^ . 



*-^fr.4' 



^ Attendu q*e les Ecoflbis n*ont point de trou- 
pes réglées parmieux , ni aucunes munitions 
de guerre pour pouvoir fe défendre en cgg. 
d'hoftillités , ' r 

t''::M, ■•'■■■■ _ Jfc ■'.;,:■ V. ^ '■. -. .'.'."''^ "■^■' . ■■M f 

RésoLu, que le Congrès aura dans l'EcofTe 
conftament 20,000 hommes de troupes réglées, 
dpnt 15,000 d'infanterie & 5000 de cavale- 
rie ; que cette ARMéE sera entretenue aux 
FRAIS 5EULS DES Ecossois , & que Ic Congrès 
fe refervera de nommer le Général & les Offi- 
ciers ; le quel Général ne rendra compte 'qu'au ' 
Congrès de fa conduite , par le moyen du Pro- 
tefteur cy-après nommé , & exécutera ponc- ' 
tuellement fes ordres. .,, , , , , 

Attendu que parmi des hommes raifonna- 
blés y il ne doit jamais y avoir aucune difpute 
pour fait de Religion , & que la liberté de 
confcience eil un des plus beaux privilèges de 
l'homme, . •^v^j.a^y 

RésoLu, qu'il n'y aura dans TEcolTe aucune 

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Religion prédominante \ que chaque particu- 
lier pourra y exercer librement la Religion 
qu*il voudra , & qu'il fera fait ddfenfe à tous 
les EcoiTois , & particulièrement aux Presby- 
tériens d^avoir aucune querelle pour fait de 
Religion , /o«î ttim de mort, '^ " -- •• • 

Attendu que le Congrès étant éfoigné du 
Royaume d'EcolTe ne pourra dans les tems ora- 
geux donner les ordres nécelTaires auffî promp- 
tement! qu'il le feroit^ s'il étoit fur les lieux, 



* RésoLu , qu*il y aura à Edymbourg un Per- 
fonnage auquel le Congrès donnera tous les 
pouvoirs fuflBfans pour maintenir la tranquillité 
de ce Royaume , tant au dehors qu'au dedans ; 
que ce Chef aura le titre de PROTEcfEUR de 
)LA LiBERTé EçossoisE , & la dénomination 
d* Altesse Protectorale ; qu'il pourra dana 
les cas les plus urgens , & lorfqu'il ne fe trou- 
vera le tems fuffifant pour prévenir le Con, 
grès, faire marcher les troupes oti il fera né^ 
çelFaire , & leur donnçr tous les ordres con-. 
vçnables, , ,-.- 



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'attendu (^uf le Proteâeur de la liberté EcoA 






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( 153 ) 

foife doit aufli connoître particulièrement l6a 
divers mouvemens des Cours de l'Europe dont 
il fera plus près que nous, & prévenir les maux 
qui pourroient fondre fur ce pays, vr, .,: • i 






,-'A^\' 



RésoLU , qu'il pourra avoir des Envoyés 
dans toutes les Cours, qu'il jugera néceiTaires» 
& en recevoir également de ces Cours , ainfi 
que cela s'eft pratiqué auprès de S. A. R. Le 
Prince Charles, Gouverneur^Général des Pays- 
Bas Autrichiens. ; ij i..v ,. . i -hi. in 



i'. 



Attendu que , pour l'honneur de l'Ecofle , le 
Proteâeur doit avoir une Cour conforme à fa 
dignité, & à la gloire de cette nation, i 

RésoLu , que fur les premiers deniers prove- 
nant des charges & impofitions publiques , tel- 
les qu'elles feront par nousi arrêtées dans la 
première Aifemblée où il y aura des Députés 
îlcoflbis , le. Proteéleur aura pour fcs dépen- 
fes perfonnelles & celles de fa maifon & de fes 
Officiers une fomme annuelle de 500,000 liv. 
SterU 

- Et des à préfeatj nous nommons pour Pro- 

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ClS4) 

TECTEUR UB LÀ LiBBRTé ECOSSOISE , ThonO- 

rable Marquis deRockingham, à qui nous con- 
fions tous< les pouvoirs cy-deflus. Nous don- 
nons le commandement de l'armée ËcofToife 
au brave Général Burgoyne qui nous a fi bien 
fervi dans la dernière guerre, en fe rendant à 
nous avec toute Tarmée Ângloife ; nous refer- 
vant de nommer dans la première Affemblée 
les autres Officiers de Tarmée Ecoilbife , après 
avoir préalablement reçu les avis du dit Mar- 
quis de Rockingham, & du dit Général Bur- 
goyne. 

Fait en Congrès, 'le premier jour delà réu- 
nion de l'Ecofle avec nous, i' *fi i , j ,!- 



\ , 






y Par ordre du Congrès, ''■ •• 

^■r;.'. ^v' 'V. Signé 4 uw- "1 ■ l ^ . - 
rv'. r» CHARLES THOMPSON, 

t. ,.■■'■ ^••>M,r. ::) c'.'i :.^[[y.. Jh ":" ■ ■■' ■ -■ ': 

' r' ■' .'i^ . : ;o^ .M .ir. Secrétaire. 



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Tel devoit être le réfultat, My Lord, des 
vaftes projets formés par le Miniflxe de la Ma- 



(155) 



rine de France, pour le partage de nos trois 



Royaumes. 






Avant de teripiner cette longue épitre , je 
crois epcore de mon devoir , My Lord , de 
vous faire part de «juclques obfervations que 
m'a communiquées fur le Cabinet de St. James 
dont votre Seigneurie cft Tun des plus rccom- 
mandables membres , William Tranchet , mon 
Confrère, maître Cordonnier en la Cité. Il 
fréquente journellement la taverne j il en a 
recueilli les réflexions qui fuivent. ,;^ 

" Ce Cabinet, (dit-il) dcfuni dans le fait, 
agit comme s'il étoit uni , par la raifon que 
trois de fes membres ayant trois têtes dans un 
bonnet , deux ayant deux têtes qui s'arrange- 
roient mal dans Iç même bonnet, les trois au- 
tres opinant du bonuec, fe laiflent entraîner 
par la majorité , '.... ergo ! les trois nobles 
Lords qui ont arrangé leurs têtes dans le mê- 
me bonnet , manient feuls le timon de l'Etat..., 
ergo ! leur opinion prévalant toujours , il ré- 
fulte de leur union partielle autant de bien 
ou autant de mal qu'il en pourroit réfulter 
d'une union générale. i ; r -r ;■ •; 



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(15O 

Ccft d'après ces principes , que mon Con- 
frère Cordonnier, My Lord, tranclie & dtîci- 
dé avec raifon qu'une urtwi générale fcroit pré- 
férable à une union partielle. Pour y parvenir, 
il détache du noble triumvirat , Lord G. Ger- 
maine feul , & il le fuppofè délibérant fur quel- 
ques queftions d'Etat avec Lord Bathurft & 
votre Seigneurie. 

La première des queftions à agiter , dit mon 
Confrère Tranchet , celle à la quelle on eft 
malheureufement forcé de revenir plus fouvcnt 
qu'on ne le voudroit, eft celle-ci: faut-il , ou 
ne faut-il pas continuer la guerre? — Tout 
le monde fait , ou doit fe douter , obferve-t-il , 
que Lord Sandwich , par conféquent votre 
Seigneurie , My Lord, ayant le plus pénible 
des perfonnages à remplir , connoiflant mieux 
que perfonne le fort & le foible de fon dépar- 
tement, ayant plus lieu de craindre que qui 
que ce foit que les fommes qui devroient être 
employées à rendre la marine formidable , ne 
foient englouties , comme tant d'autres , dans 
ce que nos patriotes appellent le cloaque de 
corruption ; eft néceflairement de tous les fer- 
vitcurs du Roi celui qui, ayant lé plus à riy- 



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( 157 ) 

qucr, le moins à gagner par la guerre, defire 
plus finccremcnt la paix : On peut donc fuppo- 
fcr raifonnabicmcnt que fa réponfe à la queftion 
ci dcifus poCùQ , feroic : fi l'on peut faire une 
paix honorable , elle eft certainement préférable à 
la guerre, . ,.. 



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— Ici 9 Lord Bathurft , ou Lord Chance- 
lier , dit mon Confrère , fera une diftin6tion. 
Il demandera ce qu'on entend par la paix? Si 
c'efl avec les Américains, ou avec les ennemis 
naturels de la Grande-Bretagne, qu*on la croit 
praticable. 

— Pour nous réconcilier avec les premiers, 
ajoutera-t-il , il n'efl point de facrifices compa- 
tibles avec l'honneur, que je ne confeille; 
mais traiter avec les dernier/, c'ell ce qui n*eft 
propofable que lorfqu'on en aura tiré une ven- 
geance proportionée à roiFenfe. ^,,j . . /.^ 

— Lord G. Germaine conviendra que la 
paix avec l'Amérique eft fans doute un objet 
defirable , mais il prouvera qu'il eft impratica- 
ble , & qu'il n'eft même polîible de s'en occu- 
per que lorfque les ennemis acharnés de la 






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(158 ) 

Grande Bretagne , les fuppôts naturels de la 
rëbcllion, cédant à la vigueur des mefures qu'il 
eft indifpcnfablc de prendre, livreront les Co- 
lonies rebelles à la merci de la mère- contrée; il 
démontrera que c'eft en Amérique qu'il faut 
porter les coups aux quels doit finalement cé- 
der la maifon de Bourbon: que c'ell en Améri- 
que qu'il faut conquérir la France , de même 
que l'Amérique a été conquife en Allemagne. 
Il finira fi vous voulez par cet cet étrange pa- 
tadoxe: ta potirfuite vigourenfe de la guerre, eft 
im a£le'd*lfUfnanUé, ' 

De trois Confcillers d'Etat, en voilà donc 
un, pour'diit mon Confrère, qui opineroit 
pour la paix générale ; un qui voudroic que 
Ton fit une paix partielle avec l'Amérique, oc 
que l'on continuât de faire Ja guerre aux en- 
nemis naturels; le troifiéme veut prouver qu'il 
n'y a qu'une guerre générale & vigourenfe qui 
puiire nous conduire à une paix honorable. 
Comment fappfocher ces trois avis? On dira, 
en tranchant ce nœud Gordien, ■■& en fuivant 
l'impulfion que donne la maiori(;é à toutes les 

mefures du Cabinet: Cela eft à merv^eille : 

je conçois que Lord Sandwich & le Lord Chan- 



( 159 ) 

celier finiront par acquicfccr aux mefures d(?- 
tçrminées par la majorité ; — il ' fera décidé 
-qu'il faut prendre des mefures vigoureufes; & 
c'cft ce qu'on appellera Vunion parfaite du Ca* 
himt, ' ' 



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Mon Confrère , My Lord , veut prouvée 
que, fi cette union partielle dtoit génd aie: dâ 
CCS trois opinions , il en pourroit réfulter une 
quatrième qui entraîneroit toutes les autres. — 
Je me fuppofe , m'écrit-il , admis en quatriè- 
me, à la délibération dont je viens de tracer 
la marche. Lorfque mon tour arrivcroit, je. 
dirois, à Lord Sandwich: (à votre Seigneurie; 
My Lord) vous délirez la paix, vous avez 
bien raifon; au Lord Chancelier: vous accor- 
deriez volontiers la paix que vous rcfuferiez 
à la France, à l'Efpagne, à la Hollande; vous, 
avez raifon encore ; — à Lord Germaine : 
votre avis eft que, pour obtenir une paix gé- 
nérale , il fait poufler avec vigueur une guer- 
re générale, vous avez raifon aufîi, — tout 
ce qui manque à chacun de vos avis , c'eft 
un plan! en fondant les trois avis enfcmble, 
ils donnent pour réfultat que, quoique la guer- 
re foit deûrable, on ne peut fonger à ui;ie paii 



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partielle; que pour obtenir une paix généra* 
1(^,3 il faut faire une guerre générale. . . . 
Eh ! fans doute générale , mais qu'elle 
foit générale ^ans toute l'étendue du ter- 
me! ... 4A 



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.. Que l'Europe ) que. le globe entier foient 
^mbrafés» ce n'eft que dansua embrafement 
jjmverfel que l'Empire Britannique peut fe fau- 
yer; ne vous amufez point à. manier cet in^ 
ilrument rouillé que nos pères appelloient la 
halame de V Europe ,• l'ancien fyftême n'exifte 
plus: \qs Gonlldérations de commerce ont pris 
ia place des révèles politiques dont fe ber- 
çoient nos ayeux; l'univers aujoud'hui veut 
être commerçant: partez de^^ce principe, & 
fans perdre votre tems à calculer quels font 
fe peuples qu'il eft de votre intérêt d'aflbcier 
k . votre commerce , à l'exclufion des autres ,. 
commencez par jetter la mafle du globe dans 
la confufion : - — brandilFez le flambeau fur. 
le continent, n'importe où tombera la pre- 
mière étincelle, pourvu que l'incendie en foit 
la fuite & qu'il étende au loin fes ravages: 
c'.eft dans la confufion univerfelle que les cho- 
fes fe formeront d'êljes-mômes dans l'ordre que 
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)r pru(ietlce humaine chei'cherDît vainement {i 
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C'eft des débris des Empires jaloux > des cen- 
dres de leurs forterefles que fe formera la ba- 
lance naturelle qui, dans les circonftânces ac- 
tuelles i doit lier par de nouveaux yààes des 
peuples que jadia aucun intérêt ne rappro- , 
choit. ^ 

-^Tant que vous vôUs toi'nerezà parler de 
mefures vigoureufes » vos ennemis ont calculé 
vos forces : ils infulteront à votre impuifran- 
ce; les prétendus Neutres , tranquilles fpeâa'^ 
teurs> vous laifTeront confumer en vainS ef- 
forts, s'enrichiront de vos dépouilles, des per- 
tes de votre commerce ; plus les coups quQ 
vous porterez , feront vigoureux , plus vo8 
forces s'alFoibliront* Vous finirez par fuccom- 
ber glorieufement foUs le nombre. Songez 
que la Neutralité fignifie nullité ; que vous n'a- 
vez point d'amis > point d'alliés; pas line fea-< 
le nation qui veuille, ou o(q faire caufe com- 
mune avec vous; en un mot, la Neutralité 
eft votre tombeau. Ne fouffi'ez pas qu'elle 
«xiile, duilîez vous dans le commenceqienli 

L 










; ajouter au nombre de vos ennemis ; forcez les 
• Neutres à prendre parti , & pour le refte , re- 

pofez-vous fur la jaloufie qui en rangera une 

grande partie de votre côté. 



î.* >-s 



N'cuffiez-vous pour vous dans le cours d*une 
campagne qu'une > ou deux, ou trois des Puis- 
fiinçes de l'Europe , en fuppofant le refte 
contre vous , votre fituation feroit encore in- 
finiment préférable à votre pofition aftuelle ; 
tous partageriez les forces de la France , & 
ce point feul eft le plus important de «tous ; 
auffî longtems que vous fouffrirez que cette 
nation aétive & afpirante tourne toute fon at- 
tention du côté de la marine , qu'elle appli- 
que à cet objet unique toutes fes facultés, 
toutes fes reflburces , elle fu Iki feule pour 
vous éclipfer ; oui : la prévention nationale 
ne m'aveugle pas au point de me diffimuler 
que les revenus immenfes , illimités de la Cou- 
ronne de France, conftamment employés à l'ag- 
grandiflement de fa marine , finffont par écra- 
iêr la votre : la France feule doit être l'objet 
de votre attention , parce qu'elle eft à votre 
égard ce qu'eft l'Empire à la Prufle , ce qu'eft 
le RuflTe au Turc : vous n'avez qu'une rivale 



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naturelle , & cette rivale cft la France !, — - 
Aufli , combien n'a pas été agréable à mes oreil- 
les ce mot mémorable , renouvelle par Lord 
Lisburne ; combien n'ai-je pas été ravi d'en- 
tendre répéter pas tout , félon l'invitation qu^n 
iaiibit S. S. delenda efi Carthago h ; 



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■:^ Vous parlez de mefures vigoureufes , & le 
courage ou la fierté fuppléant en voiis au dé- 
faut de forces effeftives , vous ne confiderea 
pas que le plus mauvais jeu que l'on puilfe 
Jouer eft celui de quatre contre un, quand on 
a le malheur de répréfenter Vunité dans cette 
rixe . inégale. Au nom de tout ce qui eft 
grand , de tout ce qui vous eft cher , ne vous, 
livrez pas aux iilufions de grandeur qui ont: 
fait la fortune de Chatham; ce grand homme« 
s'il préfidoit encore à nos Confeils fentiroit 
que les tems étant changés, il faut changer 
de fyilême; que les Empereur &les Rois ont 
fubftitué l'efprit mercantille à l'efprit de con- 
quête & de domination, & que tous les peu- 
ples qui couvrent aéluellement la furface du 
globe peuvent être comparés à autant de né- 
gociants avanturiers qui , ayant formé la même 
Spéculation, fe difputent l'avantage d'arriver 

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les premiers à Tendroit oii les profits, de cette 
fpëculation doivent fe réalifer : fi cette corn- 
paraifon c'^ jufte , adoptez refprit qui con- 
vient à 1p filiation du moment : renonco: à 
Torgueil du diadème , à la Majefté du peuple 
Anglois: penféz écagiflèz, comme penferoient 
& agiroient des négociants dont on veut in- 
tercepter le commerce, ruiner le crédit, anéan- 
tir rexiftence.n-ï^i^^j;jiS|^;:^*:iaf!;:4.iH> f^J^iioa - 

:> Delenda eft Carthago doit certainement être 
le qot de ralliement; très certainement, Jl 
fautj finon détruire, du moins aflbiblir la ma- 
rine de la France, qui exterminera la votre, 
fi vous ni prenez garde ; car elle efl non feu- 
lement redoutable par le nombre des vaifleaux, 
mais formidable par la valeur de fes Officiers , 
de fes matelots, valeur qui acquiert de Téclat 
à mefure qu'elle eft exercée, & qui en acque- 
rera encore à proportion des revers que vous 
•cffuyerez , des retraites multipliées aux quel- 
les elle vous forcera, & que l'Europe ib laf- 
fèra de vous voir toujours imputer à la fupério- 
rité du nombre. »i>« v- . „^ .... . 



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r La France; étant déjà ce que vous la voyoz 



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être, affez forte pour vous tenir tôtc partout, 
(car vous ne pouvez vous diffimuler que, JuC 
qu'à préfent, vous n'avez encore eu qu'elle à? 
combattre , & que les avantages font tout au' 
moins douteux) que fera'Çe,lorfque TËfpagne 
plus férieufement embarquée dans la guerre ,' 
qu'elle ne paroît l'être encore , développera 
fes efforts avec l'énergie dont fes forces, pea 
cntamdes , font cffeftivement fufceptibles ? Que» 
fera-co, lorfque les petites faftions que vous' 
avez fçu créer en Hollande, cédant à l'intérêt 
général , les Provinces dites Unies , s'unilTanC 
en effet ne formeront qu'un corps de Répu- 
blique combattant pour fon cxillence politique, 
& phyfique ? Vous direz des Etats-Généraux 
tout ce que vous diftera le refFcntiment: vous 
n'empêcherez jamais qu'ils n'ayent la plus puift 
faute des rcffources , celle d'un capital im« 



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': Tout ce que je vous repréfente , ne doit pas 
vous découratçer, il s'en faut de beaucoup que 
ce iiMt mon in; ?ntion: à Dieu ne plaife, non; 
je dis avec vous que l'Angleterre n'a de falut 
que dans les mefures vigoureufes , mais je dis 
plus encore, je dis dans les mefures défefpé- 
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(166) 



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rëes: car enfin, tant que votre vigueur fera 
concentrée (a vous-mêmes, elle eÛ îimitiée; 
celle de vos tnnemis ne Tefl: pas, p»riceqa'el- 
le peut ;ous les jours s'accroître de T .ctcjîi.in 
de quelques neutres , & vous n'avez pas cet 
efpoir. J'en reviens donc à ce qu5 j'ai dit. 
Tout le développement de votre vigueur iîtant 
impuiflant , tant qi^e vous ferez feuls contre 
quatre, tant que vous foufFrirrz que dix au-^ 
très PuiiTances foienc froides fpeiJlatrices de la 
1 li^e gt'i érale ; parler de mefures vigoureufes , 
com,??'^ vous l'entendez, c'eft déceler le def- 
fein {orme àe fuccomber plutôt. Parler va- 
guement de pouffer vigoureufement Ja guerre» 
c'eft annoncer à l'univers que voujj n'avez 
point de plan, parceque ce n'eft pas avoir 
un plan que de dire qu'on fe battera juf- 
qaà ce qu'il refte un homme en état de por- 
ter le fufîl, à moins que vousn'appelliez/»/^» 
le deffein formé de vous enfevelir fous les rui- 
nes de l'Empire. Or, je prétends, moi, 

William Tranchet^ que, s'il faut que l'Empire 
périffe , il faut qu'il entraîne l'univers avec lui , 
^ue le même gouffre engloutiffe l'efpece humaine. 

BrandiiTez, je le répette,^ brandiffez la tor- 



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che que la vengeance a mife entre vos mains , 
n'importe où le vent portera fes étincelles, 
pourvu qu'elles ton^bent ftir quelque partie 
neutre du continent: fi ce pouvoit être heu- 
reufement à Anvers, toutes les eaux de l'Ef- 
caut ne fufEroient pas pour arrêter les pro- 
grès de l'incendie falutairc. . . Je vois étin- 
celler dans les yeux de l'Empereur le defir de 
foulever les maflès de rochers dépofées par la 
cupidité Hollandoife dans le fein de VEfcaut, 
pour en interdire la navigation au Braban- 
çon induftrieux: fécondez ce defir, le dernier 
des Hollandois verfera jufqu'à la dernière gout- 
te de fon fang , avant de foufFrir qu'on dé- 
tourne le canal des richefles dont il s'engraif- 
fe; la France verra avec inquiétude fleurir, fi 
près de la Lorraine, des Etats capables un jour 
de la faire trembler: — Croyez -vous que 
Frédéric portera un œil tranquille fur ce fpec- 
tacle nouveau ? l'Empereur qui a prévu toutes 
ces fenfations , n'a pas manqué de pourvoir 
aux moyens d'en prévenir les fuites , & la con- 
duite récente de l'augufte Impératrice de Ruffie 
prouve qu'elle s'attend à voir glorieufement 
employées les forces navales qu'elles a mifes 
fur un pied fi refpc6lable. Ne me demandez 

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pas ce que fera le Turc, ce que fera Ouftave? 
je l'ignore : Je fçais à peu près le parti que pren* ' 
dronc le Portugal & le Danemarck; . . , ^ 
encore une fois, duiîiez-vous continuer la guer-s 
re avec un ou deux alliés, & compter le refte 
de l'Europe contre vous , le grand objet eft 
gagné , fi vous partagez l'attention à, les fînan^ 
ces de la France," j rx 

. ... .Ji 

Voilà , My Lord , comme Maître Tranchet , 
mon digne Confrère, parleroit, dit-il, au Con- 
feil du Roi, ' i î.'V!»î': Thonneur d'y être ad- 
mis ; voilà f t»?t nd-ii , comme il fe ilatteroit 
d'y créer cette uari- 'limité, cette union géné- 
rale qui malheureufement ne s'y trouve pas. 
Il fo çeroit les membres qui le compofent à 
définir ce qu'ils entendent par ces mots va^ 
gués de mefures vlgoureufes : il leur prouveroitt 
clair comme le jour qu'ils n'ont point de 
plan , il leur en fourniroit un , formé Co leurs 
opinion§ rapprochées & , pour ainfi dii*^* fon^. 
dues enfemble, ' : r .. ; 

Je Jarife à votre Seigneurie à apprécier le 
mérite de ces fpéculations, My Lord: £nçQ* 
fc deux lignes & je termine. , , 



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' ^ C 169 ) 1 

' Delendo tfl Carthago^ voilà la queftion : h 
moins que nous ne culbutions, que nous ne 
binions de fond en comble la marine de Fraii* 

fce, point de paix. Nous n'avons pas encore 
eu le malheur d'être battus» & grâce au ciel» 
ce ne fera pas encore de fi tôt le cas. £h 
bien! redoublons d'efforts & d'énergie; profi- 
tons du moment où une ligue prefque unt- 
verfelle formée contre nous , eft peu confoli- 
dée, pour hafarder ^ icomme l'OÔ dit^ le tout 
pour le tout. Nos ennemis ont la fupériorité 
du nombre: . .Eh bien! combien font -ils? 
Trois contre deux, ou cinq contre trois? . . 
•qu'importe? approchons, abordons, facrifions 

' quelques, vaifleaux;^ ils ne périront fureraent 
pas fans entraîner dans le g v^flre qui les ab- 
forbera. Sur cinq que nous perdrons, nous 
en détruirons , à çpup fur, dix, & nous aurons 
.bientôt rétabli l'égalité. ' Ar»x maux violents, 
il faut de violents remèdes , comme dit le pro- 

; verbe. Il faut enfin un terme à cette guerre 
ruineufe. Tombons à corps per^.a fur nos en- 
nemis. Les efforts qu'il leur faudra faire pour 
rétablir des marines à demi détruites, l'épui. 
fement de leurs finances qui fuivra de près 
ces efforts , voilù jg qui réuffira plus furement 

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k les ramener aux dirpoficions pacifiques d'oh 
dépendent la nrofpéricé de leurs Etats, le bien 
être de icirr». ùijets. Cherchons, atteignons, 
combattons, exterminons nos ennemis, My 
Lord: portons un coup décifif , & s'il faut 
<]ue nous fuccombions « qu'un accès violent 
nous dérobe à l'horreuf de no as Vviir miner 
êc expirer de langufmr. Je 70us falue, & fuis 



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' De votre Seigneurie » 
MY LORD 



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■'■ jît ^^ïèiJ' t#5#W. Le très humble fervitcur 
M^kl' '^«^à^ . .. THOMAS BOOT. 



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SEPTIEME LETTRE 

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Lord SANDWICH a THOMAS BOOT. 



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fh! quel génie t'infpire, Mafter Boot! tu 
fondes ,' tu pénétres , tu perces d'outre en outre 
le fecret des Cabinets : tu difcutes , on ne peut 
mieux, les intérêts des PuifTancesI A te lire, 
à t*entendre, on ne te regardroit jamais pour 
ce que tu es , mafter Thomas. Ta lettre m'a 
fait grand plaiûr. Sûrement je ne t'eufle ja- 
mais pris pour un fi bel efprit. Combien de 
génies enfouis dans les ténèbres, qui, com- 
me toi , dédaignent de fe montrer à la lumiè- 
re ? je te remercie bien fincérement de tes fpé- 
culations , de tes dirgreflions , de tes favantes 
obrervations. Pourfuis, Tami, tu me feras un 
plailir fenfible. — Quelques lignes; ... je 
ne t'en écrirai pas davantage. Je vais faire, 
dans une heure, une tournée dans nos ports 
inaritimes pour y prefTer l'armement de nos 



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flottes qui, j'efpcrc, avec la grncc de Dieu, 
battcront, cette année > celles de nos ennemis. 



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Ah! maftcr Boot,qne tu as parfaitement bien 
faifi l'état des cliofes : . . TAmérique , la Fran- 
ce, l'Efpagne, la Hollande, les Neutres, tous 
nos ennemis, les Minières, mes confrères, & 
autres, que tu les as admirablement bien cf- 
quiflcs ! Oui, Thomas, je te le répette, je 
ne t'eulTe jamais fuppofé tans de fagacité, tant 
de lumières. Je n'ai pas la prdfomption de me 
croire digne de tous les coups d'encenfoir que 
tu me donnes, mais je fais de mon mieux pour 
bien mériter de la patrie , & pour répondre le 
plus dignement polîible à la confiance dont 
le Roi m'honore. Si je fuis traverfé dans 
mes vues, dans mes nobles defleins; fi les cho- 
fes ne vont pas à mon gré; fi les Infurgens 
ne font pas fournis , nos ennemis vaincus , fi 
Ja paix n'efi: pas faite, ce n'efl: pas ma faute. 
Je ne fuis ni devin , ni forcier ; & , comme tu 
dis bien , ei) frappant du pied, il n'eft pas 
en mon pouvoir de faire fortir de la terre» 
des hommes & des vaifleaux. Pourtant avec 
le peu que j'ai en mains , on voit comme 
je tiens tête à tout le monde. Mes Con« 



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C 173 ) 

frires, les mitres Miniftres ont fait des Tot- 
tifcs, je dois les partager, lés boire avec eux* 

,: Du moment que la divifîon s'dleva entre nos 
Colonies & la Mere-patrie , je cherchai ii l'ap- 
pailcr. Je prévoyois une rupture ouverte, 
& comme il eft arrivé, ou arrivera, une guer- 
re fanglante. L'efprit de vertige s'étoit ré- 
pandu fur le Confeil: il s*eft porté à une ex- 
trémité qui a eu pour nous des fuites les plus 
funeftes. Je fentois que c'était en Amérique 
qu'on alloit forger les fers que nous prépare 
tôt ou tard le defpotifmc. Je prévoyois d'a- 
vance que les Puilfances voifines & rivales fe 
prévaudroient des circonftances pour frapper 
fur nous des coups imprévus durant nos que- 
relles inteflines. Bute, North, Germaine, & 
conforts , rejetterent mes infinuations comme 
des terreurs paniques: ils pouffèrent Taudace 
jufqu'à dire que nous étions capables de faire 
face à tous les événemens. Ils difoient que 
nos Colonies ne fcroient aucune réfiftance; 
qu'au premier coup de canon , elles fentiroient 
la néceflîté de fe foumettre , & de prévenir 
les horreurs de la guerre. Pour mieux aider 
CCS rumeurs , mes Confrères firent répandre 



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C 174 ) 

dans Londres une multitude de carricatures ; 
l'on tourna en dérifion la nouvelle milice des 
Colonies; on préfenta ces Ibldats fous toutes 
fortes de formes ridicules; on les méprifoit, 
on s'en moquoit, on les traitoit. de balourds... 
Le Roi vint en Parlement , pirononça un dif- 
cours, ce fut l&fenteme de mort. On fit des 
menaces ; c'étoit une brouille de famille qu'on 
eut pu racommoder un verre de Punch à la 
main. On en fit une affaire grave: la fçilfion 
éclata & dégénéra bientôt en guerre civile. 
On excita l'émulation de la France : oii ou- 
vrit les yeux aux ennemis de la Grande Bre- 
tagne; on fixa lès regards du monde entier. . . 
Des femmes , oui , mon ami , des femmes de 
la Nouvelles-Jerfey fc formèrent aux armes & 
aux évolutions militaires : olles fe préfentoient 
au combat, comme elles fe préfentent à la 
chalfe. Le fexe de Briflol , dans la Penfil- 
vanie ne porta pas ThéroiTme jufqu'à s'enrô- 
ler , mais fe cottifa pour acheter des drapeaux , 
des fifres & des tambours , pour fournir des 
fufils, des bayonnettes, des fabres à ceux qui 
n'en auroient pas. Les Vieillards même donc 
le fang eft glacé , s'enflamma de cette ardeur 
guerrière. Il fe forma une compagnie de vieux 



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( 175 ) 

hommes î le Colonel ëtoit un vieux garçon 
de 97 ansr ii en avoit palTé 40 dans le fervi- 
ee : il s'étoit trouvé à 17 batailles rangées : 
le tambour avoit 84 ans. Au lieu de cocar- 
de, ces vieux hommes portoient un crêpe à 
leurs chapeaux comniic une marque expreffive 
de leur douleur & de leur dévouement à la 
mort. ' ■-.., ':---- 



Enfin les Quakers, ces hommes ennemis du 
fang, crurent, en fav^eur d'une fi belle caufe , 
d'un danger auffi imminent pour leur liberté, 
devoir déroger à la loi qu'ils fe font faite de 
ne point prendre les armes , & de ne jamais 
répandre le fang humain. i 



Toutes ces chofes, mon ami, défolèrent & 
intriguèrent mes Confrères. Ils s'aveuglèrent 
au point d'opérer entre nous & nos Colonies 
une fçilîîon abfolue. Naquit bientôt VA£te de 
Confédératicn , ou d'union perpétvdle entre les 
Colonies-Unies de l'Amérique Septentrionale , qui 
devoit fubfifter jufqu'à ce que tous leurs griefs 
fuirent redrelfés. 

A force de tergiverfations , de maiivaife foi, 



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dl'iryuftices , de cruautés , de barbaries, Aiilî 
Boot , mon Confrère Nortli çonfomma le fu» 
nefte œuvre. Le génie infernal de Choifcul, 
comme tu l'as dit fort bien , jetta le premier 
les femencQs de divilion. . 



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. De ce premier pas fait j on excita nos Infur- 
gens des Colonies à en faire un fécond, c'eft-» 
à-dire, à fe déclarer libt'es & dégagés de toute 
obéijfance à la Couronne Britannique. De Ih la 
Déclaration de leur Indépendance, du 4 Juil- 
let 1776 ; .. De là la guerre aéluelle entre nous ^ 
la France, l'Efpagne , la Hollande, les Neu^ 
très, &c. &c. &c. , — de là tous les maux 
qui affligent la patrie , ami , Boot. J'en fuis 
bien fincérement affcélé. Je regarde la fitua* 
tion aéluelle de la Grande Bretagne comme 
très allarmante ; mais on fait combien , en mon 
particulier , j'ai marqué d'oppofition aux me- 
fures hoftiles; avec quelle répugnance de ma 
part la guerre a été entreprife. Je conviens da 
l'état de détrelTc où nous nous trouvons ; mais 
je ne doute nullement, ami Thomas, que l'An- 
gleterre , ne recouvre bicniôt ion ancienne 
fplendeur; ne fulfe rentrer fous rallégcance de 
la mère patrie les Infurgens de l'Amérique 

qui, 






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qui , nouveaux Icares, ont pris un vol fihar» 
di; ne réduife à Vios pieds nos nombreux en- 
nemi? , & ne redonne à Tes peuples le fceptre 
des mers , un commerce . étendu , une paix 
conilanjte^ gioriepfe^ une félicité afTurée & 
durable 






nos 



Adieu , Mafter Boot, je pars en pofte pour 
*^ ports : je ne puis t'écrire plus au long. 



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' lïUITIÎilME LETTRE. 

- -D^^a T H O M A S B O O t à*^ 

Lord N OR T H. -^^i-'^:' 




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"U milieu de la foule des ennenjis qui 
écrafe votre Seigneurû , craindrai-je , moi 
Thomas, d'élever la voix, d'être votre Cham- 
pion, My Loréf jA« milieu de la honte & de 
la cofifufion dont la multitude de vos antago- 
niftes cherche à vous couvrir chaque jour, ap- 
préhendrai-je de rompre avec eux autant de 
lances qu'il vous plaira, pour défendre votre 
gloire ? Non, My Lord. Je connois la bonté 
de votre cœur, votre zélé, vos vertus patrio- 
tiques; j'apprécie, comme il convient, la fageffe 
de vos projets , & la pureté des motifs qui font 
agir votre Seigneurie. J'ofe bien dire que la 
haine univerfelle de la nation , & les malédic- 
tions qu'elle prononce contre vous , ne nailTent 
que d'un mal entendu ; que les méchants qui 
vous déchirent fi cruellement ont tort: que les 
accufations qu'ils fement malici&iifement con- 






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tre votre Seigneurie , font mal fondées ; aj 
que, fi vous péchez, c'eft par ignorance , en- 
core plus que par malice, MyLord. Oui cer«. 
tes, votre Seigneurie ne voit pas l'abyme qu'el* 
le çreufe fçus les pas dç la Nation ; elle nç 
voit pas le précipice qu'elle lui |^répare;.ell.Q 
ne conçoit pas comment en voulant meriec 
l'Empire à une grande fortune, elle finira par 
le perdre, y\^■.i■^.: - •-. ,..^ .«.k .. l'-w;. v.. t 






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Entendes , !My Lord : fi votre Seigneurie 
eut eu la tête du petit Roi de Pruffe , Fré^ 
deric II. à qui , dans mon tour d'Allemagne» 
j'ai rappetacé les botes ; elle eut ainfi raifonné; 
(ne peniez pas qu'il y entre de l'humeur de 
ma part , My Lord , je vous parle à cœur ou- 
vert) " eft-il de l'intérêt de la Grande-Bre- 
5, tagne de fe plier aux demandes du Cou- 
,5. grès , ou de les rejetter ? En les rejettant , 
„ y gagnerons-nous ? ou en nous y prêtant, 
„ y perdrons-nous ? ... En prenant le pre- 
„ mier parti, ne nous attirerons-ncus pas une 
„ guerre terrible fur les bras? Aurons-nous, 
„ en r î cas , de quoi y faire face V de l'ar- 
5, gent, de, l'argent!..." Ah! MyLoid,qua 
jô regrette pour vous , pour moi , pour la pa- 

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trie , que votre Seigneurie n'ait pas lu le te^a- 
ment politique des derniers Miniftres de la Rei- 
ne Anne , fiir les dépenfes de l'Angleterre pen- 
dant la guerre de 1701. Pour vous éviter 1? 
peine de le feuilleter, je vais vous tTanscrir. 
lés paragraphes eflentiels que V." S. eut- dâ 
méditer. ■ "^ '< .> '\ ,. * ...• :....,. ^ 



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*' Les articles de la Grande- Alliance ne non* 
obligeoient point à faire les prodigieufes dé- 
penfes que nous avons faites jufqu'à préfent...." 
(les articles propofés par le Congrès de l'Amé- 
rique pour rentrer fous l'allégeance de la mère 
Patrie, x\q vous contraignoient pas, My, Lord, 
de faire faire à l'Angleterre des emprunts au de 
là de fon pouvoir h de celui de là nation. C'é- 
toit affez pour nous de différer le payement 
de nos anciennes dettes, de continuer la taxe 
iiir les terres & fur le malt , avec les autres 
taxes déjà impofées. . . A quelque prix que 
les rebelles de l'Amérique nous euflent offert, 
leur réconciliation avec nous, elle ne pouvoife 
jamais être fi rUineufe que l'efl & le fera en- 
core la guerre que nous a déclarée la maifon 
de Bourbon , j'ofe dire toute la terre. Nos 
defçen4»Bs. auront de la peine à concevoir no* 



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•C i8i ) 

tre. imprudence de nous être ëpuifës pendant 
dix, peut-être, vingt ans, pour foucenir un» 
guerre de paille qu*on eut pu étendre avec un 
fçeau d'eau, & dont la fuite nous deviendra 
infailliblement onereufe ; nous , nous , My 
Lord, qui, pendant une paix de peu de durées 
avions vu avec horreur l'excès des dettes dont 
nous étions accablés ; qui détenions les perni- 
cieux confeils de ceux qui nous les avoient fait 
cootrafter , & qui cherchions des expédiens 
pour nous tirer du malheureux état où nous 
nous trouvions plongés. Nos defcendan^ ne 
pourront concevoir qu'avant que de nous être 
donné le tems de refpirer, nous nous foyons 
témérairement engagés dans la guerre la plus 
opiniâtre & ]^ plus affreufe. .,, . 



Nos dettes s'accumulent, My Lord: votre 
Seigneurie peut-elle répondre que nos neVeux 
feront en état de les acquitter? Jamais nos an- 
cêtres ne fe virent réduits à l'extrémité où fe 
trouve la Nation , My Lord. Ni les Grecs, 
ni les Romains n'en ont jamais éprouvé une 
pareille. Je fuis même perfuadé qu'il n'y a 
point de nation exiflante ou à exiftér qui f« 
^it trouvée ou puiffe fe trouver en notre état 

M 3 



1 



( i82 ) 

â/êhlel,- fi on excepte l'EfpagnequU'attira itrt 
malheur pareil a» fiotre, il y u environ fix-yîngt 
&; tant d'ans:, & qui ne s'en eft pas encore 
releviJe. Nous apprendrons fans doute , à nos 
ijèfccndans , My I ^^rd , ù être fages,: mais cet- 
te fagefle leur coûtera cher, & je fouhaite de 
bon cœur qu'ils ratifient ce que nous avons 
fait en leur nom. ^ ^• ; - v 



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*• Rien de plus aifé que de contrafter des det- 
tes^ & de le» laifler payer h nos petits enfans ; 
nous pouvons même efpdrer qu'ils voudront 
bien les payer $ mais il eft bien difficile d'alTu- 
rer uilc paix auflî longue qu'il faut pour ce- 
la, — Les hommes n'auront-ils pas toujours 
les mcmcs paffions? N'y aura-t-il plus de Prin- 
ces ambitieux & intéreffés qui chercheront 
l'occafion de faire la guerre ? . . . Qii'on ne 
dife pas que ces Etats , ces Royaumes, ces 
Empires avec qui nos defcendants pourront 
avoir un jour dés démêlés font dans une con- 
dition auin fachcufc que nous. Il eft conftant 
que par nos revers , par les conjonfturcs où 
nous nous trouvons , nous fommes en beau- 
coup plus mauvais état qu'eux, j'ofe dire que 
fios ennemis mêmes ; & pour peu que Ton 



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( U3 ) 

«onfidére la cf ..ilitution de notre Goav*étttb2 
ment, la corrupi.^on de nos mœurs, nos fac«' 
tiens '^omefliques , &c. on comprend qu*tf 
doit- être bien difficile de nous rétablir , & 
à nos arriers neveux de fuppléer à nos folie». 



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Ce fera fans doute une grande confolation 
|)Our nos defcendans , de voir quelques hail- 
lons fr ^pendus dans Is lalle de Wcftminfter>^ 
àc'-'*tés au prix de loo ou aco millions Ster- 
ling , dont ils payeront les intérêts ; . . . & 
de pouvoir fe vanter , comme font certains 
gueux , que leurs ancêtres étoient riches 6c 
puiiTans. ... 



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Qu'eft-ce qu*on appelle crédit ? My Lord. . ^ 
Eft-ce de pouvoir emprunter dix millions ?..! 
Je ne puis m'empêchcr de dire qu''in tel crédit 
eft dangereux, qu'il eft cohtre 'os loix Angloi- 
fes, qu'il relTent même la tràl.Ton. Rien n'a 
tant contribué à miner la nation que ce crd-- 
dit. Pour moi, lorfqu'au changement du der- 
nier Miniflère , je vis que ce pi-étendu crédit 
s'étoit. évanoui, je le pris pour un bon au^ 
gure. . . Je m'imaginai voir un jeune héri- 
tier, qui ayant chapgë fon premier intendant, 

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çgl^^o>$nçoit , lui^-xnême à mettre ordre à 
Ce^-'i affaires ,, ^vant ,jqi^;e^\es . .f^iffe^t jlt lisfjï^é- 

frÇ^ •(!•*•/ ,ii:cj £:t) .'jyl , r-sjpihîj^frjv^ -u!*. ; 






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. {i^Cqu'ici , nous ne nous fommes foutenus 
que par art , ce qui ne peut manquer de rui- 
ner, avec le tcms, l'Etat le mieux établie . . . 
Non, non, il n'y a point de pays en Euro- 
pe plus fortuné & plus riche que le notre y 
mais nous avons exténué un corps fain & ro- 
bi^fte , en l'accablant de remèdes. Bientôt 
l'art ne fervira plus de rien , fi la nature ne 
fî^it un dernier effort, ^ ^^ ^,., ,,: .„.. ,. ., 

Si l'Angleterre s^afToiblit en accumulant fes 
dett *^;., My Lord , n'en doit-on pas conclure 
qu'fc'iu devroit chercher à les éteindre , & 
|>ar un-j fuite néceflaire, terminer la guerre à 
tout prix , & cultiver la paix avec foin ? Je 
iuppofc, comme votre Seigneurie, que l'hon- 
neur de la Grande-Bretagne & la nécelîité 
d'une défenfe légitime , l'ont mife dans la 
ûéceffité de contraéler d'année à année de 
nouvelles dettes ; mais quelle imprudence ne 
peut-on pas reprocher à fes Miniftrcs , à vous 
en particulier 5 My Lord; quand on voit qu'el- 



^m^; 






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C 185 ) 

1c s'afFoiblit par un faux point d'honnaur , 
après s'être épuifée par ambition , & qu'elle 
pourfuit une guerre difpendieufe , dëfefpérée, 
une guerre qu'elle ne terminera qu'avec igno- 



^ poids des 
Roi Guil- 
nour dé- 
intérêts 
iNouo fommes 



minie. . . Nous avons fupp- t 
dépenfcs faites fous les Re» 
laume & de la Reine Anne 
fendre la Pragmatique-San6li 
de l'héritière de Charles VI. 
encore courbés fous le poids de celles que 
nous a fait ccntrafter, dans la dernière guer- 
re, l'orgueuil di; Chatham; — Et vous, My 
Lord , dans l'état le plus défefpérc , dans la 
fituation la plus critique où puifîe fe trouver 
l'Empire Britannique , vous vous attachez à 
à confommcr fa ruine ? Ah ! ne tardons pas 
à mettre bas les aroies, à en venir à une paix ^ 
coûte qui coûte !, 



.,- ,'t; 






L'Efpagne , difoit , il y a cent ans , un ju- 
dicieux & profond Miniftre d'Angleterre, qui 
comme vous , My Lord , étoit affis fur les 
bancs de la Tréforerie ; l'Efpagne eft un exem- 
ple frappant des fun^îlles effets qu'opèrent 
dans un Etat , d'anciennes dettes publiques , 
«infi que de l'embarras & de rmpuilfance 

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î^yèlpïàe^ ïMê^ dfe:bé*R%ùniè font em- 
Jilôyèéfe^ Sr'ffeyé^ fëi in^ fbmities ëm- 

S^téésv 11 y a: titlis èewtaîrié données; & là 
lîibfifhtiçr dèteé à ftbût^^^ le corps poTîtîî 
éfàe , fe trduvûîit détournée à d*âùtres lilàéeS , 
îï eirt dieVenù f&ible & iricaîiabie dfî^réiîfteè 
awx «ïpihiir^ àc<^ettts. Lorfqti'ûti peuple M 
âiiit à çàte fitUâÉion, Vièïit à s*éngager darts 
dfes guerjrès étrangère^, iotf ruitieùfes, il èft 
évident que feij ennemis dpivëiit peu redou- 
ter ÛL PuiflShce, & q'ùfe ièi ate ont trèspéû» 
^ fècouïs- k eu •èïpéiW^V^"'^^-^ '^-- ^''^''' ' 

Ces yâftes anticipàtiôtfs fur léè revenus fli- 
turs, ont commencé vers Tan 1608, &b!lt 
continué d*anAée à anâée , fans qu'on ait 1 
fongé à en diminuer le fardeau. Cette néglf- 
gence feule a plus contribué à énerver la 
Monarchie d'£l|)âigne que toutes les autres 
fautes qu'elle a pu commettre. 



;/-: ;!*^<ï]i,;;j 



Ce peut être tiht^ét d^ ^iïelqùës perfôti^ 
iiés dans une nation, que les finàncës'de l'E- 
tat foient embrouillées & fths ordre ; fes re- 
venus font un champ où il eft toujotiî» tréà 



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(iicile de glaner 9 & le profit ti*en «ft JamaSs 
ii cbnfidérable que dans les urgences {iubliîquci; 
Mais la totalité du peuple eft Intëreir^c à Té^ 
conomie du Goiivemement & à la modération 
dés impôtsÂ; d^' ihftrgefi : célla devient itàpoC- 
lible, lorfc|u*une t'iis les dettfes font ailcè 
eonfîdérables pour décourager des Minilb'èâ 
honêtes , Ou pour dégoûter des premières pis* 
ces ceiix qui font lès pllus ta^àibles de les rém- 
plir. C*eft précifément ce qu-on a vu arriver 
en Efpagne; Ténibarras de fës àffkires -a été 
tel ,^ que quoique fes revenus foieht des phiâ 
eonfîdérables , elles a plus d'une fois manqué 
d'argent pour avoir des flottes & des armées 
de terre. Telle a été la fburce des négligen- 
ces & de la foibleife, fi remarquables dans 
cette Monarchie.,- ' '''"'■T ;'v V' " ■.■v-*. 

En général par tout où les finances font 
dérangées» les vexations s^àccumulent fur le 
peuple A la vérité , Tintérét de quelqueé 
hoinnies puiATanls eft de vivre fous une admî- 
niilration "relâchée, parcéqu*alors les revenue 
publics fe rëifentént de cette foibleffe. L^ 
grandeur de Ces particuliers concifle à trom- 
per le. Prince & l'Etat; & c'eft alors que les! 



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j^Ç^ipes'i^ j£Sf(pi!é^r9nc^8 odieufçç rapportent 

• ' f»(.»i3;;'.' >;:! j;' : .. '• . j • " i./vii^-' / ii , ... -. 

.n,Ea.:r4fl4çblflîwit >fc Iw causes qui, far I9 
j||i(M(duiii(.€rni^f\ji)écle, oni ^ifoibli la Monar- 
.j- $ji)ie 4Wpa^ei quelle ieçoiii importante pour 
TtouSf My 'Lord!, au l;eu'4e voir avep. follici- 
titdd quepps' guerres d'ambition, nos guerres 
de folie nous ajent oblig^^ 4^^ faire 4es eps' 
prunts confidérabjes; nous glprifierons-no^s du 
Cf^dil; .de, notre gouvernement;,, & regarde* 
rons-nous; tAOtre.immenfe dpttp nationale CQm« 
me la preuve de nos richeiTes^de notre pgif. 
fance? . . î^hX My Lord, l'exemple de l'Ef. 
pagne nous avertit des malheurs que nous nous 
préparons en adoptant la même politique ; il 
nous préfage un bien cruel avenir ! 

H> .' Quïànd le,Miniftre de Madrid, tout fier des 
richeiTes de l'Aïnérique ,, &. ne méditant que 
des conquêtes.,: commençai faire! des c'iiprunts 
en 1608, iln'autoit pas ^té fùrpretiant qu'on 
çftt rpfufé 'd'entendre ;un citoyen zélé &.éclai- 
ré qi^i aurpit prévu les i.nconvéniens des det- 
tes publiques ou nationales, pyifqu 'il n'y aypit 



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point encore d^wcpérierice'^ lestiitfkit i^ttî 
Tioftre à rEtopé: mai»i My Lwd, enceà^é- 
de éclairé> en^réfîé'de-pNÎfôfôpI^e; en céûél 
de calculateur, fommes^hbàls^égalemènc excu- 
fàblcs? Et ne pouvons-nous pas nous plain- 
«Ire du poids des impôts ' '^tiî nous accableàt ? 



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' Puifqueiconim'è votre SfeigJneUrie n'en dou- 
te pas , My Lord, ' Targèàt èft iè nferf de là 
politique moderne, dt>it-oo être- ëtonfné des 
maux i fans nombre que racdimtktatioh des det- 
tes nationales caufe à la GrahdevEfretagne-f 
en voyant lés mœurs & là diicif^ne militaire 
fe relâdier chez lés Romains,' on auroit pÛ 
jpiédire leur ruine , parcéqûe-^leui* puiflàncè 
poitoit fur ce double fondement En voyàht 
le défordre dans les financés'- d'un- Etat dé 
l'Europe, on doit prévoir la décadence, pôr- 
ceque l'argent eft le prix de tout; & ijueles 
emprunts tariflènt la fource des revenus ordf* 
ntires. Il n'a fallu que 60 -ans' de mauVaife 
4idminiftratioi;i pour jetter autrefois rEfpaghis 
dans le plus grand affoibliiFement ; il n'en faut 
pas encore deux, My Lord^ avec l'abus & M 
prodigalité de nos financés -pouf produire lô 
V(Am% effe^ en Angleterre/- U le produirai>' 



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{f)yez en fJaxj tnalgré les relTorts d'un Gou« 
^Ojnement qui} )^ fa; nature, eft plus auen* 
tif à lachoi^, {n^t>%uie que ne Tétoit celui des 



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, pe ces ^ëÇjçjçioQ pu doit conclure , fi jq ne mo 
trompe , My Lord , que TAngleterre a agi 
jUj>D(;r^ lès véritables intérljt^ > lerfqu'elle a 

' ^pn^mçacé 4» guerre de^ 1 756, .pendant . qu'el- 
Jiq;,étp^ç ,e|icore^ ^C(:abl(^e def dettes contrac- 
p^ k Y^^çaJàpn . de rhéritiere de l'Empereur 
Charles ^I.,^^£3us le règne ^le la Reine An- 
fia : c|étQll^: ^à u^ ,/ardeau pefant ajouter enco- 
1;^. un fi^Mejiu plus pçfant, c'ëtoit faire un 

, pas vers là décadence* A cette heure , My 
Lc^rds;quç 9 confine vos cnnon^is Iç difent, non 
pHs tixçi aumoinSf à Dieu ne plaife! A cette 
hqure; que la fotjtife , ]'imp4ritie, le reffenti- 
inçnt çle vptye Seigneurie aggravent de jour 
ca jour |âp de plus en plus ^Iç poids ^éja Q 
çQnlid<^ri|l>^^ ie iii^s de$.tes ancii^nnc$ > en fou^ 
tenant opin^trément une guerre < dénaturée, 

\ une- guerre |nfame,' une guerre qui cft en hor- 
reur aux Dieux & aux hommes; ne devons-* 

jnpus pas appréhender de voir bientôt l'Em- 
toire JBritançiquf crouler ,lî>us. ft^ . fc^ndçmenis % 



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1 Gou*; 

} atten- 
;lui des 

Ejncine 
! a agi 
j'elle a 
t.qu'el- 
ontrac- 
npereur 
îne An- 
ir enco- 
iaire un 
•e, My 
t,non 
cette 
•e0enti- 
[le jour 
4éja q 
en fou- 
turée» 
en hor- 
levons- 
t .l'Era- 
mentsî 



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^ r My Lprd , la .ppHéiiité; j vprr^.t-elle d*u^ 
jeil fro^ ces guerres dispen4ieures ,& cruel* 

lesi, ces ^cèn^ # (^PS ^ 4*)^^^'^^^ ^^^ ^ 
quelles vous avez entraînés .I^urs pères f Nos 
Neveux ne vomirpnt-ils pas fur la mémoii» 
de votre Seigneurie l'ignominie & Topprc 
bre ? ne fouleronf-iJs pas avec exécration ft' 
cendre à leur pieds , pour leur avoir forgé 
des fers avec la mifere & J'iiyiigftnce? ah! 
My î'Ord^ inalgré la figité die caradlère àf^ 
peiiple Anglojs ,. malgré re^périence de feg 
Amiraux^ malgré Tai^dace de fes l^ommes de 
mer, malgré l'énergie que di^it acquérir une 
nation libre dans les fecouiles qu'elle éprou- 
ve, comment pouvoir efpérçr de ne pas fiic- 
eomber? . . rh! ah! détournons nos. regards 
des cendres de Çarthage & dfis ruinef de Bl^r 

; Jl^cuiezy My Lord^ içais, j*ai ez^tendu di^»^ 
re que tant qu'on ne meneroit pas à Tybum 
un mauvais Souverain, ou du mpins un mau- 
vais Miniftre, avec auifi peu dç formalités» 
d'appareil^ de tumulte & de farprife qn*on,jr 
|i;ondutt le plus obfcur des ma^faitiivirs, la nSf, 
tîpn Angloile n^a^coic de (es drpits^ nviaju6»f 

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t6 idée /ni là' pleine jouiflTance, qui convient 
à ûri peuple qui ofe fe croire & s*appeller li- 
bre; que' tàiit^t^elle laifTeroit IVdminiftration 
entre des %tAm ignoranteâ , corrompues , au- 
^Hiciëufès -i éHé fe - laifTeroit précipitet împè- 
T^ëûfein^nit' & 'impunément dans les abymes 
les 'j^ios profonds. "■'^'^''' 



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'Ahl^ltfy LOi-d ; on noircit votre Seigneir- 
np ^ laccufations Ie$ phis graves: on lui-ré« 
prroëhe des iforfaits: on aCCumiilë tous lès ana* 
îhêméis for fa tête :' la majeure partie de la 
îîatibri^IàdëvbÛe au»Tartare. . . hélais! qu*on 
a bien tort! moi, My Lord, votre adniira- 
téur, votre pïdneur' en tout feiis; tandis que 
vous paroiïïeîp plus hoir aux yeux du peuplé, 
que ne lé -fiit jaiûais J/caliiphti qmnd Profer- 
pine indignée l'eut changé en un très vilain 
corbeai^ ; vous me paroillcz plus blanc que le 
cygne -qui fbrt en battant des 'ailes du canal 
tftiilifpàrent dans le quel il s*eft plongé. Mais 
à là place de votre Seîgneuriei My I-^rd,^ 
indoierU & iami dii repos , comme vous tlites ,* 
au lieu de paffer ma vie dans le fatras des'af- 
faires, comme vous faites, effuyer de jour en 
jour ki fatigue défagréablé d'une guerre poK- 

-, ;- . ■ V- . - _ ti» 



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envient 
eller 11- 
(tration 
es, au- ' 
t impé- 

abymes 

. , ■ . ^ ■ 

Seigneir- 
n luiré- 
i lès ana^ 
ÛQ de h 
fe! qu*on 
adihira- 
ndis que 
peuplé, 
Profer- 
s vilain 
c que le 
u càtial 
. Mds 






is -dites ,* 

[s des'af- , 

jour çii 

JTe poH- 

ti. 



C »P3 ) 

tique» & ftibir Tëpteuve cle$ attaques Parle-» 
mentaires , des provocations , dès injures ; à 
votre place, oui à votre place, J'aimerois 
mieux m'afleoir comme 1 indolent fndien fous 
le machenilifry & y rendre Teiprit en fommeil* 



ÀDtEU, My Lori> 



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Votre Servitouc bien hutùMi 
THOMAS BOaX*^ :A 

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'■iSf''"iàQ^ «... 



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( 194) 



XSrKt/VliME LETTRE 
De toRD IfîÔUTtt à THOMAS BÔOT. 



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'ignore nullement, ami Boot, qu'on me 
noircit des couleurs les plus odieufcs. 
Mais quels font ces peintres injurieux» dont 
le pinceau téméraire trace mon tableau? quel- 
les font ces âmes viles qui me difTament à la 
face de l*imivers? des Richmonds, des Shel. 
bûmes , des Roèlcînghàilis, desBurkes , des Fox 9 
des Wilkes ; — & la canaille eft leur écho ! 
Un tas de gens qui envient ma place, & qui 
ne cherchent qu'à me culbuter, mafter Tho- 
mas. Ah! tu vois qu'il n'eft pas befoin de 
chercher bien loin les motifs qui délient leurs 
langues, & qui leur font tenir tous les pro- 
pos indécens qu'ils fement malignement fur 
mon compte. Ils difent que je ne m'attache » 
par reifentiment, qu'à forger des foudres pour 
ëcrafer l'Empire , qu'à erigsr h Roi en tyran, 
tandisque je ne cherche qu'à' emporter d'af- 
faut les remparts derrière les quels fe cachent 



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(195) 



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'les b3te$ fcroces qui veulent dévorer la pa- 
trie. Les perfonnages les plus intégres des 
trois Royaumes ne peuvent s'empôcher d'ho- 
norer mes vertus , de respecter mon intégrité $ 

* de prifer mes talcns > de m'accorder la plus 
haute cftime , ami Boot. A l'exception de 
quelques jaloux, tous mal famés, Mafter Tho- ^ 
mas, tout le monde déclare qu'il me trouve 
bien digne d'être non feulement le chef Lord 
de la Tréforerie, mais aufii le premier Minif* : 
tre de. l'Empire. 



On dit de mb! que j'accable la nation fous ' 
le poids odieux & infupportable d'une foule ; 
d'impôts, qui, de l'Etat le plus riche & le plus 
florifllint , ont fait de l'Angleterre un hôpi- 
tal, où il n'y a que les adminiftrateurs & ceux 
qui les touchent, qui vivent dans l'abondance ' 
& les délices, tandis que les dettes de l'Etat 
ont abforbé- plus de vingt-cinq années de fe9 ^ 
revenus; tandis que je fuis forcé fans ceiTe 4 ' 
recourir à des expédiens ruineux, dont nous 
ne' tirons jamais qu'un fecours momentané 9 
fecouFs perfide qui nous plonge dans de nou- 
veaux embarras > dans uçe mifere encore plus 
profonde. ^^^ ■^^..^^'^'s^^^m-:^:^-- \ , . ; 



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( 196) ' 

On m'impute , je le ia\s, ami Boot, mille di* 
tours, raille rufes, une nude de myftcrcs dMni« 
quité, des crimes, des forfaits, Dieu fait com- 
bien 1 je fuis l'auteur du fang innocemment rd- 
pancju : je forge des fers à la patrie : mon Minif- 
tère n'eft qu'un enchaînement d*infultes,de ve- 
xations &d'entreprifc s, qui toutes ne vifentqu'à 
façonner la Grande Bretagne au joug d'une 
obeifFancc paflive fous les ordres tyranniqnes 
d'un defpotifme abfolu; je ne cherche, ami 
Boot, qu'à confommcr les œuvres de mort, 
de défolation & de tyrannie , que j'ai ddja 
commencées «dès mon entrée dans la carrière 
Miniilèrielle par des aélions d'une autorité & 
d'une perfidie , dont on trouveroit à peine 
des exemples dans les fiécles les plus barba- 
res: en un mot, ami Thomas, je fuis un foé- 
lerat , un monftre : dans l'autre vie , dévoué 
au Tartare, comme tu dis'; & dans colle. ci, 
point aifez de potences, de roues, de bûchera 
pour compenfer mes mérites! jufte Ciel!... t- 

, Ah! Mafter Boot, que l'audace fe déchaî- 
ne ! la médifance & la calomnie ne peuvent 
obfcurcir la vertu que pour un tems. La 
vengeance de ma patrie que je cherche, & 



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fon falut^aflur^; . . . voilà Tobiet de mes tra- 
vaux 9 de mes veilles , de ma foUicitude ! . «• 
Ah! que ne fuis -je le maître du tonnerre! 
que ne puis-je le lancer à mon gré ! il pro- 
duiroit pour la Grande Bretagne les effets les 
plus prompts & les plus falutaircst 

Ami Thomas, je brave hautement & les 
huées & les fots difcours de rOppofîtion, & 
les infultes d*une Nation peu éclairée (lir Tes 
intérêts. La fin couronnera l'œuvre , j*ofpère. 
Le préjugé, le malheur des circonftances , Ten- 
vie , tout eft contre moi , je le fais : mais « 
avec l*aide de Dieu, je me promets bien d'en 
tryompher avec honneur & gloire. '^ 

• Fidèle à mon Roi, fidèle à ma patrie, fide- 
le à remplir tous les devoirs de citoyen zé« 
lé, de Miniftre intégre, de père fage, d'é- 
poux tendre , d'ami fincero , je me vois au 
delTus des atteintes de la médifance , & je dé- 
fie la calomnie de pouvoir réuflir mieux qu'el- 
le. La tranquillité règne dans mon cœur, la 
franchife remue mes lèvres, la candeur con- 
duit ma plume , la modellie efl fur mon front , 
la férénité dans mes regards , & la noble al- 



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■ (198) 

furance dans toute ma conduite, dans toute» 
" mes démarches. Le peuple m'accable de ma- 
. lédiftions, le Partement d'injures; mais mon 
' innocence diflîpera les brigues de mes ennc- 
; mi^^^i Les traits dont ils veulent me percer fe- 
ront impuiflans: on fera forcé tôt ou tard à 
;■■ rendre hommage aux vaftes reflburces de mon 
génie, à la fainteté de mes mœurs, à la fa- 
. gçffe de mes deffeins. La. poftérité fe glori- 
, fiera de mon Miniftère: elle arguera d'ingra- 
titude fes pères. Elle dira de moi : que j'ai été, 
V Vlmmf fort y Xhomm incomparable, ,. .. . ,f . ^A 

■ ,-Ami Thomas, crois-moi, notre patrie mal- 
heureufe ne gémira plus longtems fous l'efclava- 
ge de fes tyrans, de fes ennemis, de fes rivaux. 
De mon fouffle, j'achèverai bientôt de les anéan- 
tir-fans efpérance de retour : la gloire du Roi , 
celle de la Grande-Bretagne accrlie fous mon 
; Miniftère , volera de bouche en bouche & d'â^ 
. ge en âge , pour ne finir qu'avec la Monar- 
chie, dont je m'étudie fi bien à confolider les 
reflbrts & raffermir les fondements, i . ♦ 

Adiew, BOOT. , -\ ■■' 

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d'ingra- 
j ai etc 

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rîe mal- 

efclava- 

rivaux. 

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U Roi , 

lus mon 

& d'à. 

Monar- 

idcr les 

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1D" I X lEME LETTR E i 
De THOMAS BOOT à LoRp GERMAINE. 



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'A--!v'^*'ÎCÎVV{ >''-'^" 



1 faut que le Diable s'èri triêlé ! Oui, il faut 
que le Diable s'en môle , My Lord ! Qtioi ? 
toujours battus , jamais battant ! Avec VCrtre 
expérience militaire, toujours de mallicureUfes 
campagnes ! Àh! il faut bien que Satan foit A 
nos troufles, & que le divitt génie d'Albîoii 
nous ait fait banqueroute. Ne penfez pas, My 
Lord , que , par pure malice , je veuille rapellei: 
ici vos malheureufes journées en Allemagne ! 
Dieu m'en garde ! mais pourtant, voilà fix^ 
fept années que^ nous bataillons Tans fuccès:..'^ 
Qiie dis-je? Voilà fix, fept années que nous 
n'éprouvons que défaftres , humiliations , ré- 
vers. Quand je me rappelle que Burgoighe a 
Konteufement lâché le pied, a ignominieufc- 
ment dépofé les armes Angloifes à Saratoga, 
avec (ix mille foldats des mieux difciplinés , de- 
vant une troupe de poltrons & de lâches, je 
frémis de tous mes membres , My Lord. ]t 

N4 



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V. 



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fuis bien loin d'en imputer la faute à votre 
Seigneurie; mais pourtant,, à dire vrai, il pa-» 
roit, qu'elle 6*eft, plus d'une fois caffé le ne^ 
dans cette' pitoyable guerre. Pardonnez, My 
Lord, il j'ai certain louche fur la fageife de 
vos projets à fur leur -exécution. Lté plus 
grands hommes font des fautes : humanum efi 
feccare^ ait St, Angullin.»,. Votre Seigneû-- 
rie çonnoit-ellç ce I^ord de la Légende Ro-. 
maine ? Cet axiome fait mieux votre apoloi» 
gie, que ne la pourroiçnt faire toutes les fen- 
tences de Bolingbroke , toi^tes les. mathémati? 
ques de Newton^ Vous étçs Jionnçte homme > 
mais malheureux 5 My Lord r on nepeut que 
ï'eq, prendre h, votre mauvais deftin, Dites lui 
donc qu'il g tprt; que cent années de combats , 
de dévaluations, de maffacres , ne rétabliront 
jamais nos affaires , ne nous fçront pas recou- 
vrer l'Amérique ; qqe prétendre fuhjugucr npfi, 
ÇploQiçS:, ç'ettlp çQjnblç de la fQiicç I , * if'!- 

Combien de fois, MyLord, votre Seignejgs. 
rie m nous a-t-elle pas afiuré que les Rcbel^ 
les étoient fans habits, fat^s armes,, fans difcir 
pline, réduiti- à la befacc, (Se à la lettre, à pé« 
jir de faim ? Çç§ Rebelles pourçapt n'qntpas 






■:■::, ici?;ii... 






laiflTé de faire échouer les eiforts fucceflifs de9 
plus habiles de nos Officiers &; de nos meilleu* ; 
res troupes? Rien pe nous manquoit,, Cepenr ' ' 
dant qu'avons nous fait? de la bouillie pmr les . 
chêts. Après bien du tems perdue nous avons 
VU nos Officiers disgraciés , l'armée fe conAb 
mer infenfiblement; la nation aggraver le poids , 
de r^ dette, & par tout' une augmentation dQ 
calamités» >,j|..y{j,j,v,j_kitt..'4,.|,.,^-jj,K^ .•,■»■«.<.; w.. ■<:*>*>■ 

TiJ'ofe avançef ) My Lord , qï^w Je col^nbls 
parfaitement rAmérique, & mieux que vous^ . 
furement , n'en déplaife à votre Seigneurie^ ; 
J'ai auffi voyagé làj comme ailleurs, J'ai fait 
autrefois des fouliers à PJhiladelphie, è Bofton'j 
en Canada > comme j'eti fai$ aéluellement k 
Londres, J'ofe dire , 4'après. la connoiflàncp 
que j'ai de ce pays y. que quand même la Fran? • 
ce, rEfpagne, la FJoIlande, fans en ejçcepteç 
les Pandours^de r£mpereur .& les HuiTards du 
Roy (de Prufle, fe ligucroient avec nous contre 
l'Amérique» npus nç fer^onç jamais en éta(;dQ 
la.ponquérir, ■±:ry'y'^A-v^::h K;%rii:t]ii'i(* f-f^-/*. 

(CV f» - '- •••*•. ,.-.^*» ^■s »-,-fr, . » r. ■ . <^ - . *'■ ^•XV^' » */ ♦• ' -'^'-■1 •' ^8-\ * V^v*^ .- 

.. A^uellement que la France & l'Efpagnç 
fonç çaufe cqmniUO.e avec les Infurgens, ^ju'sk- 

N5 












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( ft02 ) 

Vons-iioùs à e(p4rer ? il faut être aveugla pâi 
\eé préjuges les plus abfûrdôs pour ii*en pas 
Voir lès côinfô^nces. . . £hl Cette confédé: 
ration formée autour- de nous, & connue tbvti 
le ném dû- Neutyalité-arméé y oférais-je deman- 
der Quelle opinion vous en avez, My LordI 

^^ Les Ahglois ont longtems reclamé Tempire 
de la mer. Ils l'ont même exercé , & pour dire 
la vérité , avec un despotifme tyrannique & 
révoltant»* Î^Oiis pouvions infulter, outrager 
impunéfAent^ toutes les nations; aucune n'ofoit 
s'oppofer i Uds prétentions. Pïous les obli- 
gions partout à baiilbr pavillon. Nôusfaifions 
des i^echérclies , nous confisquions leurs vais- 
féaux, d'après des loix que nous avions nous- 
mêmes établies. Aucun peuple n'étoit aflei 
hardi pour fe plaindre; ils s'imaginoient tous 
n'avoir d^autre parti à prendre que de fe fou- 
mettre aveuglément à notre code maritime. 



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-' Quand léà Puiflancè de' rEiirope hoùs'ohè 
vus embarraffés dans les trouble? aâuels y nos 
Colonies réfiftant à tous nos efforts , & aflî- 
ftées par de pûiflans alliés, elles ont jugé l'oc- 
cafion favorable pour recouvrer leurs droits. 



r- 



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ont 

tioi 

affi- 

roc- 

roits* 



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Fatiguées de tant d'outrages révoltans , &pro- 
fit:anti habilement dé notre embarras.^ elles OQjb 
cru devoir former un code de Iqix.quifcryir 
roit de régie conftante.^ cp tems. de paix pu 
de, guei*re ; & au cas que nops reCuHons d*y 
Recéder , d^employçr cpntjre nous (^ette .^N^u^ 



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-";• ,v ; .; 7':; ■ , ■■", '• --^''-iT -/rt • ', ■? .• -i-i-r 

■ ; §i telle chofe arrive jamais , My Lord , qu'en 
doit-jl * réfuker ?, ,Q.^Iil nous faudra recevoir 
dorénavant'ies jtoix fur mer de çeus^i^^qu^ nous 
étions accoutumés d'en donner. |i n'y a rien 
là que de julle;,mais cela n'en, eu pas moins 
douloureux pour un peuple brave & çoura- 
geijx q<;ii a joui longtems de cette fouverai- 
reté, Si nousi refufons de foufcrire aux Rér 
glemens qu'on nous préfente,, .cette Neutr aliter 
armée fe joindra dès-lors à la France & à l'Ef- 
p^gne pour noujB y forcer*,,, ^^.,,,j /; i <iâ ^ 

.!;A notrc/giierrejavec l'AmériqjLie qui fuffit 
aflez pour nous tenir en échec, paroiflent de- 
voir fe joindre bientôt les efforts armés de 
toutes les JPuiffinçes^ maritimes de l'Europe. 
S'il nous eft fi.di^çile de pourfuivre la guerre 
ftveç les pj^çiiers , comment poi|rrons-nous 
tenir tête à tous les autres réunis? 



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•''Il y a certaines chofés â coilfidérer rëiàtli 
Temetit aux Puiflances Neutres, My Lôrdl 
Ou je me trompé fort, ou nous les vetrùni 
jfaifir la première oc'caiion faVôrable pour nous 
faire le niôriie complithent que flous aVonâ re- 
çu de la Frârtte. L'Amérique a déclaré fort 
indépendance. La France & l'Efpagne Tont 
reconnue; les fujets de ces deux Etats jouis- 
ïcn dubénéfîceducommèrce du nouveau-mon- 
de; lés autres nations foupirent pour les mé^ 
mes avantages. Que feront-elles ? Elles îmî^ 
teront -le même exemple,- elles reconhoitront 
l'indépendance^ dé F Amérique , & nous en- 
verront dire : Jî vous ofez nous molejier , nous 
/aurons nous défendre. . . Eh bien ! My Lord , 
vous 'croyez- vous en état de feire la guerre 
Xîontre l'Univei^ entier? ; a^ua uu. ,..;c ^^ -• y-ii 

. • ■■< ■ '^'i - .:.-■'.■■ ^ / .> 

Ah ! fi nous ne voulons pas , Myf Lord , 
éprouver une ruine totale au dedans, & re- 
cevoir au dehors la f loi de nos voifins , ne 
tardons pas à faire la paix avec rAmériqucf. 
Il eft encore tems avant que nos fuccès foient 
balancés par dés revers , avant que l'aigreur 
de la vengeance ait éteint les derniers relies de 
l'amitié naturelle entre deux nations, dont 



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Toriginé, le langage , la Religion & la confor* 
macion phyfique font les mêmes. L'indépen- 
dance des Colonies , la Grande-Bretagne tôt 
ou tard devra l'accorder. Renonçons aux 
poiTeifions que nous ne faurions garder » ou à 
celles que nous ne pouvons plus recouvrer.'.;^ 

Mais direz-vous, peut-être , My Lotd , la 
France ne permettra jamais aux Américaine 
de faire avec nous une paix qu'aux conditions 
les plus humiliantes. Il faut bien peu connoî- 
tre la France , pour avancer une pareille er- 
reur. La bafe de leur alliance eft, qiiemi la 
France ni l'Amérique ne traiteront avec lii 
Grande • Bretagne fans la ilipulation exprefTs 
de l'indépendance Américaine. Ainli la paix 
dépend de nous. c :^ ^ ^i^ • . - . . 



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En vain , My Lord, noùâ âaterions-nout 
d'avoir la paix auparavant. C'eft l'intérêt de 
la France ; c'eft l'intérêt de l'Efpagne ; c'eft 
l'intérêt de l'Europe que cette claufe ferve de 
bafe au traité. Il faut qu'il y ait une éternel- 
le barrière entre l'Angleterre & l'Amérique. 
Autrement la guerre n'a point de terme. 



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■ Nous précipiterons-nous donc dans des calât 
mitéâ nouvelles & inévitables fur Tonique efpoir 
de rencontrer des hazards heureux ? Nous 
cxpoferons^nous à recevoir la Joi de Puiflim- 
; ces que &oi|S faifions trembler d'un feul re- 
gard? Ou plutôt dépofant les fentiments d'or^ 
. j giieil & de vengeance qui ne font plus de fai- 
„ fôn, ne éhercherons-nous pas^ en gens fages» 
;' à tirer le. meilleur parti des circonflanccs , à 
tâcher de nous garantir du mépris & de la 

/"xlOn demandera, peut-être , quel cft le but 
,. de la) France, en faifant de fi grandes dépen- 
fesj'fi elle ne cherché pas à acquérir des pos- 
fefïïons territoriales en Amérique ? Mais ne 
lui fuffit-il pas d'acquérir la prépondérance en 
Europe? Qiielle PuifTance oferoiM'attaquer , 
fi jamais l'Amérique eft irrévocablement dé- 
tachée de nous? -î^^ 



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' J*avoue , My Lord, que nous aurions des 
motifs fuf^fants de continuer la guerre, û 
nous avions xjuelque tjrobabilité de fuccès; fi 
nous avions quelque efpoir de maintenir nor 
tre autorité fur les Colonies d'après vos plans. 



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( 207 ) 



Mais c'eft une folie d'entreprendre ce qu'on 
Dc fauroit raifonnablcment efpérer d'obtenir; 
& ce qu'on ne peut entreprendre fans s'expo- 
Xer à une ruine totale. Ki'nybx:ii •ji?»*' ./î;» 



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Si donc, MyLord, nous pouvons, une bon- 
ne fois, nous perfuadcr que toutes nos cala- 
mités font des fuites de la guerre Américaine » 
& que nous devons en attendre de plus terri- 
blés encore y s'il eft certain que nos fuccès 
^ans ce pays*là.font loin de balancer nos mal- 
heurs; s'il efl vrai que la puiffance de nos en- 
nemis augmente à mefure que la notre dimi- 
nue ; s'il efl vrai que nous n'avons pas un 
ami fur le fecours du quel nous puiifîons comp- 
ter; s'il eft vrai que toute l'Europe nous re- 
garde d'un œil froid & d'un air d'étonnement, 
prêts à fuccomber fous les efforts d'une ligue 
générale; ne devons-nous pas, tous tant que 
nous fommes > demander la paix à cors & à 
cris , avant que nous foyons contraints à la 
recevoir à des conditions intolérables. 



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Les Américains échappés de nos mains , il 
ne nous refte plus qu'à regagner leur amitié; 
avec elle nous recouvrerons & ç^ptre commer- 



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( 208) 



CB & fon fupport. Ne nous cxporons pas Ik 
.perdre un avantage aufli précieux. Prenons 
garde de ns pas ilicrifier ce qui nous reile 
de notre ancien pouvoir, à la folie, à Tor* 
gueil, à la vengeance* 

Comment autrement , My Lord , for tîr dii 
(pas dangereux où nous fommes engagés , qut 
■par une paix avec l'Amérique ? C'eft le cri 
populaire > le cri univerfcl, c'eft le vœu de la 
dation -entière. Le Souverain qui héfite d'y 
•déférer , expofe au plus terrible des malheurs 
fon peuple , fa famille , & lui môme ; & le 
Miniftre qui confeille le contraire , mérite 
mille roues, milles bûchers, toutes les poten* 
^es du monde. » i>-4 » » 's/vif,jii^'-i ►i^- y " «w-» 

51' Vos ennemis reprochent à votre Seîgneurî* 
bien des forfanteries & des fottifes, MyLord! 
mais, je termine; l'enumération me mencroit 
trop loin : votre apologie eft une tâche trop 
au deflus. de mes forces : j'en laifle l'entrepri- 
, fe à un plus heureux génie. Mais en fîniflant, 
Je ne puis en honneur m'empêcher de remar- 
quer qui fi votre Seigneurie eut bien réfléchi 
fur les fuites d'une guerre dénaturée & bar- 

' bare^ 



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«îx-po^ris pas k 
cieiix. Prenons 

qui nous relie 
a folie, à l'or. 



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'Otd, foftîrdti 
s engages, que 
î ? C'eft le cri 
ft le vœu de la 
qui héfite d'y 
3 des malheurs 
i môme ; & i« 
:raire , : mérite 
ites k$. poten^ 






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tre Seigneurie 
2s> MyLordî 
me meneroit 
le tâche trop 
flè l'entrepri* 
scnfinilTant, 
er de remar* 
bien réfléchi 
urée & bar. 
bare^ 



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bare , fiir les calamités qu'elle entraînera in- 
failliblement fur nos têtes, elle n'eut pas, fans 
doute j fi à la légère defcendu dans ce puits dt 
diffieultis, dont j'ai peur qu'elle ne puiiTe pat^ 
fe tirer à l'aide même des cornes de tous fes 
confrères. Je fuis avec eftime, -y- , i • 



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De votre Seigneurie 



My Lord, 






,f-.^'^^^ Lç j,^, obéiflant fêrviteur 



THOMAS BOOT. 



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.ONZIÈME LETTRE 
I>E Lord. GÉRMAîNE à THOMAS BOGT. 



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fors d'un comité qui a duré douze heures 
d'horloge , ami Boot. Il y a été agité des 
affaires bien importantes. Je fuis vraiment bien 
las de la guerre, bien las des avanies qu'elle 
m'attire; je deiire finccreifent la paix, mais jo 
ne la confcillerai au Roi, je te jure, tant qu'il 
refterft uff homme, un affût, un canon dans les 
trois Royaumes. C'eil nos droits, nos intérêts 
les plus importans, que je confidére que nous 
avons à venger j la gloire du oom Breton que 
nous avons à défendre. L'étendart de la révolte 
a été levé par l'audace , il faut qu'il foit dé, 
chiré par la force. Q«je le fer & la flamme 
tombent fur les mains qui l'ont déployé I 

Le glaive eft tiré , ami Thomas , il ne doit 
plus s'ji.i'êter que par la foumiffion entière des 
Colonies. Nous détruirons leurs villes; nous 
ravagerons leurs campagnes; leurs fî.ïnillcs tom* 
beront fo«s le fer Anglois j «Se fi nous fufpen» 



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«tons DCM coups À défarmons nos bras, co 
ne fers qu'à hi lueur des incendies, lu. la tom* 
be de leurs pères , de leurs femmes » & d^ 
leus cnfans... :' < 



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Ahl ami Pw-, TafFaire deSaratoga me tient 
bien t'.ni ^ v^jou ; , que U malheureiife journiéQ 
d'Oueiiàr^ k Sandwich. J'en aurai vengeance? 
h\iiV^ faire ! J'ufcrai de toute la févdrijiî des 
èiiuics; point du tout de njénagement. Les 
Américains répondront au ciel ^kh terre di9 
leurs propres roalbewxs. 



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Ce font des rebelles» des ingrats... La terre 
qu'ils occupent eft la notre ; nous fommés leurs 
fondateurs ; nous avons été leurs défenfeu'rs j 
nous nous; ibmmes endettés pour eux ; notre 
honneur eft engagé; nous fommes la mère-pa- 
trie ; ils ne veulent ni obéir à la Grande-Bre- 
tagne, ni adopter nos conilitutions ; ils veu- 
lent être indépendans de nous. Depuis quand 
des enfans rebelles ont ils le droit de s'armer 
contre leur mère, de lui ravir fon héritage, de 
déchirer fon fein?.., „ .. :•: 



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Nous nous armerons, ami Boot, s'il le faut» 



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contre la terre , le ciel y Tenfer même, pour 
venger nos droits ofTenfés , notre grandeur 
trahie. Nous déployerons cette puiflance qui 
s*eft faite redouter, à la fois, dans l'Europe , 
dans TÂfrique éc dans l'Inde, qui a fi fouvenc 
étonné l'Amérique elle-même; & puis qu'entre 
un peuple fouverain & le fujet qui fe révolte , 
il n'y a plus déformais d'autre traité que la for- 
ce; la force en décidera. Malgré vent & ma- 
rée, nous conferverons , nous reprendrons cet 
univers qui nous appartient, & que l'ingratitu- 
de & l'audace veulent nous ravir. 

La paix au prix de l'indépendance de l'Ame- 
rique ! Jamais , jamais ! Ami Thomas : nous 
avons des milliers de bouches de feu toutes prê- 
tes qui vont vomir la défolation & la mort fur 
l'univers. Que nous fubjuguyons ou non les 
Colonies par la force des armes dans le cours 
de cette campagne : elles n'en rentreront pas 
moins fous la domination de la Grande-Bretagne 
avant que douze mois foient révolus, 

Qiioi qu'on en dife dans tous les libelles po- 
litiques, périodiques, ^c, l'Amérique ne peut 
être, ne fera pas indépendante. 



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e, pour 
grandeur 
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nt & ma- 
drons cet 
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autcs prô- 
^ mort fur 
unon les 

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Bretagne 



belles po- 
e ne peut 



La Hollande que nous avons attaquée; TEC , 
pagne qui nous a provoquée, AmiJB9ot,'n*ont 
pas encore eu la hardieife de reconnoître cette 
indépendance .' la France vit pourtant d'affeat 
bpnne intelligence avec ces FaLOfances, (puis- 
qu'elle fait caufe commune avec elles) pour 
ne pas ignorer les motifs qui les ont empêchées '' 
de l'imiter ; & les approuvant , elle n'attend^ 
que l'occafion de rétrograder décemment. 

Toutes les Puiflànces neutres connoilTent ces 
motifs ) les goûtent» & fentent les dangers dans 
les quels l'indépendance dé TAmérique plonge* 
roit l'Europe entière. 

■ ■ • i . ■ 

Si, dans deux mois. Ami Boot, la France « 
TEf^agne, la Hollande, ne viennent nous de* 
mander pardon à St. James ^ & fè jètter hum- 
blement à nos pieds, pour que nous leur accor- 
dions le coup de grâce; ah! Que nous faurons 
bien leur faire mordre ks pouces! ... , ç- .yi 

Moque-toi, mon ami, de nos Sonneurs d*a-' 
larme» Nous ne fommes pas , grâce au ciel ! 
réduits encore à fubir la loi. Nous favons par- 
faitement bien qu'en nous relâchant un peu de 



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tltiè prétCittiofïS fut rAméHqïr« , IWiHisreftdfidn* 
d'un feultootla {>&!« à rEuïope: ^^^ ^laii 
peinstoi à l'idée l'étendue 4q nos refiburcôs, 
calcule leâiDilH&ns Sterling (]ùe nous avons en^ 
core au fôrvicè âe r£eat , le noBibre ^e vais^ 
fcaux qui doivent égaler fies forces navales k 
celles de l'eninemi ; reprefente-toi fur tout que 
Germaine, Stormom, Sandwich ■& Nojt<th font 
dans le ConfeilduiRoi & dirigûtitfesarnîesî — - 
Ah ! tu ne fais pas que nous avons cinquante 
millions Sterling dormants pour :1e fèrvice de 
Vannée prochaine! OU le «trembleur! k treiâ- 

A propos , Mafter Thomas j je te charge 
d^une comnHflîon de 25400 paires de foulicrs 
pour ;nos er^arn perdus de rAmërique : CHnton 
& Comwfflis me marquent) par leurs derniè- 
res dépêches 3 qu'ils font nuds pieds: ... les 
pauvres gens ! je les plains de tout moii cœur 
Adieu j Thomas, ..; ;n - - 



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Ton bon ami 



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G. GERMAINE. 

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