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Full text of "Traité de la nature, des complications et du traitement des plaies d'armes à feu"

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Boston 
medical library 

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DES PLAIES 



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Pans. — Imprim. de Lacoub ci Comp., rue St-IIyaciclhc St- Michel, 3; 



TRAITÉ ^ 

DE LA NATURE, DES COMPLICATIONS 

air iduî ïkûmït $oii2îjïî 

DES 

PLAIES D ARMES 1 M 

PAR 

Ii£ BOCTEUE !.. SEEE1EE 



CUIRURGIEN SOUS AIDE-MAJOR , ANCIEN INTERNE ET CHEF DE CLINIQUE DES 
ITÔPITAUX DE MARSEILLE. 



Ouvrage couronné (médaille d'or) 
par M le Ministre de la Guerre, en 1344. 

(CONCOURS GÉNÉRAL DE CHIRURGIE MILITAIRE. 



LIBRAIRIE DES SCIENCES MÉDICALES 

DE JUST ROUVIER, ÉDITEUR 

Rue de l'École-de-Médeeine , 8. 

Oclobre 1844. 



jb&lCU 



A IKON PERE, 



itticljel Smkv , Codeur en mébccute , ancien mcbecùt en ttjjef bc 
r^ôtel-SJwu bc iftarseille, profcssm-abjoint be tljarapcutique il be 
ir.ûttne mébtcale à racole prcpiuratcrtrc be mebeetne be la même utile, etc. 



C/ctee^icZ acccA/e? ta a'ecMcacc cœ 'mare A tentée? 
ducc&J ntec/c'ca^f <z$€tcddc ce rt^ie wead Alauve? due 
é a€ mtù à Aîa/t'/ <œd daaed candecïd &€c€ ttatej <n a&eZ 
cedde ck *ne donne?. 

D r L. SERRIER. 



Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

Open Knowledge Commons and Harvard Médical School 



http://www.archive.org/details/traitdelanaturOOserr 



INTRODUCTION 




« La chirurgie militaire, disait Percy en 1792, resta 
inconnue tant qu'on se battit avec les ongles, les poings 
et les dents, premières armes qu'employa la férocité des 
humains, les bâtons et les pierres dont on se servit en- 
suite la laissèrent aussi dans le néant. Ce furent les lan- 
ces, les épées et tous ces projectiles qu'inventa l'art af- 
freux de se détruire qui fondèrent son existence et pré- 
parèrent ses progrès. » A ces lignes qui tracent si bien, 
en peu de mots» une partie de l'histoire de la chirur- 
gie militaire de champ de bataille; nous ajouterons 
les suivantes qui la complètent , en nous conduisant 
jusqu'à nos jours. 



— 2 — 

L'invention de la poudre à canon, source féconde de 
douleurs pour l'humanité, a fourni à la chirurgie mili- 
taire française l'occasion de s'illustrer à jamais, en lui 
permettant d'étaler aux yeux des peuples les fruits de 
son génie, de son dévouement et de son courage. 

Un coup d'oeil, rapidement jeté sur les pages de l'his- 
toire, suffira pour amener la conviction des faits que je 
viens d'énoncer. Il est impossible , en effet , de décorer 
du nom de chirurgiens militaires ceux qui accompa- 
gnaient Alexandre sur le champ de bataille, ceux qui 
suivaient les légions romaines au combat, et Jean Pitard 
ainsi que les Myres qui suivirent saint Louis en Terre- 
Sainte pour prodiguer des soins à ses soldats , étaient 
sans doute des hommes animés par des intentions très 
louables, mais n'étaient pas des chirurgiens. 

On pourra juger par les lignes suivantes , extraites 
de l'esquisse du service de santé militaire par M. Gama, 
quelle était la pauvreté de la chirurgie militaire au 
moyen-âge, du temps de la chevalerie , et comprendre 
ensuite combien de malheureux soldats devaient suc- 
comber aux suites de leurs blessures sur lesquelles, dans 
certains cas, on allait jusqu'à spéculer d'une manière 
honteuse. 

« Après un combat , dit M. Gama , la foule des com- 
battants se réfugiait dans les couvents , les maisons de 
charité, les hôtels-dieu, où ils trouvaient protection et 
assistance, leurs blessures étaient pansées par les frères 
chirurgiens, tous plus ignorants les uns que les autres. 
Les appareils que tant de mains appliquaient sur des 



— 3 — 

blessures, nécessairement très variées, étaient une assez 
pauvre chirurgie, mais il n'y en avait pas d'autre ; en- 
core heureux quand ces blessés ne se confiaient pas à 
des charlatans , à des moines mendiants , à des femmes 
même qui suivaient les armées, vendant aux soldats 
leurs remèdes secrets ou les guérissant par le pouvoir de 
la magie... Des soldats vantaient aussi des drogues, dont 
ils se disaient seuls possesseurs , et racontaient à leurs 
crédules camarades, toujours dupes, les merveilles qu'ils 
en avaient obtenues. Telle était la chirurgie militaire 
depuis la guerre des Gaules , elle était devenue, pour 
ceux qui en faisaient profit , un métier de filouterie et 
d'extorsion soutenu par l'imposture (page 15). » 

Un jour enfin le salpêtre détonna sur le champ de 
bataille, les projectiles lancés par lui allèrent porter la 
mort dans les rangs des combattants et firent ressortir 
encore plus l'insuffisance , la pauvreté de la chirurgie 
militaire contre leurs terribles effets... En un instant 
une foule d'explications, de théories fausses, de moyens 
thérapeutiques barbares furent imaginés contre ce dé- 
sastreux moyen de destruction , inventé par l'homme 
pour tuer son semblable, et de nombreuses victimes 
payèrent encore de leurs jours les erreurs de la science. 
Lorsque enfin , dans le cours du xvi e siècle , apparut 
dans le monde chirurgical un grand génie qui renversa 
par ses travaux les principes erronés posés avant lui. 
AmbroiseParé exposa ses jours sur les champs de ba- 
taille, étudia consciencieusement et, on peut le dire à sa 
louange , sans but spéculatif, les plaies d'armes à feu ; 



— 4 — 
posa le premier, un grand nombre de sages préceptes , 
relatifs au traitement des lésions qui nous occupent, et 
pressentit l'utilité des ambulances pour porter des se- 
cours immédiats aux blessés. 

L'idée qu'Ambroise Paré avait eue fut réalisée par 
Sully sous Henri IV ; c'est en effet de cette époque que 
datent les premières ambulances. 

Sous Louis XIIÏ on créa un cbirurgien-major dans 
chaque régiment, et ce dernier choisissait ses aides parmi 
les jeunes soldats nrrivatit chaque année au corps. De 
pareils officiers de santé, bien que choisis parmi les 
soldats les plus intelligents, devaient offrir bien peu de 
garantie. 

Plus tard, la chirurgie militaire sortit du néant dans 
lequel elle était plongée ; de nombreux officiers de santé 
furent attachés à l'armée à l'époque des guerres de 
l'Empire. A leur tète brillèrent quelques grands noms, 
dont nous nous faisons justement gloire et en tète des- 
quels marche le baron Larrey, qui fut l'inventeur des 
ambulances volantes, perfectionna la chirurgie militaire 
de champ de bataille , et arracha par son dévouement 
tant de victimes à la mort. 

Dans des temps qui nous touchent , des événements 
politiques, et la guerre que nous soutenons depuis treize 
ans en Afrique, ont permis d'étudier avec soin la ques- 
tion des plaies d'armes à feu, d'y mettre, pour ainsi 
dire, la dernière main, ont donné naissance à une foule 
d'écrits, en tête desquels se distinguent ceux deDupuy- 
tren, de MM. liaudens, Joberl de Lamballe, H. Larrey, 



et ont consacré l'usage de moyens de transport ingé- 
nieux , qui épargnent de nombreuses douleurs à nos 
soldats blessés et nous permettent de leur faire parcourir, 
sans trop de fatigues, des routes auparavant impratica- 
bles pour eux. 

Je ne m'arrêterai pas en commençant mon ouvrage 
à faire l'histoire de toutes les productions qui ont paru 
sur le sujet que j'ai à traiter, j'aurai trop à faire, car 
Percy donne, dans son Manuel du chirurgien d 'armée , 
une liste de cinquante-neuf auteurs qui ont traité la 
question des plaies d'armes à feu, depuis 1540 jusqu'à 
lui, 1792; que serait-ce s'il fallait ajouter à cette liste, 
déjà bien longue, celle de tous les écrits sur la matière 
qui nous occupe ayant vu le jour de 1792 à 1843. 

J'aborderai directement la question posée par M. le 
ministre de la guerre , je la diviserai en deux parties ; 
dans la première je m'occuperai des plaies d'armes à 
feu en général. Je les étudierai dans les différentes ré- 
gions du corps, dans la seconde* 

La question des plaies d'armes à fen, en général, sera 
subdivisée en trois parties, comme l'implique la manière 
dont elle est posée par M. le ministre. — l°Dans la pre- 
mière partie j'indiquerai les caractères généraux de ces 
lésions dans les différents tissus de l'économie, les mus- 
cles, les nerfs , les vaisseaux. — ■ 2° Dans la seconde, je 
m'occuperai de leurs complications les plus fréquentes, 
telles que la douleur, la stupeur, la commotion, le téta- 
nos , l'étranglement , l'hémorrhagie , les corps étran- 



— 6 — 

gers, etc. — 3° Enfin, le traitement et 1 appréciation 
des divers moyens thérapeutiques les plus employés se- 
ront l'objet de la troisième partie de la question géné- 
rale. 

L'étude des plaies de tête, du cou, de la poitrine, de 
l'abdomen, des membres et l'examen des cas qui récla- 
ment l'amputation de ces derniers constitueront la se- 
conde subdivision , non moins importante que la pre- 
mière, qui complétera tout ce que renferme la question 
longue et épineuse que j'entreprends de traiter. 



PREMIERE PARTIE 



Des plaies d'armes à feu considérées d'une 
manière générale. 



CHAPITRE PREMIER. 



On entend par plaie d'arme à feu toute solution de con- 
tinuité produite par un projectile lancé par la poudre à 
canon, et sortant du calibre d'une arme à feu quelconque. 
Il peut arriver cependant que de la poudre seule renfermée 
dans le canon d'une arme à feu produise par sa déflagra- 
tion une lésion plus ou moins- grave sur nos tissus. Mais 
cette circonstance ne s'offrant que dans le plus petit nom- 
bre des cas ; le plus souvent dans la vie privée , et jamais 
sur le champ de bataille, où le premier soin du soldat est 
de placer dans le canon de son arme un corps étranger 
qui puisse atteindre son ennemi à distance, je ne ferai 
que la mentionner. 

Je ne m'occuperai pas longtemps non plus de l'histoire 
des différentes armes à feu employées de nos jours dans 
l'armée française, leur nombre est du reste assez restreint, 



— 8 — 

et l'histoire des différentes modifications qu'elles ont subies 
depuis leur invention jusqu'à nos jours se trouve consignée 
dans un assez grand nombre d'ouvrages pour que je 
m'abstienne de faire ici une fastidieuse répétition. 

Le fusil ordinaire , ou de munition est l'arme à feu la 
plus répandue dans notre infanterie. 

Le mousqueton ou carabine , et le pistolet, sont les 
armes à feu de nos cavaliers. 

Ces trois espèces d'armes facilement maniables par le 
soldat auquel elles appartiennent prennent le nom d'armes 
feu portatives, tandis qu'il en est d'autres que leur volume 
et leur poids ont fait appeler bouches à feu ; ce sont les 
armes à feu employées dans notre artillerie , les 
canons, mortiers, obusiers, etc. Ces armes sont traînées 
par des chevaux sur une espèce de voiture à deux roues 
solidement construite, qu'on appelle affût. Leur nombre 
est infiniment plus petit dans l'armée que celui des armes 
à feu portatives, ce qui se comprend facilement quand on 
pense qu'il faut plusieurs hommes pour servir une de ces 
pièces et que du reste leur volume et leur poids ne leur per- 
mettent pas d'être transportées partout avec facilité. Les 
effets des bouches à feu sont terribles, lorsqu'ils sont bien 
dirigés , ils ont souvent décidé du sort des batailles , et 
ils épouvantent les peuples à qui leur civilisation peu 
avancée ne permet pas de les manier habilement. Disons 
un mot de chacune de ces espèces d'armes en particulier 

§ PREMIER. DU FUSIL. 

Le fusil est un cylindre de fer ou d'acier ouvert à une 
de ses extrémités, et fermé à l'autre, qui est beaucoup 
plus épaisse que l'on nomme culasse, cette culasse est 
percée sur sa partie latérale doite d'un petit trou appelé 
lumière , servant a mettre l'intérieur du canon en commu- 



— 9 ■ — 

nication avec l'extérieur, et permettant à la poudre qui 
compose la charge de s'enflammer au moment où s'opère 
la déflagration de l'amorce. Cette déflagration s'effectue 
dans un appareil appelé platine se composant de plusieurs 
pièces telles que, le chien, la pierre , le bassinet, le couvre- 
feu, la gâchette et la sous-garde, le canon et cet ensemble de 
pièces sont supportées par un bois servant d'une part à 
soutenir le canon de l'arme dans presque toute son 
étendue [fût) et de l'autre à l'appuyer contre l'épaule au 
moment de s'en servir [crosse). Une baguette en bois, en 
fer ou en acier se trouve logée à la face antérieure du ca- 
non dans une gouttière creusée tout le long du bois, ou 
dans de petits anneaux de fer ou d'acier soudés au canon 
même de l'arme. 

Il peut arriver qu'un soldat soit vivement assailli par 
l'ennemi , et qu'il ait à combattre à la fois contre cinq ou 
ou six d'entre eux. Une fois son arme déchargée il lui 
serait très difficile de leur tenir tète, car il n'a pas dans ce 
cas le temps de recharger son fusil à son aise. Il lui faut 
donc quelque chose qui tienne ses ennemis en haleine, et 
lui permette de les combattre avec avantage, c'est dans 
ce but qu'on a ajouté au bout du canon du fusil de muni- 
tion une espèce d'épée triangulaire ayant \ 2 ou 1 4 pouces 
de longueur, nommée baïonnette. 

Telle est la description abrégée du fusil de munition 
ordinaire. Depuis quelque temps certains corps de l'armée 
française ont des fusils dans lesquels la charge est enflam- 
mée à l'aide d'un autre système d'amorces qui consiste 
en une petite capsule contenant dans son fond une petite 
quantité de poudre fulminaute laquelle est mise en défla- 
gration par la percussion subite et violente qu'exerce sur 
elle le chien disposé en forme de marteau. On a donné à 
ce système d'armes le nom de fusils à percussion, 



— 10 — 

La carabine dont se se sert la cavalerie est construite 
sur le même modèle, seulement elle est plus petite. Les 
carabiniers portent des carabines dont l'intérieur du canon 
est cannelé, de plus les balles y pénètrent avec difficulté, 
souvent même on est obligé de les y pousser avec un 
maillet. Les balles sortant de ces armes sont animées d'une 
grande vitesse , et atteignent avec beaucoup plus de jus • 
tesse le but où vise le soldat. Les chasseurs d'Orléans ont 
des espèces de carabines portant beaucoup plus loin que 
celles de tous les autres corps, et présentant cette grande 
différence avec ces dernières, que les baïonnettes fixées 
au bout du canon sont des armes blanches piquantes et 
tranchantes , on conçoit combien ces deux modifications 
font des armes dont nous occupons, des moyens de dé- 
fense plus meurtriers que les fusils ordinaires. 

§ II. DU PISTOLET, 

Le pistolet est construit d'après le même système que 
le fusil de munition, dans des proportions infiniment plus 
petites. La crosse de cette arme est légère, recourbée, et 
s'accommode parfaitement à la forme de la main destinée 
à la manier. 

Je ne m'arrêterai pas à décrire ici les armes de luxe , 
les fusils à deux coups, et tous les autres systèmes connus, 
on ne les trouve qu'entre les mains des amateurs, et des 
chasseurs qui ne veulent pas se résigner, avec juste rai- 
son du reste, à se servir d'une arme aussi lourde que le 
fusil de munition pesant environ quatorze livres. 

DU CANON. 

Le canon est un cylindre en fer, ou en bronze, parfaite- 
ment égal dans toute son étendue à l'intérieur, plus épais 



— il — 

à l'extérieur, vers sa base qu'on nomme culasse qu'à l'ex- 
trémité ouverte qui prend le nom de bouche. De chaque 
chaque côté du canon, et plus près de la culasse que de la 
bouche sortent deux cylindres massifs servant à soutenir 
la pièce sur l'affût; ce sont les tourillons. La lumière est 
percée près de la culasse à la face supérieure du canon, 
elle sert comme dans le fusil à mettre la charge en com- 
munication avec l'amorce. 

Des canons ne sont pas tous du même calibre, c'est-à- 
dire, qu'il en existe qui sont susceptibles de recevoir des 
charges plus considérables les uns que les autres, nous 
avons en France des pièces de 4, 6, 8, 12, 24, 36, etc. , 
il est des esprits destructeurs qui ont imaginé des bouches 
à feu d'un énorme volume, et qui ont réalisé leurs idées 
en faisant construire des canons de 48, 64, 96 et quelque- 
fois même d'un calibre plus fort, témoin Marguerite ÏEn^ 
ragée dont les habitants de Gand, en guerre avec leur duc 
Philippe , se servirent au siège d'Oudenarde (1452), 
Froissart dit en parlant de cette pièce d'artillerie : « pour 
« ébahir ceux de la garnison d'Oudenarde les Gantois fi- 
« rent faire et ouvrer une bombarde merveilleusement 
« grande, (Marguerite l'Enragée) laquelle avait 53 pouces 
« de bec, et jettait carreaux merveilleusement grands t 
t( gros et pesants ; et quand cette bombarbe desclignait , 
« on l'entendait, par jour, bien de 5 lieues loin, et par nuit, 
« de dix , et menait un si grand bruit au descligner qu'il 
« semblait que tous les diables fussent en chemin. » 

Les rédacteurs des leçons orales de Dupuytren , parlent 
de la bombarde que Mahomet II amena sous les murs de 
Constantinople , laquelle portait un boulet en pierre de 
850 livres. De celle qui fut fondue sous Louis XI, qu'on 
chargeait avec 332 livres de poudre et 500 liv. déballes; 
et enfin du canon pris par les Turcs en 1717 au camp de 



_ J2 — 

ftellegrade lequel se chargeait avec 52 livres de poudre, 
et lançait des projectiles de 110 livres. 

Les canons envoyent les projectiles qu'ils contiennent 
d'autant plus loin qu'ils sont volumineux, et que la quan- 
tité de poudre avec laquelle on les charges est plus con- 
sidérable. 

Le canon de 24 lance son boulet à 2,450 toises. 

Celui de 42. à 2,080 

Celui de 8 à 1,660 

Celui de 4 , à 1,520 

Les mortiers sont des espèces de canons très courts r 
très larges, et très évasés, servant à lancer les bombes. 
Les tourillons étant en général placés très près de l'extré- 
mité correspondant à la culasse du mortier, on peut placer 
ce dernier dans une direction presque perpendiculaire, ce 
qui est fort commode pour lancer la bombe suivant telle 
ou telle inclinaison. 

Les pierriers sont des mortiers plus légers que ceux 
dont nous venons de parler, ils sont destinés à lancer à 
l'ennemi une grêle de pierres. 

Enfin l'obusier est une espèce de canon lançant un pro- 
jectile nommé obus qui est beaucoup plus meurtrier que le 
boulet , et dont nous allons nous occuper dans un 
instant. 

§ III. — DE LA CHARGE DES ARMES A FEU. 

La charge des armes à feu se compose d'une quantité 
de poudre variant suivant le volume de l'arme, d'un seul 
projectile, comme pour le fusil , de plusieurs, comme 
lorsqu'on se sert de chevrotines , ou de petit plomb, et 
enfin d'une très grande quantité de projectiles , comme 
pour le canon chargé à mitraille. En troisième lieu la 
charge est complétée par un corps comprimant le projec- 



— 13 — 

tile contre la poudre qui doit le chasser au loin. Ce corps 
comprimant qui prend le nom générique de bourre, est 
constitué soit par du papier, du carton , del'étoupe, de 
l'herbe, etc. 

La charge du fusil militaire s'appelle cartouche, c'est 
un cylindre de papier contenant , la poudre et la balle, 
et permet au soldat décharger son arme en un seul temps. 
Le papier enveloppant la poudre et le plomb sert à son 
tour de bourre lorsque la charge qu'il contenait est descen- 
due dans le canon. 

La charge du canon est appelée gargousse, elle diffère 
de la cartouche en ce que la poudre et le plomb sont en- 
veloppés par du carton plus ou moins épais. 

§ IV. DE LA POUDRE. 

La poudre de guerre est un mélange de charbon de 
bois, de salpêtre et de soufre, dans lequel ces trois sub- 
stances entrent dans des proportions déterminées de la 
manière suivante par Dupuytren : 

Salpêtre 75, 00 

Soufre. . . \ . . 12, 50 

Charbon 42, 50 

La poudre est excessivement inflammable, sa déflagra- 
tion produit environ 450 fois son volume de gaz. Le 
dégagement de chaleur qui a lieu au moment de l'explo- 
sion augmente la force élastique des gazs, au point qu'on 
évalue à 40,000 atmosphères la force que ce développe- 
ment donne à la poudre. 

Qu'on se représente donc un projectile renfermé dans 
le tube d'une arme à feu, au devant d'une quantité même 
très minime de poudre , qu'on se figure cette substance 
prisonnière dans un si petit espace, et acquérant subite- 
ment un volume et une force si considérables, et on aura 



— 14 — 

la raison : 1° de la vitesse avec laquelle cheminent les 
balles, boulets, etc. ; 2° de la force dont ils sont animés ; 
3° et enfin de leurs effets destructeurs sur les corps orga- 
niques et inorganiques qu'ils rencontrent dans leur course. 

Il résulte aussi de ces considérations que tout coup de 
feu s'accompagne, de lumière, et de détonation variant de 
force selon le volume de l'arme et la distance à laquelle 
on se trouve du lieu où le coup part. 

L'action de la poudre s'enflammant à F air libre, et sans 
être comprimée, se manifeste sur nos tissus par des brû- 
lures plus ou moins profondes. Noircissant les organes qui 
en sont atteints, et s'accompagnant d'incrustation des grains 
de poudre dans l'épaisseur de la peau. Mais si la poudre 
est renfermée dans un corps qui, sans la trop comprimer, 
gêne cependant le mouvement d' expension qu'elle éprouve 
lors de sa déflagration . Elle éclate , ce corps qui l'emprisonne , 
envoie au loin ses débris, et dans ce cas il y a toujours au 
moment de la déflagration , une détonation plus ou moins 
forte. Tout le monde connaît les accidents terribles qui 
peuvent résulter de l'explosion des poires à poudre, des 
gargousses, etc. Mon père qui a navigué pendant un assez 
grand nombre d'années en qualité de chirurgien de la 
marine royale, me racontait il n'y a pas longtemps l'his- 
toire d'une blessure de ce genre qu'il a été à même d'ob- 
server : Un malheureux avait volé à bord une quantité 
assez considérable de poudre, qu'il avait serré fortement 
dans un étui de carton. Pour que son larcin ne fut pas 
découvert, il eut l'idée de s'attacher ce paquet de poudre 
le long de la face interne et supérieure de la cuisse droite, 
espérant par ce moyen pouvoir le descendre à terre et le 
vendre sans que ses chefs s'en apperçussent. 11 eut l'im- 
prudence de fumer sa pipe pendant tout le temps qu'il 
mit à fixer le paquet de poudre contre sa cuisse. Une 



— 15 — 

étincelle tomba sans qu'il s'en apperçut, sur l'enveloppe 
de la poudre et l'enflamma. Tout à coup une détonatiou 
se fit entendre et le malheureux fut renversé. Lorsque mon 
père , et ses camarades arrivèrent pour le secourir 
ils le trouvèrent atteint d'une brûlure profonde atteignant 
la face interne des deux cuisses ainsi que les bourses qui 
étaient largement ouvertes, et laissaient pendre au dehors 
le testicule droit. La brûlure s'étendait aussi à la partie 
inférieure de l'abdomen et aux deux mains qui étaient oc- 
cupées à attacher le paquet. 

Ce malheureux fut très longtemps baigné d'une suppura- 
tion abondante et fétide , toutes les parties brûlées se dé- 
tachèrent sous forme d'escarres qui mirent les muscles à 
découvert, enfin il ne dut son salut qu'aux soins qui lui 
furent assiduement prodigués pendant plusieurs mois. 

On se figure facilement d'après cela les effets de la 
poudre quand elle fait éclater des corps durs, tels que des 
canons de fusil , des bombes , des obus etc. trop faibles 
pour s'opposer à son expansion, ou dans lesquels on l'a 
renfermée en trop grande quantité. Il n'est pas d'années 
où on n'entende parler d'individus qui ont eu les mains 
fracassées par des armes à feu éclatées entre leurs doigts. 

Enfin l'on connaît les effets désastreux et effrayants de 
la poudre ramassée en grande quantité et comprimée , on 
sait que villes, remparts, forteresses, rien ne résiste à ce 
terrible produit de l'esprit humain, qui peut à son aide se 
rapprocher du ciel en imitant presque la foudre. 

§ V. DES PROJECTILES. 

Les projectiles des armes à feu portatives sont les balles, 
et le plomb de chasse dont on distingue plusieurs numé- 
ros, ceux des bouches à feu sont, pour le canon; les bou- 
lets, pour le mortier, la bombe, et pour l'obusier, l'abus. 



— Î6 — 

11 arrive quelquefois, qu'on charge un canon , soit , avec 
une quantité plus ou moins grande de biscaïens sorte de 
petits boulets , ou si l'on aime mieux de grosses balles, 
soit avec des morceaux de fer de toute forme, des pierres 
de toutes grosseurs ce qui constitue la charge à mitraille, 
il est facile de concevoir les ravages qu'elle doit produire 
dans les rangs ennemis. 

Les balles sont ordinairement en plomb, métal qui ne 
possède aucune qualité nuisible par ses propriétés physi- 
ques , elles sont quelquefois en fer, on peut alors trouver 
à leur surface une quantité assez grande d'oxide suscep- 
tible de tromper les gens peu exercés, et de leur faire 
croire qu'elles sont mâchées. D'autrefois, les balles en 
plomb sont coupées en deux , et armées d'une petite 
chaine de laiton. « Les balles qu'envoyaient les arabes, dit 
M. Baudens dans sa relation de la prise du camp de Staoli, 
en 1838, étaient ou en fer très oxidé et présentaient à leur 
surface un grain très prononcé, c'est ce qui a fait dire à 
tort qu'elles étaient mâchées, celles en plomb étaient ar- 
mées d'une petite queue, d'autres étaient coupées en deux 
et réunies par une petite chaine de laiton ( page \ 23 ) » . 

L'histoire fait mention de balles en or , mais il faut 
pour cela remonter au temps de la chevalerie, époque ou 
tout, jusqu'aux choses les plus simples, était revêtu d'un 
cachet particulier d'originalité et d'exagération. C'est ainsi, 
qu'après la bataille de Pavie , François I €r se vit aborder 
par un soldat qui lui offrit une balle en or qu'il avait fait 
fabriquer pour le tuer dans la mêlée ; et peu de temps avant, 
un jeune homme nommé Lachategneraye en avait fait fa- 
briquer six du même métal, destinées à trancher les jours 
de l'empereur Charles Quint. 

Je ne ferai que mentionner en passant la question des 
balles empoisonnées; je dirai a ce sujet avec M. Laroche, 



— 17 — 

chirurgien en chef de l'hôpital de Lyon : « Doit-on vérita- 
« blement aborder la question des balles empoisonnées, et 
a des balles mâchées, faut-il au dix-neuvième siècle accu- 
« ser un parti entier, d'employer des moyens aussi infà- 
« mes, qu'ils seraient lâches et inutiles. Ces erreurs gros- 
« sières ne sont pas à réfuter » . ( Relation chirurgicale des 
événements de Lyon en 4835, page 24). 

Sur le champ de bataille, où le soldât est abondamment 
pourvu de balles de plomb, on est sûr, ou presque sûr d'a- 
vance, du projectile que renferment le fusil, la carabine 
ou le pistolet; mais dans une guerre civile, le peuple n'est 
pas toujours riche en projectiles, et alors, il emploie tout 
ce qui lui tombe sous la main, les clous, les pierres, etc., 
on a même vu des personnes se servir de billes d'enfants 
en guise de balles, et c'est ce qui a fait dire à M. Larrey H. 
dans sa relation chirurgicale des événements de Juillet, 
au Gros Caillou : « Se serait-on attendu qu'un des jouets 
de l'enfance aurait servi de défense à des citoyens com- 
battant pour leur indépendance. Les billes des écoliers 
ont été employées à Paris comme au Caire, en guise de 
balles de plomb, et les effets en ont même été tels, que 
d'après la remarque de M. Larrey, ces sortes de projectiles 
ont déterminé des lésions proportionnellement plus graves 
que les balles ordinaires (page 99). » 

Je ne parlerai pas avec détail des diverses espèces de 
plomb de chasse, attendu qu'on n'observe presque jamais 
sur le champ de bataille des blessures produites par ces 
projectiles. Je rappellerai seulement, que lorsqu'un coup 
de fusil chargé à plomb est reçu de très près, les petits 
projectiles, n'ayant pas eu encore le temps de s'écarter 
les uns des autres , frappent tous au même point , et 
font ce qu'on appelle balle. 
Avant de passer à l'examen des projectiles lancés parles 

2 



— 18 — 

bouches à feu, je me demanderai, si la bourre qui sert a 
comprimer la charge des armes à feu , ne doit pas être consi- 
dérée elle-même comme projectile, lorsqu'elle est renfermée 
seule avec la poudre dans le canon d'un fusil, d'un pisto- 
let? Nul doute qu'on doive répondre affirmativement, sur- 
tout, si le coup est reçu de très près. L'observation qu'on 
va lire prouvera ce que j'avance. 

Il y a quelques années, deux jeunes Marseillais de mes 
amis, messieurs P... et B... se prennent de querelle au 
sujet d'une femme, il en résulte des provocations, des in- 
sultes, si bien qu'un duel doit avoir lieu le lendemain. Les 
deux jeunes gens se rendent en effet sur le terrain avec 
leurs témoins, qui ont assez d'adresse pour arranger l'af- 
faire sans coup de feu. Mais l'un d'eux, saisissant un des 
pistolets qui devait servir au combat, le place à un pied 
de distance de la poitrine de son ami, et lui dit en plaisan- 
tant : Mon cher, vous ne couriez pas grand danger, car il n'y 
avait pas de balles dans les pistolets; en disant ces mots, l'im- 
prudent lâche la détente, et le malheureux jeune homme, 
contre la poitrine du quel le coup était dirigé, tombe raide 
mort sur la place. La bourre avait traversé tous les vête- 
ments, ouvert largement la poitrine où elle avait pénétré 
et intéressé profondément le ventricule gauche du cœur. 

Les boulets sont des sphères pleines, le plus ordinaire- 
ment en fer, ou en fonte, on en a vu en pierre et en mar- 
bre, ils varient naturellement de volume selon le calibre 
du canon qui doit les contenir. 

Les bombes, sont des sphères creuses que l'on remplit 
de poudre, et que l'on place dans le mortier à l'aide de 
deux anses, qui existent sur les parties latérales. La pou- 
dre intérieure s'enflamme à l'aide d'une mèche longue 
quand elles sont arrivées à leur destination, et au moment 
où s'opère la déflagration, la bombe éclate en un plus ou 



— Î9 -~ 

moins grand nombre de fragments anguleux, produisant 
parle seul fait de leur forme des blessures plus graves que 
les projectiles à surface polie, comme les balles. 

Les obus sont aussi des sphères creuses pleines de pou- 
dre, s'enflammant à l'aide d'une mèche. Ils sont lancés par 
les obusiers, et réunissent aux effets du boulet ceux de la 
bombe. J'ai déjà dit plus haut que la mitraille était compo- 
sée d'un plus ou moins grand nombre de biscaïens, de 
pierres, de clous, de morceaux de fer, de fonte, etc. 

Enfin, je signalerai en dernier lieu, une classe de pro- 
jectiles que j'appellerai secondaires, ce sont des corps étran- 
gers mis en mouvement par les projectiles lancés par la 
poudre à canon, et qui bien que n'étant mus pour ainsi 
dire, que par une force secondaire, sont cependant sus- 
ceptibles de produire de très graves désordres. 

§ VI. — DU MODE DACTION DES PROJECTILES SUR LES TISSUS 
DE NOS ORGANES. 

Une balle ou un boulet, sortant d'une bouche à feu, sont 
animés d'une force considérable, tendant à les pousser dans 
la direction de l'arme. Tant que le projectile chemine avec 
une grande vitesse il va parfaitement en ligne droite, et 
n'obéit qu'à la force d'impulsion qui lui a été communi- 
quée par la poudre. Mais, arrive un point, où la pesanteur 
commençant à reprendre ses droits, lui fait décrire en l'en- 
traînant vers le centre de la terre, une courbe à concavité 
inférieure, allant toujours en augmentant, jusqu'au mo- 
ment où cette dernière force prédominant sur la force d'im- 
pulsion, finit par entraîner le projectile à la surface du sol. 
Si la balle ou le boulet rencontrent un obstacle sur leur 
passage, ils le brisent et le renversent avec plus ou moins de 
force, selon qu'ils sont au commencement ou à la fin de 
leur course, 



_ 20 — 

Les blessures produites par les balles étant celles qu'on 
observe le plus communément , c'est d'elles d'abord dont 
nous allons nous occuper; nous parlerons ensuite de celles 
qui sont occasionnées par les boulets et les bombes. 

Rien n'est plus bizarre et plus variable que la manière 
dont se conduisent les balles , en traversant les membres 
ou les cavités splanchniques. Elles présentent souvent des 
trajets si étonnants , affectent des directions si anormales 
qu'il faut réellement avoir été témoin de plusieurs de ces cas 
pour pouvoir s'en faire une juste idée. C'est en se rendant 
compte de la manière dont se comportent les balles sur 
les tissus étrangers à notre organisation, comme le plâtre, 
le bois , les métaux , les pierres , que Dupuy tren est par- 
venu à nous faire connaître exactement une foule de faits 
entièrement inexpliqués jusqu'à lui comme, par exemple, 
la manière d'agir des balles sur les surfaces concaves et 
convexes... Voici l'analyse de ses expériences et de ses 
observations, qui peuvent être citées comme des modèles 
de patience et de génie. 

4° Une balle frappant perpendiculairement sur un corps 
mou , comme du plâtre , s'y enfonce plus ou moins pro- 
fondément en creusant un trajet proportionnel à son 
volume , et dont le fond est plus large , plus évasé que 
l'entrée. Tandis que si elle frappe obliquement ce plâtre, 
elle creuse à sa surface un trajet inégal et plus ou moins 
profond. Percy avait déjà parlé de la première de ces 
deux manières d'agir des projectiles, car il dit dans sa 
Pyrotechnie chirurgicale : « Une plaie d'arme à feu sans 
sortie ressemble à une fistule , c'est-à-dire que son entrée 
est étroite et son fond large. Il faut donc changer cette dis- 
position par des incisions convenables. » 

2° Une balle frappant sur un corps ligneux, un arbre, 
par exemple , peut s'y enfoncer à des profondeurs varia- 



— 21 — 

Blés et produire les mêmes effets que sur le plâtre. Mais si 
le corps ligneux est traversé de part en part, alors il pré- 
sente deux ouvertures ayant chacune des caractères dif- 
férents. Ainsi Dupuytren a remarqué que plus un projectile 
est animé d'une grande vitesse plus le trajet qu'il par- 
court est net, et que plus il approche de la fin de sa course 
moins ce trajet est net. Il résulte de là que l'ouverture de 
sortie doit être moins nette et plus large que celle d'en- 
trée. . . et c'est parfaitement ce qu'on observe sur les tissus 
vivants. Presque tous les auteurs sont d'un commun ac- 
cord à ce sujet, on s'en convaincra par l'exposition de 
l'opinion de quelques-uns, je commence par Dupuytren. 

« Lorsque les parties molles d'une partie du corps , de 
la cuisse par exemple , sont traversées par une balle tirée 
à certaine distance , l'ouverture d'entrée est constamment 
plus petite que celle de sortie, celle-ci est inégale, déchirée 
et beaucoup plus grande que la première qui est ronde, 
nette et comme faite à l'aide d'un emporte-pièce. » 

Ledran s'exprime en ces termes (dans ses Réflexions ti- 
rées de la pratique des plaies des armes à feu, page 44) : 1° La 
peau est légèrement enfoncée à l'endroit par où la balle 
est entrée , et elle est relevée du côté de la sortie. — 
2° L'escarre, la contusion et l'ecchymose sont bien plus 
considérables du côté de l'entrée. -— 3° La sortie est pour 
l'ordinaire plus large que l'entrée. 

M. Baudens [Clinique des plaies a" armes à feu) dit : «Que l'ou- 
verture d'entrée des balles dans les tissus vivants est dépri- 
mée, ronde, régulière et moins large ordinairement que celle 
de sortie qui fait saillie au dehors (page M). » Voilà déjà 
trois auteurs d'accord sur le point de la question qui nous 
occupe , nous en trouverions probablement un plus grand 
nombre si nous voulions pousser plus loin nos recherches, 
îl est très facile, en effet, de se rendre compte de la diffé- 



— 22 — 

?ence qui existe entre l'ouverture d'entrée et ceUe de 
sortie. Car lorsque la balle arrive, douée de toute sa force, 
à la face antérieure de la cuisse , elle doit traverser plus 
nettement et avec plus de facilité les tissus, que lorsqu'elle 
sera arrivée au tiers postérieur du membre. Alors , en 
effet, le frottement qu'elle aura éprouvé de la part des or- 
ganes qu'elle vient de traverser lui aura fait perdre une 
grande partie de l'impulsion communiquée par la poudre, 
et les couches qui lui resteront à traverser, ne trouvant pas 
de point d'appui derrière elles , se laisseront déprimer en 
dehors dans le sens du trajet du projectile, ce qui rend 
parfaitement compte de la disposition différente de l'ou- 
verture d'entrée et de sortie des balles. 

M. Malle (Compte-rendu de la clinique de Strasbourg) 
n'admet pas la supériorité de volume de l'ouverture de 
sortie sur celle d'entrée. Il cite, à l'appui de son opinion, 
deux ou trois observations qui , bien que très véridiques , 
nous n'en doutons pas, ne peuvent pas être prises en con- 
sidération en présence des faits nombreux observés par 
les auteurs, et surtout par des auteurs recommandables. 
Il s'appuie en second lieu sur des expériences faites sur 
le cadavre, qui ne doivent pas, d'après moi, entrer en ligne 
de compte, quand il s'agit d'un phénomène sur la pro- 
duction duquel la contraction des tissus vivants exerce 
une si grande influence. 

Cette différence dans l'ouverture d'entrée et de sortie 
se remarque aussi dans les tissus osseux composés de plu- 
sieurs plans parallèles , ainsi : qu'une balle atteigne le 
crâne dans son diamètre occipito-frontal , l'ouverture de 
la table externe du coronal pourra être ronde ou régulière, 
la lame interne sera brisée moins nettement et souvent 
en un plus ou moins grand nombre d'esquilles. Enfin l'oc- 
cipital sera presque toujours fracturé comminutivement 



— 23 — 

Il y a cependant un cas dans lequel l'ouverture d'en- 
trée est plus large que celle de sortie ; c'est lorsque le 
coup est tiré à bout portant. Alors , la force expansive de 
la poudre combine son effet a celui de la balle et contond 
violemment les parties. Ainsi, j'ai vu un individu qui, vou- 
lant mettre fin à ses jours , se tira à bout portant un coup 
de pistolet à la région précordiale. Ce malheureux avait 
au niveau du sein gauche une solution de continuité suffi- 
sante pour y loger le poing. Deux côtes étaient fracturées, 
et la balle fut perdue dans la poitrine. 11 survécut trois 
jours à son accident. 

3o Dupuytren a remarqué en troisième lieu qu'une balle 
qui frappe un corps très dur, comme une pierre, levait 
voler en éclats, et cette loi trouve parfaitement son appli- 
cation dans l'économie. En effet, qu'une balle dans le 
plein de sa course frappe le corps du fémur, il est rare 
qu'elle n'y produise pas une fracture comminutive, tandis 
que , si le même os est traversé près de son extrémité 
spongieuse, il arrive souvent que la balle s'y creuse un 
canal, ou qu'elle le traverse sans produire la moindre petite 
esquille. 

Nous arrivons maintenant à l'action qu'exercent sur les 
balles les surfaces concaves et les surfaces convexes. Les 
déviations qu'éprouvent les projectiles sur ces surfaces 
vont nous expliquer une foule de faits curieux dont il se- 
rait impossible de se rendre compte sans la connaissance 
parfaite de ces changements de direction. 

4° Si une balle tombe perpendiculairement sur un point 
d'une surface concave elle s'y enfonce directement à une 
profondeur variable. Mais si elle y arrive obliquement, elle 
suit la courbure de la surface concave , parvitent à l'ex- 
trémité opposée a celle qu'elle a touché en arrivant, aban- 



- 24 — . 

donne la surface, et parcourt clans l'air un trajet opposé 
à celui qui lui était imprimé par l'arme à feu. 

Combien n'a-t-on pas vu de soldats assurer positive- 
ment , et avec bonne foi , qu'ils avaient eu la tête , la poi- 
trine traversées par des balles , et se poser comme des 
gens échappés par miracle à une pareille lésion. La sur- 
face interne des côtes et la surface interne des os du crâne 
avaient joué chez eux te rôle que nous venons de voir 
jouer à la surface concave. Dans ce cas, en effet , la balle 
après avoir frappé obliquement la tête ou la poitrine , en- 
tre dans ces cavités , rencontre la surface concave des os 
du crâne ou des côtes , glisse sur elle et ressort au point 
opposé à son entrée , sans porter atteinte à l'intégrité du 
cerveau ou des organes intrathoraciques. 

Quelquefois un cartilage, sur lequel frappe une balle ; 
suffit pour la dévier de sa direction première, et lui faire 
faire le tour d'un membre ou d'une partie du corps, comme 
dans le cas suivant, rapporté dans le Compte-rendu de 
la clinique de-Strasbourg : « Deux étudiants se battaient au 
pistolet ; chez l'un deux , la balle frappa obliquement le 
larynx , fît le tour du cou , et vint se placer au côté 
opposé de l'organe de la voix » (M. Malle, page 165). 

5° Si une balle frappe perpendiculairement sur une sur- 
face convexe elle s'y enfonce , comme nous avons vu 
qu'elle le faisait sur la surface concave, mais, si elle y 
arrive poussée obliquement par l'arme à feu , elle est ré- 
fléchie en formant un angle d'incidence égal à l'angle de 
réflexion. Cette réflexion n'a pas toujours lieu sur le corps 
humain ; ainsi , lorsqu'une balle arrive , par exemple, sur 
la face externe du crâne, elle se trouve placée entre deux 
effets de surface , celui de la surface convexe , qui tend à 
la réfléchir, et celui de la surface concave représentée par 
la peau , tendant à lui faire faire le tour du crâne et à la 



— 25 — 

faire sortir au point opposé à son entrée, ou plus ou moins 
loin. Les mômes phénomènes se passent à la poitrine et 
à l'abdomen. 

Les divers tissus dont nous sommes vêtus exercent sur 
le cours des balles une influence bien marquée ; il en est 
qui se laissent traverser facilement , ceux-là gênent peu 
leur action; mais il en est d'autres qui cèdent devant elles, 
se laissent déprimer, s'enfoncent dans les chairs comme un 
doigt de gant, empêchent le projectile de se perdre dans 
une cavité splanchnique (la poitrine, le ventre) , et favo- 
risent singulièrement leur extraction , qui souvent alors 
s'opère spontanément, et sans l'intervention de l'art. 

Dans certains cas , lorsqu'une balle rencontre une sur- 
face osseuse, saillante ou tranchante, elle se divise en un 
plus ou moins grand nombre de fragments Ainsi , M. Bau- 
dens rapporte dans sa clinique des plaies d'armes à feu, 
que chez un officier amputé au bivouac de Sig , pour une 
fracture du fémur, la balle était restée entre les esquilles 
divisée en deux parties, parfaitement symétriques, et tout 
aussi nettement que t'aurait fait un instrument tranchant. 
« Mon ami Pasquier, ajoute M. Baudens, a vu les deux 
morceaux du projectile. Chez un militaire, blessé à Sidi- 
Ferruch, le plomb avait porté sur le grand trochanter 
sans le briser, et s'était séparé en trois morceaux isolés, 
que M. Baudens retira dans le pli de l'aine (p. 25). 

On pourrait multiplier les exemples de balles qui se 
sont divisées sur la crête du tibia , et ont donné naissance 
à un plus ou moins grand nombre d'ouvertures , mais cela 
me mènerait trop loin ; et d'ailleurs tous les auteurs n'ad- 
mettent pas ce fait comme avéré. Ainsi M. Jobert de Lam- 
balle dit à ce sujet , dans son Traité des plaies d'armes à feu, 
avec une ironie très prononcée : « Un peu de foi ne* gâte 
rien , j'accepte donc ce fait. » Je sais qu'il serait par trop 



— 26 — 

servile de jurer toujours in verba magistri ; mais lorsqu'un 
chirurgien , comme Percy , qui avoue avoir vu et pansé 
huit milles plaies d'armes à feu environ, dit avoir vu plu- 
sieurs fois ce fait. Lorsque Dupuytren et Larrey sont du 
même avis, on peut bien l'adopter, quoiqu'il ne se soit pas 
encore présenté dans votre pratique, et y croire sans avoir 
l'air ironique, et sans paraître faire une grande concession» 

Quelquefois la balle, avant d'arriver à nos organes , 
rencontre un corps dur sur lequel elle se brise , en plu- 
sieurs fragments , constituant tout autant de projectiles 
séparés, capables de produire des accidents très graves. 
J'ai vu dans les hôpitaux d'Alger un grenadier du 64 e de 
ligne, nommé Gaudin, qui était debout sur le champ de 
bataille, lorsqu'une balle vint se briser en cinq fragments, 
sur un rocher, à cinq ou six pas de lui. Le premier de 
ces fragments l'atteignit au tiers supérieur et externe de 
la jambe droite , dont le péroné fut fracturé. L'ouverture 
de sortie de ce fragment correspondait au point opposé du 
membre. Deux autres fragments pénétrèrent au tiers in- 
férieur et externe de la même jambe , et furent extraits 
près de la malléole externe. Le quatrième fragment entra 
dans la fesse droite, et le cinquième se logea sous les tégu- 
ments occipitaux où on le sentait très bien avec la pulpe 
des doigts. 

La balle agit-elle en écartant simplement les tissus ou 
en les détruisants? On s'explique parfaitement bien com- 
ment une balle pénètre dans des parties molles , tout 
simplement en les écartant. Mais la question devient plus 
difficile, quand on passe aux os , chez lesquels on ren- 
contre souvent des perforations circulaires assez larges 
sans trouver le moindre détritus de la substance enlevée ; 
on ne conçoit guère cependant que les molécules osseu- 
ses se laissent commodément écarter par un projectile. 



27 

Il est dans l'équipement de nos soldats, bien des causes 
capables de ralentir le cours des balles et quelquefois 
de détruire complètement leur force d'impulsion. Par 
exemple le havresac , les buffleteries , et quelquefois la 
cravatte que les officiers portent en expédition. Percy 
reprochait au général Lasalle le volume énorme de sa 
cravatte, un instant après le général reçoit a la gorge un 
coup de pistolet, à bout portant, et la balle est arrêtée 
dans la cravatte. Un de mes amis se battant en duel au 
pistolet, a dû son salut à une pièce de cinq francs qu'il 
portait dans son gilet, la balle vint s'applatir contre elle , 
et tomba aux pieds du jeune homme étonné , qui en fut 
quitte pour une contusion aux fausses cotes droites. 

Les balles produisent en se réfléchissant des blessures 
si extraordinaires, qu'il y aurait des centaines de pages à 
écrire , si on voulait citer tous les cas curieux que ren- 
ferment les auteurs ; la moindre cause suffit pour les dé- 
vier, et leur faire parcourir par exemple des trajets dont la 
direction est opposée aux lois de la pesanteur. Ainsi, une 
balle pénètre à peu près vers le centre de l'humérus, 
passe le long du membre , par dessus la partie postérieure 
du thorax, s'ouvre un chemin dans les muscles de l'abdo- 
men, pénètre profondément dans les fessiers, et remonte 
à la partie moyenne et antérieure de la cuisse opposée. 
Dans un autre cas , la balle frappe la poitrine d'un homme 
debout dans les rangs, et va se loger dans le scrotum. Il 
est impossible d'établir des règles fixes pour ces dévia- 
tions, il faudrait supposer pour cela que chaque individu 
a des muscles d'une densité et d'une contractilité égales , 
chose impossible à réaliser. 

La cause de ces déviations git dans la densité des diffé- 
rents milieux que les projectiles traversent. Ainsi, un 
corps charnu touché par une balle au moment où il est en 



— 28 — 

contraction , la réfléchira aussi bien que le premier corps 
inorganique solide qu'elle aurait pu rencontrer. Les ten- 
dons, les aponévroses, les surfaces concaves, convexes 
des os, sont tout autant de causes qui font parcourir aux 
projectiles les trajets extraordinaires dont les annales de 
la science nous conservent la relation. 

Quels sont maintenant les organes, les régions du corps 
que les projectiles atteignent le plus souvent? et s'il n'en 
existe pas sur lesquels les projectiles paraissent jusqu'à 
nos jours avoir particulièrement exercé leur action; quelle 
est ordinairement la fréquence relative des coups de feu 
dans les différentes partie du corps? 

Il est bon de faire observer avant de résoudre cette 
question, que par bonheur pour l'humanité, chaque pro- 
jectile lancé dans les rangs ennemis est loin d'y porter le 
désordre et la mort. On a calculé en effet, qu'une seule 
balle portait sur 2 ou 300, on a même dit sur 500. 

Cette perte d'un si grand nombre de projectiles tient à 
plusieurs causes dont on trouve facilement l'explication 
dans les circonstances physiques etmoralesou se trouvent 
les soldats sur le champ de bataille. 

Nous savons d'abord que naturellement la balle décrit 
une courbe qui lui fait tendre de plus en plus à se rappro- 
cher de la surface du sol ; première circonstance qui peut 
faire manquer un but situé à une grance distance. Tout le 
monde sait en second lieu qu'il suffit du moindre mouve- 
ment de la main pour ébranler une arme à feu, et dirigerle 
projectile qu'elle lance dans un sens sinon opposé du 
moins très éloigné de celui qu'on se propose d'atteindre. 
Qu'on se figure en troisième lieu, un soldat entouré de 
fumée, entendant autour de lui les cris de ses camarades 
blessés. La détonation des bouches à feu, qu'on se le re- 
présente rempli d'une ardeur guerrière agitantses membres 



' — 29 — 

de mouvements convulsifs, désordonnés, et l'on compren- 
dra facilement l'incertitude des coups qu'il dirige,. tandis 
que, au contraire, un tirailleur caché derrière des brous- 
sailles, conservant tout son sang froid, et pouvant ajuster 
son ennemi tant qu'il lui plait, l'atteindra beaucoup plus 
sûrement et le plus souvent le blessera mortellement, en 
adressant la balle qu'il lui lance soit à la tête, soit au 
ventre, soit à la poitrine. 

Voilà pour les coups nuls , quant aux coups qui por- 
tent, on peut dire en général que c'est le hasard qui 
préside à leur distribution ainsi , toutes les causes de dé- 
viations des projectiles que nous venons d'examiner, 
pourront, en se réunissant, faire arriver à la poitrine une 
balle adressée au ventre. D'un autre côté, les corps inor- 
ganiques voisins, tels que les pierres, les murs, seront 
quelquefois cause qu'une balle qui les touche et qui 
aurait été perdue, sera mortelle par la réflexion qu'elle 
éprouve en arrivant sur leur surface, qui l'adresse en la 
réfléchissant à tel ou tel organe d'un homme se trouvaut 
dans les environs. En second lieu, les points de mire va- 
rient suivant les nations, tel peuple par exemple, vise de 
préférence à la tête, tel autre au ventre, tel autre à la poi- 
trine , circonstance qui doit naturellement apporter une 
grande variété dans le lieu, et par conséquent dans la 
gravité de la blessure. 

J'ai recueilli dans différents auteurs 784 observations 
de plaies d'armes à feu que j'ai groupées par régions 
afin de pouvoir déduire de ce travail la fréquence relative 
des coups de feu dans telle ou telle région du corps. Mais 
je le répète avant d'en présenter le tableau synoptique , 
ce n'est là qu'un travail d'à peu près , dont on ne peut 
tirer que des conséquences peu sûres à cause du caprice 
qui préside à la distribution des coups de feu. 



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— 31 — 

D'après ce tableau , voici l'ordre dans lequel doivent 
être classées les régions du corps pour ce qui concerne la 
fréquence, relative avec laquelle elles sont atteintes par le 
coups de feu. 

1° Jambe 100 cas. 

2o Cuisse 97 

3oFace. . 61 

4° Bras 60 



Main. . . - • . 57 



6° Poitrine 53 

7° Abdomen ......... 52 

8° Epaule. 42 

9° Crâne. . 37 

10° Avant-bras 36 

11° Articulation fémoro-tibiale. ... 35 

12° Pied 29 

13° Articulation huméro-cubitale. . . 23 

14° Hanche 22 

15° Cou 22 

16° Organes génitaux. . . . . . . 18 

17° Articulation tibio-tarsienne. ... 15 

18° Articulation scapulo-humérale.* . . 13 
19* Articulation coxo-fémorale ... 6 

20° Colonne vertébrale 4 

21° Articulation radio-carpienne ... 2 

Total. 784 cas. 

Parmi toutes ces blessures il est facile de concevoir 
que les plus graves sont celles qui atteignent les cavités 
splanchniques , et nous voyons heureusement pour le 
soldat qu'elles n'occupent que les sixième, septième et 
neuvième rangs dans notre échelle de fréquence. Viennent 
ensuite les blessures des grandes articulations qui n'occu- 
pent que les dix-huitième, dix-septième, treizième et 



~- 32 — 

onzième rangs Puis celles des membres volumineux, 
comme la cuisse, la jambe, le bras, etc, qui occupent les 
deuxième, premier et quatrième rangs. Il sembleraitd'après 
cette classification que le caprice du sort qui préside en 
grande partie à la distribution des plaies d'armes à feu, 
sur telle ou telle région, du corps veille sans cesse sur le 
guerrier, et tâche de diminuer les chances de mort, suspen- 
dues à chaque instant sur sa tête, sur le champ debataille. 

§ VII. — DU MODE D'ACTION DES PROJECTILES VOLUMINEUX 

Les gros projectiles, en tète desquels se 'place toutna- 
naturellement le boulet , produisent comme de raison des 
effets plus meurtriers que la balle, dont ils imitent du 
reste les effets sur les surfaces concaves et convexes. Leur 
volume leur permet rarement de s'arrêter dans l'épaisseur 
de nos parties sur lesquels ils agissent ordinairement en les 
mutilant ou en les séparant totalement du reste du corps. 
Cependant le baron Larrey assure dans le 3 me volume 
de ses mémoires, avoir vu un boulet volumineux ( 5 livr. ) 
pénétrer par la partie inférieure et externe de la cuisse, 
et aller se cacher dans l'aine d'où il fut extrait à l'aide 
d'une large incision ; et les rédacteurs des leçons orales de 
Dupuytren rapportent d'après M. Bégin, qu'un boulet de 
9 livres se cacha si complètement dans la cuisse d'un 
soldat que le chirurgien qui le pansa , ne s'aperçut pas 
tout d'abord, de la présence de ce projectile dans l'épais- 
seur du membre. 

Quoiqu'il en soit, le boulet peut agir directement ou 
obliquement sur nos tissus, et les résultats de son action 
diffèrent essentiellement dans les deux cas. « Il y a 
trois classes de désordres, dans l'action directe du boulet, 
dit M. Baudens, (clinique des plaies d'armes à feu) : 1° le 
projectile n'a entamé que les parties molles, les téguments 



- 33 — 

sont largement déchirés, les muscles, les tendons et les 
aponévroses meurtris se confondent ; 2° le membre est 
enlevé par le boulet, l'amputation est le seul remède; 3 le 
boulet porte d'aplomb sur l'une des trois cavités splan- 
chniques et détermine des désordres auxquels on ne sau- 
rait remédier. » 

Ces quelques mots tracent avec beaucoup de netteté 
l'ensemble des lésions produites par le boulet, mais, quand 
le choc est oblique, les résultats sont bien différents, et il 
peut se faire qu'un membre soit broyé, réduit pour ainsi 
dire en pâte homogène, sans que la peau paraisse le moins 
du monde intéressée. Cette intégrité de l'enveloppe cuta- 
née s'explique parfaitement par la rapidité d'action du 
boulet, et surtout par l'obliquité selon laquelle le projec- 
tile frappe le membre, obliquité qui permet à la peau , mem- 
brane essentiellement élastique, décéder, de se laisser dis- 
tendre sans se rompre, tandis que les organes sous-jacents 
(muscles, os, vaisseaux), plus durs, ou moins extensibles 
se rompent. Quand un pareil désordre se produit sur l'ab- 
domen ou la poitrine, la peau reste intacte, mais les or- 
ganes de la digestion ou de la respiration ayant subi d'é- 
normes désordres, le blessé tombe sous le coup, sans qu'on 
puisse trouver à la surface de son corps la moindre trace 
de contusion ou de rupture à l'aide de la vue. C'est de là 
que sont nées une foule d'explications plus ou moins erro- 
nées, en tête desquelles figure celle du vent du boulet, dont 
les effets prétendus ont été assez longuement réfutés par 
une foule d'auteurs, pour que je ne m'y arrête pas ici. 

Les bombes agissent d'abord par leur poids en tombant, 
et ensuite, par leurs éclats, qui étant ordinairement plus 
larges que les balles, produisent des blessures plus dan- 
gereuses. Les obus agissent comme les boulets pendant 
tout le temps de leur course, et de plus comme les bombes , 

3 



— 34 — 

lorsqu'ils éclatent. Quant à la mitraille, qui se compose de 
biscaïens, de clous, de pierres, de fragments de fer et de 
cuivre plus ou moins anguleux, elle produit des lésions 
nombreuses et toujours plus graves que celles qui sont le 
résultat des balles. En dernier lieu enfin, je ne ferai que 
mentionner les boulets rouges qui, indépendamment de 
leur action contondante, portent l'incendie sur tous les 
points qu'ils touchent, 

Comme les coups de feu par armes portatives sont les 
plus communs, et que la balle est par conséquent le pro- 
jectile dont on a le plus souvent à observer les effets, c'est 
de cette espèce de plaie d'arme à feu qu'il s'agira spéciale- 
ment pendant toute la durée de mon travail, me réservant 
cependant de m'occuper secondairement des coups de 
boulet et autres gros projectiles, quand il sera nécessaire. 

§ VIII . DES PLAIES PRODUITES PAR LES PROJECTILES LANCÉS 

PAR LA POUDRE A CANON , SUR LES DIVERS SYSTÈMES DE l'É» 
CONOM1E. 

Les projectiles, en cheminant à travers nos organes, 
peuvent y produire des lésions simples, comme lorsqu'ils 
n'intéressent que les muscles, ou bien causer de graves 
accidents en portant leur action sur les os qu'ils brisent en 
éclats, les vaisseaux qu'ils ouvrent largement, les cavités 
splanchniques qu'ils peuvent traverser, etc., delà vont 
naître pour nous tout autant de divisions que nous allons 
examiner individuellement pour pouvoir établir ensuite, 
d'une manière positive et logique les véritables caractères 
des plaies d'armes à feu. 

§ IX. — DES PLAIES SIMPLES. 

La plaie d'arme à feu simple est celle dans laquelle la 
peau et les muscles d'une région du corps, d'un membre 



- 35 — 

comme la cuisse ont été traversés sans lésion aucune du 
système osseux, nerveux, vasculaire, etc. 

La balle qui atteint un membre, peut le traverser de part 
en part, et c'est le cas le plus ordinaire ; alors, la blessure 
présente deux ouvertures, une d'entrée, et l'autre de sortie. 
Tandis que si la balle s'arrête dans V épaisseur de ce mem- 
bre, il n'y a qu'une ouverture d'entrée. 

L'ouverture d'entrée est ordinairement ronde, nette ; 
plus petite souvent que le projectile qui l'a produite, sa 
circonférence est noirâtre, elle donne passage à une très 
petite quantité de sang, dans la majorité des cas du moins. 
L'ouverture de sortie est plus large, mâchée, et se trouve 
ordinairement refoulée en dehors. En nous occupant du 
mode d'action des projectiles sur nos tissus, nous avons 
déjà assez insisté sur les causes qui déterminent cette dif- 
férence entre les deux ouvertures faites par la balle, nous 
nous occuperons seulement ici de la couleur bleuâtre fon- 
cée, noirâtre, qui entoure l'orifice d'entrée. Cette couleur 
est tout simplement le résultat de la poudre avec laquelle 
le projectile a été en contact dans le canon de l'arme. Cette 
poudre se dépose au pourtour de l'orifice d'entrée à me- 
sure que le projectile pénètre dans jnos tissus, et lui donne 
cette coloration qui avait fait croire aux anciens que le tra- 
jet des plaies d'armes à feu, était cautérisé par la balle, 
erreur qui a été assez combattue et assez définitive- 
ment reléguée au chapitre des contes scientifiques pour 
que je m'y arrête davantage. Quand le coup est tiré de 
très près, les parties qui le reçoivent, sont encore plus 
noires que lorsque la portée est ordinaire, parceque alors 
la poudre se dépose en nature, et en quantité plus ou 
moins grande sur les environs de la solution de continuité. 
La balle détruit tout le long de son trajet a travers les 
parties molles, une couche plus ou moins épaisse de tissus 



— 36 — 

qui sont contus, broyés, incapables de vivre, et qui cons- 
tituent ce qu'on appelle l'escarre. Cette escarre doit être 
éliminée par la suppuration, et la plaie ne se réunit que 
lorsque cette élimination a eu lieu. 

La plaie d'arme à feu simple a de la tendance à se rétrécir, 
d'abord par l'effet delà contusion à la suite de laquelle les 
tissus gonflés obstruent plus ou moins le trajet du projec- 
tile, et en second lieu, par le fait seul de l'élasticité des 
parties. Cette circonstance, jointe à la complication cons- 
tante d'un corps étranger ( escarre ) et à la présence de l'é- 
tranglement qui survient très souvent dans ce cas, a fait 
penser à plusieurs auteurs , et entre autres à Dupuytren 
qu'il y avait analogie parfaite entre une plaie d'arme à feu 
simple, d'une part, et une plaie d'arme blanche piquante de 
l'autre, Voici du reste les paroles de Dupuytren à ce sujet: 
« Ces plaies offrent avec celles qui résultent d'une arme pi- 
quante une ressemblance très grande; en effet, de l'introduc- 
tion d'un instrument piquant, d'une épée par exemple, au mi- 
lieu des tissus il résulte une plaie étroite avec tendance des 
tissus à revenir sur elle-même et à retenir les liquides épan- 
chés qui font alors l'office de corps étrangers , plaie qui est 
ordinairement suivied'une violente inflammation et d'étran- 
glement, lequel est déterminé principalement par les apo- 
névroses qui s'opposent au libre développement, des par- 
ties gonflées. Dans une plaie produite par une balle, on 
trouve aussi un trajet étroit plus ou moins direct et tor- 
tueux , mais tapissé souvent d'une couche de tissus ordi- 
nairement gangrenés , qui forment une escarre , et par 
conséquent un corps étranger, autour duquel il se déve- 
loppe une violente inflammation suivie très communément 
d'étranglement. Dans l'un ou l'autre cas de plaie par 
arme piquante, ou de plaie par arme à feu qui traverse les 
parties molles , le danger vient de l'inflammation et de 



— 37 — 

l'étranglement. Quand ces accidents arrivent , un même 
mode de traitement également efficace leur est opposé; 
c'est le débridement qui permet aux parties molles de se 
développer librement, aux liquides épanchés, aux escar- 
res, à la suppuration de s'écouler librement... » 

Malgré les caractères de ressemblance qui paraissent 
exister au premier abord entre ces deux ordres de lésions, 
il est facile de trouver entre elles des différences bien 
marquées, rendant leur identité beaucoup moins parfaite 
qu'on a bien voulu la faire. La première de ces dissem- 
blances gît dans la différence de la cause qui met en mou- 
vement l'agent vulnérant. En effet, l'épée qui traverse un 
membre est toujours mue par la main d'un homme ; elle 
perce les tissus nettement et sans les contusionner, tandis 
que la balle lancée par la poudre contusionne , déchire , 
et doit nécessairement amener à la suite de son action un 
gonflement et un étranglement beaucoup plus considéra- 
bles. Une autre différence réside dans la nature du corps 
étranger contenu dans le canal de la blessure. Dans les 
coups d'armes piquantes , ce corps étranger est liquide , 
librement épanché au milieu des tissus qui peuvent l'ab- 
sorber, tandis que l'escarre qui résulte du passage de la 
balle est solide, adhérente aux tissus qu'elle tapisse, des- 
quels elle ne se détache que par la suppuration, de là vient 
qu'on voit souvent des coups d'épée, traversant des mem- 
bres de part en part , se guérir sans une goutte de pus et 
sans étranglement , tandis qu'on ne voit pas souvent une 
plaie d'arme à feu se réunir par première intention. 

§ X. — DES PLAIES D'ARMES A FEU AVEC LÉSION DES OS. 

L'os touché par une balle lui oppose toujours, en vertu 
de sa structure organique , une résistance plus ou moins 
efficace. Si le projectile est à la fin de sa course, et surtout 



— 38 — 

s'il arrive obliquement sur la surface osseuse , il peut se 
faire que l'os ne soit que contusionné. Tandis que si la 
balle le touche au plein de sa force et perpendiculaire- 
ment à sa surface, il sera indubitablement brisé en un plus 
ou moins grand nombre de fragments, nommés esquilles. 

Quand une balle arrive sur la surface interne du tibia , 
ou sur toute autre surface osseuse qu'elle se borne à con- 
tusionner, elle agit ordinairement en séparant le périoste 
de la face externe de l'os. Il se forme alors une collection 
purulente entre ce dernier et sa membrane nourricière , 
d'où résulte une nécrose entraînant l'exfoliation plus ou 
moins lente d'une ou plusieurs lames de tissu osseux. 
Mais ces cas sont rares, et les coups de feu produisent plus 
souvent des fractures que des contusions du tissu osseux. 

Les balles peuvent toucher indistinctement tous les os 
de notre système ; la gravité des fractures qu'ils y produi- 
sent se déduit du voisinage d'organes plus ou moins es- 
sentiels à la vie, tels que le cerveau à la tête, les poumons 
dans la poitrine; etc., et en second lieu, du plus ou moins 
grand nombre de fragments que le projectile a produits. 
Ainsi , une fracture comminutive du fémur nécessitera 
sûrement l'amputation, tandis que si cet os est brisé trans- 
versalement (ce qui du reste est fort rare), on pourra 
tenter avec plus de chances la conservation du membre. 

Dans la majorité des cas la balle , après avoir fracturé 
l'os d'un membre , sort par le point diamétralement op- 
posé ou par tout autre point ; mais il arrive quelquefois 
qu'elle épuise son action sur le tissu osseux, alors elle n'a 
pas assez de force pour se créer une route jusqu'au de- 
hors et elle complique par sa présence la gravité de la 
blessure. 

Nous allons rapidement examiner la nature des frac- 
tures occasionnées par les projectiles lancés par la poudre 



— 39 — 

à canon aux os longs, aux os plats et aux os courts. Nous 
prendrons pour type des os longs le fémur. Pour type des 
os plats le coronal , et pour type des os courts les os du 
carpe ou du tarse. 

La balle qui arrive sur le fémur peut atteindre cet os 
au milieu de son corps , ou près de ses extrémités articu- 
laires. Tout le monde sait que la structure des os longs 
diffère, selon qu'on la considère à la partie moyenne de 
la diaphyse ou près des extrémités articulaires. Dans le 
premier endroit, la substance osseuse est compacte, dense, 
serrée , par conséquent plus friable que les extrémités , 
qui sont spongieuses, aréolaires et par suite plus molles. 
On conçoit parfaitement, à la suite de ces considérations 
anatomiques , qu'une balle brisera presque toujours en 
éclats la partie moyenne du corps du fémur, tandis qu'elle 
pourra se creuser un canal parfaitement cylindrique, et 
demeurer même fixée dans l'extrémité articulaire tibiale 
de cet os. Ces faits , que le raisonnement fait admettre , 
sont d'observation journalière dans la pratique, et sur les 
champs de bataille. 

La balle atteignant un os plat , comme le coronal , le 
traverse de part en part et y fait une ouvertnre parfaite- 
ment circulaire , si elle est au plein de sa course. Tandis 
que, si elle est douée d'une moindre force, il peut se faire 
qu'elle ne brise que la lame externe, l'interne restant 
intacte. Elle peut aussi, selon quelques auteurs, s'étendre 
à une distance plus ou moins éloignée dans le diploé. 
Ainsi Percy rapporte . dans son Manuel du chirurgien d'ar- 
mée , avoir vu une balle qui s'était étendue comme une 
pièce de 24 sous , entre les lames osseuses même , et ne 
se montrait au dehors que de la largeur de quelques 
lignes (p. 92). 

Dans d'autres cas , la balle peut pénétrer dans l'épais- 



— 40 — 

seur de l'os par une fente si étroite qu'elle est à peine 
reconnaissable à la vue. Ainsi M. Pages, chirurgien-major 
du régiment royal Piémont, cité par Percy, a vu une balle 
entrée sous le crâne par une fente si étroite que , sans la 
trace du plomb qu'elle avait laissée sur les bords, on n'eût 
pu l'apercevoir (p. 404). Enfin, dans d'autres cas plus 
rares encore , la-lame interne est brisée , l'externe restant 
intacte . et produit une quantité plus ou moins grande 
d'esquilles qui agissent mécaniquement sur le cerveau 
et y occasionnent des accidents toujours très fâcheux. 

Quand la balle atteint h la fois la lame externe , le di- 
ploé et la lame interne d'un os plat elle y produit ordinai- 
rement un nombre indéterminé de fissures , qui partent 
de la blessure comme d'un point central et s'irradient à 
la surface de l'os. Quelquefois ces différentes pièces frac- 
turées sont mobiles et constituent tout autant d'esquilles, 
devenant des ennemis dangereux à la suite de leur action 
sur les organes sous-jacents... Ce que je viens de dire du 
coronal peut s'appliquer parfaitement à l'omoplate, à l'os 
des îles, etc., sauf les modifications qu'apporterait néces- 
sairement dans la lésion la situation anatomique de chacun 
de ces deux os. 

Les os courts , atteints par des balles , sont ordinaire- 
ment brisés en un grand nombre de petits fragments. S'ils 
sont un peu volumineux , ils peuvent se laisser pénétrer 
par les projectiles et les loger, pendant un temps plus ou 
moins long , dans l'intérieur de leur tissu , comme le cal- 
caneum en a offert des exemples... Le voisinage des 
grandes articulations, autour desquelles sont situées les 
os courts, rend leur lésion en général très dangereuse. 

Les fractures des os , par les projectiles de guerre , s'ac- 
compagnent, dans la grande majorité des cas, d'accidents 
très graves, résultant d'abord de la commotion plus ou 



— 41 — 

moins violente qu'éprouve le blessé au moment où son os 
est brisé en éclat. Ensuite, peu de jours après la blessure, 
la fièvre s'allume , la peau devient chaude , le pouls est 
fort, fréquent, il y a de la céphalalgie et quelquefois des 
convulsions , le membre acquiert un volume prodigieux , 
le blessé y éprouve de fortes douleurs occasionnées par 
les esquilles , qui font office de corps étrangers , piquant 
et irritant les parties au milieu desquelles elles se trou- 
vent. Ces accidents peuvent cesser à la suite de l'emploi 
sagement combiné des moyens thérapeutiques , que nous 
examinerons à l'article du traitement. Sinon , la suppura- 
tion arrive, coule avec abondance, s'altère au contact de 
l'air, la constitution du blessé s'altère , la diarrhée colli- 
quative survient et précède de peu la fin funeste de la 
maladie. 

Ces esquilles, dont la présence occasionne des acci- 
dents si terribles et dont le nombre peut aller jusqu'à 10, 
45, 20, etc., ont été divisées par Dupuytren en esquilles 
primitives, secondaires et tertiaires. Les primitives sont 
celles qui sont tout à fait séparées des tissus environ- 
nants ; les secondaires sont celles qui y tiennent encore 
par une portion de muscle , de tendon , de ligament , etc. , 
et qui ne sont détachées par la suppuration qu'au bout 
d'un temps plus ou moins long. Enfin , les tertiaires sont 
celles qui résultent de la contusion de l'os au voisinage 
de la fracture , elles ne sont ordinairement expulsées 
qu'au bout d'un temps très long , quelquefois plusieurs 
années. J'établis cette division d'avance parce qu'on verra 
plus bas , quand il s'agira de l'extraction des esquilles , 
que tous les auteurs ne sont pas également d'accord sur 
l'urgente nécessité d'extraire de suite , ou du moins dès 
qu'il est possible, les deux premières espèces d'esquilles, 



— 42 — 

§ XI. — PLAIES DARMES A FEU AVEC LÉSION DES 
ARTICULATIONS. 

La lésion des petites articulations , comme celles des 
doigts, des orteils , entraine après elle peu d'accidents et 
n'est pas plus grave , après tout , que la solution de con- 
tinuité d'un os long à sa partie moyenne , mais il y a 
beaucoup plus de dangers quand il y a blessure d'une 
articulation volumineuse, comme l'articulation coxo-fémo- 
rale, la scapulo-humérale , l'huméro-cubitale , la tibio- 
fémorale, etc. Ces articulations peuvent être traversées 
nettement par le projectile, ou bien celui-ci peut avoir 
occasionné sur son passage une quantité considérable 
d'esquilles (dix, quinze, vingt), etc. Alors il survient, au 
bout de peu de temps , un gonflement considérable , don- 
nant lieu le plus souvent à l'étranglement par la dureté 
des tissus durs et fibreux qui tapissent ces articulations. 
La fièvre s'allume , devient intense , la soif est ardente , 
la suppuration s'établit dans la cavité articulaire, elle est 
abondante , fétide , altérée par le contact de l'air, qui a 
libre accès dans l'articulation. Les cartilages articulaires 
s'érodent , les surfaces osseuses se carient , les ligaments 
sont détruits, et l'abondance de la suppuration amène 
bientôt la diarrhée colliquative , le marasme , des fusées 
purulentes, et la mort. Voilà ce qui arrive dans le plus 
grand nombre des cas de grande lésion articulaire, ou l'on 
n'a pas pu parvenir à se rendre maître de l'inflammation, 
ou bien , ou le malade n'a pas voulu se soumettre à 
temps à l'emploi du moyen thérapeutique terrible il est 
est vrai , mais le seul efficace en pareille circonstance , 
l'amputation. Quand le sort veut qu'une pareille blessure 
se termine d'une manière heureuse, ce qui, je le répète, 
est fort rare ; le blessé est ordinairement privé toute sa 



— 43 — 

vie du mouvement de l'articulation traversée par le pro- 
jectile. Les surfaces osseuses se soudent solidement entre 
elles ; il se fait, en un mot, un travail d'ankylose. 

La chance favorise quelquefois les blessés, et le projec- 
tile au lieu de pénétrer dans la cavité articulaire propre- 
ment dite, traverse transversalement ou d'avant en arrière 
une des extrémités osseuses servant à former cette cavité ; 
alors si le trajet de la balle a lieu à un pouce, un pouce et 
demi plus haut que la surface articulaire, il ne se fait au- 
cune esquille, et aucun épanchement dans l'articulation, 
ce qui permet à la résolution et par conséquent à la guéri- 
rison de s'opérer plus facilement et sans trop d'alarmes. 
Tandis que si la balle traverse la tête articulaire à peu de 
lignes de sa surface d'articulation, elle peut l'éclater et 
donner lieu ainsi à la formation d'un plus ou moins grand 
nombre d'esquilles dont les pointes se tourneront vers la 
cavité articulaire, ou bien seront tout à fait détachées de 
l'os et tomberont dans l'intérieur de l'article. . . La gravité 
du cas est alors aussi grande que si le projectile était entré 
au milieu delà cavité articulaire, et y avait exercé ses ra- 
vages. 

11 existe une très graude analogie entre les plaies con- 
tuses et les plaies d'armes à feu, c'est un axiome dont nous 
nous convaincrons plus en détail, quand nous examine- 
rons la nature de ces lésions. Eh bien! on voit souvent à 
la suite de plaies contuses produites par la chute de corps 
lourds (pierres, pièces de bois) on voit souvent, dis-je, des 
fissures osseuses s'étendant du point blessé jusqu'à l'arti- 
culation située immédiatement au-dessus. La même chose 
peut arriver dans les coups de feu, mais surtout dans ceux 
qui sont produits par les projectiles de gros volume. J'ai 
été à même de recueillir un très beau fait de fracture com- 
minutivede la jambe, produite par la chute d'une grosse 



— . 44 — 

pierre, dans lequella cause fracturante avait agi jusquedans 
l'articulation fémoro-tibiale, et, ce qu'il y a de plus remar- 
quable, sur l'extrémité inférieure du fémur, et non sur le 
tibia fracturé, ce qui étonna beaucoup à l'autopsie les chi- 
rurgiens chargés du blessé pendant sa vie, et rendit fautive 
l'amputation de la jambe qu'ils pratiquèrent au lieu d'élec- 
tion , avec toute la conviction et la conscience possibles ; 
voici le fait que j'extrais de ma thèse pour le doctorat 
en médecine (1840, décembre). 

Bonfillon (Joseph) , conducteur de voitures , âgé de 
trente ans, fut porté à l'Hôtel-Dieu de Marseille le 18 mai 
1839 à 6 heures du soir. Cet homme était endormi sur sa 
charrette chargée de grosses pierres. Un accident de ter- 
rain sur lequel passa l'équipage y détermina une violente 
secousse, Bonfillon fut jeté sur le sol, deux grosses pierres 
le suivirent dans sa chute, et l'une d'elle lui fracassa la 
jambe droite. Arrivé à l'hôpital, le malade offre une large 
plaie de 5 pouces de long à la face interne et à la partie 
moyenne de la jambe. La peau est meurtrie au loin, trois 
esquilles de 50 à 55 millimètres de long et deux plus pe- 
tites sont de suite extraites par le chirurgien de garde, 
elles appartiennent au tibia. Le péroné est fracturé trans- 
versalement au même niveau que le tibia. Tous les mus- 
cles de la région jambière antérieure sont lacérés, et il se 
fait par la plaie une assez forte hémorrhagie. . . . 

On pratique de suite la résection d'une pointe du tibia, 
[fragment supérieur) qui fatiguait les chairs. On applique 
un appareil contentif. Le malade prend du tilleul et onl ui 
pratique une saignée de 360 grammes. 

Le lendemain 19 la nuit a été assez bonne, l'amputa- 
tion étant jugée nécessaire, on la pratique au lieu d'élec- 
tion par la méthode circulaire ; elle ne présente rien de 
particulier. (D. infus. tilleuL potion antispasmodique). 



— 45 — 

Le 24, premier pansement, pas de réunion, si ce n'est 
dans l'espace de 1 4 ou 1 6 millimètres au milieu du moi- 
gnon; du 24 au 28 rien de nouveau. Le 28 à quatre heu- 
res du soir, frisson violent accompagné de sueur (60 cen- 
tigrammes sulfate quinine) . 

Le 29, chaleur à la peau, pouls à 130 , plaie blafarde 
[Diète, potion stibiée à 0,4 avec sirop diacode, 60 grammes à 
prendre par cuillerée d'heure en heure) . 

Le 30, la suppuration est très abondante, le péroné fait 
saillie à travers la peau ulcérée (mêmes prescriptions) , les 
frissons persistent . le malade s'affaiblit d'instant en in- 
stant, et succombe le 2 juin à quatre heures du matin. 

Autopsie douze heures après la mort. 

Le crâne n'a pu être examiné. 

Poitrine. — Les plèvres pulmonaire et costale, de cha- 
que côté, sont couvertes de fausses membranes. Le cœur 
est à l'état normal. 

Abdomen. — Le foie est sain , les reins le sont pareille- 
ment , la veine cave inférieure , l'iliaque primitive , l'ilia- 
que externe ne présentent aucune trace d'inflammation. 

Examen du membre. — La veine fémorale contient, à la 
partie supérieure de la cuisse, des caillots de sang en 
assez grande quantité. On trouve à sa partie inférieure, 
ainsi que dans la veine poplitée , du pus à l'état flocon- 
neux. L'articulation tibio-fémorale est le siège d'un épan- 
-chement purulent très considérable. Après avoir été lar- 
gement ouverte , elle laisse apercevoir dans sa cavité une 
séparation du condyle fémoral interne d'avec l'externe , 
sans aucune espèce de déplacement , se continuant avec 
une fracture presque verticale du fémur, allant se termi- 
ner 5 pouces plus haut à la face interne de l'os ; les deux 
surfaces de l'extrémité spongieuse du fémur sont baignées 



— 46 — 

de pus et ont revêtu une couleur noirâtre. L'articulation 
n'a aucune espèce de communication avec l'extérieur, et 
les parties qui la recouvrent n'ont présenté dans le cours 
de la maladie aucun signe physique ou physiologique de 
la moindre contusion. 

J'ai cité ce fait pour avoir l'occasion de recommander 
aux chirurgiens militaires qui ont à traiter des plaies con- 
tuses siégeant vers la partie supérieure , et même à la 
partie moyenne des membres , d'examiner scrupuleuse- 
ment l'articulation , immédiatement située au-dessus de 
la lésion , et de ne pas balancer d'amputer au-dessus de 
cette articulation s'ils y entrevoyaient des symptômes de 
lésions plus ou moins graves. 

g XII. PLAIES D'ARMES A FEU AVEC LÉSION DES 

VAISSEAUX. 

La balle , qui touche dans son trajet un vaisseau vei- 
neux ou artériel, peut glisser à sa surface et ne faire que le 
contusionner, elle peut le diviser dans une plus ou moins 
grande étendue de son calibre , ou bien enfin le couper 
transversalement. Le projectile produit sur le système 
vasculaire le même effet que nous lui avons vu produire 
plus haut sur les muscles qu'il traverse : il broie l'extré- 
mité du vaisseau qui se crispe, se convertit en escarre, se 
rétracte au milieu des parties environnantes et donne 
moins facilement issue au sang qui circule dans son calibre 
que lorsqu'elle est nettement coupée par le tranchant d'un 
sabre, ou de toute autre arme tranchante. 

Si le vaisseau coupé est de troisième ou quatrième or- 
dre , l'escarre est une digue suffisante pour s'opposer à 
l'hémorrhagie et permettre au travail d'oblitération de 
s'effectuer. Le blessé ne présente alors aucun écoulement 
de sang, mais si , lors de la chute de l'escarre, le travail 



— 47 — 

d'oblitération n'est pas achevé, il y a alors ce qu'on appelle 
une hémorrhagie secondaire. 

Si le vaisseau ouvert est au contraire volumineux , 
comme la crurale , la carotide , rien ne peut s'opposer à 
l'écoulement de sang qui s'échappe au dehors avec au- 
tant de force que dans une plaie d'arme blanche, et cause 
des accidents promptement mortels si Fart n'intervient 
de suite; c'est là ce qu'on appelle hémorrhagie primitive. 
L'hémorrhagie primitive peut , dans certains cas , man- 
quer, bien qu'il y ait lésion d'un gros tube vasculaire , 
c'est lorsqu'il y a stupeur violente ou syncope au moment 
de l'accident, ou -bien lorsque la plaie , faite au calibre du 
vaisseau, est assez petite pour être bouchée pendant un 
certain temps par l'escarre , alors celle-ci , se détachant 
au bout de 7, 8, 40, 12 jours et quelquefois plus, permet 
au sang de couler librement hors du calibre du vaisseau. 
Dupuytren cite , dans son Traité des plaies d'armes de 
guerre, l'histoire d'un maçon qui eut le cou traversé de 
gauche à droite par une balle , au niveau de l'angle du 
maxillaire inférieur. Dix jours après l'accident survint 
une forte hémorrhagie par la plaie et par la bouche , 
puis des convulsions et enfin bientôt après la mort. On 
trouva à l'autopsie la carotide interne gauche ouverte 
dans l'étendue de six lignes à un pouce de son ori- 
gine. Il serait facile , en compulsant les annales de la 
science, de multiplier a l'infini les citations de pareils 
exemples. 

Gomme on le conçoit fort bien , il n'est pas de vaisseau 
qui ne soit susceptible d'être atteint par les projectiles 
dont les trajets sont quelquefois si profonds et si capri- 
cieux. Quoiqu'il en soit, la lésion des artères est beaucoup 
plus à craindre que celle des veines. La blessure des gros 
vaisseaux splanchniques expose aussi à, de funestes acci- 



— 48 — 

dents, d'autant plus graves, que, dans la majorité des cas, 
la main du chirurgien ne peut les atteindre. 

Il est encore une circonstance qui rend l'hémorrhagie 
produite par un coup de feu plus difficile à arrêter que 
celle qui est produite parlé tranchant d'une arme blanche. 
C'est que, dans ce dernier cas, la solution de continuité est 
ordinairement nette et saignante et permet quelquefois au 
chirurgien de saisir et de lier les extrémités des vaisseaux 
divisés. Tandis que, à la suite d'un coup de feu, les vais- 
seaux divisés sont enfoncés plus profondément dans les 
parties, dont le gonflement et l'attrition sont si considéra- 
bles qu'ils ne permettent pas aux instruments chirurgi- 
caux , et souvent à l'œil, d'arriver jusqu'à la source de 
l'hémorrhagie. 

Il est aisé de comprendre , maintenant que nous con- 
naissons le mode d'agir des projectiles sur les tissus , 
comment il se fait qu'il y a absence d'hémorrhagie dans le 
plus grand nombre des plaies par armes à feu. 

§ XIII. PLAIES PAR ARMES A FEU AVEC LÉSION DES NERFS 

Les branches nerveuses , les plus volumineuses comme 
les plus fines , peuvent être atteintes par une balle. Elles 
peuvent être totalement coupées en travers , ou simple- 
ment déchirées et meurtries , dans une étendue plus ou 
moins grande de leur surface. Ce second cas est plus fré- 
quent et occasionne au malade des douleurs très violentes 
qui , dans certaines circonstances , provoquent le tétanos 
et qu'on ne fait cesser qu'en achevant, à l'aide d'une inci- 
sion, la section du nerf demi-coupé. 

Il est facile de comprendre que les lésions du système 
nerveux doivent se traduire par des altérations plus ou 
moins profondes dans les fonctions du mouvement et de 
la sensibilité. Ainsi, il arrive dans certains cas qu'une des 



— 49 — 

branches principales d'un membre étant détruites, celui-ci 
perd de sa sensibilité, se gonfle énormément, se couvre 
de phlyctènes, prend une couleur livide et finit par tom- 
ber en sphacèle. Ainsi, M. Baudens parle d'un cas dans 
lequel il y avait déchirure de plusieurs grosses branches 
de la fémorale, de l'une des deux racines du saphène 
externe, de la branche externe du sciatique destinée à 
former le poplité externe. Après trente-six heures , les 
douleurs , qui avaient été très fortes après les premiers 
instants de la blessure , cessèrent tout à coup , la cuisse 
acquit un volume prodigieux , la décomposition s'en em- 
para, et des gaz s'en échappèrent en abondance par les 
plaies au milieu d'un liquide noir, fétide et ichoreux. 

Dans d'autres cas , au contraire , la sensibilité s'exalte 
dans une partie, bien que la plupart des gros troncs ner- 
veux qui s'y distribuent aient été coupés en entier par la 
cause vulnérante. Ainsi, M. Baudens rapporte l'observa- 
tion d'un soldat qui reçut un coup de sabre dans le creux 
de l'aisselle. Il y eut section complète de l'artère axillaire, 
qui fut tordue sur-le-champ. Section radicale des nerfs 
médian, cubital, cutané interne et externe, qui furent 
fixés dans une anse de fil non serrée et rapprochés des 
quatre extrémités nerveuses supérieures. Le fil fut placé 
dans le tissu cellulaire voisin, et la sensibilité s'exalta tel- 
lement, qu'au bout de vingt-quatre heures la moindre 
pression exercée sur la main était douloureuse. Ce cas, 
bien que ne se rapportant pas précisément à mon sujet 
par la nature de la cause vulnérante (arme tranchante) , 
est cependant très remarquable , à cause de la concomi- 
tance d'une lésion nerveuse et d'une lésion vasculaire si 
considérables , et qui n'empêchèrent pas cependant le 
membre de jouir de sa sensibilité normale. 

Quand le projectile porte son action sur des parties plus 

4 



— 50 — 

essentielles du système nerveux , comme le cerveau , le 
cervelet , le pneumo-gastrique , on remarque de plus 
grandes altérations dans les fonctions. Quand c'est le 
cerveau qui est atteint, il peut y avoir mort instantanée, 
quoiqu'on rapporte des cas de corps étrangers qui y sont 
demeurés fixés pendant un temps assez long, ou bien il 
y a perversion d'une ou de plusieurs fonctions , la mé- 
moire, le jugement, la parole, la vue. Il est bien entendu 
que dans tous les cas de lésion du cerveau on a à combattre 
une inflammation ordinairement très dangereuse, et que 
les lésions dont je viens de parler ne sont que secondaires, 
c'est-à-dire qu'elles surviennent après l'encéphalite, lors- 
que cette dernière a épargné les jours du malade. Elles 
laissent chez le blessé des traces ordinairement très lon- 
gues de l'accident qui l'a frappé. 

Indépendamment des symptômes propres aux lésions 
du système nerveux cérébral , la lésion du cervelet se 
traduit encore au dehors par les troubles qui se manifes- 
tent dans les organes génito-urinaires... Les blessures du 
pneumo-gastrique amènent ordinairement après elles des 
troubles considérables dans les fonctions respiratoires. 

Il arrive, dans certains cas, que le projectile qui a dé- 
chiré un nerf , au lieu de continuer sa marche, reste au 
milieu des parties ^ prieisément sur la portion du sys- 
tème nerveux qu'il vient de blesser : alors les douleurs 
sont beaucoup plus vives ètl plus constantes , attisées 
quelles sbnt Qfâiïir ainsi ;(tire , par la présence du corps 
étranger qui froisse la fibre nerveuse. Le tétanos survient 
presque toujours ,4a^s ^de^pâi'eilles blessures. Nous ver- 
rons plus bas ,~qtraîîè^îr s'agira du traitement , qu'il n'y a 
qu'un seul moyen de faire cesser les accidents ; c'est de 
pratiquer l'extraction du corps étranger, quand elle est 
possible. 



51 



§ XIV. — PLAIES D'ARMES A FEU AVEC LÉSION DES VISCÈRES- 

Les viscères des trois cavités splanchniques peuvent 
être indifféremment atteints par les projectiles lancés par 
la poudre à canon. Ces viscères sont tous appelés à jouer 
un rôle très important dans l'économie animale ; de là la 
gravité de toutes les lésions qui les atteignent. Ainsi , le 
cerveau présidant à la sensibilité et au mouvement, les 
organes de la poitrine remplissant les fonctions impor- 
tantes de la respiration et de la circulation , et ceux de 
l'abdomen étant chargés de la digestion ; on comprend 
facilement au premier aperçu quelles graves suites doi- 
vent avoir de pareilles lésions, aussi la nature semble avoir 
parfaitement compris l'importance de ces organes en les 
renfermant dans des cavités , soit osseuses , soit musculo - 
osseuses , dont les parois servent , dans certains cas heu- 
reux , à atténuer les désordres que produiraient sur eux 
les projectiles de guerre. 

Le diagnostic de la lésion des viscères se tire d'abord 
de la situation de la blessure. Ensuite , des symptômes 
physiques ou physiologiques qu'on voit survenir dans 
les premiers instants de la lésion. Qu'un soldat reçoive 
une balle à la région frontale, qu'il tombe privé de 
connaissance , qu'il soit atteint de convulsions , de para- 
lysie, il est probable que le cerveau a été atteint. La cer- 
titude arrive bientôt si , aux signes que je viens de men- 
tionner, vient se joindre l'issue de la substance cérébrale 
à travers la plaie. — Qu'un homme maintenant soit atteint 
dune balle à la poitrine, qu'une suffocation intense se 
déclare, que du sang s'échappe par la bouche et quelque- 
fois par la plaie , que ses membres , sa poitrine et son cou 
deviennent emphysémateux , il y aura de grandes pré- 
somptions pour penser que le poumon est atteint. Tandis 



— 52 — 

que si, avec une ouverture d'entrée et de sortie à la poi- 
trine, on ne voit survenir aucun de ces accidents, on 
pourra légitimement penser que la balle n'a fait que con- 
tourner la cavité thoracique , chance très heureuse qui , 
d'après M. Baudens , est beaucoup plus fréquente qu'on 
ne le croit généralement. 

Si , maintenant , un homme reçoit une balle à la région 
épigastrique , qu'il y ait hématémèse et issue d'aliments et 
de boissons par la plaie , nul doute que l'estomac n'ait été 
blessé. Si , par une blessure de l'hypogastre , on voit s'é- 
couler une quantité plus ou moins considérable d'urine , 
si du sang s'échappe en même temps par la verge, on 
peut hardiment pronostiquer une lésion de la vessie. Il 
en est de même de l'issue des matières fécales , qui indi- 
que infailliblement l'ouverture plus ou moins étendue 
du tube intestinal . 

Quand les viscères sont largement ouverts par une 
balle , il se fait dans la cavité qui les renferme un épan- 
chement plus ou moins considérable des substances qu'ils 
contiennent. Ainsi l'ouverture de cœur donne lieu à un 
épanchement de sang rapide. Celle du poumon a un 
épanchement de sang et d'air. L'ouverture de l'estomac 
laisse épancher les matières alimentaires dans l'abdomen, 
celle des intestins y verse des matières fécales , celle de 
la vessie de l'urine. 

Ces substances agissent toutes comme corps étrangers 
et possèdent, pour la plupart, des qualités excessivement 
irritantes , ayant une action promptement funeste sur les 
séreuses qui tapissent les cavités viscérales (plèvre, péri- 
toine) et constituent ainsi une des plus graves complica- 
tions des plaies viscérales, 

Il est des viscères qui contiennent à chaque instant de 
l'existence le liquide qu'ils sécrètent, ou les substances 



- 53 — 

qu'ils sont destinés à renfermer, à élaborer. Ainsi , une 
balle qui perfore le cœur, le foie, ou les poumons, trouve 
toujours ces organes pleins de sang et donne lieu à une 
hémorrhagie très grave. Tandis qu'il est des viscères qui 
se trouvent quelquefois dans un état de vacuité complète , 
comme l'estomac, les intestins , la vessie. Il est aisé de 
comprendre qu'une balle , traversant un de ces viscères 
dans un pareil état de vacuité , produit une lésion beau- 
coup moins grave en ce sens , qu'elle n'est pas compli- 
quée de répanchement d'aliments , de matières fécales , 
d'urine dans la cavité péritonéale ; épanchement qui ar- 
rive presque constamment quand le viscère est plein , à 
moins qu'il ne fasse hernie au dehors au moment de la 
blessure. Dans ce cas , l'issue des matières a lieu au de- 
hors. Cette chance, très favorable pour le blessé, est mal- 
heureusement très rarement observée dans les plaies 
d'armes à feu produites par des projectiles d'un petit vo- 
lume comme la balle. 

Ainsi que nous venons de le voir, les projectiles ont 
presque toujours assez de force pour s'enfoncer à des 
profondeurs variables dans le parenchyme des viscères , 
ou pour les traverser de part en part. Il est pourtant des 
cas où les balles arrivent à la surface de ces organes à la 
fin de leur course , ou après avoir épuisé leur force sur 
des corps intermédiaires à l'arme qui les lance et au 
blessé , souvent encore la force d'impulsion des projec- 
tiles est dépensée à briser les parois des cavités splanchni- 
ques, comme celles du crâne, de la poitrine. Il en résulte 
que la balle une fois arrivée sur la surface des viscères 
n'a que la force d'y produire une simple contusion , qui 
bien que peu grave en apparence , peut encore avoir des 
suites très dangereuses. Ainsi, la contusion du cerveau peut 
se terminer par une encéphalite mortelle, celle du poumon 



_ 54 - 

peut donner lieu à une pleuro-pneumonie intense, et celle 
des intestins déterminer la formation d'une escarre qui , 
en se détachant, permettra aux matières fécales de s'épan- 
cher dans la cavité abdominale. Heureusement pour le 
blessé on observe, dans ce dernier cas, une adhérence de 
l'intestin contus avec les anses voisines, adhérence qui 
fait que l'escarre, une fois détachée, tombe dans la cavité 
de l'anse intestinale lésée et ne permet pas à l'épanche- 
ment de se former. Nous nous occuperons plus en détail 
de la contusion des viscères en traitant spécialement des 
plaies des cavités splanchniques. 

Quant au pronostic , qu'on doit porter sur les lésions 
viscérales , tous les détails dans lesquels nous venons 
d'entrer démontrent suffisamment qu'il doit être de la 
plus haute gravité 

Après avoir parlé en détail, et séparément , de la na- 
ture des plaies par armes à feu simples , de celles qui 
s'accompagnent de fractures , de lésion des articula- 
tions, des nerfs, des vaisseaux, des viscères, il nous serait 
facile de réunir deux à deux , trois à trois chacun de ces 
ordres de lésions , nous arriverions ainsi à étudier les 
plaies compliquées des membres, des cavités splanchni- 
ques , étude que nous ferons plus tard , et sur laquelle 
nous n'insisterons pas ici pour ne pas nous exposer à 
d'inutiles répétitions. Nous allons tâcher de déduire de 
tout ce qui précède la réponse à la première partie de la 
question , posée par le Conseil de santé : « Indiquer les ca- 
ractères des plaies alarmes à feu. » 

§ XV. — APPRÉCIATION DES CARACTÈRES DES PLAIES PAR 
ARMES A FEU. 

La marche la plus naturelle à suivre , pour arriver à la 
véritable appréciation des caractères des plaies d'armes 



— 55 - 

à feu consiste à passer brièvement en revue la nature 
des plaies par armes piquantes, tranchantes, et conton- 
dantes, à rapprocher de ces lésions les plaies qui font le 
sujet de notre étude, et à saisir à la suite de cet examen 
comparatif les caractères propres aux lésions produites 
par les projectiles de guerre, ceux qui les rapprochent des 
autres espèces de blessures, et ceux qui les en différen- 
cient. Cette marche toute logique, est du reste celle qui a été 
suivie il y a 105 ans (4738) parLecat, alors chirurgien en 
chef de l'hôpital de Rouen, qui fut couronné par l'Acadé- 
mie royale de chirurgie, pour un mémoire dans lequel il 
traitait une question à peu près analogue à celle dont je 
m'occupe aujourd'hui, savoir : De la nature et du traitement 
des plaies d'armes à feu. Commençons le parallèle. 

Une arme piquante, étroite, acérée, dépourvue de tran- 
chants latéraux, produit en s'enfonçant dans nos tissus une 
lésion ordinairement peu dangereuse si elle se borne à 
atteindre la peau et les muscles, plus dangereuse , si elle 
attaque les vaisseaux, les nerfs, les articulations, très dan- 
gereuse, et souvent mortelle quand elle touche un viscère 
d'une haute importance physiologique comme le cerveau, 
le cœur. 

L'épée poussée par une main ennemie s'enfonce à des 
profondeurs variables dans les régions vers lesquelles elle 
est dirigée, elle perce rarement de part en part les cavi- 
tés crânienne, thoracique ou abdominale. Elle produit 
plus facilement cet effet sur les membres et encore le plus 
souvent y parcourt-elle des trajet sinueux et obliques ten- 
dant sans cesse à revenir sur eux-mêmes. 

L'étranglement est un des accidents les plus redoutables 
des blessures par armes piquantes , et surtout de celles 
qui attaquent les membres. Cet étranglement est produit 
mécaniquement par la résistance qu'opposent les aponé- 



— 56 — 

vroses au gonflement des tissus sous-jacents et à sa suite 
surviennent : 1° ces abcès si vastes qui vont si loin si on 
ne débride pas à temps, et 2° la gangrène si on n'en vient 
pas au débridement. 

Dans une plaie d'arme blanche étroite, qui a deux ou- 
vertures, on a souvent de la peine à distinguer celle d'en- 
trée de celle de sortie, tant elles ont d'analogie entre elles, 
et tant, elles sont revenues sur elles-mêmes par l'effet de 
l'élasticité de nos tissus. Voyons maintenant les points de 
contact qui peuvent exister entre ces sortes de plaies, et 
celles qui sont produites par la balle. 

La plaie d'arme à feu qui borne son effet à la peau, et 
aux muscles d'une région du corps, d'un membre, par 
exemple, est de peu d'importance. Gomme la plaie d'arme 
piquante, lorsqu'elle attaque les vaisseaux elle est plus 
dangereuse ; mais déjà ici se présente une différence bien 
tranchée entre les deux ordres de lésions; c'est que la 
plaie par arme piquante s'accompagne ordinairement 
d'hémorrhagie primitive, tandis que la plaie d'arme à feu 
ne présente presque jamais cet accident que secondaire- 
ment à moins qu'un gros vaisseau comme la crurale, la 
carotide n'ait été ouvert. 

La balle qui touche une partie de notre corps dans le 
plein de sa course, se contente rarement de s'y enfoncer 
à une profondeur variable, elle la traverse ordinairement 
départ en part d'où résultent deux ouvertures, une d'en- 
trée, l'autre de sortie offrant des^ caractères différentiels 
dont nous nous sommes déjà occupés plus haut. De ces deux 
ouvertures, celle d'entrée est plus étroite, plus nette, plus 
enfoncée vers l'axe du corps, ou du membre, tandis que 
celle de sortie est plus large, inégale, et déjetée en dehors. 
Le fleuret qui traverse un membre y produit au contraire 



— 57 — 

deux solutions de continuité à très peu de chose près 
semblables. 

Le trajet de la plaie par arme à feu est recouvert dans 
toute son étendue d'une couche de parties attrites , inca- 
pables de vivre par la suite (escarre), et qui doivent être 
détachées par la suppuration. Rien cle pareil ne se re- 
marque dans la plaie par arme piquante. 

Quelques auteurs ont prétendu que les parois du canal 
creusé par la balle revenaient sur elles-mêmes, et for- 
maient alors un trajet étroit et sinueux se rapprochant de 
la blessure faite parle fleuret. Ces deux sortes de blessures 
ne peuvent, selon moi, être logiquement comparées, car 
il y a entre elles une différence bien grande gisant dans 
la présence de l'escarre dans le premier cas, et dans l'ab- 
sence de ce corps étranger dans le second. 

La plaie d'arme piquante s'accompagne rarement de 
fracture à moins que l'instrument ne soit poussé contre 
une table osseuse, mince et fragile, comme la voûte orbi- 
taire du coronal , la fosse temporale, tandis que la balle 
au plein de sa course, brise impitoyablement l'os qu'elle 
rencontre quelles que soient d'ailleurs la densité et la ré- 
sistance que ce dernier lui oppose. 

Jusqu'ici je ne vois qu'un seul point de ressemblance en- 
tre les plaies par armes a feu et les plaies d'armes blanches, 
c'est l'étroitesse et la longueur du trajet qu'elles parcourent 
dans l'épaisseur de nos tissus (il est bien entendu que je ne 
m'occupe en ce moment que des projectiles de petit volume 
comme la balle) ; mais je trouve dans les accidents qui ac- 
compagnent les lésions que nous examinons , un second 
point tendant à les rapprocher ; c'est que dans la majorité 
des cas, toutes deux sont suivies des deux mêmes accidents, 
je veux dire l'étranglement, et le tétanos, qui cependant se 
manifestent encore plus souvent à la suite des blessures par 



~ 58 — 

armes à feu, qu'à la suite des plaies par armes piquantes. 

Les plaies par armes tranchantes sont ou à lambeaux ou 
sans lambeaux, elles sont le résultat d'une arme agissant 
sur nos tissus par une surface excessivement fine et étroite 
à laquelle on donne le nom de tranchant. Cette arme est 
presque toujours dirigée par la main de l'ennemi, et pro- 
duit par conséquent des effets moins dangereux que 
ceux qu'on voit résulter des plaies d'armes à feu. Je dis 
presque toujours car on a vu des portions d'armes tran- 
chantes et piquantes (sabre, baïonnette) emportées par des 
boulets , aller produire à de grandes distances des bles- 
sures excessivement profondes et dangereuses. 

La surface de la solution de continuité produite par une 
arme tranchante est nette, d'un beau rouge, le sang en 
coule en nappe si des veines considérables ont été ou- 
vertes , et par jet isochrone aux battements du pouls , si 
des artères ont été lésées. Les lèvres de la plaie ont de la 
tendance à s'écarter, et si on les rapproche à l'aide d'un 
pansement méthodique il arrive fort souvent qu'elles se 
réunissent en très peu de temps sans fournir une seule 
goutte de suppuration, ou pour parler classiquement, par 
première intention. 

Les plaies par armes tranchantes s'accompagnent rare- 
ment de fractures quand elles siègent aux membres et au 
tronc, ce n'est que lorsque les os sont situés superficielle- 
ment comme au crâne, qu'on observe cette fâcheuse com- 
plication. 

Les plaies par armes à feu produisent très rarement, à 
la surface du corps , des plaies nettes comme celles dont 
nous venons de parler. Le plus souvent elles consistent 
en trajets longs et sinueux , creusés dans l'épaisseur de 
nos parties, et, si quelquefois elles labourent la peau, elles 
y font une plaie irrégulière qu'on reconnait bien facile- 



— 59 — 

ment ne pas avoir été produite par une cause tranchante. 
Jamais la surface d'une plaie d'arme à feu n'est d'un 
rouge vif comme le sont les lèvres d'une incision. Le sang 
ne s'en échappe jamais primitivement , à moins de lésion 
d'un gros vaisseau , e' il résulte de cette circonstance que 
sur un organe très vasculaire, comme le foie, le poumon, 
la rate , une plaie par arme à feu offre quelquefois moins 
de danger qu'une solution de continuité, faite par la lame 
d'un sabre , qui ouvre largement les vaisseaux et permet 
facilement au sang , qui circule dans leur calibre , de s'é- 
pancher dans les cavités viscérales. La même observation 
s'applique aux lésions des gros vaisseaux par les armes 
à feu. 

La réunion immédiate de ces dernières blessures est 
excessivement difficile, à cause de l'escarre, qui doit être 
expulsée par la suppuration. Enfin , si les plaies par in- 
strument tranchant s'accompagnent rarement de solution 
de continuité aux os . celles par armes à feu en sont , au 
contraire, fort souvent suivies , et c'est là une des causes 
qui les rendent si dangereuses. 

Nous venons de voir qu'il n'existe presque pas de res- 
semblance entre la plaie par arme piquante et la plaie 
d'arme à feu ; qu'il n'en existe aucune entre cette der- 
nière et la plaie par arme tranchante. Nous allons être 
plus heureux dans notre comparaison avec la plaie con- 
tuse, et l'arrachement. 

Quand un corps contondant frappe perpendiculaire- 
ment la surface du corps , et qu'il n'est mu que par une 
force peu considérable , il ne laisse après lui aucune trace 
de son passage ; si la force qui le pousse est plus considé- 
rable , les vaisseaux sous- cutanés sont rompus , le sang 
s'épanche sous la peau, occupe une surface plus ou moins 
large , et constitue ce qu'on appelle une ecchymose. Mais 



— 60 — 

il arrive rarement qu'une contusion soit si faible , le plus 
souvent quand elle agit sur une large surface ; la peau est 
déchirée , forme des lambeaux inégaux et mâchés , les 
muscles sont lacérés et pendants à la surface de la plaie. 
Les extrémités des vaisseaux ouverts sont tordues sur 
elles-mêmes. L'hémorrhagie primitive est fort rare, mal- 
gré la largeur et la profondeur de la blessure ; les os sont 
comminués en un nombre plus ou moins considérable de 
fragments. Si ces désordres atteignent une des trois cavités 
splanchniques, la mort en est le résultat presque certain. 
S'ils portent leur action sur une extrémité , l'amputation 
est le seul moyen de salut offert au blessé. Quelquefois la 
cause contondante agissant obliquement et avec rapidité 
sur un membre , laisse la peau intacte et brise en mille 
fragments tous les organes sous-jacents. Quoique très 
dangereux, le cas est alors beaucoup moins grave que 
lorsque l'enveloppe cutanée est largement ouverte. Toutes 
les lésions dont je viens de parler ne se guérissent qu'a- 
près suppuration, ou par seconde intention. 

Les petits projectiles de guerre , et quelquefois les plus 
volumineux, donnent lieu à la suite de leur action sur le 
corps humain aux mêmes effets que nous venons de voir 
résulter de l'application des corps contondants. En effet, 
la balle à la fin de sa course , produit simplement une 
ecchymose ; dans le plein de sa force, elle contond tout ce 
qu'elle touche, fait sur nos parties des ouvertures d'entrée 
contuses, des ouvertures de sorties plus contuses encore 
et comme mâchées. Si elle touche un vaisseau , elle peut 
glisser à sa surface ou le briser en le contondant. Les ex- 
trémités de ce dernier se crispent, et il n'y a pas d'hé- 
morrhagie primitive. Si elle atteint un os, une articulation, 
elle les brise en un seul endroit, ou les réduit en une mul- 
titude d'esquilles. 



- (il — 

Veut-on avoir maintenant des lésions aussi graves , et 
de même nature que ces grandes plaies par arrachement, 
qui séparent des membres du tronc, ouvrent largement 
les articulations les plus vastes, et tout cela sans hémor- 
rhagîe primitive ; on n'a qu'à étudier les effets du boulet 
au plein de sa course, et on trouvera dans les auteurs une 
foule d'observations établissant l'identité de ces deux 
espèces de lésions, 

Nous allons maintenant, pour apercevoir d'un seul 
coup d'œil les rapports qui lient entre elles les différentes 
espèces de plaies que nous venons d'examiner , et les 
différences qui les caractérisent , les placer en regard les 
unes des autres dans trois petits tableaux synoptiques. Il 
nous sera ensuite beaucoup plus facile de tirer de justes 
conclusions de la discussion dans laquelle nous venons 
d'entrer. 



PLAIE PAR ARME PIQUANTE. 

1° Constituée ordinairement 
par un trajet long et sinueux. 

2° Offrant rarement une ou- 
verture d'entrée et une ouver- 
ture de sortie. 

3° Ayant des ouvertures d'en- 
trée et de sortie égales. 



4° Sans escarre dans son 
trajet. 

5° S'accompagnant rarement 
de fracture. 

6o Compliquée presque tou- 
jours de tétanos et d'étrangle- 
ment. 

7° N'offrant presque jamais 
d'hémorrhagie secondaire. 



PLAIE PAR ARME A FEU. 

1° Constituée le plus souvent 
par un trajet long et sinueux. 

2° Offrant presque toujours 
une ouverture d'entrée et une 
de sortie. 

3° Ayant des ouvertures d'en- 
trée et de sortie, qui offrent des 
caractères bien différents , et 
inégales. 

4° Avec une escarre dans son 
trajet. 

5° Compliquée très souvent 
de fracture. 

6° Compliquée presque tou- 
jours de tétanos et d'étrangle- 
ment. 

7° N'offrant presque jamais 
d'hémorrhagie primitive. 



— 62 



PLAIE PAR ARME TRANCHANTE. 

1° Elle est nette , rouge et 
vermeille. 

2° Elle s'accompagne pres- 
que toujours d'hémorrhagie 
primitive, qui est encore plus 
fréquente ici que dans les plaies 
d'armes piquantes. 

3° Quand on en affronte soi- 
gneusement les bords, ils se 
réunissent le plus souvent par 
première intention. 

4° Elle est rarement suivie 
de fracture. 



PLAIE PAR ARME CONTONDANTE. 

1° La plaie contuse légère 
produit simplement une ecchy- 
mose. 

2o La plaie contuse plus forte 
détruit plus ou moins les par- 
ties molles et produit des frac- 
tures. 

3° La contusion , porté au 
dernier degré, broie les tissus 
et les réduit en bouillie, qu'elle 
qu'en soit la densité. 

4° La plaie contuse s'accom- 
pagne rarement d'hémorrhagie 
primitive. 



PLAIE PAR ARME A FEU. 

l°Elle est déchirée, noirâtre 
et livide. 

2° Elle n'est presque jamais 
suivie d'hémorrhagie primi- 
tive. 



3° Elle ne se réunit presque 
jamais par première intention. 



4° Elle s'accompagne de frac- 
ture dans l'immense majorité 
des cas. 

PLAIE PAR ARME A FEU. 

1° La balle, à la fin de sa 
course, produit le même effet. 

2° La balle , au plein de 
sa course , produit les mêmes 
effets. 

3° Le boulet , au plein de sa 
course, en fait de même. 



4° L'hémorrhagie primitive 
manque presque toujours, à la 
suite des plaies d'armes à feu. 



Il est aisé de se convaincre par là de l'analogie im- 
mense, ou, pour mieux dire, de l'identité qui existe entre 
les plaies par armes à feu et les plaies contuses. Comme 
ces dernières, les plaies par armes à feu sont suivies de 
commotion, de stupeur, comme elles, elles n'offrent jamais 
d'hémorrhagie primitive, elles sont accompagnées de frac- 
tures comminutives , et ne se réunissent qu'après suppu- 
ration ; de telle sorte qu'on peut tirer de tout ce qui pré- 
cède les conclusions suivantes , touchant les caractères 
des plaies d'armes à feu. 



— 63 — • 

1° Elles sont le type de la plaie contuse. 

2° Elles offrent presque toujours une ouverture d'entrée 
plus petite que celle desortie, rarement une seule ouver- 
ture d'entrée. 

3° Elles sont recouvertes d'une escarre tout le long de 
leur trajet. 

4° Elles ne se réunissent qu'après suppuration. 

5° Elles sont compliquées fort souvent de fractures, de 
tétanos, d'étranglement, et de corps étrangers. 

6° Elles ne sont presque jamais suivies d'hémorrhagie 
primitive. 



— 64 — 
CHAPITRE SECOND. 

DES ACCIDENTS QUI COMPLIQUENT LES PLAIES d'aRMES A FEU 



Les principaux accidents pouvant aggraver par leur pré- 
sence les plaies d'armes à feu sont : La commotion. — La 
stupeur. — La douleur. — L'étranglement. — La présence 
de corps étrangers. — Le tétanos. — La pourriture d'hô- 
pital. — Les abcès viscéraux. — L'érysipèle et enfin l'hé- 
morrhagie que nous devons étudier, bien qu'elle ne se pré- 
sente que fort rarement ; et presque toujours d'une ma- 
nière secondaire. 

§ I er » — COMMOTION. 

On entend par commotion, l'engourdissement , la ces- 
sation de fonctions plus ou moins longtemps prolongée 
d'un ou de plusieurs organes, à la suite de l'application 
d'une cause contondante. La plaie d'arme à feu jouissant 
au plus haut degré de tous les caractères de la contusion, 
produit très souvent cette complication pouvant aller de- 
puis le simple engourdissement de nos organes , jusqu'à 
la cessation entière de leurs fonctions, qui peut amener la 
mort lorsqu'il s'agit d'un organe très important comme le 
cerveau. 

Il n'est personne qui n'ait ressenti plusieurs fois dans 
sa vie les effets d'une légère commotion. On sait, que 
lorsqu'on reçoit un coup de bâton , un coup de pierre 
sur la tête on éprouve des vertiges , des nausées , la 
vision est subitement troublée. On croit voir des étin- 
celles traverser l'espace , on chancelle , et si la com- 
motion a été violente, la chute de l'individu frappé en est 



— 65 — 

le résultat. Peu à peu cet état se dissipe, et les choses re- 
viennent à l'état normal, si la commotion a été plus vio- 
lente l'engourdissement persiste plus longtemps et peut 
être suivi d'une réaction plus ou moins dangereuse. 

Tous les organes, pouvant être indistinctement atteints 
par les projectiles de guerre sont susceptibles d'être com- 
motionnés, le cerveau, le foie, les membres, etc. On 
conçoit que la gravité de la commotion variera selon son 
degré, et ensuite selon l'importance physiologique de 
l'organe affecté. En traitant des plaies par armes à feu, 
dans les différentes régions du corps, nous y étudierons la 
commotion, ainsi que toutes les nuances particulières 
qu'elle peut offrir, 

§ II. — Stupeur. 

« On entend par stupeur, dit Dupuytren (leçons orales) 
un engourdissement ataxique, tantôt local , tantôt général 
qui accompagne la lésion, Fattrition avec ou sans enlève- 
ment d'une partie plus ou moins considérable par des 
corps contondants, des balles, des boulets, des obus, et 
autres projectiles de calibre et de vitesse variés. » 

La stupeur agit sur nos organes en les privant de leur- 
sensibilité et permet même d'y pratiquer des opérations 
graves , sans que le blessé paraisse en être le moins du 
monde incommodé, il n'est pas un chirurgien qui ne con- 
naisse la réponse du cheveau Léger (cité par Quesnay) , à 
qui Ton proposait l'amputation d'un de ses membres. J'ai 
vu , pour ma part, un homme qui avait fait une chute d'un 
lieu très élevé, à la suite de laquelle il était porteur d'une 
fracture comminutive de la jambe gauche , être atteint 
d'une stupeur si profonde, qu'il se laissa transporter sans 
dire le moindre mot dans le local ou nous devions lui pra- 
tiquer l'amputation de son membre. 11 nous supplia seu- 



— 66 — 

leracnt lorsqu'il sentit le tranchant du couteau s'enfoncer 
dans ses chairs, il nous supplia, dis-jc, de vouloir bien 
ne pas lui chatouiller la jambe. Ce fait prouve jusqu'à quel 
point peut aller la perversion delà sensibilité ou son anéan- 
tissement dans les cas de stupeur. On dirait, que dans ces 
moments, l'existence de l'homme est purement végétative,; 
La stupeur offre deux périodes, celle d'anéantissement, 
et celle de réaction, dans la première qui suit immédiate- 
ment la blessure, la peau est froide, le pouls petit, con- 
centré, la partie blessée est livide, insensible, la bouche 
est béante, le regard fixe et hébété, a quelque chose du 
regard typhoïde. La plaie fournit peu de sang, il ne s'en 
échappe que des liquides brunâtres et ordinairement peu 
abondants II faut clans cette période tacher d'amener la 
réaction, qu'on doit modérer quand une fois elle est arri- 
vée, sans cela le pouls se relève, devient fort, fréquent, 
le membre ou la partie blessée sont bientôt le siège d'un 
gonflement considérable, lequel, si on n'y prend pas garde 
se termine rapidement par la gangrène qui fait périr très 
promptement le blessé. On remarque dans ces cas que la 
putréfaction survient très promptement après la mort , on 
dirait comme le fait fort judicieusement observer Dupuy- 
tren, que dans la stupeur il y a atteinteportée au principe de 
la vie. Du reste dans tous les cas de plaies d'armes à feu 
s' accompagnant de stupeur, et nécessitant l'amputation 
je crois qu'il est prudent de se débarrasser de la partie 
blessée avant que la réaction n'arrive; l'opération est alors 
moins douloureuse pour le blessé , et la réaction qui la 
suit , se confondant avec celle qui devait suivre la stupeur 
n'en est pas plus dangereuse pour cela, c'est là du reste une 
question que nous examinerons plus en détail quand nous 
traiterons de l'amputation en particulier. 



— 67 — 

§ III. — DOULEUR. 

La douleur qu'on éprouve à la suite d'une plaie d'arme 
à feu constitue rarement une fâcheuse complication 
capable de produire de graves accidents, je ne l'ai men- 
tionnée ici que pour pouvoir entrer dans quelques détails 
sur sa nature intime, c'est-à-dire sur l'espèce de sensation 
qu'elle fait éprouver au blessé. On peut l'étudier en deux 
temps différents : î ° au moment même de la blessure ; 
2° quelque temps après l'accident lorque la stupeur ou la 
commotion sont dissipées, et quand arrive la réaction, 
J'appellerai la première douleur primitive , et la seconde , 
douleur de réaction. 

L'expérience prouve chaque jour, sur le champ de ba- 
taille, qu'il est des individus qui au fort d'une action, alors 
que l'excitation est chez eux au plus haut degré, peuvent 
recevoir des coups de feu traversant les parties molles 
sans toucher au système osseux , sans le sentir le moins 
du monde, et ce qui le prouve, c'est qu'il continuent à 
combattre pendant un temps plus ou moins long, au bout 
duquel ils s'apperçoivent de leur blessure par le sang qui 
s'en échappe , ou sur l'avertissement d'un de leurs ca- 
marades . 

D'autres fois quand le coup de feu produit des lésions 
au système osseux, le soldat est averti de sa blessure par 
une sensation d'engourdissement profond, analogue à celle 
qu'il éprouverait s'il recevait un coup de poing appliqué 
par une main vigoureuse, ou un violent coup de bâton, 
sensation qui varie selon la grosseur du projectile. C'est 
du reste à ce terme de comparaison que s'arrêtent presque 
tous les soldats auxquels on demande ce qu'ils ont éprouvé 
au moment de leur blessure. lime semble, répondent-ils 
avoir reçu un grand coup de bâton, un violent coup de poing. 



~ 68 — 

Je terminerai ce qui a rapport à la douleur primitive 
pour la citation d'un passage extrait de Ledran (réflexions 
tirées de la pratique des plaies d'armes à feu) qui concorde 
parfaitement avec tout ce que je viens de faire. «La dou- 
leur, dit l'auteur que je cite, qui se fait sentir à l'instant 
même qu'un homme est blessé par un arme à feu, suppo- 
sant la plaie, la plus grande comme serait celle d'une 
cuisse emportée, cette douleur, dis-je, n'est point aiguë, 
et presque toujours le malade ne ressent qu'une douleur 
gravative dans tout le membre comme si quelque fardeau 
considérable fut tombé dessus , ou que quelque corps 
ayant beaucoup de masse l'eut frappé sans faire de plaie 
(pag. 19).» 

La douleur de réaction varie selon la gravité des lésions 
produites par le projectile, et selon la plus ou moins 
grande sensibilité de l'organe blessé. Il est aisé de com- 
prendre qu'un blessé dont une balle a brisé un os en un 
grand nombre d'esquilles lesquelles au moindre mouve - 
ment s'enfoncent dans les tissus environnants, doit éprou- 
ver des douleurs infiniment plus vives que celui chez qui 
la balle n'aura déterminé qu'un simple séton à travers la 
fesse par exemple. Dans le premier cas, si on ne s'em- 
presse de débarrasser la blessure des corps 'étrangers 
piquants qu'elle contient, les douleurs continueront, et 
pourront devenir excessives et constantes au point de 
déterminer le tétanos. 

Les douleurs de réaction sont aussi très violentes dans 
les organes dont la structure est dense et serrée comme 
l'œil. Dans les membres entourés de fortes aponévroses 
d'enveloppe qui , en comprimant les parties sous-jacentes, 
s'opposent à leur gonflement et donnent lieu à un accident 
très grave que nous allons étudier en peu d'instants, l'é- 
tranglement. Enfin, les douleurs qui résultent des déchi- 



— 69 — 

rures incomplètes, des mâchurcs de filets nerveux consi- 
dérables sont quelquefois intolérables, surtout lorsque le 
projectile reste en contact avec la substance nerveuse, on 
voit assez souvent en pareil cas survenir le tétanos. Ainsi : 
un sous-officier du 2 e du génie fut blessé à la hanche d'une 
balle qui pénétra dans le bassin. Dix- neuf jours après, 
invasion du tétanos , combattu en vain par l'opium à 
haute dose (121 grains en 25 jours). Il succomba avec 
toute sa connaissance trois mois après, et repondit à un de 
ses amis qui vint lui annoncer qu'il était décoré, « encore 
un accès et ce sera fini. » La balle fut trouvée près du bord 
externe du psoas comprimant la racine du nerf cru rai four- 
nie par les deuxième et troisième nerfs lombaires, il y 
avait aussi fracture de l'os coxal (M, Baudens). 

§ IV. ÉTRANGLEMENT. 

L'étranglement constitue un des accidents les plus fré- 
quents, et les plus redoutables des plaies d'armes à feu. 
Il consiste dans une gène une constriction exercée par les 
tissus serrés aponévrotiques sur les tissus sous-jacents, 
constriction qui les empêche mécaniquement de se gonfler 
lorsqu'arrive l'inflammation qui suit presque nécessaire- 
ment toute la plaie d'arme à feu , et produit si on n'y 
remédie à temps par des incisions convenables, une foule 
d'accidents comme , abcès profonds, fusées purulentes, 
gangrène, etc. 

Lorsqu'une plaie d'arme à feu suit une marche bénigne, 
qu'elle n'a pas son siège dans des parties serrées et apo- 
névrotiques comme la cuisse, un gonflement modéré s'y 
déclare au bout d'un temps variable quelque fois de suite 
après l'accident, d'autres fois 24, 36 ou 48 heures après. 
Peu à peu la suppuration s'établit tout le long du trajet 
creusé par la balle, l'escarre qui le tapisse, en est déta- 



— 70 — 

chée et éliminée par cette suppuration. Ses parois se rap- 
prochent, contractent des adhérences salutaires et au bout 
de très peu de temps la guérison peut être parfaite. 

Mais les choses ne se passent pas toujours, aussi heu- 
reusement, quand la balle a traversé la cuisse par exem- 
ple, il arrive dans quelques cas qui ne sont que trop fré- 
quents, qu'au bout d'un temps indéterminé (24 h. 2 jours 
et quelque fois plus), le malade éprouve dans le membre 
blessé une tension considérable, la partie augmente de vo- 
lume, est dure, tendue, rénittente, le trajet de la balle est 
presque totalement oblitéré par le rapprochement de ses 
parois; c'est qu'alors les parties sous-jacentes à l'aponé- 
vrose d'enveloppe font effort contre elle pour se gonfler, 
irritées et contuses qu'elles ont été par le passage du pro- 
jectile et souvent par des corps étrangers demeurés dans 
la plaie comme des esquilles , des portions de vêtement 
du blessé, etc. Dans cette circonstance, il faut à tout prix 
donner aux tissus sous-aponévrotiques la liberté de se dé- 
velopper à leur aise par des débridements largement pra- 
tiqués, sans cela, la maladie suit un marche rapidement 
funeste. 

Si on débride, tous les symptômes cessent comme par 
enchantement, la fièvre diminue, le gonflement marche à 
son aise, les corps étrangers peuvent être extraits avec fa- 
cilité, s'il y a en a dans la plaie. La suppuration a la liberté 
de s'écouler au dehors, enfin la blessure de très compli- 
quée qu'elle était, est ramenée de suite à de très bonnes 
conditions. 

Si au contraire, on ne débride pas à temps, et malheu- 
reusement dans quelques cas on n'en a pas l'occasion, 
quand par exemple , les blessés ne sont visités que deux 
ou trois jours après l'application de l'appareil placé sur 
le champ de bataille, alors, dis-je, la fièvre s'allume, la 



— 71 — 

soif est intense, les douleurs deviennent atroces et privent 
le malade de repos, (il est peu de personnes qui ne con- 
naissent les souffrances atroces que fait éprouver l'étran- 
glement qui a lieu dans le panaris, qu'on se figure main^ 
tenant celles que doit faire éprouver cet accident, lorsqu'il 
siège sur un membre entouré d'aponévroses fortes et résis- 
tantes comme celles de la cuisse.) La suppuration s'établit 
avec abondance et ne pouvant trouver une route facile 
pour s'échapper au dehors, fuse au loin le long des mus- 
cles qu'elle décole , et forme dans l'intérieur du membre 
des clapiers considérables , le débridement effectué à ce 
point de la maladie est déjà trop tardif, il donne bien il est 
vrai , écoulement au pus , mais les foyers et les décol- 
lements une fois établis, et mis en contact avec l'air ath- 
mosphérique deviennent pour le blessé une cause d'affai- 
sement, de marasme, et dans quelques cas, d'infection 
purulente. Alors, le pouls devient petit, filiforme, la sup- 
puration est abondante et fétide, la maigreur va tous les 
jours en augmentant, la peau devient sèche, terreuse; 
enfin la diarrhée colliquative arrive et termine ordinaire- 
ment la scène. D'autrefois, quand on ne débride pas à 
temps, et que la blessure contient des corps étrangers pi- 
quants et par conséquent très irritants, le gonflement peut 
marcher si vite qu'il amènera la gangrène du membre au 
bout d'un temps très court. 

L'étranglement varie de gravité selon l'importance phy- 
siologique, et la structure des organes où il se développe. 
Ainsi, il est naturellement plus bénin dans les membres 
peu volumineux que dans les membres volumineux, dans 
les tissus lâches que dans les tissus fibreux , et aponévro- 
tiques. D'autres fois il tire sa gravité de certaines parti- 
cularités anatomiques , qui doublent les dangers qu'il fait 
courir au malade. Ainsi l'étranglement sous péricranien 



— 72 — 

n'est pas seulement dangereux parce qu'il occasionne de 
la douleur, de la tension et des décollements, mais bien 
surtout parce qu'il peut très promptement communiquer 
au cerveau une inflammation ordinairement funeste. 

Il est aisé, d'après tout ce que nous venons de dire, de 
diagnostiquer l'étranglement , et de comprendre que le 
pronostic qu'on doit en porter est toujours très grave. 
Nous verrons plus bas , à l'article Traitement, quelles sont 
les indications à diriger contre cette grave et fréquente 
complication des plaies d'armes a feu. 

§ Y. — • CORPS ÉTRANGERS. 

La présence des corps étrangers dans la plaie est la 
complication la plus habituelle des coups de feu. Ces 
corps étrangers peuvent venir du dehors, ou appartenir à 
notre propre organisation. C'est sur cette distinction 'que 
je me fonderai pour établir la division suivante , qui me 
paraît la plus rationnelle. Ils peuvent donc se diviser en 
corps étrangers inorganiques, et en corps étrangers orga- 
niques. Les premiers partent de l'arme et sont : le projec- 
tile ou ses fragments , les diverses parties qui composent 
la charge , telles que étoupe , bourre , fragments de cap- 
sule f ou bien encore les fragments d'une arme éclatée. 
Ces corps pénètrent quelquefois seuls dans nos tissus, 
d'autres fois ils y entraînent des corps étrangers qu'ils 
rencontrent dans leur course, ou qui composent une 
partie des vêtements du blessé ou s'y trouvent enfermés, 
comme des fragments de drap, des boutons, des pièces de 
monnaie , des tire-balles , des portions d'armes, des pier- 
res , des morceaux de bois ; ceux-ci ne pénétrant dans nos 
tissus que secondairement , c'est-à-dire en vertu de l'im- 
pulsion que leur communique le projectile , je les appel- 



— 73 — 

lerai corps étrangers inorganiques secondaires , tandis que je 
donnerai aux premiers le nom d'inorganiques primitifs. 

La môme division peut parfaitement s'appliquer aux 
corps étrangers organiques. J'appellerai organiques primi- 
tifs ceux que le projectile produit au moment de son ac- 
tion sur nos tissus, comme l'escarre, les esquilles, l'épan- 
chement, résultat de l'ouverture d'un vaisseau , les poils 
que la balle peut pousser au devant d'elle. Tandis que je 
donnerai le nom de corps organiques secondaires à ceux qui 
se forment plus tard , comme les portions d'os nécrosés. 
Les épanchements sanguins secondaires , les purulents 
succédant à un état inflammatoire pneumonique ou pieu- 
rétique. Quelquefois, enfin, il arrive que les plaies d'ar- 
mes à feu sont compliquées dans le cours de leur traite- 
ment de la présence de corps organisés vivants , mais 
n'appartenant pas à l'organisation humaine, je veux parler 
des vers qui, dans les pays chauds surtout, pullulent dans 
certains cas à la surface des plaies, où siègent d'abon- 
dantes et fétides suppurations, ou qui sont recouvertes de 
larges escarres.... Le tableau synoptique suivant permet- 
tra d'embrasser d'un coup-d'ceil rapide la division que je 
viens d'établir. 



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LES CORPS ÉTRANGERS SE DIvisENT EN 



Toutes les fois qu'une plaie d'arme à feu présente deux 
orifices, l'un d'entrée, l'autre de sortie, il est probable que 
le projectile n'est plus dans les tissus; je dis il est proba- 
ble, car il peut se faire que l'arme contînt plusieurs bal- 
les, ou bien qu'une balle unique se soit brisée contre un 
os et ne soit sortie qu'au tiers ou qu'à moitié. D'un autre 
côté, quand la plaie ne traverse pas le membre de part en 
part, on doit craindre que le projectile soit demeuré au 
milieu des tissus , quoiqu'il puisse se faire qu'il en soit 
sorti, nous verrons comment tout à l'heure, en parlant du 
mode d'action des projectiles sur les vêtements du blessé. 
11 est pourtant des auteurs qui donnent cette circonstance 



— 75 — 

de la présence d'une seule ouverture comme signe infailli- 
ble de la présence de la balle au milieu des tissus ; ainsi 
Ledran dit (dans ses Réflexions tirées de la pratique des plaies 
d'armes à feu , p. 29) : « .... Si la balle qui fait la plaie ne 
perce pas le membre de part en part, il faut nécessairement 
qu'elle y reste , soit dans les chairs , soit entre les pièces 
d'os, si elle en brise quelqu'un.... » C'est là une opinion 
que des faits bien avérés démentent. 

Si la balle n'est pas extraite et qu'elle soit logée au mi- 
lieu des parties musculaires, elle y produit peu d'accidents 
et finit par être renfermée dans un kyste isolateur qui la 
sépare entièrement des parties environnantes ; souvent 
aussi, elle voyage et vient, au bout de quelque années ou 
d'un temps plus court, se présenter à un point de la sur- 
face du corps , dans certains cas fort éloigné de celui par 
où elle y a pénétré. Ainsi , on trouve à la page 118 du 
Manuel du chirurgien a" armée , de Percy, l'histoire du sieur 
Janin, ancien bas officier aux gardes suisses , qui reçut à 
la bataille de Fontenoy une balle à côté du cartilage thy- 
roïde. On n'osa en faire la recherche, et seize jours après, 
elle sortit par les selles. En arrivant au cou , cette balle 
avait percé l'œsophage , et de là avait parcouru toute 
l'étendue du tube alimentaire. 

D'autres fois, quand la balle est logée dans une cavité 
splanchnique ou dans un viscère, elle y produit jdes trou- 
bles fonctionnels très graves, quelquefois au contraire elle 
est tout à fait innocente. Les auteurs sont remplis d'obser- 
vations remarquables de corps étrangers demeurés dans 
le crâne, la poitrine , l'abdomen; nous ne citerons ici que 
quelques-unes des plus remarquables, nous réservant d'y 
revenir plus haut, et de les examiner plus en détail quand 
il s'agira des plaies d'armes à feu dans les différentes ré- 
gions du corps : ainsi , d'après Percy, un seigneur, dont 



— 76 — 

l'amitié lui était chère, jouissait encore d'une parfaite 
santé en 1792, quoiqu'il eut expectoré plusieurs postes 
et jusqu'à des étoupes qui avaient servi à bourrer le fusil, 
dont il avait reçu le coup dix ans auparavant [Manuel du 
chirurgie d'armée, p. 125). 

D'après le même auteur, Manget et Diemerbrock au- 
raient connu chacun une femme qui portait dans la poi- 
trine une balle , qui y roulait aux moindres mouvements 
(pag. 126). 

M. Malle cite le cas d'une balle qui resta logée plusieurs 
années dans le crâne sur la glande pinéale ; et celui d'un 
officier blessé à Wagram , lequel est parvenu à un âge 
fort avancé, et chez qui on a trouvé une balle dans le lobe 
gauche du cervelet (Compte-rendu de la clinique de Stras- 
bourg) . 

M. Baudens connait un militaire, blessé à Waterloo, qui 
a gardé pendant plusieurs années une balle logée dans les 
sinus frontaux , sans que la lame interne fut brisée; au- 
jourd'hui , le projectile est arrivé à la région moyenne et 
latérale du cou (Clinique des plaies ctarmes à feu, p. 79). 

Voilà pour les cavités splanchniques ; il nous sera 
maintenant aussi facile de trouver des cas remarquables 
pour les membres ; par exemple celui qui est rapporté par 
Percy, qu'on ne saurait trop citer quand il s'agit de corps 
étrangers, d'un vieux carabinier qui portait une balle 
depuis vingt-cinq ans au milieu du tibia , elle servait de 
noyau à une exostose; et celui de Formey, dans lequel il 
s'agit d'une balle qui resta sept ans dans le calcaneum 
d'un soldat ; elle y entretint, il est vrai , pendant tout ce 
temps un ulcère assez malin. 

Les balles et les autres corps étrangers remplissent 
quelquefois dans nos parties un but salutaire , au lieu de 
causer des accidents. Ainsi, ditLedran (ouvrage déjà cité, 



— W — 

p. 239), « on a vu des éclats tic bombe, de grenade arrêtés 
dans la cuisse sur la crurale ouverte , et ce corps , d'ac- 
cord avec un caillot , arrêter le sang de l'artère, par son 
séjour et par sa masse qui y faisait compression. » On 
conçoit que, dans un pareil cas, il faut bien se garder 
d'extraire le corps étranger avant d'avoir préalablement 
remédié à l'hémorrhagie soit par la compression , soit par 
la ligature. 

En pénétrant dans nos tissus, les balles changent quel- 
quefois de forme, s'applalissent, se réduisent en lames, en 
lingots plus ou moins minces, comme dans le cas cité par 
Percy, où une balle, tirée sur le crâne d'un cadavre, avait 
forjeté la table interne de l'os et la tapissait comme d'une 
feuille de fer blanc (Manuel du chirurgien d'armée, p. 103). 

Les éclats d'obus , de grenades , de bombes, d'armes à 
feu portatives éclatées, peuvent , tout aussi bien que les 
balles, demeurer engagés dans nos organes. Ils y produi- 
sent des effets beaucoup plus meurtriers que ces derniè- 
res , a cause des pointes et des inégalités dont ils sont 
garnis, inégalités qui piquent, dilacèrent les tissus, et pré- 
disposent davantage au gonflement, à l'étranglement et 
au tétanos. 

Ces fragments anguleux peuvent avoir, dans certains 
cas , un volume considérable. Ainsi, Ravaton parle d'une 
portion d'anse de bombe , pesant près de trois livres , et 
engagée depuis deux mois entre le tibia et le péroné. On 
travailla , dit-il , à l'extraction de ce projectile pendant 
près d'une heure, tirant de tous côtés et avec toutes sortes 
d'instruments. 

Enfin, les auteurs citent des observations de boulets 
entiers demeurés au sein des organes, et dont la présence 
a pu même être ignorée pendant un certain temps. 

Quand une balle frappe sur les vêtements , sur les buf- 



— 78 — 

fîetterics d'un soldat, ou bien elle en emporte une ron- 
delle plus ou moins large qu'elle chasse au devant d'elle , 
ou bien les vêtements étant d'un tissu élastique , comme 
celui du calçon, de la chemise, cèdent sans se rompre, et 
s' enfonçant en doigt de gant avec la balle au milieu des 
chairs, empêchent le projectile de s'y perdre. Il arrive assez 
souvent , dans ce cas , que la plaie n'a qu'une ouverture , 
et qu'on cherche en vain le corps étranger dans son tra- 
jet. Celui-ci s'échappe du doigt de gant qui le contient , à 
l'instant où le blessé quitte sa chemise , son caleçon pour 
permettre au chirurgien d'examiner sa blessure. Cette 
circonstance importante impose à ce dernier l'obligation 
de visiter scrupuleusement les vêtements d'un homme qui 
vient de recevoir un coup de feu, surtout lorsque la bles- 
sure n'a qu'une seule ouverture ; il peut arriver par ce 
moyen à la persuasion que le corps étranger n'est plus 
dans la plaie , et épargner au blessé des recherches lon- 
gues et douloureuses. 

Les boutons, les pièces de monnaies d'un petit volume 
pénètrent souvent avec la balle au sein des organes, tan- 
dis que les pièces de monnaie d'un plus gros volume 
comme, par exemple, un écu de cent sous, peuvent dans 
certains cas en amortir l'action (j'en ai cité un cas remar- 
marquable au commencement de mon travail). Les pierres, 
les portions d'armes , les fragments de bois détachés par 
les projectiles , surtout ceux d'un gros volume , comme le 
boulet , sont doués d'une force d'impulsion suffisante pour 
produire des blessures excessivement dangereuses. Quel- 
ques observations, prises dans des auteurs recommanda- 
bles en matière de plaies d'armes à feu, vont infirmer les 
faits précédents , et nous empêcheront d'entrer dans de 
plus amples détails au sujet de ces corps inorganiques se- 
condaires. 



— 79 — 

Commençons par les corps étrangers de petit volume : 
M. Baudens parle, clans sa C Unique des plaies d'armes à feu, 
d'un soldat qui éprouva une fonte purulente du cristallin, 
déterminée par la présence d'une petite pierre chassée 
par l'explosion du fort de l'empereur (p. 164). 

M. Laroche {Relation chirurgicale des événements de 
Lyon 1835) cite le cas d'un factionnaire placé dans une 
guérite, traversée par un boulet, et qui eut la cornée 
transparente ouverte par un éclat de bois qui s'y fixa 
(p. 54). Le même M. Laroche parle d'un de ses parents 
qui avait clans sa poche vingt napoléons qui , rencontrés 
par une balle , pénétrèrent dans la cavité abdominale et 
furent tous plus ou moins déformés. 

On peut lire, clans les leçons orales de Dupuytren, une 
observation tirée du Journal général de médecine, tome 35, 
page 387. Elle se rapporte à un soldat, nommé Mal va, qui 
fut blessé en Pologne par une baïonnette démontée du fu- 
sil qui la portait , et lancée par un boulet. Elle eut assez 
de force pour pénétrer à la tempe droite, traverser la face 
et sortir cle cinq pouces au dehors par le sinus maxillaire, 
du côté opposé; elle avait pénétré jusqu'à la douille à 
l'ouverture d'entrée. 

Les corps , même de peu cle volume , lancés par les 
boulets ont souvent assez de force pour produire des blés 
sures graves , quand ils arrivent à la surface de notre 
corps. Ainsi, un chirurgien de marine de mes amis, qui a 
assisté à plusieurs affaires navales , m'a souvent parlé 
cVun matelot qui fut renversé raicie mort par un boulet 
qui l'atteignit à l'hypochondre droit. Ce malheureux avait 
deux sous dans sa poche, et le boulet lança si fort dans 
l'espace une de ces pièces de monnaie, qu'elle fut à dix 
pas s'enfoncer de trois pouces clans une pièce de bois ex- 
cessivement dure ; si cette pièce de monnaie eût touché 



— 80 — 

un soldat , elle lui aurait fait assurément une blessure 
excessivement grave. 

C'est principalement dans les affaires navales qu'on 
peut observer de grandes lésions traumatiques produites 
par des éclats de bois détachés de la mâture ou de toute 
autre partie du navire. Ainsi, le même chirurgien de ma- 
rine que j'ai cité me racontait avoir soigné un matelot à 
qui un fragment de bois détaché du grand mat avait frac- 
turé l'occipital , dont un fragment considérable était en- 
levé et laissait à nu le cerveau lacéré. Cet homme fut très 
longtemps malade. La suppuration du cerveau fut très 
abondante. Enfin, la guérison arriva; mais le malheureux 
blessé perdit entièrement la vue et conserva un penchant 
extraordinaire pour la masturbation , à laquelle il se li- 
vrait presque sans relâche. Nous pourrions multiplier à 
l'infini le nombre des observations intéressantes; mais 
cela nous mènerait trop loin. Il est temps maintenant de 
dire un mot des corps étrangers organiques. 

Les esquilles sont produites par le projectile au moment 
de l'accident. Elles se divisent en primitives, secondaires, 
tertiaires, comme nous l'avons vu plus haut, sont plus ou 
moins nombreuses et réclament impérieusement l'indica- 
tion de l'extraction ; sans cela, elles retardent considéra- 
blement la cicatrisation, et, en second lieu, peuvent pro- 
duire des accidents très graves. Ainsi, au crâne, elles 
peuvent donner lieu aux phénomènes de la compression, 
et plus tard à ceux de l'encéphalite , en s'enfonçant dans 
la substance cérébrale, A la poitrine, elles peuvent déter- 
miner des hémorrhagies et des pleuro-pneumonies très 
graves, en perforant la plèvre et s'enfonçant dans le pa- 
renchyme pulmonaire. Dans les plaies des membres, elles 
piquent, irritent les muscles , augmentent les chances 
d'étranglement et peuvent même déterminer une hémor- 



— 81 — 

rhagieinquiétan te, en érodant avec leurs pointesun vaisseau 
artériel ou veineux avec lequel elles seraient en contact. 

Les épanchements sanguins peuvent occasioner aussi 
des accidents très graves , en déterminant des phénomè- 
nes de compression mécanique sur les organes avec les- 
quels ils sont en contact. Le sang épanché à la surface du 
cerveau produit une paralysie plus ou moins complète ; 
celui qui est dans les plèvres anéantit l'action du poumon 
et produit une dsypnée ordinairement très forte. Indépen- 
damment de ce mode d'action, ce corps étranger agit en- 
core sur l'organisme par la perte de forces qu'il lui fait 
éprouver en cessant de circuler dans les vaisseaux à l'ins- 
tant où il s'épanche. 

Enfin, les poils entraînés dans une plaie en retardent la 
cicatrisation , étant une source continuelle d'irritation 
d'autant plus perfide que , le plus souvent, on ne soup- 
çonne pas même son existence. Ainsi, M. Laroche, que j'ai 
déjà cité, parle d'un cas de plaie d'arme à feu où la balle, 
entrée par le pubis, avait entraîné des poils qui entrete- 
naient une abondante suppuration, à laquelle leur extrac- 
tion mit subitement un terme. 

Les portions d'os nécrosés, les séquestres sont tout au- 
tant de causes qui s'opposent pendant un temps plus ou 
moins long à la cicatrisation des plaies d'armes à feu. Si 
la nécrose ne s'étend qu'à une seule lame d'un os plat 
comme ceux du crâne , la guérison peut avoir lieu en peu 
de temps ; mais si elle comprend toute l'épaisseur d'un 
os considérable, comme le tibia, le fémur, la guérison, 
lorsqu'elle arrive, se fait quelquefois atttendre pendant 
plusieurs années. 

Les épanchements sanguins secondaires ne diffèrent des 
primitifs, dont nous avons déjà parlé, que par l'époque 
plus reculée à laquelle ils surviennent. Nous n'avons donc 



— Sa- 
pas à y insister davantage ici. Quant aux épanchements 
purulents qui se forment quelquefois dans les cavités vis- 
cérales, nous nous en occuperons spécialement en décri- 
vant les lésions de chacune de ces cavités en particulier. 
Les vers qui surviennent quelquefois à la surface des 
plaies d'armes à feu ont été considérés comme hôtes dé- 
goûtants par certains chirurgiens, et comme hôtes utiles 
par d'autres, parce que, disent ces derniers, ces animaux 
détruisent les escarres et toutes les parties putréfiées de 
la plaie, sans attaquer les parties vivantes. Pour moi, je 
ferai tous mes efforts pour détruire ces animaux toutes les 
fois que j'en rencontrerai clans un appareil ou a la surface 
d'une plaie, car je crois que leur présence doit agir d'une 
manière fâcheuse sur le moral du blessé. 

§ VI. Tétanos. 

Le tétanos est une de ces terribles maladies qu'on dé- 
crit beaucoup mieux qu'on ne les définit ; aussi , presque 
tous les auteurs qui s'en sont occupés en ont donné des 
définitions différentes, ce qui ne fait qu'embarrasser, 
qu'entraver la marche de la science, au lieu de la favori- 
ser. La définition de M. Bégin est celle que j'adopte 
comme fixant le mieux l'attention du chirurgien sur l'al- 
tération de la moelle épinière, dont la lésion paraît être la 
source des phénomènes graves qu'on observe dans cette 
cruelle maladie. M. Bégin définit le tétanos « une irritation 
inflammatoire delà moelle épinière, déterminant la rigidité, 
la contraction convulsive et permanente d'une partie ou 
de la totalité des muscles soumis à l'empire delà volonté. » 
Les blessures par armes à feu compliquées de larges 
lacérations aux parties molles, celles qui sont accompa- 
gnées delà présence d'esquilles pointues, dedéchirure in- 



— 83 — 

complète de filets nerveux, donnent lieu, tout aussi bien 
que les plaies par armes piquantes, à l'invasion du téta- 
nos. Le développement de cette affection est encore aidé 
par l'influence des causes morales; ainsi, les auteurs sont 
remplis d'exemples dans lesquels le tétanos s'est déclaré 
après une visite désagréable faite à un blessé, à la suite 
d'une émotion vive produite par la peur, la colère ou tout 
autre sentiment poussé jusqu'à l'exaltation. 

Le tétanos se déclare de préférence sous l'influence 
d'une température froide et humide, chez les blessés qui 
sont obligés de voyager la nuit et de stationner le jour 
dans des lieux malsains , circonstances qu'on rencontre 
malheureusement à chaque instant en campagne. Ainsi, le 
baron Larrey rapporte qu'à la révolte du Caire, en 1798, 
les blessés furent placés dans l'hôpital de Birket-el-Fyl, 
dont les murs étaient baignés trois mois de l'année par 
l'eau du Nil , qui les entoure; sept d'entre eux furent 
pris du tétanos et moururent en très peu de temps. Le 
même auteur rapporte qu'au combat d'El-Àrich , les bles- 
sés furent placés sous des tentes, sur un terrain humide, 
exposés aux pluies qui tombèrent en abondance, et furent 
frappés de tétanos, qui se manifesta dans tous ses genres 
et se termina chez tous par la mort, du cinquième au sep- 
tième jour. 

Je trouve enfin dans les annales de notre guerre afri- 
caine des faits qui méritent d'être signalés comme démon- 
trant aussi très bien l'influence de la température humide 
sur la production du tétanos. M. Hutin dit, par exemple, 
dans sa Relation chirurgicale de l'expédition de Constantine 
en 1836 : « Le tétanos se déclare lorsque des changements 
surviennent subitement dans la température atmosphéri- 
que. Cette remarque a été faite depuis longtemps, et nous 
l'avons vérifiée à Bone. Dix militaires en ont été atteints à 



— 84 — 

la suite de blessures différentes reçues dans l'expédition. 
Chez tous, ce fut à la suite d'un changement de tempéra- 
ture : pendant les premiers jours qui suivirent notre arri- 
vée à Bone, le ciel était pur et le temps chaud. Aux pre- 
mières pluies, six blessés moururent tétaniques , et après 
quelques beaux jours, les mauvais temps développèrent 
la maladie chez les quatre autres (page 194). » 

M. Baudens dit (dans sa Clinique des plaies d'armes à 
feu) qu'à l'expédition du maréchal Clauzel contre lebey de 
Tiltery, quarante hommes des moins grièvement atteints 
avaient été placés dans une galerie de rez-de-chaussée si- 
tuée au nord et fermée par de simples rideaux en toile, 
sous l'empire d'une température froide et humide du mois 
de décembre , pendant lequel régnait le vent nord- ouest. 
Quinze cas variés de tétanos , dont douze ont été suivis de 
mort, apparurent au bout de trois ou quatre jours. On fit 
immédiatement transporter les autres blessés dans des 
chambres bien closes , et le tétanos ne se montra plus 
(page 63). » 

Le tétanos, d'après Dupuytren, peut procéder de deux 
manières différentes : ou de la partie blessée, ou de toute 
autre partie du corps. Quand il procède de la partie bles- 
sée , il s'annonce par un sentiment de roideur qui aug- 
mente de moment en moment, et rend de plus en plus dif- 
ficiles les mouvements de cette partie. [Leçons orales , 
p. 400, t. 6.) 

M. Bégin trace, dans son Traité de pathologie, un tableau 
frappant de vérité des symptômes qui, dans certains cas, 
précèdent l'apparition du tétanos : « 11 est assez commun, 
dit-il, de voir le malade devenir triste, morose, frappé de 
terreur soudaine, inexplicable , perdre l'appétit et le som- 
meil, avoir la bouche amère, la langue saburrale, éprou- 
ver de la céphalalgie, puis des bâillements , des mouve- 



mm 85 ~ 

mcnts convulsifs dans les mâchoires , le cou, les muscles 
de la déglutition, et ces accès se montrer de plus en plus 
fréquents et durables, jusqu'à l'invasion définitive de la 
maladie. » 

Quand une fois le tétanos s'est définitivement emparé du 
blessé, les symptômes deviennent à chaque instant plus 
alarmants. Les muscles de la déglutition commencent or- 
dinairement par être spasmodiquement affectés. La fonc- 
tion à l'accomplissement de laquelle ils concourent est 
gênée, quelquefois abolie, de là, le mai se propage aux 
muscles élévateurs de la mâchoire inférieure, (masseters, 
temporaux, pterygoïcliens) celle-ci est fortement serrée 
contre la supérieure, au point qu'il est quelquefois impos- 
sible d'écarter l'une de l'autre les arcades dentaires, alors, 
si le malade est porteur de toutes ses dents, on ne trouve 
pas la moindre voie par laquelle on puisse lui faire avaler 
la moindre quantité de boissons, et on est obligé de se 
créer cette voie en cassant une ou plusieurs dents. La 
roideur, passe ensuite au cou, puis au tronc, puis enfin 
aux membres supérieurs et inférieurs. 

Selon que la contraction tétanique des muscles agit de 
manière à courber le tronc en avant, en arrière ou sur les 
côtés la maladie prend différents noms emprosthotonos, 
opisthotonos, pleurothotonos. Le serrement tétanique des 
mâchoires s'appelle trismus. Les contractions musculaires 
sont souvent portées si loin qu'on a vu la tête fortement 
renversée en arrière aller toucher les épaules avec l'occi- 
put, et dans des cas de renversement en avant le menton 
toucher les genoux. 

Les malades atteints de tétanos sont immobiles dans 
leur lit et paraissent souffrir beaucoup lorsqu'on veut les 
mouvoir ; les muscles de la paroi abdominale antérieure 
sont souvent tellement rétractés vers la colonne vertébrale 



— 86 — 

qu'il est facile de sentir, et quelquefois même devoir cette 
dernière à travers leur épaisseur, les muscles de la respi- 
ration se prennent aussi , et si cet état se prolonge trop 
longtemps , les malades peuvent périr par véritable as- 
phixie à la suite de l'impossibilité où ils sont d'exécuter 
les mouvements respiratoires, l'intelligence se conserve 
jusqu'au dernier moment. 

Dans certains cas le tétanos a une marche très rapide, 
dans d'autres au contraire il prend la forme chronique, 
« n'acquérant pas, dit M. Bégin, (loco citato) le degré 
d'intensité qui le rendrait promptement et sûrement mor- 
tel , mais assez violent pour ne pas laisser au malade de 
repos, pour ne lui permettre ni l'ingestion des aliments 
solides ni des boissons et pour épuiser l'action nerveuse, 
ou entraîner la désorganisation complète de la moelle épi- 
nière. » 

Je terminerai ce qui se rapporte à la marche du tétanos 
par une observation de tétanos aigu que j'emprunte à la 
relation chirurgicale des journées de juillet, au Gros-Cail- 
lou par M. le baron H. Larrey. Observation qui prouvera 
que le tétanos emporte quelquefois, comme nous venons 
de le dire ; les malades qui en sont atteints avant qu'on 
ait eu pour ainsi dire le temps de remédier à leurs souf- 
frances. 

a *** soldat au quatrième régiment fut atteint d'une 
balle qui était entrée près du bord postérieur de l'omo- 
plate en fracturant cet os en travers, et était ressortie par 
l'épaisseur du muscle deltoïde, l'état primitif ne présenta 
pas le moindre caractère inquiétant , et la plaie paraissant 
simple, fut traitée comme telle. Mais bientôt des douleurs 
très vives se manifestent dans son trajet, sans cause acces- 
soire bien appréciable, elles devinrent intolérables, et ne 
tardèrent pas à prendre le caractère tétanique, la suppu- 



— 87 — 

ration avait cessé presque entièrement, les chairs qui for- 
maient les lèvres de la plaie étaient devenus boursou filées, 
brunâtres et presque sèches, les douleurs lancinantes et 
profondes s'étendaient dans la poitrine et le dos, s'exas- 
péraient à la moindre pression et au contact des corps 
extérieurs, Tous les "muscles et principalement ceux du 
bras correspondant éprouvaient des contractions spasmo- 
diques. Déjà le corps se renversait brusquement en ar- 
rière, et le malheureux patient n'avait plus d'autre faculté 
que celle de calculer ses souffrances, quelques heures 
avaient suffi à la progression de ces phénomènes précur- 
seurs de la mort , en vain le chirurgien en chef avait-il 
largement débridé les deux plaies, extrait quelques es- 
quilles du côté de l'omoplate et pratiqué de fortes saignées 
.^ocales à l'aide de ventouses scarifiées, en vain avait-on 
ouvert les veines du bras plusieurs fois, employé des ca- 
taplasmes émollients, des fomentations, des bains, et fait 
prendre à l'intérieur quelques boissons antispasmodiques 
la marche des symptômes eut une rapidité effrayante et au 
bout de 24 heures tout était fini. 

On trouva à l'autopsie des fragments aigus de l'omo- 
plate, enfoncés dans les parties molles. (P- 456.) 

§ VII. — POURRITURE d' HOPITAL s 

La pourriture d'hôpital est encore comme le tétanos 
une de ces affections dont il est plus facile de décrire les 
symptômes , que d'en donner une définition courte et 
exacte. Elle consiste en une gangrène humide qui fait 
tomber rapidement en putrilage tous les organes qu'elle 
atteint , et qui agit avec tant de rapidité que souvent 
en 24 ou 48 heures elle double, ou triple la largeur 
et la profondeur de la plaie sur laquelle elle a établi son 



~ 88 — 

Cette affection se développe fort souvent sur les plaies 
qui sont le résultat de l'action des armes à feu , et ensuite 
comme j'ai eu l'occasion de l'observer plusieurs fois, elle 
attaque de préférence en seconde ligne les ulcérations sy- 
philitiques. Rarement la pourriture d'hôpital se montre 
par cas isolés, presque toujours, au contraire, elle règne 
épidémiquement et moissonne en très peu de temps un 
assez grand nombre de victimes. 

Elle se développe au milieu de circonstances particu- 
lières, et presque toujours d'une manière inattendue , 
quand il y a encombrement de blessés dans un même lieu, 
que l'air y est vicié, humide, et ne peut se renouveler fa- 
cilement. Quand les malades ont été exposés à des priva- 
tions pénibles, obligés de faire des courses longues et 
fatigantes Elle est essentiellement contagieuse, et peut se 
gagner, non seulement par le contact du pus sécrété par 
la plaie , mais encore par l'habitation dans le même lieu 
renfermant un ou deux blessés qui en sont atteints. 

M. Baudens dit dans sa clinique des plaies d'armes à 
feu, que la pourriture d'hôpital est souvent le produit de 
l'erreur, et de soins mal entendus. Cette opinion est je crois 
un peu hasardée, car il n'est pas de complication des 
plaies d'armes à feu plus facile à reconnaître, et se déve- 
loppant plus largement malgré les soins les mieux enten- 
dus et les plus actifs. 

La plaie qui doit être affectée de pourriture d'hôpital 
devient subitement plus douloureuse, ses bords se tumé- 
fient, sa surface se recouvre de petites taches ou pelli- 
cules blanchâtres assez analogues quant à la couleur à 
celle des aphtes qui se développent dans certains cas sur 
la muqueuse buccale. Bientôt, toutes ces taches s'élargis- 
sent, se réunissent et forment une couche blanchâtre qui 
recouvre toute la surface traumatique, la plaie devient 



— 89 — 

chaque jour do plus en plus grande, et prend en très peu 
de temps un accroissement qui lui donne une étendue sou- 
vent double , et triple de celle qu'elle avait auparavant. 
On dirait que les tissus tombent en déliquium, et se con- 
vertissent en un putrilage blanc et fétide. 

L'état général se ressent aussi manifestement de cet 
état de la surface traumatique ; la fièvre arrive, les traits 
sont tirés , la langue est blanche au centre et rouge sur 
les bords, le blessé est tourmenté d'une soif vive, ne peut 
se livrer au repos , passe des nuits agitées , et si on ne se 
presse d'enrayer les accidents ils peuvent devenir promp- 
tement funestes au malheureux qui les éprouve. 

Tous les organes voisins de la plaie sont susceptibles 
d'être envahis par la pourriture d'hôpital ; elle n'épargne 
ni les muscles , ni les nerfs , ni les vaisseaux ; ceux-ci 
jouissent cependant d'une espèce d'immunité et sont 
presque toujours les derniers atteints. Ainsi , j'ai vu un 
homme , porteur d'un bubon ulcéré à l'aine, envahi par 
la pourriture d'hôpital, présenter à la partie inférieure de 
l'abdomen , et à la partie supérieure de la cuisse droite 
une large solution de continuité , qui avait sept pouces de 
haut en bas , et cinq pouces dans le sens de l'arcade de 
Fallope. La pourriture d'hôpital avait détruit , à la partie 
supérieure de la cuisse , les ganglions inguinaux et les 
muscles. Les vaisseaux et nerfs cruraux étaient tendus au 
milieu des parties putréfiées et au centre de la plaie , où 
ils formaient une espèce de pont isolé de tout côté de la 
surface ulcérée. Ce malheureux succomba affaibli par 
l'abondance de suppuration , et probablement aussi à la 
suite de l'absorption de ces principes putrides. On dirait , 
en voyant ainsi les vaisseaux isolés et respectés par la 
marche rapidement envahissante du mal, on dirait, dis-je, 
que la nature tache de conserver jusqu'à la fin les organes 



— 90 — 

chargés de distribuer aux autres la force et la vie , afin de 
leur permettre de résister plus efficacement à l'ennemi 
avec lequel ils sont aux prises. 

Il est aisé de concevoir, d'après tout ce que nous ve- 
nons de dire , que le pronostic de la pourriture d'hôpital 
doit être dans tous les cas très grave, surtout lorsqu'elle 
établit son siège sur une surface traumatique large, celle, 
par exemple , qui résulte de l'amputation d'un membre 
volumineux, comme la cuisse. 

§ VIII. — ABCÈS VISCÉRAUX. 

Les abcès viscéraux sont des collections purulentes qui 
se développent au moment où on s'y attend le moins , et 
sans qu'on en connaisse précisément la cause , en pre- 
mière ligne dans le foie , puis dans les poumons , la rate , 
le cerveau , les cavités articulaires , soit après les plaies 
d'armes à feu larges, et qui occasionnent de grandes sup- 
purations, soit après les amputations qu'elles nécessitent, 
soit enfin à la suite des plaies contuses en général. La 
marche de cette affection est ordinairement très rapide, et 
les désordres qui en résultent pardonnent rarement au 
blessé qui en est atteint. 

Ordinairement, rien n'indique dans les premiers jours 
après la blessure ce qui se passera ultérieurement. Tout 
à coup , et sans cause connue , arrivent des frissons , des 
sueurs , la suppuration de la plaie tarit , devient fétide et 
de mauvaise nature , le pouls devient petit , filiforme , fré- 
quent. Le malade accuse des douleurs à la tête, à l'hypo- 
chondre droit ou à la poitrine. Une teinte ictérique recou- 
vre, dans certains cas , l'enveloppe cutanée, et la mort 
arrive au milieu de la prostration la plus profonde. L'au- 
topsie fait découvrir une plus ou moins grande quantité 
d'abcès dans le foie ou les poumons , dans le cerveau ou 



— 91 — 

dans la rate, dans les synoviales ou dans les muscles. Ces 
abcès sont plus ou moins volumineux , le pus qu'ils con- 
tiennent est tantôt à l'état liquide , tantôt à l'état concret 
et possède ordinairement une odeur fétide , analogue à 
l'odeur de celui qu'on rencontre sur la surface trauma- 
tique. Ainsi, chez un nommé Romani , qui succomba à 
THôtel-Dieu de Marseille aux suites d'une fracture com- 
minutive de l'avant-bras gauche , produite par une roue 
de machine à vapeur (décembre 1838), le foie était d'une 
couleur pâle et on apercevait à sa surface des tâches jau- 
nes en très grand nombre , ce qui lui donnait un aspect 
marbré. Il existait à la face antérieure et moyenne de son 
moyen lobe une surface grisâtre , de 36 à 40 millimètres 
de largeur ; une incision faite sur cette tache nous montra 
une collection purulente de la grosseur d'une noix , con- 
tenant du pus grisâtre et très fétide; un abcès pareil à 
celui-ci existait dans l'épaisseur du grand lobe , et des 
incisions , pratiquées sur tous les points de la surface hé- 
patique où l'on pouvait découvrir une tâche jaune , met- 
taient à nu de petits abcès de 40a 42 millimètres de dia- 
mètre, contenant presque tous du pus à l'état concret. En 
coupant le foie par tranches, on trouvait sur les deux sur- 
faces de la section un nombre presque incalculable de ces 
petites collections purulentes , permettant à peine de 
trouver entre elles une portion de substance hépatique 
saine. 

Chez un nommé Terras, journalier, et chez un nommé 
Boiron, ouvrier opticien, qui succombèrent, à peu de 
jours d'intervalle l'un de l'autre , en septembre 1 839 , à 
l'Hôtel-Dieu de Marseille, aux suites d'un coup de feu tiré 
dans la bouche ; j'ai pu encore étudier avec soin les phé- 
nomènes des abcès viscéraux , ou si l'on veut de l'infec- 
tion purulente. 



— 92 — 

Chez le premier, qui succomba le quatorzième jour de 
sa blessure, je trouvai trois abcès à la face inférieure du 
grand lobe du foie, et une rougeur diffuse à la bifurcation 
de la veine porte : tandis que chez Boiron on apercevait 
plusieurs taches jaunes de forme arrondie à la face con- 
vexe du foie, c'était la place de tout autant de foyers puru 
lents , et de plus , en incisant le foie sur les divers points 
de sa surface , on y rencontrait une foule de petits abcès 
dont le pus était à l'état concret. La balle , fortement 
aplatie, était logée dans les fosses nasales, et le lobe gau- 
che du cervelet contenait un abcès en tout semblable à 
ceux du foie. 

Dans certains cas , ces abcès viscéraux sont plus volu- 
mineux, ils peuvent acquérir la grosseur du poing et quel- 
quefois plus. En un mot , ils sont susceptibles d'affecter 
une infinité de formes. 

Cette funeste complication des lésions traumatiques est 
malheureusement si fréquente , et a été étudiée par tant 
de chirurgiens distingués , que je ne puis m'empêcher de 
retracer ici leurs travaux, d'une manière sommaire ce- 
pendant. 

Il était tout naturel que le chirurgien qui voyait , mal- 
gré tous ses soins, périr un grand nombre de ses malades, 
s'efforçât de chercher la cause de ces fréquents insuccès , 
qu'il voulût trouver l'espèce de rapport existant entre 
la surface traumatique et la lésion viscérale. C'est dans 
le but d'établir une corrélation entre ces deux points sépa- 
rés , qu'ont été imaginées une foule d'hypothèses dont 
je ne dirai que quelques mots. 

Et d'abord, on a parlé de la métastase , on a dit que le 
pus était subitement transporté de la surface suppurante 
dans le parenchyme de l'organe où l'autopsie le fait dé- 
couvrir. Cette théorie s'appuie sur la diminution notable 



— 93 — 

et subite de la quantité de pus fourni par la surface trau- 
matique ; sur l'identité du pus de la plaie et de celui qu'on 
trouve dans le viscère; sur l'absence des phénomènes in- 
flammatoires du côté de l'organe où l'on trouve la collec- 
tion purulente.... 

Vient ensuite la théorie de la résorption purulente , du 
transport du pus en nature par le torrent circulatoire dans 
l'organe oii on le rencontre .(Velpean) . 

Puis, M. Cruvcilhier se demande si le pus qu'on ren- 
contre dans les veines ne s'est pas développé dans l'inté- 
rieur de ces mêmes tubes, et si le pus qu'on observe dans 
le viscère n'est pas le résultat d'une phlébite locale capil- 
laire? Cet auteur répond à sa question en disant que ces 
abcès sont idiopathiques, que ce sont de gros tubercules 
aigus, et il s'appuie à ce sujet sur l'opinion de Morgagni 
et de Blandin [Anatomie pathologique). 

Le mot sympathie a été aussi employé pour réunir, la 
lésion viscérale à la lésion traumatique , dans le rapport 
de cause à effet. On a voulu expliquer (Bichat, Desault) à 
l'aide de ce mot la simultanéité des abcès au foie et des 
plaies de tète ; puis on a parlé de la filtration des humeurs 
à travers nos organes , comme à travers une véritable 
éponge, de l'endosmose, de I'exosmose. 

Quesnay disait que ces dépôts étaient dus à la fièvre 
traumatique , qui a pour but la formation dune plus ou 
moins grande quantité de pus. Il se demande ensuite si le 
sang, avant d'arriver à la plaie , ne pourrait pas subir les 
mômes modifications qui le feront pus quand une fois il y 
sera arrivé. 11 pourrait se faire alors qu'un point d'irrita- 
tion se changeât en foyer purulent. M. Cruveilhier, que 
j'ai déjà cité , injecte du mercure dans les veines d'un 
chien ; il le retrouve dans les poumons. Il enfonce un 
bâton dans la veine crurale d'un autre chien et en y dé- 



— 94 — 

terminant ainsi une phlébite substitue du pus au mercure ; 
le pus va aussi se loger dans les différents viscères. Il 
conclue de là que les abcès qu'on rencontre clans ces der- 
niers sont toujours le résultat de phlébites locales consé- 
cutives, à une phlébite de l'organe blessé. Pour moi , les 
cas que j'ai été à même d'observer m'ont convaincu qu'on 
pouvait trouver à l'autopsie , des abcès en quantité même 
innombrable , sans rencontrer dans les veines de la partie 
blessée la moindre trace d'inflammation. Et c'est sans 
doute pour répondre à cette réfutation , qui saute tout 
d'abord aux yeux de l'esprit , que M. Cruveilhier a dit : 
Que lorsqu'on ne trouvait pas de phlébite dans les parties 
molles on devrait chercher dans les os , et qu'on y trou- 
verait la clé des abcès viscéraux , c'est-à-dire une phlébite 
des veines de Cos. C'est même par l'inflammation des 
veines diploïques des os du crâne , qu'il explique l'exis- 
tence des abcès au foie dans les plaies de la tête ; collec- 
tions purulentes auxquelles on avait avant lui donné pour 
cause la commotion, la sympathie. 

J'ai fait des recherches , dans une foule de cas , pour 
tâcher de trouver du pus dans les veines des os longs , et 
dans celles du diploé au crâne ; elles ont été infructueuses 
et m'ont laissé dans une ignorance aussi complète qu'a- 
vant, des rapports qui lient l'abcès viscéral à la lésion 
traumatique. Heureux ceux qui trouvent ce qu'ils cher- 
chent ! Loin de moi cependant la prétention de nier le fait 
avancé par un auteur aussi remarquable que M. Cruveil- 
hier. Mais en matière d'observation touchant un fait dou- 
teux , on doit , dans l'intérêt de l'art , dire ce qu'on a vu 
et ne pas trpp jurer aveuglément in verba magistri. 

Il arrive quelquefois que , dans des cas où les symp- 
tômes observés pendant la vie portent à faire croire qu'il 
existe des abcès viscéraux , on n'en rencontre pas à l'au- 



— 95 — . 

topsie, tandis qu'on les trouve chez des malades chez qui 
on n'en avait nullement soupçonné l'existence pendant 
la vie. 

Ces abcès surviennent souvent dans les hôpitaux mal- 
gré tous les soins qu'on peut avoir des malades , lesquels 
sont souvent déraisonnables , et commettent en cachette 
des écarts de régime qui augmentent naturellement l'état 
fébrile, et influent notablement sur la marche de la suppu- 
ration. L'air des salles les plus saines , les mieux aérées 
ne les empêchent pas de se manifester : tandis que d'au- 
tres fois des blessés , porteurs de lésions traumatiques très 
graves, arrivent à une parfaite guérison, entassés dans des 
lieux malsains et supportant les privations les plus gran- 
des : je lisais dernièrement une relation chirurgicale des 
affaires du Mexique, écrite à M. Roux, de Brignolles, pro- 
fesseur à l'École préparatoire de médecine de Marseille, par 
son frère, chirurgien-major à bord de la corvette de l'État 
l'Expéditive. Il y était dit que les malades furent placés 
dans de petites cabanes , que les habitants du pays ap- 
pellent raouclies. Ils y étaient entourés de marais , répan- 
dant sans cesse autour d'eux des exhalaisons si infectes 
que M. Roux lui-même avait de la peine à les supporter, 
D'après le rapport de ce chirurgien , quatre amputés , un 
autre blessé , qui avait eu les deux condyles du fémur 
traversés par une balle , un sixième qui avait eu à peu 
près la même blessure au tarse , et enfin un septième, qui 
eut les deux avant-bras traversés par la mitraille, la gorge 
largement ouverte , et la mâchoire inférieure fracturée 
en quatre fragments guérirent très promptement et sans 
le moindre accident. 

En somme, l'infection purulente est une maladie de na- 
ture essentiellement variable et changeante, sur l'essence 
de laquelle tout n'est pas dit, tant s'en faut, et qui, par 



— 96 — 

conséquent, nécessite, pour être approfondie , de longues 
et pénibles recherches. 

§ IX. ÉRYSIPÈLE. 

L'érysipèle, complication légère dans certains cas, peut 
devenir, dans d'autres, excessivement grave, lorsque, par 
exemple, l'inflammation du tissu cutané se communique 
de couche en couche jusqu'au centre des membres, ou 
aux viscères contenues dans une cavité splanchnique, 
comme cela arrive quelquefois pour le cerveau dans les 
plaies de tète. 

Quand l'érysipèle doit se propager de tissu en tissu et 
devenir grave, la rougeur de la peau ne s'efface pas; elle 
s'étend, au contraire, en surface, est réfractaire aux anti- 
phlogistiques employés même avec énergie; le gonflement 
augmente, la fièvre devient plus forte, la blessure est plus 
douloureuse, la langue est sèche et se couvre quelquefois 
d'un enduit saburral, le tissu cellulaire sous-cutané s'en- 
ilamme et devient le siège de collections purulentes d'au- 
tant plus étendues, qu'on reste plus longtemps à donner 
issue au pus qu'elles contiennent. Il arrive , dans certains 
cas, qu'un même membre, la cuisse, par exemple, offre 
dix, quinze de ces collections, qui, se réunissant ensuite 
les uns aux autres, constituent un vaste clapier sous-cu- 
tané, d'où s'écoule une abondante suppuration mêlée à 
des lambeaux de tissu cellulaire, sphacèle qu'on retire or- 
dinairement par les incisions pratiquées pour évacuer 
le pus. 

Cet érysipèle , quoique très grave , et entraînant sou- 
vent la mort du blessé , l'est cependant beaucoup moins 
que celui dans lequel l'inflammation se propage du tissu 
cellulaire sus-aponévrotique ou tissu cellulaire sous-apo- 
névrotique. On voit alors survenir les symptômes de l'é- 



— 97 — 

tranglement, auxquels il faut se hâter de remédier, les 
fusées purulentes intermusculaires, et, dans quelques cas 
plus rares, la gangrène. 

Cette différence de gravité entre l'érysipèle sus-aponé- 
vrotique et le sous-aponévrotique est très manifeste dans 
les plaies de tète. Ainsi, par exemple , lorsque le tissu cel- 
lulaire sous-cutané s'enflamme consécutivement à la peau, 
la collection purulente qui en résulte peut causer, il est 
vrai, quelques décollements; mais elle se fait plus facile- ' 
ment jour au dehors que lorsqu'elle tire son origine du 
tissu cellulaire sous-péricrànien. Cette calotte résistante 
s' opposant à ce que le pus s'amasse en collection, celui-ci 
s'étend à la surface des os , qu'il dénude, occasionne au 
malade de très vives douleurs et produit souvent sur le 
cerveau des effets morbides qui sont au-dessus des res- 
sources de l'art. 

Dès qu'on voit les environs d'une plaie d'arme à feu 
avoir de la tendance à devenir érysipèlateux, il faut s'op- 
poser par tous les moyens possibles à la naissance de 
l'érysipèle, et si une fois il s'y déclare, redoubler d'efforts 
pour l'empêcher de se développer en surface , et surtout 
de se communiquer aux couches sous-jacentes. Nous ver- 
rons tout à l'heure, quand il s'agira du traitement, quels 
sont les moyens que la thérapeutique possède pour arriver 
à ce résultat, 

§ X. — HEMORRHAGIE. 

Nous avons vu en nous occupant des caractères des 
plaies d'armes à feu, que rarement elles s'accompagnaient 
d'hémorrhagie primitive, que même dans beaucoup de cas 
l'hémorrhagie secondaire manquait, et qu'enfin lorsque 
l'hémorrhagie avait lieu primitivement elle était occasion- 
née par l'ouverture d'un gros vaisseau chez qui l'escarre 



~~ 98 — 

ne suffisait pas pour s'opposer à l'écoulement de sang. 
Nous allons étudier ici quelques instants celte rare mais 
grave complication des plaies d'armes à feu. 

Ce mot, dit M. Ghomel , en parlant de l' hémorrhagie 
[Dictionnaire ch médecine, tome xrv, page H5) entraîne 
d'après son étymologie , l'idée d'un écoulement de sang 
dû à une solution de continuité. 

M. Roche dit : « qu'on doit entendre par cette expression 
tout écoulement de sang hors de ses vaisseaux, quelles 
qu'en soient les causes, et soit qu'il s'échappe au dehors, 
soit qu'il s'épanche au dedans. » 

Ces définitions ont quelque chose de fautif en ce sens 
qu'elles permettent de donner le nom d'hémorrhagie au 
moindre écoulement de sang qui s'opère par l'orifice d'un 
vaisseau lésé, tandis que, lorsqu'on prononce le mot hé- 
morrhagie, l'esprit est subitement traversé d'une idée, 
c'est celle du danger auquel le blessé est exposé par la 
perle de son sang. Je dirai donc avec M. Sanson, qu'une 
hémorrhagie «est l'écoulement de sang qui se produit à la 
suite d'une lésion vasculaire, et qui a lieu en assez grande 
abondance pour compromettre les jours du blessé. » 

L' hémorrhagie peut se faire par deux ordres de vais- 
seaux, les artères et les veines, la première est beaucoup 
plus dangereuse que la seconde par des raisons anatomo- 
physiologiques qui sont à la portée de tout le monde. Si 
l'on examine en effet les fonctions et la structure des divers 
organes de. la circulation tels que le cœur, les artères, les 
veines, on arrivera tout naturellement aux conclusions 
suivantes ; savoir : 1° que l'ouverture d'une artère est 
d'autant plus dangereuse qu'elle a lieu sur un point plus 
rapproché du cœur ; 2° que le sang qui s'échappe d'une 
artère est plus précieux que celui qui coule d'une veine; 
3° que l'impulsion que le sang artériel reçoit du cœur le 



— 99 — 

chasse avec force au dehors, tandis que le sang veineux 
étant obligé de remonter contre les lois do la pesanteur, et 
n'étant pas animé d'une force motrice analogue à colle qui 
pousse le sang artériel , s'écoule en nappe à travers les 
lèvres d'une plaie veineuse. 

L'artère atteinte par un instrument tranchant ou pi- 
quant, peut être simplement piquée, ou bien coupée dans 
le tiers, le quart de son calibre, ou bien enfin, totalement 
coupée en travers. Circonstances qui établissent de grandes 
différences dans la gravité, et la curabilité de ces diverses 
hémorrhagies. Mais une balle qui atteint un vaisseau volu- 
mineux ne produit ordinairement que deux effets, ou bien, 
elle le contond sans l'ouvrir, ou bien elle l'ouvre assez 
largement pour 'donner lieu en très peu de temps à une 
hémorrhagie inquiétante. Si elle atteint un petit vaisseau 
elle laisse sur la blessure qu'elle y produit une escarre 
suffisante pour s'opposer à l'écoulement de sang. 

Les signes des lésions artérielles sont assez faciles à 
connaître, ils sont, du reste indiqués par tous les auteurs. 
Si la blessure du vaisseau siège sur un point que la vue 
peut atteindre, il se fait de suite par la plaie un écoulement 
de sang rutilant, vermeil, facilement coagulable, qui s'é- 
chappe par mouvements isochrones à ceux du pouls. L'é- 
coulement s'arrête ou du moins diminue considérablement 
dès qu'on intercepte la circulation entre le point blessé et 
le cœur, le blessé perd beaucoup de sang en très peu de 
temps; il pâlit, une sueur froide- innonde son visage, et il 
meurt si on ne lui administre promptement les secours de 
la chirurgie. Il n'y a qu'une syncope qui puisse sauver ses 
jours en favorisant la formation d'un caillot sauveur. 

Les signes deriiémorrhagie ne sont pas si évidents lors- 
qu'elle est interne, clans ces cas on n'est souvent guidé 
que par les symptômes* hémorrhagiques généraux; la pâ- 



— 100 — 

leur du visage, la syncope, la faiblesse, la filiformité du 
pouls, le froid des extrémités, les sueurs froides et vis- 
queuses, etc. Nous renvoyons au plaies des cavités splan- 
chniques pour des détails plus larges sur les hémorrhagies 
internes. 

L'écoulement de sang qui a lieu par une veine des mem- 
bres, est beaucoup moins rapide et dangereux. Le sang qui 
s'échappe de cet ordre de vaisseaux est noir, ou du moins 
beaucoup plus foncé en couleur que le sang artériel. 11 
coule en nappe , sans jet isochrone aux battements du 
pouls, il s'arrête a la suite de la compression exercée entre 
la blessure et les extrémités. La lésion des grosses veines 
splanchniques est aussi très dangereuse, d'abord, à cause 
de la grande perte de sang qu'elles occasionnent, et en- 
suite, à cause de l'épanchement auquel elle donne lieu, qui 
à son tour agissant comme corps étranger, est souvent la 
cause d'accidents forts graves. 

§ XI. — DE L'INFLUENCE DES DIVERSES CIRCONSTANCES PHYSIQUES 
ET MORALES SUR LÀ PRODUCTION DES ACCIDENTS DONT NOUS 
VENONS DE NOUS OCCUPER ; ET, PAR CONSÉQUENT SUR LA GRAVITÉ 
DES PLAIES D'ARMES à FEU REÇUES SUR LE CHAMP DE BATAILLE. 

Le soldat blessé sur le champ de bataille est exposé à 
une foule de circonstances qui rendent sa blessure plus ' 
dangereuse que s'il l'avait reçue dans une circonstance de 
la vie privée, et dans un lieu à portée de toute espèce de 
secours. Qu'on se figure en effet; la position pénible d'un 
soldat frappé d'une balle qui lui fracasse un membre, lui 
fait une plaie de tète, du bas ventre, etc. , et qui avec une 
pareille lésion est souvent obligé avant d'arriver à un hô- 
pital ou a un lieu bien approvisionné de secours, de sup- 
porter une route de deux, trois, quatre jours, et quelque- 
fois plus. Sur une voiture mal suspendue, le jour par une 



— toi ~~ 

chaleur par fois étouffante, et la nuit par une fraîcheur 
perfide comme cela s'observe fréquemment en Algérie. 
Tantôt privé des objets de première nécessité , tels 
qu'aliments, boissons, linge à pansement, harcelé par l'en- 
nemi qui ne respecte pas toujours sa douleur, et ne cesse 
de diriger contre lui ses coups meurtriers, etc. 

Nous pourrions prolonger à l'infini le tableau des souf- 
frances que le soldat blessé est parfois obligé d'endurer en 
campagne. Mais un coup d'œil rapide jeté sur l'histoire 
de nos guerres nous montrera quelques unes de ces situa- 
tions pénibles, où l'on ne se trouve par malheur, que trop 
fréquemment . 

Nous avons dit par exemple, que souvent on manquait 
de linge, d'objets de première nécessité, etc. Ecoutons 
parler à ce sujet M. Gama dans son esquisse historique du 
service de santé militaire, et nous nous ferons une juste 
idée du point jusqu'auquel peut aller cette affreuse pénu- 
rie. Il s'agit des campagnes de Russie : « un lieu, dit cet 
auteur, où l'on manque de tout, quelquefois même d'eau, 
où les chirurgiens après s'être servi de leur propre linge, 
sont obligés d'employer celui des blessés pour les panser, 
ou l'on se trouve heureux d'avoir pu se procurer du vieux 
papier et des morceaux de tapisseries qu'on emploie en 
guise de compresses , et de bandages à fractures , n'est 
point un hôpital , ce n'est qu'un misérable cloaque ou l'on 
entasse les blessés en attendant qu'ils meurent (pag. 525). 
Quelquefois, on trouve de l'eau à boire, du bois pour 
faire du feu ; mais ce n'est que lorsque les blessés ont déjà 
eu à souffrir toute une nuit au bivouac de la soif et du 
froid que ces ressources sont découvertes, et bien souvent, 
déjà les accidents les plus funestes ont eu îê temps de.se 
déclarer. - • 

Dans des circonstances plus malheureuses, on manque 



— 102 — 

d'aliments solides , tels que viande , biscuits , etc. , ainsi 
que des objets nécessaires pour les préparer, tels que mar- 
mites, bidons, etc. C'est alors qu'on peut dire que le be- 
soin, que la faim sont ingénieux. Ainsi, M. Gama rapporte 
qu'à la suite delà bataille d'Eslingen , on fit la soupe dans 
les cuirasses des soldats, et que, faute de sel de cuisine, 
on la sala avec de la poudre à canon. Cette soupe s'est plus 
d'une fois faite avec de la viande de cheval. 

D'autres fois, des hommes gravement blessés sont in- 
quiétés par l'ennemi, et l'on est obligé, pour les soustraire 
à ses coups meurtriers, de les transporter brusquement et 
de leur faire, par conséquent, éprouver des secousses pou- 
vant leur devenir très préjudiciables. 

« En 1831, au passage de l'Atlas, M. Baudens se trou- 
vait seul à l' arrière-garde avec neuf hommes amputés des 
membres inférieurs ou atteints de fractures , lorsqu'il fut 
attaqué avec fureur par les Arabes. Il obtint du comman- 
dant de l'arrière-garde neuf hommes pour porter à dos 
ses blessés. Il s'arma d'un fusil, prit le commandement de 
ce petit détachement, qui, au sortir des portes de fer, fut 
assailli par une vive fusillade et eut sept hommes hors de 
combat. Parmi ces nouveaux blessés, les uns purent con- 
tinuer à transporter les premiers , et ceux qui ne le pou- 
vaient pas, aidèrent au moins à placer leurs camarades sur 
le dos des soldats qui n'avaient pas éprouvé d'accident 
(Gama, Esquisse historique, p. 591). 

On est quelquefois obligé de pratiquer à la hâte , sur le 
champ de bataille, une opération très grave, comme une 
amputation, une désarticulation. Dans certains cas même, 
on n'a pas le temps de la terminer au lieu où on l'a com- 
mencée, assailli qulon est par Pennemi, qui vous oblige à 
battre vivement en retraite , si on ne veut tomber en son 
pouvoir ou s'exposer par trop témérairement à ses coups. 



— 103 — 

Ainsi, M. Gama rapporte que, pendant les guerres de la 
Restauration, il venait de pratiquer une amputation sur 
le champ do bataille et avait encore les vaisseaux à lier, 
lorsqu'il s'aperçut qu'il était seul avec son blessé , tant 
chacun s'était laissé surprendre par la fuite. « Et alors, 
ajoutc-t-il fort naïvement, je«crus réellement voir des es- 
cadrons ennemis sur mon dos ; mais, voulant arrêter avec 
certitude l'hémorrhagie, je ne tournai pas la lète, de peur 
qu'un instinct de conservation ne me troublât dans cette 
fin d'opération, qui demande une attention sérieuse. — 
Suivez maintenant tous ces fuyards, dis-je à mon amputé; 
on achèvera de vous panser plus loin (p. 557). » N'au- 
rait-il pas été possible que l'opérateur, agissant dans une 
pareille disposition morale et au milieu d'un pareil dan- 
ger, eut oublié de lier une artère encore assez importante 
pour fournir une hémorrhagie secondaire inquiétante ? 

Si encore, après avoir traversé de pareils dangers et 
subi pendant plus ou moins longtemps des privations si 
dures, on trouvait au terme de sa course un hôpital bien 
approvisionné, ou seulement un lieu très sain, les acci- 
dents des blessures seraient moins fréquents, et on pour- 
rait apporter du soulagement à ceux qui se sont déclarés 
pendant la route ; mais il arrive quelquefois qu'on n'a , 
pour placer ses blessés, qu'un lieu bas et humide, une 
ferme, une église, où ils sont entassés les uns sur les au- 
tres, sur le sol, ou tout au plus sur de la paille, où, par 
conséquent, l'air se vicie et devient un véritable poison 
pour les blessures. Alors , les étranglements , la pourri- 
ture d'hôpital, le tétanos , les résorptions purulentes, les 
hémorrhagies secondaires ne tardent pas à se manifester 
et moissonnent un grand nombre de victimes. 

Le sort d'un homme blessé dans une circonstance de la 
vie civile n'est en rien comparable à celui des soldats at- 



_ 104 — 

teints par le plomb du champ de bataille. Le premier, en 
effet, à peine blessé, est tranportô à bras, ou sur un bran- 
card, ou dans une voiture bien suspendue, chez lui, ou à 
l'hôpital le plus voisin. Ce trajet se fait en quelques minu- 
tes, et sans qu'il ait à subir la moindre vicissitude atmos- 
phérique. Arrivé à sa destination, le blessé civil est placé 
dans un bon lit, d'où on ne le dérangera qu'après sa gué- 
rison, et trouve autour de lui des chirurgiens qui peuvent 
remplir a leur aise, et avec toutes les ressources convena- 
bles , les indications que présente sa blessure. Pendant 
toute la durée du traitement, il ne manque ni de linge, ni 
de boissons, ni d'aliments, et, chose indispensable, il jouit 
d'un repos absolu. Ces quelques mots font parfaitement 
sentir contre combien de causes délétères physiques ont à 
lutter les chirurgiens d'armée dans le pénible exercice de 
leurs fonctions. 

Si maintenant nous passons à l'examen des causes mo- 
rales qui influent sur les blessés , en aggravant les acci- 
dents de leurs blessures ou en y donnant naissance, nous 
verrons que les chances sont ici à peu près les mêmes 
pour le soldat et pour le blessé civil. 

Le caractère du malade doit se placer en tête de la liste 
de ces causes. Tout le monde sait qu'il est des gens qui 
supportent avec le plus grand courage les blessures les 
plus graves, et que d'autres, au contraire, tremblent pour 
ainsi dire à la moindre égratignure, s'exagèrent leur mal, 
et que, chez ceux-là, la peur donne souvent lieu à de très 
funestes accidents. Il est aisé de comprendre que les pre- 
miers doivent être plus facilement guéris que les seconds. 
Les annales de la science nous offrent des exemples frap- 
pants de ces deux états moraux opposés ; ainsi , pendant 
la bataille d'Àusterlitz, M. Gama pratiquait l'extraction 
d'une balle engagée dans le masseter d'un soldat qui se 



— 105 — 

plaignait beaucoup, lorsqu'il entend à côté de lui un ca- 
marade du patient disant d'une voix assez forte : « 11 peut 
bien tant crier, celui-là; voilà une fameuse blessure! — 
Vous avez raison, lui dit ce chirurgien, mais voyons la 
vôtre. » Et en soulevant la capote de ce soldat, il aperçut 
un flanc emporté, laissant presque à nu les viscères, qui 
n'étaient plus retenues que par des portions de muscles 
réduits en escarres larges comme les deux mains. 

11 est des hommes doués d'un moral très fort, qui sup- 
portent sans froncer le sourcil l'opération la plus doulou- 
reuse, et d'autres chez qui l'idée seule de l'amputation 
suffit pour produire de très graves accidents , et souvent 
même la mort. C'est ainsi qu'après les grandes affaires, 
où les projectiles de guerre donnent lieu à un nombre 
considérable de mutilations, on entend quelquefois des 
blessés dire à un chirurgien: «. C'est à moi, monsieur; ve- 
nez me couper la jambe; mon voisin peut attendre. » 

M. Baudens parle, dans sa Clinique des plaies d'armes à 
feu, d'une Arabe à qui il réséqua la moitié de la tête de 
l'humérus pendant qu'il était assis près de sa tente sur un 
sac d'orge, et qui, après l'opération, continua à vivre avec 
les siens, mangeant et buvant à peu près comme en bonne 
santé, faisant route sur une mule et venant se faire panser 
tous les quatre jours. Le même auteur cite encore le fait 
d'un nommé Bocuijdra , chef de la tribu des adjoutes, qui 
le conjurait, cinq minutes avant de subir l'amputation de 
l'avant-bras, de la lui pratiquer le plus bas possible, afin 
d'avoir un moignon suffisant encore pour donner à son 
fusil un point d'appui convenable et conserver sur les tri- 
bus, dont il était la terreur, son ascendant moral. Cet 
homme récita pendant toute l'opération des versets du 
Coran, sans pousser un cri, et après voulut absolument 
manger ou se sauver. Enfin, un autre Arabe , amputé 



— 106 — 

aussi de Pavant-bras par M. Baudens, fit route à pied plu- 
sieurs jours et refusa une place sous latente d'ambulance, 
proférant passer la nuit au café qui accompagnait l'expé- 
dition. 

Voilà assurément des sujets à moral solide ', chez 
lesquels les accidents consécutifs auront moins de prise 
que chez les méticuleux , comme par exemple celui dont 
voici l'histoire : c'était un soldat qui se trouvait, en 1834, 
à l'hôpital de Metz, pour y être traité d'une simple érosion 
au-devant de la jambe. Il entendit un jour deux officiers 
de santé causer, en se promenant au milieu de la salle, 
d'une amputation qu'on devait pratiquer le lendemain à 
un de ses voisins, et prit pour lui ce qu'ils disaient. Tout 
à coup, une vive révolution morale s'opéra chez lui : la 
suppuration de sa plaie s'arrêta subitement; des accidents 
cérébraux se déclarèrent , et au bout de deux jours , ce 
malheureux avait cessé de vivre (Paoli, aide-major, thèse 
pour le doctorat) . 

Toutes les influences morales dont je viens de m'occu- 
pcr dépendent de la structure naturelle du blessé , et sont 
propres à sa constitution; mais il est des impressions mo- 
rales subites dont le plus courageux, aussi bien que le 
plus méticuleux, ressentent également l'influence, comme 
la joie, la tristesse, qui résultent d'une visite inattendue, 
agréable ou désagréable. Des mauvais traitements que les 
vaincus ont à supporter des vainqueurs, le cliquetis des 
armes blanches, l'explosion des armes à feu , le son des 
cloches, etc., suffisent, dans certains cas, pour produire 
des accidents très graves, et dans quelques cas le té- 
tanos. 

Un homme avait été admis dans les salles de l'Hôtel- 
Dieu de Marseille, pour un coup de feu qu'il avait reçu à 
la jambe droite le 15 février 1839, à onze heures du ma- 



— 407 — 

tin. On débrida de suite la plaie, et on fit l'extraction de 
plusieurs esquilles appartenant au tibia. Le membre, 
qu'on espérait conserver, fut placé dans un simple appa- 
reil à fractures, sur lequel on établit des irrigations froides 
continues, et on pratiqua deux saignées de 360 grammes. 
Tout alla bien jusqu'au lendemain, à trois heures du midi, 
heure à laquelle les trois filles du blessé vinrent lé voir et 
pleurèrent pendant deux heures au chevet de leur père. 
Elles partirent à cinq heures, et a huit heures du soir, ce 
malheureux est pris d'un délire subit qui oblige à l'atta- 
cher et qui dure toute la nuit. Le lendemain 17, la parole 
est embarrassée, la face est pâle, la bouche entr'ouverte, 
la peau chaude, le pouls petit, fréquent; tous les muscles 
sont le siège de violentes contractions spasmodiques. 
(Diète, potion avec sirop diacocle, 4 5 grammes.) Ces symp- 
tômes allèrent toujours en augmentant, et le 48, à deux 
heures du matin, le blessé avait cessé de vivre. 

M.Beaumont , chirurgien-major cité par M. Gama, rap- 
porte le fait suivant, au sujet des blessés qui, après la ba- 
taille cl'Eslingen, furent laissés à Madrid en 1808 : 

« Les soldats espagnols malades étaient traités au même 
hôpital que nos blessés, mais dans des salles particulières. 
D'autres militaires, parents ou amis des Espagnols, obte- 
naient à des temps marqués la permission cle venir les 
voir. Un jour, une trentaine entrèrent à la fois, et au lieu 
de se rendre dans les salles des Espagnols, ils se portèrent 
dans celles des Français , les parcoururent en prenant un 
ton de hauteur et d'arrogance , parlant à nos soldats en 
maîtres, les injuriant, les forçant de se coucher, les frap- 
pant même et s'emparant de ce qu'ils possédaient, s'ils le 
trouvaient à leur convenance. On s'empressa de faire sor- 
tir ces perturbateurs insolents ; mais leur apparition hos- 
tile et leur rapacité avaient fâcheusement agi sur le moral 



~ 108 — 

de no? hommes et hâtèrent la mort de plusieurs, car, le 
lendemain, l'état de situation des malades portait trente- 
deux décès. [Esquisse historique, etc., p. 467.) 

Ces fâcheux résultats ne se sont pas manifestés dans les 
hôpitaux militaires où on a eu soin d'interdire toute visite 
de parents et d'amis, etc. ; aussi, M. H. Larrey dit-il, dans 
sa Relation chirurgicale des événements de juillet au Gros- 
Caillou: « L'état moral des militaires du Gros-Caillou n'a 
pas été agité par l'impression naturelle des visites des pa- 
rents ou amis, et cette cause a exercé dans les hôpitaux 
civils, et notamment à THôtel-Dieu, une influence très no- 
table, quoique secondaire, sur la mortalité. » 

Le cliquetis des armes blanches, l'explosion des armes 
à feu, le son des cloches, agissent sur le moral des blessés 
en le maintenant dans un éréthisme continuel qui leur 
rappelle les dangers qu'ils ont courus, ceux que courent 
peut-être encore des personnes qui leur sont chères, sans 
qu'ils puissent voler à leur secours, et lorsqu'ils appar- 
tiennent au parti vaincu, assouvir leur rage dans le sang 
des vainqueurs. 

Je ferai remarquer, en dernier lieu , qu'on trouve une 
preuve frappante de l'influence du moral sur les lésions 
traumatiques en général, dans la différence de gravité qui 
existe entre les blessures des enfants et celle des adultes. 
Qu'un homme de vingt-cinq ans reçoive, en effet, un coup 
de feu qui lui fracture un membre , son imagination sera 
de suite en proie à mille tourments à propos de l'avenir, 
peut-être , se dira-t-il , sera-t-on obligé de me couper le 
membre, peut-être ne pourrai-je plus secourir ma famille, 
et même pourvoir à ma propre subsistance ; qui sait si 
je guérirai ?... Toutes ces idées tristes, et une foule d'au- 
tres que je pourrais accumuler ici , servant constamment 
de point de mire à l'imagination du blessé , influant d'une 



— 109 — 

manière fâcheuse sur la marche physique de la lésion 
dont il est porteur, suffisent dans certains cas pour l'ag- 
graver, et souvent même amènent une fâcheuse termi- 
naison. 

L'enfant , au contraire , dans l'existence morale duquel 
les pensées sérieuses jouent un si petit rôle , l'enfant , vi- 
vant pour ainsi dire d'une vie purement végétative , n'é- 
prouve qu'une seule espèce de chagrin , lorsqu'il est gra- 
vement blessé ; c'est celui d'être forcé de rester au lit , 
et de ne pouvoir s'amuser avec ses petits compagnons. 
Aussi voit-on chez ces petits malades les blessures les 
plus graves se guérir en très peu de temps. J'ai vu , 
il y a cinq ans , un enfant de deux ans à qui un chien 
avait emporté , d'un seul coup de dent , la peau de la ré- 
gion hyposgastrique, les deux tiers de la verge, les bour- 
ses et les deux testicules , être sur pied un mois et demi 
après, avec une verge de six lignes seulement , sans avoir 
éprouvé le moindre accident. Qu'une pareille blessure 
soit faite à un homme de trente ans , qui en concevra la 
gravité et les tristes résultats, et on ne la verra pas, à coup 
sur, se terminer si promptement et d'une manière si 
bénigne. 

Nous pourrions citer encore une foule de faits , prou- 
vant l'influence heureuse ou malheureuse du moral sur 
les blessures, mais ils n'ajouteraient rien à ceux que nous 
venons de relater. Nous allons , dans le chapitre suivant , 
nous occuper des indications que présentent les plaies 
d'armes a feu en général. 



— 110 — 
CHAPITRE III. 

DES INDICATIONS QUE PRÉSENTENT LES PLAIES d' ARMES A FEU, 
ET APPRÉCIATION DES DIVERS MODES DE TRAITEMENT Qu'lL 
CONVIENT DE LEUR APPLIQUER. 



Après s'être assuré que la blessure du malade n'exige 
pas des soins prompts et immédiats, le chirurgien doit 
examiner avec beaucoup d'attention toute la surface du 
corps du blessé , car souvent le coup de feu qu'il vient de 
recevoir peut avoir occasionné la chute du corps, et il 
serait bien possible qu'il y eût une contusion , une frac- 
turc dans un point plus ou moins éloigné de la blessure, 
et ces lésions , en demeurant ignorées pendant un temps 
plus ou moins long, pourraient faire courir de graves dan- 
gers au malade. . . Ce précepte fort sage est tiré de Ledran, 

Cela fait, les soins de l'officier de santé doivent être 
dirigés vers la plaie faite par le projectile , laquelle exige 
un traitement local et un traitement général. Le trai- 
tement local comprend le déhridement , l'application 
des différents topiques antiphlogistiques , la manière de 
panser les blessés , et le traitement général embrasse la 
diète , le régime , l'emploi des antiphlogistiques généraux 
et les divers soins qu'exige pendant quelque temps la 
surveillance des blessés, pour les empêcher par exemple 
d'être soumis à l'action des impressions morales trop vio- 
lentes , etc. Passons en revue chacun de ces moyens thé- 
rapeutiques... 

g I« r . — DÉBRIDEMENT. 

Le débridement se pratique dans deux vues différentes : 
î° pour s'opposer aux accidents inflammatoires , permet- 



— iii — 

trc aux parties débridées de se gonfler librement et s'op- 
poser à l'étranglement , et 2° pour extraire les corps 
étrangers. Il consiste clans un plus ou moins grand nom- 
bre d'incisions faites dans différentes directions , dans les 
tissus aponévrotiques et musculaires , à l'ouverture d'en- 
trée et de sortie , ainsi que clans le trajet du projectile , 
avec un bistouri droit , simple ou boutonné , conduit par 
le doigt ou la sonde cannelée. Nous ne nous occuperons 
dans ce paragraphe que de la première espèce de clébri- 
dement. 

11 est des auteurs qui veulent qu'on pratique le débri- 
dement dès que la blessure est reçue , afin de s'opposer 
aux accidents ultérieurs , c'est ce qu'on nomme debride- 
ment préventif ) d'autres, au contraire, veulent qu'on le 
pratique plus tard et lorsque les accidents commencent 
à paraître. Il en est , enfin , qui sont d'avis cle ne pratiquer 
le clébriclement dans aucun cas cle plaie d'arme à feù 
simple. 

L'opération du débridernent a tour à tour été consi- 
dérée comme utile, puis comme inutile, puis enfin comme 
barbare. Ainsi Lecat dit , dans son Mémoire sur les plaies 
tfarmes à feu, couronné en 1738 par l'Académie royale de 
chirurgie : « On détend , on débride la partie affectée , 
principalement par de grandes incisions , au moyen des- 
quelles la substance clés parties surchargées se dégorge , 
le cours des liquides interceptés se rétablit, les solides 
n'étant pas tiraillés perdent leur éréthisme, et repren- 
nent le calme si nécessaire aux louables opérations de la 
nature (p. 152). 

Percy recommande formellement, lorsqu'une plaie tra- 
verse un membre, d'en débrider les ouvertures et le trajet 
de manière à ce que les deux doigts indicateurs pénétrant 



— 112 — 

l'un par l'ouverture d'entrée, l'autre par l'ouverture de 
sortie , aillent se rencontrer par leur extrémité dans le 
milieu du trajet. 

M. Hutin, au contraire, dit dans sa Relation chirurgicale 
de la prise de Constantine , que le débridement est souvent 
inutile et que les plaies guérissent tout aussi bien sans lui. 

M. Baudens dit, dans sa Clinique des plaies d'armes à feu, 
que jamais il n'emploie le bistouri pour opérer le débri- 
dement préventif, et il n'hésite pas à condamner cette 
méthode comme barbare et souvent nuisible (p. 30). Ce 
reproche cle barbarie me paraît bien peu fondé , car il est 
aisé de comprendre que les douleurs et les accidents con- 
sécutifs d'étranglement qui arrivent dans certains cas, 
parce qu'on n'a pas débridé , ou qu'on a débridé trop 
tard, sont bien plus à redouter que la douleur d'un instant 
qu'on occasionne à un blessé, auquel on débride une 
plaie d'arme à feu. Continuant ensuite son examen cri- 
tique du débridement, M. Baudens ajoute : « La bles- 
sure opérée par le bistouri , ne différant pas essentiel- 
lement de la première , et devant comme elle être suivie 
des phénomènes de l'inflammation n'entraînera-t-elle pas 
un nouveau débridement? » (p. 36.) 

Il me semble en premier lieu que la plaie faite par 
le bistouris diffère essentiellement de la plaie d'arme à 
feu qui est le type de la plaie contuse par excellence ; 
d'ailleurs le débridement pratiqué à l'aide de l'instrument 
tranchant peut être suffisamment aggrandi tout d'abord 
pour permettre aux tissus sous-jacents de se développer à 
leur aise, et par conséquent n'avoir pas besoin d'être refait 
quoiqu'il devienne le siège d'une inflammation plus ou 
moins vive. L'incision résultat du débridement produit du 
reste une saignée locale très avantageuse. C'est l'opinion 



— 113 — 

dé plusieurs chirurgiens distingués, et entre autres, île 
M. Bêgin. 

M. Baudens ajoute enfin, (pag. 39 et 40] « que le gon- 
flement trouvera de l'espace pour se développer dans le 
canal creusé par la balle dans l'épaisseur des parties 
molles — et que même dans les plaies compliquées le 
chirurgien pourra presque toujours se dispenser de débri- 
der, et s'opposer à l'étranglement si dans le principe il a 
eu soin de purger le trajet de la plaie de la présence des 
corps étrangers, s'il a su combiner avec habilité l'emploi 
des saignées générales, locales, et révulsives, les moyens 
diététiques, les topiques, réfrigérants beaucoup trop né- 
gligés, le repos, la position, et le bandage suffisamment 
compressif. » Il me semble d'abord que le plus souvent 
pour purger la plaie des corps étrangers qu'elle contient, 
on a besoin de pratiquer des débridements plus ou moins 
étendus. Je conçois alors qu'on n'ait plus à les pratiquer 
pour s'opposer à l'étranglement. En second lieu, l'emploi 
de quelques uns des moyens dont parle M. Baudens, 
comme le repos , la position n'est pas toujours facile a 
mettre en pratique, en expédition» 

Que penser du débridement préventif en présence d'o- 
pinions si contradictoires, et si nettement formulées? Pour 
ce qui me concerne : je pratiquerai toujours le plutôt 
possible le débridement des plaies d'armes à feu qui au- 
ront leur siège aux membres recouverts d'aponévroses 
fortes et résistantes, comme la jambe, la cuisse , ou sui- 
des parties recouvertes d'une toile organique inextensible 
comme le crâne ; je ferai des incisions longues et pro- 
fondes suivant les cas, et je ne craindrai pas d'être appelé 
barbare pour avoir causé au blessé une douleur de cinq 
minutes, qui dans bien des cas lui aura évité des accidente 
consécutifs mille fois plus graves, — Dans les autres ré~ 



— 114 — 

gions dans lesquelles le développement du gonflement 
traurnatique ne sera pas enrayé par une disposition orga- 
nique ; j'attendrai,.. 

En pratiquant ce débridement on doit se conformer à 
des règles qui se trouvent indiquées avec détail dans tous 
tous les auteurs; comme de faire les incisions selon l'axe 
des membres, d'éviter de léser, les vaisseaux, les nerfs, les 
veines, de toucher les articulations etc. Je n'y insisterai 
par conséquent pas davantage: 

Quand une fois l'opération du débridement est prati- 
quée, et qu'on a appliqué sur la plaie saignante un appa- 
reil simple, on peut abandonner le blessé sur le fourgon 
ou le cacolet qui doivent le transporter, et se dispenser a 
moins de douleur vives, ou de tout autre accident de vi- 
siter sa blessure pendant deux ou trois jours... Alors , il 
supportera plus facilement les secousses du transport, 
tandis que, si on se contente d'appliquer un pansement 
provisoire sur un coup de feu reçu à la cuisse où à la tête, 
on n'est pas sûr de ne pas rencontrer à la levée de ce pre- 
mier appareil, qui souvent ne peut se faire que deux ou trois 
jours après , un gonflement énorme du membre inférieur, 
ou un érysipèle avec étranglement au cuir chevelu", et 
alors les accidents qu'on veut éviter par le débridement 
préventif sont déjà arrivés, il est trop tard. 

§ II. — SANGSUES 

Les auteurs qui ne sont pas partisans du débridement 
se sont demandés si en appliquant autour de la blessure 
une quantité plus ou moins grande de sangsues , on ne 
remplacerait pas cette opération par la saignée abondante 
qui résulterait de la morsure de ces animaux. Il en est qui 
sont fortement partisans de ce moyen thérapeutique , 
d'autres au contraire lui trouvent de graves inconvénients, 



— 115 — 

ooomio par exemple, de favoriser la congestion sanguine 
au lieu de la diminuer, de nécessiter souvent la levée de 
l'appareil, et de former dans certains cas autant d'ulcéra- 
tions qu'il y a de piqûres (Larrey). Il est plus rationnel 
il me semble, une fois la nécessité d'une saignée locale 
admise, de la pratiquer a l'aide du débridement , qu'à 
l'aide des sangsues, dont l'effet n'est pas si prompt, et qui 
dans certains cas peuvent manquer , tandis que l'offi- 
cier de santé a toujours dans sa trousse un bistouri à l'aide 
duquel il peut pratiquer un débridement à toute heure, 
et en toute circonstance. 

§ III. — TOPIQUES. 

Dans le cours du xvi e siècle les erreurs admises sur la 
nature des plaies d'armes à feu, multiplièrent d'une ma- 
nière prodigieuse, les topiques qu'on appliqua à la surface 
de ces solutions de continuité. Aussi Braunschweig, chi- 
rurgien de Strasbourg, les regardant comme des plaies 
envenimées, enfonçait un morceau de lard dans le trajet 
de la balle , et donnait à l'intérieur la thériaque à l'effet 
d'expulser le venin. 

Jean de Vigo, et Alphonse Ferri de Faenza les regar- 
daient aussi comme des plaies envenimées. Le premier 
les cautérisait avec un fer rouge, ou de l'huile brûlante 
dans la vue de détruire le poison qu'elles contenaient. Et 
le second . y appliquait un caustique de sa composition 
dans lequel entraient, le sublimé, le vitriol et la litharge. 

On sait que c'est à Ambroise Paré que la chirurgie 
française est redevable de la suppression de ces caustiques 
cruels et en particulier de l'huile bouillante, dont il se 
repent lui-même avec une grande naïveté de s'être servi 
comme tousses autres prédécesseurs. Après ce grand chi- 
rurgien la question des plaies d'armes à feu a été étudiée 



— 116 — 

avec soin, avec un esprit dégagé d'idées préconçues, et 
après trois siècles d'observations et de recherches, on est 
arrivé à s'en faire les idées très nettes que nous en avons 
aujourd'hui, et à établir : que les solutions de continuité 
qui nous occupent sont de véritables plaies contuses 
n'ayant rien de spécifique, de vénéneux dans leur nature, 
et n'exigeant pour guérir que l'application méthodique 
des topiques ordinaires, tels que les émollients, les réso- 
lutifs, et un pansement simple. 

Les émollients sous forme de cataplasmes sont trop 
lourds et surchargent trop la partie surtout si le blessé est 
obligé de subir les fatigues d'une longue route, comme 
cela arrive souvent en campagne. Du reste comme le talent 
du chirurgien militaire consiste à faire beaucoup avec peu, 
et à se servir des moyens les plus simples pour arriver à 
ses fins, il est un topique qu'on peut se procurer facile- 
ment et qui jouit peut-être plus que tous les autres de 
propriétés sédatives, tempérantes, et antiphlogistiques , je 
veux parler de F eau froide appliquée en permanence sur 
la blessure. 

L'eau froide s'oppose à l'afflux du sang vers la partie 
blessée; elle y entretient une fraîcheur modérée, la rend 
moins douloureuse, et peut, dans certains cas, même très 
graves, triompher de tous les accidents consécutifs. 

L'application de ce moyen thérapeutique exige quel- 
ques précautions qu'il est bon d'indiquer, et sans lesquel- 
les, elle pourrait être suivie d'accidents très graves et diffi- 
ciles à combattre; ainsi, il faut continuer cette application 
pendant un certain temps (au moins pendant quatre ou 
cinq jours après une blessure simple), ne jamais la cesser 
brusquement , sous peine de voir arriver une réaction 
beaucoup plus dangereuse ordinairement et plus difficile 
à combattre que les accidents qui seraient survenus pri- 



— 117 - 

mitivement et que son emploi a enrayés. A laide de ces 
précautions, faciles à observer, on parviendra, dans la 
plupart des cas, à obtenir de très bons effets de l'emploi 
de ce moyen thérapeutique. 

Dans un cas de plaie d'arme à feu. sans complications, 
plus le pansement est simple, mieux il vaut; ainsi, après 
avoir débarrassé, à l'aide d'une lotion froide, l'ouverture 
ou les ouvertures de la solution de continuité , des caillots 
de sang, de la terre, des grains de poudre qu'elles peu- 
vent contenir, après avoir ensuite rasé la partie, si elle est 
garnie de poils, et débridé ou non, selon les circonstan- 
ces, voici quel est le pansement qui me paraît devoir être 
préféré : 

4° Placer immédiatement sur la plaie un morceau de 
mousseline grossière trempée dans l'eau froide , ou dans 
une décoction émolliente. 

2° Recouvrir ce dernier d'un gâteau de charpie sèche. 

3° Àssujétir ces diverses pièces avec une ou plusieurs 
compresses et une ou plusieurs bandes trempées dans de 
l'eau froide simple, ou aiguisée d'un peu de sous-acétate 
de plomb liquide, si on veut la rendre encore plus réso- 
lutive. 

Ce pansement peut demeurer en place trois ou quatre 
jours, et même plus, selon les circonstances, époque à 
laquelle la suppuration s'établit et commence à détacher 
l'escarre. Alors, on n'a plus a craindre les accidents pri- 
mitifs, et il est complètement inutile de continuer l'em- 
ploi de l'eau froide. 

Quoique, dans certains cas, la plaie fournisse une abon- 
dante suppuration, il ne faut pas, pour cela, être prodigue 
de pansements et se laisser subjuguer par l'idée que le 
pus aura une action funeste sur la solution de continuité. 
J'ai toujours vu retirer de bons effets des pansements ra- 



— 118 — 

res. même dans les cas de grandes lésions traumatiques ; 
ils seront donc à fortiori au moins innocents dans un cas de 
plaie d'arme à feu traversant tout simplement les parties 
molles d'un membre. « En général, dit M. Hutin, on dé- 
couvre trop souvent les plaies qui suppurent, dans la pra- 
tique civile; surtout on croit que la présence du pus est 
une chose à craindre, et tous les jours on renouvelle les 
pansements. C'est un grand vice qu'il appartient à la chi- 
rurgie militaire de détruire. » (Pielation de la prise de Cons- 
tantine, p. 67.) 

Quand une fois on a placé sur la plaie le simple appareil 
dont je viens de parler, le blessé peut continuer sa mar- 
che, s'il est atteint sur un point des extrémités supérieu- 
res; mais si le projectile a frappé, au contraire, les mem- 
bres inférieurs, il faut, autant que possible, le placer sur 
une voiture, de manière à ce que ses membres infé- 
rieurs soient dans une position horizontale, car, sans cela, 
la partie blessée devient bientôt le siège de vives douleurs 
et d'un gonflement considérable, comme je l'ai vu arriver 
souvent quand on place sur un cacolet un blessé atteint de 
coup de feu à la jambe, au pied, au genou, etc. 

§ IV. — TRAITEMENT GÉNÉRAL. 

Si la plaie siège sur une région du corps d'une haute 
importance physiologique, où, malgré toute sa simplicité, 
elle pourrait déterminer des accidents fâcheux , comme à 
la tête, sur les parois de la poitrine ou sur celles de l'ab- 
domen, il faut, s'il survient de la fièvre et une réaction 
tant soit peu violente, pratiquer au blessé un nombre de 
saignées générales proportionné à l'intensité des accidents 
qu'il éprouve et à la force de sa constitution. A l'aide de 
ce moyen sagement et énergiquement employé, on par- 
vient, dans bien des cas , à enrayer une affection très 



— 119 — 

grave, une pneumonie, une pleurésie, et dans les blessu- 
res des membres, on diminue les chances d'étranglement.. 
Il faut priver les malades d'une quantité plus ou moins 
grande d'aliments, souvent de leur totalité, leur faire sui- 
vre un régime doux et les surveiller, afin de les empêcher 
de faire des excès de boissons ou autres. « Il est bon, dit 
Ledran, de s'informer de la manière dont vivait le blessé 
avant sa blessure, car la diète ne doit pas être égale à tous 
lès blessés; ainsi, lorsqu'un homme est naturellement 
grand mangeur, on peut, et Ton doit lui accorder quelque 
nourriture, qu'on refuserait avec juste raison à quelqu'un 
qui serait dans le même état, et mangerait peu lorsqu'il 
est en santé. » 

Vouloir priver d'aliments certains peuples, lorsqu'ils 
sont blessés, serait chose impossible; ainsi, M. Bagre, 
chirurgien aide-major au 8 e chasseurs à cheval, rapporte, 
dans le trente-unième volume des Mémoires de chirurgie 
militaire, avoir vu en Afrique, à l'hôpital turc, les Arabes 
blessés se livrer à leur appétit sans retenue, prendre du 
café, manger de la viande , etc. D'après le rapport de cet 
officier de santé, la plupart étaient étendus sur des nattes 
très minces, baignés de pus corrompu par la chaleur, 
exhalant une odeur infecte et ne comprenant pas la néces- 
sité d'un régime diététique quelconque. On sait, du reste, 
qu'il est parfois dangereux de priver de liqueurs spiri- 
tueuses, lorsqu'ils sont blessés, certains peuples habitués 
à en faire largement usage dans l'état de santé. 

Dans des cas, très rares, il est vrai, les boissons spiri- 
tueuses, qui, ordinairement, sont d'un emploi funeste, 
paraissent avoir exercé une heureuse influence sur la mar- 
che de blessures excessivement graves. Je laisse parler à 
ce sujet M. Paoli, chirurgien aide-major au 8 e léger {.thèse 
pour le doctorat , i 843) : a Si quelquefois, dit-il, les boissons 



— 120 — 

spiritueuses ont une influence fâcheuse sur les suites de 
l'inflammation, quelquefois aussi, comme s'il y avait, 
ainsi que le dit le proverbe, un Dieu pour les ivrognes, sang 
qu'on puisse expliquer leur action autrement que comme 
toniques , elles ont une influence incontestablement salu- 
taire, ainsi que j'en ai recueilli un cas en Afrique, chez un 
militaire atteint de fracture comminutive de la partie su- 
périeure du fémur, suite d'un coup de feu. Il ne fut pas 
amputé par le chef de service, qui ne voyait pas dans sa 
blessure une indication franche d'amputation, et croyait 
le malade perdu. Ce malade commençait à tomber dans le 
marasme à la suite des pertes abondantes que la suppura- 
tion lui faisait éprouver, et avait déjà un commencement 
de diarrhée colliquative , lorsqu'au bout de quelques 
temps, il s'opéra en lui un changement qui le fit échapper 
comme par miracle à la mort, son rétablissement datant, 
selon lui, du jour où, en cachette, il se livrait à de larges 
libations de vin et d'eau-de-vie. La même observation a 
été faite pour les nombreux amputés de l'affaire de la 
Tafna : les opérés , quoiqu'ayant vidé un petit tonneau 
d'eau-de-vie qui se trouvait dans une des voitures de 
transport , non seulement n'éprouvèrent aucun accident 
en route, mais encore se trouvèrent en bonne voie de gué- 
rison. » 

Après avoir lu de pareilles observations , qui semblent 
autoriser, dans certains cas, l'emploi des spiritueux, il est 
bon, pour ne pas se laisser leurrer d'un vain espoir, de 
faire remarquer qu'une pareille chance se manifeste peut- 
être une fois sur mille, et que bien des blessés paient cha- 
que jour de leur vie le moindre écart, la moindre impru- 
dence commis dans le régime qu'on leur trace. Enfin, 
pour terminer ce qui concerne le traitement des plaies 
d'armes à feu simples,, on doit faire prendre au malade, 



— 121 — 

dans le principe, et si les circonstances le permettent, des 
boissons rafraîchissantes, le garantir, autant que possible, 
des vicissitudes atmosphériques, éviter de le soumettre à 
de vives impressions morales dont l'effet pourrait être fu- 
neste, même dans un cas de plaie d'arme à feu très- 
simple. 

§ V, — TRAITEMENT DES PLAIES D'ARMES A FEU, AVEC LÉSION 

DES OS. 

Quand un projectile a borné son action à contusionner 
un os, et qu'il en résulte une inflammation du périoste, 
avec collection purulente sous-périostique , et plus tard, 
par conséquent, nécrose de l'os , le traitement le plus ra- 
tionnel consiste à employer dans le principe les topiques 
émollients, et plus tard, lorsque la collection purulente 
est formée, à l'évacuer dès qu'on le peut, car c'est elle qui 
fait tout le mal, en dénudant l'os, dont la nécrose sera 
d'autant plus étendue, que le pus aura séjourné et fusé 
davantage sur la surface osseuse. 

L'homme qui reçoit une balle qui lui fracture le fémur 
dans un point quelconque de son étendue, tombe sous le 
coup et se trouve, à dater du moment de sa blessure, dans 
l'impossibilité absolue de mouvoir son membre et de s'en 
servir en aucune façon. Pour un homme qui ne serait pas 
blessé sur le champ de bataille , l'indication serait facile à 
remplir, car le chirurgien aurait tout le temps nécessaire 
pourexaminerlablessure,voirsila fracture est simple, si, au 
contraire, elle est accompagnée d'un plus ou moins grand 
nombre d'esquilles, si elle est compliquée de lésion d'ar- 
tères, des veines, des nerfs; dans ce cas, il s'empresserait 
d'extraire tous les corps étrangers, de lier les vaisseaux 
ouverts, ou du moins d'arrêter l'écoulement du sang par 
la compression, et enfin d'appliquer \m appareil propre à 



— 122 — 

s'opposer à la mobilité des fragments et à favoriser leur 
consolidation. 

Mais il est un adage vulgaire qui dit : à la guerre comme 
à la guerre y et qui exprime très bien la différence existant 
entre la manière de pratiquer la chirurgie militaire dans 
un hôpital ou sur un champ de bataille. Dans le premier 
cas , en effet » on est pourvu de toutes les ressources ima- 
ginables, et on a devant soi tout le temps nécessaire; dans 
le second cas, au contraire, il faut faire beaucoup en très peu 
de temps, et souvent avec très peu de ressources. Ainsi, 
qu'un soldat ait, comme je l'ai déjà supposé, une fracture 
du fémur, il est évident qu'au milieu de l'action , sous le 
feu de l'ennemi, et quelquefois au milieu d'une retraite, 
on ne pourra s'occuper d'une thérapeutique achevée et 
parfaite. On appliquera le plus promptement possible au 
blessé , et souvent sans défaire ses pantalons , un appareil 
contentif grossier , consistant en deux ou trois attelles , 
maintenues autour de la jambe et de la cuisse par des 
bandes, ou toute autre espèce de lien solide, on le placera 
sur une voiture ou un brancard, à l'aide duquel il sera 
transporté à l'ambulance , ou , à proprement parler, seu- 
lement on lui soignera sa fracture, La, les esquilles seront 
extraites après des débridements plus ou moins larges-, 
lhémorrhagie, provisoirement arrêtée sous le feu de l'en- 
nemi par la compression , sera définitivement combattue 
après la ligature du vaisseau lésé , ou par l'amputation du 
membre , et enfin on procédera , si on peut conserver le 
membre , à l'application d'un appareil permanent con- 
venable. 

Quand on fait partie d'un petit détachement, et qu'on 
est loin de l'ambulance, on doit attendre la première 
halte , le premier bivouac pour prodiguer aux blessés , 
atteints de fractures , les soins dont je viens de parler, et 



— 123 — 

quand on n'a pas à sa portée , au moment de l'accident, 
des attelles et tout ce qu'il faut pour appliquer un appa- 
reil provisoire indispensable ; il faut se créer ces ressour- 
ces comme on le peut , et appeler à son aide l'inspiration 
du génie, à l'aide duquel on fait souvent beaucoup , et 
bien, avec peu de chose. 

Quand les os longs , comme le fémur, le tibia, l'humé- 
rus, sont atteints par une balle qui les traverse près de 
leurs extrémités articulaires sans les fracasser, le panse- 
ment est très simple, absolument comme celui que néces- 
site une plaie d'arme à feu des parties molles. Alors il 
n'est pas nécessaire d'appliquer un appareil à fracture. 

Tous les auteurs s'accordent à considérer les frac- 
tures comminutives des os longs par armes à feu ; et sur- 
tout celles qui siègent sur le fémur, comme des cas d'am- 
putation. C'est une question que nous examinerons plus 
bas avec détail, quand il s'agira des plaies des membres. 

Une fois la plaie débarrassée de tous les corps étrangers 
qu'elle contenait, les vaisseaux liés , en un mot toutes les. 
indications les plus pressantes remplies, quel est l'appareil 
le plus convenable à appliquer autour d'un membre frac^ 
turé chez un soldat, qui doit parcourir encore une route 
plus ou moins longue avant d'arriver à un hôpital fixe et 
approvisionné de secours ? 

Si la route qui doit être parcourue est courte, si on est 
pourvu de moyens de transport commodes , et si on a la 
possibilité de changer le pansement toutes les fois que 
le cas l'exigera, après avoir appliqué sur la plaie un pan- 
sement simple et arrosé d'eau fraîche, on entourera le 
membre de l'appareil contentif simple à bandelettes sé- 
parées , dont on trouve la description dans tous les au- 
teurs. On apportera le plus grand soin dans sa confec- 
tion , afin que les secousses du transport ne le défassent 



— Î24 — 

pas, et on ne îe serrera pas trop, pour permettre au gon- 
flement primitif de se développer à son aise et sans trop 
de douleurs pour le blessé. On fera bien ensuite d'arroser 
îe tout pendant les quarante-huit premières heures , ou 
les trois premiers jours , avec de l'eau froide , agent thé- 
rapeutique puissant -, sur la vertu duquel nous avons déjà 
insisté, et ordinairement assez facile a se procurer. Mais si 
au contraire, le blessé doit faire une longue route sur des 
chariots , mais suspendus , et sur un chemin inégal , il im- 
porte de placer le membre dans un appareil inamovible , 
solidement construit, et pas trop serré cependant, en- 
veloppant le membre depuis son extrémité digitale 
jusqu'à son insertion au tronc. On pourra laisser à cet 
appareil des ouvertures , au niveau de la plaie produite 
par la balle et des incisions qu'on aura faites pour extraire 
les corps étrangers, les esquilles. Ces ouvertures permet- 
tront au pus de s'écouler librement au dehors , et facili- 
teront l'application des différents topiques sur les solu- 
tions de continuité. 

J'ai dit un peu plus haut qu'ils ne fallait pas trop serrer 
l'appareil inamovible, car sans cela on s'expose à voir le 
gonflement entravé dans sa marche, et la gangrène surve- 
nir, surtout dans un membre de l'intérieur duquel on 
n'aurait pas scrupuleusement extrait toutes les esquilles 
On ne doit pas balancer un seul instant à fendre un appa- 
reil inamovible dans toute sa longueur, et à l'enlever pour 
en appliquer un second de même nature ou de nature 
différente, si quelque temps après son application on en- 
tend le blessé se plaindre de douleurs vives occasionnées 
par sa dureté, ou par sa trop grande constriction. En 
négligeant de se conformer à ce sage précepte on s'expose 
souvent à donner naissance à des accidents très redou- 



— 125 — 

tables, et quelquefois irrémédiables Le cas suivant con- 
firme pleinement la proposition que j'avance. 

Un homme entre a la clinique de l'Hôtel-Dieu de Mar- 
seille pour une fracture simple du tibia gauche. Les par- 
I ties molles sont le siège d'un gonflement, assez considé- 
rable, et les environs de la fracture sont ecchymoses. On 
applique tout d'abord quelques résolutifs, et le quatrième 
jour on enferme le membre dans un appareil amidonné. 
Le soir, a la contre-visite, le malade a de la fièvre et se 
plaint que son bandage est un peu serré, on ne l'écoute 
pas croyant que ses plaintes sont exagérées. . . le lendemain 
même plaintes. . . enfin le troisième jour on est frappé à la 
visite, de l'odeur de sphacèle qu'exhale ce malheureux, on 
coupe son appareil, et on trouve toute la peau de la région 
jambière antérieure sphacelée. Les fragments delà frac- 
ture baignaient dans une matière ichoreuse et fétide , et 
huit jours après, cet homme avait succombé. (Extrait de 
ma thèse pour le doctorat décembre 1840). 

L'appareil dont il est ici question est connu depuis 
fort longtemps , puisque l'idée première en remonte à 
Galien qui dit ( Opéra omnia, tom. iv, page 176 bis, edito 
veneta, 4619). «...Pour panser les os fracturés, prenez 
delà poix, de l'encens en poudre, des fleurs de mauve, 
du blanc d'œufs, et des dattes. Mêlez le tout ensemble, 
et appliquez le composé avec des étoupes, des com- 
presses et des bandes... De siècle en siècle la matière 
plastique a subi des perfectionnements, on y a tour à tour 
ajouté et substitué diverses substances qu'il serait trop 
long d'énumérer, et dont les principales sont : la farine de 
seigle (Monteggia). — Le vinaigre camphré (baron Lar- 
rey). — L'acétate de plomb liquide (baron H. Larrey). — 
L'amidon (Seutin). — La dextrine (Velpeau). La substance 
dont je crois l'emploi préférable, et dont je me servirai 



— 126 — 

dans l'occasion est une solution d'amidon qu'on peut 
préparer d'avance, et se procurer dans presque toutes les 
circonstances, tandis qu'en expédition on n'a pas toujours 
des œufs h son service, or nous savons qu'en chirurgie 
militaire il faut viser au plus simple, au plus facile, et au 
plus sûr. 

On seconde ensuite l'application des moyens locaux 
dont je viens de parler par la diète, les boissons délayantes, 
et l'emploi des saignées générales faites en nombre pro- 
portionné à l'intensité des accidents et la constitution plus 
ou moins vigoureuse du sujet. 

11 n'est pas besoin de dire, que tous les blessés atteints 
de fractures aux membres inférieurs devront être placés 
autant que possible dans la position horizontale , tandis 
que les soldats porteurs de fractures aux membres supé- 
rieurs , pourront, s'ils n'ont pas perdu trop de sang, et 
surtout s'ils sont doués d'un moral énergique continuer 
encore plus ou moins longtemps à marcher dès que leur 
fracture aura été entourée d'un appareil solidement ap- 
pliqué. 

Je n'insisterai pas longtemps sur le traitement des acci- 
dents terribles accompagnant; dans certaines circonstan-. 
ces les fractures comminutives des membres, tels que, fu- 
sées purulentes très étendues, étranglement, gangrène; 
dans la majorité des cas , ils entraînent la mort du 
blessé t malgré l'emploi le mieux entendu des moyens 
thérapeutiques. Il n'y a qu'un moyen d'en triompher : 
c'est de pratiquer à temps l'ablation de la partie frac- 
turée. 

Les fractures, suites de coup de feu, sont souvent ac- 
compagnées, après leur consolidation, de difformités dans 
les membres blessés, et en second lieu, comme elles sont 
très longues à guérir, les articulations voisines se rouil- 






_ 127 — 

lent, pour ainsi dire, par le long repos auquel elles sont 
soumises, et restent souvent des mois , et môme des an- 
nées, avant de reprendre le libre exercice de leurs fonc- 
tions, dont il faut aider le rétablissement par des frictions 
huileuses et camphrées, et en tenant constamment le mem- 
bre sous l'influence d'une douce température. L'usage de 
certaines eaux minérales peut aussi quelquefois produire 
de très bons effets en pareille circonstance. 

Il arrive enfin que, chez quelques blessés, des esquilles 
secondaires ou tertiaires mettent un temps infini à se dé- 
tacher des parties environnantes, d'où résulte l'établisse- 
ment de ces fistules en cul-de-poule, si faciles à reconnaî- 
tre quand on a eu l'occasion d'en voir seulement quelques- 
unes. Ces fistules persistent jusqu'à ce que la plaie ne 
contienne plus de corps étrangers , et fournissent, dans 
certains cas, une suppuration assez abondante. 

Les os plats entrant dans la composition des parois des 
cavités splanchniques, comme ceux du crâne, ceux de la 
poitrine, se fracturent ordinairement en un assez grand 
nombre d'esquilles, qu'il faut s'empresser d'extraire, parce 
qu'elles agissent d'une manière funeste sur les organes 
sous-jacents, qu'elles piquent, irritent, enflamment, com- 
priment. Nous verrons, en nous occupant des plaies de 
tète et des plaies de poitrine > les désordres qu'elles peu- 
vent produire sur le cerveau et sur les poumons. On enlè- 
vera sur le champ celles qu'on sentira les plus mobiles, 
celles qui seront le plus à la portée des doigts et des ins- 
truments. On appliquera sur la plaie un appareil simple, 
et on attendra la circonstance propice la plus proche , 
pour ramener la plaie à des conditions de simplicité. 

Quand les os courts, atteints par une balle, sont peu 
volumineux, comme ceux du carpe» ils sont brisés en 
mille fragments et nécessitent l'amputation de la partie du 



niembrc immédiatement supérieure ; mais sils sont plus 
volumineux, ils peuvent, non seulement fournir plu- 
sieurs esquilles qu'il faut s'empresser d'extraire, mais en- 
core contenir le projectile dans leur intérieur. Il résulte de 
cette dernière circonstance des suppurations et des fistules 
qui durent jusqu'à l'expulsion naturelle ou l'extraction du 
corps étranger. J'ai cité plus haut un cas de ce genre, re- 
latif au calcanéum. 

§ VI. — TRAITEMENT DES PLAIES ^ARTICULATIONS. 

La blessure des petites articulations, comme celles des 
phalanges entre elles, est, en général, de peu de gravité, on 
peut s'opposer à toute espèce d'accident, si de bonne heure 
on a soin de régulariser la surface de la plaie , d'enlever 
toutes les petites esquilles qu'elles contient, ou de pratiquer 
soit une désarticulation facile , soit une amputation dans 
la continuité des phalanges, on peut ensuite tenter la 
réunion immédiate qui généralement ne se fait r pas long- 
temps attendre, tandis que, si on s'est contenté d'extraire 
les esquilles , la réunion ne se fait qu'après suppuration 
comme dans tous les cas de plaies d'armes a feu. Mais le 
danger grandit à mesure que le volume de l'articulation 
augmente. Si par exemple, une balle traverse l'articula- 
tion huméro-cubitale , la radio-carpienne , la tibio-tar- 
sienne, la fémoro-tibiale, alors, de deux choses, l'une, ou 
le projectile a traversé l'extrémité articulaire d'un de ces 
os sans produire de fragments, et en s'y creusant tout 
simplement un canal, ou bien il a donné lieu à la forma- 
tion d'un nombre plus ou moins considérable d'esquilles 
qui , en pénétrant dans l'articulation y causeront des acci- 
dents inflammatoires de la plus haute gravité. Dans le pre- 
mier de ces deux cas, on peut après avoir débridé les deux 
ouvertures et soumis le blessé à un traitement antiphlo- 



— 129 — 

gistique générale énergique, espérer de conserver le mem- 
bre ; mais il faut pour cela , je le répète , ne pas craindre 
de faire de bonne heure de grandes incisions , pour donner 
issue aux collections purulentes qui pourraient se former 
plus tard , et procurer un libre champ au gonflement in- 
flammatoire , d'appliquer dans le principe autour de la 
partie blessée un grand nombre de sangsues , et de faire 
des saignées générales en nombre proportionné à la gra- 
vité des accidents et à la constitution du sujet... Malgré 
toute l'assiduité des soins qu'on prodigue au blessé dans 
un cas pareil , il est rare qu'il conserve après la guérison 
l'intégrité des mouvements de son articulation, qui devient 
assez ordinairement le siège d'une ankylose. 

Dans le second cas, c'est-à-dire quand l'articulation est 
le siège de grands désordres , il n'y a que deux moyens 
thérapeutiques à employer : 1° l'amputation du membre 
au dessus de l'articulation ; 2° ou seulement la résection 
des extrémités articulaires. L'amputation est préférable . 
pour bien des motifs, pour les grandes articulations, comme 
la fémoro-tibiale, la coxo-fémorale , etc. Elle est préféra- 
ble d'abord, parce qu'elle est plus promptement exécutée 
que la résection , promptitude qui doit être prise en con- 
sidération sur le champ de bataille ; ensuite parce qu'en 
pratiquant l'amputation , on enlève non seulement les os 
comminués , mais encore les portions de chairs contuses 
parle projectile, qui, étant plus ou moins conservées dans 
la résection , suffisent dans certains cas pour établir la 
suppuration ou pour la prolonger, et empêcher par consé- 
quent la réunion immédiate. 

On se demande, d'un autre côté, si, quand une at> 
ticulation aussi vaste que la coxo-fémorale est blessée, 
il ne vaut pas mieux essayer de conserver le membre par 
la résection que d'en priver îe blessé , en lui faisant subir 

9 



— . 130 — 

une des plus affreuses mutilations que la chirurgie pro- 
duise sur le corps humain. La solution de cette question se 
trouve tout entière renfermée dans l'observation de résec- 
tion fémoro-iliaque pratiquée sous les murs d'Anvers par 
M. Seutin, sur un soldat nommé Lisieux. On y voit l'opéra- 
teur obligé d'extraire six pouces environ du fémur par une 
énorme incision partant en haut de la crête iliaque et des- 
cendant jusqu'à trois pouces au-dessous du grand trochan- 
ter. Croit-on que les douleurs occasionnées par une opéra- 
tion si longue, agissant sur une surface si large, ne peuvent 
pas être mises en parallèle avec les douleurs violentes, il 
est vrai , mais si courtes , de la désarticulation? Et au 
moins, dans ce cas, a-t-on plus de chance de réunion im- 
médiate. 

Je crois, pour mon compte, que, dans les cas de plaies 
d'armes à feu aux articulations de second et de troisième 
ordre, il faut préférer la résection à l'amputation, tandis 
que je regarde ce moyen comme préférable pour les arti- 
culations de premier ordre , comme la coxo-fémorale , la 
tibio-fémorale, etc. 

Il y a des blessés qui se refusent à l'amputation ou à la 
désarticulation de leur membre ; ceux-là courent de gran- 
des chances de mort. Voici quelle est la conduite qu'on 
doit tenir à leur égard : simplifier la plaie autant que pos- 
sible, placer le membre dans un appareil à fracture ordi- 
naire et s'opposer avec énergie, par les antiphlogistiques 
et le débridement, àl'invasion des accidents inflammatoires. 
Plus tard, quand la suppuration est arrivée, il faut donner is- 
sue au pus par de nouvelles incisions pratiquées au point 
le plus déclive et attendre patiemment la guérison par an- 
kylose, qui n'arrive que très rarement, pour ne pas dire 
jamais, « car, dit Lcdran , si le chirurgien est assez heu- 
reux pour empêcher tous les accidents dont ces sortes de 



— 131 — 

plaies sont susceptibles, ou pour en arrêter les progrès, il 
doit craindre que la plupart de ses malades ne périssent, 
dans la suite du traitement, par le marasme ou parle cours 
de ventre, suites assez ordinaires des longues suppura- 
tions. » (Réflexions tirées de la pratique des plaies d'armes à 
feu, p. 220. ) 

Quand il se présente une fracture comminutive produite 
par un projectile à la partie moyenne d'un membre volu- 
mineux comme la jambe, que la vue ou le tact font recon- 
naître des fissures osseuses pouvant s'étendre jusqu'à l'ar- 
ticulation immédiatement supérieure, quand l'existence 
des désordres articulaires dont je parle est confirmée par 
des douleurs plus ou moins vives dans cette articulation, 
il ne faut pas craindre d'amputer au-dessus d'elle; agir 
autrement serait peine perdue et serait vouloir causer au 
blessé d'inutiles douleurs. On en serait bientôt convaincu 
par la prompte apparition des accidents articulaires. J'ai, 
du reste, cité à l'appui de ce précepte un cas fort remar- 
quable, à la page 4 4. 

§ VII. — TRAITEMENT DES PLAIES DARMES A FEU, AVEC LÉSION 
DES VAISSEAUX. 

Quand nous nous occuperons de l'hémostatique , nous 
aurons à revenir plus bas sur les moyens d'arrêter les hé- 
morrhagies. Nous nous contenterons de donner dans ce 
paragraphe quelques préceptes généraux sur les soins à 
donner aux blessés atteints de lésions de vaisseaux plus ou 
moins volumineux, et à ceux chez qui on soupçonne l'exis- 
tence de cette grave complication. 

Quand un vaisseau artériel de quatrième, troisième, et 
même de second ordre, est ouvert, à la suite d'une plaie 
d'arme à feu, nous avons vu qu'ordinairement il ne four- 
nissait pas d'hémorrhagie. Le chirurgien se contentera 



— 132 — 

alors d'appliquer sur la blessure un pansement simple ; 
mais, averti par ses connaissances anatomiques , et d'a- 
près la situation de la blessure , que telle ou telle artère 
peut avoir été touchée par le projectile, il surveillera son 
malade avec beaucoup de soin tant qu'il lui sera confié , 
et le recommandera à l'attention de celui qui sera chargé 
de le traiter plus ou moins longtemps après l'action. 

Si des artères volumineuses comme la crurale, la caro- 
tide ont été ouvertes par des projectiles, ou bien la plaie 
de leur calibre est assez petite pour être bouchée par l'es- 
carre, et alors il n'y a pas d'écoulement primitif de sang, 
ou bien, au contraire, la plaie est large, et alors ce der- 
nier s'effectue avec une rapidité et une abondance vrai- 
ment effrayantes, devenant bientôt funestes au blessé, si 
l'art n'intervient promptement. Quand il n'yapasd'lïémor- 
rhagie primitive et qu'on soupçonne pourtant une lésion ar- 
térielle, il faut établir entre la blessure etlecœur un point de 
compression de précaution et se tenir sur le qui vive , dans 
la crainte d'être assailli par une hémorrhagie secondaire 
qui serait d'autant plus funeste qu'on s'y attendrait moins 
et qu'on serait dans la pénurie cle moyens hémostatiques 
préparés d'avance; mais quand l'écoulement du sang ar- 
tériel au-dehors avertit manifestement le chirurgien du 
danger que court son malade, il doit d'abord arrêter l'hé- 
morrhagie par une compression bien faite, soit avec un 
garot, un compresseur, de la charpie et des bandes, en un 
mot, avec ce qui sera le plus a sa portée, car, en pareil 
cas, le moindre retard est préjudiciable, et sur le champ 
de bataille, il faut agir tuto et cito. Il attendra ensuite l'oc- 
casion la plus prochaine et la plus favorable pour prati- 
quer la ligature du vaisseau au-dessus du point blessé. 

La lésion des artères et des veines renfermées dans les 
cavités splanchniques occasionne des accidents très graves, 



~ 133 — 

et contre lesquels l'art est bien souvent d'une nullité dé- 
sespérante. Nous y reviendrons dans la seconde partie de 
notre travail à l'occasion des plaies de poitrine et de Y ab- 
domen. 

Dans la plupart des cas, on arrête avec assez de facilité 
l'écoulement de sang résultant de l'ouverture des veines 
des membres, en exerçant une compression modérée entre 
la blessure et les extrémités digitales de ces membres. 

11 n'y a qu'un petit projectile , comme un plomb de 
chasse, qui soit susceptible de déterminer un anévrisme 
artérioso-veineux par la lésion simultanée d'une artère et 
d'une veine. Cette affection n'exige aucun traitement ex- 
temporané spécial sur le champ de bataille ou sur le lieu 
ou elle est produite; elle n'a besoin que de soins consécu- 
tifs qu'on trouve consignés dans tous les auteurs, 

§ VIII. — TRAITEMENT DES PLAIES p' ARMES A FEU , AVEC LÉSION 
DES NERFS. 

Quand un filet nerveux a été incomplètement coupé ou 
contus, il n'y a qu'un seul moyen de faire cesser les dou- 
leurs, ordinairement très violentes, qu'éprouve le blessé : 
c'est d'en achever la section. Sans cela, on applique en 
vain toute la série des émolliens et des narcotiques. 

Quand plusieurs filets nerveux d'un membre ont été 
coupés et qu'il en résulte le sphacèle de ce dernier. L'am- 
putation est le seul moyen à employer pour sauver les jours 
du blessé. 

Dans certaines circonstances une portion du système 
nerveux se trouve commotionnée, ébranlée, il en résulte 
un trouble dans les fonctions de ces nerfs se manifestant 
par des engourdissements, des paralysies même des orga- 
nes qui en reçoivent leur influx nerveux. On voit souvent 
par exemple, à la suite des blessures des régions sus et 



— 134 — 

sous claviculaires , axillaire , survenir des paralysies du 
membre supérieur correspondant, qui souvent sont très re- 
belles malgré l'emploi le mieux entendu de tous les moyens 
thérapeutiques voulus en pareil cas, qui sont, les frictions 
sèches, renduesplus tard excitantes, l'application d'un nom- 
bre variable de moxas sur le trajet des principaux filets 
nerveux du membre. Ces derniers agissent en excitant for- 
tement, en réveillant pour ainsi dire la sensibilité endor- 
mie, et c'est à leur aide que le Baron Larrey rapporte avoir 
obtenu la guérison de certaines paralysies durant déjà de- 
puis très longtemps, et qui semblaient devoir être incura- 
bles. 

Quand un projectile a pénétré dans nos tissus, où il est 
demeuré après avoir contus ou déchiré une portion quel- 
conque du système nerveux, il y entretient des accidents 
souvent fort graves qui ne cessent que lorsqu'on l'a extrait. 
Il faut donc s'occuper en première ligne de l'extraction de 
ce corps étranger, et si on ne peut parvenir à la pratiquer, 
se rejeter alors sur l'emploi des narcotiques, servant au 
moins à calmer les souffrances des malheureux blessés. 

Nous reviendrons plus bas sur la lésion des nerfs consi- 
dérée dans chaque région du corps en particulier. 

§ IX. — TRAITEMENT DES PLAIES D* ARMES A FEU AVEC LÉSION 
DES VISCÈRES. 

Nous avons vu plus haut que la gravité des blessures 
viscérales se déduit : 1° de l'importance des fonctions phy- 
siologiques que ces organes sont chargés de remplir, 2° des 
fréquents accidents inflammatoires qui les accompagnent 
3°. de l'épanchement de substances irritantes qui à leur 
suite s'opère presque toujours dans l'intérieur des cavités 
séreuses si inflammables. 

Les vues de la thérapeutique doivent donc se diriger 



— 135 — 

spécialement contre ces trois accidents, elles consistent 
dans un petit nombre d'indications fondamentales qu'on 
doit remplir dans tous les cas dès qu'on le peut. Ce sont : 
1° l'emploi d'abondantes saignées locales et générales; 
2° l'extraction, si elle est possible, des corps étrangers 
consistant ordinairement en épancliement sanguin, bilieux, 
stercoral, urinaire, 3 e et enfin l'usage des moyens aptes à 
empêcher la continuation de cet épancliement, comme 
l'entéroraphie dans une plaie intestinale, la gastroraphie 
dans celle de l'estomac, l'introduction d'une sonde dans 
l'urètre, dans les lésions de la poche urinaire. 

Outre ces corps étrangers provenant des viscères lésés, 
il en est d'autres qui sont produits par les parois des ca- 
vités viscérales, comme les esquilles des os du crâne, des 
côtes, dans les plaies de tète et dans celles de poitrine. Il 
est évident qu'il n'y a pour ces derniers aussi qu'une seule 
indication principale, celle de l'extraction. 

Ayant à examiner plus en détail dans la seconde partie 
de ce travail, les plaies de chaque viscère en particulier, et 
leur traitement, il est inutile d'y insister plus long-temps 
dans ce chapitre. 

§ X. — TR4ITEMENT DES PLAIES D' ARMES À FEU, COMPLIQUÉES 
DE COMMOTION ET DE STUPEUR. 

La commotion et la stupeur sont deux accidents des 
plaies d'armes à feu qui n'exigent aucun traitement spécial, 
et se dissipent d'eux mêmes quand ils proviennent d'une 
cause qui ne les a pas développés a un degré très élevé , 
Dans ce cas, ils ne constituent pour ainsi dire pas des ac- 
cidents à proprement parler, et sont des complications ha 
bituelles de presque toutes les blessures. Chacun sait en 
effet, que la moindre contusion à la tête est suivie de ver- 
tiges, d'éblouissements, et que tout blessé éprouve, lors de 



~~ 136 — 

son accident, un petit moment de commotion, de stupeur, 
qui se dissipe promptement, et qui dans certaines circons- 
tances, est aussi rapide que la pensée. 

Mais, quand la commotion a été plus violente, quand 
elle a anéanti pendant un certain temps les fonctions d'un 
organe; elle constitue une complication véritablement 
grave contre laquelle il faut diriger des moyens capables 
d'exciter l'organe commotionné, et de lui faire reprendre 
ses fonctions. Quand c'est le cerveau qui est commotionné 
on y parvient par les frictions sèches à l'extérieur, par 
l'application de sinapismes aux extrémités inférieures en 
mettant en contact avec la muqueuse nasale des vapeurs 
irritantes, puis, quand l'organe sort de l'espèce de som- 
meil dans lequel il était plongé, il survient ordinairement 
une réaction variant de force selon le degré de la commo- 
tion, réaction qui nécessite l'emploi d'une ou plusieurs 
saignées générales. Au sujet delà commotion cérébrale; il 
est bon de recommander aux praticiens la plus scrupuleuse 
attention pendant quelques jours, à l'égard de leurs mala- 
des commotionnés , car souvent on voit arriver quatre, 
cinq, six, ou huit jours après l'accident, une inflammation 
cérébrale, qui serait d'autant plus dangereuse qu'on ne 
se serait pas attendu à son apparition , et qu'on n'aurait 
enrayé son développement latent par aucune médication. 

La stupeur a aussi comme la commotion sa période de 
réaction. Le chirurgien doit appeler cette dernière, et sa- 
voir la modérer lorsqu'elle est arrivée. 

On peut profiter delà période d'anéantissement, quand 
toute fois elle n'est pas profonde, pour pratiqueras diffé- 
rentes opérations chirurgicales que nécessite la blessure, 
car malgré l'opinion de quelques auteurs, je crois que ce 
moment doit être choisi de préférence, d'abord parce que 
le blessé ressent moins de douleurs à la suite des manœu- 



— 137 — 

vres auxquelles se livre le chirurgien, et ensuite parce que 
ce dernier n'aura jamais la certitude de l'instant ou il sera 
maître d'opérer, s'il est obligé d'attendre la cessation de 
la stupeur qui n'arrivera peut-être qu'après vingt quatre 
ou quarante huit heures, et sera immédiatement remplacée 
par une réaction contre indiquant tout aussi bien qu'elle 
toute manœuvre opératoire. 

Quand la stupeur se termine par la gangrène de la par- 
tie blessée, il est urgent de pratiquer l'ablation de cette 
dernière, dès que les circonstances le permettent. 

§XI. — TRAITEMENT DES PLAIES d' ARMES A FEU, COMPLIQUÉES 
DE DOULEURS. 

La douleur qui accompagne immédiatement toute plaie 
d'arme à feu, est trop fugitive pour qu'on puisse diriger 
contre elle des moyens thérapeuthiques. L'art n'a de prise 
que sur la douleur de réaction, sur celle qui se développe 
plus ou moins longtemps après l'accident, et qui est pro- 
duite par des causes très variables. On conçoit que le 
traitement le plus logique à opposer à la douleur, sera 
celui qu'on dirigera contre la cause qui lui donne nais- 
sance. Ainsi : un blessé dont les chairs d'un membre seront 
piquées parles esquilles d'une fracture comminutive, sera 
délivré de ses douleurs immédiatement après l'extraction 
de ces pièces osseuses. Celui à qui une balle aura contus ou 
déchiré à moitié un filet nerveux, sera soulagé dès qu'on 
aura achevé la sectiori de cette branche nerveuse. Enfin, 
celui qui éprouvera les douleurs si violentes de l'étrangle- 
ment, cessera de se plaindre, dès qu'on aura permis au 
gonflement de se développer en pratiquant des incisions 
convenables. 



— 138 — 

§ XII. — TRAITEMENT DES PLAIES D'ARMES A FEU, COMPLI- 
QUÉES d'étranglement. 

L'étranglement a son moyen thérapeutique chirurgical, 
spécifique, c'est le débridement, qui consiste, comme nous 
l'avons déjà dit en un nombre plus ou moins considérable 
d'incisions variant de longeur et de profondeur, suivant le 
volume de la partie ou siège l'étranglement. Ces incisions 
permettent aux tissus enflammés de se gonfler à leur aise, 
et au chirurgien d'extraire avec facilité les corps étran- 
gers que la plaie peut renfermer. Le débridement pratiqué 
à temps calme les douleurs des blessés, et imprime à la lé- 
sion traumatique une marche favorable, mais s'il est fait 
trop tard, alors que la suppuration a déjà eu le temps de 
fuser au loin dans les interstices musculaires, on doit se 
méfier de l'abondance du pus, qui affaiblit le malade, l'ex- 
pose à la résorption purulente, au marasme, et peut dans 
bien des cas faire repentir le chirurgien de n'avoir pas 
opéré plus promptement. 

§XI11. — TRAITEMENT DES PLAIES D'ARMES A FEU, COMPLI- 
QUÉES DE CORPS ÉTRANGERS. 

Tous les chirurgiens sont d'un accord unanime sur la né- 
cessité d'extraire les corps étrangers, qu'on peut regarder 
comme de véritables ennemis enfermés dans notre organi- 
sation, y développant une foule d'accidents très graves, et 
s' opposant à la cicatrisation de la moindre blessure tant 
qu'on n'en pratique pas l'extraction. Il est des cas cepen- 
dant où le séjour d'un corps étranger dans l'économie cau- 
se moins d'accidents que ceux qui suivraient son extrac- 
tion, alors il convient de l'y laisser, d'après le conseil de 
plusieurs auteurs recommandables. Mais ces cas ne cons- 
tituant qu'une très rare exception, occupons nous de la 
règle générale. 



— 139 — 

« .... Beaucoup de praticiens , dit M. Laroche , ont été 
trop prodigues d'incisions. Je suis loin cependant de blâ- 
mer une certaine hardiesse lorsqu'on est à la recherche 
d'un corps étranger. Une incision qui procure la sortie 
d'un corps étranger n'a jamais été reprochée, car, qui ne 
connaît la douce joie d'un blessé , lorsque l'homme de 
l'art lui met sous les yeux la balle auteur de tous ses 
maux; cette vue seule le console, sa joie se manifeste 
aussitôt , et dès lors il ne doute plus de son retour à la 
santé. Cet état exerce l'influence la plus heureuse sur sa 
guérison, il en éprouve de nouvelles forces, et date, pour 
ainsi dire , sa convalescence de ce moment. Dans le cas 
contraire , des pressentiments sinistres s'emparent de lui , 
il se croit perdu sans ressource, 11 est donc de la plus 
haute importance de réussir dans cette extraction » [Re- 
lation des événements de Lyon, pag. 33). 

Ces lignes sont pleines de vérité , et on voit se réaliser 
chaque jour dans les hôpitaux les faits qu'elles contien- 
nent. Qui n'a souvent vu, en effet, un calculeux disputer 
au chirurgien, qui l'a opéré, la pierre que ce dernier vient 
de lui extraire de la vessie ? Qui n'a vu un homme à qui 
l'on a enlevé des esquilles, les ramasser soigneusement., 
les plier dans un linge , et les conserver précieusement 
comme une espèce de relique , qui lui rappelle les souf- 
frances qu'il a endurées , et qui lui fait apprécier le bon- 
heur qu'il éprouve à en être débarrassé... L'extraction 
des corps étrangers est donc une indication indispensable 
et naturelle ; examinons maintenant quelle est l'époque 
à laquelle on doit la pratiquer. 

D'après les accidents que nous leur avons vu produire, 
lorsqu'on les laisse renfermés au milieu des tissus , il est 
évident que plus vite on peut les extraire, mieux cela 
vaut. Mais souvent on n'est pas maître d'agir selon que les 



— 140 — 

indications le comportent , et on se trouve dans telle ou 
telle circonstance qui , obligeant de retarder l'opération 
dont il s'agit , donnent le temps à des accidents plus ou 
moins graves de se développer. 

Quand on se trouve dans une ville assiégée, ou les am- 
bulances, situées près des remparts, sont approvisionnées 
de tous les secours nécessaires , on peut immédiatement 
pratiquer cette extraction , mais sur le champ de bataille, 
ou l'on est souvent obligé de panser les blessés avec une 
grande promptitude pour les soustraire aux coups de l'en- 
nemi , qui vous attaque vigoureusement ; il est impossible 
de se livrer aux manœuvres, la plupart du temps longues et 
délicates, que nécessite l'extraction des corps étrangers. 
Aussi ne conçois-je pas trop l'utopie suivante, formulée 
par un chirurgien aussi expérimenté que Percy : « . . . Dans 
les sièges, dit-il, on enlève de suite les corps étrangers, 
il n'en est pas de même dans les batailles ; on s'en tient 
généralement à l'application d'un simple appareil ; ne 
vaudrait-il pas mieux d'abord faire les incisions requises 
et débarrasser les plaies de leurs corps étrangers ?. . . [Ma- 
nuel du chirurgien d'armée , pag. 71 .) Sans doute il vaudrait 
mieux, mais quand on ne peut pas agir comme on le veut 
et comme on le doit, il faut se conformer à l'adage vul- 
gaire : contre la force pas de résistance. 

Ledran tient le même langage que Percy, dans ses Rê- 
Jl exions tirées de la pratique des plaies d'armes à feu. a. .... La 
célérité à opérer les débridements et à extraire les es- 
quilles est, dit-il, une chose très essentielle ; quand je dis 
célérité, je ne prétends pas dire se presser en opérant, 
mais se presser d'opérer; ainsi donc, je ne puis approuver 
la plupart des chirurgiens d'armée qui, dès qu'un homme 
est blessé dans une bataille ou dans un siège , le pansent 
avec la charpie et l'eau-de-vie, sans faire autre chose 



— 141 — 

jusqu à ce qu'il ait été transporté dans un lieu de repos , 
et je dis qu'il faut avant ce premier pansement faire tout 
ce qui convient ; il est bien certain que le malade sera 
plus facile à transporter , après avoir remis et assujéti 
les os en leurs places , et môme après l'amputation du 
membre si le fracas de l'os l'exige, qu'il ne l'est avec les 
fracas que j'ai supposés , lesquels dans les mouvements 
qui sont inséparables du transport , causent des tiraille- 
ments très douloureux et des convulsions. Souvent après 
le transport l'opération s'est trouvée impraticable, à cause 
du gonflement qui avait gagné la partie supérieure du 
membre » (pag. 66). 

Toutes ces raisons sont sans doute excellentes , il est 
évident qu'il faut extraire, dès qu'on le peut, tous les 
corps étrangers qui sont à portée , et dont l'extraction 
facile peut être opérée en peu d'instants , mais il en est 
qui sont profondément enclavés dans nos tissus , et qui 
exigent des opérations trop longues et trop délicates pour 
être faites dans les premiers moments de l'accident, et sous 
le feu de l'ennemi. 

Les corps étrangers peuvent être classés dans l'ordre 
suivant , pour ce qui a trait à la fréquence relative de la 
présence de leurs différentes espèces dans nos tissus : 
1° les projectiles ; 2° les esquilles; 3' les corps entraînés 
par les projectiles , comme les pièces de monnaie , les 
portions d'armes, de vêtements; 4° les liquides provenant 
d'épanchements ; 5° les portions d'os nécrosés. — Je ne 
m'occuperai en détail, dans ce paragraphe , que de l'ex- 
traction des plus fréquents, c'est-à-dire des projectiles, 
me réservant, s'il y a lieu de faire , au sujet des autres de 
courtes réflexions spéciales. 

Un précepte sur lequel les auteurs insistent beaucoup, 
au sujet de l'extraction des corps étrangers, est celui de la 



— 142 — 

situation. Il consiste à faire placer le blessé, pendant qu'on 
se livre à la recherche du corps étranger, dans la même 
position qu'il avait au moment où il a reçu le coup de 
feu. « Les anciens , dit Percy en parlant de l'extraction 
des flèches , étaient si scrupuleux à observer ce précepte 
qu'un d'eux fit Un jour remonter à cheval un guerrier qui 
venait de recevoir une flèche , pour mieux imiter la posi- 
tion dans laquelle il en avait été atteint » (pag. 59). 

Si un projectile est plus près de la plaie par laquelle 
il est entré , que du côté opposé du membre , il faut l'ex- 
traire par la première voie, en ayant soin de faire refouler 
le côté du membre opposé à la blessure vers cette der- 
nière , afin d'en rapprocher le projectile et de le rendre 
plus accessible aux instruments. 

Une balle enfermée dans l'épaisseur d'un membre, ou 
d'une partie du corps quelconque, comme la cuisse, la 
fesse, peut quelquefois être très innocente, s'entourer d'un 
kyste isolateur, la séparant totalement des parties environ- 
nantes au milieu desquelles elle ne manifeste sa présence 
que par quelques douleurs survenant de temps en temps, 
et surtout lors des brusques changements de température. 
Dans d'autres circonstances , les projectiles changent de 
place, parcourent des trajets considérables et cela sans 
causer d'accidents. Il faut pourtant, malgré le peu de 
danger accompagnant dans la suite la présence de ces 
corps étrangers , en tenter l'extraction après la blessure , 
à l'aide d'incisions larges et profondes , qu'il ne faut 
pas hésiter un instant de pratiquer, car, d'après Percy, 
* .... L'art désavoue quiconque craint de les entrepren- 
dre » (pag. 149). 

Quand un projectile est enclavé dans un os , il faut l'en 
extraire avec le tire-fond, instrument dont nous nous oc- 
cuperons sous peu, et si on craint de le refouler dans une 



— 143 — 

cavité splanchnique , comme la tète, la poitrine, on doit 
faire usage du trépan et soulever ensuite ce projectile de 
dedans en dehors avec un élévatoire. 

Il est des auteurs qui défendent d'aller à la recherche 
dune balle engagée dans une cavité splanchnique , de 
peur de donner naissance , par les investigations aux- 
quelles on se livrerait, à des accidents inflammatoires 
1res graves (Percy, Ledran). M. Baudens veut, au con- 
traire, qu'on se livre a la recherche d'une balle tombée 
dans la cavité abdominale. Nous discuterons ces opinions 
dans la seconde partie de notre travail. 

Quand les projectiles sont situés superficiellement, soit 
sous la peau, soit à une profondeur peu considérable dans 
le tissu musculaire , l'extraction en est facile , et peut se 
pratiquer avec un bistouri , des pinces a pansement et les 
doigts, instruments qui ne suffisent pas quand la balle est 
plus profonde. Il faut alors avoir recours à différents 
moyens d'extraction dont nous allons nous occuper quel- 
ques instants. 

Presque tous les chirurgiens civils et militaires , qui 
ont écrit sur les plaies d'armes à feu , ont voulu être les 
inventeurs d'instruments nouveaux pour extraire les corps 
étrangers. Cette manie d'innover a singulièrement aug- 
menté l'arsenal chirurgical , sans pour cela produire de 
meilleurs résultats, et comme cela arrive toujours on n'a 
conservé de tous ces instruments que ceux, ou, pour mieux 
dire , celui qui , bien que le plus simple , présente cepen- 
dant le plus de perfection ; je veux parler du tire-balle de 
Percy. Je n'ai pas besoin de faire ici la description minu- 
tieuse de cet instrument, car elle se trouve consignée dans 
tous les Traités de plaies d'armes à feu, je dirai seulement 
que ce sont des pinces allongées , se décomposant en cu- 
rette, en tire-fond, et en tire-balle, et qui, renfermant ainsi 



— 144 — 

trois instruments en un seul , offrent au chirurgien mili- 
taire tous les avantages qu'il peut désirer. 

On trouve dans Percy l'histoire de tous les moyens 
d'extraction imaginés pour enlever les corps étrangers , 
provenant non-seulement des armes à feu , mais encore 
d'autres sources , comme les flèches , les portions d'armes 
blanches, les grains de plomb lancés par les frondes , etc. 
Ces moyens sont très nombreux, et dans le principe ils 
furent beaucoup plus meurtriers que les corps qu'ils 
étaient destinés à extraire. 

Percy parle d'abord de la tenaille extractive dont on se 
servait pendant les guerres du Péloponèse , et qu'on ap- 
pellait belulcum. 

Sous le règne d'Auguste , on imagina les becs de canne. 

Du temps de Gelse , on employait , pour faire l'extrac- 
tion des grains de plomb et des pierres , que lançaient les 
fustibulateurs et les lithoballes, les doigts et les pinces pour 
les parties molles , et le trépan pour les parties osseuses. 

Vinrent ensuite les prières : alors les chirurgiens, à deux 
genoux devant leurs blessés , imploraient le ciel avec 
beaucoup de sang-froid , et attendaient de lui les secours 
qu'ils ne pouvaient retirer de leur art. Voici , d'après 
Théodoric (lib. 1 er , chap. 22) , la formule bizarre d'une 
de leurs prières : « 11 faut réciter à genou le Pater trois 
fois , prendre ensuite le corps étranger (flèche) avec les 
deux mains jointes et dire : Nicodème a retiré ainsi les 
clous des pieds et des mains de Notre-Seigneur. » Alors il 
viendra de lui-même. Que devaient devenir les blessures 
contre lesquelles on dirigeait une pareille thérapeuthique? 

Plus tard , on vit apparaître l'asphonsinum, d'Alphonse 
Ferry qui était tellement persuadé des bons offices que 
rendrait son instrument , qu'il lui donna son nom. 

Vinrent ensuite le stylet flexible deLéonard Botal, et une 



— 145 — 

foule d'élévatoires et de tire-fonds dont la description me 
mènerait trop loin. De nos jours, M. Bandons a imaginé 
un tire-fond-canulc , à l'aide duquel il a extrait des corps 
étrangers à une profondeur considérable à laquelle ne 
pourrait arriver l'instrument de Percy. 

Il est des détails sur lesquels il ne m'appartient pas d'in- 
sister ici , par la raison qu'on les trouve dans une foule 
d'auteurs , comme, par exemple , la manière de se servir 
des pinces , du tire-balle , du trépan ; je serai du reste 
forcé de revenir sur ces différents points , en m'occupant 
spécialement de l'enlèvement des corps étrangers dans les 
différentes régions du corps 

L'extraction des esquilles n'offre pas d'indication spé- 
ciale ; leur forme et leur grandeur nécessitent cependant , 
dans certains cas , des incisions beaucoup plus grandes que 
celles qui suffisent pour donner passage à une balle, ou a 
tout autre corps étranger qu'on extrait de nos tissus. . 
Les morceaux de drap , d'étoffes , en s'imbibant de sang 
et en se collant contre les parois du trajet de la blessure , 
demeurent quelquefois longtemps inaperçus et entretien- 
nent des accidents qui ne cessent qu'après leur extraction, 

En somme , les corps étrangers doivent être extraits dès 
qu'on le peut, et quand on ne peut y parvenir , on doit 
s'attacher à combattre énergiquement les divers symptô- 
mes plus ou moins graves auxquels leur présence peut 
donner lieu. 

§ XIV. — TRAITEMENT DES- PLAIES D ARMES A FEU COMPLIQUEES 
DE TÉTANOS. 

Le traitement du tétanos survenu après une plaie d'arme 
à feu doit d'abord être dirigé contre la blessure. Si elle est 
le siège d'un étranglement , il ne faut pas épargner les dé- 
bridements , et la couvrir ensuite de topiques émollients et 

10 



— 146 — 

narcotiques. Si elle recèle dans son intérieur un corps 
étranger dont la présence entretient les accidents , il faut 
user de tous les moyens possibles pour l'extraire. Quand 
une fois on s'est occupé des soins locaux , il faut recourir 
aux saignées générales abondantes , aux applications réi- 
térées de sangsues et de ventouses scarifiées le long de la 
colonne vertébrale. Les saignées ont été pratiquées dans 
certains cas avec une abondance vraiment extraordinaire. 
Ainsi , M. Pelletier a tiré en peu de jours 44 ou 15 livres 
de sang à un tétanique , et M. Lisfranc a fait faire à un pa- 
reil malade huit saignées générales, et lui a fait appliquer 
792 sangsues , soit le long du rachis , soit à l'épigastre. 

On s'est ensuite servi contre cette terrible maladie d'une 
foule de moyens thérapeutiques dont je me contenterai 
de donner ici la liste, car l'inventeur de chacun d'eux 
prétend en avoir obtenu de grands succès ; et cependant , 
malgré cette prétendue richesse de la thérapeutique , la 
mort est la terminaison pa plus fréquente de cette grave 
affection. Ces moyens sont : 4° les diaphoniques (eau de 
sureau , ammoniaque liquide) ; 2° l'opium à très hautes 
doses à des intervalles rapprochés ; 3° le musc ; 4° les bains 
tièdes ; 5o les bains froids ; 6° les frictions mercurielles le 
long du rachis ; 7° enfin le baron Larrey recommande de 
faire l'amputation du membre quand le tétanos commence 
par lui , et il appuie son opinion sur plusieurs cas de gué- 
rison. Quelques officiers de santé militaire partagent aussi 
l'opinion du baron Larrey a cet égard : ainsi , M. Hutin 
rapporte, dans sa relation chirurgicale de la prise de Con- 
stantine , deux observations de tétanos qui cessèrent im- 
médiatement dès qu'il eut pratiqué l'amputation des deux 
membres blessés. Dans la première de ces observations, 
il s'agit d'un tétanos général survenu après une fracture 
comminutive au tiers inférieur de la cuisse ; et dans la se- 



- 147 — 

coude , d'un trisnius qui se manifesta peu de jours après 
une fracture de l'astragale et du calcanéum, 

L'émétique à haute dose paraît aussi jouir de quelque 
efficacité dans le traitement du tétanos ; car j'ai vu dans les 
salles de l'Hôtel-Dieu de Marseille un marin atteint de té- 
tanos spontané , il est vrai , a qui l'on avait fait trois sai- 
gnées générales abondantes sans qu'il ressentît d'amélio- 
ration notable , se trouver subitement mieux et guérir au 
bout de huit ou dix jours , à la suite de l'administration de 
75 grains d'émétique qu'on lui fit prendre pendant trois 
jours : 25 grains le matin , 25 à midi, et 25 clans la nuit. 

11 faut éviter ensuite de placer les blessés atteints de té- 
tanos dans des lieux bas , humides , exposés aux change* 
ments de température ; il faut , autant que possible , 
entretenir autour d'eux une chaleur douce et uniforme ; 
éviter de les faire voyager la nuit, et si malheureusement 
les circonstances de la guerre forcent à cette fâcheuse ex- 
trémité , les couvrir le mieux qu'on pourra avec leurs effets 
et des couvertures ; car nous avons été à même d'apprécier 
dans le second chapitre de ce travail , que le froid humide 
est une des causes qui produisent le plus habituellement 
le tétanos. 

§ XV. — TRAITEMENT DES PLAIES D ARMES A FEU, COMPLIQUÉES 



Le traitement delà pourriture d'hôpital consiste d'abord 
a éloigner le blessé du lieu où il a contracté le mal qui dé- 
vore sa plaie, à lui donner une alimentation tonique et à 
tâcher d'enrayer , par des topiques énergiques , la marche 
incessamment envahissante de cette gangrène humide. 

Il faut éviter de panser les blessures des hommes qui ne 
sont pas atteints de pourriture d'hôpital avec les instru- 
ments dont on s'est servi pour panser les plaies atteintes 



— 148 — 

de cette complication; ou bien, si on ne peut faire autre- 
ment , il faut purifier ces instruments en les nettoyant avec 
beaucoup de soin , et en les passant au feu. 

On a tour à tour employé une foule d'acides plus ou 
moins concentres pour s'opposer au développement de la 
pourriture d'hôpital, le vinaigre, le suc de citrons, l'acide 
hydrochlorique , etc. Ces topiques, qui peuvent suffire 
quand la maladie est légère, sont d'un effet nul dans le cas 
contraire. On a conseillé ensuite les pansements avec la 
poudre de charbon, de quinquina, avec le chlorure d'oxyde 
de sodium; mais, en général, ces moyens thérapeutiques 
ont trop peu d'énergie, et l'on se voit obligé, le plus sou- 
vent, d'en employer un plus douloureux, mais plus puis- 
sent, le cautère actuel. 

Dans certains cas, on est obligé d'en venir trois, quatre, 
six fois et plus à l'application du feu avant que la plaie 
soit redevenue vermeille et de bonne nature. J'ai été à 
même d'observer la pourriture d'hôpital plusieurs fois, et 
rarement j'ai vu une seule cautérisation arrêter le déve- 
loppement de cette terrible complication des blessures. 

§ XVI. — TRAITEMENT DES PLAIES d' ARMES A FEU COMPLIQUÉES 
d'abcès VISCÉRAUX. 

La thérapeutique est d'une nullité désespérante contre 
cette fréquente complication des lésions traumatiques. 
Son invasion, quelquefois si brusque, sa marche si rapide, 
son siège se trouvant hors de la portée des sens, et enfin 
l'ignorance dans laquelle nous sommes de la manière dont 
agissent les causes qui la produisent, en font une affection 
dénature essentiellement protéiformc contre laquelle on 
ne peut ordinairement diriger qu'un traitement purement 
moral, 



— 149 — 

§ XVII. — TRAITEMENT DES PLAIES d'àBMES A PEU, COMPLIQUÉES 

d'luysipèle. 

Le traitement de t'érysipèle est général ou loeal. Le 
premier consiste en un régime doux et sévère, en boissons 
délayantes et en saignées générales plus ou moins abon- 
dantes et répétées. 

Le traitement local varie ordinairement selon le lieu 
occupé par la maladie , et en second lieu selon son éten- 
due. Ainsi , quelques fomentations émollientes et le repos 
suffisent, dans certains cas, pour dissiper Férysipèle su- 
perficiel d'un membre, tandis que la thérapeutique doit 
être plus énergique, si la maladie a son siège plus profon- 
dément ou sur une région importante, comme la tête. 
Dans un cas semblable , il faut s'opposer à tout prix à la 
propagation de l'inflammation des couches superficielles 
aux couches profondes ou vers les viscères, sous peine de 
voir arriver en peu de temps des suppurations très abon- 
dantes, des symptômes d'étranglement, et enfin l'inflam- 
mation des organes situés dans les cavités splanchniques. 
Nous nous sommes déjà occupés, clans d'autres chapitres, 
de tous ces accidents et des moyens d'y remédier ; nous 
n'y reviendrons pas ici, et nous nous contenterons d'indi- 
quer que les moyens les plus vantés pour enrayer l'in- 
flammation érysipélateuse sont les bains, les larges vési- 
catoires , les frictions mercurielles , et enfin le feu , que 
M. Baudens place en tête de tous, et regarde comme un 
moyen héroïque à l'aide duquel il a obtenu de très beaux 
succès. 

§ XVIII. — traitement des plaies d'armes a feu compliquées 
d'hémorrïïagie. 

Les anciens chirurgiens, qui ne faisaient pas la ligature 
des vaisseaux artériels et se servaient, lorsqu'ils prati- 



— 150 — 

quaient l'amputation des membres, de couteaux rougis au 
feu, produisaient, par une cause différente, il est vrai, à 
peu près les mêmes effets que ceux qui résultent de l'ac- 
tion de nos projectiles de guerre. En effet , il se formait 
une escarre à l'extrémité des vaisseaux ouverts, laquelle 
arrêtait provisoirement l'écoulement de sang, qui se re- 
nouvelait au bout de sept, huit, dix jours, en un mot, lors 
de la chute de l'escarre. Des procédés plus sûrs sont au- 
jourd'hui acquis à la science , et nous pouvons combattre 
victorieusement l'hémorrhagie qui constitue une des com- 
plications les plus terribles des lésions traumatiques. 

Toutes les fois qu'une artère volumineuse est ouverte, 
l'indication la plus naturelle est d'arrêter momentanément 
le sang à l'aide d'une compression provisoire faite avec la 
main ou un instrument, jusqu'à ce qu'on puisse l'arrêter 
définitivement par la ligature. La compression faite avec 
la main doit se pratiquer entre la blessure et le cœur, sur 
un point où le vaisseau artériel est en contact avec un os 
contre lequel on pourra facilement l'applatir. Pour toutes 
les lésions artérielles du membre inférieur, on doit préfé- 
rer la compression de la crurale sur la branche horizon- 
tale du pubis , et pour celles du membre supérieur, on 
devra de préférence comprimer la brachiale au tiers 
supérieur du bras contre la face interne de l'humérus. 

La compression faite à l'aide des doigts exige beaucoup 
d'habitude et d'attention de la part de celui qui la prati- 
que, surtout lorsqu'elle doit durer pendant un temps assez 
long. En effet, lorsqu'on est chargé de comprimer une ar- 
tère volumineuse et qu'on n'a pas l'habitude de cette im- 
portante manœuvre chirurgicale , on est tout d'abord 
porté à faire de grands efforts de pression, qui, fatiguant 
bientôt les doigts, font que souvent on ne sent plus le vais- 
seau qui échappe à leur action et fournit du sangpar la plaie 



— 151 — 

La compression peut s'exercer ensuite à l'aide de divers 
instruments, la pelotte , le tourniquet, le garrot; mais il 
faut recourir a la ligature dès que les circonstances le per- 
mettent, et ne compter sur la compression que faute de 
mieux. 

La ligature employée par les anciens, comme le démon- 
trent péremptoirement les annales de la chirurgie , a été 
réhabilitée par le grand Ambroisc Paré. Elle peut se prati- 
quer sur les deux bouts de l'artère lésée, ou bien entre le 
cœur et la blessure à un point plus ou moins éloigné de 
cette dernière. 

Il est rare qu'on puisse lier les deux bouts d'une artère 
divisée par un projectile de guerre. L'étroitesse de la bles- 
sure, sa couleur noirâtre permettent rarement de voir les 
organes blessés contenus dans son intérieur, tandis que, 
dans une large plaie par instrument tranchant, dont les lè- 
vres sont très écartées, on peut plus facilement exécuter 
l'opération dont nous parlons. 

La ligature est ou médiate ou immédiate. La première 
comprend avec l'artère une quantité plus ou moins grande 
des parties qui l'entourent, tandis que la seconde n'étreint 
absolument que le tube artériel. Il est bien entendu que 
cette division ne s'applique qu'à la ligature pratiquée sur 
les lèvres d'une plaie. 

Quand on se. décide à la ligature entre le cœur et la 
blessure, il est deux points, l'un pour le membre inférieur 
et l'autre pour le membre supérieur, qui doivent être pré- 
férés pour aller à la recherche du vaisseau. Ainsi, on liera 
la crurale à trois travers de doigt au-dessous du ligament 
deFallopedansle triangle dont la base est fermée par ce liga- 
ment, le côté interne par le premier adducteur, et le côté ex- 
terne parlebord interne du couturier. Ce triangle est presque 
isocèle, et l'artère peut être considérée comme la perpen 



— 152 — 

diculaire abaissée de son sommet sur le mileu de sa base. 

On liera l'humérale le long du bord interne du biceps 
dans presque tout son trajet , enfin toutes les artères du 
tronc et des membres exigent des procédés particuliers 
de ligature qu'il ne m'appartient pas d'indiquer ici. Je ne 
décrirai pas non plus la manière de pratiquer l'opération 
de la ligature, les instruments qu'elle nécessite, la ma- 
nière d'agir de la ligature sur le tissu artériel ; je renvois 
pour cela aux auteurs. . . . 

Une discussion très vive s'est engagée entre les auteurs 
pour savoir si on devait employer des ligatures fines, ou 
grosses; quelle était la nature de la substance dont on 
devait composer ces ligatures? Elles ont tour à tour été 
faites: \° de substances faciles à absorber (la peau de 
daim, la soie, le boyau de chat) ; 2° de matières animales 
(les filets nerveux , les fibres de tendon, les lanières de 
peau de mouton) ; 3° de matières métalliques (l'or, l'ar- 
gent , le platine). Je n'embrasserai pas cette discussion 
qui me mènerait trop loin , et je me bornerai à conseiller 
la ligature plus ou moins épaisse de fil ciré , que j'ai vu 
employer, et que j'ai employée avec succès dans tous les 
cas. 

On a aussi imaginé d'autres procédés pour arrêter le 
sang qui s'échappe des bouts d'une artère ouverte. Ils sont 
tous fondés sur les propriétés des diverses tuniques arté- 
rielles , ce sont : \ ° la torsion , 2° le refoulement , qu'on 
doit à M. Amussat. 

On conçoit que de surveillance exigera un blessé à qui 
on aura fait la ligature d'un gros vaisseau et combien on 
devra se tenir en garde contre les hémorrhagies consécu- 
tives survenant quelquefois malgré l'emploi de ce puis- 
sant moyen. 

Les hémorrhagies des grosses veines des membres se 



— 153 — 

traitent ordinairement par la compression , il est rare 
qu'on soit obligé d'en venir à la ligature ; mais si la veine 
ouverte est dans une cavité splanchnique le cas est ordi- 
nairement au dessus des ressources de l'art 



Je crois avoir terminé tout ce qui se rapporte au traite- 
ment des blessures par armes à feu considérées d'une 
manière générale. Il sera urgent pendant toute la durée 
de ce traitement d'éloigner des blessés toutes les circon- 
stances morales, capables d'agir sur eux d'une manière 
fâcheuse; d'éviter qu'ils éprouvent de trop vives émotions, 
de supprimer les visites de parents, d'amis etc. Si les 
circonstances forcent le chirurgien à priver un ou plu- 
sieurs de ses blessés d'un de leurs membres, ou à leur 
faire subir une grave opération quelconque , il devra 
gagner leur confiance ; les persuader que la sollicitude du 
gouvernement veillera sur eux, et qu'ils pourront voir un 
jour briller sur leur poitrine la croix des braves. 



SECONDE PARTIE 



Des blessures par armes à feu considérées dans 
les différentes réglons du corps 



Après être entré dans tous les détails que demande la 
question des plaies d'armes à feu considérées d'une ma- 
nière générale, nous allons, comme nous l'avons annoncé 
dans notre introduction , appliquer les notions générales 
que nous venons d'exposer a ces mêmes plaies considérées 
dans chaque région du corps en particulier. Nous étudie- 
rons successivement les plaies de tête, de la face , du cou, 
de poitrine, de l'abdomen et enfin des membres. Nous ver- 
rons que les plaies des cavités splanchniques sont toutes 
très dangereuses, à cause de l'importance des organes 
qu'elles renferment , et du trouble immense qui doit né- 
cessairement résulter de la suspension, de la perversion, 
ou enfin de la cessation complète des fonctions que ces or- 
ganes sont destinés à remplir... Enfin notre travail sera 
terminé par un chapitre dans lequel nous indiquerons : 
1 le pansement extemporané qu'on doit appliquer aux di- 
verses plaies d'armes à feu, sur le champ de bataille ; 2° la 
manière la plus convenable de relever les blessés et de les 



— 156 — 

transporter sans trop de secousses pendant les trajets longs 
et pénibles qu'ils sont obliges de faire , dans certaines cir- 
constances forcées. 

CHAPITRE PREMIER. 

BLESSURES DU CRANE. 



Les plaies de tète , comprenant naturellement celles du 
crâne et celles de la face , seront l'objet de deux chapitres 
particuliers, dans lesquels nous les étudierons dans tous 
leurs détails , et avec toutes les complications qui peuvent 
les accompagner. 

Les projectiles de guerre de toutes les formes et de tou- 
tes les dimensions atteignent indistinctement le crâne ; les 
balles sont ceux dont a le plus souvent à combattre les 
effets. Les boulets y font des blessures beaucoup plus ra- 
res, mais en revanche terribles et presque toujours irré- 
vocablement mortelles. Les téguments du crâne , les os 
qui entrent dans la composition de cette boîte protectrice 
du cerveau , les membranes d'enveloppe de ce viscère, et 
enfin ce viscère lui-même peuvent être atteints par les pro- 
jectiles lancés par la poudre à canon. Ces derniers orga- 
nes sont lésés isolément, ou bien deux à deux , trois à 
trois, etc. : ainsi la peau peut être contusionnée, ou même 
déchirée par une balle à la fin de sa course , ou arrivant 
obliquement sur elle sans qu'il existe la moindre altération 
au tissu osseux. Une lésion organique du cerveau, au con- 
traire, suppose nécessairement une lésion préalable du 
tissu osseux et du tissu tégumentaire. Nous allons exami- 
ner les effets des projectiles sur ces différents tissus, en 
suivant leur ordre de superposition. 



— 157 — 

§. I. — LÉSIONS DES TÉGUMENTS. 

Il est rare qu'une balle se contente de produire une sim- 
ple contusion des téguments du crâne. Cela n'arrive que 
lorsqu'elle est tout à fait à la fin de sa course, ou bien 
lorsqu'elle a rencontré dans son trajet un ou plusieurs 
corps él rangers résistants , contre lesquels elle a frappé et 
qui lui ont enlevé une grande partie de sa force d'impul- 
sion. N'ayant pas assez de force alors pour percer la peau 
qui se laisse déprimer , et a plus forte raison les os sous- 
jacents, elle rompt les petits vaisseaux contenus dans l'é- 
paisseur des téguments crâniens et donne lieu à la forma- 
tion d'une bosse sanguine ou d'un décollement plus ou 
moins étendu . 

La bosse sanguine offre des caractères qui ont été signa- 
lés par tous les auteurs. Quand elle est peu volumineuse , 
elle est également dure et rénittente sur toute sa surface : 
alors elle disparaît assez facilement par l'absorption du 
sang épanché, sans causer d'autres accidents qu'un peu 
de gène et un sentiment de tension dans la partie du crâne 
où elle siège. Il suffit pour aider sa résolution d'employer 
une légère compression et quelques lotions froides résolu- 
tives. Mais quand le sang qui forme la bosse sanguine s'é- 
chappe d'un tube artériel un peu volumineux, elle est dure 
et résistante sur toute sa surface , excepté à son sommet 
où elle est fluctuante et cède à la pression des doigts. Cette 
circonstance importante est signalée par presque tous les 
auteurs, comme une cause d'erreur pouvant faire croire à 
un enfoncement des os du crâne vers le cerveau , tandis 
que le doigt ne s'enfonce que dans le centre de la bosse 
sanguine, entretenu liquide ordinairement au point cor- 
respondant à la lésion du vaisseau , où l'on perçoit , dans 
certains cas , des battements , des pulsations artérielles. 



— 158 — 

J.-L. Petit, en particulier, appelle i' attention des chirur- 
giens sur cette difficulté de diagnostic , surtout lorsqu'il 
existe des pulsations artérielles dans la bosse sanguine. 

La bosse sanguine volumineuse ne se résout pas aussi 
facilement que nous avons vu qu'elle le faisait quand elle 
était légère. Quelquefois elle donne lieu à des accidents du 
eôté du cerveau , à une suppuration plus ou moins abon- 
dante ; nécessite des incisions assez larges au cuir chevelu 
pour donner issue au sang épanché ou au pus , et l'emploi 
d'une ou de plusieurs saignées générales. 

Le projectile peut non seulement rompre les vaisseaux 
contenus dans le derme chevelu , mais encore ceux qui 
rampent entre la calotte aponévrotique épicrânienne et la 
surface externe du crâne. Le sang, trouvant alors au des- 
sus de lui un obstacle à son accumulation en un seul point, 
détruit au loin les mailles lâches du tissu cellulaire sous- 
aponévrotique . et , au lieu de constituer une tumeur plus 
ou moins proéminente , forme une calotte d'une ou plu- 
sieurs lignes d'épaisseur exactement moulée sur la surface 
externe du crâne. Cette résistance résultant de la tension 
aponévrotique fait éprouver au blessé des douleurs plus 
violentes que lorsque la bosse sanguine a la liberté en- 
tière de se développer. Aussi voit-on quelquefois , dans ce 
cas, survenir des accidents généraux, tels que fièvre, cépha- 
lalgie intense , quelquefois délire ; et si on ne donne issue 
au sang épanché par des incisions convenables , sa pré- 
sence sera une cause d'irritation continuelle , qui pourra , 
par sa propagation jusqu'au cerveau , doubler la gravité 
du cas. 

Si la contusion a décolé le périoste épicrânien et déter- 
miné un épanchement sous-périostique , il faut non seule- 
ment redouter les accidents dont nous venons de parler , 
mais encore la nécrose consécutive et plus ou moins éten- 



— 159 — 

due des os du crâne , dont nous allons nous occuper un 
peu plus bas. 

Dans l'immense majorité des cas, les projectiles arrivent 
à la surface du crâne avec une force suffisante pour pro- 
duire une plaie aux téguments. S'ils tombent perpendicu- 
lairement à un point de la surface du crâne , ils blessen 
non seulement ces téguments , mais encore ils fracturent 
la boîte osseuse, et dès lors la plaie tégumentaire devient 
tout à fait secondaire , et les soins de l'art doivent être spé- 
cialement dirigés vers la fracture du crâne. 

Nous avons vu plus haut , en nous occupant des di ff é 
rentes directions que nos tissus impriment aux projectiles 
lancés parla poudre à canon , comment il pouvait se faire 
qu'une balle frappât à la région frontale et sortît à la ré- 
gion occipitale sans avoir intéressé ni les os, ni le cerveau. 
De pareils exemples ne sont pas rares et autorisent les 
gens du monde a dire , sans connaissance de cause , que 
M. un tel de leurs amis , ou qu'eux-mêmes ont eu le cer- 
veau traversé par une balle , et qu'ils doivent leur guéri- 
son a un miracle. . * Aux yeux du chirurgien , rien n'est 
plus naturel et plus explicable que ce prétendu miracle. 
Les balles ne parcourent quelquefois, entre les os et la 
peau, que des trajets d'un ou plusieurs pouces. Alors les 
deux ouvertures d'entrée et de sortie étant assez rappro- 
chées l'une de l'autre, on peut détruire le pont cutané qui 
les sépare, et en simplifiant ainsi la plaie, hâter singu- 
lièrement sa cicatrisation. Mais dans le cas, par exemple, 
où la tête est sillonnée du front à l'occiput, on ne peut 
raisonnablement inciser en entier l'espèce de canal creusé 
parle projectile. Les auteurs recommandent alors de faire, 
de distance en distance, des incisions le long du trajet de 
ce canal, pour s'opposer la stagnation de la suppuration, 



— 160 — 

que la disposition do la plaie rendrait facile, et pour hâter 
ainsi la cicatrisation. 

Quand un projectile donne lieu à une plaie à lambeau , 
après l'avoir débarrassée de tous les corps étrangers qu'elle 
peut contenir , le sang , la boue , les cheveux , et y avoir 
pratiqué les débridements convenables, il faut en affronter 
les lèvres à l'aide des agglutinatifs ou de la suture , bien 
qu'on sache que, presque sûrement , la suppuration arri- 
vera. En agissant de la sorte, on peut espérer d'obtenir la 
réunion immédiate sinon de la totalité, au moins d'une 
partie de la plaie, et si on parvient à cet heureux résultat, 
c'est toujours tant de gagné pour la rapidité de la guérison. 
Si le lambeau est volumineux, et si sa base est inférieure, 
on peut suivre le conseil de J. L. Petit , c'est-à-dire tra- 
verser cette base avec la lame d'un bistouri, et donner lieu 
ainsi à une ouverture par laquelle pourra s'échapper la 
suppuration. Lorsqu'on est appelé à traiter une plaie de 
cette nature, il faut s'assurer à chaque pansement que les 
matières purulentes ne s'accumulent pas sous le lambeau, 
et n'occasionnent pas de décollements. 

Les vaisseaux contenus dans l'épaisseur des téguments 
du crâne fournissent rarement une hémorrhagie inquié- 
tante à la suite des plaies d'armes à feu. L'action de la 
balle produit une escarre à leurs extrémités divisées , et 
comme ils sont d'un petit volume, cette dernière suffit 
primitivement pour triompher de l'impulsion que le sang 
artériel possède dans leur calibre. Si toutefois une hémor- 
rhagie secondaire venait à se déclarer , on en viendrait 
facilement maître à l'aide de la compression, si facile à 
exercer contre les parois du crâne 

« Les plaies qui intéressent le crâne, dit Ledran, sont tou- 
tes degrande conséquence, quoiquesouvent elles paraissent 



— 161 — 

petites, » dit Ledran dans ses Réflexions, tirées de la pra- 
tique des plaies d'armes à feu, p. 450. 

Souvent , en effet , à la suite d'une simple contusion té- 
gumentaire occasionnée par une balle, on voit survenir des 
accidents, que ne justifie nullement retendue de la bles- 
sure, qui se propagent de couche en couche, de dehors en 
dedans , arrivent jusqu'au cerveau . et occasionnent la 
mort du blessé. 

L'érysipèle est une des complications des blessures du 
cuir chevelu, dont il faut le plusse méfier, non -seulement 
parce qu'il peut déterminer une encéphalite consécutive , 
mais encore parce qu'il peut amener ce résultat en très 
peu de temps. Voici la marche ordinaire de cette affection : 
quatre ou cinq jours après la blessure, et quelquefois avant, 
surtout si on n'a pas débridé la plaie, on voit survenir un 
gonflement plus ou moins considérable des téguments crâ- 
niens , qui sont d'une excessive sensibilité , puisque le 
contact seul des cheveux est douloureux Ce gonflement 
augmente rapidement d'intensité , envahit toute la calotte 
épicrànienne , et peut se propager à la face. La fièvre se 
déclare brusquement, ou augmente si elle existait déjà, en 
un mot, on voit se développer successivement tous les 
symptômes d'un érysipèle phlegmoneux des plus graves ; 
si le projectile n'a atteint que la peau et le tissu cellulaire 
sous-cutané, le gonflement se développera plus facilement, 
et l'inflammation aura moins de chance de propagation 
vers le cerveau que lorsque les tissus sous-aponévrotiques 
ont été déchirés ; car, dans ce cas, le gonflement du tissu 
cellulaire sous-aponévrotique enflammé sera bridé , et il 
résultera de cet étranglement 4° des douleurs plus violen- 
tes , 2° une congestion sanguine plus considérable , 3 J et 
comme conséquence de ces deux phénomènes , le délire , 
et plus tard tous les symptômes annonçant la participation 

il 



— 162 — 

du cerveau ; et de ses membranes , à l'état inflammatoire 
des organes , ses voisins. Quand la marche de la maladie 
est très prompte, cette dernière se termine ordinairement 
parla mort. 

On doit, dès le début de Férysipèle du cuir chevelu, 
faire de larges et fréquentes saignées , et ne pas épargner 
les incisions au cuir chevelu. Ce moyen permet aux tissus 
enflammés de se développer a leur aise, et à l'inflamma- 
tion de marcher du dedans au dehors, au lieu de suivre la 
marche inverse, dont nous venons de constater les dange- 
reuses suites. 

Cet érysipèle, bien qu'arrêté dans sa marche , occa- 
sionne, dans certains cas, de graves accidents. Ainsi, il 
peut survenir une hémorrhagie veineuse ou artérielle pro- 
duite par l'érosion d'un des vaisseaux contenus dans l'é- 
paisseur des téguments du crâne. D'autres fois, les os du 
crâne, dénudés largement par la suppuration, sont frappés 
de nécrose nécessairement suivie, en général du moins, 
de l' exfoliation de la pièce nécrosée. Si cette nécrose ne 
porte que sur la table externe de l'os, l'élimination pourra 
s'en faire sans danger; mais si , au contraire, elle porte 
sur les deux tables, elle s'effectuera plus lentement; la 
suppuration sera plus abondante, et l'inflammation élimi- 
natoire pourra se propager jusqu'au cerveau. 

En somme, le traitement des plaies d'armes à feu des 
téguments du crâne se borne à l'application d'un panse- 
ment simple; celles qui ne vont que jusqu'à l'aponévrose 
ne nécessitent pas impérieusement le débridement pré- 
ventif, qu'on doit au contraire toujours pratiquer, si l'apo- 
névrose a été contuse et déchirée inégalement. Dans le 
premier cas, cependant, le chirurgien se tiendra sur ses 
gardes, afin d'être prêt à pratiquer le débridement à la 
moindre apparence d'accident grave. On devra ensuite 



— 163 — 

surveiller avec beaucoup de soin les blessés pendant les 
quatre ou cinq premiers jours après l'accident , et leur 
faire pratiquer une ou plusieurs saignées générales, s'il 
survient la moindre céphalalgie. En général, quand il s'a- 
git de plaies à la tète, on doit s'habituer à une continuelle 
circonspection, car, ainsi que le font judicieusement re- 
marquer, d'après Lombard, les rédacteurs des Leçons ora- 
les de Dapuytren, les contusions et les plaies de tête les plus 
légères en apparence sont souvent suivies de terribles ac- 
cidents. Ainsi, le chanoine Boudret, officiant dans l'église 
métropolitaine de Besançon , ne se douta guère que le 
cierge, pesant environ une once, qui lui tomba sur la tête 
serait, peu de temps après, la cause de sa mort. 

§ II. — Lésions des os. 

Contusion. — Les os du crâne peuvent être contu- 
sionnés par les projectiles lancés par la poudre à canon, 
quand ceux-ci les atteignent à la fin de leur course, et ne 
sont par conséquent plus susceptibles d'y déterminer une 
solution de continuité. Dans le cas contraire, on y observe 
des fractures simples ou multiples pouvant siéger sur tous 
les points de la surface crânienne indistinctement , mais 
se montrant de préférence sur les parties latérales , anté- 
rieure et postérieure. 

Quand l'os a été contusionné à travers les téguments., 
le périoste est détaché de la face externe du crâne , il se 
forme un épanchement de sang d'abord, puis de pus entre 
cette membrane nourricière de l'os, et l'os lui-même; cet 
épanchement intercepte la circulation entre ces deux or- 
ganes, d'où résulte la nécrose, et plus tard l'exfoliation 
de l'os contus, qui peut porter, comme nous l'avons déjà 
dit plus haut, sur la table externe seule ou bien sur la 
table externe et sur l'interne toute à la fois 



— 164 — 

Jusqu'à présent nous avons vu tous les désordres qui 
résultent de la contusion des os siéger à l'extérieur , et 
n'avoir aucune action funeste sur le cerveau ; mais quand 
celle-ci est plus forte, elle peut s'accompagner de com- 
motion, de contusion cérébrale et consécutivement d'en- 
céphalite, complication dont nous aurons à nous occuper 
plus bas en parlant des fractures. Il peut se faire en der- 
nier lieu , que la cause contondante détache les mem- 
branes cérébrales de la surface interne des os du crâne , 
détermine la rupture de vaisseaux artériels ou veineux , 
et donne lieu par conséquent à un épanchement intra- 
crànien pouvant nécessiter dans certains cas l'applica- 
tion du trépan. 

Le traitement de la contusion des os du crâne est fort 
simple ; il consiste dans le premier cas , c'est-à-dire quand 
les téguments ne sont pas déchirés par la balle , à donner 
issue au sang, au pus épanché , et à laisser ensuite à la 
nature le soin de l'exfoliation. Si dans les premiers jours 
de la blessure on voit survenir de la céphalalgie et une 
tendance des accidents à marcher du dehors au dedans, 
on devra combattre cette tendance dangereuse par des 
saignées générales plus ou moins répétées et d'une 
abondance proportionnée à la constitution du blessé , par 
la diète, de légers purgatifs, etc.. Si, au contraire, les 
téguments ont été ouverts par le projectile au moment de 
la blessure , on devra pratiquer les débridements néces- 
saires pour permettre au gonflement inflammatoire de se 
développer en liberté , surveiller avec soin les accidents 
primitifs, et comme dans les cas précédents, attendre avec 
patience que F exfoliation s'accomplisse. Si, enfin, la 
paralysie , le coma , indiquaient un épanchement mtra- 
crânien produit par la rupture des vaisseaux des ménin- 
ges à la suite du décollement de ces membranes , on se 






—. 165 — 

conduirait comme nous indiquerons plus bas qu il faut le 
faire à l'article compression cérébrale. 

La nature travaille ordinairement à la régénération des 
pièces d'os nécrosées. Des bourgeons se développent au 
dessous de l'os ; ils agissent en poussant ce dernier du 
dedans au dehors , et quand il est tout à fait détaché de 
l'organisme et n'en fait plus partie, tout rentre dans l'état 
normal et la plaie des parties molles marche vers une 
prompte cicatrisation. 

Fractures. — La simple solution de continuité d'un os , 
est en général une affection peu grave, et qui d'ordinaire 
arrive promptement à la guérison. Mais ce qui aggrave 
singulièrement les fractures , c'est que souvent elles sont 
accompagnées de plaies des vaisseaux, des nerfs, des 
viscères ; en un mot , d'organes plus ou moins importants 
se trouvant dans le voisinage des os fracturés. Ainsi, bien 
certainement , la fracture du coronal , considérée en elle- 
même , n'est pas plus grave que celle de l'omoplate , de 
l'os des iles, qui, comme lui, sont des os plats offrant la 
même structure anatomique ; mais il est une circonstance 
qui double la gravité de cette fracture du coronal, et celle 
de tous les os du crâne en général , c'est le voisinage de 
l'encéphale dont les lésions sont si souvent mortelles. 

Les instruments tranchants ou piquants portés avec 
violence à la surface des os du crâne peuvent y produire 
des fractures de différentes formes , telle que des fentes , 
des fissures plus ou moins étendues ; s'ils sont mus avec 
rapidité et adresse, ils peuvent enlever nettement une 
portion plus ou moins considérable de la sphère osseuse 
crânienne avec ou sans lésion du cerveau. Les anciens ont 
assigné des noms bizarres à ces différentes espèces de 
fractures, ils les ont appelées, suivant les cas : écopé, dicopé, 
acopé, aposkepamismos , etc.. Les projectiles.de guerre 



— 166 — 

produisent ordinairement des fractures avec perte de sub- 
stance aux os du crâne , formation d'un plus ou moins 
grand nombre d'esquilles, enfoncement de ces esquilles 
vers la cavité crânienne , compression du cerveau , sou- 
vent déchirure delà substance cérébrale, et après avoir 
donné lieu à une série de lésions si dangereuses , ils peu- 
vent pénétrer dans le cerveau et désorganiser la substance 
de cet organe dans une plus ou moins grande étendue... 
On comprend aisément , à la suite de ce simple exposé, 
de quelle gravité sont les fractures que nous étudions 
en ce moment. Il est vrai que dans certains cas les pro- 
jectiles se bornent à fracturer la table externe des os du 
crâne ; mais cet heureux hasard se montre si peu souvent, 
qu'on ne doit en parler que pour signaler sa rareté. 

Les balles seront les projectiles dont nous étudierons 
spécialement les effets ; car, il est facile de comprendre 
qu'une bombe, qu'un boulet atteignant le crâne doivent 
y produire des résultats irrémédiables , tels que, frac- 
tures directes et indirectes énormes , lacération du cer- 
veau, réduction en bouillie de la substance de cet or- 
gane, etc. 

Il est rare qu'une fracture existe aux os du crâne sans 
qu'il y ait en même temps lésion aux téguments , de telle 
sorte qu'on peut dans la majorité des cas s'aider de la vue 
et du tact pour le diagnostic et l'application des moyens 
thérapeutiques ; cependant le fait de l'intégrité des tégu- 
ments pouvant exister , et embarrasser le diagnostic , il 
est de notre devoir de le signaler ici. 

Une balle arrivant sur le coronal ou sur tout autre os 
du crâne peut y produire trois lésions différentes : \ ° une 
fracture plus ou moins étoilée au point de contact ; 2° cette 
fracture avec pénétration dans le cerveau ; 3° la fracture 
d'entrée , la lésion du cerveau , et une seconde fracture 



— 167 — 

au point de sa sortie. Les fragments de la première frac- 
ture sont dirigés vers l'intérieur de la cavité crânienne , 
et ont par conséquent de la tendance à s'enfoncer vers la 
substance cérébrale ; tandis que les fragments de la se- 
conde fracture, qui a ordinairement plus d'étendue, sont 
déjetés de dedans en dehors par la balle, et n'ont par consé- 
quent aucune action délétère sur le cerveau. On retrouve 
ici l'application des lois physiques dont nous nous som- 
mes occupés dans la première partie de ce travail , savoir : 
que l'ouverture d'entrée des projectiles est plus petite 
que l'ouverture de sortie. 

Quand un projectile produit une simple fracture sans 
lésion du cerveau , ou même avec une lésion superficielle 
de ce viscère, le cas est susceptible de guérison. Quand , 
au contraire, il pénètre dans le cerveau et désorganise plus 
ou moins profondément la pulpe de cet organe , le blessé 
court un très grand péril et succombe 99 fois sur 100. 
Quand enfin il y a fracture d'entrée, désorganisation du 
cerveau et fracture de sortie, la mort est instantanée, et 
l'art est obligé de confesser son impuissance. 

Les projectiles peuvent produire sur les os du crâne des 
fractures très remarquables : ainsi ils en brisent quelque- 
fois la table externe sans blesser le diploé et la table in- 
terne. Dans d'autres cas au contraire, on dit qu'ils portent 
leur action seulement sur le diploé , et en dernier lieu , ce 
qui est plus remarquable encore , ils donnent lieu à des 
fractures de la table vitrée sans lésion apparente au de- 
hors ; de telle sorte qu'au bout d'un temps plus ou moins 
long , il peut arriver de voir succomber rapidement des 
blessés porteurs de coups de feu à la tête, et qu'on n'a pas 
surveillés avec soin dans le principe, vu l'absence de toute 
lésion osseuse appréciable. On est ensuite fort étonné, à 
l'autopsie de ces blessés , de trouver la lame interne du 



— 168 — 

frontal , des pariétaux , ou de l'occipital , brisée en un plus 
ou moins grand nombre d'esquilles comprimant le cer- 
veau , et quelquefois même pénétrant dans sa substance. 
11 nous serait facile , en compulsant les annales de la 
science , de citer un assez grand nombre de faits se rap- 
portant à ces trois catégories de fractures : un seul exem- 
ple nous suffira pour chacune d'elles. Ainsi M. Hutin rap- 
porte , dans sa relation chirurgicale du siège de Constan- 
tine , le fait d'un soldat qui eut une fracture de la table 
externe du coronal sans l'interne , produite par une balle 
qui se divisa en deux fragments; le premier fut extrait 
sur le champ de bataille après le débridement des parties 
molles, le second le fut au bivouac , et au bout de 28 jours 
la guérison fut complète (p. 169). 

La lésion du diploé peut avoir lieu, d'après M. Baudens r 
« quand, par suite d'un choc violent éprouvé par le crâne, 
les deux tables de ce dernier se sont rapprochées l'une de 
l'autre. » Je n'ai jamais observé moi-même cette lésion ; 
je pense qu'elle est très rare, et je suis porté à croire que 
rarement le diploé peut être lésé, sans qu'il y ait au moins 
une contusion plus ou moins violente de la table externe 
du crâne. Enfin , nous emprunterons à Ambroise Paré 
notre exemple de fracture isolée de la table interne des os 
du crâne. 

a Ce que (la fracture) j'ay veu advenir à un gentilhomme 
de la compagnie de M. d'Estapes , lequel fut blessé sous la 
brèche du château de Hedin , d'un coup d'arquebuse qu'il 
reçut sur l'os pariétal , ayant un habillement de teste , le- 
quel la balle enfonça sans être rompu , ny pareillement le 
cuir , ny le crâne extérieurement , et le sixième jour mou- 
rut apoplectique : donc advint que pour l'envie que j'avais 
de cognoistre la cause de sa mort , je lui ouvris le crâne , 
auquel je trouvai la seconde table rompue , avec esquilles 



— 169 — 

d'os qui étaient insérez dans la substance du cerveau , 
encore quelapremièrefust entière, ce que pareillement atteste 
avoir veu et montré à MM. Chapelain , premier médecin 
du roi, et Chastelain , premier de la reine, à un gentil- 
homme qui fut blessé à l'assaut de Roué. » (4 e livre, ch. 7, 
pag. 225 , édit. 1652.) 

Les fractures du crâne sont directes ou indirectes ; cel- 
les-ci sont encore appelées par contre-coup. Les premières 
s'observent le plus souvent , et leur fréquence s'explique 
par la position apparente des parties latérales , antérieure 
et postérieure du crâne plus accessibles que la base aux 
projectiles de différente nature lancés par la poudre à 
canon. Les fractures de la base du crâne n'ont lieu ordinai- 
rement que lorsque le coup de feu a été tiré de haut en 
bas sur le sommet de la tête , ou de bas en haut , comme 
cela arrive chez les individus qui se suicident avec une 
arme à feu , dont ils placent le canon contre la voûte pala- 
tine, ou contre la région sus-hyoïdienne. 

Les grandes fractures du crâne par contre-coup ne se 
montrent ordinairement que dans les cas de blessures pro- 
duites par les gros projectiles, comme les boulets, les bom- 
bes, les pierres lancées par les mines , etc.... En voici un 
exemple remarquable que j'ai déjà publié dans ma thèse 
pour le doctorat en 1840. Je l'ai observé en 1839 à l'Hô- 
tel-Dieu de Marseille , chez un ouvrier mineur. Cet homme 
fut atteint à la tête par un fragment considérable de pierre 
lancé en l'air par l'explosion d'une mme , au moment où 
il retombait de très haut sur la surface du sol. Ce corps 
contondant produisit la mort instantanée de ce malheureux 
ouvrier , à l'autopsie duquel je trouvai lès lésions suivan- 
tes : 1° fracture du coronal en quatre fragments ; 2° frac- 
ture de l'apophyse zigomatique et de l'os de la pommette 
du côté droit, près de son union avec l'apophyse jugale 



— 170 — 

du maxillaire supérieur; 3° fracture de la voûte orbitaire 
droite du coronal et du corps du sphénoïde ; 4° fracture des 
deux pariétaux ; 5° fêlure à la face antérieure du rocher 
droit ; 6° enfoncement de la lame criblée de l'ethmoïde et 
fracture de l'apophyse Cristagalli ; 7° broiement de la par- 
tie antérieure et supérieure de l'hémisphère cérébral droit; 
8" et en dernier lieu, énorme lacération des méninges.... 
Que peuvent les ressources de l'art contre de pareils dé - 
sordres? 

Nous avons vu que , dans presque tous les cas de frac- 
ture des os du crâne par armes à feu , il y avait plaie aux 
téguments , et qu'il était par conséquent facile de se ren- 
dre compte de tous les désordres avec l'œil et le doigt. 
Mais comme nous savons que la balle peut avoir fracturé 
la table interne d'un os du crâne en laissant l'externe par- 
faitement intacte , quels sont les signes qui peuvent guider 
le praticien et le conduire au diagnostic précis de la lésion 
qu'il a à traiter? 

La plupart des auteurs sont d'accord sur la nature des 
symptômes qui caractérisent les fractures douteuses des 
os du crâne; mais tous n'ont pas la même opinion sur la 
plus ou moins grande valeur de chacun de ces signes. 
Ainsi , on a dit qu'au moment de l'accident le malade per- 
cevait dans sa tête le son de pot cassé, qu'ensuite il por- 
tait automatiquement la main sur le point blessé : ces 
symptômes manquant , on a conseillé , pour s'assurer de 
l'existence ou de la non existence de la fracture , de faire 
mordre un linge au malade et de tirer fortement dessus 
pendant qu'il le serre entre ses dents. Alors , a-t-on dit , 
une vive douleur se fait ressentir au point blessé. Enfin, 
on a parlé de l'empâtement des parties molles au niveau 
de la fracture , des hémorrhagies par le nez , les oreil- 
les , etc. . . 



— 171 — 

M. Bégin a discuté, avec beaucoup de justesse, la va- 
leur de chacun de ces signes, dans les Mémoires de méde- 
cine et de chirurgie militaire. (T- 14 , P- 12) Voici com- 
ment il s'exprime à ce sujet : « .., Le bruit, semblable à 
celui d'un pot qui se casse , entendu par le malade à l'in- 
stant du coup, peut dépendre de toute autre cause que de 
la division des os du crâne. Les hémorrhagies par les yeux, 
le nez, les oreilles, attestent que la commotion a été assez 
violente pour rompre les vaisseaux délicats de ces parties, 
mais elles ne démontrent pas que les os du crâne doivent 
être nécessairement fracturés. Les douleurs continuelles 
que le malade ressent à un endroit de la tête, et qui l'enga- 
gent à y porter incessamment la main , peuvent dépendre 
aussi bien d'une violente contusion des parties molles que 
de la division des os. Il en est de même de la douleur 
qu'éprouve le sujet lorsqu'il serre quelque chose entre ses 
dents, et que l'on tire sur cet objet pendant qu'il est dans 
la bouche du malade; enfin, l'empâtement des parties 
molles dans un point du crâne, les traces d'humidité lais- 
sées par elles sur des cataplasmes dont on recouvre la tête, 
sont autant de signes que l'expérience désavoue , et dont 
l'observation a fait depuis longtemps justice... » 

M. Vidal de Cassis dit à son tour, au sujet du bruit de 
pot cassé : «... Le saisissement du malade , au moment 
de l'accident, l'empêche de percevoir le son de pot cassé, 
qui se produit , dit-on , au moment de la fracture. » Ces 
deux mots dit-on ne montrent-ils pas que l'auteur n'ac- 
corde aucune espèce de confiance à ce signe, et que, dans 
le cours de sa pratique, il n'a jamais été a même d'en con- 
stater l'existence. Enfin, je terminerai ces réflexions sur la 
valeur des signes des fractures du crâne douteuses, en ci- 
tant l'opinion d'Ambroise Paré au sujet du linge placé entre 
les dents du blessé. Voici les propres paroles de cet auteur : 



- 172 — 

« Ce que toutes fois je n'ay sceu trouver par expérience iacoit 
quej'aye pansé plusieurs patiens qui avaient l'os fracturé. 
En suivant le précepte de Guidon, je leur ai fait serrer avec 
les dents une cordelette ou bien un mouchoir : néant moins 
sans laisser la tenir ferme , ils ne faisaient point semblant 
de se plaindre, ny de m'enseigner le lieu où l'os était 
rompu. À cause de quoi je ne puis bonnement assurer que 
cette raison de Guidon soit certaine, veu que je n'en ai rien 
trouvé par expérience... » 

Les Raisons exposées par MM. Bégin et Vidal, ainsi que 
par Ambroise Paré , sont d'une excessive justesse et peu- 
vent chaque jour être vérifiées dans la pratique des clini- 
ques. Rien n'est plus difficile à diagnostiquer qu'une frac- 
ture sans lésion des parties molles correspondantes : aussi 
doit-on être très circonspect en pareil cas , s'entourer de 
conseils éclairés, n'entreprendre qu'à la dernière extrémité 
les manœuvres opératoires dangereuses, et ne prononcer 
positivement qu'il y a fracture que lorsqu'on est aidé par 
le sens de la vue , ou par le tact. 

Le pronostic des fractures du crâne varie : 

1o Selon le volume du projectile qui les produit : ainsi 
un boulet, un éclat de mine, un fragment volumineux 
d'obus, occasionnent ordinairement une blessure instanta- 
nément mortelle , ou qui le devient peu d'heures après ; 

2° Selon leur nombre , il est évident que si le crâne est 
fracturé en un seul endroit, la blessure sera plus simple et 
les accidents consécutifs moindres, que si le blessé est por- 
teur de cinq ou six fractures ; 

3° Selon le lieu qu'elles occupent : les fractures de la 
base du crâne sont plus dangereuses que celles de la péri- 
phérie de cette boîte osseuse, car c'est à la base du cerveau 
que se trouve l'origine des filets nerveux crâniens, et avant 
d'arriver à la base du crâne, le projectile a dû traverser 



— 173 — 

tout le cerveau s'il vient de haut en bas, et une foule d'or- 
ganes importants s'il vient de bas en haut , 

4° Selon leur état de simplicité ou de complication : une 
fracture , par exemple , qui aura été suivie d'une violente 
commotion cérébrale, qui sera accompagnée de lacération 
plus ou moins étendue de la substance du cerveau, exigera 
une surveillance plus active et un traitement plus énergi- 
que, que celui d'une simple fracture, avec ou sans esquilles, 
qui pourra guérir sans plus d'accidents que la solution de 
continuité de tout autre os du squelette. 

Le traitement des fractures du crâne doit être "aussi 
prompt et aussi énergique que les accidents qu'elles occa- 
sionnent sont rapides dans leur marche. On a malheureuse- 
ment à se repentir , dans bien des cas , d'une trop longue 
expectation ; et alors que l'art offre encore des ressources, 
il faut savoir racheter , par une thérapeutique éclairée et 
hardie, les insuccès que son impuissance nous force si 
souvent de déplorer. 

Après avoir dissipé les accidents primitifs qui accompa- 
gnent fort souvent les fractures du crâne , savoir la stu- 
peur , la commotion cérébrale, etc. , il faut s'occuper du 
traitement local. Si le projectile a respecté les téguments, 
et que le malade présente des symptômes de nature à faire 
croire à la présence d'une esquille comprimant le cerveau, 
il faut pratiquer une incision cruciale sur les téguments 
contus, afin de mettre à nu les surfaces osseuses et de pou- 
voir les examiner librement. Si l'on n'y rencontre aucune 
trace de fêlure ou de fracture plus étendue, il faut patienter 
quelques instants , revoir le malade 7 ou 8 heures après , 
et si les symptômes de compression sont stationnaires ou 
augmentent, appliquer une ou plusieurs couronnes de 
trépan ; car on a probablement à combattre, dans ce cas, 



_ 174 — 

ou une fracture de la table interne des os du crâne, ou un 
épanchement intra-crânien. 

Les indications locales sont bien plus faciles à remplir 
quand il y a place extérieure, Ordinairement , cette der- 
nière est trop étroite pour laisser voir à priori toute l'éten- 
due des désordres. Il faut donc l'agrandir afin de pouvoir 
manœuvrer à son aise , et ramener promptement la plaie 
à l'état de simplicité. 

Si la balle a fait à l'os une perforation circulaire (ce qui 
est très rare) , le cas n'offre aucune indication spéciale, mais 
s'il y a des esquilles et des pièces d'os enfoncées vers l'in- 
térieur du crâne, ou même dans la substance cérébrale, il 
faut en opérer l'extraction dès qu'on le peut, sous peine de 
voir les accidents cérébraux marcher avec une prodigieuse 
rapidité, et donner la mort au blessé. Il est des esquilles et 
des pièces d'os qui peuvent s'enlever , à l'aide de simples 
pinces à pansement, d'autres, qui n'offrent aucune prise à 
cet instrument , et sur lesquelles les élévatoires de toute 
espèce n'ont aucune action, faute de point d'appui suf- 
fisant ; il ne faut pas balancer, en pareil cas, d'appliquer le 
trépan afin de pouvoir extraire ces os, ou au moins les ra- 
mener à leur niveau normal, en agissant sur eux de dedans 
en dehors. Je n'entreprendrai pas la description de tous 
les leviers et de tous les élévatoires imaginés depuis les 
temps anciens jusqu'à nos jours, ainsi que celle du manuel 
opératoire de l'opération du trépan, ces détails me mène- 
raient trop loin , et se trouvent d'ailleurs longuement ex- 
posés dans tous les ouvrages classiques. Un pansement 
simple et doux sera ensuite le complément de soins locaux 
qu'on doit prodiguer à un blessé porteur d'une fracture des 
os du crâne, mais comme nous verrons plus bas que la so- 
lution de continuité des os du crâne est souvent accompa- 
gnée de commotion, de compression, de contusion du cer- 



— 175 — 

veau et par suite d'encéphalite, il faut, toutes les fois qu'on 
est appelé à traiter une pareille blessure, se tenir en garde 
contre l'invasion de ces accidents, pratiquer au début une 
ou plusieurs saignées, agir révulsivement, par des purga- 
tifs , sur le canal intestinal , et si la fièvre redouble , si la 
céphalalgie se déclare ou augmente , ne pas craindre de 
renouveler les émissions sanguines deux , quatre , six et 
même un plus grand nombre de fois. J'ai vu, clans des cas 
pareils, la saignée de la jugulaire soulager instantanément 
les blessés et enrayer la marche d'accidents, s'annonçant 
sous de très fâcheux auspices. L'application d'un nombre 
plus ou moins considérable de sangsues, derrière les apo- 
physes mastoïdes , est souvent suivie d'une amélioration 
sensible dans les accidents. Les sangsues opèrent un dégor- 
gement , qui agit presque directement sur le système vei- 
neux cérébral et peuvent, de cette manière, s'opposer ef- 
ficacement à la formation d'une congestion sanguine vers 
cet organe. 

§ III. LÉSIONS DU CERVEAU ET DE SES MEMBRANES. 

Les membranes cérébrales sont rarement blessées isolé- 
ment par les projectiles de guerre; elles le sont presque 
toujours en même temps que le cerveau, car le projectile 
qui a assez de force pour briser les os, arriver jusqu'à la 
dure-mère et la déchirer, épargne rarement le paren- 
chyme cérébral, que sa mollesse et son peu de résistance 
rendent si facilement perméable. Le cefveau peut être at- 
teint parles balles sur tous les points de sa surface, à la 
circonférence des hémisphères aussi bien qu'à la base. Les 
blessures de cette dernière région sont beaucoup plus 
dangereuses que les autres, sans doute parce qu'à la base 
du cerveau se trouve le nœud de la vie, l'origine de tous 
les nerfs crâniens, et sans doute encore parce que le corps 



— 17G — 

vulnérant n'y arrive qu'après un long trajet, pendant le- 
quel il a eu le temps d'occasionner de graves désordres. 

Le cerveau peut être blessé parle projectile lui-même, 
ou bien par les esquilles osseuses que ce dernier détache 
de la calotte crânienne et enfonce dans la substance céré- 
brale. Quand le projectile est d'un petit volume, il s'y 
creuse un trajet étroit et ne produit, dans certains cas heu- 
reux, que des désorganisations auxquelles l'art, aidé delà 
bonne constitution du blessé, peut encore porter remède ; 
mais s'il est plus volumineux, il emporte ou déchire ordi- 
nairement une portion du cerveau trop considérable pour 
que la vie puisse continuer. C'est malheureusement la ter- 
minaison la plus fréquente de ces sortes de blessures. 

Les lésions du cerveau sont peu douloureuses en elles- 
mêmes, et la substance de cet organe ne paraît pas douée 
d'une sensibilité aussi exquise que sembleraient le com- 
porter, d'une part, l'importance de ses fonctions, et de 
l'autre, la gravité des désordres qui suivent ses blessures. 
Ainsi, on a vu des chirurgiens, allant à la recherche d'une 
balle perdue dans le cerveau, enfoncer leur sonde de cinq 
a six pouces dans l'épaisseur de cet organe, sans que le 
malade parût vivement affecté de cette manœuvre. 

Les blessures dont nous nous occupons donnent pres- 
que toujours lieu à des symptômes très graves , qui sont 
en rapport avec l'importance physiologique des fonctions 
élevées que le cerveau est appelé à remplir. Ainsi, elles 
sont suivies, dans la majorité des cas, d'anéantissement, 
de la perte de telle ou telle faculté, la mémoire, le juge- 
ment, de tel ou tel sens, la vue, l'ouïe, de paralysies, de 
la perte du sentiment , des mouvements volontaires , etc. 
Elles donnent lieu à une suppuration longue et ordinaire- 
ment assez fétide, et peuvent cependant, dans certains cas 
exceptionnels, se terminer d! une manière heureuse. Ainsi, 



j m ml 

1 i L 

M. Denis, chirurgien major au V régiment do chasseurs 
d'Afrique, me racontait dernièrement avoir connu un oili- 
cier (iui, voulant se suicider, se lira un coup de pistolet à 
la tempe droite ; le projectile ressortit par la tempe oppo- 
sée, entraînant avec lui des fragments du cerveau. La sup- 
puration s'établit par les deux ouvertures; elle dura an 
mois, et au bout de ce temps, elle tarit. Les deux plaies 
extérieures se cicatrisèrent , et deux mois et demi après, 
l'officier blessé était guéri, sans avoir éprouvé la perte 
d'aucune faculté, d'aucun sens, etc. ; mais, malheureuse- 
ment pour lui, il commit, quelque temps après, un grand 
écart de régime, à la suite duquel se déclara une encépha- 
lite secondaire, et il mourut en peu de jours. 

Lamotte donne l'observation d'une blessure qui, bien 
que produite par une arme blanche , n'en mérite pas 
moins de trouver place ici : c'est celle d'un coup de sabre 
qui coupa le pariétal droit dans l'étendue de deux pouces, 
et le gauche dans retendue de trois ou quatre pouces, jus- 
qu'auprès de l'oreille. Cette plaie comprenait, non seule- 
ment le sinus longitudinal supérieur , les membranes du 
cerveau, mais encore le cerveau lui-même. Elle fut suivie 
de syncope, à cause de la perte de sang considérable 
éprouvée par le blessé. Elle ne donna lieu à aucun acci- 
dent grave et fut guérie en deux mois et demi. 

L'encéphalite est la suite la plus redoutable des plaies 
du cerveau. Son traitement doit être essentiellement anti- 
phlogistique. Nous allons, du reste, nous en occuper plus 
longuement dans le paragraphe suivant, en traitant des 
complications des plaies du crâne. 

§ IV. — COMPLICATIONS DES TLA1ES DU CRAXE. 

Les accidents qui compliquent le plus ordinairement les 
plaies du crâne sont : 1° la commotion ; 2° la compression ; 

12 



~~ 178 — 

3° la contusion ; i° l'inflammation du cerveau, et en cin- 
quième lieu, la présence de corps étrangers organiques ou 
inorganiques, ayant pénétré dans la cavité crânienne, ou 
s'étant logés dans l'épaisseur de ses parois. Les détails 
dans lesquels nous allons entrer au sujet de ces complica- 
tions nous mettront à même d'apprécier toute la gravité 
des lésions qui nous occupent, et termineront ce que nous 
avons à dire sur les plaies du crâne. 

§ V. — COMMOTION CÉRÉBRALE. 

Toutes les fois que la surface externe du crâne est sou- 
mise à un choc extérieur, l'enveloppe osseuse du cerveau 
s'affaisse plus ou moins, suivant la force du coup, com- 
prime le cerveau, revient ensuite sur elle-même et re- 
tourne au repos, après une série plus ou moins considéra- 
ble d'oscillations. Pendant tout ce temps, le cerveau se 
trouve plus ou moins secoué, et il en résulte ce qu'on 
nomme commotion , c'est-à-dire anéantissement, suspen- 
sion de toutes ses fonctions, pouvant n'être qu'un simple 
vertige , tenant pendant quelques instants seulement le 
blessé dans un état d'hébétude , d'autres fois , au con- 
traire, suspendant totalement les fonctions cérébrales, et 
occasionnant par conséquent la mort. 

On a longtemps cherché la lésion anatomique corres- 
pondant à la commotion du cerveau. Le résultat de ces 
longues recherches a consisté seulement à noter une dimi- 
nution notable de volume dans le cerveau des individus 
morts par suite de commotion cérébrale. Les deux obser- 
vations qui ont amené à établir ce fait sont dues, l'une à 
Littré, l'autre à Sabatier. A part cela, aucun auteur n'a si- 
gnalé une lésion de structure quelconque du tissu encé- 
phalique, comme étant le propre de la complication des 
plaies du crâne, dont nous nous occupons en ce moment. 



— 179 — 

D'un autre côté, au contraire, les auteurs sont tous du 
même avis à peu près relativement aux symptômes de la 
commotion cérébrale , qui se divise en trois degrés : le 
premier offrant peu de gravité , le second étant plus sou- 
vent suivi de réaction inflammatoire plus ou moins grave, 
et le troisième, enfin, donnant bien souvent la mort au 
blessé , au moment même de l'accident. 

Il n'est, pour ainsi dire, personne qui n'ait éprouvé une 
ou plusieurs fois , dans le cours de son existence , le pre- 
mier degré de la commotion cérébrale, soit à la suite 
d'une chute d'un lieu plus ou moins élevé , ou d'un coup 
plus ou moins violent reçu sur la calotte crânienne. Ce 
premier degré se manifeste par des ébîouissements , des 
vertiges , durant pendant plusieurs secondes. Le blessé 
croit voir une grande quantité d'étincelles se mouvoir 
avec rapidité devant ses yeux. Il a besoin de trouver bien 
vite un point d'appui, sous peine défaire une chute. Dans 
certains cas même, il éprouve des vomissements, mais 
jamais il ne perd le sentiment de son existence. Ordinai- 
rement ces symptômes durent très peu , en général leur 
existence est aussi passagère que la cause qui les produit, 
et bientôt après tout rentre dans l'état normal. 

Dans le second degré , le blessé éprouve d'abord tons 
les symptômes précédents , seulement ils sont plus inten- 
ses et occasionnent dans la majorité des cas la chute du 
corps, puis, en second lieu, les sphincters se relâchent su- 
bitement et il y a émission involontaire des urines et des 
matières fécales. Le décubitus est dorsal, et l'immobilité 
presque complète. La sensibilité est quelquefois obtuse , 
au point que les blessés ne sentent pas des tiraillements 
violents exercés sur leur peau , tiraillements qui , dans 
dans l'état normal , seraient pour eux la cause de vives 
douleurs et de cris aigus. Les pupilles sont dilatées, l'ouïe 



— 180 — 

est quelquefois obtuse , d'autres fois tout à fait anéantie. 
Tandis que dans certains cas , au contraire , elle est dans 
toute son intégrité , alors le blessé entend parfaitement 
toutes les questions qu'on lui adresse , mais il paraît en 
être fatigué, se détourne assez souvent pour les éviter, et 
s'il répond à quelques-unes, il le fait longtemps après et 
avec un air de mécontentement manifeste , absolument 
comme si on venait de le tirer d'un profond sommeil. La 
respiration est lente , suspirieuse , le pouls large et lent 
surtout dans les premiers moments après l'accident. Mais 
il se relève bientôt à mesure que la réaction arrive. 

Si la maladie doit avoir une terminaison funeste , les 
symptômes restent pendant quelque temps stationnaires , 
puis tout à coup se manifeste une vive réaction inflamma- 
toire, vient ensuite le délire, qui annonce l'invasion dune 
encéphalite. Si, au contraire, l'invasion doit avoir une 
heureuse terminaison, tous les symptômes diminuent d'in- 
tensité à dater du moment de l'accident , les fonctions 
troublées dans leur régularité reviennent à l'état normal ; 
et la guérison ne se fait pas attendre. 

On observe dans certains cas, à la suite des commotions 
cérébrales un peu violentes, un trouble de certaines fonc- 
tions intellectuelles persistant plus ou moins longtemps 
après l'accident; ainsi, quelques malades sont inaptes 
aux travaux intellectuels , bien qu'ils fussent avant leur 
maladie habitués aux études sérieuses. D'autres conser- 
vent, pendant un certain temps un affaiblissement remar- 
quable de telle ou telle faculté de l'intelligence, comme 
la mémoire, le jugement. 

Le troisième degré de la commotion est encore plus 
violent , il peut tuer instantanément le blessé qui le sup- 
porte. « .... Celui-ci, ditDupuytren, tombe comme une 
victime frappée d'un coup de massue. » îl y a des convul- 



— 181 — 

sions, suspension de toutes les fonctions de relation et de 
nutrition, et, pour peu que cette suspension se prolonge , 
la mort ne tarde pas à arriver. 

La commotion qu'on observe à la suite des coups de 
feu du crâne est toujours directe , tandis que celle qui ré- 
sulte , par exemple , d'une chute d'un lieu élevé sur les 
extrémités inférieures, sur les fesses, est indirecte. 

La commotion cérébrale peut encore se marier à la 
compression et à la contusion du cerveau. Nous verrons 
tout h l'heure quels sont les moyens d'asseoir un diagnos- 
tic certain, quand deux ou trois de ces affections existent 
simultanément. 

Le traitement de la commotion cérébrale-est fort sim- 
ple ; il faut , après avoir donné des soins à la blessure du 
crâne , tâcher d'appeler la réaction , si le blessé est dans 
la période d'anéantissement , et modérer cette réaction 
une fois qu'elle est arrivée. On remplit la première indi- 
cation à l'aide de frictions sèches pratiquées sur toute la 
surface du corps, par l'instillation de liqueurs spiritueuses 
dans les narines, et l'application de révulsifs sur les mem- 
bres. Puis, lorsque l'application de ces .moyens thérapeu- 
tiques a amené la réaction, on doit pratiquer une ou plu- 
sieurs saignées générales , faire des applications plus ou 
moins réitérées de sangsues derrière les apophyses mas- 
toïdes, exercer en même temps une médication révulsive 
sur le tube intestinal. On doit redoubler d'activité si la 
commotion s'accompagne de délire , s'il y a menace d'en- 
céphalite, et si cette dernière débutait brusquement et 
avec beaucoup d'énergie , il ne faudrait pas craindre d'af- 
faiblir le blessé par des émissions sanguines réitérées. 



— 182 — 

§ VI. — ■ COMPRESSION CÉRÉBRALE. 

Dans l'état naturel, le cerveau est bridé dans ses mouve- 
ments d'expansion par la calotte osseuse qui l'entoure , 
mais cette compression est douce, naturelle, uniforme, et 
ne dépasse jamais les limites , au-delà desquelles elle de- 
viendrait un état morbide. Mais, si, à la suite d'une plaie 
du crâne , un corps étranger , de nature quelconque , pèse 
sur la surface du cerveau ou s'enfonce dans son paren- 
chyme, il en résulte des symptômes très graves, marchant 
avec rapidité et donnant promptement la mort au blessé , 
si on ne détruit, en l'enlevant, la cause comprimante qui 
agit sur le cerveau. 

La compression cérébrale peut avoir lieu sur tous les 
points de la surface du cerveau , sur la convexité de 
ses hémisphères aussi bien qu'à sa base, mais elle est 
plus dangereuse dans cette dernière partie, d'abord à 
cause de l'importance des organes qui s'y trouvent, et en- 
suite parce qu'un corps comprimant , situé à la base du 
cerveau , se trouve tout à fait hors l'action des moyens 
thérapeutiques chirurgicaux. 

La compression cérébrale doit sa naissance à plusieurs 
causes, et peut exister tout aussi bien à la suite d'un coup 
de feu sans fracture , que dans un cas de plaie aux tégu- 
ments accompagnée de fractures multiples aux os du 
crâne. Ainsi , une balle peut avoir contusionné les os du 
crâne et décollé la dure-mère de leur surface interne; or, 
il résultera de ce décollement un épanchement de sang 
plue ou moins considérable , qui pèsera sur le cerveau et 
déterminera les symptômes de la compression. 
Les esquilles- osseuses, détachées par les projectiles, 
sont la cause la plus fréquente de lacompression cérébrale ; 
celles-ci peuvent être tout simplement enfoncées vers la 



— 183 — 

cavité crânienne , et peser sur la surface du cerveau , 
ou bien aller plus loin et pénétrer à une profondeur varia- 
ble dans le parenchyme de cet organe. Dans le premier 
cas , les phénomènes de la compression , et tous les acci- 
dents cessent immédiatement après l'extraction de la cause 
comprimante, Ms dans le second, cette extraction ne met 
pas à l'abri de l'encéphalite consécutive, pouvant survenir 
h la suite de l'irritation occasionnée au cerveau par les 
pointes piquantes des esquilles. 

Les projectiles peuvent aussi , à leur tour , en pesant à 
la surface du cerveau où en s'enfonçant plus ou moins 
profondément dans sa substance , déterminer d'abord des 
symptômes de compression, et ensuite une encéphalite 
consécutive. 

Ordinairement la compression cérébrale acquiert immé- 
diatement après l'accident le degré qu'elle doit conserver 
pendant toute la maladie , quand le corps étranger qui la 
produit est, et sera toujours de même volume, et agit par 
conséquent toujours avec la même puissance, comme une 
esquille , une balle ; mais si le corps étranger est suscep- 
tible d'augmenter de volume, et d'exercer par conséquent 
une compression de plus en plus forte : alors aussi les 
symptômes augmentent d'intensité et peuvent devenir très 
graves de légers, et quelquefois même de nuls qu'ils étaient 
les premiers moments après l'accident. Le fait que je si- 
gnale s'observe dans les cas d'épanchements et sert même 
à établir un point de diagnostic différentiel très important 
entre la commotion et la compression du cerveau. 

La compression cérébrale s'annonce, en général, par la 
dilatation de la pupille, la lenteur du pouls, la respiration 
stertoreuse , et surtout par la paralysie du côté du corps 
opposé au côté de la tête où siège l'épanchement, ou toute 
autre cause de compression. Quand le crâne est ouvert par 



— 184 — 

le projectile de guerre , il est aisé de savoir ou se trouve 
l'agent comprimant, mais quand la paralysie résulte, par 
exemple ? d'un épanchement purulent consécutif à une 
encéphalite , survenue à son tour après une contusion , et 
qu'il n'y a pas la moindre solution de continuité aux tégu- 
ments et aux os du crâne, le cas est beaucoup embarras- 
sant. 

MM. Foville et Pinel-Grand-Champ ont assigné, à la suite 
de recherches longues et curieuses , telle ou telle place à 
l'agent compresseur, selon que la paralysie se manifesté 
dans tel ou tel organe. Pour eux, la paralysie d'un bras in- 
dique une compression exercée sur la couche optique et 
ses irradiations; celle d'une jambe prouve la compression 
du corps strié ; celle d'une moitié du corps doit faire 
diagnostiquer la compression simultanée de ces dernières 
portions du cerveau ; enfin, celle de la jambe droite et du 
bras gauche (paralysie croisée) est un signe de compression 
de la couche optique gauche et du corps strié droit. 

D'après M. Cazc , la paralysie de la langue serait due à 
la compression de la corne d'Ammon. Enfin M. Bouillaud 
pense que la lésion des lobes antérieurs du cerveau dé- 
termine la perte de la mémoire des choses. 

L'extraction de l'agent comprimant est l'indication la 
plus pressante qu'offre à remplir la compression cérébrale. 
Quand le crâne n'a pas été ouvert, et qu'on a affaire à un 
épanchement intracrànien , il est quelquefois fort difficile 
de savoir oiil'on doit appliquer une ou plusieurs couronnes 
de trépan pour donner issue au liquide. Il faut, en pareil 
cas, que le chirurgien joigne, à une grande expérience et 
à un grand tact, une certaine témérité, qui lui permette de 
ne pas reculer devant un cas douteux. 

Dans les temps anciens , on a singulièrement abusé de 
l'opération du trépan , et on l'a employée comme une vé- 



— 185 — 

ritabîe panacée chirurgicale dans presque toutes les lésions 
traumatiques du crâne. On est aujourd'hui revenu de ces 
idées et on a singulièrement rétréci le cadre des cas chi- 
rurgicaux exigeant impérieusement cette opération. Les 
détails de la question du trépan exigeraient a eux seuls 
plus de détails que n'en renferme l'ensemble de ce travail ; 
ils se trompent , du reste , assez longuement exposés dans 
les annales de la science pour que je me dispense de les 
retranscrire ici 

Il est des corps étrangers qu'on peut enlever avec des 
pinces à pansement ou la pointe d'une spatule , d'autres 
au contraire qui exigent l'application du trépan, et sur les- 
quels on est forcé d'agir du dedans au dehors, comme, par 
exemple, une balle, dont la plus grande portion de la 
sphère se trouve emprisonnée dans le crâne... Quand la 
plaie a été débridée, qu'on a enlevé les esquilles, que les 
phénomènes de compression ont cessé plus ou moins 
complètement, on doit se tenir sur ses gardes et user lar- 
gement des saignées générales pour prévenir l'encéphalite 
traumatique. Quand celle-ci survient et se termine par 
suppuration , on doit faciliter, autant que possible, l'issue 
du pus au dehors , et combattre la tendance de la masse 
encéphalique à faire hernie au dehors, à travers les lèvres 
de la solution de continuité des os. Si on a été obligé de 
faire éprouver une grande perte de substance aux os du 
crâne par l'opération du trépan. On fera porter au blessé , 
après sa guérison, une calotte de cuir ou une plaque de 
plomb pour amortir les chocs que le cerveau pourrait es- 
suyer de la part des agents extérieurs. 

§ VII. CONTUSION DU CERVEAU , ET ENCÉPHALITE. 

La contusion du cerveau peut aller depuis le simple 
écoulement de quelques gouttes de sang jusqu'à la désor- 



— 186 — 

ganisation complète de la substance de cet organe. On 
voit souvent survenir après elle les symptômes de la com- 
pression cérébrale dont nous venons de nous occuper , et 
ceux de l'encéphalite traumatique sur laquelle nous allons 
insister quelques instants. 

L'encéphalite peut survenir à la suite de toutes les 
plaies d'armes à feu du crâne ; on l'observe aussi bien après 
la simple contusion des téguments, qu'après le coup de feu 
qui brise les os et enlève une portion d'hémisphère céré- 
bral. Elle peut être diffuse, c'est-à-dire s'étendre à toute 
la surface du cerveau , ou concentrée seulement au point 
lésé. Elle se déclare , dans certains cas , à la suite de la 
commotion et de la compression du cerveau ; d'autres fois, 
au contraire , elle apparaît primitivement , et donne 
naissance à la compression par les produits morbides 
qu'elle fait naître dans l'intérieur du cerveau (suppura- 
tion). 

La compression , suite d'encéphalite , se manifeste plus 
rarement quand l'arme a ouvert le crâne , et a établi ainsi 
une voie plus ou moins facile à travers laquelle peuvent 
s'écouler le sang ou le pus épanchés dans la cavité crâ- 
nienne. 

L'encéphalite se déclare sept , huit, dix jours, et quel- 
quefois plus tard après l'accident. Alors la fièvre se déclare 
et augmente subitement; le visage s'injecte, une agitation 
violente se manifeste, la céphalalgie est intense, le pouls 
dur, fort et fréquent ; le délire arrive bientôt après , et si 
'on ne combat pas tous ces symptômes avec une extrême 
énergie, on voit se manifester plus ou moins longtemps 
après les symptômes de compression cérébrale , indiquant 
la formation d'un épanchement purulent. Alors , au lieu 
d'agitation , il y a coma ; la paralysie se montre dans telle 
ou telle partie du corps , le malade tend à descendre vers 



— 187 — 

les pieds de son lit , etc... Il n'y a plus alors que la force 
du pouls et la chaleur de la peau qui puissent faire distin- 
guer l'encéphalite de la compression primitive... La mort 
du sujet est la suite presque inévitable de cet état morbide. 

Les fractures du crâne peuvent donner lieu a l'encépha- 
lite même à une époque assez éloignée de celle de l'acci- 
dent. Ambroise Paré dit qu'il faut se tenir en garde jus- 
qu'au centième jour , «... et surtout, ajoute-t-il, fais avec 
ton patient bon guet , tant en son boire , manger , repos , 
coït et autres choses. . . » 

On combat l'encéphalite par des saignées générales plus 
ou moins abondantes , par des applications de sangsues 
derrière les apophyses mastoïdes , ou aux environs de la 
blessure , d'après la méthode de M. Gama ; par des bois- 
sons émétisées agissant comme dérivatives sur le tube in- 
testinal , puis par l'application de révulsifs (vésicatoires , 
sinapismes) sur les membres inférieurs. Si on emploie les 
afrusions froides, ou l'application de la glace sur la tête, il 
faut n'en cesser l'usage que graduellement ; car si on le fait 
d'une manière brusque , on voit , dans certains cas , sur- 
venir une réaction violente promptement funeste au blessé. 

M. Lallemand assure avoir obtenu de grands succès par 
l'emploi de 1 emétique à haute dose, dans des cas de plaie 
de tête où la saignée paraissait sans effet , et même aggra- 
ver l'état des choses. Tous les auteurs n'accordent pas les 
mêmes propriétés bienfaisantes à l'émétique. Les uns , du 
même avis que l'honorable professeur de Montpellier, le 
regardent comme un moyen puissant ; d'autres doutent de 
ses vertus , et n'osent l'employer dans les grandes lésions 
du crâne ; il en est enfin, et parmi eux se trouve M. Bégin, 
qui proscrivent ce médicament , et regardent son admini- 
stration comme très dangereuse. Citons quelques opinions. 

«... Notre antiphlogistique par excellence dans les 



~ !8S — 

grandes occasions, dit M. Hutin , a été le tartre stibié, 
qu'on me pardonne ce choc de mots en apparence si op- 
posés , antiphlogistique et tartre stibiè. Les résultats prou- 
vent qu'ils sont parfaitement alliables l'un à l'autre. L'é- 
métiqueahautedose ralentitlacirculation générale avec une 
constance et une facilité qui ne se démentent guère, et sans 
parlerdessuccèsclel'écolerasorienne, sans parler des belles 
cures de M. le professeur Lallemand , mon service à l'hô- 
pital de Bone m'a fourni des exemples remarquables de 
l'avantage de ce médicament contre l'inflammation trau- 
matique. » [Relation de l 'expédition de Constantine, p. 1 99.) 

M. Baudens ne l'a jamais employé et doute de ses bons 
effets. « ... S'il est bien vrai , dit-il , qu'il soit (l'émétique) 
le plus puissant de tous les antiphlogistiques , qu'il abaisse 
la température de la peau en diminuant considérablement 
le nombre des pulsations, en modérant l'hématose, en ra- 
lentissant toutes les fonctions organiques, on conçoit tout 
le parti qu'on peut tirer d'un pareil agent thérapeutique. 
De même qu'il pourrait être excessivement nuisible , s'il provo- 
quait des vomissements , ce qui doit être fort à craindre... » 

Enfin, après le doute de M. Baudens , je citerai la pro- 
testation de M. Bégin contre l'emploi de ce médicament , et 
je me rangerai entièrement de son avis; car je ne com- 
prends pas qu'on se décide à administrer à un blessé at- 
teint de grave lésion à la tète 8 ou 1 grains de tartre stibié, 
sans savoir s'il y aura tolérance ou non , et qu'on s'expose 
ainsi à provoquer des vomissements qui pourront être très 
nuisibles en augmentant la congestion sanguine vers la 
tête. 

a L'émétique à doses très faibles ne peut être supporté 
par certains malades , dit M. Bégin ; il produit des nausées, 
des hoquets , et quelquefois même des vomissements très 
désagréables aux sujets qui sont blessés à la tête ; dans 



— 189 — 

d'autres circonstances , il provoque le développement 
d'une irritation gastro-intestinale qui , réagissant sur l'en- 
céphale , augmente la violence de la phlogose , et accroît 
ainsi l'intensité des accidents et les dangers de la maladie 
enfin chez la plupart des blessés. Lors même que l'éméti- 
que ne détermine aucun désordre insolite , son action est 
insuffisante pour détourner la fluxion cérébrale. Les symp- 
tômes de l'inflammation du cerveau se développent et con- 
tinuent leur marche malgré son administration. Comment 
pourrait-il en être autrement en effet , lorsque la blessure 
est grave et que les parties contenues dans le crâne ont 
ou violemment contuses, ou piquées, ou déchirées par des 
esquilles enfoncées sur elles. . » [Mémoires de méd. et de 
cliirurg, milit. ,t. î 4 , p. 52.) 

J'ai dit un peu plus haut que la commotion, la com- 
pression et la contusion du cerveau existent quelquefois 
combinées deux à deux, et dans certains cas même trois à 
trois. Le diagnostic est alors plus difficile et les caractères 
particuliers de chacune de ces complications beaucoup 
moins tranchés. Je laisserai parler, à ce sujet, Dupuytren, 
qui a parfaitement signalé , dans son Traité des plaies d'ar- 
mes de guerre , les différents points de ralliement qui peu- 
vent servir à guider le praticien dans ce cas difficile. 

« Quand il existe à la fois, dit-il, commotion forte et 
enfoncement des os, le| malade présente de suite la perte 
de connaissance, qui caractérise la commotio net l'hémiplé- 
gie accompagnée de respiration stertoreuse qui caractérise 
la compression. Quand il y a compression et déchirement 
deladuremère, ou épanchement dans la cavité del'arach- 
noïde; si Ton arrive au moment du coup on peut suivre le 
développementet les progrès de la paralysie qui commence 
toujours très peu de temps après l'accident. Quand il y a 
commotion et contusion, ce n'est qu'après le troisième 



— 190 — 

ou quatrième jour que se joignent à l'assoupissement qui 
caractérise le^premier état, les accidents inflammatoires lo- 
caux et généraux qui appartiennent au second, et c'est vers 
le dixième ou douzième jour que se déclare l'hémiplégie 
qui indique que l'inflammation se termine par suppuration. 
Quand il y a épanchement et contusion, comme l'émiplé- 
gie existe par le seul fait de l'épanchement sanguin, on ne 
peut plus reconnaître la contusion qu'à l'élévation du 
pouls à la coloration du visage, etc., qui arrivent vers le 
quatrième ou cinquième jour après que le cerveau a été 
contus, et qu'il s'enflamme, mais il est impossible de dis- 
tinguer l'épanchement consécutif de l'épanchement pri- 
mitif, sinon peut être à l'augmentation de l'intensité des 
symptômes qui ne tardent pas à faire succomber le ma- 
lade. Enfin, quand il y a commotion forte, épanchement 
de sang au dessus et au dessons de la dure-mère, contu- 
sion limitée à un point de la surface du cerveau et que l'on 
est appelé assez à temps pour observer la marche des ac- 
cidents , on peut voir d'abord exister seuls les accidents 
du premier de ces états, à ceux-ci se joindre bientôt la pa- 
ralysie occasionnée par la compression produite par le li- 
quide épanché, et vers l'époque indiquée, les accidents 
inflammatoires venir s'ajouter à ceux de la commotion et 
de la compression qui existent déjà. (p. 475, t. vi. ). 

§ VIII. CORPS ÉTRANGERS. 

! Nous avons déjà vu de quelle nature sont les corps 
étrangers qui compliquent par leur présence les plaies du 
crâne. Nous savons aussi que les accidents qu'ils dévelop- 
pent le plus souvent, sont la compression du cerveau, et 
en second lieu l'encéphalite. Pour ne pas nous exposer à 
d'inutiles répétitions, nous nous contenterons donc d'expo- 
ser dans ce chapitre la manière la plus convenable d'ex- 



— 191 — 

traire les balles engagées sous la peau du crâne, dans le- 
paisseur des os, celles qui ont pénétré dans l'intérieur du 
crâne, et dans l'épaisseur de la substance cérébrale, et les 
cas dans lesquels il convient de les abandonner et de ne 
pas se livrer à de dangereuses recherches. 

Une simple incision suffit pour mettre à découvert et ex- 
traire une balle engagée sous les téguments crâniens. 

Mais quand celle-ci à pénétré dans l'épaisseur des os, 
il peut se présenter trois cas; 4° ou bien il n'y a d'engagé 
dans le crâne qu'une petite portion de la sphère représen- 
tée par la balle ; 2° ou bien le diamètre qui partage la balle 
en deux segments égaux, se trouve au niveau de la sur- 
face convexe du crâne ; 3° ou bien, en dernier lieu, la plus 
grande partie de la balle se trouve engagée dans le crâne. 
Les procédés d'extraction diffèrent essentiellement dans 
ces trois cas. Dans le premier, ils sont très simples et des 
pinces à pansement, un tire-fond, et le manche d'une spa- 
tule, suffisent pour les mettre à exécution. Dans le second, 
il faut éviter de trop presser sur la balle de peur de l'en- 
foncer davantage et de donner lieu aux phénomènes de la 
compression. Ce qu'il y a de plus rationnel à faire, si la 
balle résiste trop, c'est d'enlever, à l'aide d'une couronne 
de trépan sans pyramide, un disque osseux tout autour du 
projectile qui de cette manière sera facilement extrait. En- 
fin dans le troisième cas , il faut appliquer à côté de la 
solution de continuité osseuse par laquelle la balle a péné- 
tré, une ou plusieurs couronnes de trépan, à la suite de 
cette opération, on pourra agir sur le projectile et le sou- 
lever de dedans en dehors. — Si la balle a cheminé plus 
ou moins loin entre les membranes cérébrales et la surface 
interne du crâne, il faut tâcher de s'assurer de sa position 
a l'aide d'une sonde en gomme élastique, et si on parvient 
à la découvrir, faire avec le trépan une espèce de contre 



— 192 — 

ouverture osseuse, au niveau du point où elle est logée, 
aiin de la retirer par la. — Enfin, si le cerveau est désor- 
ganisé, et si le projectile est enfoncé trop au loin dans la 
substance cérébrale, il est prudent de ne pas pousser trop 
loin les investigations, car on a de nombreux exemples de 
blessés qui ont vécu longues années porteurs de corps 
étrangers dans le cerveau. 



— 193 — 
CHÂPiTRE M 

BLESSURES LE LA IACE, 



Les blessures de la face sont quelquefois très graves, à 
cause des accidents qu'elles peuvent réveiller du côté du 
cerveau; elles comprennent les plaies des oreilles, du nez, 
des organes visuels , et enfin celles de la cavité buccale, 
qu'on observe très souvent, parce que c'est dans la bouche 
ou sous la région sus -hyoïdienne que les individus qui 
tentent de se suicider placent ordinairement le canon de 
l'arme qui doit leur ôter la vie. 

Les blessures des parties externes de l'oreille sojit peu 
graves et n'entraînent ordinairement après elles aucune 
difformité choquante, comme celles qui résultent, par 
exemple, de la perte d'une portion plus ou moins consi- 
dérable du nez; mais quand le projectile pénètre dans le 
conduit auditif externe, il produit des accidents plus gra- 
ves, en tète desquels on distingue la surdité, pouvant ces- 
ser, dans certains cas, après son ablation, si le projectile, 
allant plus profondément, a désorganisé l'oreille interne, 
fracturé le rocher. Le blessé est soumis à des accidents 
cérébraux très graves , dont les symptômes et les effets 
rentrent dans la catégorie de ceux que nous avons exa- 
miné en parlant des fractures de la base du crâne. 

Les yeux, plus exposés , par leur situation anatomique, 
à être atteints par les projectiles de guerre, le sont en effet 
assez souvent, et offrent une assez grande variété de lé- 
sions sur lesquelles nous allons insister quelques instants. 

Renfermés dans l'orbite, cavité osseuse qui les protège 

13 



— 194 ~ 

contre l'action des agents extérieurs, ils peuvent être lésés 
seuls ou en môme temps que les parois de ces cavités, cir- 
constance qui double la gravité de la blessure. Nous fe- 
rons rentrer dans ce qui se rapporte aux blessures des or- 
bites la lésion des sinus frontaux, qui n'en sont séparés que 
par une lame très mince permettant de les faire considérer 
comme une dépendance de l'apophyse orbitaire interne 
du coronal. 

La lésion du globe oculaire peut être produite par des 
petits projectiles, comme des grains de plomb, de petits 
morceaux de bois détachés des corps environnants, etc. , 
ou bien par la balle, ou bien enfin par des projectiles d'un 
plus gros volume, et alors, il y a toujours désorganisation 
complète de cet organe. 

Quand un grain de plomb arrive sur le globe oculaire, 
il peut s'arrêter dans les enveloppes de ce dernier ou bien 
pénétrer dans son intérieur. Le résultat d'une pareille lé- 
sion est toujours une contusion plus ou moins violente ou 
une désorganisation plus ou moins profonde de l'œil, qui 
peut, dans certains cas, perdre l'usage de ses fonctions, 
tout en conservant son apparence normale , et dans d'au- 
tres, se vider complètement. La contusion du globe ocu- 
laire est accompagnée de douleurs très violentes , de cé- 
phalalgie intense , et quelquefois même de troubles dans 
les fonctions cérébrales, symptômes qui s'expliquent très 
bien par la structure dense et serrée de l'organe blessé. 
Quand on est assez heureux pour se rendre maître de l'in- 
flammation par un traitement énergique, les symptômes 
s'amendent peu à peu, et si la structure de l'organe n'a 
pas été profondément altérée, tout rentre bientôt dans 
l'état normal ; mais si, au contraire, le projectile a pro- 
fondément désorganisé l'œil, et si le traitement tout d'a- 
bord employé a été impuissant pour s'opposer à la mar- 



— 195 — 

che des accidents inflammatoires, le gonflement augmente 
d'instant en instant; les douleurs sont affreuses, et enfin, 
l'œil éclate et produit, en se vidant, un bruit considéra- 
ble, qui a été compare par Dupuytren à une véritable ex 
plosion. Voici, du reste, les paroles de cet auteur à ce su- 
jet: « D'autres fois, dit-il, il survient, après la présence 
du grain de plomb dans l'œil, une inflammation très vio- 
lente de toutes les parties qui entrent dans la composition 
de l'organe. Cette inflammation a lieu par étranglement, 
et il en résulte d'affreuses douleurs, qui ne cessent que 
lorsque l'œil éclate et fait explosion. Cette expression n'est 
pas exagérée, ajoute Dupuytren; elle peint très bien ce 
qui arrive. En effet, l'œil éclate quelquefois avec bruit, et 
le flot de liquide purulent contenu dans sa cavité est lancé 
a une certaine distance du malade, à un demi-pied, un 
pied même; c'est ce que j'ai vu plusieurs fois. » 

Quand le projectile est plus volumineux et produit, en 
même temps qu'il tduche le globe oculaire, une lésion des 
parties osseuses qui le protègent, il est aisé de compren- 
dre que la blessure est infiniment plus grave, et qu'il faut 
redoubler d'activité $our empêcher les accidents de se 
propager jusqu'au parenchyme cérébral. Quelquefois, le 
globe oculaire, frappé obliquement par un projectile d'un 
volume même assez considérable, comme une balle, lui 
résiste d'abord, et ensuite, en vertu de sa configuration 
sphérique et de son élasticité , lui fait éprouver des ré- 
flexions pouvant devenir funestes au blessé. En voici un 
exemple très curieux, qui m'a été communiqué par un de 
mes amis, lequel l'a observé l'année dernière à Bouf- 
farick : 

Le commandant de place de cette ville arabe vint aver- 
tir, à neuf heures du soir, l'officier de santé dont je parle 
qu'un soldat venait de tomber raide mort à la suite d l un 



— lî>6 — 

coup de feu qu'il avait reçu étant en faction, et le prier en 
même temps de se rendre auprès de ce blessé pour cons- 
tater son décès. Arrivé auprès du cadavre, l'officier de 
santé le fait dépouiller de ses vêtements, et, pensant 
qu'une mort aussi subite avait dû être produite par la lé- 
sion profonde d'un ou de plusieurs organes contenus dans 
une des cavités splanchniques, il examine avec attention 
la tète, la poitrine et le ventre, sans y découvrir la moin- 
dre trace de plaie d'arme à feu. L'examen attentif des 
membres eut le même résultat négatif. On commença 
alors à douter de la véracité du récit des camarades du 
blessé, qui prétendaient avoir vu l'Arabe qui avait tiré le 
coup de feu sortir de l'embuscade où il était placé, et 
avoir entendu parfaitement l'explosion de l'arme à feu : si 
bien qu'au moment de faire l'autopsie, on s'attendait à 
trouver une cause interne de mort subite, comme un 
épancheraient apoplectique , une rupture de gros vais- 
seau, etc. Mais quel ne fut pas l'étonnement de ceux qui 
assistaient à cette autopsie, lorsqu'apres avoir ouvert le 
crâne et enlevé la dure-mère, on put voir le lobe anté- 
rieur de l'hémisphère cérébral droit totalement désorga- 
nisé par une balle qui était entrée dans le crâne, en perfo- 
rant la paroi supérieure de l'orbite, et suivre, de dedans 
en dehors, le trajet du projectile, qui avait frappé sur le 
globe oculaire droit, s'était glissé entre lui et la paupière 
supérieure, dont il avait percé la conjonctive au moment 
de sa réflexion sur le globe oculaire, et de là avait péné- 
tré dans l'orbite, dont il avait aisément perforé la voûte. 
Cette observation , qui compte peu de sœurs dans la 
science, doit engager les officiers de santé militaires qui se 
trouvent dans le cas d'examiner des blessures par armes à 
feu, à le faire avec une scrupuleuse attention, et souvent à 
plusieurs reprises. Us pourront ainsi, dans certains cas, 



— 197 — 

trouver l'explication des effets qui, antécédemment, leur 
paraissaient problématiques. 

D'autres fois, l'œil , au lieu de réfléchir la balle dans 
telle ou telle direction, se laisse entraîner par elle, et 
chasser plus ou moins loin hors de la cavité orbitaire , en 
tenant encore à son pédicule nerveux. Ainsi, d'après Du- 
puvtren, Covillard aurait réussi à replacer dans l'orbite 
un œil qui en avait été expulsé. 

Les projectiles lancés par la poudre à canon, qui pé- 
nètrent dans la cavité orbitaire, peuvent porter leur action 
sur chacune des faces de cette cavité quand ils agissent 
sur la face interne, sur la face inférieure ou sur la face ex- 
terne; ils donnent lieu à un nombre plus ou moins consi- 
dérable d'esquilles , qui aggravent singulièrement la bles- 
sure, et augmentent les chances d'inflammation. Mais le 
danger est loin d'être aussi grand que lorsque le projectile 
perfore la paroi orbitaire supérieure , et pénètre dans le 
cerveau, qui peut, comme nous venons de le voir dans le 
fait que nous avons cité , devenir le siège d'une désorga- 
nisation plus ou moins profonde. 

Quand le projectile atteint le pourtour de la cavité, 
comme les arcades sourcillières , il peut pénétrer dans 
l'intérieur des sinus frontaux, et donner lieu à un emphy- 
sème plus ou moins volumineux , ou bien, dans d'autres 
cas , séjourner plus ou moins longtemps dans ces cavités 
sans produire aucun accident , et sans faire souffrir le 
blessé. J'ai vu un officier de l'armée de don Carlos, nommé 
de Yillalba, qui portait depuis six mois, dans le sinus 
frontal droit, une balle qu'il avait reçue en Espagne. Elle 
avait pénétré à un pouce au-dessus de l'arcade sourcillière 
droite; la direction de son trajet était oblique de haut en 
bas et de dehors en dedans. On sentait manifestement le 
projectile en faisant pénétrer par l'entrée de la blessure , 



— 198 — 

qui était demeurée fistuleuse , un stylet qui allait jusque 
dans le sinus frontal. Elle n'incommodait un peu le blessé 
que lorsqu'il faisait de grands mouvements : alors il la 
sentait manifestement remuer et éprouvait des douleurs 
un peu violentes , mais passagères. Quand on lui apprit 
qu'on ne pouvait lui extraire sa balle qu'en appliquant 
une couronne de trépan, il se sauva de l'hôpital sans vou- 
loir entendre parler d'opération , et disant qu'il préférait 
garder toute sa vie sa balle dans le crâne,.. D'un autre 
côté, M. Baudens rapporte, dans sa Clinique des plaies d'ar- 
mes à feu , l'histoire d'un officier du 50 e de ligne, qui eut 
l'arcade sourcillière droite fracturée. La balle demeura 
engagée dans la lame interne du sinus frontal, et com- 
prima le lobe antérieur droit du cerveau. Elle fut extraite , 
et il s'établit une fistule aérienne qui détermina un emphy- 
sème de la paupière. L'emphysème et la fistule disparurent 
par l'emploi du nitrate d'argent et d'une compression mé- 
thodique. Le globe de l'œil n est nullement altéré dans sa 
structure., mais ses fonctions sont abolies. La mémoire est 
altérée : cet officier se souvient de tout ce qui est antérieur 
à son accident , et il emploie fréquemment le mot chose. 
(P-463.) 

Le traitement antiphlogistique est celui qu'on doit op- 
poser à toutes les lésions de l'appareil visuel que nous ve- 
nons d'examiner. Si le projectile, qui a atteint le globe ocu- 
laire, est de petit volume et s'il y est resté engagé, il faut, 
s'il est accessible à la main ou aux instruments, l'extraire 
le plus tôt possible, tandis que s'il a pénétré dans l'intérieur 
de Poeil , il faut l'y laisser et se contenter de combattre les 
accidents qu'il pourrait déterminer. Si le gonflement du 
globe oculaire est porté à un degré très élevé, et si le chi- 
rurgien juge qu'il doit finir par se vider, il pourra, pour 
* rniiier plus tôt la maladie et pour épargner au blessé de 



— 199 — 

longues et vives douleurs, évacuer, par une incision, le pus 
et les humeurs qui y sont contenus. Si la lésion se compli- 
que de fracture de la cavité orbitaire avec esquilles , il va 
sans dire qu'on devra les extraire le plus tôt et le plus 
complètement qu'on le pourra , afin de simplifier la bles- 
sure et de hâter sa cicatrisation ; à cet effet on n'épargnera 
pas ses débridements et on ne sera pas arrêté par la 
crainte de donner lieu à des cicatrices ou balafres , qui ne 
sont rien en comparaison des accidents qui se manifestent 
si on ne les pratique pas. Si la présence d'un petit corps 
étranger dans le globe oculaire a déterminé l'opacité du 
cristallin ou, autrement dit, une cataracte traumatique, on 
remédiera à cet accident par l'opération chirurgicale, ap- 
plicable dans le cas de cataracte spontanée. 

Les blessures du nez portent sur !es parties molles, ou 
sur les parties osseuses isolément , ou bien sur les parties 
molles et sur les parties osseuses tout à la fois. Les balles 
qui atteignent cet organe y produisent ordinairement des 
plaies irrégulières, contuses, qu'on doit se hâter de réunir 
le mieux qu'il est possible afin d'éviter les difformités cho- 
quantes qui résulteraient d'une cicatrisation vicieuse , ou 
de la perte d'une portion plus ou moins considérable de cet 
organe ; si la balle a porté son action sur les os du nez, on 
doit extraire toutes les petites esquilles mobiles qu'on juge 
incapables de réunion , placer dans les narines des bouts 
de sonde, qui serviront, pour ainsi dire, de moule à la cica- 
trisation, employer les saignées générales répétées, pour 
peu que la face menace de devenir le siège d'une inflam- 
mation érysipélateuse, qui pourrait se propager jusqu'au 
cuir chevelu, et de là jusqu'au cerveau. Enfin, si le projec- 
tile a emporté le nez presque en totalité, on pourra, après 
l'entière cicatrisation de la blessure et selon la volonté du 
blessé , essayer de remédier à la difformité par la rhino- 



— 200 — - 

plasîi \ opération toujours assez chanceuse dans les suites, 
et dont les résultats sont, en général, bien loin de se rap- 
procher du naturel. 

Je ferai rentrer les blessures par armes à feu, de toutes 
les autres parties de la face , dans ce que je vais dire des 
lésions de la bouche. Il est facile, en effet, de se convaincre 
par l'examen anatomique que les os maxillaires supérieurs, 
le maxillaire inférieur , la langue, les joues , les lèvres, la 
région sus-hyoïdienne toute entière, entrent dans la com- 
position delà cavité buccale. Cette marche m'évitera beau- 
coup de répétitions, et je n'en serai pas moins complet 
pour cela. 

Les coups de feu qui atteignent la bouche sont tirés d'une 
distance plus ou moins éloignée , comme cela arrive tous 
les jouïs sur le champ de bataille ; ou bien ils sont tirés 
directement dans cette cavité, ou contre une des parois 
qui la composent (c'est ordinairement la paroi sus-hyoï- 
dienne), et alors il en résulte des désordres effrayants et 
presque toujours mortels. 

Quand les coups de feu "viennent de loin . ils peuvent , 
après avoir perforé les parois de la cavité buccale , y en- 
trer et s'y arrêter sans produire d'autres désordres; ou 
bien, fracturer comminutivement un des deux maxillaires, 
ou les deux maxillaires supérieurs , le maxillaire inférieur, 
blesser la langue et , en un mot , produire de très grands 
désordres , qui cependant, comme le démontre l'observa- 
tion , guérissent plus facilement que toute autre plaie 
d'arme à feu, même moins grave, située dans toute autre 
région du corps. Yeut-on un exemple de l'innocuité de 
certains coups de feu pénétrant dans la cavité buccale, on 
n'a qu'à lire celui que cite M. Baudens d'un officier du 
30 e de ligne , qui se battait en fumant un cigare et qui eut 
la joue droite traversée par une balle, Ce'le-ci tomba 



— 201 — 

dans la bouche et l'officier la cracha de suite avec de la 
fumée. [Plaies d'armes à feu , p. 183.) On peut consulter , 
en second lieu , celui que rapporte M. Dare, chirurgien- 
major du corps royal, cité par Percy en 1792, d'une balle 
qui entra dans la cavité buccale, et après avoir cassé une 
dent molaire d'en bas , s'enclava entre les deux collatéra- 
les , d'où on la fit sortir avec la pointe d'une spatule. 
(P- 1 16.) 

Le fait suivant, cité par le baron Larrey, nous montre, 
au contraire, une de ces grandes fractures de la face, qui, 
malgré l'énormité des accidents qui les suivent, laissent 
cependant survivre le blessé , mais avec une difformité 
quelquefois repoussante. Il s'agit, dans cette observation, 
d'un soldat nommé Vauté, qui fut blessé à la face par un 
boulet, au siège d'Alexandrie. Le projectile produisit les 
désordres suivants: l ô ablation d'une partie de l'os de la 
pommette du côté droit; 2° ablation des deux os maxil- 
laires supérieurs ; 3° des deux os carrés du nez ; 4° des car- 
tilages du nez; 5° du vomer; 6° de la lame médiane de 
l'ethmoïde ; 7° de l'os de la pommette gauche; 8° d'une 
partie de l'arcade zigomatique de ce côté ; 9° et enfin 
d'une grande partie du maxillaire inférieur, 11 est inutile 
de dire que toutes les parties molles correspondantes 
étaient horriblement attrites. M. Larrey pansa ce mal- 
heureux, lui enleva ses esquilles, retrancha les chairs trop 
attrites, et au bout de deux mois, cette horrible plaie était 
cicatrisée. Un masque d'argent doré que porta cet indi- 
vidu lui permit d'entrer aux Invalides et de supporter en- 
corda vie, qu'il avait conservée presque par miracle. 

Les individus qui tentent de s'ôter la vie par le suicide 
appliquent ordinairement le canon de leur arme ou con- 
tre la paroi buccale inférieure (région sous-hyoïdienne) , 
oit t introduisent entre les arcades dentaires, dans Tinté- 



rieur même de cette cavité. Dans ces derniers cas, l'ex- 
pansion des gaz produits par la déflagration de la poudre 
écarte violemment les parois molles et osseuses de la bou- 
che, les déchire et les fracture , et la balle, dirigée de bas 
en haut, et d'avant en arrière, perce la voûte palatine, en- 
tre dans les fosses nasates, où elle s'arrête quelquefois, et 
alors, le cas peut ne pas être subitement mortel ; mais, le 
plus ordinairement, la balle poursuit son cours, fracture la 
base du crâne et va désorganiser telle ou telle portion du 
cerveau. La mort instantanée est le résultat le plus ordi- 
naire dune pareille blessure. 

Mais si les individus qui ont l'intention de se suicider 
appliquent le canon du fusil ou du pistolet qui doit les dé- 
truire contre la région sus-hyoïdienne, on observe, dans 
certains cas , soit à la suite du mouvement qui se produit 
lorsque la détente est lâchée, soit à la suite de toute autre 
cause, que la balle prend une direction oblique de bas en 
haut, et d'arrière en avant, qui la fait ressortir par un 
point de la face, après avoir produit une mutilation horri- 
ble, et le plus souvent mortelle. Le 54 e volume des mé- 
moires de médecine et de chirurgie militaire contient un 
fait de ce genre, publié par M. Chambolle, chirurgien en 
chef de l'hôpital militaire de Dunkerque. Il s'agit, dans 
cette observation, d'un sous-officier du 40° de ligne, qui 
se tira un coup de fusil à bout portant dans la région sus- 
hyoïdienne. « La balle, dit M. Chambolle, au lieu de suivre 
une ligne parallèle à l'axe de la tête et de briser la base 
du crâne, parcourut un trajet oblique de bas en haut, et 
d'arrière en avant, et après avoir fracturé le corps de la 
mâchoire inférieure, la voûte palatine, d'autres parties de 
l'os maxillaire supérieur et le vomer, divisé le plancher 
de la bouche, et emporté en biseau la pointe de la langue, 
vint sortir au-dessus du point de jonction du frontal avec 



— 203 — 

les os nasaux, en enlevant complètement ces derniers, 
ainsi que les parties molles qui les recouvrent, et en divi- 
sant verticalement en deux parties à peu près égales le lo- 
bule du nez. » (P. 259.) 

Les malheureux qui survivent momentanément à de pa- 
reilles blessures ne tardent pas à se repentir de leur ten- 
tative: leur moral s'affecte, soit par l'idée du danger qu'ils 
courent, soit qu'ils nourrissent toujours l'idée première 
qui les a poussés au suicide. Us sont muets par suite des 
lésions de leur cavité buccale; puis, quelques jours après, 
arrivent les accidents consécutifs : la fièvre est intense, la 
suppuration abondante, et enfin, dans certains cas, les ac- 
cidents cérébraux se déclarent et entraînent promptement 
ces infortunés au tombeau. 

Deux observations que j'ai recueillies à la clinique chi- 
rurgicale de l'Hôtel-Dieu de Marseille, et que j'ai déjà pu- 
bliées dans ma thèse pour le doctorat, en 4840, termine- 
ront ce que j'ai à dire sur les lésions de la bouche, et mon- 
treront sous une forme pratique les indications qu'offrent 
ces grandes blessures, et les complications qui les accom- 
pagnent ordinairement. 

1° Plaie tfarme à jeu ayant déterminé une fracture comminutive 
du maxillaire inférieur. — Mort. — trois abcès au foie. 

Terras (Etienne), cultivateur aux environs de Marseille, 
poussé par un sentiment de jalousie, conçoit le projet de 
se suicider. A cet effet, il applique , le 9 septembre 1839, 
la bouche d'un canon de fusil chargé à plomb contre la ré- 
gion sus-hyoïdienne, et lâche la détente à l'aide d'un fil 
entortillé à son pied. Il tombe baigné dans son sang et est 
transporté de suite à l'Hôtel-Dieu , où il nous offre^ les 
symptômes suivants : destruction , avec broiement , de 
toute la région sus-hyoïdienne, déchirure de la langue en 



— 20* — 

deux portions latérales, s'écartant chacune de là ligne mé- 
diane, déchiiwedelalèvreinférieure en deuxlambeauxlaté- 
raux et un lambeau moy en, dansl'épaisseur duquel se trouve 
un fragment volumineux de la partie antérieure du corps 
de la mâchoire inférieure. Les deux fragments latéraux de 
cet os sont largement écartés et mobiles. — La lèvre su- 
périeure est fendue sur la ligne médiane, depuis son bord 
libre jusqu'à la cloison du nez. — Le lobule de ce dernier 
organe n'existe plus. 11 y a en outre, à la région cervicale 
antérieure et dans la direction de la trachée une plaie de 
deux pouces de long, qui n'intéresse que les téguments. — 
Toutes ces parties, lacérées et écartées les unes des au- 
tres, forment une large ouverture à bords mâchés, d'où 
s'écoule une assez grande quantité de sang, et au fond de 
laquelle s'agite la langue chaque fois que le malade veut 
essayer de parler. Terras est en outre presque suffoqué 
par le sang qui se porte en quantité considérable vers le 
fond del' arrière-gorge. Le chirurgien chef interne de garde 
rafraîchit avec le bistouri les bords mâchés de toutes ces 
plaies et y applique plusieurs points de suture, pour les 
affronter. Il en place deux à l'extrémité de la langue, 
quatre à la lèvre inférieure, deux à la lèvre supérieure, 
cinq à la région cervicale antérieure. — Deux bouts de 
sonde en gomme élastique sont introduits dans les narines 
et fixés par un fil au bonnet du malade. Des gâteaux de 
charpie et une fronde complètent le pansement Le blessé 
se répent déjà de sa tentative pendant qu'on lui applique 
ce premier appareil. A dix heures du soir, on lui pratique 
une saignée de 360 grammes, et on lui donne du tilleul 
pour boisson. 

Le 1 1 , vingt-quatre heures après l'entrée du malade à 
l'hôpital, la déglutition est difficile. Les liquides s'échap- 
pent par la plaie du cou , dont le gonflement occasionne 



— 205 — 

au malade de vives douleurs, rougeur crysipélatcuse de 
la face (diète, orangeade). 

Le 12, diminution de la rougeur, la réunion semble 
vouloir se faire partout. 

Le 14 , une suppuration abondante et fétide s'écoule de 
l'intérieur de la cavité buccale. On enlève les points de 
suture du cou et du menton. Les plaies étaient en bonne 
voie de cicatrisation lorsque , le 2 1 septembre , arrivent 
des frissons et du délire (diète, décoct. quinquina). 

Le 22, suppression totale de la suppuration. 

Le 23 , k sept heures du matin, réapparition des fris- 
sons ; mort dans la matinée. 

Autopsie vingt-quatre heures après la mort. 

Crâne. — Cerveau anémique. 

Thorax. — Poumons parfaitement crépitants, concré- 
tions polypeuses dans les cavités droites du cœur, et dans 
toutes les veines de gros calibre. 

Abdomen. — Trois abcès à la face inférieure du foie, 
rougeur diffuse à la bifurcation de la veine porte. 

Les os qui ont éprouvé des fractures n'offrent encore 
aucune trace de réunion , ils sont rugueux et baignés do 
pus fétide. 

2° Plaie d'arme à feu suivie de fracture du maxillaire inférieur , 
de destruction de toutes les parties molles du coi. — Mort. 
— Balle logée dans tes fosses nasales . — Abcès dans le foie 
et le cervelet. 

Le lendemain de l'arrivée du malade , dont nous ve- 
nons de rapporter l'observation , on transporte à l'Hôtel- 
Dieu , à huit heures du matin , le nommé Boiron , ouvrier 
opticien , qui avait tenté de se détruire avec un pistolet 
dont il avait appliqué la bouche du canon contre la région 



— 20G — 

sus-hyoïdieime ; cette région est totalement détruite. Des 
parties latérales et inférieures des joues pendent des lam- 
beaux de chair mâchés et frangés. Il y a fracture verti- 
cale du maxillaire inférieur, à un pouce du côté gauche 
de la ligne médiane. Les muscles qui fixent la langue a 
cet os étant entièrement détruits, celle-ci descend jus- 
qu'au niveau du bord inférieur du maxillaire inférieur. 

Un fil traversant la langue la fait de suite remonter 
dans sa position normale , et des points de suture réunis- 
sent aussi bien que possible cette plaie horriblement mâ- 
chée. Le malade est dans un profond désespoir, et ne 
nourrit que l'idée de la mort qu'il ne cesse de manifester 
sur le papier. Il y a une légère hémorrhagie (diète , bois- 
sons à la glace) . 

Le 1 2 , face pâle , décomposée , ecchymoses au pour- 
tour des cavités orbitaires , douleurs générales , chaleur à 
la peau, pouls vite et un peu plus fort que la veille, con- 
tinuation de rhémorrhagie. Même abattement moral. On 
ne touche pas à l'appareil appliqué la veille. 

Le 13, on fait avec la sonde œsophagienne des injec- 
tions de décoction d'orge dans l'estomac , car le malade 
ne peut rien prendre par la voie alimentaire normale. 

Le 14, suppuration abondante , découragement exces- 
sif, douleurs abdominales (continuation des injections). 
, La suppuration devient de plus abondante et le malade 
s'affecte beaucoup de ne pouvoir prendre aucune espèce 
de nourriture. 

Le 20, Boiron présente, outre les symptômes habituels, 
des douleurs abdominales violentes pour lesquelles on 
ordonne une application de vingt sangsues ; il désigne 
lui-même la région du foie comme étant la plus doulou- 
reuse. Cette application ne produit aucun soulagement , 
et le 24 septembre ce malheureux cesse de vivre. 



— 207 — 
Autopsie vingi-q autre heures après la mort. 

Écartcment complet des lambeaux qu'on avait réunis 
à l'aide de la suture, fracture verticale du maxillaire infé- 
rieur au niveau de la canine droite , destruction complète 
du plancher de la cavité buccale. Le maxillaire inférieur 
désarticulé laisse apercevoir une déchirure du voile du 
palais, et sur la ligne médiane une ouverture à la voûte 
palatine ; immédiatement derrière l'arcade dentaire, cette 
ouverture communique 'avec les fosses nasales du côté 
gauche , où se trouve logée la balle fortement aplatie. Les 
organes thoraciques sont sains. Après avoir ouvert l'ab- 
domen, on aperçoit sur la face convexe du foie plusieurs 
taches jaunes de forme arrondie , ce sont de petits abcès 
dont le pus est encore à l'état concret. Le cerveau offre 
une forte injection veineuse de son hémisphère gauche , 
et le lobe droit du cervelet est le siège d'un abcès du vo- 
lume d'une petite noix. 

Comme on le voit par ces deux observations , le traite- 
tement des grandes plaies d'armes à feu de la bouche con- 
siste : \ ' à simplifier la plaie par l'extraction des esquilles , 
l'excision des bords confus; 2° à surveiller le développe- 
ment des accidents consécutifs ; 3 à tonifier le blessé lors- 
que la suppuration est très abondante; 4° et enfin à suivre 
avec intelligence la cicatrisation pour diminuer, autant que 
possible , la difformité, résultat presque inévitable d'une 
pareille lésion. 



-- 208 ~~ 
CHAPITRE III. 

BLESSURES DU COU, 



a V espèce de caprice qui préside aux plaies d'armes à 
feu , dit M. Hutin [Relation cliir. de la prise de Coi.s'antine) 
se fait surtout remarquer ici. On se demande comment il 
est possible qu'une balle traverse le cou dans un sens ou 
dans un autre , sans toucher à ses nombreux organes si 
importants, si essentiels ; et dont la lésion serait suivie de 
si funestes accidents. » 

Le cou présente en effet dans sa structure anatomique 
une foule d'organes de la plus haute importance physio- 
logique , grouppés les uns contre les autres dans un très 
petit espace , sillonné cependant très souvent dans tous les 
sens par des projectiles sans que le blessé éprouve des ac- 
cidents graves capables de compromettre son existence. 
Ces organes sont, d'abord la moelle épinière , puis des 
branches nerveuses parmi lesquelles on compte le nerf 
phrénique elle pneumo-gastrique , les plexus cervicaux et 
brachiaux ; vient ensuite la carotide et ses nombreuses di- 
visions; les veines jugulaires, la trachée artère f le larynx 
et l'œsophage. 

§ i. PLAIES SIMPLES. 

Les plaies d'armes à feu qui n'intéressent que îa peau 
et les muscles des diverses régions cervicales sont, comme 
partout ailleurs , exemptes de dangers, dans la majorité 
des cas du moins. Elles nécessitent seulement une surveil- 
lance assez active pour s'opposer à un gonflement trop 
considérable qui pourrait comprimer la trachée artère , le 



— 209 — 

pharynx ou l'œsophage, et gêner ainsi soit les fonctions 
vocales ou respiratoires , soit celle de la déglutition. 

Quelquefois la balle éprouve au cou les réflexions dont 
nous avons parlé au sujet de l'action des surfaces conca- 
ves et des surfaces convexes sur les projectiles , c'est-à- 
dire qu'elle pénètre dans cette partie du corps par un 
point quelconque de sa surface, la contourne et vient sor- 
tir par une ouverture voisine de celle qu'elle a faite en en- 
trant , sans avoir causé aucune lésion dangereuse. 

Les plaies d'armes à feu simples du cou exigent quel- 
ques débridements lorsqu'elles siègent dans les muscles de 
la région postérieure entourés d'aponévroses fortes et ré- 
sistantes qui pourraient déterminer l'étranglement ; on les 
recouvrira ensuite d'un simple appareil , et si la fièvre est 
forte , et s'il survient des phénomènes inflammatoires lo- 
caux intenses , on pratiquera au blessé une ou plusieurs 
saignées générales. 

§11. — PLAIES DELA MOELLE ÉPINIÈRE ET DES NERFS. 

La moelle épinière ne peut être atteinte par une balle 
qu'après une fracture préalable des vertèbres cervicales. 
Quand cette fracture a lieu , il peut se faire que des es- 
quilles s'enfoncent plus ou moins profondément dans la 
substance du cordon nerveux rachidien , et produisent les 
phénomènes d'une compression très grave ; d'autres fois 
cette compression a lieu à la suite d'un épanchement qui 
remplit plus ou moins complètement le canal rachidien. 

La lésion de la moelle épinière cervicale s'annonce or- 
dinairement par la paralysie plus ou moins profonde de 
toutes les parties situées au dessous de la blessure , par 
l'anéantissement de la sensibilité et de la myotilité. En 
même temps les urines sont retenues dans la vessie , et les 
matières fécales dans le rectum. La mort est la suite pres- 

14 



— 210 — 

que inévitable d'une pareille blessure ; il peut arriver, il 
est vrai , que les blessés vivent pendant un certain temps 
avec les symptômes dont nous venons de parler ; mais ils 
finissent toujours par succomber quand arrive la myélite 
traumatique. Les désordres sont trop profonds dans le cas 
qui nous occupe pour que le doigt et les instruments chi- 
rurgicaux puissent les atteindre. Il faudrait pour arriver 
jusqu'à la colonne vertébrale des débridements qu'on n'o- 
serait jamais pratiquer dans une région si abondamment 
pourvue de parties anatomiques essentielles à la vie. La 
région cervicale postérieure pourrait seule être traversée 
sans danger par les instruments , et probablement les ma- 
nœuvres opératoires seraient rendues très difficiles par les 
contractions vigoureuses des nombreux muscles de cette 
région . 

La lésion des nerfs phrénique et pneumo-gastrique peut 
consister en une simple déchirure , une contusion , ou bien 
dans leur section entière. Il en résulte de très grands trou- 
blés physiologiques, se terminant d'autant plus rapide- 
ment par la mort que la blessure du phrénique ou du 
pneumo-gastrique existe rarement seule. Quand un de ces 
filets nerveux a été incomplètement coupé , il y a , indé- 
pendamment des symptômes dont nous venons de parler , 
des douleurs plus ou moins violentes , comme celles qui 
résultent de la section de tout filet nerveux en général ; 
mais le chirurgien a ici le désavantage immense de ne pou- 
voir agir comme il le ferait dans tout autre cas de blessure 
d'un filet nerveux. On achève en effet , sans hésiter, la 
section d'une branche nerveuse d'un membre , ou de toute 
autre partie du corps ; mais on n'osera jamais couper en 
travers des nerfs si importants que le phrénique , ou le 
pneumo-gastrique . 

La commotion des nerfs du plexus brachial est ordinai- 



— 211 - 

rement suivie d'une paralysie plus ou inoins rebelle du 
membre supérieur correspondant. . . Leur déchirure par les 
projectiles de guerre ne donne pas lieu à d'autres consi- 
dérations que celles dans lesquelles je suis entré au chapi- 
tre des plaies des nerfs en général. 

§ III. — TLA1ES DES VAISSEAUX. 

La carotide primitive et ses principales divisions four - 
nissent en peu d'instants une hémorrhagie primitive ou 
secondaire, mortelle si on n'arrête promptement l'écou- 
lement de sang par la ligature faite au dessous de la blés • 
sure. Il y aurait en effet , en premier lieu , trop de difficulté 
à chercher la branche artérielle lésée au milieu du trajet 
contus et mâché du projectile ; et ensuite la compression 
est impraticable au cou , faute de point d'appui suffisant 
d'abord , et en second lieu , à cause de la gêne que ce 
moyen hémostatique apporterait a l'exercice des fonctions 
vocales , respiratoires et digestives. Cette compression 
pourrait du reste déterminer une stase sanguine dange- 
reuse dans le cerveau La ligature de la carotide primitive 
est donc le seul moyen rationnel d'arrêter les hémorrhagies 
du cou. 

§ IV PLAIES DU LARYNX ET DE LA TRACHÉE ARTÈRE. 

Quand une balle coupe en travers la trachée artère , le 
danger est imminent, parce que l'extrémité inférieure, 
bouchée subitement par du sang et se retractant au milieu 
des parties environnantes, peut cesser pendant un certain 
temps de recevoir l'air atmosphérique dans son calibre 
et le malade périr suffoqué. L'introduction du sang dans 
les voies respiratoires profondes est encore un sujet de 
danger pour le blessé. Il faut en pareil cas tâcher d'af- 
fronter les deux portions du canal aérien , placer une 



- 212 — 

canule dans la trachée , et employer comme le conseille 
Dupuytren , les antiphlogistiques avec une extrême 
énergie , 

Quand la trachée artère ou le larynx n'ont subi qu'une 
petite perte de substance , les malades peuvent guérir 
sans perdre l'usage de la parole, après la cicatrisation ; 
mais quand la plaie est large, il en résulte une fistule qui 
peut cependant encore, lorsqu'elle est bouchée, permettre 
la formation de la voix. Ainsi , d'après les rédacteurs des 
leçons orales de Dupuytren , Van-Swieten aurait vu un 
soldat demander l'aumône de porte en porte, faisant voir 
une large ouverture au larynx qu'il bouchait avec une 
éponge ; alors , il pouvait parler facilement ; mais sitôt 
que le trou était ouvert, il perdait la voix. Cette blessure 
était le résultat d'un coup de feu, reçu plusieurs années 
auparavant 

Les plaies d'armes à feu des voies aériennes sont rare- 
ment accompagnées d'emphysème , car l'étendue de la 
plaie et les débridements qu'on y pratique établissent à 
l'air un large passage à travers lequel il peut aisément 
sortir des voies respiratoires. 

§ V. PLAIES DE L'OESOPHAGE ET DU PHARYNX. 

Ces deux portions du canal alimentaire sont situées 
trop profondement pour être lésées seules , le plus sou- 
vent elles sont blessées en même temps que la moelle 
épinière , la carotide primitive , ou une grosse branche 
artérielle. Il est alors bien facile de comprendre que la 
blessure du pharynx ou celle de l'œsophage devient tout 
à fait secondaire à côté d'une pareille lésion. Ordinaire- 
ment les blessures dont nous nous occupons s'annoncent 
par l'issue des aliments et des boissons à travers la plaie 
extérieure. La thérapeutique en est fort simple, elle con- 



— 213 — 

siste à introduire une sonde œsophagienne dans l'estomac 
et a nourrir le blessé par cette voie jusqu'à la parfaite ci- 
catrisation de la plaie du canal alimentaire. Si ce dernier 
est coupé en travers, les deux extrémités peuvent ne plus 
correspondre l'une a l'autre , et les aliments parvenant 
dans la cavité thoracique, y déterminer une pleurésie fort 
grave. 

§ VI. — COMPLICATION DE CORPS ÉTRANGERS. 

Les projectiles , les esquilles et tous les corps étrangers 
qui compliquent les plaies du cou par leur présence, doi- 
vent être extraits lorsqu'ils sont à la portée des instru- 
ments, et que leur extraction n'exige pas de trop grands 
débridements. Dans le cas contraire , il vaut mieux 
les laisser au sein des parties que de s'exposer en les 
cherchant au milieu d'organes si délicats à produire, peut- 
être une lésion plus grave que celle qu'on chercherait à 
pallier. La trachéotomie est impérieusement indiquée dans 
le cas où un projectile ou tout autre corps étranger aurait 
pénétré dans la trachée artère. On doit y recourir 
promptement et sans hésitation. 



sfo&m 



— 214 — 

CHAPITRE IV. 

PLAIES DE POITRINE PAR ARMES A FEU. 



L'importance des organes contenus dans la cavité viscé- 
rale , dont nous allons nous occuper, rend compte de la 
gravité des blessures qu'y déterminent les projectiles 
lancés par la poudre a canon. Il suffit, en effet, pour con- 
cevoir cette gravité, de se rappeler que la poitrine ren- 
ferme le cœur , les deux poumons , l'aorte et un grand 
nombre de ses divisions, l'œsophage, etc. En un mot, les 
organes chargés de présider aux deux fonctions de la 
respiration et de la circulation. 

Les auteurs divisent en général les plaies de poitrine : 
\° en plaies non pénétrantes; 2° plaies pénétrantes sans 
lésion des viscères ; 3° en plaies pénétrantes avec lésion 
des viscères. 

Dans l'exposé que nous allons faire des plaies par 
armes à feu de la poitrine, nous suivrons l'ordre de super- 
position des organes qui entrent dans sa composition. 
Ainsi, nous étudierons d'abord les blessures des parois 
qui comprennent des parties molles, cutanées et muscu- 
laires, et des parties osseuses, telles que les côtes et leurs 
cartilages , le sternum , la colonne vertébrale et l'omo- 
plate ; nous suivrons ensuite les projectiles pénétrant à 
travers les parois thoraciques, entrant dans les cavités 
pleurales, en sortant, ou y restant sans produire de lé- 
sions aux viscères, bien que semblant les avoir traversé 
de part en part. Nous étudierons ensuite les plaies du 
poumon, du cœur, des gros vaisseaux, et les nombreux 
accidents qui les compliquent : l'hémorrhagie , l'emphy- 



— 215 — 

sème, l'é pan chaînent. Enfin, nous dirons quelques mots 
des blessures de l'œsophage et de celles du diaphragme. 

§ I. PLAIE DES PARTIES MOLLES QUI COMPOSENT LES 

PAROIS. 

Les projectiles qui arrivent sur la poitrine au plein de 
leur force et perpendiculairement, se bornent rarement à 
y produire une plaie simple et non pénétrante ; il n'y a 
guère que les balles qui atteignent obliquement le thorax 
qui se creusent à la surface de ses parois un trajet plus ou 
moins étendu en largeur et en profondeur, ou bien qui 
pénétrant sous la peau et quelquefois sous les muscles 
glissent à la surface des côtes et vont sortir par le point 
diamétralement opposé à leur entrée. C'est ce qui fait 
croire à certains blessés qu'ils ont eu la cavité thoracique 
traversée de part en part et fait considérer leur guérison 
comme un véritable miracle par ceux qui ne connaissent 
pas les nombreuses réflexions que les projectiles subissent 
en traversant nos tissus. Nous n'avons pas besoin de 
nous arrêter à expliquer ici pour la seconde fois la ma- 
nière dont se produisent les blessures curieuses dont il 
s'agit. Elles sont le résultat des mêmes lois physiques de 
la réflexion des projectiles sur les surfaces convexes et 
concaves que nous avons étudiées plus haut au chapitre 
des plaies des téguments du crâne. 

L'arme blanche, qui produit une piqûre ou une solution 
de continuité plus ou moins large aux parois thoraciques, 
n'occasionne pas de contusion, dans la majorité des cas du 
moins , ce qui fait qu'un simple pansement , aidé de quel- 
ques saignées générales , suffit pour guérir la blessure au 
bout d'un certain temps, quelquefois très court. Mais la 
balle , instrument contondant par excellence , peut dans 
certains cas, bien que n'ayant pas fracturé les os des pà- 



— 216 — 

rois thoraciques, avoir déterminé une contusion assez vio- 
lente pour se propager jusqu'à la plèvre ou jusqu'au 
poumon , et donner lieu à une pleurésie ou à une pneu- 
monie très dangereuses. 

Les gros projectiles bornent rarement leur action aux 
parties molles des parois. Le plus souvent, ils déterminent 
des fractures comminutives aux côtes, au sternum, à la 
colonne vertébrale, contusionnent et même opèrent, dans 
certains cas, le broiement du cœur, des poumons, etc., 
blessures tout à fait au-dessus des ressources de l'art. 

Le traitement des plaies d'armes à feu des parties molles 
pariétales et du thorax est fort simple. Un pansement à 
plat suffit si la balle s'est creusé un canal plus ou moins 
profond dans l'épaisseur de la peau et des muscles sous- 
cutanés. Si , au contraire , elle a suivi un trajet plus ou 
moins long sous la peau, de manière, par exemple, à con- 
tourner la poitrine depuis le sternum en avant jusqu'à 
la colonne vertébrale en arrière , les soins à donner à la 
blessure varieront selon que le projectile sera demeuré 
dans les tissus (et alors il n'y aura que l'ouverture d'en- 
trée), ou selon qu'il en sera sorti. Dans le premier cas, on 
tâchera de reconnaître la place occupée par le projectile à 
l'aide des doigts , promenés doucement sur le trajet de la 
blessure. Si on le rencontre, on le fixera solidement , de 
manière à le faire saillir à travers la peau, et il suffira d'une 
simple incision pour l'amener au dehors. Puis ensuite, si le 
trajet de la plaie contenait du sang épanché en trop grande 
quantité pour qu'on puisse présumer que ce corps étran- 
ger nuise à la cicatrisation , on pourra pratiquer deux ou 
trois contre-ouvertures, afin de faciliter ce dernier travail. 

Si le projectile est sorti en déterminant deux ouvertures, 
tout le traitement se bornera à la dernière indication que 
nous venons de signaler, et on pourrait même, pour faci- 



— 217 — 

liter la cicatrisation, si l'ouverture d'entrée et celle de sor- 
tie étaient voisines Tune de l'autre, couper le pont qui les 
sépare à l'aide dune incision , et n'en faire ainsi qu'une 
seule et même plaie. Un pansement simple, soutenu par 
un bandage de corps modérément serré, suffit pour amener 
la guérison rapide de ces trajets creusés par les balles. Mais 
quand l'action des projectiles se fait ressentir jusqu'à la 
plèvre ou le poumon, et qu'il survient un point pleurétique 
plus ou moins violent ou une pleuro-pneumonie au point 
correspondant à la blessure , il faut ne pas être avare de 
saignées , et harceler le mal avec autant d'activité qu'il 
met d'énergie et de vitesse à envahir nos tissus. Il va sans 
dire qu'il faut défendre au blessé de faire des efforts res- 
piratoires trop étendus, de parler trop haut, déchanter ; 
en un mot , il est urgent d'éviter tout ce qui peut exagérer 
les mouvements des parois thoraciques. et retarder ainsi la 
cicatrisation de la blessure. 

§ II. FRACTURES DES CÔTES. 

Les fractures des côtes peuvent siéger dans leur partie 
cartilagineuse ou dans leur partie osseuse : les plus fré- 
quentes s'observent dans la partie osseuse. Elles sont ordi- 
nairement fort graves à cause des esquilles qui les accom- 
pagnent , et causent en général de grands désordres , 
soit en irritant la plèvre, en piquant le poumon, en s'en- 
fonçant plus ou moins profondément dans son parenchyme, 
ou enfin en tombant dans une cavité pleurale. 

Les fractures des cartilages costaux sont ordinairement 
beaucoup moins graves que celles de la portion osseuse de 
ces os, et cela parce qu'elles ne sont pas, comme ces der- 
niers , accompagnées d'esquilles pointues et nombreuses, 
Leur lésion est, par conséquent, moins souvent compli- 
quée de pleurésie, de pleuro-pneumonie, de plaies du pou- 



- 218 — 

mon, accidents qui font toute la gravité des plaies de poi- 
trine. Leur suite la plus habituelle est la nécrose du 
cartilage touché par le projectile, nécrose qui détermine 
une ou plusieurs fistules, ne s'oblitérant qu'après l'entière 
élimination des parties mortes, qui souvent se fait très 
longtemps attendre. 

Les côtes peuvent avoir leurs portions osseuses fractu- 
rées sur un ou plusieurs points de l'arc qui les compose. 
Si le projectile ne produit qu'une ouverture d'entrée , la 
côte ne sera fracturée qu'en un seul point , tandis que sh'l 
donne lieu a une ouverture d'entrée et à une ouverture de 
sortie, elle sera fracturée en deux endroits : ou , ce qui ar- 
rive assez souvent, la fracture provenant de la sortie de la 
balle aura son siège sur une côte différente de celle qui a 
été fracassée par l'entrée du projectile. 

La balle qui arrive perpendiculairement sur une côte, à 
la partie latérale de la poitrine par exemple, détermine 
dans cet arc osseux une courbure qui tend à détruire celle 
qui lui est naturelle. Cette courbure allant jusqu'à l'excès, 
la côte se fracture ordinairement en plusieurs fragments , 
qui ont tous de la tendance à blesser les organes intra- 
thoraciques, parce que leur pointe se dirige vers l'intérieur 
de cette cavité ; de là résultent les piqûres de la plèvre , 
quelquefois de l'artère intercostale, souvent du poumon. 
La balle peut avoir épuisé sa force en fracturant une côte. 
D'autres fois , elle va plus loin , perfore le poumon , en- 
traînant avec elle une ou plusieurs esquilles qu'elle détache 
tout à fait du corps de l'os , et qu'elle enfonce à une pro- 
fondeur variable dans l'épaisseur de cet organe. Enfin , 
dans certains cas, elle perfore le poumon dans toute l'é- 
tendue d'un des diamètres de la poitrine et ressort par un 
point très éloigné de son entrée, en produisant une seconde 
fracture de côte. Cette seconde fracture est beaucoup moins 



— 219 — 

dangereuse que la première, car le projectile qui , en en- 
trant dans la poitrine , a poussé les esquilles de dehors en 
dedans et dirigé par conséquent leur pointe vers les orga- 
nes intra-thoraciques , les pousse en sortant dans une di- 
rection inverse, c'est-à-dire de dedans en dehors, de telle 
sorte que l'action de ces pointes ne peut se faire sentir que 
sur les muscles et la peau , organes dune bien moindre 
valeur importante physiologique que lés poumons , la 
plèvre, etc. 

D'autres fois, la balle après avoir fracturé une côte, et 
après avoir ouvert une des parois thoraciques tombe dans 
l'angle costo-diaphragmatique avec une ou plusieurs es- 
quilles et y produit des accidents que nous examinerons 
plus bas. Les fractures des côtes sont faciles à reconnaître. 
Dans la majorité des cas, la plaie produite parle projectile 
est assez étendue pour permettre au doigt de constater leur 
existence; du reste, la crépitation, signe non équivoque 
des fractures en général, éclairerait le diagnostic si la vue 
et le tact ne suffisaient pas pour le confirmer. En outre, le 
blessé éprouve de violentes douleurs lorsqu'il veut se livrer 
au moindre mouvement d'inspiration, et si le poumon a 
été'blessé en même temps, soit par la balle, soit par des 
esquilles détachées de la côte, la dypsnée et le crachement 
de sang viennent achever de corroborer le diagnostic. 

Il faut en pareil cas se hâter d'enlever toutes les esquil- 
les, ou du moins toutes celles qui sont à la portée du doigt 
et des instruments. Si la plaie n'est pas assez large, pour 
permettre le libre exercice de ces manœuvres chirurgica- 
les, il faut l'agrandir de suite à l'aide de débridements con- 
venables. Une fois les esquilles enlevées, la plaie doit être^ 
pansée simplement, et tous les soins du chirurgien doivent 
se diriger sur les suites presque inévitables des fractures 
comminutives savoir la pneumonie la pleurésie, etc. Il 



— 220 — 

sera prudent de pratiquer dès le début une ou plusieurs 
saignées générales ; qu'on répétera plus tard lors de l'ap- 
parition des accidents, en plus ou moins grand nombre 
de fois, selon la constitution du sujet. 

Les esquilles profondément engagées dans le poumon, 
y déterminent souvent dans le principe une hémorrhagie 
plus ou moins dangereuse, puis plus tard une inflamma- 
tion suivie de suppuration qui peut amener le marasme du 
blessé et la mort ; si le corps étranger n'est pas expulsé au 
dehors. 

Pendant toute la durée du traitement des fractures des 
côtes, un bandage de corps un peu serré sera appliqué au- 
tour de la poitrine, il aura pour but de gêner les mouve- 
ments respiratoires, et de forcer le blessé à respirer en 
entier par le secours du diaphragme. 

§111. FRACTURES DU STERNUM. 

Le sternum peut offrir dans ses fractures les mêmes phé- 
nomènes à peu près que les os du crâne. Ainsi, une balle 
peut arriver seulement à sa surface et la contusionner, ou 
bien, s'enfoncer plus ou moins profondément dans son tis- 
su, et en dernier lieu le perforer et entrer dans la poitrine, 
après avoir déterminé un plus ou moins grand nombre de 
fragments. Dans tous les cas il faut dès qu'on le peut pra- 
tiquer l'extraction du projectile enfoncé dans l'os et enle- 
ver les esquilles. Si le projectile était plus engagé du côté 
de la 'poitrine que près des parties extérieures, et si on 
craignait en se servant de tire-fond ou de tout autre ins- 
trument, de l'enfoncer dans le médiastin antérieur, on 
pourrait employer comme au crâne une couronne de tré- 
pan qui comprendrait tout à la fois ce projectile et la ron- 
delle osseuse qui l'emprisonne. 

Dans les cas les plus simples, comme dans les cas les 



— -221 — 

plus compliqués de fracture du sternum, il faut se tenir en 
garde contre les accidents consécutifs qui sont quelque 
fois terribles, et les combattre énergiquement par les anti- 
phlogistiques. 

Dans quelques cas malheureux, le tissu cellulaire du 
médiastin antérieur s'enflamme, et il s'y forme une collec- 
tion purulente devenant quelquefois assez considérable, 
et pouvant fuser jusque dans l'abdomen où son arrivée 
cause de très grands désordres. 

§ IV. FRACTURES DE LA COLONNE VERTÉBRALE. 

Nous devrions à la rigueur ne nous occuper ici que des 
fractures produites à la colonne vertébrale par les projec- 
tiles qui ne pénètrent pas dans la cavité thoracique ; mais 
pour ne pas être obligé de revenir deux fois sur le même 
chapitre, nous dirons tout ce qu'il yak dire sur les frac- 
tures des vertébrales dorsales produites par les projectiles 
pénétrants, aussi bien que par les non pénétrants. 

Les vertèbres dorsales peuvent être atteintes dans tou- 
tes les parties qui les composent; dans les apophyses 
épineuses , ou dans les transverses , ou enfin dans leurs 
corps. Le voisinage du cordon nerveux qu'elles sont des- 
tinées à loger dans le canal, qui résulte de leur réunion , 
constitue tout le danger de leurs blessures. Quand la 
moelle épinière est intacte , qu'elle n'a été ni commotion- 
née , ni contuse , ni déchirée , la fracture des vertèbres 
peut guérir comme une fracture des côtes , comme celle 
du sternum. 

Mais si la moelle épinière a été déchirée par la pointe 
d'une esquille ou par la balle , la lésion est presque tou- 
jours au-dessus des ressources de l'art, et le blessé suc- 
combe , dans certains cas , immédiatement après l'acci- 
dent ; d'autres fois plus ou moins longtemps après. Alors 



— - 222 — ' 

il y a ordinairement paralysie de tous les organes, auquel 
se distribuent des nerfs émanant de la partie de la moelle 
inférieure à la blessure (les extrémités inférieures , la ves- 
sie, le rectum, etc.). Cet état se prolonge jusqu'au mo- 
ment où arrive l'inflammation, provenant de l'irritation 
causée par le corps étranger, et presque toujours cette 
inflammation se termine d'une manière fatale. 

§ V. — FRACTURES DE i/OMOPLATE. 

Les fractures de la cavité glénoïde , de l'apophyse cora- 
coïde et de l'acromion , rentrent dans la classe des lésions 
articulaires de l'épaule ; aussi ne nous arrêterons-nous ici 
qu'aux fractures de la portion de l'omoplate, faisant réelle- 
ment fonction de paroi thoracique, c'est-à-dire la fosse sus- 
épineuse , l'épine et la fosse sous-épineuse. Les solutions 
de continuité de cet os par les projectiles de guerre sont 
ordinairement étoilées et accompagnées d'un assez grand 
nombre d'esquilles qu'il faut extraire le plus promptement 
possible à l'aide de débridements convenables : ces dé- 
bridements n'ont pas besoin d'être bien larges et bien pro- 
fonds chez les sujets dont le système musculaire est fai- 
blement développé , mais ils doivent posséder les qualités 
contraires chez les sujets à constitution athlétique , dont 
l'omoplate est recouvert par des muscles épais et vigou- 
reux. 

Si on n'a pas soin d'extraire avec minutie toutes les es- 
quilles , elles piquent et irritent les chairs , font naître de 
vives douleurs , qui , dans certains cas, donnent lieu à un 
tétanos rapidement mortel. (Nous en avons cité plus haut 
un exemple , appartenant a M. Larrey.) Il faut combattre 
avec une extrême énergie cet accident , et tous ceux qui 
pourraient survenir. 

Après avoir vu tout ce qui se rapporte aux plaies par 



— 223 — 

armes à feu des parois de la poitrine, et avant de passer a 
l'étude des lésions des viscères contenus dans cette cavité, 
nous allons nous arrêter un instant à examiner la question 
suivante , savoir , s'il est toujours facile de distinguer une 
plaie pénétrante d'une plaie non pénétrante; et, dai;s le 
cas contraire , si on doit chercher à acquérir la certitude 
de la pénétration ou de la non pénétration par le cathété- 
risme , ou par tout autre moyen d'investigation. 

Ordinairement , une balle produit sur les parois de la 
poitrine une solution de continuité suffisamment grande 
pour éclairer le praticien à cet égard ; mais il peut se faire 
dans certains Cas que le projectile soit d'un volume moins 
grand que la balle , et qu'il ait déterminé une très petite 
ouverture aux parois thoraciques, ou bien encore qu'il 
n'ait pénétré dans une cavité pleurale qu'après avoir par- 
couru sous la peau un trajet oblique peut-être de plu- 
sieurs pouces de long. D'un autre côté, les symptômes qui 
dénotent le plus ordinairement la blessure des organes 
intra-thoraciques peuvent , dans certains cas , se manifes- 
ter sans aucune lésion de ces derniers : ainsi , le crache- 
ment de sang accompagnant ordinairement la déchirure 
des tissus pulmonaires , peut , comme nous l'avons vu plus 
haut , se manifester à la suite d'une simple contusion du 
poumon, occasionnée par une blessure des parois ; de sorte 
que si. on se basait sur ce signe pour diagnostiquer la pé- 
nétration ou la non pénétration delà blessure, on pourrait 
facilement tomber dans l'erreur. Du reste , quand il n'y a 
pas de lésion aux viscères intra-thoraciques , la plaie pé- 
nétrante n'est pas plus dangereuse que la non pénétrante 
des parois, et il est inutile de chercher à s'en assurer par 
des moyens qu'on n'a pas d'ailleurs le temps d'employer 
sur le champ de bataille. 
Dupuytren s'élève , avec juste raison , contre le cathé - 



— 224 — 

térisme, les injections, et une foule d'autres moyens inu- 
tiles et souvent dangereux qu'employaient les anciens chi- 
rurgiens, pour éclaircir le doute dont nous nous occupons 
en ce moment. «Dans les temps anciens , dit-il , les chirur- 
giens attachaient une grande importance à distinguer les 
plaies qui pénétraient dans l'une ou l'autre cavité thora ci- 
que de celles qui se perdaient dans l'épaisseur de leurs 
parois. Dans ce but, on y introduisait des stylets ou des 
sondes; on y poussait même des injections d'eau tiède , ou 
bien , après avoir fait faire au blessé une inspiration pro- 
fonde, on lui fermait la bouche et les narines , et on lui 
commandait de faire un violent effort respiratoire. Si le 
stylet ou la sonde pénétraient à une certaine profondeur 
avec facilité , et suivant une direction qui les rapprochât de 
la plaie ; ou bien si l'air expiré faisait irruption au dehors , 
à travers la solution de continuité , on prononçait que la 
plaie était pénétrante , et, dans le cas contraire , on jugeait 
qu'elle s'arrêtait dans l'épaisseur des parois thoraciques. 
Ces manœuvres ont été , avec beaucoup de raison , con- 
damnées et proscrites par les chirurgiens modernes , qui 
les regardent comme infidèles, comme dangereuses même, 
ou au moins comme inutiles. 

« Elles sont inutiles , car un changement de rapport 
survenu entre les plaies musculaires dans les divers mou- 
vements du tronc peut très bien , la plaie étant étroite , 
changer la direction de son trajet , l'oblitérer même tout à 
fait, et apporter ainsi un obstacle insurmontable à l'intro- 
duction des sondes et des injections , a la sortie de l'air , et 
faire déclarer non pénétrante une plaie qui pénètre réel- 
lement. 

« Elles sont inutiles , car tant qu'il ne survient pas d'acci- 
dents , il est à peu près égal de savoir si la plaie pénètre ou 
non, et lorsque ces accidents surviennent, ils suffisent or 



— 225 — 

dinairement pour éclairer ce qu'il peut y avoir d'obscur 
dans le diagnostic. Enfin, ces manœuvres sont dangereu- 
ses, parce qu'un stylet introduit, même avec laplus grande 
précaution , peut détacher un caillot qui bouche une ar- 
tère , et renouveler une hémorrhagie , ou tout au moins ac- 
croître une irritation dangereuse. Un liquide étranger , 
quelque doux qu'il soit , peut du reste irriter , enflammer 
la plèvre : il faut donc s'abstenir de ce moyen. » [Leçons 
orales, t. 6, p. 318.) 

Plusieurs autres auteurs, parmi lesquels on compte 
Boyer, considèrent comme inutile l'emploi de ces moyens 
d'investigation ; ils fondent leur opinion sur ce que la pé- 
nétration d'une plaie de poitrine ne constitue un état de 
gravité qu'autant que les viscères thoraciques sont lésés. 

§ VI. — PLAIES DU POUMON. 

Les poumons peuvent être atteints par les projectiles lan- 
cés par la poudre à canon , sur tous les points de leur surface , 
aussi bien à la face antérieure qu'à la face postérieure, et 
aussi bien à leur sommet qu'à leur base. Mais, dans ce 
dernier cas , leur blessure suppose ordinairement une lé- 
sion préalable de la cavité abdominale et du sceptum dia- 
phragmatique ; les plaies d'armes blanches reçues dans les 
combats n'atteignent guère, au contraire, les poumons 
qu'à leur face antérieure, sur les parties latérales, et sur- 
tout la droite. 

La balle qui s'enfonce plus ou moins profondément dans 
le tissu d'un poumon , ou qui traverse un de ces organes de 
part en part, y détermine le même effet que nous lui avons 
vu produire sur tous les organes en général , c'est-à-dire 
qu'elle donne lieu à la formation d'une escarre suffisante 
pour opposer une digue à l' hémorrhagie qui résulterait de 
la lésion des petits vaisseaux , mais trop faible pour arrè- 

15 



— 226 — 

ter l'écoulement de sang des gros vaisseaux. La blessure 
est , dans ce dernier cas , aussi dangereuse que celle qui 
serait produite par un coup de sabre ou d'épée, tandis que, 
dans le premier cas , la plaie d'arme à feu offre , à tout 
prendre , moins de danger que la plaie d'arme blanche. 

Les auteurs indiquent , en général , le crachement de 
sang comme étant le symptôme pathognomonique de la 
blessure du poumon. Dans la plupart des cas en effet ce 
crachement de sang a lieu avec plus ou moins d'abondance, 
selon la profondeur et l'étendue de la blessure. Le malade 
rend quelquefois seulement un petit nombre de crachats 
sanguinolents , tandis qu'autrefois il vomit à pleine bou- 
che une quantité considérable de sang spumeux et ruti- 
lant. C'est ordinairement lorsqu'un gros tronc veineux ou 
artériel a été ouvert que se manifeste cette abondante 
hémorrhagie. 

Mais il faudrait bien se garder d'asseoir son diagnostic 
snr l'existence ou la non existence de ce seul signe , sous 
peine de commettre , dans certains cas , une erreur com- 
plète. Ainsi, il peut arriver qu'il y ait crachement de sang 
sans blessure au poumon , dans les cas par exemple de 
contusion des parois thoraciques par un gros projectile 
ou simplement par une balle , et d'autres fois blessure du 
tissu pulmonaire sans crachement de sang, comme cela 
arrive lorsque la balle , n'attaquant que la surface de l'or- 
gane , détermine une escarre qui bouche l'extrémité des 
petits vaisseaux divisés. 

La blessure des poumons se traduit, en second lieu, par 
l'écoulement d'une plus ou moins grande quantité de sang 
à travers les lèvres de la plaie extérieure , ordinairement 
assez large pour lui donner passage. Ce sang s'échappe 
avec plus ou moins d'impétuosité de la blessure du pou- 
mon , tombe dans la cavité pleurale correspondante , y dé- 



- 227 — 

termine un épanchement , et lorsqu'il arrive au niveau de 
la plaie des parois, s'échappe au dehors avec plus ou 
moins de force. 

Il résulte de cette accumulation de sang dans la cavité 
thoracique une dypsnée subite et intense, et plusieurs au- 
tres symptômes très-graves que nous étudierons plus en 
détail, en nous occupant plus bas des épanchements thora- 
ciques en général. 

Le sang qui s'échappe dune blessure des parois thora- 
ciques peut provenir encore de la lésion d'une artère in- 
tercostale ou de la mammaire interne , et faire croire à 
une blessure du poumon, qui peut être parfaitement sain. 
Il importe donc de savoir positivement quelle est la lésion 
qu'on a a combattre, car la thérapeutique de ces deux cas 
varie du tout au tout. Ainsi, quand le sang provient d'une 
lésion pulmonaire , il faut boucher la plaie extérieure et 
favoriser son accumulation dans la cavité pleurale cor- 
respondante, car sa présence aide puissamment à arrêter 
l'hémorrhagie, en agissant mécaniquement comme agent 
compresseur. 

Dans les cas d'intégrité de la substance pulmonaire et de 
lésion de Pinter costale -, il faut, au contraire, user de tous 
les moyens possibles pour arrêter l'épanchement de ce li- 
quide dans la poitrine, où il agirait comme corps étranger 
très irritant et gênerait considérablement l'accomplisse- 
ment des fonctions respiratoires. Voici ce que dit Dupuy- 
tren au sujet du diagnostic de la blessure de l'intercostale, 
quelquefois très difficile à établir : 

a Quand l'épanchement se forme d'une manière évi- 
dente, que le blessé ne crache qu'une très petite quantité 
de sang, que l'examen de la plaie fait connaître que celle- 
ci correspond à la hauteur occupée par une des artères in- 
tercostales , que les circonstances commémoratives ap- 



— 228 — 

prennent que l'instrument vulnérant n'a dû qu'effleurer 
en quelque sorte la surface du poumon, on a des raisons 
de croire à la lésion de l'artère intercostale et de regarder 
1 epanchement comme un effet de la lésion. » (Leçons ora- 
les, t. 6, p. 323.) 

Emphysème. — La blessure des poumons est, en troi- 
sième lieu, fort souvent suivie d'emphysème (de avau» , 
j'enfle). Cet accident consiste en une infiltration d'air dans 
le tissu cellulaire sous-cutané du cou , de la poitrine , du 
ventre, du scrotum, des membres, pouvant acquérir, dans 
certains cas , un volume énorme , et rendre beaucoup plus 
grave la lésion principale, dont il n'est qu'un symptôme 

L'emphysème peut avoir lieu dans plusieurs cas, et 
dans chacun d'eux, son mode de production offre des dif- 
férences qu'il importe de signaler; on l'observe: 1° dans 
les plaies du poumon, sans déchirures des parois thoraci- 
ques, comme celles qui seraient produites par l'action d'un 
gros projectile atteignant obliquement, et à la fin de sa 
course, la cavité thoracique; 2° dans les plaies sinueuses 
des parois thoraciques , sans lésion pulmonaire ; 3° dans 
les plaies des parois, compliquées de blessure au poumon. 

Dans le premier cas, le projectile produit souvent la 
fracture d'une ou plusieurs côtes dont les esquilles peu- 
vent déchirer la plèvre et s'enfoncer à une profondeur va- 
riable dans le poumon correspondant. Dès lors, l'air arri- 
vant dans l'inspiration jusqu'à la blessure, s'échappe dans 
la cavité pleurale, la remplit plus ou moins complètement, 
et tendant ensuite à en être expulsé pendant les mouve- 
ments expiratoires, il ne trouve d'autre voie que celle que 
lui fournit la blessure faite aux parois thoraciques par les 
pointes des côtes fracturées , et il fuit dans le tissu cellu- 
laire environnant. 

Dans le second cas, l'air pénètre dans la poitrine par la 



— 229 — 

blessure extérieure ; il remplit cette cavité, affaisse le pou- 
mon sain contre la colonne vertébrale, et lorsque les mou- 
vements respiratoires tendent à le chasser au dehors, il 
trouve difficilement la route sinueuse qu'il a suivie en en- 
trant, et s'infiltre dans le tissu cellulaire sous-cutané. 

Quand la blessure des parois thoraciques est large , 
l'emphysème se montre rarement, parce qu'alors l'air at- 
mosphérique trouve une égale facilité à entrer dans la poi- 
trine et à en sortir. 

Le même raisonnement s'applique au cas de blessure si- 
multanée du poumon et des parois thoraciques ; seule- 
ment, alors, l'air qui cause l'emphysème sort de la bles- 
sure des viscères et trouve à s'échapper au dehors une fa- 
cilité qui est en proportion directe de la largeur de la plaie 
extérieure. 

L'emphysème est caractérisé par une tumeur molle, 
élastique, sans changement de couleur à la peau, qu'on 
ne peut méconnaître quand on l'a bien observée une fois. 
Lapalpation de cette tumeur fait éprouver aux doigts une 
sensation analogue à celle qui résulte de l'écrasement de 
l'amidon. Entre ces organes, c'est une espèce de crépita- 
tion caractéristique produite par l'air fuyant de cellule en 
cellule dans le tissu cellulaire à mesure que l'on comprime 
la tumeur a l'extérieur. Cette tumeur est d'autant plus vo- 
lumineuse que le tissu cellulaire de la partie où elle siège 
est plus lâche, comme au scrotum et à la face. Rarement 
on la voit survenir aux endroits ou le tissu cellulaire est 
dense et serré , à la paume des mains et a la plante des 
pieds, par exemple. 

Littre rapporte l'observation d'un individu qui eut une 
infiltration d'air si considérable , qu'il y avait onze pouces 
d'intervalle entre la peau et la surface extérieure du ster- 
num. Cet emphysème avait en outre neuf pouces au ven- 



— 230 — 

tre, six au cou et quatre dans les autres parties du corps. 
L'air avait pénétré dans l'intérieur des yeux, et après la 
mort, ils avaient seize lignes de diamètre. (Mémoire de l'A- 
cadémie des Sciences, 1713). Cette observation, bien qu'é- 
trangère à notre sujet sous le rapport de la cause de la 
blessure (c'était un coup d'épée), nous montre cependant 
le volume que peut, dans certains cas, acquérir la tumeur 
emphysémateuse. 

La masse d'air contenue dans la poitrine comprime quel- 
quefois avec beaucoup de force le poumon lésé ou non 
contre la colonne vertébrale, refoule le diaphragme vers 
la cavité abdominale, et donne lieu ainsi à une dyspnée 
plus ou moins intense. 

Dans certains cas ou la plaie est produite par le projec- 
tile aux parois thoraciques, est large, et surtout directe, il 
arrive qu'une portion plus ou moins considérable de pou- 
mon se précipite à travers les lèvres de cette solution de 
continuité et vient faire hernie au dehors. On doit tout 
d'abord essayer de réduire la portion herniée ; si on ne 
peut y parvenir à la première tentative, temporiser et re- 
commencer une seconde et une troisième fois , quand 
même la substance pulmonaire aurait une légère teinte 
livide, qu'elle peut perdre en rentrant dans la cavité tho- 
racique. Ces précautions sont nécessaires, car on a vu des 
chirurgiens , trompés par cette légère lividité , se hâter 
d'exciser une portion de substance pulmonaire encore 
parfaitement saine. 

Nous venons de voir que les signes pour lesquels se tradui- 
sent les plaies du poumon sont le crachement de sang, l'hé- 
morrhagie, l'emphysème , la hernie du poumon , etc. Ces 
blessures offrent plus ou moins de gravité selon qu'elles 
sont situées à la base de l'organe ou à son sommet ; selon 
qu'elles sont compliquées de la présence de corps étran- 



— 231 — 

gers ou que leur trajet ne contient que l'escarre, suite du 
passage de la balle. 

Il est facile de comprendre les raisons qui font qu'une 
plaie du sommet du poumon est plus grave que celle qui 
correspond , par exemple , au niveau du dixième ou du 
onzième espace intercostal. Dans ce cas , en effet, l'épan- 
chement de sang , suite presque nécessaire de la blessure 
du viscère, n'aura que quelques pouces de hauteur et 
trouvera, au bas de la poitrine, une ouverture par laquelle 
il pourra s'échapper en partie au dehors, avec ou sans dé- 
bridement préalable; tandis que si la plaie est située au som- 
met , la poitrine sera pleine de sang avant que l'épanché • 
ment arrive au niveau de la solution de continuité des parois. 

Les corps étrangers qui peuvent s'engager dans la sub- 
stance des poumons sont , en première ligne , les projec- 
tiles et , en second lieu , les corps entraînés par ces der- 
niers, et détachés, soit des vêtements dublessé, comme des 
boutons des fragments de drap, etc., soit des esquilles 
résultant de la fracture d'une ou plusieurs côtes. Dans les 
cas où il est de toute impossibilité d'extraire les corps 
étrangers engagés dans la substance pulmonaire , ils oc- 
casionnent des accidents primitifs et consécutifs excessive- 
ment graves , qui , le plus souvent , amènent la mort du 
blessé,, à la suite d'un long et pénible marasme et de sup- 
purations abondantes. Quelquefois, après avoir séjourné 
pendant un temps indéterminé dans les poumons, ils tom- 
bent dans la cavité pleurale, dans l'angle costo-diaphrag- 
matique , où des kystes isolateurs les séparent ordinaire- 
ment des parties environnantes. J'emprunte à M. Baudens 
une observation qui trace, en peu de mots, le tableau com- 
plet des désordres que font naître les corps étrangers 
demeurés dans les voies aériennes ou tombés dans la 
cavité des plèvres 



— 232 — 

Il s'agit d'un grenadier , blessé d'un coup de feu au tho- 
rax pendant l'expédition de Médéahen 1830, et qui mou- 
rut trois mois après à l'hôpital du Dey. 

« 11 y avait (dit M. Baudens) fracture de la partie 
moyenne de la quatrième vraie côte ; derrière cet arc 
osseux un foyer de pus susceptible d'admettre le poing, et 
circonscrit par de fausses membranes, épaisses d'un demi 
pouce, développées entre le parenchyme pulmonaire et 
les côtes. Ce foyer communiquait en dedans avec le trajet 
que la balle s'était ouvert dans le poumon ; ce trajet, rempli 
de pus , était tapissé d'une fausse membrane d'apparence 
muqueuse, et contenait deux petites esquilles , dont l'une 
faisait saillie dans la collection purulente dont nous avons 
parlé, et au fond de laquelle je retrouvai deux pièces d'os 
fixées par des adhérences. Au-dessous de cette collection 
circonscrite, en siégeait une autre beaucoup plus considé- 
rable, qui occupait la base de la poitrine et refoulait à la 
fois le diaphragme et le poumon. Cet épanchement de ma- 
tières purulentes avait environ quatre pouces de diamètre 
en tout sens , et était entouré de fausses membranes très 
épaisses, pointillées en rouge, qui, après avoir subi une 
véritable organisation, étaient devenues comme tous les 
tissus vivants susceptibles de phlegmasie : ce kyste conte- 
nait plus d'un litre de sérosité purulente, au milieu de la- 
quelle flottaient des débris de fausses membranes. On au- 
rait pu lui donner issue sans arriver à la plèvre. Dans 
l'angle costo-diaphragmatique siégeaient la balle et deux 
longues esquilles , qui étaient tombées probablement peu 
de temps après l'accident , et que des kystes isolateurs re- 
tenaient en place. » [Clinique des plaies d'armes à feu t 
p. 246.) 

On doit se proposer en première ligne , dans le traite- 
ment des plaies du poumon , d'empêcher l'invasion de la 



— 233 — 

pneumonie trauma.tique et de la modérer si elle est déjà 
déclarée, lorsqu'on voit le blessé pour la première fois. On 
parvient à remplir cette indication par des évacuations 
sanguines abondantes, et répétées. Ainsi, on pratiquera 
sans hésiter deux , quatre , six , huit , dix saignées en très 
peu de temps, et on mettra le blessé à la diète la plus abso- 
lue. On lui ordonnera le repos et le silence le plus com- 
plets , et s'il survenait dans les environs de la blessure 
des points plus ou moins douloureux, on pourrait appli- 
quer à l'endroit de la douleur quelques ventouses scari- 
fiées, ou un plus ou moins grand nombre de sangsues. Il 
est des malades en expédition qui sont porteurs de plaies 
de poitrine très graves et qui , bien que privés des secours 
nécessaires, et même de moyens de transport commodes, 
n'en arrivent pas moins à une guérison prompte et sûre , 
à laquelle sans doute la nature contribue plus que l'art, et 
qui étonne ceux qui connaissent la gravité habituelle de 
ces blessures. Ainsi , M. Hutin rapporte (Expédition de 
Constantine, 1836) qu'un militaire, blessé d'un coup de feu 
traversant la poitrine , fit une longue route sur de mau- 
vais chemins, couché ou plutôt accroupi sur une prolonge 
d'artillerie , sans matelas, sans paille et sans couverture. 
Nous nous occuperons du traitement de l'hémorrhagie 
en parlant des épanchements ; quant à celui de l'em- 
physème, il est fort simple et consiste à pratiquer des 
scarifications plus ou moins profondes sur la poitrine , le 
ventre, le scrotum et les cuisses, pour s'opposer à la dis- 
tention outre mesure de l'enveloppe cutanée, et à la réac- 
tion que cet état peut produire sur les vaisseaux de la 
poitrine en particulier. Si la poitrine était par trop remplie 
d'air , il faudrait , d'après les conseils de Newson , de 
J. Bell et de Dupuytren , ouvrir cette cavité absolument 
comme s'il s'agissait de l'empyème v 



— 234 — 

Si la blessure du poumon est produite par un fragment 
de côte resté à la portée des moyens chirurgicaux, il faut 
s'empresser de l'extraire; dans le cas opposé, on doit 
abandonner à la nature les corps étrangers profondément 
situés dans l'épaisseur du viscère qui nous occupe, et 
épargner au blessé des tentatives d'extraction plus nuisi- 
bles qu'utiles. 

Il n'y a qu'un seul cas , d'après Ledran , où l'on doive 
tenter l'extraction d'une balle engagée dans le poumon , 
c'est lorsque celui-ci est adhérent à la plèvre à l'endroit 
blessé , et que la balle peut se faire sentir au bout d'une 
sonde grosse et mousse. 

§ VII. PLAIES DU COEUR. 

Le cœur se composant de plusieurs cavités , voisines les 
unes des autres, et formées par des parois assez épaisses, 
peut être blessé seulement dans une de ses cavités, comme 
le ventricule droit ou le gauche , l'oreillette gauche ou la 
droite, ou dans deux à la fois; tandis que , dans des cas 
plus rares , il peut n'être le siège que d'une blessure plus 
ou moins profonde des parois ventriculaires. 

Dupuytren établit , dans sa Clinique chirurgicale , une 
grande différence de gravité entre les blessures des cavités 
gauches, et celles des cavités droites de cet organe. Dans tou- 
tes les deux, il est vrai, il y a hémorrhagie considérable com- 
promettant promptement la vie du blessé, mais les cavités 
gauches contenant un sang neuf, un sang réparateur font 
éprouver au malade une perte beaucoup plus dangereuse 
que celle qui survient après les blessures des cavités 
droites, ne contenant que du sang usé, pour ainsi dire, et 
qui vient de servir d'aliment à tous nos organes. Les bles- 
sures du cœur par armes blanches sont moins graves, en 
général , que celles qui sont produites par les projectiles 



— 235 — 

lancés par la poudre à canon. Les premières, en effet, 
lorsqu'elles sont le résultat d'une arme piquante peu 
large , permettent aux parois de la solution de continuité 
de se rapprocher et de s'opposer ainsi a l'hémorrhagie. 
Le même résultat peut avoir lieu & la-$ùite des blessures 
par armes tranchantes , mais seulement quand l'instru- 
ment vulnérant a pénétré dans le tissu du cœur en suivant 
la direction des fibres de ce viscère ; dans le cas contraire 
la plaie reste béante , comme celle qui est produite par la 
balle, et permet à lhémorrhagie de s'effectuer en toute 
liberté. 

Les plaies du cœur étaient réputées autrefois comme 
inévitablement et subitement mortelles. Mais les idées des 
praticiens ont changé à cet égard , depuis que la science 
s'est enrichie de faits assez nombreux prouvant que non 
seulement ces lésions ne sont pas instantanément mor- 
telles, mais encore que les blessés qui en sont atteints 
peuvent arriver à une guéri son parfaite ; ainsi , Ambroise 
Paré raconte (1 e liv , chap 32) qu'un homme, blessé 
dans un combat, poursuivit encore son adversaire l'espace 
de deux cents pas , quoiqu'il eût au cœur une plaie assez 
large pour recevoir le doigt. 

Gourtial parle d'un homme , qui eut le ventricule gau- 
che traversé d'un coup d'épée, fit encore cinq cents pas, 
et n'expira qu'au bout de cinq heures, sans avoir éprouvé 
d'oppression ni de difficulté dans l'exercice de la parole 
(Cité par Dupuytren, Leç. oral., t. 6, p. 337). 

D'autres fois, le corps vulnérant qui a blessé le cœur 
reste enfermé dans la blessure pendant plus ou moins de 
temps, sans déterminer d'accidents fâcheux , et n'y est 
rencontré au'à l'autopsie qu'on pratique après la mort, 
survenue souvent après un plus ou moins grand nombre 
d'années. Ainsi, Latour cite le cas d'un soldat chez lequel 



— 236 — 

on trouva une balle chatonnée dans le ventricule droit, 
près la pointe de l'organe, recouverte en partie par le pé- 
ricarde et appuyée sur le sceptum médium. ( Histoire 
philos, et médic. des causes et des effets des hémorrlmgies , t. i , 
pag. 75.) ' •-. j 

Le danger des plaies du cœur consiste évidemment dans 
la perte de sang considérable qu'elles font éprouver en 
peu d'instants au blessé , et ensuite dans l'épanchement 
subit qui, s'effectuant dans la cavité du péricarde et dans 
celles des plèvres, gêne mécaniquement les mouvements 
du cœur, puis les fonctions respiratoires, et entraîne rapi- 
dement la mort. 

Les symptômes qui annoncent cette lésion sont, en pre- 
mier lieu , l'existence d'un coup de feu sur les parois 
thoraciques, à la région précordiale ou dans son voisinage. 
Les sueurs froides , les syncopes , la cessation des batte- 
ments du cœur, et enfin l'écoulement du sang par la bles- 
sure, la syncope est quelquefois le sauveur des blessés. 
En suspendant tout à fait la circulation, elle permet à un 
caillot plus ou moins volumineux de se former entre les lè- 
vres de la blessure et d'arrêter ainsi l'écoulement du sang; 
mais quand ce caillot est trop faible ou que la circulation 
est accélérée par une cause quelconque, l'hémorrhagie se 
renouvelle, et le danger est imminent. 

Le traitement des plaies du cœur est tout à fait médi- 
cal ; il consiste en un nombre plus ou moins considérable 
de saignées générales, dans le repos physiqae et moral le 
plus profond. Il faut éviter, en effet, toutes les émotions 
morales, qui, en accélérant la circulation, peuvent déta- 
cher un caillot sauveur déjà formé, ou détruire une adhé- 
rence salutaire. Une fois qu'on est maître de l'hémorrhagie, 
tout danger n'est pas passé, et on a besoin d'exercer encore 
pendant plus ou moins longtemps, à l'égard du blessé, la 



-~ 237 — 

surveillance la plus active, afin decombattre avec avantage 
la péricardite ou l'endocardite traumatique, qui pour- 
raient survenir, et faire perdre en peu d'instants le fruit 
des soins antérieurs. 

§ VIIL PLAIES DES GROS VAISSEAUX. 

Les plaies de l'aorte et de ses principales divisions, cel- 
les des veines caves supérieure et inférieure, des vais- 
seaux pulmonaires, etc , sont rapidement mortelles, d'a- 
bord à cause de la grande perte de sang qu'elles font 
essuyer au blessé, et en second lieu par l'accumulation de 
ce liquide dans les cavités pleurales. Ici, l'action de la balle 
ne suffit plus pour déterminer une escarre capable de faire 
digue et de s'opposer à l'hémorrhagie , comme cela a lieu 
dans les blessures d'artères de petit volume. 

§ IX. — DES ÉPANCHEMENTS DANS LES PLAIES DE POITRINE. 

Nous venons de voir que presque toutes les plaies pé- 
nétrantes de poitrine, avec lésion des viscères ou des gros 
vaisseaux, sont accompagnées d'hémorrhagie. Le sang 
provenant de cette hémorrhagie constitue très souvent, en 
s'accumulant dans les plèvres, une complication très dan- 
gereuse, l'épanchement. 

Les principales sources de l'épanchement sont : la lésion 
de l'artère intercostale , celle du poumon , du cœur et 
des gros vaisseaux. 

Quand une artère intercostale est ouverte par un coup 
de feu qui a occasioné une blessure large et directe, le 
sang s'échappe au dehors et ne constitue pas d'épanche- 
ment; mais si la blessure est, au contraire, étroite et si- 
nueuse, et si, avant d'avoir ouvert l'artère, le projectile a 
parcouru un trajet plus ou moins long dans l'épaisseur 



— 238 — 

* # 

des parois thoraciques, afors, le sang trouve plus de faci- 
lité à s'épancher en plus ou moins grande quantité dans 
la poitrine. Il tombe dans la partie la plus déclive, c'est-à- 
dire dans l'angle costo-diaphragmatique, s'élève par degré 
jusqu'à la blessure des parois, refoule le poumon corres- 
pondantcontre la colonne vertébrale, occasionne une dyps- 
née considérable, et, en un mot, tous les symptômes de 
l'épanchement que nous indiquerons un peu plus bas. 

Il importe essentiellement de connaître, sous le plus 
bref délai, quelle est la source de l'hémorrhagie, de sa- 
voir si elle provient de l'intercostale ou du poumon. Dans 
les cas de lésion de l'intercostale, on ne rencontre pas or- 
dinairement le crachement de sang qui accompagne, dans 
la majorité des cas, les plaies du parenchyme pulmo- 
naire. On a proposé ensuite de placer dans la plaie (mais 
il faut, pour cela, qu'elle soit primitivement assez large ou 
qu'on la débride) une carte à jouer ; si le sang coule le long 
de la face supérieure de cette dernière, a-t-on dit, il pro- 
vient de l'intercostale, tandis que s'il coule en dessous, il 
vient du poumon ou d'un gros vaisseau et a déjà rempli 
la poitrine. 

M. Baudens conseille, pour s'assurer si le sang vient de 
l'intercostale, d'introduire le doigt indicateur dans la plaie, 
de comprimer le vaisseau sur le bord inférieur de la côte, 
pour suspendre le cours du sang. 

« Puis, dit-il, en détachant doucement cet index, on 
sent aisément la colonne sanguine tomber sur sa pulpe, si 
elle vient de l'intercostale. » (Clinique des plaies d'armes à 
feu, p. 274.) , 

Mais quand le sang provient de la lésion du poumon, du 
cœur ou d'un gros vaisseau, l'écoulement en est très ra- 
pide, et peu d'instants suffisent pour que la cavité de la 
poitrine où il s'effectue soit totalement remplie , ou au 



— 239 — 

moins jusqu'au niveau de la blessure. Il faut cependant, 
dans ce cas, fermer la plaie et s'opposer à sa sortie, tandis 
qu'au contraire, dans la lésion de l'intercostale, il faut dé- 
brider la plaie, si toutefois elle n'est pas assez large, pour 
aller à la recherche de l'artère et essayer d'arrêter par tous 
les moyens possibles l'accumulation du sang dans la poi- 
trine. La raison de cette conduite est simple et facile à sai- 
sir : c'est que, dans ce dernier cas , le sang est tout sim- 
plement un corps étranger, irritant par sa présence les 
plèvres avec lesquelles il est en contact, et s'opposant au 
libre exercice des fonctions respiratoires, en exerçant sur 
le poumon une compression souvent très violente, tandis 
que, dans le premier cas, il rend un véritable service au 
blessé, en contribuant à arrêter l'hémorrhagie. Il est, en 
un mot, tout à la fois mal et remède. Je m'explique: dans 
une large plaie de la substance pulmonaire, le sang, qui 
coule abondamment dans la poitrine, refoule le poumon 
lésé vers la colonne vertébrale, diminue, par conséquent, 
son volume total, et secondairement celui de la blessure, 
sur laquelle il fait l'effet d'un véritable agent compres- 
seur. Il résulte, il est vrai , de ce refoulement une dyp- 
sorée excessivement violente. Mais il vaut mieux , quelle 
que soit l'intensité de cette dernière, laisser pendant quel- 
ques jours un épanchement dans la poitrine que de ne 
pas s'opposer à une hémorrhagie qui emporterait le ma- 
lade en peu d'instants. Le poumon ainsi refoulé est rem- 
placé dans ses fonctions par son congénère, qui redouble 
d'activité et suffit pour accomplir, pendant tout le temps 
de la blessure, l'acte respiratoire et l'hématose. Du reste, 
il arrive souvent de rencontrer , à la suite des maladies 
étrangères au domaine chirurgical , comme les pleurésies 
de cause interne , l'affection tuberculeuse , des poumons 
entiers dont les fonctions ne s'exercent pas depuis long- 



— 240 — 

temps , et sont ainsi accomplies par le poumon du coté 
opposé , ou même quelquefois par une portion de ce der- 
nier, qui entretient à lui seul la vie pendant un temps 
quelquefois très long. 

Il est un fait d'anatomie pathologique très important , 
qui peut faire varier le lieu de l'épanchement, et le bor- 
ner , par exemple , seulement à la base de la poitrine , ou 
au sommet ; et même , dans certains cas , empêcher le 
sang de s'épancher dans cette cavité. Supposons, en effet, 
une adhérence qui fixe un poumon à la plèvre costale dans 
tout le pourtour d'une des cavités thoraciques , au niveau 
par exemple du cinquième espace intercostal. Si une balle 
s'enfonce dans le viscère au niveau de cette adhérence , 
il est évident que ce dernier étant fixé solidement aux pa- 
rois thoraciques , versera au dehors tout le sang qui s'é- 
chappera de la blessure de ses vaisseaux ; tandis que si le 
projectile blesse le poumon dans le dixième espace inter- 
costal , ou au niveau du troisième , l'épanchement n'occu- 
pera , dans le premier cas, que la moitié inférieure de la 
poitrine, et la moitié supérieure dans le second. 

Le sang épanché agit de la même manière à regard des 
gros vaisseaux ouverts : il bouche leur plaie, les comprime, 
atténue l'effort imprimé par le cœur à la colonne sanguine 
qui les parcourt, et favorise ainsi la formation d'un caillot 
sauveur. 

L'épanchement s'annonce par des symptômes faciles à 
reconnaître : le malade est en proie à une suffocation qui 
varie d'intensité , selon la quantité de sang épanché ; il 
porte le tronc en avant, et ne peut que très difficilement 
rester dans la position horizontale. S'il parvient à se cou- 
cher, c'est toujours du côté de la blessure. Le liquide 
épanché augmente la voussure du thorax , les intervalles 
inter-costaux sont plus larges. La succussion fait percevoir 



— 241 — 

au malade et au chirurgien le ilôt do ce liquide , et la per- 
cussion rend un son mat jusqu'au point correspondant au ni- 
veau intérieur de 1 épanchement. La face est pâle, le pouls 
est petit, filiforme; le malade est abattu, il a des sueurs froi- 
des et visqueuses , des angoisses continuelles , et ne peut 
rester seulement quelques minutes dans la môme position. 
L'imminence de la suffocation oblige , dans certains cas , 
à évacuer une portion seulement de ce liquide épanché. 
Si la plaie des parois thoraciques est voisine du diaphrag- 
me , c'est cette voie qu'il faut choisir pour donner issue au 
sang ; si , au contraire , elle est située à la partie supé- 
rieure de la poitrine, il faut tâcher de placer le blessé dans 
une position telle que sa plaie devienne le point le plus 
déclive et le plus bas de la poitrine , ou , au pis-aller, pra- 
tiquer une contre-ouverture au lieu d'élection de l'emphy- 
sème. Dans un cas pareil à celui dont nous parlons en ce 
moment , À. Paré plaça son blessé de manière à ce que 
ses jambes fussent sur le lit , et la tète ainsi que la poitrine 
pendantes en dehors ; le malade se maintenait dans cette 
position à l'aide de ses mains , prenant un point d'appui 
sur un tabouret plus bas que le lit. 

Si on abandonnait l' épanchement aux ressources de la 
nature , il pourrait , comme cela est arrivé dans des cas 
très rares , être absorbé en totalité ; mais le plus souvent 
il n'y a que la partie séreuse qui disparaît par absorption : 
la partie fibreuse reste , s'entoure d'un kyste isolateur , et 
détermine par sa présence une irritation continuelle sur 
les plèvres. Cette irritation se termine le plus souvent par 
une inflammation suppurative. Le malade est en proie à 
une fièvre lente , avec exacerbation le soir. La dyspnée 
est continuelle , les extrémités inférieures s'infiltrent , la 
diarrhée colliquative survient , et un marasme plus ou 
moins long entraîne sûrement le blessé au tombeau . 

îs 



242 ~ 

C'est ordinairement du dix au douzième jour qu'il faut 
donner issue au liquide épanché, on le fait par la plaie 
suffisamment débridée , si elle est étroite , et si elle siège à 
la partie inférieure de la poitrine ; et par l'opération de 
l'empyème, si la solution de continuité des parois corres- 
pond à la partie supérieure de la poitrine. 

Je sortirais de mon sujet, si je voulais décrire ici les di- 
verses manières de procéder à l'opération de l'empyème 
avec le bistouri ou le trocart ; ces détails se trouvent dans 
tous les ouvrages de médecine opératoire , aussi bien que 
ceux qui se rapportent à la manière de pratiquer le panse- 
sement après l'opération. Je dirai seulement qu'il ne faut 
pratiquer l'opération de l'empyème que lorsqu'on est cer- 
tain de la cessation de l'hémorrhagie interne , certitude 
qu'on acquiert parle retour des couleurs, la disparition des 
sueurs froides, l'état du pouls ; car on conçoit que si on ou- 
vrait trop tôt la poitrine, on s'exposerait à voir l'hémorrhagie 
se reproduire a mesure que le sang contenu dans cette ca- 
vité sortirait et cesserait de comprimer la cicatrice du 
vaisseau ou du poumon, trop faible encore pour résister à 
l'impulsion du sang. D'un autre côté , au contraire , il ne 
faudrait pas trop temporiser, parce que l'épanchement étant 
un véritable corps étranger , pourrait déterminer dans la 
cavité des plèvres une inflammation excessivement dan- 
gereuse. 

Une fois l'opération faite , on doit exercer une grande 
surveillance sur le blessé , l'empêcher de commettre la 
moindre imprudence qui puisse produire une excitation 
trop violente de la plèvre , ou renouveler une hémorrha- 
gie si fraîchement arrêtée. 

D'après Boyer , les moyens hémostatiques dirigés con- 
tre l'ouverture de l'artère inter-costale sont plus nom- 
breux que les cas bien avérés de lésion de ce vaisseau. Les 



— 243 — 

annales de la science comptent en effet les procédés de 
Gérard, de Goulard, de Loltcri , de Quesnay , de Belloc , 
dcDesault et deBoyer; j'accorde la préférence au procédé 
de Desault comme étant celui qu'on peut mettre le plus 
facilement en exécution dans toutes les circonstances où 
Ton peut se trouver, et comme remplissant d'ailleurs par- 
faitement le but qu'on se propose. Il consiste à faire pé- 
nétrer dans la plaie un morceau de linge de manière a ce 
que la partie moyenne de ce dernier forme à l'intérieur 
une cavité digitale qu'on remplit de charpie , et qui , tirée 
ensuite de dedans au dehors , représente une espèce de 
pelotte compressive appliquant l'extrémité de l'artère ou- 
verte contre la côte correspondante , et arrêtant ainsi l'hé- 



morrhagie. 



§ X. — PLAIES DE l'03S0PHAGE. 



Les plaies de l'œsophage par armes à feu sont assez ra- 
res dans la portion thoracique de ce canal ; car sa situation 
profonde et l'espèce de rempart que lui forme en arrière 
la colonne vertébrale lui évitent une foule de blessures. 
Du reste quand il est blessé , il l'est rarement seul , et sa 
lésion se complique ou de celle du cœur , du poumon, ou 
d'un gros vaisseau; et dès lors, on conçoit qu'elle est la 
moins importante, et qu'elle n'exige que secondairement 
les soins du chirurgien. L'épanchement des matières ali- 
mentaires dans la cavité des plèvres , et la sortie de ces 
aliments par la plaie , sont le résultat et constituent les 
symptômes ordinaires de la lésion de l'œsophage. Le trai- 
tement chirurgical de cette blessure consiste à introduire 
dans l'estomac une sonde œsophagienne , et à nourrir le 
malade d'aliments liquides par cette voie artificielle jusqu'à 
l'entière cicatrisation de la plaie du canal alimentaire, 



§XI. — PLACES DU DIAPHRAGME* 

Le diaphragme, servant de plancher à la poitrine par sa 
face supérieure , et de voûte à l'abdomen par sa face inté- 
rieure , et se trouvant par tous ses points en contact avec 
des organes d'une haute importance , est le plus souvent 
blessé en même temps qu'un de ces viscères, le foie, 
l'estomac, le poumon. Il est dès lors facile de com- 
prendre le danger que courent les malheureux porteurs 
dételles blessures. 

Un des accidents les plus communs des plaies du dia- 
phragme , consiste dans le passage des viscères abdomi- 
naux à travers la solution de continuité de ce muscle qui 
les étrangle, et occasionne presque toujours la mort au 
bout d'un temps plus ou moins long, quelquefois peu de 
jours après la blessure, d'autres fois, au contraire, plu- 
sieurs années après. 

Ce qu'il y a de remarquable dans les blessures du dia- 
phragme, c'est que souvent un viscère volumineux de 
l'abdomen passe dans la poitrine à travers une ouverture 
qui n'a pas plus d'un pouce ou d'un demi pouce de dia- 
mètre. Ainsi, Àmb. Paré rapporte l'observation d'un man- 
œuvre , chez lequel on trouva l'estomac énormément dis- 
tendu par des gaz , hernie dans la poitrine à travers une 
ouverture du diaphragme, qui n'avait pas plus d'un demi 
pouce de diamètre. On peut aussi lire, dans le cinquième 
volume des Recueils de chirurgie militaire, un cas remar- 
quable de ce genre, publié par M. Cherveau ; il s'agit d'un 
soldat, qui reçut, en 1813, un coup de lance entre la sep- 
tième et la huitième cote. Cinq ans après , il succomba 
kdes symptômes d'étranglement, et on trouva, à son au- 
topsie, une ouverture du diaphragme de sept à huit lignes 



— 2io — 

de diamètre, à bords cicatrisés, h travers laquelle était 
étranglée une anse du colon de quinze pouces de long. 

Les symptômes des blessures du diaphragme sont : la 
dyspnée plus ou moins violente, dépendant du passage des 
viscères abdominaux dans la poitrine ; les vomissements ; 
le rire sardonique , qu'on a assigné comme leur signe pa- 
thognomonique ; et enfin joignez à cela les symptômes de.^ 
plaies de poitrine ou du ventre qui viennent se joindre 
à ces derniers , et se dessinent avec plus ou moins d'évi- 
dence. 

Le traitement en est purement médical et consiste dans 
l'emploi énergique des saignées pour s'opposer au déve- 
loppement des phénomènes inflammatoires. Cependant , 
M. Baudens (Clinique des plaies d'armes à feu , p. 303) con- 
seille en cas d'étranglement, et comme dernière chance 
de salut , d'ouvrir l'abdomen et de remplacer l'intestin 
hernie par une portion d'épiploon, qui ferait bouchon et 
s'opposerait aux accidents qui pourraient ultérieurement se 
reproduire. 

Je ne vois pas pourquoi on tourmenterait un malheureux 
blessé par une opération si incertaine et si douloureuse. 

§ XII. PLAIES DE POITRINE PAR LES GROS PROJECTILES DE 

GUERRE. 

Les boulets qui arrivent sur un des points de la surface 
de la poitrine brisent les côtes , pénètrent dans la cavité 
thoracique, et réduisent en bouillie le poumon, le cœur et 
tout ce qu'ils rencontrent. La mort instantanée est le résul- 
tat ordinaire de ces affreuses blessures , dans lesquelles le 
chirurgien n'a pas même le temps de prodiguer quelques 
consolations aux malheureux blessés... D'autres fois, le 
projectile produit, sans entamer la peau, ce qu'on appelle 
l'écrasement du thorax , fracture les côtes , contusionne les 



— 24G — 

poumons , etc. , et conduit les blessés à la môme termi- 
naison fatale, bien que rien à l'extérieur n'annonce la gra- 
vité des désordres sous-cutanés. 

Les plaies de poitrine sont compliquées , dans certains 
cas , de lésions très graves du côté de l'abdomen et gué- 
rissent quelquefois, malgré cela, avec assez de rapidité et 
avec un rare bonheur. 

M. Baudens cite le fait d'un soldat qui guérit d'un coup 
de feu avec perforation de l'abdomen , du thorax , lésion 
du foie, du diaphragme, de la base du poumon droit, et 
fractures des dixième et douzième côtes de ce côté. 

D'autres fois enfin, elles sont accompagnées de fractures 
plus ou moins compliquées aux membres supérieurs , qui 
sont atteints par le projectile avant sa pénétration dans les 
cavités pleurales. 



— 247 — 
CHAPITRE V. 

PLAIES DE L'ABDOMEN. 



Les projectiles lancés par la poudre à canon peuvent 
borner leur action simplement aux parois de la cavité ab- 
dominale , ou bien y produire des solutions de continuité 
plus ou moins étendues, et pénétrer dans la cavité du péri- 
toine sans léser aucun des viscères qui y sont contenus ; ou 
bien enfin, blesser un ou plusieurs de ces viscères. De là 
trois principales subdivisions , que nous passerons succes- 
sivement en revue, savoir : 

\ ° Les plaies non pénétrantes ; 

2° Les plaies pénétrantes sans lésions viscérales ; 

3° Les plaies pénétrantes avec blessure des viscères 
intrapéritonéaux. 

§ I er . — PLAIES NON PÉNÉTRANTES. 

Les plaies non pénétrantes des parois abdominales peu- 
vent être produites par les projectiles du plus gros vo- 
lume, aussi bien que par la balle. Quand un boulet arrive 
obliquement, par exemple, sur la région qui nous occupe, 
il détermine une contusion plus ou moins violente qui , 
dans certains cas , bien que ne laissant pas de traces à 
l'extérieur, produit des lésions très graves dans les viscè- 
res abdominaux. Ces derniers peuvent être légèrement 
contus, ou bien si le projectile était encore au plein de sa 
course déchirés plus ou moins largement , et souvent ré^ 
duits en bouillie. 

Les symptômes et les accidents qui annoncent et sui- 



— 248 — 

vent ces blessures, varient nécessairement selon le viscère 
blessé. Ainsi, par exemple, la contusion du foie se mani- 
feste par de vives douleurs à l'hypochondre droit ; elle est 
souvent suivie d'hépatite aiguë , et son traitement est le 
môme que celui qu'on emploie en pareil cas ; mais si ce 
viscère est déchiré, et plus ou moins réduit en bouillie, il 
en résulte un épanchement de sang considérable dans la 
cavité péritonéale , lequel entraîne presque inévitable- 
ment la mort du blessé, ce funeste résultat est encore plus 
sûrement inévitable si la déchirure a porté sur la vésicule 
biliaire. 

La contusion de la rate, et sa déchirure ont à peu près 
la même suite. 

Lorsque l'estomac est contus, il peut avoir éprouvé une 
déchirure d'un plus ou moins grand nombre des vaisseaux 
de sa muqueuse, qui en versant du sang dans sa cavité, 
peuvent donner lieu aune hématémèse abondante, quand 
il est perforé totalement, et qu'il est plein d'aliments, il les 
verse dans la cavité du péritoine et détermine une périto- 
nite mortelle. 

L'intestin grêle et le gros intestin, peuvent donner lieu 
aux mêmes remarques ; on voit survenir à la suite de leur 
contusion une entérite plus ou moins intense, contre la 
quelle on dirige les moyens thérapeutiques ordinaires ; 
mais si une ou plusieurs anses ont été déchirées par la 
cause contondante, les matières fécales s'épanchent avec 
plus ou moins d'abondance dans la cavité séreuse du pé- 
ritoine, et l'irritent promptement; le ventre se balonne, 
des coliques violentes surviennent en un mot, il se déclare 
une péritonite sûrement mortelle. Il peut se faire cepen- 
dant qu'un intestin violemment contus , contracte des 
adhérences avec une anse voisine, et /rue si par hasard 
l'inflammation se termine par gangrène, l'escarre tombe 



— 249 — 

dans l'intérieur du canal, Alors, l'individu blessé se trouve 
sauvé de la mort par ces adhérences salutaires dont nous 
aurons à nous occuper plus longuement un peu plus bas. 

La contusion des reins est suivie ordinairement d'une 
néphrite assez intense, et leur déchirure donne lieu à un 
épanchement d'urine, liquide, dont chacun connaît les pro- 
priétés irritantes à l'égard du péritoine ; quand à la vessie, 
elle peut rarement être contusionnée ou déchirée par les 
gros projectiles, tant qu'elle est a l'état de vacuité ; parce 
qu'alors, sa position derrière le pubis la met à môme d'é- 
viter la plupart des causes traumatiques qui attaquent l'ab- 
domen par sa paroi antérieure. Mais quand elle est pleine, 
elle subit la loi commune, et peut comme tous les autres 
viscères être contusionnée ou déchirée. Sa contusion donne 
lieu aune cystite plus ou moins intense, allant souvent 
jusqu'à déterminer l'impossibilité d'excréter les urines. 
Il faut dans ce cas, introduire une sonde par l'urètre, et 
faire un usage énergique des antiphlogistiques. La rupture 
du réservoir urinaire donne lieu à l'épanchement d'urine 
dans le petit bassin où ce liquide détermine une inflamma- 
tion générale rapidement mortelle. L'urine peut cependant 
dans certains cas s'épancher hors la cavité péritonéale, 
c'est lorsque la déchirure porte sur la face antérieure de la 
vessie. 

Comme on le voit par les détails dans lesquels nous ve- 
nons d'entrer, la contusion plus ou moins violente des vis- 
cères abdominaux à travers les parois de cette cavité, par 
les gros projectiles, détermine des affections inflammatoi- 
res contre lesquelles il faut diriger les moyens ordinaires, 
c'est-à-dire, les antiphlogistiques locaux et généraux, les 
émolliens, les narcotiques, etc,, mais, la contusion qui va 
jusqu'au broiement, jusqu'à la déchirure, est toujours sui- 
vie d'épanchements de sang, de bile, d'urine, de matières 



— 250 — 

* 
fécales, amenant promptement la mort. Dans ces cas on doit 

tout attendre de la nature, car l'impuissance de l'art est 

bien constatée, et comme le dit Dupuytren (Leçons orales \ 

«l'alléger s'il est possible les souffrances du malade, mais 

sans espoir de les guérir, voilà à peu près à quoi se borne le 

devoir du chirurgien dans ces terribles lésions. » 

Quand les gros projectiles atteignent les parois abdomi- 
nales postérieures, ils peuvent occasionner un ébranlement 
plus ou moins violent de la colonne vertébrale lombaire, 
commotionner la portion de la moelle épinière correspon- 
dante, fracturer même les vertèbres, dont les fragments 
peuvent piquer et irriter les parties molles, ou même s'en- 
fonçant dans la substance du cordon rachidien donner 
lieu à une inflammation très dangereuse et à des paralysies 
plus ou moins graves. 

Quand le boulet ne borne pas son action à contondre les 
parois abdominales, il produit dans certaines circonstan- 
ces, des plaies de largeur variable, résultant de la déchi- 
rure de la peau, des muscles, et des aponévroses qui les 
composent. Ces solutions de continuité peuvent guérir 
sans accident, mais quelquefois , l'inflammation qui les 
accompagne se propage jusqu'au péritoine et devient 
funeste au blessé. On observe après la guérison de ces 
sortes de plaies un relâchement des parois abdominales 
correspondant au point où elle siégeaient, qui permet aux 
viscères de se précipiter au dehors à la suite du moindre 
effort, et de constituer ce qu'on nomme une hernie ventrale 
ou éventration. 

Les projectiles de petit volume comme les balles, arri- 
vant perpendiculairement sur les parois abdominales à la 
fin de leur course, déterminent une contusion, qui peut se 
propager comme celle que nous venons d'examiner jus- 
qu'aux organes intérieurs, mais qui dans tous les cas est 



— 251 — 

beaucoup moins forte. Quand ils pénètrent dans l'épais- 
seur de ces parois," ils s'y creusent des canaux plus ou 
moins longs, soit entre la peau et les muscles, soit dans 
l'épaisseur des muscles et de leurs aponévroses. Dans d'au- 
tres cas, ils paraissent traverser la cavité abdominale, et 
sortir au point diamétralement opposé à leur entrée, ils 
contournent alors sous la peau, l'abdomen, par l'effet des 
surfaces convexes et concaves, absolument de la même 
manière que nous avons vu que cela arrivait à la tête et à 
la poitrine, 

Ces projectiles peuvent blesser dans l'épaisseur des pa- 
rois abdominales l'artère épigastrique, l'extrémité infé- 
rieure de la mammaire interne, et en pénétrant à travers 
les parties musculo-aponévrotiques qui constituent la tra- 
me de ces parois, donner lieu aux phénomènes de l'étran- 
glement, et à une inflammation violente susceptible de se 
propager de couche en couche jusqu'à la séreuse abdomi- 
nale. 

Le traitement de ces blessures consiste à extraire les pro- 
jectiles qui seraient restés emprisonnés dans l'épaisseur des 
parois abdominales. Il faut en pratiquant cette opération 
ménager la grandeur des incisions, car plus elles sont lar- 
ges, plus elles affaiblissent les parois abdominales et per- 
mettent la formation des hernies consécutives. 

M. Baudens, rapporte dans sa clinique des plaies d'ar- 
mes à feu (p. 309), avoir extrait des balles châtonnées dans 
l'épaisseur de ces parois sans le secours du bistouri et à 
l'aide d'un procédé assez ingénieux, « 11 m'a suffit, dit-il, 
pour réussir, de comprendre les balles dans un pli formé 
au dépens des parties qui les recèlent et de les chasser de 
proche en proche du dedans au dehors avec les doigts 
placés derrière elle,» 

Une fois les projectiles extraits j la plaie sera pansée 



— 252 — 

simplement , le malade gardera le repos pendant quelque 
temps. On se tiendra en garde contre la péritonite consé- 
cutive qui pourrait se développer, et à la première appa- 
rition des symptômes de cette dernière, on fera un usage 
énergique des antiphlogistiques locaux et généraux , des 
émollients, des narcotiques, afin d'enrayer la marche de 
l'inflammation de la séreuse abdominale. 

§ IL — PLAIES PÉNÉTRANTES SANS LÉSIONS VISCÉRALES. 

Après avoir donné lieu à des accidents plus ou moins 
graves , en traversant les parois abdominales , les projec- 
tiles vont souvent plus loin , ils ouvrent l'abdomen , quel- 
quefois même tombent dans sa cavité et s'y perdent. 

Quand la balle a perforé directement la paroi abdomi- 
nale, il est ordinairement assez facile de constater la pé- 
nétration de la blessure , mais quand elle arrive dans 
l'abdomen après avoir parcouru sous la peau et dans l'é- 
paisseur des muscles, un trajet oblique plus ou moins 
long , on ne parvient pas si facilement à connaître la véri- 
table nature de la lésion à laquelle on a affaire. 

On se sert ordinairement , pour arriver à connaître le 
trajet de la plaie, de sondes mousses, qui souvent, péné- 
trant avec beaucoup de difficulté dans le canal résultant 
du passage de la balle, occasionnent des douleurs au 
blessé , et augmentent la tendance que l'inflammation a 
dans tous les cas de plaie abdominale à envahir le péri- 
toine ; c'est donc un moyen d'investigation plutôt dange- 
reux qu'utile , et qui doit être banni de la thérapeutique 
chirurgicale. On conseille ensuite, en général , de pousser 
dans la cavité abdominale une injection douce émolliente, 
pour s'assurer de la pénétration de la blessure. Ces ma- 
nœuvres peuvent détruire un caillot salutaire déjà formé, 



— 253 — 

et déterminer une irritation plus ou moins violente du 
péritoine. Du reste, une liqueur étrangère, quelque inno- 
cente qu'elle soit, ne peut demeurer sans danger dans la 
cavité de cette séreuse. 11 faut donc, d'après le conseil des 
meilleurs auteurs, abandonner ce moyen d'investigation 
aussi bien que le cathétérisme. On sait, du reste, que 
dans toutes les lésions du bas-ventre on est exposé à voir 
survenir, avec plus ou moins de force, l'inflammation du 
péritoine ; on doit donc se tenir en garde contre elle , 
après la moindre blessure de l'abdomen , et ne pas hâter 
son développement par une investigation laborieuse. 

Quand un coup de feu est reçu de près, ou que le pro- 
jectile pénètre directement dans l'abdomen, la plaie est 
assez large et permet aux viscères contenus dans la cavité 
abdominale de venir faire hernie au dehors , en quantité 
plus ou moins considérable. Ces derniers ne sortent ce- 
pendant presque jamais en aussi grande quantité, à la suite 
des plaies d'armes à feu, que dans certaines plaies d'armes 
blanches ouvrant largement les parois de l'abdomen. Ainsi 
on trouve , dans la Gazette des Hôpitaux du 1 5 novembre 
1842 , l'histoire d'un porcher blessé à l'abdomen par un 
verrat , qui lui fit une large plaie aux téguments abdomi- 
naux. Le malade supportait sa hernie dans ses deux mains, 
lorsque le chirurgien arriva près de lui pour le panser 
Elle se composait de l'estomac , de l'épiploon déchiré, du 
colon transverse et d'une portion considérable de Tintes - 
tin grêle ; une pareille hernie ne pourrait avoir lieu à la 
suite d'une plaie d'arme à feu , que dans le cas où un pro- 
jectile de gros volume aurait fait éprouver une perte de 
substance considérable aux parois abdominales. 

Quelquefois, cette portion herniée est fort difficile à faire 
rentrer dans sa cavité normale ; on n'y parvient qu'après 
avoir exercé sur elle de nombreux efforts de réduction, et 



:£,>* 



pratiqué des ttébridemen'ts plus ou moins largos à la plaie 
qui la tient emprisonnée. 

Dès qu'un blessé se présentera avec une portion d'in- 
testin herniée , tous les efforts du chirurgien devront ten- 
dre à la faire rentrer dans la cavité abdominale. Si les in- 
testins et la blessure sont souillés de sang, de terre ou de 
boue , on doit d'abord les laver avec une décoction émol- 
liente, ou tout simplement avec de l'eau, si les circonstan- 
ces ne permettent pas de se procurer le premier de ces 
liquides. Puis , à l'aide de pressions , ménagées et habile- 
ment exercées sur toute la surface de la tumeur , on doit 
essayer de répartir également dans son intérieur les gaz, 
les liquides, ou les solides qu'elle peut contenir ; si cette 
manœuvre , longtemps répétée , ne suffit pas , on a con- 
seillé d'attirer à l'extérieur une portion d'intestin intra- 
abdominale, afin que les corps contenus dans les intestins 
extra-abdominaux étant répartis dans une cavité plus 
grande opèrent dans la tumeur une moindre distension, et 
s'opposent moins à sa réduction. Je ne dirai rien de l'ap- 
plication delà glace pilée, parce que c'est un moyen qu'on 
n'a pas la faculté de pouvoir employer dans toutes les 
circonstances , ni des piqûres qu'on a conseillées de prati- 
quer à la surface de l'intestin hernie. C'est un moyen que 
je considère comme fort dangereux par les suites auxquelles 
il peut donner lieu , et que je ne conseillerai jamais d'em- 
ployer. Enfin si, malgré tous les moyens que je viens de 
mentionner, l'intestin se refuse à rentrer dans l'abdomen, 
il reste , pour dernière ressource , l'opération du débride- 
ment , qu'il faut pratiquer avec précaution et avec parci- 
monie, si je puis m' exprimer ainsi. 

L'épiploon vient aussi quelquefois faire hernie au dehors, 
seul, ou accompagné des intestins. On doit , dans le pre- 
mier cas , le réduire avec les mêmes précautions que 



— 255 — 

derniers, et, dans le second, réduire d'abord les intestins, 
puis s'occuper de l'cpiploon. Une fois les parties herniées 
réduites , on s'efforcera de s'opposer à l'invasion, au dé- 
veloppement de la péritonite , dont toutes ces manœuvres 
hâtent souvent l'apparition. 

La balle qui perfore les parois abdominales et ouvre la 
cavité du péritoine , sans produire de lésion dans les vis- 
cères qu'elle contient, peut, en pénétrant dans l'épaisseur 
des tissus , chasser devant elle une portion des vêtements 
du blessé (de la chemise, du caleçon), et s'en coiffer 
comme d'un véritable doigt de gant , qui l'empêchera de 
tomber dans la cavité du péritoine et lui permettra d'être 
extraite avec facilité par le chirurgien , ou souvent même 
par le blessé pendant qu'il se déshabille pour faire panser 
sa blessure. C'est là le cas le plus heureux, mais aussi le 
plus rare. Ordinairement la balle se perd dans la cavité 
abdominale, où elle se loge plus ou moins profondément et 
où il faut l'abandonner, parce que d'abord on ne sait, dans 
la plupart des cas où elle est logée, et en second lieu, parce 
que son extraction nécessiterait souvent des manœuvres 
trop longues et trop dangereuses par Faction funeste 
qu'elles pourraient exercer sur le péritoine. On doit seu- 
lement s'attacher , en pareil cas , à combattre l'inflamma- 
tion. La balle ne s'oppose pas à la guérison, et on a des 
exemples de personnes blessées par des coups de feu , qui 
ont conservé , tout le reste de leur vie, le projectile dans 
l'abdomen, sans en éprouver d'incommodité. D'autres fois, 
la balle se fraye un passage à travers le canal intestinal et 
vient sortir par l'anus , le périnée ou tout autre point de 
la cavité abdominale. 

Bordenave , ayant senti une fluctuation au périnée chez 
un individu , blessé antérieurement d'un coup de feu , fit 
une incision comme pour la lithotomie et en fit sortir des 



— 2ob* — 

portions de vêtements , une grande quantité de sang et 
d'urine, et en lin la balle. 

Ravaton cite le cas d'un officier de marine, qui rendit un 
lingot de plomb par l'anus vingt -un jours après sa bles- 
sure. 

Schenkius rapporte l'histoire d'un soldat qui reçut une 
balle, à un travers de doigt, au-dessus de l'estomac ; elle fut 
rendue par les selles. (Cité par les rédacteurs des leçons 
orales de Dupuytren.) 

La nature se charge , elle aussi , quelquefois de l'expul- 
sion non seulement de corps orbes et dépourvus d'aspéri- 
tés, comme les balles , mais encore elle parvient à chasser 
de nos tissus , sans aucun danger , des portions d'armes 
pointues et même tranchantes. Ainsi, on trouve dans le 
Dictionnaire des sciences médicales (t. 43, p. 36) l'observation 
d'un nommé Desprès , soldat aux gardes-françaises et 
maître d'armes, qui reçut un coup d'épée dans l'abdomen. 
L'instrument se rompit et séjourna trois ans dans cette 
cavité ; il détermina , au bout de ce temps , un abcès dans 
la région lombaire et se forma une issue. 

Alexandre Benedictus a vu un soldat rejeter par l'anus, 
au bout de deux mois, le fer d'une flèche, dont il avait eu 
le dos percé , et Fabrice de Hilden rapporte qu'un jeune 
homme , qui avait reçu à la partie antérieure gauche de 
l'abdomen un coup de poignard, rendit avec de très gran- 
des douleurs par l'anus, au bout de douze mois, une por- 
tion de cet instrument longue d'environ trois pouces. 

De pareils exemples sont faits pour nous encourager à 
avoir confiance aux forces de la nature , et nous engager à 
ne pas fatiguer les blessés par des vaines tentatives d'ex- 
traction, quand le corps étranger est profondément situé 
dans la cavité abdominale, 



__ 257 — 

§ [II. — LÉSIONS DES VISCÈRES ABDOMINAUX* 

Les viscères abdominaux peuvent être blesses par les 
gros projectiles , ou par les projectiles de petit volume , 
comme les balles. Ce sont ces dernières blessures qui se 
présentent le plus souvent à l'observation. Dans presque 
tous les cas , les malheureux qui sont atteints de pareilles 
lésions sont voués aune mort certaine , ou au moins cou- 
rent de très grands risques; et tous les soins qu'on peut 
leur prodiguer se bornent à pallier leurs douleurs , et à 
leur faire des pansements simples , quand toutefois la mort 
n'est pas instantanée , ou n'arrive pas avec une effrayante 
rapidité. En un mot , c'est , pour ainsi dire, un traitement 
purement moral. 

Quand un boulet arrive dans la cavité abdominale, après 
en avoir largement ouvert les parois , il réduit ordinaire- 
ment en bouillie les viscères parenchymateux qui se trou- 
vent sur son passage , le foie , la rate ; déchire F estomac, 
les instestins, la vessie, ouvre les gros vaisseaux , fracture 
la colonne vertébrale , le bassin , etc. , et donne lieu le plus 
souvent à une mort instantanée. Si le malheureux blessé 
ne succombe que quelques instants ou quelques heures 
après, il est porteur d'épanchements de sang, d'urine, de 
bile , de matières fécales , qui, joints à la contusion qu'ont 
éprouvée les viscères, rendent inutiles tous les soins qu'on 
lui administrerait. 11 faut, en pareil cas, extraire les corps 
étrangers, appliquer sur la plaie un simple pansement, 
donner à l'intérieur quelques calmants et prodiguer des 
consolations morales aux blessés pendant le peu d instants 
qui leur reste k vivre. 

Les petits projectiles , bien que donnant lieu k de très 
graves accidents , et souvent k la mort , n'ont cependant 
pas une action aussi prompte ; ils produisent sur chacun 

17 



— 258 — 

des viscères abdominaux des lésions caractérisées par des 
symptômes particuliers plus ou moins faciles à reconnaître, 
et donnent au chirurgien , dans certains cas , rares il est 
vrai, la satisfaction de sauver les jours de son blessé. 

Il arrive , dans certains cas , que le viscère lésé par le 
projectile fait hernie à travers la solution de continuité des 
parois abdominales : rien de plus facile alors que de recon- 
naître la blessure à laquelle on a affaire, Mais quand la pa- 
roi abdominale ne présente que la simple perforation , 
souvent très étroite ,; de la balle, comment parvenir à dia- 
gnostiquer la lésion de tel ou tel viscère , de tel ou tel 
vaisseau, etc?Ilfaut, pour cela, observer avec soin la 
région occupée par la blessure , la nature des liquides qui 
sortent de la cavité abdominale par cette dernière , tâcher 
de savoir du blessé ou des camarades qui le transportent 
quelle a été la direction suivant laquelle a pénétré la balle, 
si elle a été reçue de près ou de loin , etc. Toutes ces cir- 
constances peuvent amener a la connaissance de la bles- 
sure intra-péritonéale : ainsi , des aliments plus ou moins 
digérés , s'échappant par une plaie de l'épigastre , déno- 
notent ordinairement la blessure de l'estomac. 

La sortie des matières fécales à travers une plaie située 
plus bas indique une lésion intestinale. 

Une plaie-située dans l'hypochondre droit, avec épan- 
chement considérable de sang ou de bile au dehors, est un 
indice presque assuré de la blessure du foie ; tandis que , 
quand l'épanchement sanguin s'observe du côté gauche , 
il dénote une lésion de la rate. Une plaie située un peu au 
dessus delà région lombaire , et qui est accompagnée de 
difficulté d'uriner et de la sortie de quelques urines san- 
glantes, appartient nécessairement aux reins. D'un autre 
côté , si la plaie correspond à la région de la vessie , et si 
elle donne passage à une plus ou moins grande quantité 



— 259 — 

d'urine, on ne doit pas avoir do doute sur l'ouverture du 
réservoir ur inaire. 

Quelquefois un projectile peut ouvrir un viscère abdo- 
minal , ou une portion de ce viscère située hors la cavité 
péritonéale , comme la face postérieure du rein , la face 
antérieure de la vessie , le cœcum. . . : les chances d'inflam- 
mation sont alors beaucoup moindres , parce que l'épan- 
chement se forme , s'il a lieu , hors la cavité péritonéale. 

§ IV. PLAIES DU FOIE. 

Le foie peut être atteint paries balles, directement d'a- 
vant en arrière à sa face antérieure , de haut en bas sur sa 
convexité diaphragmatique , et enfin d'arrière en avant 
à sa face concave. Ces projectiles peuvent pénétrer plus ou 
moins profondément dans sa substance , y demeurer , ou 
tomber dans la cavité péritonéale. On dit en général que 
les blessures du foie par armes à feu sont moins graves 
que celles par armes blanches tranchantes qui ouvrent lar- 
gement les vaisseaux ; et donnent lieu à une hémorrhagie 
abondante. Le fait est vrai, si la balle n'atteint que des 
vaisseaux de petit volume ; mais si elle a déchiré un vais- 
seau volumineux , l'hémorrhagie est tout aussi inquiétante 
que celle qui résulte d'un large coup de sabre. Les plaies 
d'armes à feu du foie donnent lieu à une hépatite plus ou 
moins grave , se manifestant par des symptômes analogues 
à ceux de l'hépatite interne; de plus, le sang qui s'épan- 
che souvent en très grande abondance dans l'a cavité péri- 
tonéale agit comme corps étranger, irrite la séreuse et dé- 
termine une péritonite le plus ordinairement mortelle. La 
mort est encore plus certaine, si la vésicule du fiel, ouverte, 
laisse couler dans le sac péritonéal la bile qu'elle contient. 

Le traitement de ces blessures doit être très actif; il 
consiste en saignées locales et générales abondamment ré- 



— 260 — 

pétées, en applications de topiques émollients et narcoti- 
ques sur l'abdomen. Le blessé doit être mis à la diète la 
plus sévère et maintenu dans le plus grand repos; si le 
projectile est perdu profondément dans la substance hépa- 
tique , il faut s'abstenir de toute tentative d'extraction : 
les manœuvres auxquelles on se livrerait ne feraient 
qu'augmenter le danger de la blessure. On ne devrait es- 
sayer de l'extraire que tout autant qu'il serait demeure à 
la superficie de l'organe hépatique et a la portée des in- 
struments. 

M. Baudens, conseille en cas d'épanchement biliaire, d'in- 
jecter dans l'abdomen une grande quantité d'eau tiède qui, 
en ressortant par la plaie, entraînerait avec elle la bile 
épanchée : voici du reste les propres paroles de l'auteur 
dont je parle; «Quant àl'épanchement débile, attendu qu'il 
est essentiellement mortel, je ne vois pas pourquoi lorsqu'il 
aura été reconnu en portant le doigt dans la plaie, on ne 
ferait pas arriver jusque dans le petit bassin une sonde 
œsophagienne pour injecter de l'eau tiède en grande 
quantité, dont le retour, effectué ainsi de bas en haut, la 
ferait ressortir par la plaie abdominale, et aurait pour effet 
d'entraîner avec elle la bile épanchée ( Clinique des plaies 
d'armes à feu. page 396). 

Je ne vois dans cette manière de faire, qu'un moyen 
d'irriter encore plus le péritoine par l'introduction de la 
sonde d'abord, et ensuite, par celle de l'eau en grande 
quantité; et d'ailleurs sait-on, si, au moment où on recon- 
naît l'épanchement, a bile n'a pas déjà exercé son action 
délétère sur le péritoine , et si le contact de quelques ins- 
tants ne suffit pas pour que cet effet soit produit? Il est donc 
tout à fait inutile de chercher à détruire la cause, si déjà 
l'effet est produit. 



— 2(5 1 — 

§ V. PLAIES DE LA RATE. 

Les mêmes considérations dans lesquelles nous venons 
d'entrer au sujet du foie, sont applicables à la rate ; ses 
fonctions physiologiques la mettant à même de contenir, 
dans certaines circonstances, une très grande quantité de 
sang, les plaies qu'y produisent les balles sont ordinaire- 
ment suivies d'un épanchement sanguin considérable dans 
la cavité du péritoine. La splénite traumatique doit se com- 
battre par le môme traitement antiphlogistique que nous 
avons indiqué pour l'hépatite, et la péritonite, qui en ré- 
sulte par un traitement antiphlogistique très énergique, 
qui souvent demeure sans effet et n'empêche pas la mort 
d'arriver avec une effrayante rapidité. 

Je ne ferai que mentionner ici les plaies du pancréas. La 
situation profonde de cette glande lui permet rarement 
d'être touchée seule par|une balle; le plus souvent l'estomac 
et les intestins sont blessés en même temps qu'elle. Dès lors 
sa blessure devenant tout à fait secondaire , on ne doit 
s'occuper qu'à porter remède à celle de l'estomac ou de 
l'intestinf 

§ VI. PLAIES DES VOIES URINA IRES. 

Vessie. — La vessie varie de position selon qu'elle est 
vide ou pleine. Dans le premier cas, elle est cachée der- 
rière le pubis qui lui sert comme de bouclier , et la 
préserve contre les causes traumatiques agissant d'avant 
en arrière. Quand elle est pleine au contraire, elle aug- 
mente considérablement de volume. fmonte souvent jusqu'à 
l'ombilic, et c'est alors qu'elle peut être atteinte par sa 
face antérieure, sa face postérieure, et ses parties latéra- 
les. Le cas le plus heureux est celui où une balle pénétrant 
c|ans la vessie par sa face antérieure 1 tombe dans Vinté-? 



rieur de sa cavité. L'urine alors s'écoule librement au de- 
hors par la blessure, et, si elle s'épanche dans l'abdomen, 
elle est tout à fait en dehors de la cavité du péritoine. Mais 
quand le projectile traverse aussi la paroi vésicale posté- 
rieure, ce liquide tombe facilement dans la cavité périto- 
néale et donne lieu à une péritonite mortelle. 

Dans certains cas, une balle entre dans la cavité pel- 
vienne par sa face postérieure, perfore le rectum, puis la 
vessie, et produit ainsi une fistule recto-vésicale, donnant 
lieu à des accidents primitifs excessivement graves et occa- 
sionnant chez lé blessé, lorsque par hasard elle guérit, une 
très pénible infirmité. 

Indépendamment de la sortie de l'urine parla plaie ex- 
térieure, on est encore averti des lésions de la vessie par 
une hématurie plus ou moins abondante, et par des dou- 
leurs violentes à l'hypogastre. Si la blessure a fait com- 
muniquer le réservoir urinaire avec la cavité péritonéale, 
le mal est au dessus des ressources de l'art. Dans tous les 
cas de plaies de la vessie, on doit empêcher l'accumulation 
de l'urine dans sa cavité. On y parvient en y introduisant 
une sonde à demeure par laquelle ce liquide s'écoule à me- 
sure qu'il y arrive, et qui permet au travail de cicatrisation 
de la plaie de s'effectuer librement. Les accidents inflam- 
matoires doivent être combattus par les antiphlogistiques 
largement employés. 

Les corps étrangers tombés dans la vessie comme les 
balles, les portions de vêtements que ces dernières y 
poussent, sont quelquefois expulsés par l'urètre avec 
les urines. Dans d'autres cas, ils deviennent le noyau 
de calculs dont il faut plus tard débarrasser le malade 
par la taille c*u la lithotritie. D'autres fois les balles dé- 
terminent un abcès au périnée, ou sortent par le rectum 
après avoir usé la cloison vésico-rectale. Ledran a conseillé 



— 2G3 — 

de dissoudre les corps étrangers en plomb renfermés dans 
la vessie, et par conséquent les balles, en faisant parvenir 
dans cet organe du mercure à l'aide d'un entonnoir. Du- 
puytren élève des doutes sur l'exactitude et la fidélité des 
expériences de Ledran. 

Je ne puis me résoudre à abandonner ce qui se rap- 
porte aux corps étrangers servant de noyau à des calculs 
plus ou moins volumineux , sans citer une observation 
fort remarquable que j'ai recueillie à la clinique chi- 
rurgicale |de l'Hôtel-Dieu de Marseille, en 1839. Elle sort 
tout à fait de la question des plaies d'armes à feu, et se 
rapporte plutôt à la question des corps étrangers introduits 
dans la vessie. C'est pourquoi j'ai longtemps hésité à la 
placer ici. Mais les détails intéressants qu'elle renferme, 
engageront mes lecteurs, je l'espère du moins, à me par- 
donner cette digression. 

Symptômes de calcul vèsical ; application de la lithotritie, extrac- 
tion, à la 4 e séance, d'une lanière de cuir longue de 8 pouces, 
servant de noyau à un calcul. 

Arnaud (Jean-Louis), âgé de 30 ans, paysan de la vallée 
d'Àost (Piémont) , entra à l'Hôtel-Dieu le 1 2 mai \ 839, pour 
réclamer nos soins; il souffrait depuis assez longtemps d'une 
dysurie intense. Le chirurgien en chef introduisit une 
sonde dans la vessie ; elle donna issue à une grande quan- 
tité d'urine noirâtre et un peu fétide. Cet instrument re- 
poussa, en entrant dans la vessie, un calcul engagé dans 
le col de cet organe. La lithotritie proposée au malade fut 
acceptée, et le 46 mai, on procéda à la première séance. 
Le litholabe d'Heurteloup, modifié par Ségalas, saisit le 
calcul sous un diamètre de quinze lignes. Ce dernier fut 
broyé à l'aide du marteau et du volant pendant dix minu • 
tes , sans que le malade se plaignît de vives douleurs. 



L'instrument retiré, Arnaud fut mis clans un bain et placé 
ensuite dans son lit. Dans la journée, les urines sont légè- 
rement sanguinolentes , et pendant l'intervalle de quatre 
jours qui séparent la première séance de la seconde, le 
malade rend une assez grande quantité de détritus pier- 
reux. 

Le 20 mai, seconde séance: douze lignes d'écartement 
entre les branches du litholabe , expulsion d'une égale 
quantité de détritus. 

Le 23 , troisième séance , encore douzelignes d'écartement 
entre les branches du litholabe, mais cette fois l'instrument 
amène au fond de sa cuillière un fragment de cuir long de 
trois lignes et large d'une ligne. Cette circonstance fait 
nattre mille questions, et donne de suite l'éveil aux assis- 
tants. On demande au malade s'il n'a jamais été sondé, 
s'il ne s'est jamais introduit de corps étrangers dans l'urè- 
tre, il répond toujours négativement, et ne fait qu'un 
aveu, celui de s'être livré avec fureur à la masturbation. 

Le 27, quatrième séance : aucun corps étranger ne fut d'a- 
bord saisi avec le litholabe; cependant, le malade ayant été 
fortement renversé en arrière, l'opérateur saisit tout à coup 
un corps mou paraissant élastique. 11 rapprocha les deux 
branches avec force à l'aide duvolant et essaya de retirer l'ins- 
trument de la vessie. Une résistance assez vive fut vaincue 
au col vésical , elle se reproduisit au méat urinaire, mais 
cette fois avec tant de force, qu'un bistouri était déjà prêt 
pour la vaincre , quand enfin l'instrument sortit à la suite 
de très violentes tractions, amenant au dehors une la- 
nière de cuir longue de huit pouces, large d'une ligne et 
demie , roulée sur elle-même et incrustée de matiè- 
res calcaires. Ce fut alors que le malade nous fit l'aveu 
dont voici les principales circonstances: 

Il a assuré n'avoir connu aucune femme jusqu'à l'âge 



— 265 — 

do vingt-cinq ans, et ne s'être jamais livré à la masturba- 
tion avant cette époque. A vingt-cinq ans, il contracta 
l'habitude de l'onanisme, et de vingt-cinq à trente ans, il 
n'a exercé que trois fois Faction du coït. Enfin, dans lo 
courant du mois d'août 1838 , voulant se procurer des 
jouissances qu'il ne trouvait plus dans la masturbation, il 
s'enfonça un soir, après s'être couché, un des cordons de 
ses souliers dans le canal de l'urètre, où il le fit pénétrer 
de trois à quatre pouces. Le sommeil le surprit au milieu 
de ses manœuvres, et le lendemain, à son réveil, il cher- 
cha en vain son cordon de soulier, qui avait, pendant la 
nuit, pénétré dansla vessie. Ce malheureux mourut quinze 
jours après la dernière séance de lithotritie , et son autop- 
sie nous permit de constater une cystite chronique, avec 
épaississement et ulcérations nombreuses de la muqueuse 
vésicale. 

Reins. — Les reins peuvent être atteints par leur face 
postérieure et par leur face antérieure. La première espèce 
de blessure est beaucoup moins dangereuse que la se- 
conde, parce que lorsque le rein est attaqué par sa face 
postérieure et qu'il se fait un écoulement plus ou moins 
grand d'urine , celle-ci coule à l'extérieur par le trajet du 
projectile et ne s'épanche jamais ou rarement dans la ca- 
vité péritonéale, tandis que si la plaie siège à la face anté- 
rieure, l'épanchement urineux est presque inévitable, et à 
sa suite se déclare une péritonite ordinairement mortelle. 
Après les coups de feu aux reins, il se forme, d'après 
M. Baudens, une escarre qui s'oppose dans les premiers 
temps à l'issue des liquides sécrétés, comme elle s'oppose 
aux hémorrhagies des artères lésées, lorsque celles-ci ne 
sont pas d'un trop gros calibre. Quand le projectile a pé- 
nétré dans la substance du rein par la face antérieure de cet 
organe, l'urine ne sort pas toujours par la plaie des parois 



— 266 — 

abdominales, parce qu'il y a trop do distance entre elle et 
la plaie viscérale. Le diagnostic doit alors se baser sur 
l'hématurie plus ou moins abondante qui se manifeste, sur 
les douleurs que le blessé éprouve, douleurs qui s'irra- 
dient tout le long du cordon spermatique, par la rétraction 
du testicule. Tous les secours de l'art se bornent, en pa- 
reil cas, à combattre la péritonite qui ne tarde pas à sur- 
venir et qui, le plus souvent, emporte le blessé en peu 
d'instants. Si la blessure des parois est aux lombes et n'est 
pas assez grande pour permettre le libre écoulement de 
l'urine, il faut la dilater par des débridements convena- 
bles, afin de s'opposer à l'infiltration de ce liquide dans le 
tissu cellulaire des lombes, où sa stagnation dans le voisi- 
nage du péritoine pourrait déterminer une inflammation 
par contiguïté de tissu. 

Uretères. — La profondeur de ces canaux rend les 
moyens thérapeutiques tout à fait inutiles quand ils sont 
blessés. Leur lésion donne lieu à un épanchement uri- 
neux considérable, puisqu'il verse dans la cavité périto- 
néale toute l'urine sécrétée par un rein ; cet épanchement 
développe bientôt à son tour une péritonite mortelle. Du 
reste, la situation anatomique des uretères leur permet 
rarement d'être blessés isolément. Ils le sont souvent en 
même temps que les intestins, et alors il est facile de 
concevoir que deux lésions semblables , réunies , doivent 
amener une mort prompte et sûre. 

§ Vil. — PLAIES DU TUBE INTESTINAL. 

Estomac. — L'estomac variant de position et de volume 
selon son état de vacuité ou de plénitude, est plus facile- 
ment atteint pendant qu'il se trouve dans ce dernier état. 
Si la blessure est produite par un gros projectile, comme 
un boulet, le viscère est largement déchiré; les aliments 



— 267 — 

qu'il contient se répandent dans la cavité du péritoine et y 
déterminent une péritonite presque toujours mortelle. 
Mais si, au lieu d'avoir été produite par un gros projectile, 
la blessure est l'effet d'une balle, les blessés peuvent en- 
core guérir à l'aide d'adhérences salutaires qui se forment 
entre le pourtour cle la plaie viscérale et le péritoine pa- 
riétal. Ces adhérences préservent le blessé de tout épan- 
chement et réduisent sa lésion à un état de simplicité qui 
lui permet de se cicatriser comme toute autre solution de 
continuité; mais si la balle arrive sur l'estomac au mo- 
ment surtout où il est plein d'aliments ou de boissons, la 
même chance heureuse ne s'observe pas toujours , et il se 
forme un épancheraient alimentaire aussi rapidement mor- 
tel que lorsque la blessure est produite par un gros pro- 
jectile. 

Les plaies de l'estomac doivent se traiter par l'emploi 
énergique des antiphlogistiques locaux et généraux, parla 
diète la plus absolue d'aliments et de boissons , et le repos 
le plus parfait; la plaie des parois abdominales n'offre en 
elle-même aucune indication particulière. 

Intestins. — Les blessures des intestins par les gros pro- 
jectiles y déterminent des lacérations, suivies de l'épan- 
chement abondant et rapide des matières fécales dans la 
cavité péritonéale et occasionnent la mort instantanée, ou 
très rapide. Mais les balles ne sont pas si promptes dans 
leurs effets , en général du moins : ordinairement elles 
laissent au malade et au chirurgien le temps de se recon- 
naître. Elles peuvent produire trois espèces de désordres 
dans les intestins : 4° la contusion ; 2° une plaie peu éten- 
due; 3° une large déchirure, ou un nombre plus ou moins 
considérable de petites plaies. Ainsi, j'ai été à même d'ob- 
server un individu , qui avait reçu , en duel , une balle dans 
la cavité abdominale ; la plaie d'entrée était située à un 



— 268 — 

pouce environ du côlé droit et sur la même ligne horizon- 
tale que l'ombilic : il succomba , au bout de vingt-quatre 
heures , à une péritonite , résultat de l'épanchement des 
matières fécales , et a son autopsie, je trouvai cinq anses 
d'intestin grêle , percées chacune de deux ouvertures , de 
manière que la même balle avait donné lieu à dix plaies 
intestinales. 

La contusion des intestins se traduit par des symptômes 
inflammatoires plus ou moins violents, et que l'on doit 
combattre énergiquement par les saignées générales et 
locales , par l'application des topiques émollients et 
narcotiques; quelquefois cette contusion est très forte et 
se termine plus ou moins longtemps après par la gangrène 
d'une portion de l'intestin contusionné ; mais la nature , 
qui veille autant que l'art au chevet des blessés, établit des 
adhérences entre la portion contuse et une anse intestinale 
voisine , de telle sorte que , lorsque l'escarre se détache , 
elle tombe dans la cavité de l'intestin blessé, et à la place 
de cette portion mortifiée se trouve un bouchon formé par 
l'anse intestinale, qui a contracté les adhérences dont nous 
avons parlé, sans cela les matières fécales s'épancheraient 
dans le péritoine et y causeraient une inflammation mortelle. 

Si l'intestin est légèrement ouvert par la balle , il peut 
y avoir, malgré la petitesse de la blessure, un épanchement 
mortel dans le péritoine. Mais ici encore, la nature se sert, 
dans certains cas, des adhérences dont nous venons de 
parler, sinon la muqueuse , faisant saillie entre les lèvres 
de la blessure de la musculeuse et de la séreuse, forme un 
bouchon qui s'oppose provisoirement à l'épanchement , et 
donne à des adhérences salutaires le temps de se former. 

Enfin , si l'intestin est largement déchiré, ou bien déchiré 
en sept ou huit endroits , l'épanchement et la mort sont la 
suite d'une pareille blessure. 



— 209 — 

La rupture des intestins se manifeste par le balonnc- 
ment du ventre , des douleurs très vives qui empùehent le 
malade de supporter la moindre pression sur l'abdomen ; 
le pouls est petit , la peau froide , en un mot , on voit sur- 
venir tous les symptômes de la péritonite dont nous allons 
nous occuper un peu plus bas. 

Quelle est la conduite que doit tenir le chirurgien dans 
le cas de lésion du tube intestinal, produite par une arme 
à feu ? 

Si l'intestin blessé par la balle fait hernie à travers les 
lèvres des parois abdominales, c'est ce qui peut arriver de 
plus heureux au blessé , parce qu'alors Tépanchement des 
matières fécales se fait au dehors , et que le chirurgien 
peut appliquer sur la blessure intestinale un ou plusieurs 
points de suture, ou retenir l'anse d'intestin blessée au de- 
dehors, pour déterminer la formation d'un anus contre 
nature. 

Mais si l'épanchement s'est fait dans la cavité abdomi- 
nale , et si l'ouverture des parois est petite , il n'y a que 
la sortie des matières fécales par la plaie qui indique la lé- 
sion de l'intestin , et qui annonce en même temps , pour 
ainsi dire, que tout espoir est perdu. 

M. Baudens, se fondant sur ce que , neuf fois sur dix au 
moins , les intestins sont perforés , recommande d'agran- 
dir toute plaie pénétrante de l'abdomen, afin d'aller porter 
remède a une lésion intestinale qui serait restée cachée. 

11 serait par trop hasardeux , je crois , d'agrandir une 
plaie des parois abdominales pour aller à la recherche 
d'une lésion dont on ne connaît pas le siège, dans des ré- 
gions aussi délicates. Puisque un intestin ouvert ne mani- 
feste pas toujours sa lésion dans les premiers moments de 
la blessure, comment deviner qu'il est blessé? et dans cette 
incertitude , pourquoi se livrer à des manœuvres très dan- 



— 270 — 

gereuses, dirigées contre un mal qu'on ne sait pas exister? 
Si, d'un autre côté, l'épanchement est formé , si les ma- 
tières fécales sortent par la plaie extérieure, il n'est plus 
temps, et toute recherche est inutile. îl vaut clone mieux , 
je crois, en pareil cas , ne pas tourmenter le malade , avoir 
confiance aux forces de la nature , se contenter de com- 
battre énergiquement l'inflammation traumatique, et j'ose 
assurer qu'en suivant cette conduite modérée ; on obtien- 
dra , la statistique à la main , autant de succès qu'en se 
conformant au précepte de M. Baudens. 

§ VIII. — DES ÉPANCBEMENTS DANS LES PLAIES d' ARMES A FEU DE 

l'abdomen. 

Comme nous venons de le voir dans tout ce qui précède, 
on dit qu'il y a épanchement dans une plaie d'arme à feu de 
l'abdomen, toutes les fois que du sang veineux ou artériel, ou 
bien une des substances sécrétées ou contenues dans les vis- 
cèresde cette cavité s'y répandent en quantité plus ou moins 
grande : les matières épanchées seront donc ou de la bile, 
ou des matières alimentaires , ou de l'urine, ou des matiè- 
res fécales. 

Il est facile de se convaincre , par l'inspection anatomi- 
que delà cavité abdominale, que, par une disposition orga- 
nique admirable, les épanchements éprouvent de la peine, 
de la résistance à se former. Cette résistance est occasionnée 
par le contact parfait qui existe entre tous les viscères ab- 
dominaux; ces viscères éprouvent, en outre, continuelle- 
ment des mouvementsen masse provenant delà respiration, 
mouvements , qui les compriment les uns contre les au- 
tres avec plus ou moins de force : ils leur sont communi- 
qués par le diaphragme , d'une part , et par la ceinture 
musculaire abdominale . de l'autre , qui , d'après J. Bell , 



— 271 — 

agissent comme deux mains entre lesquelles il existerait le 
plus parfait accord. 

Cette manière d'être des viscères abdominaux exerce une 
influence salutaire dans le cas de lésion d'un vaisseau ou 
d'un viscère : dans le premier, elle s'oppose à l'effusion dn 
sang , surtout si le vaisseau lésé est d'un petit calibre ; et 
dans le second, elle sert quelquefois à maintenir la bles- 
sure d'un viscère en rapport avec la blessure des parois 
abdominales , et à l'aide de cette heureuse circonstance , 
le blessé n'a pas d'épanchement intra-péritonéal , et peut 
recouvrer la santé. Mais les malades ne sont pas toujours 
assez heureux pour échapper à ce terrible accident : le 
sang ou les autres matières s'épanchent là où se trouve le 
plus de vide , entre les viscères , comme entre la surface 
concave du foie et la face antérieure du colon transverse , 
à l'hypogastre, dans l'excavation pelvienne, etc.. Ces 
épanchements produisent des symptômes particuliers , se- 
lon le point de la cavité abdominale où ils se sont formés : 
ainsi ils donnent lieu à des vomissements, à de la consti- 
pation, à des envies continuelles d'uriner , selon qu'ils 
compriment l'estomac , les intestins , ou le réservoir uri- 
naire. 

Êpanchement de sang. — Le foie , la rate, l'aorte abdo- 
minale et ses collatérales , l'artère et la veine iliaque pri- 
mitives , l'artère et la veine iliaque interne et externe , la 
veine cave inférieure , tels sont les vaisseaux qui peuvent 
devenir la source d'un êpanchement sanguin péritonéal. 
Le blessé, qui a un de ces vaisseaux ouvert par une balle, 
éprouve de suite tous les symptômes des hémorrhagies 
foudroyantes : pâleur de la face et des muqueuses, sueurs 
froides et visqueuses, froid des extrémités, syncopes, etc.; 
en un mot , cet habitus hémorrhagique si facile à recon- 
naître. Une syncope est, dans un cas pareil, ce qui peut 



arriver de plus heureux au blesse ; car cette dernière in- 
terrompt la circulation et favorise la formation d'un caillot 
sauveur. Mais malheureusement la force que ce caillot 
oppose au sang est de peu de valeur, surtout si la plaie 
du vaisseau est grande, et au moindre effort que fait le 
malade, on voit de nouveau l'hémorrhagie se reproduire 
avec ses symptômes formidables. 

Quand l'epancliement communique avec la plaie exté- 
rieure, que celle-ci est large, le sang peut s'échapper li- 
brement de l'abdomen ; mais si la plaie des parois est 
étroite , le sang séjourne dans le péritoine , l'irrite et dé- 
termine, si on ne lui donne promptement issue, une péri- 
tonite plus ou moins grave : ainsi , dès qu'on aura déter- 
miné avec soin le lieu occupé par l'epancliement , on fera 
avec précaution une incision aussi petite qu'on le pourra, 
afin d'éviter les hernies consécutives , et on videra ainsi 
la matière de l'épanchement qui , dans certains cas, offre 
une odeur fétide et se trouve accumulée en assez grande 
quantité. On introduira une mèche dans l'incision, afin de 
l'empêcher de se cicatriser , et on exercera une surveil- 
lance très active sur le blessé. 11 arrive quelquefois qu'a- 
près avoir divisé les parois abdominales et le péritoine , la 
matière épanchée ne s'écoule pas facilement au dehors : 
on tachera alors de faire prendre au malade une position 
déclive qui facilite la sortie du liquide. 

Les épanchements de bile, de matière fécale et d'urine, 
arrivent, comme nous l'avons déjà dit, lorsque le foie, 
l'intestin , la vessie sont lésés. La nature irritante de ces 
matières rend l'inflammation qu'elles occasionnent promp- 
tement et sûrement mortelle. Ainsi, dans les épanchements 
de cette espèce, le chirurgien n'a que des soins moraux à 
prodiguer aux blessés , assuré qu'il est le plus souvent de 
la terminaison fatale qui va arriver Cependant il ne doit 



pas pour cela négliger l'emploi des antiphlogistiques des 
émûllionts et des narcotiques , qui pourront du moins ap- 
porter quelque soulagement aux souffrances du malade. 

§ IX. — DE LA PÉRITONITE TRAUMATIQUE. 

La péritonite traumatique peut survenir dans tous les 
cas de plaie d'armes à feu de l'abdomen , depuis la plus 
légère contusion des parois de cette cavité, jusqu'à la rup- 
ture d'un intestin , avec épanchement de matières sterco- 
rales. Dans îe premier cas , elle se propage de couche en 
couche, de l'extérieur à l'intérieur, et peut guérir, à l'aide 
d'un traitement énergique, tandis que, clans le cas de plaie 
pénétrante avec épanchement, la cause productrice de 
l'inflammation étant directement appliquée sur la surface 
péritonéale, la maladie épargne rarement le blessé, malgré 
le traitement le plus énergique et le mieux entendu. 

Les symptômes de la péritonite traumatique sont décrits 
avec détail dans tous les auteurs ; ce sont : le balonnement 
du ventre , une douleur abdominale insupportable à la 
moindre pression, au point que souvent le blessé ne peut 
tolérer le poids de la plus légère couverture; le froid est 
général; le pouls petit, fréquent, misérable (abdominal) ; 
la face est allongée par suite de la rétraction des traits ; il 
y a diminution considérable du volume de la voix, qui est 
presque éteinte et ressemble à celle des cholériques ; la 
respiration est accélérée, etc. La terminaison de la périto- 
nite, suite des coups de feu, est presque toujours funeste; 
son traitement doit être antiphlogistique. Nous en avons, 
du reste, assez parlé dans tout le cours de ce chapitre pour 
y insister davantage ici. 

Il existe une grande différence entre la péritonite traiu- 
matique et celle de cause interne : le chirurgien doit s'at- 
tendre à voir la première se développer à la suite de la 

18 



— 274 — 

moindre blessure abdominale, et peut par conséquent, se 
tenir prêt à la combattre à son début et même avant ; tan- 
dis que la péritonite de cause interne, débutant le plus 
souvent au moment où on y pense le moins, et sans cause 
connue, rend le traitement plus incertain ; et déjoue les ef- 
forts de la thérapeutique. 

Enfin, il est inutile de répéter ici ce que nous avons déjà 
dit au sujet de la péritonite adhésive, dont la nature sait si 
bien se servir pour empêcher des épanchements sterco- 
raux et alimentaires, qui, s'ils avaient lieu, se termine- 
raient probablement toujours par la mort. 



— 275 — 
CHAPITRE VI. 

PLUES PAU ARMES A FEU DES ORGANES GÉNITAUX. 



La verge, le scrotum, les testicules peuvent être blessés 
séparément, ou bien, ce qui arrive assez souvent, la lésion 
de tous ces organes peut avoir lieu en même temps et être 
produite par le même projectile , sans que le blessé soit 
atteint d'infirmité ultérieure : ainsi, M. H. Larrey rapporte 
l'observation d'un soldat du 3 e régiment , qui eut le pré- 
puce perforé par une balle, une portion du gland empor- 
tée, le scrotum traversé, ainsi que toute l'épaisseur de la 
cuisse au niveau du troisième adducteur. Le blessé guérit 
parfaitement et dit , en sortant de l'hôpital , qu'il se sen- 
tait pourvu comme auparavant. 

Du reste , les lésions des organes génitaux n'offrent au- 
cune indication spéciale , et la guérison en est ordinaire- 
ment assez prompte. Il faut seulement en modérer l'inflam 
mation , et condamner les blessés qui en sont porteurs au 
repos le plus parfait. 

Les plaies des corps caverneux, qui offrent une hémor- 
rhagie assez inquiétante dans les lésions par arme tran- 
chante, ne présentent pas cette complication dans les coups 
de feu , parce que la balle exerce une action escarrotique 
sur les petits vaisseaux du tissu érectile qui les compose 
Mais il résulte quelquefois,^' après M. Baudens, de la lésion 
d'un seul corps caverneux de la verge , une courbure de 
cet organe à concavité du côté blessé rendant le coït im- 
possible. 

Dans le cas où un testicule aurait été profondément dés- 



— 276 ~ 

organise par une balle , par exemple , qui l'aurait traversé 
en le réduisant en bouillie , le malade devant nécessaire- 
ment perdre un organe ainsi mutilé, on pourrait en prati- 
tiquer immédiatement l'ablation , et épargner ainsi au 
blessé de violentes douleurs et les ennuis d'une longue 
suppuration. 



CHAPITRE VII. 

PLAIES DES MEMBRES. — CAS QUI RÉCLAMENT E* AMPUTATION, 



Nous avons déjà étudié , dans la première partie de 
notre travail , les blessures de la peau , des muscles , des 
vaisseaux, des nerfs , des os, des articulations, etc. ; il 
nous serait donc facile en rassemblant deux à deux , ou 
trois à trois , ces lésions , d'avoir sous nos yeux les bles- 
sures qu'on observe le plus fréquemment aux membres , 
à la suite des coups de feu ; mais ce serait faire une répé- 
tition longue et inutile. Nous croyons, en conséquence, 
devoir passer outre sur la nature et les indications qu'of- 
frent les plaies des membres supérieurs et inférieurs, 
pour pouvoir arriver d'emblée à une question à la fois 
très difficile et intéressante : celle des cas qui réclament 
l'amputation, et le choix du moment le plus convenable 
pour pratiquer cette opération. 

Après une foule de controverses et de longs débats, les 
chirurgiens sont arrivés aujourd'hui à être d'accord sur 
la nature des plaies qui réclament l'amputation des mem- 
bres. Ces lésions peuvent se classer sous les chefs princi- 
paux suivants : 

1° Enlèvement complet d'un membre par un gros pro- 
jectile ; 

2° Fracture comminutive de l'os principal d'un mem- 
bre, comme l'humérus, le tibia, et surtout le fémur; 

3° Lésion d'une grande articulation ; 

4° Déchirure du vaisseau principal et de l'os principal 
d'un membre ; 



— 278 — 

5° Enlèvement d'une grande partie des parties molles 
d'un membre; comme , par exemple, de tout le mollet, 
ou de tous les muscles de la région crurale postérieure ; 

6° Fracas d'un membre sans lésion de la peau (Percy). 

Toutes les fois qu'un boulet arrive perpendiculairement 
sur un membre comme la cuisse , par exemple , et qu'il 
en opère l'ablation complète , la plaie qui résulte de cette 
ablation est noirâtre, mâchée , inégale. Des lambeaux de 
muscles et de tendons pendent à sa surface , l'os est brisé 
comminutivement et présente quelquefois des fissures qui 
remontent jusqu'à l'articulation supérieure. Cette plaie , 
irrégulière et contuse , doit nécessairement être suivie 
d'une suppuration longue et abondante , à laquelle peu 
de malades survivent, quand toutefois ils ont pu traverser 
sans danger les accidents primitifs. Le parti le plus sage 
qu'on ait à prendre , dans un cas pareil , est de faire au- 
dessus de l'amputation du coup de feu, une seconde am- 
putation avec le couteau , par laquelle on substitue une 
plaie nette et saignante à celle qui existait auparavant. Il 
est un cas cependant où il est de toute impossibilité d'am- 
puter sur les restes du membre ; c'est lorsque celui-ci a 
été emporté trop près de son articulation avec le tronc , 
la cuisse dans le voisinage de l'articulation coxo -fémorale, 
et le bras de la scapulo -numérale. 

Il faut alors se contenter d'égaliser la plaie avec des 
ciseaux et le bistouri , d'extraire de son mieux les es- 
quilles , de recouvrir la surface traumatique d'un simple 
appareil et de se tenir en garde contre l'hémorrhagie 
secondaire , car ordinairement le vaisseau principal du 
membre se rétracte au fond des parties, et s'il fournit une 
hémorrhagie elle est presque toujours secondaire. 

La recommandation d'amputer un membre, atteint seu- 
lement de fracture comminutive de son os principal, 



— 279 — 

paraît a priori un peu trop hasardée, et l'on est porté na- 
turellement a se demander pourquoi le chirurgien mili- 
taire ne tenterait pas la conservation d'un pareil membre, 
quand tous les jours on observe dans la pratique civile 
des guérisons surprenantes , ayant pour sujet des fractu- 
res comminutives beaucoup plus compliquées , en appa - 
rence du moins, que celles qui résultent de l'action d'une 
balle. Mais si l'on réfléchit un instant à l'immense diffé- 
rence qui existe entre un soldat blessé sur le champ de 
bataille, et un homme qui éprouve dans la vie civile une 
fracture comminutive, même très compliquée, on ap- 
prouve parfaitement la conduite du chirurgien militaire , 
qui ampute ainsi un membre fracturé comminutivement. 

Supposons , en effet , qu'après avoir sur le champ de 
bataille ou au bivouac extrait , tant bien que mal , le plus 
grand nombre d'esquilles possible , et appliqué un appa- 
reil autour de cette cuisse ou de cette jambe, on s'obstine 
à les conserver ; il faudra souvent placer le blessé , qui 
est , dans certains cas , obligé de faire une longue route 
avant d'arriver à un hôpital régulier, sur un charriot, une 
voiture mal suspendue, ou tout autre moyen de transport : 
pendant ce trajet il sera soumis aux intempéries des sai- 
sons, il éprouvera une foule de secousses qui, se commu- 
niquant au membre fracturé , enfonceront les pointes des 
esquilles dans les parties molles voisines, souvent dans un 
vaisseau , un nerf ; détermineront des accidents inflam- 
matoires très graves , tels que gonflement , étranglement, 
et pourront même , dans certaines circonstances , donner 
naissance à une hémorrhagie, ou au tétanos. On conçoit 
aisément combien le cas est simplifié par l'amputation , 
et que de souffrances consécutives cette opération , bien 
que très douloureuse en elle-même, épargne au blessé. 

Les choses ne se passent point ainsi dans un hôpital 



— 280 — 

civil , où les malades sont immédiatement transportés 
après leurs blessures et placés dans un bon lit , d'oii ils 
ne doivent sortir qu'après leur guérison. Alors on com- 
prend que , au milieu du repos le plus parfait , au sein de 
toutes les ressources , on essaie de conserver des mem- 
bres mutilés , et qu'on arrive souvent à des guérisons 
presque miraculeuses. Ainsi, j'ai vu à l'Hôtel-Dieu de 
Marseille un charpentier , nommé Peindrier , guérir au 
bout de trois mois , par les irrigations froides et l'appareil 
inamovible, d'un écrasement complet de la jambe droite 
(avec intégrité de la peau) , d'une fracture sans déplace- 
ment au quart inférieur du fémur du même côté, et dune 
troisième fracture avec issue du fragment à travers les 
parties molles, à la partie moyenne du même os. 

Si cet ouvrier eût été soldat, et que sa blessure eut été 
produite par un boulet sur le champ de bataille , il n'au- 
rait probablement pas conservé son membre , qu'on au- 
rait amputé au-dessus de la dernière fracture du fémur. 

Les auteurs s'accordent tous à regarder la fracture du 
fémur, en particulier, comme une indication immédiate 
d'amputation. 

« De toutes les fractures par armes à feu , dit M. Bau- 
dens (Clinique des plaies d'armes à feu, p. 461) , celle qui ré- 
clame le plus impérieusement l'amputation est sans con- 
tredit la fracture du fémur ; toute fracture de cet os par 
arme à feu exige immédiatement l'amputation. J'ai eu 
trop à déplorer la violation de cette loi pour oser m'en 
écarter jamais. Sur soixante blessés, j'en ai amputé quinze 
immédiatement , treize ont guéri , vingt consécutivement , 
seize ont péri. Chez vingt j'ai tenté de conserver le mem- 
bre, deux ont guéri avec un membre difforme. » 

Je n'ai pas besoin d'insister sur les terribles désordres 
qui suivent les plaies des grandes articulations, et qui font 



— 2Si — 

un devoir au chirurgien d'amputer les membres dont les 
cavités, articulaires sont largement ouvertes, et commi- 
nuées par les projectiles de guerre. 

Percy voulait qu'on amputât un membre seulement 
pour la lésion de son vaisseau principal ; de nos jours qu'on 
obtient de si beaux succès à l'aide de la ligature, et qu'on 
connaît je dirai presque l'innocence de cette opération, on 
doit rayer une pareille blessure du catalogue de celles qui 
nécessitent l'amputation. 

Mais le cas est différent lorsque l'artère principale est 
blessée simultanément avec Vos principal ; on peut bien 
alors s'opposer àThémorrhagie par la ligature , mais reste 
toujours la fracture comminutive, que nous venons de voir 
entraîner à elle seule la nécessité de l'ablation du membre. 

Lorsqu'un projectile emporte une grande quantité des 
parties molles d'un membre et donne naissance à une 
plaie très large, inégale, mâchée-, pouvant être suivie 
d'accidents inflammatoires violents , d'une suppuration 
longue et abondante, ne guérissant souvent qu'au bout 
d'un temps fort long , et laissant après elle des cicatrices 
difformes, des ulcères, en un mot, un membre plus 
embarrassant qu'utile , et devenant pour le blessé une 
source continuelle de douleurs. C'est au chirurgien de voir 
si une pareille plaie est susceptible de guérison, si le blessé 
aura assez de force pour résister aux accidents. consécu- 
tifs, a la suppuration , etc. ; s'il juge négativement , il ne 
doit pas hésiter à pratiquer l'amputation. 

Enfin un membre fracassé , dont toutes les parties os- 
seuses sont comminuées , les vaisseaux ouverts , les mus- 
cles réduits en bouillie , et qui a pourtant son enveloppe 
cutanée intacte , doit être , malgré cette dernière circon- 
stance , considéré comme un corps étranger , dont il faut 



— 282 — 

au plus tôt débarrasser le blessé , sous peine de graves ac- 
cidents. 

On accuse vulgairement les chirurgiens militaires de 
trop amputer; on prétend qu'ils sauveraient beaucoup 
plus de membres s'ils temporisaient davantage. Je lisais 
même dernièrement certain article de journal, dans lequel 
un chirurgien civil, que je ne nommerai pas, allait jusqu'à 
appeler brutale la chirurgie que nous exerçons sur le 
champ de bataille. De pareils reproches, faits peut-être de 
très bonne foi, ne peuvent venir que de gens n'ayant au- 
cune expérience du champ de bataille, ne sachant pas 
qu'il est nécessaire d'avoir plus de génie pour y exercer 
la chirurgie, que pour la faire dans un hôpital , où l'on a 
toute espèce de ressource , tandis qu'à la guerre il arrive 
fort souvent qu'on a rien, ou presque rien, et il faut pour- 
tant arriver aux mêmes résultats. Aussi les chirurgiens ex- 
périmentés, qui pèsent les choses à leur juste valeur, et 
savent apprécier les positions pénibles dans lesquelles nous 
nous trouvons, ne nous blàment-ils pas, et approuvent-ils 
au contraire la chirurgie active que nous pratiquons. 

« Est-il possible , en effet , dit Dupuytren , dans le dés- 
ordre et le tumulte d'un combat ou au milieu des difficultés 
sans nombre qui se présentent dans les ambulances pour 
le transport des blessés , de faire les opérations qui pour- 
raient amener la conservation des membres, de donner 
aux blessés les soins minutieux nécessaires à ces blessures, 
d'agir enfin comme dans un hôpital civil , où régnent l'or- 
dre , le silence et la tranquillité et où on peut disposer de 
tout en abondance et avec facilité? Nous ne le croyons 
pas ; aussi les chirurgiens militaires qui amputent les mem- 
bres, soit pour des lésions d'artères principales seulement, 
soit pour des fractures par des balles , ne sont-ils pas à 
blâmer : le temps à consacrer pour pratiquer ces opéra- 



— 283 — 

lions délicates et pour donner des soins qui auraient pu 
conserver les membres leur manquent, ainsi que les 
moyens convenables de transport , qui ne se font souvent 
que sur des charrettes ou des voitures mal suspendues , 
dont les cahots multipliés , en poussant les pointes des os 
brisés contre les chairs, les déchirent, font éprouver d'atro- 
ces douleurs , augmentent l'irritation , produisent des en- 
gorgements inflammatoires excessifs, rendent la gangrène 
presque inévitable, et la mort presque certaine. (Blessures 
par armes de guerre.) 

D'autres chirurgiens qui n'approuvent pas la conduite 
des chirurgiens militaires , viendront nous dire , en se pa- 
vanant d'une philantropie mal entendue, que l'amputation 
est une opération dangereuse , inhumaine , douloureuse , 
qu'il y a plus d'honneur à conserver un membre qu'à 
l'amputer, etc.... Ils peuvent avoir raison dans certains 
cas , mais on peut leur répondre que sur le champ de ba- 
taille , après un coup de feu qui fera courir au blessé mille 
chances de mort , et ne lui en laissera peut-être pas une 
de salut, il vaut mieux amputer de suite que de tenter la 
conservation de la partie blessée , au péril de la vie C'est 
ce qui a fait dire, à ce sujet , à M. Hennen , avec beaucoup 
de justesse , qu'il vaut mieux vivre avec trois membres 
que mourir avec quatre. 

Après nous être occupé des cas qui exigent l'amputation 
des membres , et avoir dit quelques mots pour justifier la 
nécessité malheureusement trop fréquente de cette opéra- 
tion, voyons en second lieu quel est le moment le plus con- 
venable pour la pratiquer , à la suite des plaies d'armes à 
feu reçues dans les combats. 

Cette question , très importante , a été le sujet de dis- 
cussions continuelles jusqu'à l'époque des guerres de l'em- 
pire. Les uns voulaient qu'on pratiquât l'amputation im- 



- 284 — 

médiatcment après la blessure ; les autres qu'on tempori- 
sât, qu'on laissât se calmer l'orage des accidents primitifs, 
et qu'après on fit l'ablation des membres qu'on désespérait 
de conserver. De là deux camps opposés : celui des par- 
tisans de l'amputation immédiate, et celui des partisans 
de l'amputation consécutive. 

En 1745 , l'Académie royale de chirurgie, voulant met- 
tre fin aux débats que soulevait cet important sujet , mit 
au concours la fameuse question de l'amputation immé- 
diate et de l'amputation consécutive. Faure, partisan de 
l'amputation consécutive , eut les honneurs du concours. 
Il eut cependant pour adversaire Boucher , qui réfuta plus 
tard ses dix observations avec beaucoup de logique et 
d'intelligence , et ébranla fortement les esprits en faveur 
de l'amputation immédiate. 

Les guerres de l'empire et beaucoup d'autres combats 
ont fourni à la chirurgie française les matériaux nécessai- 
res pour résoudre cette importante 'question, et, de nos 
jours, l'amputation immédiate est celle qui est, avec 
juste raison , préférée et mise en pratique. On peut facile- 
ment se convaincre par la statistique des avantages im- 
menses que présente ce mode opératoire. En effet, sur 
300 cas d'amputations immédiates pratiquées à la suite 
de différentee affaires , les rédacteurs des Leçons orales de 
Dupuytren comptent 273 succès , tandis que 90 amputa- 
tions consécutives furent suivies de 43 insuccès. 

L'amputation immédiate se pratique ordinairement clans 
les vingt-quatre premières heures après l'accident. On at- 
tend , en général , que la stupeur et la commotion soient 
dissipées en totalité ou en partie ; une , deux , trois heures 
suffisent pour cela, d'après Dupuytren. En opérant dans 
ce moment, on épargne au blessé les dangers de la réac- 
tion , suite nécessaire de toute lésion traumatique, les dou- 



— 285 — 

leurs , du gonflement , des débrideincnts , de l'extraction 
des esquilles, du transport; on agit au moment où il jouit 
encore de sa vigueur physique et morale , où , par consé- 
quent, il peut opposer une résistance énergique aux ac- 
cidents qui se déclarent quelquefois après l'opération , et 
enfin on le met à môme d'être transporté plus facilement 
et avec moins de douleurs. 

Si, au contraire, dans l'espoir de conserver un membre 
fracturé comminutivement on temporise , le blessé est 
obligé de supporter de grandes et profondes incisions pour 
l'extraction des esquilles , puis les fatigues du transport; 
viennent ensuite le gonflement souvent terminé par gan- 
grène, la suppuration qui l'affaiblit et le met dans de très 
mauvaises conditions pour supporter une opération aussi 
grave que l'ablation d'un membre. Souvent même lors- 
qu'on serait décidé à la pratiquer, le blessé s'y refuse , 
parce qu'on a laissé à son esprit le temps de réfléchir à 
son avenir , parce qu'il pense à sa famille à laquelle il est 
utile , et parce qu'il écoute peut-être les conseils de ses 
ignorants camarades , lui persuadant qu'il guérira sans 
opération , et l'engageant ainsi à s'opposer à la volonté de 
celui qui veut leur sauver la vie. 

En sortant un instant de la sphère des plaies d'armes à 
feu , il est facile de se convaincre, par les cliniques des hô- 
pitaux de l'immense différence qui existe entre le résul- 
tat des opérations pratiquées immédiatement, et celui 
des opérations qu'on pratique consécutivement , ou à la 
suite des maladies chirurgicales chroniques. La guérison 
est presque toujours rapide , en effet , à la suite des ampu- 
tations pratiquées pour des fractures provenant de chutes, 
d'écrasements, etc; à la suite de l'extirpation de tumeurs 
fibreuses considérables dont la présence n'a pas altéré la 
constitution , tandis que l'on voit presque toujours , au 



— 286 — 

contraire , survenir la mort chez les individus affaiblis par 
de grandes douleurs, par des suppurations longues ou 
abondantes , comme , par exemple , ceux qu'on a amputés 
pour des tumeurs blanches , pour des fractures qui ont oc- 
casionné des accidents consécutifs fâcheux , etc. Que de 
malheureux atteints de tumeurs blanches eussent été sau- 
vés , si on les eût opérés quelques semaines avant , et si 
on n'eût pas attendu , pour en venir à l'opération , que la 
désorganisation de l'articulation fût entière. 

Je ne décrirai point ici les différents procédés d'amputa- 
tion ; ils varient à l'infini , et doivent être employés de pré- 
férence l'un à l'autre , selon le degré de désorganisation 
de la partie sur laquelle on opère. 

Une fois le membre amputé et la plaie réunie, il faut sur- 
veiller avec soin le blessé : surtout s'il doit être transporté 
plus ou moins loin, placer, autant que possible, son moignon 
à l'abri de toute secousse ; prescrire une diète absolue, des 
boissons rafraîchissantes, si les circonstances le permet- 
tent, et enfin se tenir en garde contre les accidents consé- 
cutifs, la phlébite, les abcès viscéraux, etc., et les inflam- 
mations qui surviennent si souvent du côté de la poitrine, 
lorsque les blessés sont soumis à l'influence des vicissitudes 
atmosphériques. 






~~ 287 — 
CHAPITRE VIII. 

1° DU PANSEMENT EXTEMPORANÉ QÙ'ëXÏGEAT SUR LE CHAMP DE 
BATAILLE LES DIFFÉRENTES PLAIES d' ARMES A FEU ; 2° DE LA 
MANIÈRE DONT ON DOIT RELEVER ET TRANSPORTER LES BLESSÉS 
ATTEINTS DE CES PLAIES. 



Mon intention n'est pas detuclier minutieusement dans 
ce chapitre toutes les opérations et tous les pansements 
que le chirurgien est appelé à pratiquer sur le champ-de 
bataille pendant ou après un combat. Je ne ferai qu'indi- 
quer la méthode la plus prompte à suivre, afin de permet- 
tre aux blessés d'attendre un pansement complet et d'être 
transportés sans danger pendant un plus ou moins grand 
nombre d'heures. 

Les pansements 'qu'on pratique sous le feu doivent être 
très promptement exécutés, et aussi simples que possible. 
Si, par exemple, un chirurgien, appelé auprès d'un soldat 
qui vient d'avoir le bras fracassé, voulait, sur le lieu où la 
blessure a été reçue, s'occuper de fendre les vêtements du 
blessé ou de les lui enlever, de pratiquer les débridements 
nécessaires, d'enlever les esquilles, et enfin d'appliquer un 
appareil convenable, il en aurait certes pour fort long- 
temps, et pendant qu'il s'occuperait de ce travail, deux, 
trois ou quatre autres blessés réclameraient ses soins. Il 
faut donc agir avec promptitude, afin que le blessé puisse 
être enlevé rapidement du champ de bataille et transporté 
en lieu sûr. Il pourrait se faire, du reste, que, pendant 
qu'on donne ainsi des soins à un blessé, le corps d'armée 
dont on faitpartie s'éloignât considérablement, et qu'on se 



— 288 — 

trouvât exposé seul, avec le blessé, aux coups de l'ennemi. 
Le fait que je signale peut arriver surtout dans la cavale- 
rie, qui charge l'ennemi avec une grande rapidité, et par- 
court dans quelques secondes un très grand espace de 
terrain. 

Supposons donc un blessé atteint de coup de feu à la 
tète Si la balle n'a touché que les téguments , n'a fait que 
les labourer ou se creuser un trajet dans leur épaisseur, 
appliquez un simple gâteau de charpie sur la blessure; re- 
couvrez-le d'une bande, et attendez d'être au bivouac ou 
d'être arrivé à une halte pour pratiquer les débridements 
convenables. Si le projectile a fracturé les os et y a déter- 
miné des enfonçures et un nombre plus ou moins considé- 
rable d'esquilles, il ne faut pas s'attacher à les enlever tou- 
tes, à relever les pièces d'os enfoncées; ces opérations 
nécessitent des manœuvres qui prennent trop de temps et 
exigent, du reste, plus de tranquillité qu'on en a sur le 
champ de bataille. Il faudra se contenter d'extraire les 
pièces d'os détachées qui s'enfoncent dans la substance 
cérébrale, ou la compriment, sans la déchirer; puis on ap- 
pliquera sur la plaie un pansement simple, dont on arro- 
sera les pièces avec le liquide résolutif le plus facile à 
se procurer, et qui a pourtant des effets très puissants : je 
veux dire l'eau froide, dont je conseille d'arroser en géné- 
ral tous les appareils qu'on applique sur le champ de ba- 
taille. 

Les plaies de la face n'exigent aucune indication extempo- 
ranée spéciale ; il faut les recouvrir d'un simple appareil et 
attendre d'être en lieu plus suret plus tranquille pour opé- 
rer l'extraction des esquilles et faire le pansement définitif. 

Les plaies de poitrine et du ventre exigent des panse- 
ments trop délicats pour qu'ils soient définitivement appli- 
qués sur le lieu du combat. Il faut se contenter déplacer 



— 289 — 

sur l'ouverture ou sur les ouvertures produites par la balle 
au ventre ou à la| poitrine, un gâteau de charpie et une 
compresse qu'on maintiendra à l'aide d'un bandage de 
corps ou de tout autre. Si la blessure de la poitrine laisse 
échapper une grande quantité de sang , il faut la fermer 
aussi bien que possible à l'aide d'un emplâtre carré, ou de 
bandelettes dediachylon, dont on aidera l'action par une 
légère compression. Il faudra cependant ne pas faire cette 
dernière trop forte, parce que le blessé, qui est déjà très 
suffoqué par son épanchement intra-pleural, ne pourrait 
la supporter. 

Si une plaie de l'abdomen est accompagnée de la hernie 
d'une portion plus ou moins grande d'anse intestinale, et 
sucette dernière est atteinte de déchirure plus ou moins 
large, il faut la maintenir au dehors par un fil traversant 
le mésentère, et recouvrir le tout d'un linge fin. Si, au 
contraire, l'anse intestinale est exempte de déchirure, on 
doit essayer de la faire rentrer, et si on ne peut y parvenir, 
attendre la halte ou le bivouac pour pratiquer les débri- 
dements nécessaires à cette rentrée. 

Les plaies des gros vaisseaux des membres donnent lieu 
en général à une hémorrhagie rapidement mortelle. Si pour- 
tant on arrive à temps auprès du blessé, il faut exercer une 
compression assezforte sur la blessure, puis une autreentre 
celle-ci et le cœur, ne pas perdre le blessé de vue, et 
pratiquer l'amputation on la ligature dès que les circon- 
stances le permettent. 

Enfin, quand un blessé reçoit une balle qui lui fracture 
un membre , on doit sur-le-champ entourer ce membre 
d'atelles par-dessus le pantalon ou la veste, maintenir ces 
atelles avec des bandes, des mouchoirs ou le premier lien 

19 



— 290 — 

qu'on pourra se procurer; on le transportera ensuite à 
l'ambulance , où des soins complets et définitifs lui seront 
prodigués. 

Il faut relever les blessés atteints de fractures des mem- 
bres inférieurs avec beaucoup de précautions, afin d'éviter 
des secousses qui pourraient agiter les esquilles et les faire 
pénétrer dans les parties molles. Des infirmiers ou des ca- 
marades saisiront le blessé par le tronc et le membre sain, 
tandis que le chirurgien accompagnera le membre fracturé 
de ses deux mains, et surveillera les mouvements des hom- 
mes qui l'aident jusqu'à ce que le blessé ait été placé sur 
un brancard-litière , une voiture ou tout autre moyen de 
transport. 

Les hommes atteints de fractures des membres supé- 
rieurs peuvent , en général , se transporter eux-mêmes , à 
moins qu'ils n'aient été frappés par un gros projectile , quj 
aura déterminé chez eux une commotion générale, et les 
aura fait tomber sous le coup. 

Je ne m'arrêterai pas à faire ici l'historique de la chirur- 
gie militaire de champ de bataille et des divers moyens de 
transport, cela me mènerait trop loin et me ferait, du reste, 
sortir du cadre de la question que je traite ; j'indiquerai 
seulementles diverses positions que doivent avoir, pendant 
le transport , les blessés atteints des divers coups de feu , 
dont je me suis occupé. 

Les graves plaie de tête exigent la position horizontale. 

Celles de poitrine exigent que le tronc soît placé dans 
une position verticale, ou presque verticale, car la suffo- 
cation qui les accompagne empêcherait les blessés de de- 
meurer dans la position horizontale, et leur rendrait le 
transport très douloureux. 



— 291 — 

Les viscères de l'abdomen ayant de la tendance à sor- 
tir par les plaies de cette cavité , à la suite du moindre 
effort. On doit placer les blessés, qui sont atteints de plaies 
abdominales, sur un plan horizontal, les jambes et les 
cuisses un peu relevées , et le tronc légèrement penché 
en avant, et leur recommander de ne pas se livrer à des 
efforts respiratoires trop violents, d'éviter de tousser, de 
crier, etc. 

Les hommes , atteints de fractures aux membres supé- 
rieurs, ont quelquefois la force de se transporter eux- 
mêmes, et de marcher pendant plus ou moins longtemps; 
cela dépend de la somme d'énergie morale qu'ils possè- 
dent, mais dans le cas où ils ne pourraient marcher, il est 
mieux pour eux d'être assis que couchés, car dans la pre- 
mière de ces positions ils ont moins de secousses à es- 
suyer que dans la position horizontale. 

Enfin , les fractures des membres inférieurs exigent la 
position horizontale sur une voiture , un brancard-litière 
ou un brancard à bras. Ce dernier moyen serait le plus 
exempt de secousses, mais il est le plus rare, et le plus 
difficile à se procurer, on transporte bien en effet un blessé à 
bras pendant une heure ou deux, mais s'il fallait le trans- 
porter ainsi pendant une ou plusieurs journées cela exi- 
gerait l'emploi d'un trop grand nombre d'hommes , et 
serait, du reste, très fatigant pour eux. Il faut, en pa- 
reil cas, assujétir les membres fracturés, de manière à ce 
qu'ils éprouvent pendant le transport le moins de se- 
cousses possibles. 

Il va sans dire que , pendant toute la durée de la mar- 
che , le chirurgien doit visiter alternativement chaque 
voiture, chaque cacolet, afin d'écouter les plaintes de ses 



— 292 — 

blessés^ de remédier aux accidents qui pourraient sur- 
venir , comme une hémorrhagie , le dérangement d'un 
appareil de fracture, etc., et surtout pour prodiguer à ces 
malheureux des consolations capables de soutenir leur 
moral chancelant, ou de le relever lorsqu'il est abattu. 



FIS. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pag. 

Introduction • ' 

PREMIÈRE PARTIE. 

Des plaies d'armes à feu considérées d'une manière générale. 

CHAPITRE PREMIER. 

Nature des plaies d'armes à feu 7 

§ I. — Du fusil 8 

II. — Du pistolet, — du canon JO 

III. — De la charge des armes à feu 12 

IV. — De la poudre . 13 

V. — Des projectiles ..... ... 15 

VI. — Du mode d'action des projectiles sur les tis- 
sus de nos organes 19 

VII. — Du mode d'action des projectiles volumineux 32 
VIII. — Des plaies produites parles projectiles lancés 
par la [poudre à canon sur les divers sys- 
tèmes de l'économie 34 

IX. — Des plaies simples 34 

X. — Des plaies d'armes à feu avec lésion des os . 37 
XI. — Plaies d'armes à feu avec lésion des articula- 
tions . , 42 

XII. — Plaies d'armes à feu avec lésion des vaisseaux 46 

XIII. — Plaies par armes à feu avec lésion des nerfs. 48 



— 294 — 

Pag. 

XIV. — Plaies d'armes à feu avec lésion des viscères. 51 

XV. — Appréciation des caractères des plaies par 

armes à feu 54 

CHAPITRE II. 

Des accidents qui compliquent les plaies d'armes à feu. 64 

§ I. — Commotion 64 

II. - Stupeur 65 

III. — Douleur. 67 

IV. — Etranglement ., , , \ .69 

V. -— Corps étrangers 72 

VI. — Tétanos ............ 82 

VII. — Pourriture d'hôpital ........ 87 

VIII. — Abcès viscéraux. 90 

IX. — - Erysipèle . ' \ . . 96 

X. — Hémorrhagie 97 

XI.- — De l'influence des diverses circonstances phy- 
siquesetmorales surla production de ces ac- 
cidents, et sur la gravité des plaies d'armes 

à feu reçues sur le champ de bataille. . 100 

CHAPITRE III. 

Des indications que présentent les plaies d'armes à feu, 
et appréciation des divers modes de traitement qu'il 

convient de leur appliquer 110 

§ I. — Débridement 110 

II. — Sangsues 114 

III. -• Topiques 115 

IV. — Traitement général 118 

V. — Traitement des plaies d'armes à feu, avec lé- 
sion des os ,121 



— 295 — 

Pag. 
VI. — Traitementdes plaies d'articulations . . . 128 
VII. — Traitement des plaies d'armes à feu avec lé- 
sion des vaisseaux. 131 

VIII. — Traitement des plaies d'armes à feu , avec lé- 
sion dos nerfs 133 

II. — Traitement des plaies d'armes à feu , avec lé- 
sion des viscères 134 

X. — Traitement des plaies d'armes à feu, compli- 
quées de commotion et de stupeur. . . 135 
XI. — Traitement des plaies d'armes à feu, compli- 
quées de douleurs 137 

XII. — Traitement des plaies d'armes à feu, compli- 
quées d'étranglement 138 

XIII. — Traitement des plaies d'armes à feu , compli- 

quées de corps étrangers 138 

XIV. — Traitement des plaies d'armes à feu, compli- 

quées de tétanos 145 

XV. — Traitement des plaies d'armes à feu , compli- 
quées de pourriture d'hôpital . . . . 147 

XVI. — Traitement des plaies d'armes à feu, compli- 
quées d'abcès viscéraux ...... H8 

XVII. — Traitement des plaies d'armes à feu, compli- 
quées d'érysipèle 9 

XVIII. — Traitement des plaies d'armes à feu , compli- 
quées d'hémorrhagie 149 

SECONDE PARTIE. 

Des blessures par armes à feu considérées dans les différentes 
régions du corps. 

CHAPITRE PREMIER. 

Blessures du crâne ... 156 



— 296 — 

Pag. 

§ I. ~~ Lésion des téguments. ....... 157 

II. — Lésion des os 163 

III- — Lésions du cerveau et des membranes. . . 175 

IV. — Complications des plaies du crâne. . . 177 

V. — Commotion cérébrale ,. 178 

VI. — Compression cérébrale . 182 

VII. — Contusion du cerveau et encéphalite . . . 185 

VIII. — Corps étrangers 190 

CHAPITRE II, 

Blessures de la face . 193 

CHAPITRE III. 

Blessures du cou ' 208 

§ I. — Plaies simples 208 

II. — Plaies de la moelle épinière et des nerfs . . . 209 

III. — Plaies des vaisseaux 211 

IV. — Plaies du larynx et de la trachée artère . . . 211 
V. — Plaies de l'œsophage et du pharynx . . . . 212 

VI. — Complication des corps étrangers 213 

CHAPITRE IV. 

Plaies de poitrine par armes à feu 214 

§ !• — Plaies des parties molles qui composent les 

parois 215 

II. — Fractures des côtes 217 

III. — Fractures du sternum ....... 220 

IV. — Fractures de la colonne vertébrale. . : . 221 

V. — Fractures de l'omoplate . . .' . . . . 222 
VI. — Plaies du poumon. ........ 225 



— 297 — 

Pag. 
VII. — Plaies du cœur 234 

VIII. — Plaies des gros vaisseaux 237 

IX. — Des épanchemements dans les plaies de poi- 
trine 237 

X. — Plaies de l'œsophage 243 

XI. — Plaies du diaphragme ........ 244 

XII. — Plaies de poitrine par les gros projectiles de 

guerre 245 

CHAPITRE V. 

Plaies de l'abdomen ........... 247 

§ I. — Plaies non pénétrantes - . 247 

II. — Plaies pénétrantes sans lésions viscérales . . 252 

III. — Lésions des viscères abdominaux .... 257 

IV. _ pi a ies du foie 259 

V. — Plaies de la rate . 261 

VI. — Plaies des voies urinaires 261 

VII. — Plaies du tube intestinal 266 

VIII. — Des épanchements dans les plaies d'armes à 

feu de l'abdomen ........ 270 

IX. — De la péritonite traumatique 273 

CHAPITRE VI. 
Plaies par armes à feu des organes génitaux . . . . 275 

CHAPITRE VII. 

Plaies des membres.— Cas qui réclament l'amputation . 277 

CHAPITRE VUI. 

1° Du pansement extemporané qu'exigent sur le champ 
de bataille les différentes plaies d'armes à feu; 2° de 
la manière dont on doit relever et transporter les bles- 
sés atteints de ces plaies . 287 



v